SONATA IN C MINOR

Beethoven Sonata in C minor

BEETHOVEN’S SONATA IN C MINOR

Sunday morning. I had just cleaned up the bathtub
and it smelled of detergent.
I sank down in my armchair.
And put on the luxurious Bose headphones
that Allan had offered me for my birthday.
He had texted me: “Beethoven’s Sonata in C Minor
when I was at the gym earlier, on the treadmill
and I had not had the time to check it out.
What was he telling me about it? I didn’t remember,
But I knew I had to take the time to listen to it properly.

I found the piece on YouTube.
I chose Barenboim
And I listened.
Yes, the jagged lines, and the softer responses
I don’t know that piece
Wait… as it goes on
I have a vague sense of recognition,
Far away as in a thick fog
as I anticipate what comes next,
As a matter of fact I know it so well.
in a recess of my memory
that my fingers do the gymnastics by themselves
Holy smokes
I used to play this, I recognize it now!
Except It sounded slightly different
in a kind of slowed -down way.
Why?
Because it was my very own fingers at the piano…

I played this piece so differently
That it bears just a small resemblance
With Barenboim’s production
But I never listened to any recording then
Just read the paper.

I used to play that sonata
And I am taken back to the living room
Of my parents’ house where I was playing
one hour everyday at least, for years
Decades ago
Was I 17 or 18?
I don’t see every detail in the fog
But the large window is on the left
Opened to the spring

What did my future look like at that time?
Mystère et boule de gomme.
I was just handed a message
from my adolescent self
To the fifty-two year old one.
Let me see…

My hands repeat
The awkward accompaniment on the left hand
The Alberti bass
What was Beethoven thinking?
Programming this little machination
Fingers knitting with invisible needles

What was my future then
Seen from that piano?
From the solidity of my own family
The bourgeois town of Nantes
My bourgeois catholic school
With Nantes the beautiful
Why was this buried so deep?
Was there something I wanted to hide?

Did I imagine myself
Alone today in my living room
Traveling in my armchair
in this little town
On a different continent
Icy rain outside
What were the odds?

I have now met a professional pianist
This is where this comes into place
The puzzle of my unconscious.

For the time of the Sonata
Bridge the gap
For a few minutes
See
What a trip
I close my eyes again
And I realize
No matter what,
I have never played
The second part of that Sonata.

There is my own Proustian madeleine. Don’t ask me why this text came to me in those short sentences piled up. It just did. And to get back to the very beginning, I think that’s how I got the lumbago I have today.


LA SONATE DE BEETHOVEN EN DO MINEUR

Dimanche matin. Je venais de nettoyer la baignoire
et ça sentait le détergent.
Je me suis enfoncée dans mon fauteuil.
Et j’ai mis sur ma tête le luxueux casque Bose
qu’Allan m’avait offert pour mon anniversaire.
Il m’avait envoyé un texto: “Sonate en Do mineur de Beethoven
quand j’étais à la gym un peu plus tôt, sur le tapis roulant
et je n’avais pas eu le temps de le vérifier.
Que me disait-il à ce sujet? Je ne me souvenais pas,
Mais je savais que je devais prendre le temps de l’écouter correctement.

J’ai trouvé le morceau sur YouTube.
J’ai choisi Barenboim
Et j’ai écouté.
Oui, les lignes dentelées, et les réponses plus douces
Je ne connais pas ce morceau
Attends … alors que ça continue
J’ai un vague sentiment de reconnaissance,
Loin comme dans un épais brouillard
comme si j’allais prévoir ce qui allait venir,
En fait, je le connais si bien, ce morceau
dans un recoin de ma mémoire
que mes doigts font la gymnastique d’eux-mêmes
Incroyable…
Mais oui, je le jouais ! je le reconnais maintenant!
Sauf que ça sonnait différemment
Comme au ralenti
Pourquoi?
Parce que c’étaient mes propres doigts au piano…

Je jouais cette sonate si différemment
Qu’elle ne porte qu’une faible ressemblance
Avec la production de Barenboim
Mais je n’ai jamais écouté aucun enregistrement
Je lisais seulement là partition

Je la jouais donc, cette sonate
Et me voilà ramenée au salon
De la maison de mes parents où je passais
une heure par jour au moins pendant des années
Il y a des décennies
Avais-je 17 ou 18 ans?
Je ne vois pas tous les détails
Dans la grisaille
Mais la grande fenêtre sur la gauche
Est ouverte au printemps

À quoi mon futur ressemblait-il à ce moment-là?
Mystère et boule de gomme.
Ici, je reçois un message
de mon moi adolescent
À celui de me cinquante-deux ans.
Voyons…

Mes mains répètent
L’accompagnement maladroit de la main gauche
La basse d’Alberti
Que pensait Beethoven?
Quand il programmait cette petite machination
Les doigts tricotant avec des aiguilles invisibles
Et quel était mon avenir alors
Vu de ce piano?
Vu la solidité de ma propre famille
La ville bourgeoise de Nantes
Mon école bourgeoise catholique
Avec Nantes la belle
Pourquoi était-ce enterré si profond?
Y avait-il quelque chose que je voulais cacher?

Est-ce que je m’imaginais
Seule aujourd’hui dans mon salon
Voyageant dans mon fauteuil
dans cette petite ville
Sur un autre continent
Pluie glacée à l’extérieur
Quelles étaient les chances?

J’ai rencontré un pianiste professionnel
C’est là que les choses se mettent en place,
Le puzzle de mon inconscient.

Le temps de la sonate
L’écart se comble
Pendant quelques minutes
Pour voir
Quel voyage j’ai fait
Je ferme à nouveau les yeux
Et je réalise
Peu importe ce que j’ai récolté,
Je n’ai jamais joué
La deuxième partie de cette Sonate

Voilà ma propre madeleine proustienne. Ne me demandez pas pourquoi ce texte m’est venu sous la forme de ces courtes phrases entassées. Ca s’est fait comme ça. Et pour en revenir au début, je crois que je me suis fait un lumbago en lavant cette … de baignoire.

VOYAGE D’AFFAIRE

VOYAGE D’AFFAIRES

Nous allions chez Ikea
Ma fille et moi
Une petite trotte en voiture
Un peu près une heure de route
Mais une fois n’est pas coutume

Je me branche sur radio Classique
Pour profiter de ces précieuses minutes
Entre mère et fille
Moments de qualité –
Elle entendrait des morceaux choisis
Qui changeraient un peu de ses choix habituels
D’adolescente de treize ans
Elle serait exposée aux plus grands
Rien de tel que l’intimité d’un voyage en voiture
En captivité forcée
Pour créer des liens durables
Et au-delà des générations

Je me revoyais récemment au volant
Sur une route de campagne
La Symphonie du nouveau monde en bande-son
Un autre jour un Albinoni jamais entendu auparavant
Ou encore Telemann à la mathématique enluminée
Ou Tchaikovsky et sa sensibilité
Et tout ça souvent au moment opportun

Fi des CD et de mon IPod!
Des transmissions filiales programmées
Je laissais le hasard
Choisir ce que nous partagerions aujourd’hui
Le plaisir de l’imprévu! de la surprise!
De l’aventure!
Et pour moi et pour elle

Hélas, au lieu des violons
Des hautbois, des clavecins
Au lieu d’un nocturne de Chopin
Des voix se lèvent:
Appelez dès maintenant, il est encore temps!
Cela ne prendra qu’une minute
Et votre compte bancaire sera automatiquement débité !
Sans aucune difficulté !
Vous vous sentirez si bien après
Sachant que vous avez donné pour ce que vous aimez!

J’ai raté mon coup, mais je serai patiente
Un des inconvénients mineurs de la vie
Quand ils auront terminé leur vente
Nous serons juste avec la musique
Rien de mal avec leur campagne
Apres tout nous allions chez IKEA
Pas une retraite spirituelle

Les minutes passent
Au fil du paysage désertique d’un printemps trompeur
Je rallume la radio:
Allez, ne vous faites pas prier!
Nous savons que vous voulez donner!

Et sur ce CD, vous trouverez
Le canon de Pachelbel!
Et pour Elise de Beethoven !
Ainsi qu’une tasse à café
Une aubaine de 240 dollars que vous ne retrouverez jamais
A aucun autre moment!
Alors appelez dès maintenant ou vous le regretterez.
Et pour vous donner un avant-goût
Laissez-nous jouer l’une des pièces:
Le Rondo à la Turque de Mozart!

