Mes toilettes ont une chasse d’eau fantôme (c’est le nom donné au phénomene par les experts aus US). La salle de bain est hantée par un esprit qui se manifeste toutes les 20 minutes environ par un bruit provenant du réservoir. Pas une chasse d’eau complète, attention, mais une petite chasse d’eau brève et discrète. Au début, c’était un soupir, puis un murmure, et maintenant un bruit plus distinct.
Et ce, après la réparation.
J’ai emménagé dans cet appartement il y a 13 ans, et les toilettes n’ont posé aucun problème pendant une décennie, à l’exception de chasses d’eau de plus en plus inefficaces et de remplissages intermittents du réservoir ces derniers mois.
Les plombiers sont venus, m’ont demandé l’âge des toilettes, sous-entendant qu’il s’agissait d’une simple usure, et m’ont proposé deux options : acheter des toilettes neuves pour 2 000 $, ou remplacer l’intérieur des toilettes existantes. J’ai évidemment choisi la deuxième option.
Le premier jour, nous nous sommes félicités et j’ai même fait une petite danse de joie. J’avais évité la dépense de 2 000 $ tout en recyclant une cuvette de toilettes en parfait état.
Puis, quelques jours plus tard, un léger soupir s’est fait entendre. J’ai retenu mon souffle. Mais en vain. Le soupir a persisté, puis a augmenté en fréquence et est maintenant devenu une présence sonore régulière dans l’appartement.
Il se mêle au bourdonnement du réfrigérateur. Un réfrigérateur flambant neuf qui m’a posé des problèmes dès le départ car il ne se réinitialisait pas après une coupure de courant, problème fréquent dans notre voisinage. Le compresseur a été remplacé, et le bruit s’est installé. Le bruit du réfrigérateur est une présence plus permanente que celle les toilettes. Il se trouve au centre de l’appartement, on pourrait donc l’assimiler au cœur de la maison. C’est un son régulier, attendu et plutôt apaisant.
Cependant, je ne supporte pas le bruit des toilettes. Mauvais feng shui. Cela me rappelle toutes les quinze minutes que je suis une propriétaire vulnérable, à la merci des imprévus domestiques et des entreprises de réparation. Mais même les plombiers n’ont rien pu faire contre ce fantôme.
Peut-être devrais-je faire appel à un exorciste ?
(Illustration glanée sur le web, mais proche de la réalité)
Je me balade au hasard des allées de Hobby Lobby quand je tombe en arrêt : devant moi, une peinture murale difficile à ignorer, vu sa taille gigantesque, mais qui me frappe aussi par son sujet. Comme quand on reconnait quelqu’un complètement hors de contexte. Pour ceux qui ne connaissent pas, Hobby Lobby est un magasin de bricolage. On y trouve des articles de scrapbooking, des toiles blanches ; des t-shirts, sacs de toile, boites en bois à peindre ; fournitures de dessin ; tissus, fleurs artificielles ; un coin d’encadrements sur mesure, des décorations saisonnières, comme les potirons en automne ; des articles de fabrication de bijoux et autres matériaux d’artisanat. On y trouve aussi des meubles légers et des tableaux de plus ou moins mauvais goût : vaches réalistes au regard expressif, buffalos échevelés avec ou sans bandana, des camionnettes rouges, et de nombreux paysages de fermes paisibles.
Fondée en 1972, l’entreprise est réputée pour être gérée selon les principes du protestantisme évangélique. Depuis que je connais Hobby Lobby, j’ai compris que je vais devoir mettre de côté ma sensibilité française, et m’attendre à trouver des articles intéressants, comme un plat ou un torchon portant des images ou des citations pieuses, Mais aujourd’hui, j’ai devant moi une toile de la taille d’un mur de salon représentant une forme blanche lumineuse, que je reconnais automatiquement comme étant nul autre que Jésus, sur un fond pastel d’herbe et de ciel bleu.
Je visite Hobby Lobby quand j’ai envie d’un peu de douceur dans ce monde de brutes. J’y ai acheté des fleurs, certes artificielles mais vraiment réalistes. A ma première exploration, je n’en croyais pas mes oreilles, sur la bande sonore du magasin je reconnaissais des cantiques que j’avais entendus à l’église, mais rendus en instrumental entre easy-listening et relaxation new-âge. L’expérience m’était si étrangement agréable qu’elle en venait à être voluptueusement honteuse, ou honteusement voluptueuse. Comme si je me vautrais dans un bain de crème chantilly.
