LE FAOUET

Le Faouet

LE FAOUET
Etait-ce pour le pot de fleur en granit ?
Pour l’arbre en second plan,
Pour la couleur des graviers
Ou pour le coin de ciel bleu ?

J’ai dû prendre cette photo
Pour une bonne raison
Que j’ai oubliée par la suite
Comme dans la blague de celui
Qui fait un nœud dans son mouchoir.

Que se cache-t-il derrière ?
Lentement ça me revient – cet été, le Faouët
Petit village de Bretagne.
On ne voit pas du tout le toit du marché historique
qui rappellerait qu’il y avait avant, là,
Des vaches, des cochons, des couvées

Il faut regarder derrière
Par-delà le géranium, l’arbre
Et le café tabac au loin
Et on y aperçoit : un moment
Deux coups de Train à Grande Vitesse
De Paris à la Bretagne
Un voyage flash chez mes parents
Et notre visite à un musée

Ce jour-là, nous avions vu
Une exposition de peintres bretons
Sur le thème de l’Enfance

Des jeunes filles en coiffe blanche
Des garçons jouant du biniou
Des jours de marché passés.
Nous avions passé quelques heures
A explorer, discuter, commenter.

De là à mon enfance…
Peut-être que je voulais parler de mon enfance,
Derrière ce pot de fleur en béton ?
C’est à voir

J’étais peut-être pressée
De garder un souvenir avant qu’il ne soit trop tard
Tous ces enfants ont grandi
Moi aussi.

* * *

LE FAOUET
Was it for the granite-looking flower planter?
For the tree in the background,
For the color of the gravel
Or for the bit of blue sky?

I probably took this picture
For a good reason
Which I cannot remember
As in the joke of the one
Who makes a knot in his handkerchief.

What is hiding behind?
Slowly it’s coming back to me – last summer, Le Faouët
Small village of Brittany.
We do not see the roof of the historic market
which would remind us that there were once there
Cows, pigs, and broods

We must look behind
Beyond the geranium, the tree
And the Café/Tabac in the distance
And we would see: a moment
Two dashes of High Speed Train
From Paris to Brittany
A flash trip to my parents
And our visit to a museum

That day, we had seen
An exhibit of Breton painters
On the theme of childhood

Young girls in white headdress
Boys playing Biniou
Past market days.
We had spent a few hours
Exploring, discussing, commenting

From there to my own childhood …
Perhaps it was about my childhood,
Behind this concrete flower pot?
That remains to be seen

I may have been in a hurry
To keep a memory before it was too late
All those children grew up
So did I.

ME AND HER

Elle et moi

ME AND HER
Quite a fine hostess you make
Greeting me at the door
Vestal virgin by excellence
Shouldn’t you introduce me to the master?
We would comfortably lie down on some couch and have
An ambrosia orgy for lunch
Perhaps followed by a few pickled nightingale tongues
For dessert.

Instead you give me the cold shoulder
Gazing at me from above, twice my size
Me fully clothed, you half-dressed,
Pretending to hold you sheet up
Your hair in permanent curls

Are you posing for the picture?
You do cut a lissome figure
Between the two carved pillars
And the palm trees
But I say Cheese and you don’t smile
You don’t even move
Frozen in the foyer
And no fire to break the ice

What sort of Metamorphosis
Made you turn into stone?
What sin did you commit in the eyes
Of some fickle God or Goddess
To deserve being thus petrified
Condemned to watch tourists pass by
From buses marked Paris by Night
Driving from the Elysian Fields or Mount Parnassus.

*  *  *

ELLE ET MOI
Vous en faites d’une belle hôtesse !
Vous qui me saluez à la porte
Vierge vestale par excellence
Ne devriez-vous pas me présenter au maître?
Nous nous coucherions sur un canapé pour
Une orgie d’ambroisie pour le déjeuner
Suivie de quelques langues de rossignol marinées
Pour le dessert.