Je me détends dans mon siège
Chantonnant sous les yeux admiratifs de ma fille
Dibidibidi dibidibidi dibidibidibidibidibidibidi…
C’est déjà quelquechose
Mais déjà ils reviennent
Et reprennent de plus belle
j’aurais dû le savoir
Hier encore ils essayaient de me vendre
La carrière entière de Leonard Bernstein
Un boîtier de 45 CD!
Pour un don de 120 dollars en une fois, ou en paiements mensuels
Avec en bonus un cours de fabrication de pâtes fraiches
Et un tablier monogrammé!

Bruckner: Os Justi
(Une nouvelle équipe est passée à un autre CD:
Paradisum: Serene Sacred Songs)
Les voix nous enchantent malgré nous
On se regarde et je dis:  Tiens, j’ai presque envie de l’acheter, ce CD.
Moi aussi, elle répond.
Nous sourions à leurs efforts héroïques
A nous faire sortir notre portefeuille
Ils croient qu’ils m’auront à l’usure
Mais que puis-je faire, je conduis !

Au retour j’essaie encore
Le destin n’a pas encore éteint
Une dernière lueur d’espoir
Ils avaient dit :Vous avez jusqu’à 13h!
Et comme il est maintenant 15h

Donnez pour ce que vous appréciez!
La musique classique transcende les générations
Passez-là à vos enfants!
Ou aux enfants autour de vous
Faites un don unique, ou seulement 10 dollars par mois
Pour un cadeau qui ne cesse de donner!
La musique est le langage de l’âme
Et en remerciement
Vous recevrez: Les plus grands arias de tous les temps!
Un lot de trois CD que vous ne pouvez pas manquer!

Ma fille ne lève même pas un sourcil
Je ne sais pas si elle apprécie la plaisanterie
Et voici un extrait de cette offre incroyable
Silence – Pavarotti se lance :
… La donna e mobile, qual piùma al vento ….
J’entame un accompagnement fougueux
Ma fille me regarde avec des yeux ronds
Tu connais ça aussi?
Je me rengorge. Eh oui!
Au moins j’ai fait mon effet aujourd’hui.
A la fin de l’air, je fais semblant de rater la note
Elle a souri
Là au moins, j’ai réussi mon coup.

*

Nous sommes financés par vous, nos auditeurs” nous répètent à longueur de journée les radios Américaines. Et plusieurs fois dans l’année les chaines passent par des marathons de collecte de fonds qui durent en général une semaine et pendant lesquels les présentateurs se relaient non-stop pour exhorter les auditeurs à devenir membre, ou alors considérer que la chaine pourrait disparaitre. Voilà sur quoi nous étions tombées.
Ceci n’est peut-être pas un poème – mais c’est comme ça que c’est venu : prose structurée?


BUSINESS TRIP

We were going to Ikea
My daughter and I
Quite a ride in the car
Approximately one hour drive
But we don’t do it that often

I turn on Classical Radio Boston
To take advantage of these precious minutes
Between mother and daughter
Quality time.
She would hear selected pieces
That would change her from her usual choices
Of discerning thirteen year old
She would be exposed
To the Great
Nothing like the intimacy a car trip
For a lasting bonding experience
Across the generations

I recall a recent experience
Driving down a country road
With the New World Symphony as a soundtrack
Or another day an Albinoni piece never heard before
Or one of Telemann’s illuminated constructs
or Tchaikovsky and his sensitivity
And all that often at the right moment

Forget CDs or my IPod!
Scheduled filial transmissions
I leave a chance for chance
To choose what we will share today
The pleasure of the unexpected! Surprise!
Adventure !
For me and for her

Alas, instead of violins
Oboes, harpsichords
Instead of a Chopin Nocturne
Voices rise:
Call right now while it’s still time!
It will only take a minute
Your bank account will be automatically debited!
You won’t have to worry about a thing
You will feel so good after
Knowing you gave for what you love!

Not what I had expected. But I’ll be patient,
Just one of life’s minor inconveniences
After they’re done with their pitch
We’ll be right on with the music
Nothing wrong with their campaign
After all we’re on our way to IKEA
Not a spiritual retreat

Minutes pass by
With the desert landscape of a misleading spring
I turn on the radio again:
Just get it over with!
We know you want to give!

And on that CD you will find
Pachelbel’s cannon!
And Beethoven Für Elise!
Together with a coffee mug.
A 240 dollar value that you would never get
At any other time!
So call right now or you will miss it forever.
And to give you a foretaste
Let us play one of the pieces:
Mozart: Rondo à la Turque!

I relax in my seat
Sing along under the admiring eyes of my daughter
That’s a start
But before the end, they come back
With a vengeance
I should have known better
Yesterday they were selling me
Leonard Bernstein’s entire career’s work
In a 45 CD set!
For a donation of 120 dollars! At once, or in monthly payments
And a course on making pasta from scratch
And a monogrammed apron thrown in!

Bruckner: os Justi
(a new team switched to a new CD:
Paradisum: Serene Sacred Songs)
The voices delight us in spite of it all
We look at each other and I say: Well, I almost want to buy it, this CD.
Same, she answers.
We smile at their heroic efforts
At making us take out our wallet
But what can I do, I am driving

On the way back I try again
Fate has not yet extinguished
A last glimmer of hope
They had said, You have until 1 pm!
And it is now 3 pm

Give for what you value!
Classical music crosses over the generations
Pass it on to your children!
Or to the children around you
Make a one-time donation, or only 10 collars a month
For a gift that keeps on giving!
Music is the language of the soul
And for your pledge
You will get: The Greatest Arias of All Times!
A 3 CD set you can not afford to miss!

My daughter does not even raise an eyebrow
I do not know if she gets the joke
And here is one excerpt of this amazing value
Cue track – Pavarotti starts:
… La donna e mobile , qual piùma al vento ….
I start a spirited accompaniment
My daughter looks at me with admiration
You know that one too?
I nod with self-satisfaction: Yes I do!
At the end, I pretend to miss the note
She smiles
Some measure of success.

LE CIRQUE BLEU

The Blue Circus 1950 by Marc Chagall 1887-1985

Poisson rouge poisson bleu
Tout était mélangé dans ce rêve
La tête en bas je flottais
Dans un liquide amniotique aux couleurs primaires
Un poisson bleu m’offrait des fleurs
Et je divaguais et m’enroulais
Comme un embryon flottant

Une bonne tête de cheval apparu
Avec des faux-cils, souriant
Pour me donner la clé
Et je rêvais le rêve
Dans mon costume rouge et bleu
Je rêvais de la prochaine étape
Celle où je trônerais au plafond
De l’Opéra du Palais Garnier –
Et je me tortillais aisément
Sur mon trapèze en gestation
Entre cheval, poulet et poisson

Là-haut au plafond du palais Garnier
J’assisterais à tous les ballets
Aux premières loges tous les jours
Et je me glisserais dans la peau de chacun et chacune
Des danseurs
Sur la scène
Et mon corps changerait de costume
Se faufilerait dans les leurs
Dans leurs peaux
Scène noire, dans les feux
Je danserais dans la poussière,
Eblouie
Les pieds à terre touchant le sol
Par intermittence
Je flotterais dans l’air, voiles au vent
Jambes et bras lianes tendues
Retombant légèrement
Sur terre.

*

Quatorze ans après le Cirque bleu, Chagall signait le plafond de l’Opéra Garnier. Je ne le savais pas jusqu’à ce que j’y aille un jour, à l’Opéra. Quand j’ai vu ça de mes yeux vu, j’ai été étonnée, et puis je m’y suis faite. Assez du caractère pompeux du passé ! Il fallait de la légèreté, du moderne, un coup de fraîcheur.

Puisqu’on parle de rêve, il faut que vous sachiez que l’Opéra était mon premier rêve de petite fille, rêve éveillé, pas endormi : le monde de la danse, de la musique, la beauté des corps parfaits en mouvement, les décors, les costumes, les histoires et les contes de fée. Vers mes six ans j’ai dû voir le lac des cygnes sur notre télé en noir et blanc, puis j’avais lu (et relu jusqu’à l’apprendre par cœur) Côté Jardin d’Odette Joyeux, que quelqu’un m’avait offert (je dis quelqu’un car je ne me rappelle pas qui me l’avait offert). Je ne suis pas allée à l’Opéra avant ma trentaine. Le rêve est toujours là.

