#3 – LES LIBRAIRIES / PAPETERIE / JOURNAUX

 

Une des choses que j’adore en France sont les librairies-Papeterie-Journaux, ces petites cavernes d’Ali-baba avec leurs jouets et gadgets, les bracelets avec les prénoms dessus en ordre alphabétique, les stylos, les cahiers, les carnets, les crayons. Il y a une odeur unique d’encre, parce que les stylos-plume, on ne les trouve pas ailleurs qu’en France.
En général il y a tout un mur de magazines, la plupart emballés maintenant dans un plastique assez désagréable qui fait du bruit, avec un bidule en plastique fait en Chine ou un supplément sur le sexe ou la nourriture comme « cadeau promotionnel ». Mais tout de même, toutes ces couleurs et toutes ces couvertures prometteuses !
Et en Français !

« Gégé,» je l’ai dégoté dans une petite librairie-papeterie-presse au recoin de la plage à Larmor Plage, entre les seaux, pelles et râteaux, lunettes de soleil et cartes postales. Ce qu’il faisait là, Depardieu en livre, je n’en sais rien. Ca s’est fait comme ça. C’était une bonne surprise. Et je l’ai emporté. Je n’ai pas été déçue.
Et à chaque fois que je vois le livre, je suis automatiquement téléportée à la librairie-papeterie-presse où je l’avais trouvé.

La première chose que je fais quand j’arrive en France c’est me ruer sur la première librairie qui vient. La dernière fois c’était le Virgin Megastore près de l’Opéra. Et là, de butiner de table en table telle une mouche à miel autour de toutes ces couvertures et titres en compétition, pour faire peut-être la découverte de celui qui deviendra un meilleur-ami, un compagnon de route.
Quel émoi quand je reviens. Une vraie fête.

Oui, il y a des librairies indépendantes dans mon coin du monde en Nouvelle Angleterre. Et il reste une grande chaîne aussi. Mais ce n’est pas pareil. La différence est dans le choix des reliures, les couleurs des couvertures, et le fait que les livres sont des bouquins Américain en anglais. J’adore. Mais quand même, le monde des lettres françaises, c’est sucré, chaud, épicé, chaleureux, coloré. Confortable, quoi.

Le plus drôle, c’est que quand j’étais encore française, à mon premier retour des Etats unis il y a longtemps, je recherchais plutôt les librairies anglophones. Je prenais l’avenue de l’Opéra, par exemple, et passais pas mal de temps chez Brentanos (disparu depuis), ou au Virgin Megastore des Champs-Elysées. Là, j’y avais acquis une série de John Updike, histoire de maintenir mon niveau d’anglais et de me replonger dans la culture que je venais de quitter. Je me revois dans mon studio, sur mon lit, lisant Couples, m’initiant à cette petite coterie de la Nouvelle Angleterre. J’étais à des lieues de savoir que je passerais une bonne partie de ma vie sur ces lieux géographiques exacts quelques années plus tard.
A la Shakespeare & Company, j’avais déniché un des premiers self-help books, The Road Less Travelled de Scott Peck. Chacun ses intérêts, n’est-ce pas. Les miens sont assez éclectiques. J’assume.

Brentanos

Brentano’s Paris

 

Ce dont je veux parler, ce sont des librairies et des livres qui y sont associés et qui nous y ramènent.

Par exemple The Republic of Love, de Carol Shields, me ramène immanquablement à une belle librairie de Montpellier. Ce livre a fait mes délices au cours des années, quelque-chose dans l’humour un peu biscornu mais rassurant de l’auteur. Et un goût spécial de Winnipeg, au Canada. Je ne m’en suis jamais lassée.

D’un sous-sol de Québec, j’étais ressortie toute heureuse avec Juliette Pomerleau, d’Yves Beauchemin, un de ces amis qui redonnent toujours son sens à la vie (je parle du livre). Et à Montréal, un petit bouquin de Christian Bobin, La grande vie s’est imposé à moi comme ça, au détour une allée. Kindred spirits. Ȃmes-sœurs.