Mais là, ils avaient fait fort, c’était carrément Jésus, plus grand que nature qui m’appelait, personnellement, de cette toile sans cadre comme abandonnée par quelque artiste dans son atelier. Au détail près qu’il y avait une dizaine de ces tableaux empilés les uns sur les autres, et plus loin d’autres versions en multiple copies : Jésus marchant sur les eaux en me tournant le dos ; Jésus qui me tendait la main dans une perspective artistiquement audacieuse, les traits de son visage floutés par un doux estompage ; ou encore Jésus au milieu d’un troupeau de brebis. Chacun de ces tableaux assez esthétiquement plaisant pour me faire me demander ce que je ressentais exactement.
Lorsque mes parents m’ont inscrit dans une école catholique en CP, je m’y suis tout de suite sentie chez moi. Les posters coloriés de Jésus donnant la main aux enfants dans une ronde colorée me parlaient. L’idée de personnages transcendant ma famille et dont l’amour universel et inconditionnel inclurait tous les humains resonnait avec ma logique personnelle. Il n’y avait aucun doute à avoir. Depuis, mon évolution spirituelle m’a fait explorer les religions orientales, ainsi que les diverses dénominations qui ont essaimé aux Etats Unis. Quand mes propres enfants étaient petits, nous sommes devenus membres d’une église UU, Unitarian Universalist, une foi libérale et inclusive offrant un foyer spirituel aux personnes en quête de sens qui valorisent la liberté, la raison, l’amour et l’engagement en faveur d’un monde plus juste et plus compatissant, plutôt que d’adhérer à des doctrines rigides. La plaisanterie était qu’au lieu d’une croix ou une statue de la vierge dans leur jardin, les membres auraient un point d’interrogation.
Je n’ai jamais renié mon éducation catholique pour autant. Au contraire, dès lors, je comprenais les paroles du Christ comme clarifiées par des lunettes plus efficaces. Dans cette optique, la vision de cette représentation de Jesus resonnait adéquatement avec mon imagerie intérieure. Récemment, nous faisons tous les dimanche un trajet d’une heure pour assister à une messe Episcopale à Boston parce qu’elle se termine par une Cantate de Bach performée par des musiciens de haut niveau. Chaque dimanche, les lectures et paraboles entretiennent chez nous le langage chrétien, ses symboles et ses images. Aucun conflit donc avec cette représentation d’un Christ en habit plus blanc que blanc.
Interpellée donc par cet appel qui vient de loin, je me demande vaguement où je pourrais positionner une de ces toiles surdimensionnées dans mon intérieur. Où est-ce que les gens qui achètent ce tableau le mettent chez eux ? Dans leur entrée, comme les fresques et mosaïques chez les riches romains ? Dans la cuisine ? dans le salon ? il y a cette scène bucolique ou Jésus repose au milieu d’un troupeaux de ses brebis dans une belle lumière dorée de fin d’après -midi, Jésus illuminé, rassurant. Mais tout de même, j’aurais l’impression de vivre dans une église, une salle de catéchisme. Dans la salle de bain ? une petite version alors, celle où Jésus marche sur les eaux ? mais ça ferait peut-être trop 2nd degré pour garder son efficacité. Dans une chambre d’enfant ? il y a une peinture où Jesus tient un enfant par la main et on les voit de dos s’en aller dans le décor pastel et indéfinit. Mais il n’y a pas d’enfant dans ma vie en ce moment. Dans ma chambre, alors ? Je visualise cette toile, de bon ton, certainement, mais tout de même envahissante sur un des murs de ma chambre. Je considère un instant que dans le passé, on mettait bien des crucifix au-dessus de son lit. C’est accepté, la croix de Jésus, ce morceau de bois angulaire, piquant et pointu. Un souvenir de la souffrance du Chris, de la mort. Ce n’est pas réjouissant. Même si on sait que le passage de la vie à la mort ne dure qu’un moment, figer Jésus dans cette position rend l’idée bien sombre. Au pire, on pourrait y voir la représentation crue d’un instrument de torture comme la croix l’était à l’epoque. Pourquoi alors ne pas mettre à jour, et représenter Jésus sur une chaise électrique, sur un échaffaut ? Au contraire, ces tableaux sont une invitation à la paix, la pureté, à une dissolution dans la lumière. Une promesse d’amour infini.
C’est alors que viennent, dans mes considérations, s’installer les doutes. Si, cette image resplendissante de Jésus est plus optimiste qu’un crucifix, ne serais-je pas perturbée par l’omniprésence de Jésus dans ma vie quotidienne ? Même dans notre société anxiogène, il me semble qu’il me faudrait avoir sacrément besoin de réconfort pour nécessiter un rappel de la présence divine à cette échelle. Même dans le secret de sa chambre, qui donc pourrait assumer à ce point leur présence dans la dimension spirituelle ? Je ne me sens pas cette énergie, sinon je fréquenterais carrément un magasin de bondieuseries.
