SHREVE, CRUMP & LOW

Trophy catalogue pages featuring awards, prices, and custom engraving options

“Ah, Jesus, God’s Son,
Creator of all things,
was humble and lowly for our sake,
He suffered shame and scorn;
and you, you pitiful worm, you seek to boast?”

from
Cantata Wer sich selbst erhöhet, der soll erniedriget werden, BWV 47 – J.S. Bach
translated from German by Pamela Dellal

SHREVE, CRUMP AND LOWE

Today the sermon was about hubris.

One of my first employers sent me out
to a prestigious jewelry store named
Shreve, Crump and Lowe
on Boston’s ritziest street,
only to have a silver cup engraved as an award.

Along the years I was often entrusted with
purchasing shiny trophies for other people –
I found this task subtly humbling.
Not that I wanted a little bit of metal, or
a fake crystal paperweight with my name on it —–
I am reasonably satisfied with what I achieved.

And the day my daughter flew the nest,
she left behind a wealth of plastic,
wood, glass and metal
beribboned, engraved and etched awards,
so many that I didn’t know what to do with them.
They ended up in a storage box
in the basement.

Yet when I pass Shreve, Crump and Lowe
I am reminded of the fact
that I have never stood on the receiving end
of such a recompense. LOL


SHREVE, CRUMP AND LOWE

Le sermon de ce jour portait sur l’orgueil.

L’un de mes premiers employeurs m’avait envoyée
dans une prestigieuse bijouterie —
du nom de Shreve, Crump and Lowe,
située dans la rue la plus huppée de Boston
pour faire graver une coupe en argent destinée à servir de récompense.

Plus tard, au travail, on m’a souvent confié la tâche
de me procurer et de faire graver des trophées brillants
pour d’autres ;

C’est alors que j’ai trouvé cette mission subtilement humiliante.
Non pas que je convoitasse ce bout de métal ou
ce presse-papier en faux cristal gravé à mon nom —
je suis plus ou moins satisfaite de ce que j’ai accompli.

Et le jour où ma fille a quitté le nid,
elle a laissé derrière elle une multitude de récompenses
en plastique, bois, verre et métal,
ornées de rubans et d’inscriptions gravées,
si nombreuses que je ne savais qu’en faire.

Elles ont fini dans un carton de rangement,
au sous-sol.

Pourtant, lorsque je passe devant Shreve, Crump and Lowe,
je me rappelle toutes les fois que je n’ai pas reçu
de telle récompense. LOL


Illustration created with AI

BALLADE EN VELO

BALLADE EN VELO

Vous enfourchez votre vélo et tournez à gauche sur Lions’ Mouth Road.
D’abord il y a les squelettes, que les gens ont sorti de leurs placards
et qu’on retrouve devant chez eux, perchés sur quelque tuyau
ou une balançoire de fortune, fumant nonchalamment une clope,
pour tuer le temps avant Halloween.
Peu de trafic : vous avez réussi à éviter les bus scolaires.

Après le parc des enfants, c’est la nature – Woodsom Farm
qu’y a-t-il de plus beau que la colline en ce lundi matin d’automne ?
Imaginez la pub des petits pois Cassegrain, mais encore mieux,  
parce que c’est en total sound surround ; parce que le soleil s’est levé
et filtre, phosphorescent, à travers le feuillage or, mandarine et vermillon  
des arbres qui bordent la route

Sous vos roues, des confettis brillants ressortent sur l’asphalte.
A gauche, c’est une colline encore verte, comme dessinée
par un artiste naïf tant les courbes sont douces et idéales ;
des nappes de lumière ou d’ombre se relaient au passage des nuages.
L’air est vif et  des petits oiseaux pointus dont vous ne connaissez pas le nom
s’envolent et jouent à cache-cache par paires au-dessus des fossés ;
plus loin des croassements, sifflements et glouglous de créatures invisibles.

Eblouie, vous pédalez dans ce matin de rêve
en vous disant que sûrement, il doit y avoir une ombre au tableau,
puisque sur cette terre, il faut des contrastes,
pour donner du relief.
Quand vous allumerez l’écran  tout à l‘heure, vous savez que s’échapperont
toutes les menaces possibles de la boite de Pandora.