Dans ma bibliothèque personnelle de l’autre côté de l’Atlantique vous trouverez une série de livres d’Arnaud Desjardins qui ont un petit air d’Angers où je faisais mes études. Ils me ramènent à travers le temps et l’espace dans cette jolie ville et ce havre de paix dans une rue dont j’ai oublié le nom, mais pas l’impression.

De ville en ville, d’année en année, je me suis souvent retrouvée au Brookline Booksmith qui avait toujours une sélection qui me plaisait. J’y ai rencontré, entre autres, Stephen McCauley, The Object of my Affection, et Alain de Botton, How Proust can Change your Life. De bons moments.

Mais il fallait à tout prix que je rentre en France, régulièrement. A Paris, je me baladais dans le quartier latin essayant de ne pas louper une minute, une seconde de mon temps, à l’affût du bon livre qui pourrait changer ma vie. Chez Gibert Jeune, Boulevard Saint-Michel, j’avais dégotté une copie des nouvelles de Vladimir Nabokov, traduites en Français, La Vénitienne. Dégustation spéciale.

Et puis il y a les aéroports avec les rayonnages qu’on explore rapidement la carte d’embarquement à la main pour une rencontre de dernière minute.
Ou alors même, ahem… le rayon des bouquins des supermarchés. Je ne suis pas snob. Du Leclerc de Larmor Plage j’ai ramené la vie de Polnareff qui s’ennuyait sur un rayon, sous les néons un peu gris, près des étalages de serviettes de bain. Je n’ai pas été déçue non plus
Qui pourrait résister à l’idée de savoir tous les détails de la vie des chanteurs de son enfance ? J’avoue que j’ai même feuilleté furtivement, sans l’acheter, le bouquin de Michel Delpech en passant dans une autre petite librairie de Lorient qui elle, est bien ancrée dans ma mémoire.

D’ailleurs, j’ai un faible pour les biographies, les autobiographies et les mémoires.
A chaque fois, je crois que je vais y trouver la clé du destin des hommes, celle qui me fera voir enfin comment ça marche, décoder la logique des cieux dans les motifs répétitifs des vies des unes et des autres, et qu’enfin je comprendrai là où je vais (sans lumières).

Truffaut : sa biographie je l’avais dénichée chez Schoenhof’s à Cambridge. Ce que j’en avais appris? que cent fois sur le métier il fallait remettre son ouvrage, toujours remonter en selle après la chute. Voilà pourquoi je suis là, n’est-ce pas ?

Mais nous étions près de Lorient, alors allons-y, dans les petites ruelles qui s’approchent du port, près du mur du rempart, au fond. Là, par hasard, j’ai poussé la porte d’une librairie improbable. Esotérique. Catholique. Branchée spi, quoi. Et j’ai passé quelques très bons quarts d’heure entourée de noms dont beaucoup m’étaient familiers. Mais surtout, j’en suis ressortie avec une très belle rencontre, celle d’Eric Edelmann, Mangalam : Un parcours auprès d’Arnaud Desjardins. Délices de la lecture, des voyages, des enseignements. Je ne vois rien de mieux qu’accompagner les autres dans leurs aventures et partager leurs périples. Et je n’oublie pas (au cas où il me lirait) les écrits de mon vieux pote Gilles Farcet, mon étoile du Nord. Les siens, j’en ai re-acheté sur Amazon.

Maintenant il y a Amazon, à travers le monde. Là, on perd cette couche de souvenirs sensoriels supplémentaire. Mais on peut aller droit au but.

Voilà donc un tout petit tour de ma bibliothèque. Eclectique, mais rassurez-vous, ce n’est pas tout. Et ce n’était pas le sujet.

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HORS-SÉRIE

Aujourd’hui, édition spéciale- un petit break dans la série Ma France.