Et puis, le problème, c’est que c’est kitsch, c’est-à-dire de mauvais goût, excessivement sentimental, de qualité superficielle et produit en masse, même si, de ma part, apprécié de manière ironique ou en connaissance de cause. Comment pourrais-je faire entrer un tel morceau d’art commercial dans mon interieur ? Une petite peinture serait plus discrète, mais perdrait de son effet, serait plutôt comme une image pieuse. Là, du coup, ça ne le fait pas.
Une autre question se pose, c’est que l’enseigne Hobby Lobby est notoirement affiliée au Christianisme fondamentaliste. Mais où va donc se fourrer Jésus ? Que dirait-il s’il savait que cette chaine est centrée sur des convictions protestantes évangéliques, alias fondamentalisme chrétien, oficiellement des valeurs conservatrices américaines. Sait-il qu’en gros, ses brebis sont en brain de se chamailler à propos de questions d’homophobie, d’avortement, de LGBTQ, ou de contraception ? Dàs qu’on arrive aux Etats-unis, il est facile se prendre la tête avec les dénominations et les positions de chacun. Si j’achète une representation de Jésus dans ce magasin, cela signifirait-il que j’adhère aux croyances de ses dirigeants ? Cela constituerait-il un acte politique d’adhésion à leurs valeurs ? Si je l’achète en me tenant à mes propres croyances, ne commettrais-je pas un acte aussi absurde que le leur, en cooptant ma vision du Christ, comme ils ont coopté leur vision du Christ ?
Il est indéniableje suis troublée par l’effet que me fait cet appel, qui correspond aux lectures que j’entends à la messe et dans les cantiques depuis ma plus tendre enfance. Je pourrais décider que le message de Jésus transcende toutes ces micro-divisions et que s’il parle à mon cœur, je n’ai pas à discuter ou pinailler avec mes frères et sœurs à savoir qui a raison et qui a tort, parce que l’amour est le message, pas la raison ? Mais tout de meme, soyons sérieux. Je passe mon chemin, avec un mélange de pensées contradictoires et une gêne intellectuelle. Le numineux nous fait signe parfois : comme quand le sommet des arbres s’illumine soudainement quand on marche sur la route, ou qu’un cerf bondit au dessus de la route sous nos yeux. Et parfois dans l’art commercial dans les allées de Hobby Lobby.
Deux jeunes filles viennent vers moi dans le parking du supermarché, deux employées sans autre signes particuliers que leurs badge Staples ? sur la chemise noire expression neutre, pas de tatouages ni de piercings Est-ce qu’elles ont besoin d’un chariot ? Dans le coffre ouvert, Allan cherche nos sacs recyclable
Elles s’approchent et l’une d’elle me dit: Voulez-vous venir avec nous à l’église Dimanche ? Comme si on était au bal et qu’elle me demandait cette danse J’examine de plus près les visages ronds d’adolescentes qui ont l’âge d’être mes filles Quelle église ? la plus grande pointe son badge du menton : Eglise de Jésus Christ, je lis et plus petit en dessous (mais je ne veux pas m’approcher trop près) des saints des derniers jours.
J’avoue que je suis ignare dans le domaine des dénominations S’agit-il d’une de ces « églises » pop-up qui se montent dans des bureaux au hasard ou d’une ancienne et obscure tradition américaine ? Quoi qu’il en soit, ces saints du dernier jours m’inquiètent légèrement Que diable savent-ils de plus, et est-ce que j’ai raté quelque chose ?
Je tente de la rassurer : Nous allons déjà à l’église tous les dimanches – Où ça ? – A Boston… il y a de très bons musiciens qui y jouent les cantates de Bach, vous connaissez ? Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle nous y allons, bien sûr… Je m’enfonce plus profondément. Je ne voudrais pas leur faire faux bon, à ces gamines les décevoir, les écarter du droit chemin. Ce que je voudrais leur dire c’est que je crois que tous les chemins mènent à Dieu Si c’est ce qu’on cherche.
Allan sort sa tête du coffre et me sauve : Merci, mais c’est bon pour nous Leurs visages restent neutres, elles hochent la tête Il y aura un pianiste samedi soir si ça vous intéresse ! Elles ne laissent pas tomber Elles relancent et tirent encore leur filet dans le parking du supermarché Même si elles pêchent aux convertis.
J’ai depuis fait des recherches sur cette église. Fascinant ! Mais je maintiens ma position. Joyeux Noël!
Cela peut arriver à tout un chacun : on achète un nouveau matelas et il faut bien se débarrasser de l’autre. Ma fille étant partie faire un petit voyage, l’idée m’est venue de lui faire la surprise d’enlever le matelas qui encombrait son intérieur. Au cas où ça vous arriverait, cher lecteur/trice, je partage le mode d’emploi.