Mais en attendant, l’ombre au tableau, c’est juste l’effort du pédalage,
du cœur qui pompe, et le nez qui coule
alors que vous avez oublié de mettre un mouchoir dans votre poche.


BIKE RIDE

You hop on your bike and turn left onto Lions’ Mouth Road.
First come the skeletons—brought out of the closet by the locals
and found sitting outside their homes, perched on a pipe
or a makeshift swing, casually smoking a cigarette
to kill time before Halloween.

Traffic is light; you’ve managed to dodge the school buses.
Past the playground, it’s pure nature—Woodsom Farm.
What could be more beautiful than that hill on this autumn Monday morning?
Picture the Cassegrain peas commercial, but even better,
because it’s in total surround-sound; because the sun has risen
and filters, phosphorescent, through the gold, orange, and vermilion foliage
of the trees lining the road.

Beneath your wheels, bright confetti stand out against the asphalt.
To the left lies a hill that is still green—looking as if drawn
by a naïve artist, its curves so gentle and perfect;
patches of light and shadow take turns shifting as the clouds pass by.
The air is crisp, and small, sharp-looking birds—whose names you don’t know—
take flight, playing hide-and-seek in pairs above the ditches;
further off you hear croaks, whistles and gurglings of unseen creatures.

Dazzled, you pedal through this dreamlike morning,
thinking there must surely be a fly in the ointment somewhere—
after all, this world requires contrasts
to give things depth.

You know that later, when you switch on your screen,
every conceivable threat will spill out of Pandora’s box.
But in the meantime, the only downside is the effort of pedaling,
the heart pumping, and a runny nose
when you’ve forgotten to put a tissue in your pocket.


Photo by ub300uc815 uae40 on Pexels.com

WORTH IT

I read a book by a woman
who traveled to each and every country in the world,
often facing insane situations;
like sitting 17 hours in a bus,
or hacking her way through the Amazonian forest.

Repeatedly she exclaims:
… but it was all worth it!
as she reached yet another earthly paradise
and shares exotic drinks with her friends.

The other day I was in Boston before church
as we’ve been doing every Sunday for the past decade.
Each time I make the 15mn walk to the end of the street
to visit the bookstore.

A Nor’Easter struck us and I was not prepared —
I felt the rain massaging my shoulders, running down my neck,
through my so-called rain jacket; my jeans were swollen with water
from the waist down, as my socks turned to sponges in my boots.

On the way back, lifting my weighted legs,
hood strings tightened around my face
I considered how insane this all was,
and asked myself was it worth it?

I thought of the poetry section
where my steps had taken me this time,
and Bukowski’s poem about the Dentist, among others
and I thought, okay, it was all worth it.


ÇA EN VALAIT LA PEINE

J’ai lu le livre d’une femme qui a visité tous les pays du monde,
faisant face à des situations insensées ;
comme passer 17 heures dans un bus,
ou se frayer un chemin dans la forêt amazonienne.

À chaque fois, elle s’exclame :
 … mais ça en valait vraiment la peine !
Alors qu’elle a atteint un autre paradis terrestre
et partage des boissons locales et exotiques avec ses amis.

L’autre jour, j’étais à Boston avant la messe,
comme nous le faisons chaque dimanche depuis dix ans.
À chaque fois, je fais les 15 minutes de marche jusqu’au bout de la rue
pour visiter la librairie.

Un Nor’easter nous a frappés et je n’étais pas préparée –
La pluie me massait les épaules, je la sentais couler dans mon cou,
à travers ma soi-disant veste imperméable ; mon jean était gorgé d’eau
de la taille jusqu’aux pieds, tandis que mes chaussettes
devenaient éponges.

Sur le chemin du retour,
soulevant péniblement mes jambes lourdes d’eau,
les cordons de ma capuche serrés autour du visage,
je considérais à quel point tout cela manquait de sens,

Et je me demandais : est-ce que ça en valait la peine ?
J’ai pensé au rayon poésie où mes pas m’avaient conduit cette fois-ci,
et au poème de Bukowski sur le dentiste, entre autres,
et je me suis dit que d’accord, oui, ça en valait la peine.


POEMES D’AEROPORT

Travelers waiting at Paris Charles de Gaulle Gate K37 for flight AF007 to New York JFK

AEROPORT
La jeune femme brune
au contrôle des bagages, à côté du tapis roulant
passe au rayon X les bagages des gens –
leurs os, leurs matières suspectes

Je vois deux grosses mitraillettes
dans la valise avant la mienne
à moins que ce ne soit la mienne !