Au lieu de cela, vous êtes très froide
Me toisant de haut, deux fois ma taille
Moi toute habillée, vous à moitié,
Faisant semblant de retenir votre drap
Vos cheveux en boucles permanentes

La pose est-elle pour la photo?
Vous avez beaucoup d’allure
Entre les deux piliers sculptés
Et les palmiers
Mais je dis Cheese et vous ne souriez pas
Vous ne faites pas un geste
Gelée dans le hall
Et pas de feu pour briser la glace

Quelle sorte de métamorphose
Vous a-t-elle transformée en pierre?
Quel péché avez-vous commis dans les yeux
De quelque dieu ou déesse instable
Pour mériter d’être ainsi pétrifiée
Condamnée à regarder passer les touristes
De bus marqués Paris by Night
En provenance des Champs-Elysées ou du Mont Parnasse.

Photo prise au Musée Jacquemart-André à Paris cet été

VACANCES V

Spirale
Elle pose vers la lumière son pied de cendrillon sur une marche de l’escalier en spirale de l’hôtel. A l’étage, la chambre baigne dans une lumière éclatante, nettoyée par les femmes de chambres invisibles qui n’ont laissé derrière elle que des draps blancs éblouissants et un indicible parfum de fraicheur.
Une bonne fée l’a envoyée là, où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Dans sa robe de soirée, elle passe l’entrée et son comptoir de bois sombre autour duquel des portraits de Molière et des lustres à breloques évoquent un vernis raffiné de culture légère, impressions d’un monde de luxe et de loisir où l’on aurait tout le temps de lire. Des reproductions de manuscrits renforcent l’impression d’érudition, compensée par les magazines de mode éparpillés sur des tables, qui délestent l’atmosphère de toute pesanteur non invitée.

Derrière la vitrine, des rues intimes de Paris, nettoyées, retapées, débarrassées des fantômes et des toiles d’araignée du passé créent un nouveau décor. On est ici et ailleurs, un autrement forcément meilleur, où la statue de Molière flanquée de deux déesses se prélasse dans la chaleur du soir.

Elle n’est pas seule : son beau compagnon appelle un taxi qui apparait étincelant dans la nuit, puis qui les emmène à travers les avenues de la ville illuminée. Elle sort, sort de sa vie – cinéma temporaire et nouveaux horizons. Dans le restaurant, la lueur des bougies se reflète dans les vitres assombries par la nuit dehors, et dans les couverts en argent.

Mais que se passe-t-il ? les douze coups de minuit ont frappé. Hélas Cendrillon doit rentrer du bal, elle doit monter l’escalier en colimaçon, faire face derrière la porte au panneau qui affiche le prix de la chambre, le prix du petit déjeuner. Hélas, le temps a repris sa brutale dictature. Le calendrier lui rappelle la date du vol de l’avion, la rappelle à sa vie de potiron, le traintrain quotidien, la vaisselle, la cuisine et le ménage.

Fini les draps empesés, les beaux tapis cramoisis, la rampe luisante – l’ascenseur tombe en panne et sous le poids de ses bagages, les marches deviennent soudain celles d’un taudis. Elle paie l’employé indifférent, puis traîne ses valises aux roues cassées le long de rues encombrées d’employés de bureaux, eux-mêmes enchainés au joug de leur journées de travail. La semaine de vacances est passée. Le temps règne en souverain maintenant.

* * *

 She moves her Cinderella foot towards the light on the spiral staircase of the hotel. Upstairs, the room is bathed in brilliant daylight, cleansed by invisible maids who only left behind dazzling white sheets and an indescribable scent of freshness.
A good fairy has sent her there, where everything is order and beauty, luxury, calm and pleasure.

In her evening dress, she passes the entrance and its dark wooden counter around which portraits of Molière hang on the wall, and chandeliers evoke a refined varnish of light culture, impressions of a world of luxury and leisure, where one would have ample time to read. Reproductions of manuscripts reinforce the sense of erudition, offset by fashion magazines scattered on tables, which rid the atmosphere of any uninvited gravity.