Voilà ce qui s’est tramé par association d’idées en voyant la proposition d’écriture pour l’Agenda Ironique à l’Atelier sous les feuilles. Je sais, il fallait se mettre dans la peau du poisson, mais je suis du signe Poisson, alors je connais. Pour l’anecdote, je suis aussi Cheval de feu (astrologie Chinoise). Alors je suis tout-en-un, comme dans les rêves.


BLUE CIRCUS

Blue fish, goldfish
Everything was mixed up in this dream
Upside down I floated
In an amniotic fluid of primary colors
A blue fish offered me flowers
And I drifted and twirled around
Like a floating embryo

A friendly horse head appeared
With fake eyelashes, smiling
and he gave me the key
And I dreamed the dream
In my red and blue suit
I dreamed of the next step
When I would preside on the ceiling
Of the Palais Garnier Opéra
And I squirmed with ease
On my trapeze in gestation
Between horse, fish and chicken

Once up there on the ceiling of the Palais Garnier
I would attend all ballets
In the front row every day
And I would slip into the skin
Of each dancers
On stage
And my body would change costumes
Sneak into theirs
In their skins
Dark stage, in the lights
I would dance in the dust,
Dazzled
Feet on the ground
Intermittently
I would float in the air, sails in the wind
Legs and arms stretched like the vine
Falling again slightly
On earth.

*

Fourteen years after the Cirque Bleu, Chagall signed the ceiling of the Opéra Garnier in Paris. I did not know this until I visited the Opera one day. When I saw this, past the surprise, I got used to the idea. Enough of the pompous past! We needed lightness, modernity, a touch of freshness.
Since we are talking about dreams, you have to know that the Opera was my first childhood dream, daydream: the world of dance, music, the beauty of perfect bodies in motion, theatrical sets, costumes, stories and fairy tales. When I was six, I saw Swan Lake on our black-and-white TV, and then I read (and reread until I knew it by heart) Côté Jardin by Odette Joyeux that someone had given me (I say someone because I do not remember who gave it to me). I did not visit the Opera before my thirties. The dream is still there.
This is the association of ideas that answered the writing prompt for the Agenda Ironique offered by Atelier sous les feuilles. I know, I was supposed to put myself in the skin of the fish, but I’m from the Pisces sign, so I know. For the anecdote, I’m also a Fire Horse (Chinese astrology). So I’m all-in-one, like in dreams.

SALLE D’ATTENTE

Clock

SALLE D’ATTENTE
J’attends le printemps, l’été
J’attends des nouvelles de ma fille
J’attends de savoir si le lithium aura un effet sur elle
J’attends midi
J’attends un email, un appel
J’attends les vacances, et juste la fin de la journée

Aujourd’hui est juste une préparation pour d’autres jours
Aujourd’hui ne compte pas
Juste la tension
Des jours, des heures, des minutes vides
Peut-être une gestation
Avant l’explosion
Les bourgeons
Et alors, l’action, l’été,

J’attends le déluge
And the other shoe to drop
À d’autres moments, tout arrive tellement en même temps
Les appels, les emails,
On ne sait plus où donner de la tête.

J’attends de savoir si elle va aller dans un autre hôpital
Ou si elle va rentrer à la maison
J’attends de savoir si mon autre fille va pouvoir venir
En vacances avec nous ou non
J’attends suspendue
En attendant j’écris
Mon journal, des poèmes d’attente
Je passe le temps
Je me prépare
Je serai peut-être prête
Quand l’action commencera
Quand l’inspiration viendra
Quand les beaux jours reviendront
Quand les crises seront finies
Quand la paix sera là.

 

 

PHEROMONES

Maybe you remember it too. It was one of those small ad inserts in the margin of magazines such as the New Yorker. I have seen it for decades. And I just saw it again very recently.
It showed the same face shot of a middle-aged woman with wavy dark hair hanging on the side of her round face, not exactly appealing.
The title was: Athena Pheromones. You know the one?

Did you, like me, wonder if Athena (the woman in the picture?) herself was the source of those pheromones, an endless source (as Henrietta Lacks was the endless source of cancer cells used for research)?
Or if she was the one using those pheromones on unsuspecting males? She would have concocted the magic potion out of frustration, found it successful beyond expectations, and found that she might market it as well!

I often pictured Athena at parties surrounded by a flock of males attracted to her like moths around a kerosene lamp, she swatting them away with a swatter.
From moth to butterfly is a fine line.

The word pheromone is associated, at least for me, to butterflies, the way the female left a sillage behind her, the allure of which drew men nuts. Unless it was the other way round?
(A perfunctory search tells me that: Visual cues seem to be of the utmost importance in the original attraction of the male to the female. The male would be the one using the pheromone tricks.)

But in any case, this notion always seemed to me as dubious as the Santa Claus story. How was it possible to attract suitable sexual mates with pheromones that were not one’s own?
Considering that these were artificial, lab-created pheromones, wouldn’t they attract the wrong kinds of mates? A mate conceived where they came from, i.e. a lab? Why on earth would they attract your dream mate?

Danzia supplies

And if those pheromones belonged to a regular person (let’s assume Athena), wouldn’t you end up surrounded by the wrong crowd again? (And was there a dude out there sourcing the female-targeting pheromones?) AND how long would your preys sustain the fraud? You would take a shower, and then your Beau would sniff around and lose all interest in the real you!

I actually knew, a long time ago, someone who had fallen prey to the ad. I found one of the little jars in his bedroom (it was no-one I had any attraction to whatsoever). Unfortunately, I never dared ask him if it worked. Last thing I heard, he was still single.

Advertisements find us so gullible. I recently bought a product that promised to give me Babysoft feet. On the package and on-line, satisfied customers were raving about their newly baby-soft feet and promising themselves and the world to renew the operation every year.
Therefore I had no doubt. The directions for use did tell me that I had to be patient and that the process would take about a week, and that then, the dead skin would fall off painlessly and dramatically.
I waited patiently. I never saw anything. My calluses are still there.

In the age of Tinder, some souls are still dreaming of attracting the mythical aerial nymph through invisible scent waves. Otherwise it would not be printed anymore. It’s a pretty thought, considering all the rest.

 

wood nymph butterfly

 

———

Peut-être que vous vous en souvenez aussi. C’était un de ces petits encarts publicitaires dans la marge de magazines tels que le New Yorker. Ca fait des années que je vois cette pub. Et je viens de la revoir très récemment.
Elle montre le visage d’une femme d’âge moyen avec des cheveux noirs ondulés qui tombent de chaque côté de son visage rond, pas exactement attrayant.
Le titre était: Athena Pheromones. Vous voyez de quoi je parle?

Vous êtes-vous, comme moi, demandé si Athena (vraisemblablement la femme sur la photo) elle-même était la source de ces phéromones, une source sans fin (comme Henrietta Lacks fut la source infinie de cellules cancéreuses utilisées pour la recherche)?
Ou si elle utilisait ces phéromones sur des mâles sans méfiance? Elle aurait concocté la potion magique par frustration, aurait réussi au-delà de ses attentes, et l’aurait ensuite commercialisée.

J’imaginais Athéna à des soirées, entourée d’un troupeau de mâles attirés par elle comme des phalènes autour d’une lampe à pétrole, elle les repoussait avec une tapette.
La ligne est mince de la mite au papillon.

Le mot phéromone est associé, du moins pour moi, aux papillons, à la manière dont la femelle laisse derrière elle un sillage dont l’allure attire les mâles. A moins que ce ne soit l’inverse?
Une recherche superficielle me dit que les indices visuels semblent être de la plus haute importance dans l’attraction originale du papillon mâle à la femelle. Le mâle serait celui qui utiliserait le truc des phéromones.

Mais en tout cas, cette notion m’a toujours semblé aussi douteuse que l’histoire du Père Noël. Comment serait-il possible d’attirer des partenaires sexuels appropriés avec des phéromones qui ne seraient pas les siennes?
Considérant qu’il s’agit de phéromones artificielles, créées en laboratoire, n’attireraient-elles pas le mauvais type de partenaires? Un compagnon conçu d’où elles venaient, c’est-à-dire un laboratoire? Pourquoi diable attireraient-ils le compagnon de vos rêve?