Mais elle la laisse passer.
Mystère. C’était peut-être autre chose
fer à friser ? ou parapluie ?

La jeune femme brune se retourne
visage mi-amusé, mi rien du tout
en tout cas sans émotion forte

Je crois qu’elle croise en passant
mon regard sur le qui-vive,
mon look d’aéroport

Puis elle revient vers son écran
et ses fantômes phosphorescents.
Je récupère ma valise
avec mon parapluie dedans
Le tapis roule .

Au suivant

J’AVAIS MIS UN LIVRE DANS MON SAC
pour ces longues heures avant le vol
mais je n’ai pas envie de l’ouvrir.
c’est trop intéressant ici –

Transitoire : les voyageurs qui vont et viennent,
les vols qui vont et viennent.
Fixe : le Starbucks et ses croissants,

les toilettes et la femme qui les nettoie :
elle explique la technologie des chasses d’eau:
« un coup ça marche, un coup ça marche pas »

je me demande où elle habite
d’où elle vient pour nettoyer les toilettes
à l’aéroport CDG

Pas un métier désagréable
il y a pire, ici, c’est propre
mais ça fait beaucoup d’heures sur ses pieds
à passer la serpillière.

J’ai un bon thriller de Douglas Kennedy dans mon sac
Mais Il se passe bien trop de choses ici
pour que j’aie envie de l’ouvrir
de changer de vie.

STARBUCKS de CDG PARIS
Au Starbucks du Terminal 2, Porte L
C’est du grand n’importe-quoi
Expresso ou Americano ?
quelle taille ? Medium ?
quelqu’un dit Venti
il y a des croissants, des brownies,
des cinnamon rolls, WTF ?
Votre nom ? Véronique
Là au moins ce n’est pas exotic
Je prends aussi un Jus d’orange
Et une petite bouteille d’eau d’EVIAN

DERNIER APPEL POUR BANGALORE
ils arrivent au compte-goutte
les derniers passagers pour Bangalore
même pas en courant,
je dirais même nonchalamment,

ou pourquoi pas à reculons.
mais qu’est-ce qu’ils foutaient ?
les portes se ferment !
ils arrivent au dernier moment.

Un homme arrive au comptoir,
tête haute, sac à peine fermé
Comme s’il n’avait pas envie d’y aller.
L’hôtesse ravale un ulcère.

Si j’allais à Bangalore, il me semble
que je serais là 3h à l’avance à la porte 42
Avec mon billet imprimé
et mon passeport bien calé
dans une pochette.

LES PIGEONS DE ST-GERMAIN-DES-PRES

LES PIGEONS DE ST-GERMAIN-DES-PRES

Vers 16h, une envolée de jeunes s’échappe dans la rue
c’est la sortie des classes, le jour de la rentrée
garçons et filles s’attardent avant de regagner leurs pénates
près du métro Saint-Germain-des-Prés.

Touriste, je musarde, et trouve un banc à quelques pas
dans un petit square en triangle, où je me pose.
A mes pieds, deux ou trois pigeons marquent leur territoire
inspectent le sol, se perchent sur les branches d’un bel arbre feuillu.

J’admire leur habitat dans la ville, pas n’importe où ;
pas loin, des vitrines brillantes proposent au passant
des appartements à vendre, studio, T2 ou T3
à des prix bien au-delà des rêves habituels.

Propriétaires de leur immeuble de feuillage
à multiples étages (hauteur sous-plafond infinie,
vue imprenable sur les toits de Paris)

les pigeons me lancent des œillades de haut,
puis arpentent leurs mètres carrés, tout à fait chez eux,
et mendient quelques miettes.


THE PIGEONS OF ST-GERMAIN-DES-PRÉS

Around 4 p.m., a surge of teenagers spills into the street—
it’s the end of the school day, the first day back.
Boys and girls linger before heading back to their roosts,
near the Saint-Germain-des-Prés metro station.

A tourist, I dawdle and find a bench a few steps away
in a small triangular square, where I sit down.
At my feet, two or three pigeons mark their territory,
inspecting the ground or perching on the branches of a lovely, leafy tree.