Behind the glass window, intimate streets of Paris are cleansed, fixed, rid of the ghosts and cobwebs of the past to create a new stage. We are here and elsewhere, somewhere necessarily better, where the statue of Molière flanked by two goddesses basks in the evening warmth.

She is not alone: her handsome companion calls a taxi which appears sparkling in the night, then takes them through avenues of the city of lights. She goes out, out of her life – temporary cinema and new horizons. In the restaurant, candle glow is reflected in the windows darkened by the night outside, and in the silverware.

What just happened ? the twelve blows of midnight struck. Alas! Cinderella must return from the ball, she must climb the spiral staircase, face the panel, behind the door that displays the price of the room, the price of breakfast. Alas, time has resumed its brutal dictatorship. The calendar reminds her of the date of the flight back home, takes her back to her pumpkin life, the daily routines, the dishes, cooking and cleaning.

No more starched sheets, beautiful crimson carpets, gleaming ramp – the elevator broke down and under the weight of her luggage, the stairway steps suddenly become those of a slum. She pays the indifferent employee, then drags her suitcases with broken wheels along streets cluttered with office workers, themselves chained to the yoke of their working day. The week of vacation is over. Time reigns supreme now.

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LE PONT D’AVIGNON

 

Sur le pont d'Avignon

PONT D’AVIGNON

Palais des Papes, pierres mouillées
Averses sur les pierres en sucre
Parapluies en solde, se planquer
Chaleur du midi sous la pluie
Attention réalité, le clash !
Les belles dames rentrent chez elles, contraste !
Les beaux messieurs font comme ça
Débandade des selfie-sticks
Photos de piliers effondrés
Monument classé, faut payer
Coup de foudre, il faut danser !
Sur le Rhône orage d’été
Pont d’Avignon Arche de Noé.

* * *

 Une autre photo de vacances. Il n’a plu qu’une fois pendant notre séjour, nous avons eu de la chance, mais alors que je ne m’y étais pas préparée, il pleuvait le jour où nous avons décidé de jeter un coup d’œil sur le pont d’Avignon, à côté duquel nous habitions.

Pont_Saint_Benezet

Pont Saint Benezet, from Dictionary of French Architecture from 11th to 16th Century (1856) by Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879).

LA MAIN DE CHOPIN

Chopin's hand

LA MAIN DE CHOPIN

Au musée de la vie romantique
On y trouve le moulage de la main de Chopin
Suspendue au-dessus d’un piano invisible
Jouant la dernière note d’un scherzo silencieux,
Le bras nu d’Aurore Dupin qui caresse l’air
Au-dessus de cahiers à l’écriture passée

Les fleurs du papier peint observent
A travers les volets mi-clos
Les vraies fleurs du jardin dehors
Qui prennent le thé dans le jardin d’été

Intimité conservée
Concert en conserve dans le salon de musique
Aux fenêtres avec vue d’un peintre Parisien

Pour un peu la petite main d’Aurore Dupin
Reprendrait les aventures de la petite Fadette
Ou des lettres d’amour

Alfred de Musset passerait sa tête par la fenêtre
Le piano reprendrait sa musique

Ces jours-ci on y trouve des brochures de visite
Et au mur le portrait de George Sand
Habillée en homme et fumant le cigare
Mais on n’y trouvera jamais celui de Chopin à ses côtés
Habillé en femme.

Main de George Sand

J’ai voulu garder les impressions du Musée de la vie romantique à Paris. Ce serait chouette de pouvoir y habiter pendant quelques temps. Les photos sont de moi, les moulages véritables, et les mains et bras en chair et en os au-dessus, les nôtres.