Et si ces phéromones appartenaient à une personne réelle (supposons Athéna), ne vous retrouveriez-tous pas encore entouré de la mauvaise foule? (Et y aurait-il un homme en chair et en os à la source des phéromones pour femelles?) ET combien de temps les proies seraient-elles victimes de la fraude? Vous prendriez une douche, votre admirateur reniflerait l’air, et perdrait tout intérêt pour votre vraie personne!

J’ai connu, il y a longtemps, une victime de cette publicité. J’ai trouvé l’un des petits compte-gouttes dans sa chambre (à titre d’information, je n’avais aucune attirance pour lui). Malheureusement, je n’ai jamais osé lui demander si cela fonctionnait. Aux dernières nouvelles, il était toujours célibataire.

Les publicités nous trouvent si crédules. J’ai récemment acheté un produit qui promettait de me rendre les pieds doux comme des pieds de bébé. Sur la boîte, et en ligne, les clients satisfaits chantaient les louanges de leur nouveaux pieds tout-doux et se promettaient de renouveler l’opération chaque année avant l’époque des sandales.
Par conséquent, je n’avais aucun doute. Le mode d’emploi disait que je devais être patiente et que le processus prendrait environ une semaine, et qu’alors, les peaux mortes tomberait sans douleur et de façon spectaculaire.
J’ai attendu patiemment. Je n’ai jamais rien vu. Mes durillons sont toujours là.

À l’âge de Tinder, certaines âmes rêvent encore d’attirer de mythique nymphes aérienne à travers des vagues d’odeurs invisibles. Sinon, la pub ne serait plus imprimée. C’est une jolie idée, compte tenu de tout le reste.

Danzia Angel wings

Product credit: https://www.athenainstitute.com/1013.html
Photos credits: Papilio machaon ; swallowtail image; Credit: © Shutterstock
Butterfly wings, dance supplies: Danzia catalogue

W – Winnipeg

Gérard Dicks Pellerin  a-1640xl pc065135Back to my Canada alphabet. You will notice that I jumped to W. W for Winnipeg, and all I know about Winnipeg, I learned from Carol Shields.

This knowledge is very vague, in fact, and the inhabitants are all fictional characters.
I know there are flowering avenues, radio stations, and institutes that research mermaids.
This knowledge comes from a novel published 26 years ago, but classics do not age:

The Republic of Love, by Carol Shields, 1992.

In my opinion, it is not really a love story (I know some may argue) and it has nothing to do with politics in spite of the title.

Each chapter evolves around a week in the lives of two protagonists who do not know each other – Fay McLeod and Tom Avery, alternating. Two very different lives, with the sole common point the fact that they find themselves single. She is doing research on the topic of mermaids, and he works as a night radio show host.

They do meet halfway through the book, but that’s not really the point. The narrative resembles two lines that would meet at the vanishing point of a perspective drawing: the meeting point being very small in the distance. What takes the most space on the image are the other lines.

What matters is the stuff of their lives: Tom Avery’s radio show – there is no better situation in the world of creative writing to have fun with people’s calls. Zany is a word I would use to qualify Carol Shields’ humor. Here is a sample:

“Monday night down at CHOL is survey night. Listeners call in between 1:00 and 2:00 am to answer the question of the week. Tonight’s question is : What do you think about when you’re in the shower? […]
“I feel like a jerk in the shower,” a man says. He has a youthful voice with tenor margins to it.“ I feel dumb or drunk or something. It’s the steam. I’ve got this head of naturally curly hair, but in the shower it gets all slicked down so I look like a nerd. Looks are kind of like a priority, and with me, priorities come first.”
[…] “I study my shower curtains,“ an out of town caller reports. “I’ve got one of those map-of-the –world shower curtains and I would recommend it to any listener. It’s supposed to be accurate, and I’m telling you, the stuff I’ve learned. South America. Africa, too.”

What matters is the way Carol Shields writes, her style. She said that she wrote what she wanted to read but could not find. Hallelujah!

Another mine of good writing fun is the series of people they are going to date, independently. Tom takes us to his meetings at the Newly Single Club (that was way before internet), and we are treated to a parade of characters who are of course more unsuitable and crazier the ones than the next. One top of that, everyone seems to know each other in Winnipeg – they were married before, then divorced, then remarried, all among each other.

But none of this is important. It is all a vehicle for the language itself. It’s not about the plot or the characters at all, but all about the language, the images that appear, images of everyday life, but with a unique point of view, her twist. The language is never easy. A turn of sentence is never commonplace. Carol Shields elevates the mundane and makes us read twice. And yet it’s fun.

Some people die. But there is never too much drama in Carol Shields. Her characters are not two-dimensional, nor exactly wise either, but they do not express the extreme pathos you would find in common literature. This is serious literature after all. Sorry if I gave the wrong impression, but Carol Shields is a literary writer. Hers is a lucid, gentle, even-tempered eye. There is nothing really hip about her, she’s rather old school, old fashioned, with just a touch of class that is so endearing.

Three details I would pick in the book from the top of my head:

1) the character called Onion. (She is the reason why I wanted to write a poem with a leek in it, in a previous blog entry). There is a book based on her writings entitled “Startle and illuminate.” That’s what I mean: I was startled and I smiled (the illumination).

2) Her paragraph about the importance of rituals in the life of the character (the Saturday morning coffee meetings with her father). I realized I was craving routine as well. She made tangible, and validated for me a trait I would otherwise have considered pathetic .

3) She loves words. Let’s pick another passage:

“These rings they had picked at the last minute from Greening’s Jewelers on Graham Avenue. (“I tried to phone you a couple of weeks ago, “ the jeweler said rather crossly, “to tell you they were ready.”) The date engraved on the inside of the two rings could be changed later, but there would be a small charge, of course.
“And thereto I pledge you my troth,” Fay said. He could tell she loved that word “troth,” she said it so lingeringly, its long o sound.”

I would quote the whole book if I could. Every page is another excuse for more fun.
The most excitement I had from reading a book with a comparable mixture of intelligent literature and fun, is probably The Elegance of the Edgehog by Muriel Barbery or Self-Help by Lori Moore.
I have read most of Carol Shields’ many books, but this one is by far my favorite.

” ” “

51N6TFC3F4L__SX305_BO1,204,203,200_Je reviens à mon alphabet du Canada. Vous remarquerez que je suis passée directement au W. W. pour Winnipeg, et tout ce que je sais de Winnipeg, je l’ai appris de Carol Shields.

Ces connaissances sont en fait très vagues et les habitants sont tous des personnages fictifs.
Je sais qu’il y a des avenues fleuries, des stations de radio et des instituts qui font des recherches sur les sirènes.
Ces connaissances proviennent d’un roman publié il y a 26 ans, mais les classiques ne vieillissent pas:

La République de l’amour, par Carol Shields, 1992.

A mon avis ce n’est pas vraiment une histoire d’amour (ça se discute) et cela n’a rien à voir avec la politique malgré le titre.

Chaque chapitre évolue autour d’une semaine dans la vie de deux protagonistes qui ne se connaissent pas – Fay McLeod et Tom Avery, en alternance. Deux vies très différentes, avec pour seul point commun le fait qu’elles se retrouvent célibataires au même moment. Elle fait des recherches sur le thème des sirènes et lui a une émission de radio nocturne.

Ils se rencontrent à mi-chemin du livre, mais ce n’est pas vraiment le but. Le récit ressemble à deux lignes qui se rencontrent au point de fuite d’un dessin en perspective: le point de rencontre est très petit, au loin. Ce qui prend le plus d’espace sur l’image sont les autres lignes.

Ce qui compte, c’est le contenu de leur vie: Tom Avery anime une émission de radio – pas de meilleur moyen dans le monde de l’écriture créative pour s’amuser avec les questions de l’audience.  Voici un exemple:

“Lundi soir au CHOL est la nuit du sondage. Les auditeurs appellent entre 1h00 et 2h00 du matin pour répondre à la question de la semaine. La question de ce soir est: À quoi pensez-vous lorsque vous êtes sous la douche? […]
“Je me sens comme un abruti sous la douche”, dit un homme. Il a une voix jeune avec des marges de ténor. “Je me sens bête ou bourré ou quelque chose. C’est la vapeur. J’ai les cheveux naturellement bouclés, mais sous la douche, tout est lissé et j’ai l’air d’un ballot. Mon apparence est comme une priorité, et avec moi, les priorités viennent en premier. “
[…] “J’étudie mon rideau de douche”, rapporte un auditeur hors de la ville. “J’ai un de ces rideaux de douche avec la carte du monde et je le recommanderais à n’importe quel auditeur. C’est censé être exact, et je ne vous raconte pas ce que j’ai appris ! L’Amérique du sud. L’Afrique aussi. “

Ce qui compte, c’est la façon dont Carol Shields écrit, son style. Elle dit quelque part qu’elle a écrit ce qu’elle aurait voulu lire mais n’a pas pu trouver. Alléluia!