D’abord, tirer le matelas, comme on le ferait un cadavre, hors de l’appartement, le faire glisser le long des marches en laissant partout derrière de petits morceaux de matière non-identifiée pour les voisins. Puis tirer encore tant bien que mal l’énorme matelas mou qui fait trois fois votre taille et votre poids hors de la maison et le long le trottoir. Vos ongles agrippent le rebord de la couture, prêts à s’arracher. Après plusieurs arrêts pour reprendre son souffle, comme sur le chemin de croix, s’arrêter finalement devant la maison, en se disant que la mairie sera ouverte lundi (on est samedi), Le temps passera vite et personne ne saura rien, ni vu ni connu. Savoir qu’il suffira d’obtenir du greffier un autocollant orange ($5) pour la collecte des articles volumineux – comme vous l’avez fait l’année précédente avec votre propre matelas. Penser à la joie du moment où vous enlèverez l’enveloppe de nylon jauni et couvert de taches douteuses qui enveloppe le matelas. Se demander s’il provient de générations de magasins d’occasion.
Retirer l’enveloppe de nylon. Admirer la blancheur du matelas défoncé en dessous. Il est maintenant bien plus présentable. Fourrer le « protège-matelas » dans votre poubelle.
Laisser l’énorme matelas avachi contre l’arbre comme si de rien n’était, puis rentrer à la maison.
Vérifier la météo. Constater qu’il y a une alerte au déluge pour le lendemain. Se demander s’il est sage de laisser le matelas dehors. Puis se demander comment le rentrer dans le cabanon, autant de mètres supplémentaires à trainer le matelas. Tirer et pousser le matelas dans le cabanon en 1) vous félicitant d’avoir un cabanon et 2) d’avoir eu la présence d’esprit de regarder la météo.
En profiter pour jeter un coup d’œil en passant sur l’ouverture de la mairie Lundi matin pour vous procurer le fameux autocollant. Se laisser divertir par l’onglet sur le recyclage et l’enlèvement des déchets. Ne pas en croire ses yeux : un formulaire annonce que l’enlèvement des matelas est aboli depuis le 22 Novembre de l’année précédente. Constater qu’il n’y a pas d’alternative, pas de conseils autres que : Apportez votre matelas vous-même au centre de recyclage et payez $75. Ou bien débrouillez-vous comme vous voudrez.
S’exclamer : « $75 pour se débarrasser d’un matelas ? » Se dire que ce matelas taille large ne tiendra jamais ni dans sa voiture, ni sur le toit. Se demander comment se défaire du corps en se posant les mêmes questions que se sont posés des tonnes de gens : le jeter dans la rivière ? le couper en petit morceaux ?
Se dire qu’il y a certainement un tutoriel sur Youtube qui explique quoi faire. Effectuer des recherches. Trouver de plus en plus d’articles confirmant que l’enlèvement des matelas est en effet aboli dans l’état du Massachusetts, et seulement dans le Massachusetts. Se sentir montré du doigt par Dieu.
Essayer de penser aux gens qui pourraient vous prêter leur camionnette. Vous n’en connaissez pas.
Penser à l’ironie de la chose : le cadavre que vous trainiez, il faudra effectivement le couper en petits morceaux. Comme Dutroux et Pélagie Rosier dans Les demoiselles de Rochefort.
Se rendre à la quincaillerie et acheter une pince coupante, un cutter géant et des sacs poubelle. Visionner d’autres vidéos YouTube comme celui qui montre deux femmes dans un parking avec un cutter et des sacs poubelle, qui ont l’air de ne pas savoir ce qu’elles font.
Fermer YouTube.
Quelques jours de réflexion plus tard, et lors d’une journée ensoleillée, s’approcher à nouveau de la dépouille. Selon les directions glanées ici et là, entamer le pourtour avec le cutter. Se demander si la lame est émoussée, ou si la peau du macchabée est particulièrement épaisse. Enlever son manteau dans le cabanon non chauffé. Se dire que ça va prendre du temps et brancher le vieux haut-parleur wifi. Penser subitement à Michel Sardou (sans raison aucune) et trouver une chaine de musique française pop des années 80 pour se donner du cœur à l’ouvrage. Reprendre la coupe chirurgicale d’autopsie du matelas en compagnie de Michel Sardou (Femme des années 80). Trouver très vite que l’anatomie de ce matelas n’est pas du tout la même que celle montrée sur YouTube. Il ne s’agit pas d’un cadavre normal mais d’un mutant. Garder espoir et se dire que l’on a toujours été pleine de ressources.
Enlever avec succès l’épiderme supérieur de la chose et le fourrer dans un premier sac poubelle.
S’armer du coupe-fil et couper les grosses attaches de métal tout en écoutant Catherine Ringer (Andy). Se féliciter d’avoir les bons outils.