 


CHOPIN’s HAND

At the Museum of Romantic Life
You will find a cast of Chopin’s hand
Suspended over an invisible piano
Playing the last note of a silent scherzo
The naked arm of Aurore Dupin caressing the air
Above notebooks in faded ink

The flowers on the wallpaper observe
Through the half-closed shutters
The real flowers in the garden outside
Having tea in the summer garden

Preserved privacy
Canned concert in the music room
Of a Parisian painter with windows with a view

It wouldn’t take much for Aurore Dupin’s hand
To resume the adventures of Little Fadette
Or love letters

Alfred de Musset would pass his head through the window
The piano would resume its music

These days you will find museum brochures
And on the wall the portrait of George Sand
Dressed as a man and smoking a cigar
But you’ll never find Chopin by her side
Dressed as a woman.

* * *

I wanted to capture impressions of the Museum of Romantic Life in Paris. It would be nice to be able to live there for a while. The photos are mine, the casts genuine, and the live hands and arms above, ours.

PIANO MONTPARNASSE

Montparnasse

Un beau samedi matin
A la gare Montparnasse
Un pianiste s’assoit au piano de la gare
Pour célébrer son baptême de France
Son baptême de Montparnasse
C’est la première fois qu’il vient à Paris
Il vient de débarquer, et il est fatigué
Et comme dans la salle des pas perdus on attend
Il attend aussi
Comme tout le monde
Il attend son train
Et il joue sur le piano pour donner la cadence
La cadences des allées et venues
Sous les tableaux d’affichage qui trônent au-dessus
Des départs et les arrivées des voyageurs
De cette place vide
Au centre de la gare Montparnasse
Décalage horaire au centre de l’univers
Et il a le dos courbé, le musicien fatigué
Et personne ne l’entend
Dans la salle des sons perdus
Autour de lui on fait le vide
Sans le faire exprès
Les voyageurs tirent leurs valises
Montent et descendent les escalators
Sans tirer leur chapeau
Ainsi il documente la zone des trains en retard
Il orchestre Paris, les passages invisibles,
Nul ne s’en soucie
Personne n’écoute le piano public
On n’entend que les passages
Echo gratuit : les cafés, les bagages
Des gens qui ne s’arrêtent pas
Concert à l’espace Montparnasse gratuit
Sacrement étouffé des vacances d’été.

* * *

Photos et souvenirs de vacances pas si lointaines. Une sorte d’album photo en forme de blog. Voyons si l’idee perdure.


 

PIANO MONTPARNASSE

A beautiful Saturday morning
At the Montparnasse station
A pianist sits at the piano
To celebrate his baptism of France
His baptism of Montparnasse
It is the first time he comes to Paris
He has just landed, and he is weary
And in this waiting room he waits
Like everyone else
He is waiting for his train
And he plays on the piano to keep pace
The pace of comings and goings
Under the notice board above
Departures and arrivals of travelers
In this empty place
In the center of Montparnasse station
Jet-lagged in the center of the universe
And he bends over the keyboard, the tired musician
And nobody hears
In this hall of lost sounds
People make space around him
Without doing it on purpose
Travelers who pull their bags
Climb and descend escalators
Without taking off their hat
and he documents the late trains zone
He orchestrates Paris, its invisible passages,
No one cares to listen
Nobody hears the public piano
Only the passages
Free echo: cafés, luggage
of people on the go
Free concert at Espace Montparnasse
Muffled sacrament of summer vacation.

* * *

This is not a translation of the poem above, but an adaptation. It’s cool to be the author!
Photos and memories of recent trips vacations. A kind of scrapbook in the form of a blog. Let’s see if the idea lasts.