I admire their home in the city—and not just any city;
nearby, glossy real estate windows offer passersby
apartments for sale: studios, one-bedrooms, two-bedrooms,
all priced beyond the reach of ordinary dreams.

Owners of their leafy building
with its multiple stories (infinite ceiling height,
unobstructed view over the rooftops of Paris),
the pigeons cast glances down at me from above,
then pace their square footage, right at home,
and beg for a few crumbs.

7TH HEAVEN AT “LE PRINTEMPS”

7TH HEAVEN AT “LE PRINTEMPS”

Victim of the tourist’s Jet lag
I wander through the empty aisles
of Le Printemps, far too early in the morning.

A door, then a fabulous staircase
of mirrors, wrought iron, and light,
glamour from another century
sucked me upward.

In the ultra-fashion department, young saleswomen
turn to me their angelic faces:
Hello! Hello! Hello! Hello! Hello!

The sound system plays trendy tunes
Could this be paradise?
From smile to smile I float
(with no intention of buying a thing)

Suddenly, a sign indicates…
“7th heaven: lingerie and Terrace!”

Required detour through the shoe department
Alas, salespeople here did not get the memo;
staring at their phones, they grumble
and dream of their next vacation.

Disappointed but reassured
(I haven’t given up the ghost just yet!)
I gather my senses and head back to the street.

Translator’s Notes:

  • Printemps means “Spring” in French, but here it refers to the famous department store in Paris (Le Printemps).
  • 7ème ciel literally translates to “7th heaven,” which functions both as a traditional idiom for bliss/paradise and as the actual name of the top floor/terrace area in the store.
  • Rendre l’âme is a French idiom for “passing away” or “giving up the ghost,” playing on the idea that returning to the grumpy reality of the shoe section proved she was still among the living rather than in heaven.

LE 7E CIEL AU PRINTEMPS

Décalage horaire du touriste oblige
je déambule dans les allées
vides du Printemps, bien trop tôt le matin.
Une porte, puis un escalier fabuleux
de miroirs, fer forgé et lumière,
glamour d’un autre siècle
m’ont aspirée vers le haut.

Au rayon ultra-mode, de jeunes employées
tournent vers moi leurs visages angéliques :
Bonjour ! Bonjour ! Bonjour ! Bonjour ! Bonjour !

La sono diffuse des airs à la mode
Serait-ce le paradis ?
De sourire en sourire je plane
(sans aucune intention de faire des achats)

Soudain, un signe indique …
Le 7eme ciel : lingerie et Terrasse !

Passage forcé au rayon chaussures
Hélas, vendeurs et vendeuses n’ont pas reçu les consignes ;
nez dans leurs téléphones, ils râlent
et rêvent de leurs prochaines vacances.

Un peu déçue, mais rassurée
(je n’ai pas encore rendu l’âme !)
je reprends mes esprits et regagne la rue.

AVENUE DE PARIS

Dans ma série « Ce que j’ai fait pendant mes vacances » :

AVENUE DE PARIS

Fin de la ligne Château de Vincennes
Je visite le château pour la première fois.
Sur le chemin du retour,
retour dans le temps,
je calcule que si je marche
le long de l’Avenue de Paris
J’arriverai Avenue Lamoricière
où je vivais jusqu’à l’âge de six ans

et le long de cette longue rue
je reconnais, ou sont-ce mes cellules
qui s’y retrouvent ?
des vibrations familières
de la petite enfance
fraicheur et confort, et une ouverture
sur un futur que je n’ai jamais vécu.

Une vie fantomatique se surimpose
en hologramme,
J’ai quitté ce possible trop tôt,
pour cette vie-là.
Peut-être dans une autre ?


AVENUE DE PARIS

End of the Château de Vincennes metro line
I visit the Château for the first time
On the way back
going back in time
I calculate that if I walk along Avenue de Paris
I will reach Avenue Lamoricière
where I lived until the age of six

and along this long street I recognize—
or is it my cells recovering their ground?
familiar vibrations from early childhood
freshness and comfort, and an opening
onto a future I never lived,

a ghost life superimposes itself
like a hologram,
I left this possibility too soon,
for that life.
Maybe some other time?

