4 – DESTIN ET INDICES

Complètement par hasard, en cherchant d’autres papiers, je tombe sur l’acte de mariage de mes parents. Au moment du renouvellement de mon passeport, j’ai fait la demande de tout une série de certificats de naissance, de mariage, etc. dont je n’avais pas eu besoin par la suite. Extraordinairement, le gouvernement français m’avait envoyé ces documents aux Etats Unis, chez moi. Depuis, ils dormaient tranquillement dans des tiroirs dans le noir.

Pourquoi j’ouvre le certificat de mariage de mes parents ce jour-là ? je n’en sais rien. Et voilà que devant mes yeux apparaissent des renseignements qui m’intéressent.

Adresse du père, que je m’empresse de chercher sur Google : 1 rue Cabanis.
Je vérifie plusieurs fois, mais il n’y a pas de doute, il s’agit bien de l’hôpital Saint Anne. Le célèbre hôpital psychiatrique de Paris.

Un détail qui me frappe, c’est que j’étais en train de lire en parallèle le livre d’un certain Christophe André, psychiatre à Saint Anne. Je sens comme un étrange écho.
Je sens qu’il y a un sens à toutes ces coïncidences. Par exemple des blessures à guérir, des cassures familiales à résoudre, comme des tuyaux de plomberie à réparer.

Parmi mes blessures à moi (n’ayez crainte cher lecteur/lectrice, mon véritable sujet n’est pas là), qui pourraient être liées à mon arbre généalogique, il y a ce soudain frittage avec mon frère ainé, mais c’est bénin ; ma fille qui a grandi dans un grand chaos psychologique, et mon mariage et divorce.
Il va falloir, pour comprendre la situation, essayer de recréer la vie de mon grand-père, cet inconnu.

Je demande à mon père par courriel cette brève question, mais essentielle, de savoir s’il a fait la branche de son père, dans l’arbre généalogique sur lequel il travaillait.

Je n’ai jamais eu le temps de m’y attarder. Maintenant que je suis en pause dans mes activités, je peux me vautrer dans les vraies questions, qui importent.

La suite au prochain numéro…

Illustration : prototype acte de naissance glané sur Guide de Généalogie.com

3 – LE CAS DU NOM QUI REAPPARAIT

Aéroport Charles de Gaulle, Terminal E pour les vols internationaux. On a passé les boutiques dédouanées, les restaurants, les magasins de tabac et presse. Certaines enseignes donnent une liste d’injonctions : Be curious, Be Zen, Be positive, Be relax, Be happy, etc..

Un peu présomptueux de leur part.
Be quiet !

Le terminal est un grand hall spacieux – structure neuve de métal et de verre qui s’avance vers les pistes. Des rangées de sièges sont encore vides, et en tête de gondole, des casiers en plastique sur pied contenant des magazines.
Un d’eux est en en-face anglais et français – dans ses pages, je trouve un entretien avec Douglas Kennedy. J’aime bien cet auteur depuis un passage en particulier qui m’avait plu dans La femme du 5ème. J’ai aussi adoré le film The Big Picture avec Romain Duris. Et surtout, ses personnages voyagent tout le temps, comme lui. Il parle d’endroit que je connais, le Maine aux Etats Unis, Paris, Allemagne, Irlande. A kindred spirit.

Dans le Boeing aussi, tout un choix de films, de musique, de podcasts. On ne sait plus où donner de la tête. Je jette un coup d’œil sur les MasterClass, ces quelques heures de classes enregistrées données par un « Master » dans sa spécialité. Côté littérature, je trouve Amy Tan. J’ai lu il y a des années un de ses livres qui était populaire à l’époque, the Joy Luck Club.
Je me branche sur l’introduction, pour voir.

Elle cite comme exemple de bon début la première phrase d’un roman de Gabriel Garcia Márquez.
Je me retrouve en terrain familier. Si je ne me souviens pas des détails de Love in the time of Cholera ou One hundred years of Solitude, je me souviens d’avoir aimé sa voix, mais surtout, je me souviens de cette époque de ma vie.

« Mon père a adoré ce livre, il éclatait de rire à toutes les pages » m’avait dit ma copine irlandaise de l’époque qui m’avait invitée à Sligo, chez ses parents.  
J’avais lu le livre moi-même pendant un vol pour Boston.
Amy Tan, Gabriel Garcia Márquez. Des souvenirs de moments de ma vie.