LES ARENES D’ARLES

Amphitheatre Arles

Au beau milieu des arènes d’Arles
Un pigeon picore quelque chose dans le sable
L’ouverture de Carmen retenti,
Qui rebondit sur les pierres dans le soleil du midi
Il s’en fiche, le pigeon
Comme de la buvette à bière
Comme des toilettes aux murs de pierre
Comme des frais passages entre les arcades
Dans cet amphithéâtre inspiré du Colisée de Rome
Il s’en fiche du jeune taureau,
Et de la bande de garçons taquins
Qui tentent de lui toucher les cornes
Puis qui s’envolent, tels des crottes de nez blanches
Aux grillages
Il s’en fout il picore.
Il est libre.
Au contraire des premiers Chrétiens livrés aux fauves
Sous la liesse des spectateurs
Ou des esclaves gladiateurs
Forcés à s’entre-tuer dans l’arène
Et dont le sang serait proprement absorbé par le sable
Disposé à cet effet
Ou encore comme moi dans la classe de lycée
Quand j’étais prof, au beau milieu
Livrée aux fauves.

Le pigeon prend sa revanche
Pour nous tous pauvres martyrs.

 


 
In the center of the arena in Arles
A pigeon pecks something in the sand
The opening of Carmen resounds,
Trumpets bouncing on sun-warmed stones
He does not care, the pigeon
About the beer counter
Nor about the stone wall toilets
or about the cool passages between the arcades
In this amphitheater inspired by the Colosseum of Rome
He visibly does not care about the young bull,
or about the gang of teasing boys
Who attempt to touch his horns
Then fling themselves like white boogers
onto the fence
He does not care, he pecks.
He is free.
Unlike the first Christians thrown to the beasts
Under the cheers of wild spectators
Unlike gladiator slaves forced to kill each other
And whose blood would be properly absorbed by the sand
Sprinkled there for this purpose
Or me in the high-school class
French teacher, right in the middle
Ready for the massacre.

The pigeon takes his revenge
For all of us poor martyrs.

 

NEWS ABOUT BALSAMIC VINAIGRETTE

I scrolled the list of online news:
Bridge hit by lightning kills 30
An old star’s unexpected death
An au-pair killed and burnt by her hosts
A family who chained their kids
The deranged batman bomber
She took off her t-shirt and it’s going viral!
Look what she looks like now! and brace yourself!

When the writers of “chilling” headlines were stumped –
No major crisis to feed on
No spectacular volcano today
Tsunami, earthquake, major epidemic
Due to climatic change
Not even another celeb misbehaving
They tried this !
Avoid balsamic vinaigrette

THRIFT STORE

Thrifstore

THRIFT STORE

Like Suzanne you sort through
the garbage and the flowers
through rags and feathers,
screeching of sliding hangers keeping time.
You gather speed
eyes getting used to the quest
through the smelly, the heavy
senses becoming more acute
to the things people left behind,
the stuff millionaires got rid of.
It’s like gambling in Monte-Carlo
the fever.
A silvery grey chenille sweater
perfectly machine misshapen and softened
just for you – this is pure genius.
A green t-shirt, the odd color you would never see in a store
in a million years – here for free.
True faded glory
from the non-beautiful people.
A shirt: hue, shape, structure, weight, design just right
once mass-produced, now custom-made for you
by the previous owner, as you imagine her:
Mother of three, belly gently stretching its boundaries –
add repeated tumbles with the family laundry
to obtain the casually distressed shape
that will make your own belly look so flat in comparison
Thank you.
A fine wool dress – a vintage brand
You think you hit the jackpot
You hope the store employees won’t change their mind
When they see that.
A long navy blue silk gown – (if anyone had any idea!)
You push your cart piled up with too much
Of what was deemed good enough for the dump
Now deconstructed, déclassé chic.
You scoured the whole store
No fake handbag, no aisle unchecked
You go home with your loot in a plastic bag
Like casino chips.

I love visiting the local thrift stores and I’ve been lucky many times. I thought of one of my favorite songs, Suzanne, by Leonard Cohen, which, I realized, refers to the Parable of the Wheat and Tares, which itself refers to the sorting of souls at the last judgment. Without ever having studied the verses of this song in the past, I always liked the image of the Salvation Army rags and feathers that Suzanne wears. My poem is much less profound, but allowed me to pay a visit to the world of Leonard Cohen.