IMPRESSIONS DES CATACOMBES DE PARIS

IMPRESSIONS DES CATACOMBES DE PARIS

Station de métro Denfert-Rochereau,
queue d’attente pour les Catacombes de Paris.
Nous sommes ici sur la demande de ma fille, pleinement américaine
Les parisiens ne visitent pas ce genre d’attractions –
Je m’attends vaguement à Halloween
ou au festival des sorcières à Salem dans le Massachusetts.

Tel Orphée, mais casque audio sur les oreilles
nous descendons vers le royaume des Enfers
sous le niveau des métros nous descendons encore
guidés par de douces lumières néon.

De la pierre, de la pierre…
J’apprends que Notre-Dame a jailli de cette carrière.

Le long d’un long boyau, nous marchons, et marchons…

Puis mes amis, que d’os, que d’os !
les voilà ! Fémurs, tibias et crânes,
méticuleusement disposés à la main
en motifs géométriques et rangées parfaites
tels les noix, amandes et pistaches des pots de miel turc.

La voix dans nos casques nous explique que
derrière cet étal fardé, le reste des squelettes est déversé,
comme autant de fruits secs concassés.
Nous invitons nos os à la fête, les nôtres encore bien enrobés
de tissus juteux et de cartilages lisses
nos squelettes encore animés de cette énergie mystérieuse,
vibrations magiques.

Ces ossements ont eu leur tour, leur bref passage sur le manège
puis ont été abandonnés comme autant de jouets électriques
à jamais dépourvus de leurs piles,
dans un magasin d’antiquité ou une décharge après Noël.

Conservés dans un air frais et stable,
à l’abri des intempéries
dans cette humidité contrôlée de crypte,
ces os ne m’effraient pas.

Une rangée de tibias, une rangée de fémurs
une rangée de crânes d’ivoire,
des milliers d’âmes ont laissé derrière elles
un testament de leur vie matérielle.

Ce qui m’étonne
c’est la détermination des vivants
à conserver ces restes tactiles de leurs ancêtres.

J’éprouve une  admiration étrange
pour ceux qui ont rangé ces reliques intimes
qui ont ouvert les souterrains de l’histoire
et permis que nous marchions là,
entre l’attraction promise aux touristes
et la gravité nue du sacré.

Ma fille et moi restons seules sur le chemin du retour,
les familles en quête de frisson
ont disparu dans les couloirs.
Le bruit de nos pas se perd
sous la musique atmosphérique
qui résonne encore dans nos casques.
Nous n’avons aucune raison de nous retourner.

Lentement nous remontons vers le soleil

« Vivants, sachez que du bas de ces catacombes
plus de deux siècles nous contemplent ! »


Je reviens d’une rapide visite en France avec ma fille, et j’en ai ramené pas mal d’impressions que je compte partager ici.

INCURSION ÉGYPTIENNE

Ahmed Mounir, support agent, speaking on a headset at his workstation

« Comment se passe votre journée ? » me demande l’agent de mon service Internet
tout en cherchant mon dossier parmi des millions de fichiers immatériels.
« Pas mal du tout. Et vous ?
— Pas trop mal, mais je me sentirai encore mieux après notre conversation ! »
Je me demande si j’ai bien entendu — ce jeune homme est-il en train de flirter avec moi ?
« D’où m’appelez-vous ? » je demande. (ce n’est pas mon habitude, mais j’essaie d’imiter Allan qui bavarde toujours avec les agents au téléphone.)
« D’Égypte.
— Waouh ! »
Il rit. Sa voix est agréable, douce, ouverte, et son anglais est très fluide.
J’imagine un personnage à la Aladdin de Disney.

Les affaires reprennent le dessus : « Je vois que votre facture était de 50 $ et qu’elle est maintenant de 80 $, c’est bien ça ?
Laissez-moi voir ce que je peux faire. »
Il reprend sa fouille dans un sac de trésors.

« Êtes-vous près des pyramides ? » je demande, puisque la glace est déjà rompue.
« Non, je suis à Alexandrie. » (Note mentale : vérifier où se trouve Alexandrie
par rapport aux pyramides.)
*Alexandrie-Alexandra, tubudubudoop* résonne dans ma radio intérieure.
« Les sirènes du port d’Alexandrie… chantent encore la même mélodie
… »

Toujours en train de fouiller…
« J’ai trouvé une offre pour vous. Mais je pense pouvoir trouver mieux… »

Silence.
« J’ai entendu dire que les gens aiment faire la fête et danser, en Égypte ? » je demande.
« Oui, répond-il en riant, les gens sont très chaleureux ici,
et la nourriture est incroyablement bonne. Vous devriez venir nous rendre visite ! »
Il commence à me décrire le plat national, le *koshary* — un plat savoureux de riz, de pâtes et de pois chiches nappé d’une riche sauce tomate
et surmonté d’oignons croustillants.
Je lui promets que je viendrai y goûter.