Ca va vite, les choses qui s’accumulent sur mon bureau: papiers, cahiers, un pot de crayons dont la plupart sont inutilisables (crayon de bois sans mine, Sharpies desséchées) et puis des dossiers, médicaux, école et université pour les filles, factures, assurances…

Et des photos. Une petite pile de photos de famille que ma mère m’envoie de temps en temps. Et comme au temps des appareils à pellicule (dont elles proviennent), il y en a des ratées, mal cadrées, pas flatteuses.
Mais je les garde parce qu’elles sont rares. Et puis hier, je remarque sur ma table un rectangle blanc. Comme je n’arrête pas de nettoyer mon bureau, de jeter à la poubelle avant que ça s’accumoncelle, je le prends et le retourne. Je ne comprends pas : c’est un papier photo lisse et vierge alors que je n’en ai pas chez moi, et de l’autre côté, l’écriture de ma mère :

« J’ai mis du temps à te l’envoyer, mais voilà, c’est fait. J’aime bien cette photo, c’est rare que l’on soit prises toutes les deux. Un petit moment de vie. Je reviens de chez le loueur, et je vais tondre. Tu es très BCBG. Bisous. Maman »

Alors je me souviens. Ma mère m’en avait d’abord parlé plusieurs fois, de cette photo. «Tu verras, tu es très bien ! » Et donc j’avais attendu pendant longtemps, à moitié, en considérant la distance, le courrier-escargot, toutes ces contingences matérielles. Mais comme maman ne me parle pas de choses insignifiantes, j’attendais quand même avec curiosité. Et puis j’avais oublié.

Puis un beau jour la photo est arrivée.

Et là, grosse déception. Maman, elle, est très bien, en effet: jeune et svelte et alerte dans son sweat-shirt des années quatre-vingt, les cheveux blonds et le visage bronzé. Mais moi… moi ! Comme je ne m’aimais pas justement à quinze ans, l’âge ingrat, grasse petite bourgeoise avec une petite queue de cheval tronquée et un nœud parce que c’était ce qui se faisait à l’époque. Pas exactement un moment « Kodak », il n’y a pas vraiment d’échange, j’ai l’air plutôt maussade et maman toute à son affaire, les mains sur la fameuse tondeuse fraîchement louée.
Une photo qui plait à maman peut-être (comme elle dit, on est rarement ensemble sur les photos de l’époque), mais qui me ramène au malaise de l’adolescence où j’essaie tant bien que mal de prendre ma place dans le monde. Bien sûr avec la distance, je vois bien que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J’avais laissé la photo sur mon bureau. Et je réalise, lentement, qu’elle s’est effacée à la lumière. D’elle-même, comme l’encre invisible, comme une impression à rebours, comme un effet spécial dans un film, comme un accident qui causerait l’amnésie pelliculaire.

Fini la tondeuse, maman dans son sweatshirt, moi et mon nœud-nœud.

Faut-il y voir un mauvais signe?
Ou bien signe que ces temps sont bien révolus et que je suis maintenant l’adulte épanouie qui a effacé le vilain petit canard ? Il serait temps.
Je regarde ce carré blanc retourné à l’état originel et je pense à l’impermanence.

Il faut donc tout laisser aller… même les photos que maman trouve importantes.

Je continue à retourner ce carré blanc entre mes mains : quel culot, la lumière, d’avoir tout piqué !
Je m’insurge ! Et puis cette pseudo-science qui fait des promesses bien temporaires. Pourtant je pense à tant d’autres photos bien plus vieilles qui elles, ne se sont pas auto-détruites !

Et quelques heures plus tard apparait sur l’écran de mon téléphone, une autre photo. Un portrait de moi noir et blanc, mais dans une autre vie.

C’est un message de mon amie Béatrice, que j’ai retrouvée l’année dernière alors que nous nous étions perdues de vue depuis plus de vingt-cinq ans. Béatrice est une étrange amie qui apparait un peu comme les anges, puis qui disparait, souvent porteuse de messages. Elle m’ouvre le cœur et les yeux sur d’autres paysages.
Une chanson de l’époque à la radio disait : « Je me demande comment quelqu’un comme toi fait pour être quelqu’un comme toi je ne comprends pas. »
Alors voilà, je ne comprends pas, mais c’est très bien comme ça. Elle embellit les choses, en gros.