FRIPERIE

Comme Suzanne, vous triez
entre les ordures et les fleurs
parmi les chiffons et les plumes
crissement de cintres coulissants en cadence
vous prenez de la vitesse
vos yeux s’habituent à la quête
à travers le malodorant, le lourd.
Les sens s’aiguisent
aux choses que les gens ont laissées derrière eux
aux choses dont les millionnaires se sont débarrassés
C’est comme jouer à Monte-Carlo
la fièvre.
Un pull en chenille gris argent
déformé à perfection et ramolli en machine
Juste pour vous – du pur génie
Un t-shirt vert, un ton rare qu’on n’a pas vu dans un magasin
depuis des lustres – ici gratuitement
Vraie gloire fanée
de gens pas spécialement beaux
Une chemise: couleur, forme, structure, poids, design incomparables
Un jour produite en série, aujourd’hui sur-mesure pour vous seul
par le précédent propriétaire, que vous imaginez
mère de trois enfants, le ventre poussant doucement ses limites –
Ajoutez des culbutes répétées avec la lessive familiale
et vous obtenez la forme relâchée désinvolte
qui fera paraître votre ventre plat en comparaison.
Merci.
Une petite robe en laine – une marque vintage
Vous pensez que vous avez touché le jackpot
Vous espérez que les employés du magasin ne changeront pas d’avis
Quand ils verront ça, qu’ils se rendront compte.
Une robe longue de soie bleu marine – (si quelqu’un savait!)
Vous poussez votre chariot chargé de trop
De ce qui a été jugé assez bon pour la décharge
Devenu déstructuré, chic déclassé.
Vous avez parcouru tout le magasin
Aucun faux sac à main, aucune allée non examinée
Vous rentrez chez vous, votre butin dans un sac en plastique
Comme des jetons de casino.

J’adore rendre visite aux friperies locales et j’ai souvent eu de la chance. J’ai pensé à une de mes chansons préférées, Suzanne, de Leonard Cohen, qui (je viens de m’en rendre compte) fait référence à la parabole du bon grain et de l’ivraie, qui fait elle-même allusion au tri des âmes lors du jugement dernier. Sans jamais avoir étudié les vers de cette chanson dans le passé, j’ai toujours aimé l’image du Salvation Army, des chiffons et des plumes que porte Suzanne. Mon poème est beaucoup moins profond, mais m’a permis de visiter à nouveau l’univers de Leonard Cohen.

J – Juliette Pomerleau

Juliette Pomerleau

Retour à mon dictionnaire du Canada

Un bon vieux bouquin paru en 1989: bientôt trente ans.
Mais est-ce que les Tintin vieillissent ? Est-ce que l’œuvre de Victor Hugo vieillit ?
Non.
Et bien c’est du même acabit.
Je relis Juliette Pomerleau quand j’en ai marre de l’actualité, des nouvelles à sensation, des drames. Quand j’ai envie de confort et d’un petit tour au Québec.

Quand on se plonge dans Juliette Pomerleau, on atterrit à Montréal, un Montréal un peu idéalisé, à la manière d’une peinture naïve, ou d’une bande dessinée. Comme un Tintin justement.
C’est une aventure pleine de rebondissements, mais on ne s’y fait pas trop mal.
Tout tourne autour d’un bâtiment qui rassemble de sympathiques locataires, entre autres un musicien du nom de Bohuslav Martinek ; un photographe, Clément Fisette ; et puis Juliette Pomerleau, dont on sait tout de suite qu’elle est obèse, et qu’elle prend soin de son neveu Denis.
L’auteur, Yves Beauchemin peint ses personnages comme des personnages de bande dessinée, sans trop d’aspérités, même les méchants. Et les drames aussi, sont buvables parce que ces personnages tiennent des langages comme ceci :

« Chienne de pluie ! Je vais encore rater mon film, lança-t-il, T’aurais pas pu tomber ailleurs, toi ? Y’a des gens qui seraient prêts à donner la lune pour que t’arroses un peu leur poussière. Va les trouver ! »

Qui parle comme ça à la pluie sur l’autoroute au milieu d’un orage?
Personne. Sauf un auteur en sécurité qui aurait gagné la loterie et ferait parler un personnage de l’autre côté. Du côté sec. C’est réconfortant.