Quelques jours plus tard, je me retrouve à Cambridge, au Harvard Bookstore, j’ouvre un volume au hasard. J’avais quelques minutes pour passer le temps et je jouais à ouvrir des livres dont le titre avait attiré mon attention. Dans ces pages, une jeune femme cite Gabriel Garcia Márquez. Bien que cette citation spécifique ne me parle pas exactement, je suis frappée par le retour de cet auteur deux fois de suite en l’espace de quelques jours alors que je n’en ai pas entendu parler depuis des décennies. Comme s’il me faisait signe. J’y cherche une signification. Sûrement, cette citation est en rapport avec ma vie.
Pourtant, même en me remuant les méninges, je ne vois pas. Pas du tout où tout ça veut en venir.

C’est plus tard que j’ai une sorte d’explication.
Le dernier jour de mon séjour en France pendant l’été, j’ai fait le tour des magasins pour prendre l’air français une dernière fois.
Dans une librairie j’ai acheté sur un coup de tête un livre au titre prometteur : La Clé de votre énergie: 22 protocoles pour vous libérer émotionnellement.
J’ai des lectures très éclectiques.
Difficile de résister à cette belle couverture au titre en rouge, avec une brassière rouge, et la photo d’une belle femme aux cheveux longs.
Je ne la connais pas. Je ne suis pas spécialement fan. Je suis curieuse.
Je me réjouis à l’avance d’emporter dans mes bagages cette pépite de parapsychologie à la française, en langue française, par une compatriote.

En le lisant j’arrive à un passage où l’auteur propose de Nommer son guide, un guide spirituel qui serait notre guide invisible depuis l’au-delà. L’exercice me plait. Tiens, justement, elle parle d’ouvrir un livre au hasard et de regarder sous ses pouces.

Je me souviens du livre que j’ai ouvert au hasard il n’y a pas longtemps. Je ne sais pas si la citation était sous l’un de mes pouces, mais il y avait bien un prénom. Gabriel Garcia Márquez. Elle demande au lecteur de se demander ce que veut dire ce prénom.

Gabriel ? Mon guide serait-il l’ange Gabriel, celui de l’annonce faite à Marie ? Je ne crois pas.

Mais aussi, elle parle de penser à quelqu’un de sa famille. Y-a-il un Gabriel dans ma famille ?

Mais c’est bien sûr ! Gabriel C., mon grand-père paternel.

Mais s’il est mon guide ? Qui était-il ? Mon arbre généalogique est complètement tronqué de ce côté. Je n’ai jamais connu Gabriel C. Pas beaucoup plus ma grand-mère Henriette, non plus.

De ce grand-père, je ne connais que de vagues anecdotes que j’ai entendues de mon père : la guerre, l’alcool, violence domestique, puis la mort relativement jeune, à l’hôpital. Je ne connais aucun détail.

Il est temps que je me pose des questions. Avant ce naufrage, qui était-il ? un fils, un frère de mon grand-oncle Louis, que j’ai connu ; un jeune homme, le père de mon père, puis de ma tante.  Mon père et ma tante sont tous deux des personnes de nature heureuse, rieuse. Tous deux sont positifs, optimistes. C’est peut-être un indice. Mais à part ça, c’est un parfait inconnu.

Si Gabriel est mon guide, quel est son message ? Il a brillé par son absence dans ma vie et il faudrait (selon ma lecture) que je fasse un protocole avec lui. Et s’il me guidait ? En tout cas, il me semble, rien qu’à y penser, sentir monter une énergie nouvelle.

* * *

A la semaine prochaine pour la suite…

L’OMBRE AU TABLEAU

Pour l’Agenda Ironique de Novembre (détails en bas !)

« Alex ! Je crois qu’on est sur un gros coup ! Un gamin a trouvé une toile dans un marché aux puces. Il demande s’il a de la valeur ! regarde ! »

Le collègue jeta un coup d’œil sur le rouleau de toile peinte que lui présentait son binôme. Les deux se regardèrent.

Tu crois que c’est ? …
J’en mettrais ma main au feu !  Regarde, là, la façon dont l’os est dessiné…, la musculature de l’animal ! Ça ne fait pas l’ombre d’un doute ! c’est un Rosa Bonheur ! »

Pffshaww ! Tito en cracha presque son Coca. Tu parles d’un coup ! Il va falloir le faire authentifier !