Elle m’envoie donc ce portrait où je me vois, toute jeunette, à travers un regard artistique : le sien ou celui de son ami de l’époque. J’avais vingt-quatre ans et j’étais venue leur rendre visite à Bruxelles, de Paris où j’habitais alors. Cette photo, je crois bien ne l’avoir jamais vue avant. Je les trouvais très beaux, elle et son ami anglais. Elle était ambitieuse, avec un style unique, une esthétique qui sortait de l’ordinaire, quelque-chose de cinématographique dans la lumière, les couleurs et les choses dont elle s’entourait.
Sa voix, bien sûr, sa belle voix. Elle mettait autour des gens et des choses une lumière speciale. C’est peut-être pour ça que je la voyais ange. Elle n’a pas changé.

Et du coup, ce qui s’envole, maintenant, ce qui s’efface, c’est la solitude que je ressentais ces jours-ci. J’avais fermé mon cœur et je me sentais toute recroquevillée, à l’étroit dans ma vie quotidienne. Et le voilà qui s’ouvre !

Et cette photo-là a survécu, quand d’autres se sont évaporées. Qui choisit ?

D’un côté, une photo s’efface. De l’autre, un fantôme réapparait. Je m’émerveille.

*

#20 – LE CAS FABRICE LUCHINI

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Je poursuis la liste de ce que j’aime en France. Et j’en arrive à un de mes acteurs préférés : Fabrice Luchini.

Je dis un de mes acteurs préférés, parce qu’en numéro deux arrive Romain Duris. Je prends Luchini en premier parce qu’il allie au total plus de qualités que je n’en attribue à Duris. Dur de choisir.

Luchini c’est : la littérature, le théâtre français, l’amour de la langue française, la comédie, le jeu, la passion, l’intelligence, la jubilation, la joie, le cinéma. Et j’adore le voir parce que je sais que je vais passer un bon moment. Je sais qu’il va m’amuser, m’interloquer, me faire poser des questions. Et puis m’épater, m’impressionner.

Je l’avais vu d’abord dans Le genou de Claire (Rohmer, 1971), grand garçon blond assez fade et un peu ennuyeux qui parle sans cesse pour ne rien dire. Il était agaçant.

Puis je l’ai remarqué dans La discrète (Christian Vincent, 1990) où il joue un personnage désagréable, assez imbu de sa propre personne pour en devenir captivant. Il faut dire que le film est à mon avis un petit bijou, dans l’idée, la construction, et la bande son.

Puis en 1996, Beaumarchais, L’insolent (Molinaro, 1997). Et là, il montre son vrai tempérament, se révèle plus proche de lui-même, rayonnant. Il a cette préciosité pédante qui lui va comme un gant. C’est là que je comprends et qu’il devient vraiment intéressant, à mes yeux.

Est-ce qu’il y a un autre acteur aussi prétentieux, érudit, intelligent, à la fois séducteur et hilarant? Il n’a rien du machisme ni de la virilité américaines. Tout participe d’un exercice de théâtre : la voix (porteuse de l’émotion), la diction, l’articulation, la gestuelle, la rapidité d’exécution. Le jeu du visage : il est à la fois naturel et affecté. Naturellement affecté. Et comique.

« C’est eff-rayant ! » il dit, les yeux ronds, avec le masque de la surprise. On y croit tout en sachant que c’est pour de rire. On sait qu’il va reprendre sa forme suivante tout aussi rapidement. Un homme caoutchouc, barbapapa.

Au cours de théâtre il a dû étudier toutes les formes d’oiseaux :
Son œil rond et vif, il s’en sert parfaitement. Il en a la maîtrise : il peut faire le coq de basse-cour, se pavanant en jetant des regards dédaigneux ; puis le pigeon, coups d’œil furtifs plus vulnérables, fuyants ; ou bien il se fait aigle, œil perçant. Mais toujours ses yeux trahissent sa rapidité d’esprit. On sent l’engrenage bien huilé. Et jubilatoire. Il maintient le contact avec son auditoire.