Une autre mine de plaisir à écrire est la série de personnes qu’ils vont rencontrer, indépendamment. Tom nous emmène à ses réunions du Club des Nouveaux Célibataires (c’était bien avant Internet), et nous avons droit à un défilé de personnages plus inadaptés les uns que les autres bien sûr . À cet égard, tout le monde semble se connaître à Winnipeg – ils se sont mariés , puis ont divorcés, puis se sont remariés, tous les uns avec les autres.

Mais rien de tout cela n’est important. C’est juste un véhicule pour le language lui-même. Il ne s’agit pas de l’intrigue ou des personnages, mais du language, des images qui apparaissent, des images de la vie quotidienne, avec un point de vue unique. Un style jamais facile. Un tour de phrase n’est jamais banal. Carol Shields élève le quotidien et nous fait lire deux fois. Et en plus c’est amusant.

Certaines personnes meurent. Mais il n’y a jamais trop de drame dans Carol Shields. Ses personnages ne sont ni bidimensionnels, ni exactement sages non plus, mais ils n’expriment pas le pathos extrême qu’on trouve dans la littérature générale. C’est de la littérature sérieuse après tout. J’ai peut-être donné la fausse impression, mais Carol Shields est un écrivain littéraire. Son œil est lucide, doux, et tempéré. Il n’y a rien de vraiment branché chez elle, elle est plutôt vieille école, un peu démodée, avec juste une touche de classe si attachante.

Trois détails que je choisirais au hasard:

1) Le personnage appelé Oignon. (Elle est la raison pour laquelle je voulais écrire un poème avec un poireau dedans, dans un blog précédent). Des proches ont écrit sur elle un livre intitulé “Startle and illuminate” basé sur ses écrits. C’est ce dont je parle: je suis surprise et je souris (l’illumination).

2) Son paragraphe sur l’importance des rituels dans la vie du personnage (les rencontres du samedi matin avec son père). J’ai réalisé que j’avais aussi envie de routines. Elle a rendu tangible et validé pour moi un trait que j’aurais autrement considéré comme pathétique.

3) Elle aime les mots. Choisissons un autre passage:

Ces bagues qu’ils étaient allés chercher à la dernière minute chez Greening’s Jewellers, avenue Graham. (“J’ai essayé de vous téléphoner il y a quelques semaines”, dit le bijoutier d’un ton un peu vexé, “pour vous dire qu’ils étaient prêts.”) La date gravée à l’intérieur des deux anneaux pourrait être changée plus tard, mais il y aurait un petite supplément, bien sûr.
“Et à mon tour, je te donne ma confiance (troth)”, a déclaré Fay. Il voyait bien dire qu’elle aimait beaucoup ce mot “troth”, elle l’avait dit en faisant trainer le « o ». “

Je citerais tout le livre si je le pouvais. Chaque page est une autre excuse pour plus de fun.
Un mélange comparable de littérature intelligente et d’humour, je ne l’ai trouvé que dans L’élégance du Hérisson de Muriel Barbery ou Self-Help de Lori Moore.
Parmi les livres de Carol Shields (je les ai tous lus) c’est de loin mon préféré.

INTERLUDE NOSTALGIQUE

300px-Johannes_Vermeer_-_Het_melkmeisje_-_Google_Art_Project

INTERLUDE NOSTALGIQUE

Je voudrais vivre dans une pub des années soixante dix
Une pub de lessive qui sentirait la lavande
(le travail serait déjà fait, les draps pendraient dans la brise du soir)
Les couleurs technicolor seraient un peu passées,
Un peu fondues
Il y aurait des laitières qui vendraient du yaourt
Dans des clair-obscurs paisibles
Des Mère Denis qui glisseraient sur des tables cirées
Des pâtes Lustucru
De la purée Mousline
Il y aurait des chaussures Eram, tons orange et marron
Que je pourrais acheter avec mes sous d’aujourd’hui
J’aurais des jupes flottantes
Et peut-être même des collants Dim.
Il y aurait des bambins qui courraient le long des couloirs avec des rouleaux de papier toilette
Et des amis dans le salon
Et on boirait peut-être du Nescafé.

Ici et maintenant, le temps presse
Tout le temps
Pas le temps de se reposer dans les lumières feutrées
Du fini
On est assis sur le rebord tranchant du temps

Je ne regarde même plus la télé depuis qu’il y a trois-cent chaines
Et puis on y vend des choses pointues, métalliques
Pour que les choses aillent encore plus vite
Des ordinateurs gris-acier dans des décors aux tons acérés

Avant les choses étaient plus simples
Comme du pain, du vin, du Boursin
Et si on aimait ça, la Ricorée le matin.

Je n’y pense pas souvent, mais je les ai revues sur YouTube, ces pubs, et ça m’a fait l’effet détente d’une séance de massage + un bain Obao. J’aurais bien aimé, mais je n’ai pas pu les caser : les petits pois Cassegrain, les Fingers de Cadbury, les crackers Belin, le Crunch…

* * *

NOSTALGIC INTERLUDE

I would like to live in a seventies commercial
that sells lavender-scented detergent
(The work would already be done, sheets hanging in the evening breeze)
Technicolor tones would be slightly faded,
A little hazy
There would be dairy women selling yoghurt
In peaceful chiaroscuro
Mother Denis slipping on polished tables
Lustucru pasta
Mousline purée
There would be Eram shoes in orange and brown tones
Which I would buy with my current money
I would wear floating skirts
And maybe even Dim tights.
There would be toddlers running along corridors with toilet paper rolls
And friends in the living room
And we might be drinking Nescafe.

Here and now, time is pressing
All the time
No time to rest in the soft-focus
of the finished
We sit on the sharp edge of time

I do not even watch TV anymore with its three-hundred channels
Where they sell hard, metallic things
For things to go even faster,
Cutting-edge computers in steel-gray decors.

Before, things were simpler
Like bread, wine and Boursin
And if we liked that, Ricorée in the morning.

These commercials are probably not known to English speakers, although I don’t know. There could be equivalents. I don’t think about this very often but saw some again on YouTube, and the effect was that of a relaxing massage. I would have liked, but I could not fit them: Cassegrain peas, Cadbury Fingers, Belin crackers, Crunch chocolate bars …

Illustration : Vermeer, La laitière. Rijksmuseum, Amesterdam

POKER FACE

Poker face

POKER FACE

This morning, when putting on one of my boots
I felt something stuck inside
it was one of my cat’s toys
A bird that chirps

I pulled it out from the bottom,
and a feather fell out
On the floor

My cat was looking down at me
From the top of his perch
With a poker face.

Not a giggle
Not a smile
So I wondered
If it was really him

It may have been an accident
(like life on earth)
Or my daughter
But she is not here

Who else ?

It had to be him
Maybe he was laughing inside
About his fine joke
hahaha!

Or maybe it was a small gift to me
How to know for sure?
Cats only have one expression

In the absence of certainty
I told him I enjoyed his gift
And I also laughed out loud
For good measure.

He was still looking down at me
From the top of his perch
With a poker face

To thank him,
I went to get the catnip
Like every morning

Also…
I can’t wait till he finds tomorrow
This little poem I leave here for him!!

* * *

POKER FACE

Ce matin j’ai trouvé dans une de mes bottes
Coincé au fond
Un des jouets de mon chat,
Un petit oiseau qui faisait cuicui

Je l’en ai sorti et une plume est tombée
Sur le plancher

Mon chat me regardait
Du haut de son perchoir
avec un regard impassible

Pas un sourire
Pas un hahaha !
Alors je me suis demandée
Si c’était vraiment lui
Ou si c’était un accident
(comme la vie sur la terre)

Ou bien encore ma fille ?
Mais elle n’est pas là

Qui d’autre ?

Ça devait être lui
Peut-être qu’il riait à l’intérieur
De sa bonne plaisanterie

Ou peut-être que c’était un petit cadeau surprise
Comment savoir à coup sûr?
Les chats n’ont qu’une seule expression

En l’absence de certitude
Je lui ai dit que j’appréciais son cadeau
Et j’ai bien rigolé
Pour la bonne mesure.