« Racontez-moi comment c’est, là où vous êtes, dans le Mass-a-chu-setts ? » demande-t-il.
Je lui explique la port de plaisance pittoresque, les maisons de bois.
Nous comparons brièvement les salaires, la qualité de vie —
je ne sais pas s’il me dit la vérité.
Quoi, ce jeune homme gagne 250 $ par mois ?

Maintenant que nous nous sommes pratiquement promis de nous rendre visite,
il faut quand même que j’obtienne un meilleur prix pour ma connexion Internet.
« Oui, je vois quelque chose. 500 Mbps pour 70 $, avec la promotion. »
Maintenant, j’aimerais bien que mon nouvel ami s’envole sur son tapis volant, mais Il essaie de me vendre d’autres promotions selon son script.

C’est le moment de clore la conversation. J’espère que sa journée est aussi agréable maintenant qu’il le souhaitait plus tôt. J’ai accepté l’offre. Nos salutations échangées, nous raccrochons.
J’ai l’impression d’avoir fait un voyage virtuel au Moyen Orient, tout en obtenant un prix relativement acceptable pour Internet. Je n’ai jamais été très bonne en small talk et cet echange reste avec moi.

Le truc, c’est que je vais devoir rappeler l’année prochaine à l’expiration de la promotion.
Voilà ce qu’il faut faire de nos jours dans notre économie mondialisée.

————————————–

Illustration: AI creation

STÉRÉOTYPES

STÉRÉOTYPES

Chaque fois que j’entends de la musique country,
je pense à un étudiant de mon cours de français à la fac ;
Comme exercice de conversation, je leur ai demandé
quel genre de musique ils écoutaient
et la plupart, comme je m’y attendais, ont répondu
Heavy métal, rap,
les filles aimaient le hip-hop,
tous écoutaient la radio,
et ce qu’on appelle musique pop,
personne n’a dit classique.

Mais l’un d’eux, un jeune de vingt ans a répondu : musique country
et je me suis demandé s’il plaisantait
ou s’il voulait faire rire les autres
mais personne n’a réagi.

Ce jeune homme ne craignait pas de revendiquer un genre musical que je conçois comme
romantique, sensible, mais surtout tellement ringard
que mes certitudes sur mes étudiants ont été ébranlées,
j’ai dû faire face à mes idées reçues.

Je l’ai imaginé au volant d’un pick-up dans une ferme,
jean effiloché, peau bronzée, yeux plissés sous le soleil
roulant vers le coucher du soleil, un vrai film Hallmark,
en route vers un bar où avec ses amis il boirait de la bière,
garçons et filles dansant le line dance, les filles en bottes de cow-boy,
des gens travailleurs, simples, le sel de la terre,
et cela m’a réchauffé le cœur.


STEREOTYPES

Every time I hear country music, I think of a student in my college French class ;
As part of a conversation exercise, I asked them what kind of music they listen to
and most of them, as I expected, answered
heavy metal, rap,
girls liked Hip hop,
all listened to the radio,
all were familiar with what is called pop music
no one said classical.

But one kid, blond, cute twenty-year-old,
answered Country music
and I wondered if he was joking or trying to get a rise from the others
but no one reacted
That youth was not afraid to claim as his own a genre of music I see as
romantic, sensitive, and so uncool
I was temporarily challenged in my beliefs about my students
faced with my pre-conceived ideas.

I pictured him at the wheel of a pick-up truck on a farm,
frayed jeans, tanned skin, eyes squinting in the sunlight
driving into the sunset in a Hallmark movie kind of way
on his way to a bar where he and his friends would drink beer
boys and girls line-dancing, the girls in cowboy boots
hard working, land-loving, simple, salt of the earth type of people
and it warmed my heart.


Illustration: Photo by Gera Cejas on Pexels.com