Mais il n’y a pas que les yeux. Tout son visage s’anime. Un visage au départ un peu ingrat, qui peut exprimer si rapidement toutes les expressions. Il fait particulièrement bien la perplexité, la bouche en cul de poule, les yeux écarquillés.
Il écarquille donc les yeux, regarde droit devant et articule : « C’est eff-ffray-ant !! »
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il prononce ces mots dans chacun de ses films. Comme un petit caméo. C’est peut-être un porte-bonheur, un talisman, ce «C’est eff-ffray-ant !! » Il peut le dire sur tous les tons : badin, choqué, détaché, contrarié, horrifié, etc.

Très rapidement, il retombe sur ses pieds et a pris une décision. Il sort une tirade de… Racine, Boileau, de la Fontaine, Molière, pour illustrer ses propos. Et il tombe toujours au beau milieu de la cible. Immanquablement Et je me pâme. Il a une justesse de pensée, de ton, et une pertinence ahurissantes dans le fond et la forme.

C’est hallucinant !

Depuis, il apparait souvent dans des films que je vois sans le rechercher : Rien sur Robert (par hasard a Montréal,) Tout ça pour ça (cadeau de ma mère), puis Molière, où mes deux acteurs chouchous sont réunis ; puis récemment Alceste à bicyclette, dans lequel il joue le Misanthrope de Molière transposé au présent.

Il a l’air d’avoir absorbé les classiques comme s’il en était l’auteur. Il se met au niveau d’un inconscient collectif qui nous rapproche tous de vérités universelles qu’il peut documenter, en vers.
Alors on ne peut que se retrouver.

Au cours des années, il s’est construit un personnage. De plus en plus, il joue Luchini. Sur qui s’est-il basé au départ ? est-ce qu’il a découvert, tôt dans ses études tardives des classiques, un personnage qui lui plaisait ? qui le mettait à l’aise, en confiance ? qu’il aurait cultivé ?
On pourrait tous essayer de jouer un Fabrice Luchini. Facile à imiter. Mais lui, qui est son modèle ?

J’adore son trajet impossible, impensable. Son histoire de début en garçon de coiffeur.
Je le vois solitaire, mais satisfait en lui-même. Comblé, même, par la vie. Curieux, plein de ressources et de rebondissements. Jamais désespéré.

Au cours des années, ce personnage devient de plus en plus libertin, séducteur, un personnage truculent, qui aime choquer. Il se place de plus en plus dans la séduction et la comédie. Peut-être qu’il en arrive à une caricature de Luchini, comme Marilyn Monroe finissait par devenir une caricature de Marilyn Monroe. Et ça n’a pas l’air de lui déplaire.
Mais on ne s’en lasse pas parce qu’il a toujours cette étincelle d’intelligence et d’intérêt véritable, un tout petit supplément d’âme.

Poem #2: EDITH PIAF VS. AMERICAN CLOTHES SIZES

Poem #2: EDITH PIAF VS. AMERICAN CLOTHES SIZES

In the country of the melting pot
Where Asian women wear a size Petite
And Viking’s daughters wear Women’s
Edith Piaf’s types are at a loss.

To find a dress made for their hips
To don a fitting pair of pants
Flattering their hair and skin and shape
French women have to shop in France.

*

Dear reader,

I am reverting to English today. As you know by now, this blog is Franco-American, which makes either language appropriate.
And here, we are touching to #2 on my list of things French I care about. This is a sensitive and exciting subject: I am talking about clothes. #1 was the weather, and you will see that this is not completely unrelated.
And before I touch the core meaning of this post, or its meat and bones, a quick note about the inspiration for the form: Allan sent me this morning a very cute poem by Nabokov (translated by his son), a writer we share a fondness for. The poem was about a grapefruit, which, on the opposite, I am not especially fond of. But I found the form of the poem so cute and witty and whimsical that I thought I could, in a sense, play with him at having fun with words. Here is the inspiring poem:

TO THE GRAPEFRUIT

Resplendent fruit, so weighty and so glossy
Exactly like a full blown moon you shine
Hermetic vessel of unsweet ambrosia
And aromatic coolness of white wine.