Il m’observait toujours
du haut de son perchoir
Sans rire ni sourire

Alors pour le remercier,
Je suis allée chercher l’herbe à chat
(Comme tous les matins)

Et puis…

La tête qu’il va faire
quand il va trouver
Ce petit poème que je laisse ici pour lui!!

Romeo 3

 

MARTIN ET VIOLETTE

poireau_marie001

MARTIN ET VIOLETTE, un conte.
(followed by the English version)

Violette et Martin habitaient dans une modeste maison du village de Petiot, avec leurs deux filles, Truculence et Patate. Violette tenait un emploi de bureau à la mairie du village et Martin était professeur d’Anthropologie à la prestigieuse université de Tringueld, la ville voisine. Il avait acquis une certaine réputation dans son champ d’études (Données de terrain et appréhension de l’objet en Nouvelle Calédonie) et dans sa propre estime personnelle. Violette, elle, l’enviait un peu, parce qu’elle avait eu des ambitions d’études qui avaient été coupées court par la naissance des enfants.
Il y avait d’abord eu les biberons et les couches, puis les devoirs, les réunions de parents d’élève, les cours de piano de Truculence, qui leur donnait des espoirs, et les cours d’escrime de Patate qui se rencontraient tous les samedis. Violette aurait bien aimé retourner faire ses études maintenant que les filles étaient indépendantes, mais Martin n’y tenait pas et le faisait bien savoir. Elle avait pris ce boulot pour sortir de la maison et mettre un peu de beurre dans les épinards, car il tenait les cordons de la bourse bien serrés.
La vie était bonne pour lui. Tous les soirs, après les cours il rentrait à Petiot, un sourire satisfait sous sa moustache, fier du travail bien fait, tapotant Truculence et Patate sur le crâne, et descendant dans son bureau souterrain.
Violette, elle s’affairait à la cuisine pendant que les filles faisaient leurs devoirs.
« C’est pas juste, se disait-elle en secouant la tête : moi je vais gagner la croûte pendant la journée, puis je fais les courses, puis je prépare le diner, puis je nettoie, puis je range ; sans parler de la lessive, etc.. Et lui ? Il s’installe dans son fauteuil et allume un gros cigare. »
Même en maugréant dans sa barbe, elle préparait de bons petits plats avec amour et soin. Quand elle sortait sa fameuse tarte aux poireaux du four, tout était à sa place. Le fumet de la pâte brisée qu’elle avait perfectionnée au cours des années, des petits lardons dorés et des poireaux du jardin, tout se confondait dans la cuisine et aurait mis l’eau à la bouche d’un anosmique.
Quand il montait de sa cave, Martin avait la moustache frémissante. « J’ai épousé une merveilleuse cuisinière » aimait-il à répéter, fier, la prenant par la taille avant de se mettre à table.
« Ch’est cho mé chai bon ! » lançait Truculence (Trucu pour les intimes) en se brûlant la langue. Les autres émettaient d’autres borborygmes approbateurs.

Son boulot à la mairie de Petiot, Violette ne le détestait pas. Ses collègues étaient assez sympathiques. Mais elle avait crû avoir d’autres aptitudes. Et Martin n’était pas un mauvais bougre. Quand ils partaient en été en vacances, à la destination de son choix à lui, elle se laissait aller à penser qu’ils avaient la belle vie. Ils faisaient des balades à vélo tous les quatre, Martin en tête du peloton, puis Patate qui avait un bon coup de mollet, puis Trucu, puis elle. Mais elle rêvait parfois d’un ailleurs, d’un autrement, où elle aussi serait à la place du conducteur.
Un soir que Violette préparait sa spécialité, sa tarte aux poireaux, après une journée difficile au bureau (jalousies entre collègues, ragots, petits esprits mesquins), des souvenirs de sa jeunesse prometteuse montèrent à sa mémoire. Elle pensa qu’elle avait peut-être raté sa vie et elle versa quelques larmes sur les blancs de poireaux qu’elle était en train de couper en tronçons. Elle gardait les verts pour une soupe prochaine
Ce soir-là après diner, elle était sortie se promener au jardin. C’était une jolie nuit de pleine lune.
La voisine était une sorcière que Martin et Violette connaissaient peu – ils l’avaient tout juste entre-aperçue une fois à sa fenêtre. D’origine allemande, elle était célibataire, n’avait jamais eu d’enfants, et avait toujours été jalouse de cette jolie petite femme avec ses deux filles et son mari. Cette sorcière regardait souvent Violette cueillir des poireaux dans son jardin. Elle était si funestement lunée ce soir-là qu’elle alla chercher son grimoire pour trouver la formule exacte. Puis, de sa fenêtre, elle prononça ces mots :

Kartofeln und Kraut
Quadragésime et Millésime !
Belle femme aux marmots
Te voilà sur le champs
Valdinguée en POIREAU!

A ce moment précis, Violette crû s’évanouir. Et elle s’évanouit en effet.
Quand elle se réveilla, elle se sentait un peu raide, et quand elle ouvrit les yeux, elle vit qu’elle était plantée devant un poireau. Un poireau qu’elle voyait de très près. Elle réalisa qu’elle était devenue poireau. La première surprise passée, elle trouva que c’était presque reposant, cette position immobile, bien enracinée dans le sol. Elle n’avait plus à courir au travail, aux courses, à faire la cuisine, la lessive, le ménage, le rangement. Elle pouvait regarder les nuages le jour, admirer les étoiles la nuit, elle n’était plus sensible au froid, comme elle l’avait toujours été. Le murmure des poireaux autour d’elle, et la réponse des carottes voisines étaient rassurants, et elle pouvait voir la maison de son coin de jardin. La sorcière elle, qui avait un début de maladie d’Alzheimer oublia complètement cette histoire.
Au début, Violette-poireau guettait Patate et Truculence qui sortaient et entraient la mine défaite, et elle voulait les appeler, leur parler. Mais personne ne l’entendait ni ne la voyait.
Puis elle vit Martin. Et lui aussi avait l’air triste. Puis elle sentait ses feuilles vertes remuer dans la brise et la sensation était charmante.
Le premier jour, Martin pensa qu’elle s’était mise en retard au travail. Puis qu’elle avait peut-être eu un accident sur la route de Petiot, mais la police n’avait rien entendu.
Puis il se demanda si elle avait décidé de le quitter, ce qui lui semblait improbable. Il sentait que Violette faisait partie de lui, comme son propre bras, et elle ne lui avait jamais rien dit qui puisse lui donner des doutes. Sauf parfois quand elle essayait de donner son avis, ce qui n’était pas souvent du tout.
Les filles, elles, ne comprenaient pas où ni pourquoi leur chère maman avait disparu. Les battues organisées par la police n’avaient rien donné.
Elles sortaient parfois dans le jardin, s’asseyaient et parlaient entre elles de leur maman et de sa disparition. Violette était là, qui écoutait, essayant de leur faire signe, mais quel enfant raisonnable aurait cherché des signes dans un frémissement de feuilles de poireau ?
Martin aussi descendait au jardin, parfois la nuit, quand il ne pouvait pas dormir. Il ne fumait plus ses gros cigares. Il dépérissait en fait. Elle vit au cours de semaines comme son tour de taille diminuait, comme sa ceinture se serrait. Elle voulait dire «Ouhou ! ouhou ! je suis là », comme quand on attend quelqu’un à la gare. Mais il n’entendait pas ses pauvres cris de poireau.
Martin se posait de plus en plus de questions. Au départ, Violette lui avait manqué surtout à cause de ses bons petits plats. Puis toute sa personnalité lui avait manqué, et beaucoup de choses lui étaient revenues à la mémoire.
Un agriculteur qui passait par là vit les beaux légumes du jardin et parla à Martin de son entreprise biologique de congélation. Dans son chagrin, Martin lui dit qu’il pouvait prendre les navets et les carottes, le persil et les oignons, et bien sûr les poireaux.
Le lendemain, Violette se sentit déracinée dès l’aube dans le brouillard alors qu’une fine rosée perlait à ses feuilles.
Puis elle se retrouva sur un tapis roulant sur lequel elle fut coupée en tronçons. Puis elle eut très froid, puis plus rien.
Violette était congelée. Elle fût scellée dans un sac de plastique, lui-même acheminé à un camion puis transporté dans un congélateur de taille industrielle.