Un fois les attaches détachées, entamer la seconde couche épidermique et, en utilisant toute sa force et son poids, décoller la couche de molleton. La fourrer dans le sac poubelle.
Observer que l’organisme du défunt, i.e. son squelette, se compose de 23 rangées de ressorts individuellement emballés dans des tubes de papier-tissu blanc et solide, lesquels sont maintenus ensemble par la couche de fibres molletonnée inférieure et que par conséquent, il faudra couper le long des 23 rangées pour obtenir des bandes qu’il suffira d’enrouler et de déposer dans les sacs poubelle.
Se saisir de la paire de ciseaux de taille industrielle fraichement acquise, se dire que le processus est maintenant enclenché et que si la musique est bonne, l’opération ne devrait prendre que quelques heures. Se mettre à la tâche hardiment.
Se débrouiller pour isoler et découper autour de la partie centrale du matelas défoncé, ou tous les ressorts jadis hélicoïdaux sont maintenant en purée et impossible à trier. Fourrer l’ablation dans un sac poubelle.
Après quelques heures de travail acharné, considérer les 10 sacs poubelle qu’il faudra écouler petit à petit dans les collections de déchet hebdomadaire. Eteindre la bande son.
“This lovely, well-maintained home has been cared for by the same owners for decades” It’s been on the market for 75 days – I check on it from time to time hoping to see marked as sold and not suspended in limbo the shell of my ex-in-laws’ home who vacated in favor of assisted living.
It looks like a cookie-cutter box to you, just a house – The listing description doesn’t mention the kitchen view of the birdfeeders and their faithful hummingbirds, the green and gold wallpaper I know so well, still in place, or the texture of the blinds, the top of the radiator, my ex-husband’s bedroom, once revisited by young lovers, old childhood pennants on the walls, baseball cards, vinyl records, the parents’ bedroom next wall over, its darkened windows like eyes closed.
It doesn’t mention the downstairs TV den with its couch where young lovers met and cuddled, where three sons and I brought back VHS tapes from the video store like trophies, it doesn’t mention how we played charades on holidays with relatives, the smell of griddle pancakes, of fresh blueberry pie, the Thanksgiving turkeys that always took all day to cook, later on the high chairs, the rubber duckies in the tub, the flowers in the yard where my kids dug their roots the oodles of pictures we took of them there.
Surely every nook and cranny must keep a molecular knowledge of the loads of love and holiday excitement?
Nobody asked me if I had removed all my memories before the place was sanitized and put on the market It was none of my business anyway – we had split up ten years before And I am not one overly attached to material things,
But how could this happen so unceremoniously? Why wasn’t there a pow wow, with rain dances and deliberations with the gods? Especially Hestia? I bet she’d have something to say.
I see the house on the website as I would a newly dead displayed in the funeral parlor. The owls on the wallpaper going down to the basement must feel bewildered Don’t let them wonder too long where life has gone.
I needed to emote about the sale of a house that contained my own past, the shock of the discrepancy between the material thing, the walls, and a whole set of vivid memories.Maybe I am not the only one with this experience.
Cette année je ne trouve pas le calendrier idéal ce matin, à la librairie de Newbury St J’hésite entre La vie secrète des écureuils : 12 scènes magiques d’écureuils agissant comme des humains
Et Voici ma librairie: Douze devantures de librairies du monde Mais je ne prends ni l’un ni l’autre
L’autre jour au centre commercial, J’ai scanné avec une molle curiosité les étalages : les filles de Sports illustrated et les autres maillots de bain suivies par les Chippendales, les pompiers sexy – J’essaye de visualiser l’effet sur le mur de ma cuisine
Puis on passe à la section des chatons, Puis celle des chiots ensommeillés Puis le calendrier Cabanes d’aisance de jardin
Décidément, le bon calendrier ne me saute pas aux yeux Cette année Dans le passé, j’ai pioché dans la série Destinations : Photos d’Italie, puis de France dans un esprit d’inspiration, et pourquoi pas de manifestation mais le désir m’échappe
Il est important de bien choisir, car tous les mois et même tous les jours il faudra faire face aux conséquences d’un achat rapide et s’exposer à la photo choisie par l’éditeur
Une année j’ai voulu des photos de ballet, Légèreté aérienne – mais je n’en ai plus envie il me faut du tangible, du solide
J’avais suivi par des portraits de vaches. peintures naïves et rassurantes de bovidés tranquilles, Aux grands yeux doux et limpides mais cette saison-là est passée aussi
Et si je laissais le coin vide ? minimalisme : un mur tout blanc Peut-être que je n’ai pas envie de fixer sur le mur des projections, des oracles peut être que je n’ai pas envie de mettre noir sur blanc les rendez-vous du quotidien, les docteurs les impôts, les ennuis
Je cherche un calendrier introuvable avec seulement des moments heureux : Des voyages, des rencontres en couleur des jours de joie, des succès, des fêtes mes enfants comblés, rayonnants des départs, des déménagements surprise des plans nouveaux sur la comète
Avec, à la rigueur, un agenda portatif en finir avec les cases prévisibles sur un mur fixe.