The lemon is the pride of Syracuse
Mignon yields to the orange’s delight
But you alone are fit to quench the Muse
When, thirsty, she has come down from her heights.

Grapefruit

My lines sound like a little ditty next to the master’s verses, but enough self-flagellation, and back to clothing. I have to admit that although I find perfectly fine clothes in the US, It is always a treat to shop in France. Unfortunately, I don’t get to go back very often, and when I go, it is too often “les soldes,” or sales, which means I get to glean a long time after the harvest. But, when I am lucky and land at the right time, I find such a relief in finding clothes that are made for the typical French body. Because yes, there is such a thing as the Average French woman, with the typical French body type. I am one of them!  I call it the size Edith Piaf – something in the ratio of shoulder to hips to waist, which is unmistakably French. And most designers realize that the majority of French women have light skin and brown to dark hair, and design clothes in colors that flatter those features. And I know that when I try on my size, it will most likely fit me.

I hesitated to add to this poem another stanza. Something along the lines that French clothes are temperate like French weather (I am not talking about high fashion, those luxury brands which represent France abroad, but what you find in everyday common stores) : no extreme in length or shortness; moderate colors, softened hues, nothing too harsh or gaudy. No ostentatious excesses. Not too “rock”, too sophisticated or soporific designs. Not too simple or too sexy. Elegance is usually subtle, chic more than shocking, achieving an apparently accidental nonchalance. The cut flatters a temperate silhouette, nor too tall or too short, with curves following the woman’s curves to show off the woman inside. And so on and so forth.
But I wanted to keep the poem short and to the point.

You will understand that spring is finally here, and that I am dying to shop for new clothes. On my vision board: I am shopping for clothes in France.

And here is an interesting article about the Average French woman’s type: http://www.femina.fr/Mode/Tendances/A-quoi-ressemble-la-femme-francaise-moyenne-849471
 

Poème #14 – LE TOURTEAU FROMAGER

Tourteau fromager

Je n’ai jamais goûté le tourteau fromager
Mais je sais qu’il m’attend sur une aire d’autoroute
Je l’y ai vu une fois et jamais oublié
Avec son toit brûlé faisant mine de croûte.

Je n’ai pas eu le temps de l’étudier de près
Mais je me souviens bien de ce curieux gâteau
Et de me demander combien de fois en fait
Je passais à côté de tels trésors locaux.

Ainsi ils sont semés sur les routes de France
Les bonbons, les gâteaux toutes ces spécialités
Régionales et locales pour ceux qui en partance
N’estiment pas leur chance et comme ils sont gâtés.

Et s’il ne me restait que quelques jours à vivre
Je prendrais ma voiture et sur les autoroutes
De France je partirais afin de découvrir
Tout ça sans y laisser la moindre petite croûte.

 

*

 

En France, on peut conduire pendant une ou deux heures seulement, et on a un gros dépaysement. Ah, le plaisir de s’arrêter dans les aires de repos des autoroutes. Le plaisir de descendre et de voir les spécialités locales à chaque petite ville.

 

Poème #16: PRIERE POUR ALLER AU PURGATOIRE DANS UNE PETITE LIBRAIRIE D’OCCASION

PRIERE POUR ALLER AU PURGATOIRE DANS UNE PETITE LIBRAIRIE D’OCCASION

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, j’ai
Une simple requête, et tout serait complet
Trouvez-moi s’il vous plait dans un recoin en ville
Une petite librairie d’occasion bien tranquille
Avec un chat perché sur des rayons en bois
Et une solide échelle allant de haut en bas.
Laissez-moi s’il vous plait passer au purgatoire
Et enfin étudier, avant qu’il soit trop tard
Ces auteurs jamais lus et dont j’entends parler
Dont le nom en Français m’est souvent familier
Ces auteurs que je n’ai pris le temps d’écouter
Et qui avaient pour moi couché sur du papier
Leurs voix et leurs vies riches dans ma langue natale
Leurs printemps leurs étés, leurs luttes hivernales.
Par un destin étrange trop tôt j’ai dû partir
Et j’ai tourné le dos mais non sans repentir
A tous ces bons amis qui étaient de la fête
Il est temps à présent de chausser mes lunettes.