Pendant ce temps, Martin n’avait plus la tête à ses cours, et ses élèves se demandaient bien à quoi il pensait, marchant en long et en travers dans la salle de classe. S’ils savaient que c’était à la tarte aux poireaux de Violette ! Il revoyait sa femme, si jolie dans sa robe d’été, au jardin, cueillant les carottes, sentant les roses.
« Quel idiot j’ai été ! J’avais la plus belle femme du monde, la plus chérie de toutes les femmes, et je ne m’en rendais pas compte ! Ah, si elle revenait, je lui donnerais tout ce qu’elle voudrait. Je la laisserais retourner à l’université, elle qui le souhaitait tant ! Quel imbécile j’ai fait ! » Et sa moustache tombait tristement.
Le soir, ils ouvraient des boites de conserve de soupe de poulet aux nouilles. Aucun d’eux ne savait cuisiner. Ils se relayaient maintenant pour faire la lessive, épousseter, mettre de l’ordre.
Truculence et Patate sentaient que leur mère était encore vivante, et lui parlaient intérieurement. Patate lui écrivait des poèmes. Truculence lui racontait ses histoires d’école avant de dormir.
Quand ils en eurent assez des boites de conserve, Martin s’inscrivit à des cours de cuisine à la mairie de Petiot. Ainsi qu’à un cours sur le féminisme offert par un collègue de renom. Chaque jour il comprenait de plus en plus sa bêtise. Au lieu de rentrer le soir et de s’enfermer dans sa caverne comme dans le passé, il ouvrait un des livres de cuisine de Violette et se lançait dans une nouvelle recette.
Puis il lisait les romans de Violette, ou visionnait ses films préférés. Il lui semblait qu’il apprenait enfin à connaitre celle qui avait partagé sa vie. Elle lui semblait ainsi plus proche.
Un soir, il ouvra un livre à la page de la Tarte aux poireaux, celle qui leur avait procuré tant de plaisir. Comme il n’y avait plus de poireaux au jardin, il demanda à Patate et Trucu de filer chez l’épicier en acheter.
« Vous tombez mal, je viens de vendre le dernier ! » leur dit celui-ci, « mais regardez dans le congélateur, il se pourrait… »
Les filles revinrent à bicyclette avec le sachet et le tendirent à leur père avec la monnaie.
Ce sera prêt quand ? on a faim !”
Donnez-moi une bonne heure, et commencez vos devoirs en attendant. Le temps passera plus vite.”
Martin commença sa communion en silence. Il fit rissoler les petits lardons dans la poêle. Puis il déplia la pâte brisée qu’il avait préparée la veille. Il sorti un morceau de gruyère qu’il trancha en lamelles qu’il plaça au fond du moule à tarte. Puis il ouvrit le sac de poireaux d’un coup de ciseaux. Les congelés n’étaient pas aussi bons que les frais, mais il n’avait pas le choix.
Alors qu’il pensait à Violette et a ces gestes, qu’elle avait fait si souvent sans le moindre remerciement, les larmes lui montèrent aux yeux. « Ah, Violette, où es-tu donc?! » prononça-t-il dans sa moustache à voix basse.
Une ou deux de ses larmes tombèrent sur les poireaux en tronçons.
Une sorte de vapeur s’éleva dans l’air, qui envahit la cuisine, puis se dissipa devant ses yeux pour laisser apparaitre une femme qu’Il connaissait. Violette se trouvait devant lui, aussi étonnée que lui.
« Martin ! Je suis là !»
C’était bien elle, dans la robe jaune qu’elle portait le jour où elle avait disparu !
« Que m’est-il arrivé ! J’ai tant poireauté !” Ils rirent tous deux à cette bonne plaisanterie en s’embrassant. Il ne comprenait ni l’un ni l’autre mais savaient tous les deux que les choses avaient changé et que le destin leur offrait une nouvelle chance.
Patate et Truculence avaient entendu du bruit dans la cuisine.
« Papa, ça va ? Tu parles à qui ? »
Et elles virent que leur mère était de retour, sans une ride après tout ce temps ! Je ne vous raconte pas les embrassades, les rires et les réjouissances ce soir-là. Ils préparèrent la tarte sans poireaux et l’appelèrent quiche Lorraine.
A partir de ce jour, Martin et les filles firent tout ce qui était en leur pouvoir pour faciliter la vie de leur chère femme et maman. Violette repris ses études de biologie et développa une thèse sur Le langage codé des remuements de nez des lapins de jardin (elle les avait étudiés de près). La thèse devint un classique en son genre.
Martin la regardait maintenant avec fierté et admiration et il vit qu’il était gagnant.
Violette se disait bien qu’il avait fallu cet épisode inattendu pour se faire comprendre, et que la transformation de son mari était un miracle. Puis qu’il faudrait peut-être qu’elle apprenne elle-même à se changer en d’autres légumes pour voir.
Ceci dit, ils vécurent heureux et eurent beaucoup de belles récoltes dans le potager.

* * *

Violette and Martin lived in a modest house in the village of Petiot, with their two daughters, Truculence and Patate. Violette held an office job at the town hall and Martin was professor of Anthropology at the prestigious University of Tringueld, the nearby town. He had acquired a certain reputation in his field of study (Field data and apprehension of the object in New Caledonia) and in his own self-esteem. Violet envied him a little, because her own desires to study had been cut short by the birth of the children. First there had been baby bottles and diapers, then homework, parent-teachers meetings, Truculence’s piano lessons, which gave them hope, and Patate’s fencing classes that met every Saturday. Violette would have liked to go back to school now that the girls were independent, but Martin did not care about it and made it known. She had taken that job to get out of the house and have some extra money, as he held the finances very tightly.
Life was good for him. Every evening, after class, he returned to Petiot, a satisfied smile under his mustache, proud of a job well done, patting Truculence and Patate on the head, and walking down to his underground office.
Violet was busy cooking while the girls did their homework.
“It’s not fair,” she said to herself, shaking her head: “I’m bringing the bacon home, then cook it, clean and then tidy up; not to mention the laundry, etc. And what does he do? He sits in his chair and lights a big cigar. “
Even grumbling under her breath, she prepared a good dinner with love and care. When she took her famous leek pie out of the oven, everything was in its place. The aroma of the pie dough she had perfected over the years, together with the bacon and leeks from the garden all blended in the kitchen and would have made an anosmic’s mouth water.
Martin’s mustache quivered when he came up from his den. “I married a wonderful cook,” he liked to say, proudly, taking her by the waist before sitting at the table.
“Itch good but itch hot!! “ Truculence (Trucu for short) said, burning her tongue. Others made approving noises.

Violette did not hate her job at the town hall of Petiot. Her colleagues were nice enough. But she knew she had more to offer. And Martin was not a bad guy. When they went away on vacation in summer, to the destination of his choice, she let herself think that they lived the good life. The four of them went on bike rides, Martin at the head, then Patate, who had strong legs, then Trucu, and then she. But Violette sometimes dreamed of somewhere else, of another way, where she too would be in the driver’s seat.
One evening when Violette was preparing her specialty, her leek pie, after a difficult day in the office (jealousy among colleagues, gossips, petty minds), memories of her promising youth came to her. She thought she might have missed something in her life and she shed some tears on the leek whites she was cutting into pieces. (She kept the greens for an upcoming soup.)

That evening after dinner, she went out for a walk in the garden. It was a beautiful moonlit night.
The neighbor was a witch whom Martin and Violette knew very little – they had only just caught a glimpse of her at her window. Of German origin, she was single, had never had children, and had always been jealous of this pretty little woman with her two daughters and her husband. This witch often watched Violette gather leeks in her garden. That night the moon was so bright that she went to get her spell book to find the exact spell. Then, from her window, she pronounced the following words:

Kartofeln und Kraut
Quadragesime and Millesime!
Pretty woman with brats
Here you are on the spot
Turned into a LEEK!

At this moment, Violette felt faint. And she fainted.
She came to feeling a little stiff, and when she opened her eyes, saw that she was planted in front of a leek. A leek she saw very closely. She realized that she had become a leek. The first surprise passed, she found that it was almost restful, this still position, well rooted in the ground. She no longer had to run to work, shop, cook, do the laundry, cleaning, picking up, and all the rest.
She had the leisure to watch the clouds during the day, admire the stars at night, and she was no longer sensitive to the cold, as she had always been. The murmur of leeks around her, and the response of the nearby carrots felt reassuring, and she could see the house from her garden corner. The witch herself, who had an onset of Alzheimer’s disease, completely forgot about this story.