Puis « la pluie ne le rafraichissait plus maintenant, mais le glaçait et sapait ses forces. Soudain une ombre apparut au milieu de la route et se dirigea vers lui.
Es-tu blessé ? fit un homme grisonnant et trapu, sans paraitre remarquer son occupation.
Non, Toi ?
Ça a donné un christ de coup ! Poursuivi l’autre comme s’il ne l’avait pas entendu. J’ai une aile en compote et mon pare-chocs est à moitié arraché. Y a pour au moins mille piastres de dommages. Viens voir. »

Il y a l’aspect visuel de la bande dessinée, des ombres qui se silhouettent dans des fenêtres, chez Yves Beauchemin.

Et vous avez entendu l’accent Québécois ? Le tutoiement d’emblée ?

Et puis le christ de coup – les pages sont pleines de ces jurons québécois savoureux. Les normaux, puis ceux qu’invente Juliette, tels son préféré : Cuisse de mouche !

Il y a des scènes à la Edward Hopper :

« – J’ai hâte d’arriver en christ. Mon arthrite vient de se réveiller… je vais te l’assommer au cognac, la chienne, elle saura même pas ce qui lui est arrivé !
Simoneau le regarda ; l’affaissement de ses traits le frappa.
Ils entrèrent dans le bar désert. La fraicheur crue du système de climatisation glaça leurs vêtements. Une blonde grassouillette que la jeunesse abandonnait se tenait accoudée derrière le comptoir, les deux mains sous le menton, la tête levée vers un téléviseur suspendu dans un coin du plafond. »

Ces personnages ont parfois le cafard, mais leur souffrance est amortie par une tendresse sous-jacente pour tous ces acteurs, par le sentiment que c’est un peu du pour-de-rire et qu’on passe un bon moment. Comme quand on lit ce bon vieux Tintin.

Juliette, par exemple : j’avais oublié lors de ma deuxième lectures des années plus tard, qu’elle tombait à l’article de la mort, qu’elle ne pouvait plus rien faire pour son neveu.
J’avais oublié que Bohuslav Martinek était un grand dépressif (la scène où on le voit de dos, dans la neige de Décembre, remontant son col contre les éléments et le désespoir)
Je n’avais retenu que la drôlerie des descriptions, des dialogues ; les détails colorés du décor, la rendition authentique de Montréal et de la scène québécoise, et la bonté de cœur de la plupart des personnages.

C’est comme un roman noir, mais un noir pas trop noir. Et puis j’ai appris récemment que Bohuslav n’était pas un personnage de fiction, enfin pas tout à fait puisqu’il existe un véritable compositeur du nom de Bohuslav Martinů. Et qu’on peut alors trouver un équivalent à ce que Juliette peut entendre.

Parce que le début du livre m’enchante toujours :
« La douceur de son chant était si poignante que Juliette Pomerleau ouvrit les yeux, souleva sa tête moite de l’oreiller et regarda dehors. A travers le feuillage des framboisiers, on apercevait, au-dessus de la cour minuscule que formait le U de l’édifice, une fenêtre illuminée au premier étage ou se découpaient deux silhouettes presque immobiles ; l’une était assise et légèrement courbée, l’autre, debout, tenait un violon. « Monsieur Martinek vient de terminer sa sonate », pensa-t-elle.
Se tournant péniblement sur le dos, elle poussa un soupir et se mit à écouter, ravie. »

Voilà ce que je fais aussi en ouvrant ce livre à chaque fois. Je me mets à lire, ravie.