Plusieurs fois j’ai observé le matin en buvant mon café dans le fauteuil près de la fenêtre une branche qui plonge, puis balance comme un trampoline et puis cette petite bestiole, un écureuil qui disparaissait vers le tronc.
Ce n’est pas un nouveau-venu Je l’ai entendu galoper de temps en temps tip tip tip tip, le long de la toiture Je me demandais quelle course il effectuait à toute allure transportant de petites graines, pour une raison ou pour une autre d’un côté du toit, puis de l’autre
J’avais toujours pensé que les animaux étaient voués à lutter en permanence pour subsister qu’ils passaient leurs courtes vies à guetter des graines dans la neige un moustique dans les airs un mulot dans l’herbe une proie dans la toile
J’étais désolée pour les pauvres canards dans les mares gelées, sans manteau sans doudounes les moineaux
Dans le froid, les éléments la faim…
Et puis voilà que sur Facebook, et puis plus tard sur Instagram, j’ai vu des canards glisser dans la mare, puis regrimper la pente j’ai vu un pigeon s’installer sur une girouette pour faire un tour de manège j’ai vu un berger allemand et un poulet jouer à cache-cache
Bref, grâce à Internet, ma perception de l’ordre du monde est en train de vaciller
Depuis que je l’ai vu plonger comme un trapéziste sous mes yeux, la branche oscillant de haut en bas, sous son poids et lui rebondissant avec, pour disparaître dans les feuillages roux, et recommencer un peu plus tard, depuis que j’en ai la preuve,
je n’hésite plus à faire des jeux sur mon téléphone, moi qui ne jouais jamais, en essayant de me sentir moins coupable de perdre mon temps.
Bravo! m’annonce JetPack ! tout excité !!! You have now 177 readers following you! La “notification” me surprend
Par réflexe je vais voir et constate en effet que Patrick Moustafa PUISSANT MARABOUT AFRICAIN s’est soudainement entiché de mon site
Et vient se joindre à la foule. Flattée je suis ! Que peut-il bien tirer de mes humbles œuvres alors que je n’ai rien pondu depuis des mois ?
Me reviennent en mémoire des souvenirs d’enfance les annonces dans Télé 7 Jours les étalages de ceintures, de bijoux de terre cuite aux odeurs de savane, boubous et djellabas,
Dans les rues de Nantes – Pas cher ! Pas cher ! Il faut dire que je les ai perdus de vue depuis que je vis en exil à Boston.
Ce grand marabout africain va t’il me remettre un gri-gri spécial en échange de la bonne lecture ? pour rompre le sortilège qui a tari d’ici peu ma joie de partager des mots et des images ?
Merci Oh Grand Marabout d’Afrique ! Je vais t’offrir un petit poème à deux sous de part chez moi, sous peu.
Dans une librairie d’occasion à Portsmouth, NH, il y a des années de cela, j’ai acheté un livre intitulé : What my mother gave me. C’était une collection de 30 récits par des femmes, certaines connues comme auteures, certaines inconnues (du moins de moi) qui parlaient d’une chose qu’elles avaient reçu de leur mère. Beaucoup avaient choisi de parler d’un objet. J’ai beaucoup aimé ce livre et j’y ai repensé souvent. Assez pour m’inspirer cette histoire, ou même une petite série, pendant que j’y suis. On verra.
C’était un manteau en peau de lapin à ma taille. Poil gris, un peu élimé sur les poches plaquées, surtout la poche droite. Il semble me souvenir qu’il était gansé de poil blanc pour le contraste, avec une capuche aussi, ornée de poil blanc.
La forme était simple, une coupe princesse, avec des boutons comme un Kabig. L’intérieur était doublé de satin décousu par endroit, et quand je glissais ma main dans une de ces coutures, je pouvais sentir le côté grainé de la peau, strié de rainures comme des veines.
Ce trésor fabuleux, le comble du luxe, venait du Cours des Halles, la supérette du bout de l’avenue Lamoricière, Paris 12e. Je connaissais bien les lieux puisque Maman nous y emmenait parfois faire les courses. Pour ma part, je savais qu’on y trouvait des flans au caramel, la sorte qu’on renversait sur l’assiette en cassant une petite languette de plastique.