Dans l’air poussiéreux et les pages cornées,
Des vieux livres de poche aux couleurs fanées
Je resterais longtemps, mais vous seriez patient
Je lirais Léautaud, Fallet et puis Sagan.
Et quand j’aurais tout lu dans cette librairie
Je fermerais enfin le livre de ma vie
Je dirais Je suis prête, j’ai bien vécu assez
et encore à apprendre, je ne peux continuer.
Je serais bonne alors à vous joindre là-haut
Avec toutes les âmes de votre grand troupeau,
Sinon je reviendrais hanter ces lieux discrets
Faire sursauter le chat et grincer le parquet.

* * *

Dans les petites librairies d’occasion en France, il y a toujours un exemplaire de Bonjour Tristesse de Francoise Sagan sur le présentoir devant la porte ou en vitrine.  Je n’ai jamais vu une librairie d’occasion sans ce titre, que je n’ ai jamais lu d’ailleurs. Il y a aussi tous les auteurs oubliés, enfin de moi, qui ai dû me détourner du français pour étudier la littérature anglophone très tôt. C’est-à-dire dès mon entrée à l’université à dix-huit ans.
Il me faut rattraper le temps perdu, dans cette librairie. Combien en ai-je lus, de ces livres ? Pas beaucoup : Voyage au bout de la nuit, certains autres incontournables.
Dans une telle librairie, je passerai rapidement sur certains rayons (BD, jeunesse, policiers, récits de voyage, science-fiction, théâtre, psychanalyse, cuisine…) Encore plus rapidement sur la Critique et histoire littéraires, Ethnologie-Anthropologie, Histoire, Féminismes & genre, Latin-Grec, Linguistique, Littérature médiévale, Science politique, Sociologie, mais je passerais le plus clair de mon temps sur les rayons qui restent, et vous l’avez deviné: Littérature française, Poésie, Philosophie, et Psychologie.  Il y aurait des San Antonio bien sûr, avec des brûlures de cigarette peut-être, et des livres Gallimard avec leurs belles couvertures qui font rêver à ce qui peut leur avoir valu cet honneur.

*

ane-2

L’autre jour, Allan m’a envoyé un poème de Francis Jammes.
Le nom de l’auteur m’était vaguement familier, très vaguement, et j’essayais, entre les lignes, de rafraichir ma mémoire, mais non, je ne l’avais jamais lu. Et c’était une vraie joie:

PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES
Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : ” Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles.”
Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

– Francis Jammes

Je me suis complètement retrouvée dans toutes ces lignes. Surtout l’image des petits pieds se joignant d’une façon bien douce. Just like me : Goody two-shoes.

Et puis les images très visuelles : le troupeau d’ânes, et leurs petites différentiations très précises – ce qu’ils portent : des plumeaux, des bidons ! ces objets ridicules et absurdes. Quelle vie !
Et la tendresse avec laquelle il regarde leur obéissance résignée de victime impuissante.
Et les petits pantalons !

Alors heureusement qu’à la fin ils auront droit à autre chose : pas sûr qu’ils apprécient les «ruisseaux touffus où tremblent des cerises lisses comme la chair qui rit des jeunes filles…», ça, ce serait plutôt la récompense du berger. Mais une autre sorte d’amour éternel, sans aucun doute.

Et puis l’inspiration m’est venue pour le #16, sur les petites librairies. J’ai pensé en faire une prière, comme celle de Francis Jammes.