At first, Violette-leek watched Patate and Truculence coming in and out, looking sad, and she wanted to call them, talk to them. But no one heard or saw her.
Then she saw Martin. And he too looked sad. Then she felt the breeze stir her green leaves and the sensation was charming.

The first day, Martin thought she was late from work. She may have had an accident on the road to Petiot, but the police had not heard of anything happening there.

Then he wondered if she had decided to leave him, which seemed unlikely. He felt that Violet was part of him, like his own arm, and she had never told him anything that could give him any doubts. Except sometimes when she tried to give her opinion, which was not often at all.
The girls did not understand where or why their dear mother had disappeared. The beatings organized by the police had been unsuccessful.
Sometimes the girls went out into the garden, sat down and talked about their mother and her disappearance. Violette was there, listening, trying to beckon them, but what reasonable child would have looked for signs in a shiver of leek leaves?

Martin also went down to the garden, sometimes at night, when he could not sleep. He no longer smoked his big cigars. He actually was wasting away. As weeks passed she saw his waistline dwindling as his belt tightening. She wanted to cry “Ouhou! ouhou! I am here “, as when you meet someone at the station. But he did not hear her poor leek cries.

Martin asked himself more and more questions. Initially, he had missed Violet mostly because of her good meals. Then he had missed her whole person, and many details came back to his memory.

A farmer passing by saw the beautiful garden vegetables left untouched and talked to Martin about his organic frozen food business. In his grief, Martin told him that he could take the turnips and carrots, parsley and onions, and of course the leeks.

The next day, Violette felt uprooted at dawn in the fog as fine pearls of dew ran from her leaves.
Then she found herself on a conveyer belt and found herself cut into sections. Then she was very cold, then nothing.

Violet was frozen, sealed in a plastic bag, which was then taken to a truck and transported in an industrial-size freezer.
Meanwhile, Martin’s students wondered what he was thinking, walking up and down the classroom. If they knew it was about Violette’s leek pie! He was thinking about his wife, so pretty in her summer dresses, in the garden, picking carrots, smelling the roses.
What an idiot I was! I had the most beautiful woman in the world, the most darling of all women, and I did not see it! Oh, if she came back, I would give her everything she wanted. I would let her go back to university, she wanted it so much! What a fool I was!”  And his mustache sagged sadly.
In the evening, they opened cans of chicken-noodle soup. None of them knew how to cook. They took turns doing the laundry, dusting, tidying up.

Truculence and Patate felt that their mother was still alive, and spoke to her internally. Patate wrote her poems. Truculence told her her school stories before falling asleep
.
When they had had enough of cans, Martin enrolled in cooking classes at Petiot’s town hall, together with a course on feminism offered by a renowned colleague. Every day he understood more and more his stupidity. At night, instead of shutting himself up in his cave as in the past, he opened one of Violette’s cookbooks and started a new recipe.

He also read Violet’s novels, and watched her favorite movies. It seemed to him that he was finally learning to know the one who had shared his life.
One evening he opened a book at the page of the famous Leek Pie, the one that had given them so much pleasure. Since there were no more leeks in the garden, he asked Patate and Trucu to go to the grocer’s shop to buy some.

“You’re out of luck, girls, I just sold the last one!” he said, “but look in the freezer, maybe …”
The girls rode back on their bicycles with the bag and handed it to their father with the change.

When will it be ready? We are hungry !
Give me a good hour, and start your homework while you wait. Time will pass faster.

Martin began his communion in silence. He sautéed the bacon bits in the pan. Then he unfolded the broken dough he had prepared the night before. He pulled out a piece of Gruyere cheese and sliced it into the bottom of the pie plate. Then he opened the bag of leeks with a scissors.
Frozen leeks were not as good as fresh ones, but he had no choice.

While he was thinking of Violette and those gestures she had done so often without the slightest thanks, tears came to his eyes. “Ah, Violette, where are you ?” He said in his mustache in a low voice.
One or two of his tears fell on the cut-up leeks.

Steam rose in the air, flooded the kitchen, then disappeared before his eyes to reveal a woman he knew. Violet was facing him, as surprised as he was.
“Martin! I’m here !”
It was her, in the yellow dress she wore the day she was gone.
“What happened to me! I’ve been away so long!” They both laughed while hugging and kissing. He did not understand either, but they knew that things had changed and that fate was offering them a new chance.

Patate and Truculence had heard some noise in the kitchen.
“Dad, how are you? Who are you talking to ? “
And they saw that their mother was back, without a wrinkle after all this time! I do not tell you the hugs, the laughs and the rejoicing that night. They made the pie without leeks and called it quiche Loraine.

From that day on, Martin and the girls did everything in their power to make life easier for their dear wife and mother. Violette resumed her studies of biology and developed a thesis on The coded language of garden rabbits’ nose twitches (she had studied them closely). The thesis became a classic of its kind.
Martin now looked at her with pride and admiration and he saw that he was a winner.
Violette wondered how it had taken this unexpected episode to be understood, that her husband’s transformation was a miracle, and that maybe she should learn to try and change herself into other vegetables to see.

They lived happily ever after and had a lot of good crops in the garden.

* * *

Ceci est ma participation à l’Agenda Ironiquede Février : conte pour enfant ou adulte, long ou court, poésie ou prose, une morale , avec les mots Quadragésime, Tringueld, Gagnant, et Truculence.)
ET elle s’ajoute à l’Anthologie du poireauen collaboration avec Carnets Paresseux.
Attention ! : Ce texte est inventé de toutes pièces, et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.

Illustration: Fondue de poireaux sur le blog Atelier Petit Gris http://atelierpetitgris.blogspot.com/2013/10/fondue-de-poireaux.html

BODYBUILDERS

BODYBUILDERS

Hier, passé bien trop de temps à regarder les photos de bodybuilders. Je cliquais, je cliquais, et leurs photos défilaient, avec un résumé de leurs vies. L’un après l’autre, ils tombaient dans la fleur de l’âge, entre trente et quarante ans d’arrêts cardiaques, ne laissant à leurs compagnes et leurs enfants, ainsi qu’à la postérité, que les glorieuses photos de leurs biceps et leurs cuisses luisants, leur muscles ballons gonflés de stéroïdes ; et moi perplexe devant leurs motivations profondes.

Le jour d’avant je regardais, hypnotisée, la vie de Liz Taylor et tous ses drames.

Entre les deux, je lisais fascinée, les témoignages des alcooliques en cure à la Maison Saint Jean de Montréal – la richesse de leurs témoignages, la profondeur de leurs abîmes.

Maintenant je visionne Damascus en touriste sur YouTube – la pauvreté, les femmes couvertes de voiles.

Hier, en contraste, baba et rêveuse j’admirais la vie d’un entrepreneur Français qui lançait un nouveau magasin de décoration intérieure à Santa Barbara, avec dans le tas, des photos de piscine surmontant le Pacifique avec une jeune femme et une petite fille faisant apparemment la sieste.

Tant de fenêtres sur la folie des hommes et des femmes dans le monde.

Et moi, et moi, et moi, surfant le web jusqu’en avoir le mal de mer.

* * *

BODYBUILDERS

Yesterday I spent far too much time watching photos of bodybuilders. I kept on clicking and their photos kept scrolling, with a summary of their lives. One after the other they fell in the prime of life of cardiac arrest between the ages of thirty and forty, leaving to their companions and children, as well as posterity, the glorious pictures of their glistening biceps and thighs, their steroids-inflated balloon-like muscles; and I puzzled at their deep motivations.

The day before I had studied, hypnotized, the life of Liz Taylor and her dramas.

Between the two, I read with endless fascination, the testimonies of alcoholics in cure at the Maison Saint Jean in Montreal – the richness of their testimonies, the depth of their abysses.

Now I’m watching Damascus as a tourist on YouTube – poverty, women covered with veils.

Yesterday, in contrast, I admired starry-eyed the life of a French entrepreneur who launched a new interior-design store in Santa Barbara. My mind retained the image of a swimming pool overlooking the Pacific with a young woman and a little girl apparently taking a nap.

So many windows on the madness of men and women in the world.

And me, and me, and me, surfing the web until I get seasick.