Comment pouvait-on y trouver des manteaux de fourrure ? J’avais appris, et compris, que ma mère avait vu une annonce sur un bulletin au mur : Bonne affaire ! Vêtements d’enfants à vendre, très bon état – manteau de fourrure, taille six ans ; peignoir en laine aux broderies bleu marine sur fond rouge.
Ma mère, par miracle, avait mis la main sur les deux. Le manteau pour moi, la robe de chambre pour mon frère.
En général, elle n’avait pas l’habitude de satisfaire mes rêves de féminité, de robes à volant et de chichis. Elle n’encourageait pas trop mes tendances. A moins qu’elle ne s’en rende pas compte. Elle-même portait les nouveaux pantalons Karting avec des chemisiers col Concorde, pas de frou-frous romantiques.
Un jour, elle m’avait dit « ma fille, ne te marrie jamais. Les hommes sont une sale race. Il faut être in-dé-pen-dante.» Elle avait dit ça sournoisement, en présence de mon père, assise dans le fauteuil du salon au papier peint à grandes roues astrologiques. Pour plaisanter, sûrement. J’avais acquiescé et accepté ces sages conseils de mère à fille sans me poser de question. En attendant, j’avais dû retourner dans ma chambre où j’avais dû sortir mon livre préféré, gagné comme prix de lecture à l’école, un livre de contes de fées dans lequel je revenais toujours à l’illustration de la belle au bois dormant attendant le prince charmant, alanguie sur un lit à baldaquin, dans une somptueuse robe à la fois légère et luxueuse qui l’enveloppait comme un nuage aux couleurs délicieuses. L’image de cette princesse au doux visage rond et aux boucles brunes m’enchantait.
Les cadeaux qu’on attend, et ceux qu’on demande. J’attendais de la vie qu’elle m’apporte ce genre de situation, de vêtements.
Dans la réalité, je portais une robe banane. Ma robe banane. C’était une robe trapèze au genou, en jersey épais de deux couleurs, ocre en haut, et brique en bas, à porter avec des collants. Je ne sais pas pourquoi on l’appelait ma robe banane.
Je rêvais que je dansais en robe longue, en sabots qui claquent, mes cheveux volant en longues boucles mordorées. Mais ma mère, qui n’avait peut-être pas accès à ces visions, me voyait en robe banane. Et puis c’est ce qu’on trouvait au Printemps Nation.
Le jour de la photo de l’école, je portais cette robe, et comme il fallait acheter ces photos, on en avait des planches et des planches de moi dans cette robe banane, démultipliée comme dans un kaléidoscope. Où qu’on aille dans l’appartement de l’avenue Lamoricière, on tombait sur une photo de cette petite fille aux yeux sombres avec sa robe banane.
Alors, le jour du manteau de lapin, ma mère avait tapé dans le mille. C’était comme Jean Valjean qui offre à Cosette sa poupée. Est-ce que j’avais demandé un manteau de fourrure ? Comment conçoit-on un manteau de fourrure à six ans ? Je n’avais jamais rien reçu de plus précieux, et j’étais éblouie par ce don du ciel.
Ma mère avait probablement compris qu’elle allait me faire plaisir. Peut-être que ça ne lui déplaisait pas, après tout, l’idée d’un manteau de fourrure. On ne peut pas toujours faire plaisir à ses enfants.
J’avais adoré cette pelisse royale. De temps en temps j’arrachais des poils, qui n’étaient déjà pas très fournis, pour être sûr que c’était bien de la fourrure. C’était vraiment de la bête (bien avant le synthétique) et je pouvais le prouver à tout le monde.
La robe de chambre en laine rouge, en revanche, s’était avérée beaucoup plus durable. Elle avait servi non seulement à mon frère, mais à mon second frère, des années plus tard. Mais elle ne m’avait pas fait rêver.
Mon oncle Roland et moi errons dans les dédales du parking de l’aéroport Charles de Gaulle. Il est venu me chercher (j’arrive de mon exil aux US pour des vacances en famille,) mais il ne sait plus où il a laissé sa voiture.
Si quelqu’un mourait ici d’un infarctus personne ne le saurait ! il resterait là. Mort ! Je souris intérieurement. Peut-être même extérieurement. Il râle assez fort pour que les rares passants en ce matin de semaine sachent ce qu’il pense. Depuis dix minutes on cherche sa voiture qu’il pensait avoir garée à cet étage du parking. Elle a été volée !
Roland est le demi-frère de mon père. Il n’est plus tout jeune. Si je raconte cet épisode ici, c’est pour clore le récit de mes retrouvailles virtuelles avec mon grand-père. Mon oncle est la seule personne vivante, à part mon père, qui ait connu ce grand-père et qui pourrait m’évoquer, sinon l’homme, au moins un peu de ce monde passé.
Côte à côte, nous déambulons avec ma valise dans les aires grises et sans âme des parkings silencieux.
Je sens sa détresse qui monte. L’embarras. C’est peut-être aussi l’émotion de rencontrer sa nièce qui l’a distrait. Je suis patiente, même si le décalage horaire se fait sentir – le vol Boston-Paris se fait toujours la nuit. Je suis partie tard la veille, mais j’ai dormi un peu dans l’avion.
Il a accepté la tâche que lui a proposé mon père, de me conduire de l’aéroport à la gare Montparnasse d’où je prendrai le TGV en direction de la Bretagne. J’aurais facilement pu prendre la navette de l’aéroport mais mon père a insisté pour contacter son frère, lui confier une mission pour nous mettre en rapport. C’est la débrouille, le système D.
Finalement mon oncle se rend compte qu’il s’était trompé d’étage. On remonte dans l’ascenseur. Après une heure d’errance, gros soulagement.
Maintenant on peut faire la traversée de Paris.
Toutes les rues ont une histoire pour lui. Il me fait visiter une ville de carte postale que lui seul connait. Moi mes repères sont très différents : là où j’ai travaillé, là où j’habitais, mon studio rue des Batignolles, P&G à Neuilly, les quartiers où j’aimais me balader, les stations de métro. Evidemment, il y a aussi le quartier où je suis née, où j’ai grandi. Mais son Paris à lui est peuplé de nos ancêtres.
C’est là que Rose, ton arrière-grand-mère tenait un atelier de repassage. Ici, ta grand-mère achetait des fournitures de peinture. Elle peignait.
Saint-germain : on allait de bar en bar, la nuit. Le but était de faire le plus de bars possibles.
Les cafés rutilants qu’il me montre sont des théâtres, scène et parterre, où se déroulent les drames et comédies de la vie parisienne. Il y a des étalages d’huitres, d’autres ont des stands de crêpe attenants. Rien de spécial, sauf si on vit comme le reste du monde, ailleurs.
J’aimerais réaliser un film de cette visite, pour moi-même. Parce que ma mémoire est pleine de trous. Pourquoi une telle richesse de passé et d’histoires familiales alors que j’aurai tout oublié dans quelques mois.
Mais bientôt on arrive à la gare Montparnasse. La gare des bretons puisque ses lignes desservent l’ouest de la France. Il y a la gare de l’Est, la garde du Nord, la gare St Lazare, et la gare Montparnasse. Les deux dernières me sont les plus familières.
A l’intérieur, il nous reste un peu de temps. Nous nous installons à une table de café parmi les voyageurs. On parle un peu de tout, mais au milieu de la conversation, il part sur un souvenir. Ça me rappelle ton grand-père Gabriel, je le revois… Je ne sais pas quoi dire. Il me peint l’image du naufrage à la fin d’une vie qui ressemble à une course d’obstacles.
Je vois qu’il les revoit encore, ces images et qu’elles lui font toujours mal. De plus en plus je comprends que la vie est faite de beauté et de laideur entremêlés, qu’on ne peut pas faire l’économie du malheur, de la maladie, physique et psychologique. Je voulais remettre les pendules à l’heure, remettre en contexte la vie entière d’un homme, sans garder seulement le pire. Je vois plus clairement maintenant les contrastes, les zones d’ombre et de lumière. Ce jour-là, il me parlait de l’ombre. Je sais que ce n’était que contraste.
Recherche de toilettes : Regarde là-bas, ces sanisettes. Il y a un truc pour ne pas payer, je vais te montrer. Je ne sais pas si je dois le prendre au sérieux. Pourquoi éviter de payer deux euros pour ces nouvelles installations de toilettes autonettoyantes ? Mais je sens qu’il vit dans un autre monde, celui du passé, à la guerre comme à la guerre, un monde où il faut se jouer de l’adversaire, pour économiser des bouts de ficelle. On dirait que d’autres petits malins ont déjà forcé la porte de la machine et qu’elle ne ferme plus entièrement. Ce n’est pas de la délinquance, c’est encore du system D. Pourquoi payer pour pisser ? les hommes, de toute façon, n’ont qu’à trouver un angle sombre et le tour est joué. Mais pas ici quand même.
L’heure du départ approche. Encore sonnée par l’intensité des histoires qu’il m’a racontées, et par ma nuit de voyage, je marche à ses côtés jusqu’à la porte du train. A l’intérieur, j’aperçois des petites lampes sur toutes les tables du wagon restaurant. Une atmosphère confortable, intime s’en échappe.
Avril à Paris, les marronniers sont en fleur, mais il fait tout de même un peu froid. Il me dit « garde cette écharpe, je te la donne. » J’enroule son écharpe autour du cou. J’ai gardé cette écharpe pendant longtemps.