En effet, le tableau donnait tous les signes d’être une œuvre oubliée, cachée probablement, de la grande peintre Rosa Bonheur dont l’œuvre avait connu une certaine notoriété tout au long des années 1800, surtout dans les pays anglo-saxons. Elle se spécialisait dans les portraits animaliers.

Seulement, il y avait une ombre au tableau. La toile qu’ils tenaient entre leurs mains n’était pas complète. Comme beaucoup d’œuvres d’art au cours de l’histoire, elle avait été morcelée pour une raison ou pour une autre, probablement pour être vendue par petits morceaux et faire plus de profits au vendeur.

Dans ce cas précis, si la toile portait toutes les caractéristiques d’un Rosa Bonheur, il y manquait la signature, ainsi que la partie gauche. On voyait clairement qu’un personnage ou un objet avait été coupé. Les vaches reposaient dans l’ombre de l’arbre et du sujet manquant.

Mais qui, et pourquoi, cette toile avait-t-elle été abimée ? se demandaient les deux vendeurs.
Ils avaient acheté la toile au jeune garçon pour une bouchée de pain en lui racontant des bobards. Une toile de Rosa Bonheur pouvait les rendre riche.

Une de leurs amies avait accepté d’ausculter l’objet. C’était une scientifique dont la spécialité était d’analyser les toiles anciennes pour voir s’il s’y cachait des versions précédentes, des couches disparues sous la version finale, invisibles à l’œil nu mais pas aux rayons lasers et autres, qui révèleraient des pans d’histoires ou des détails de la vie d’un illustre peintre, qui révolutionneraient l’histoire de l’art. Elle avait, entre autres, analysé la Joconde. Sans rien y trouver, d’ailleurs.

De la toile aux vaches, elle avait confirmé qu’il s’agissait bien d’une peinture de l’époque de Rosa Bonheur, mais ne pouvait pas estimer la taille originale de la scène, ni ce qui se trouvait sur la partie manquante. Ils avaient insisté : Oui, mais l’ombre, as-tu bien analysé l’ombre ? Est-ce que c’est vraiment une ombre, ou est-ce que c’est le vernis qui a viré au gris avec le temps ? Ça changerait tout !

L’ombre ? non, justement. Ce sont bel et bien des pigments ombrifères. La légendaire ombre au tableau !
Perplexes, ils se demandaient comment trouver l’autre morceau. Celui qui, complétant le tout, les rendrait riches, et même peut-être célèbres.
L’enquête qu’ils menaient pendant leur temps libre les conduisit près de Fontainebleau dans la dernière demeure de Rosa Bonheur.

Ils avaient caché le véritable motif de leur visite. La propriétaire du château, croyant qu’elle avait affaire à des admirateurs de l’ancienne propriétaire les laissa examiner le grenier pendant qu’elle faisait visiter le reste du château à des cars de touristes.

Le grenier, ainsi que le reste de la maison, n’avait pas été touché depuis la mort de l’artiste. Celle qui avait vécu toute sa vie dans cette demeure en compagnie de son amie Nathalie Micas, puis de l’américaine Anna Klumpke avait amassé tout un passé en forme d’objets, ce qui faisait du grenier une caverne d’Ali Baba.

Je crois que je l’ai !  Bob tenait dans sa main un rouleau encerclé d’un ruban, qu’il avait péché dans un seau plein de décorations saisonnières, boules de sapin et autres.
Ils en déroulèrent une partie, et notèrent que la couleur correspondait à celle de leur toile, comme un morceau de puzzle un autre. Le même genre de vert foncé qui rend les puzzles difficiles.

Filons, on n’a pas le temps de regarder. Il faut se faire la malle avant qu’elle se doute de quelque chose.

La propriétaire, par bonheur, n’y avait vu que du feu. Elle les salua rapidement alors qu’ils partaient apparemment les mains vides, pendant qu’elle montrait à un groupe de curieux l’armoire où la célèbre artiste avait gardé ses vêtements, ses robes et ses vestes aux riches passementeries.

Dans leur atelier, à l’abris des regards, les deux complices avaient rapproché les deux morceaux. Dans quelques instants, ils allaient savoir ce qui se cachait dans ce rouleau.

Sous la lampe, ils déroulèrent par le bas le morceau de toile, qui ne mesurait qu’un tiers du reste. D’abord, ils virent apparaitre des souliers, genre bottines, puis des robes de femmes à la mode du dernier siècle. Deux robes. Une jaune, et une bleue. Mais alors qu’ils déroulaient plus haut, il se regardèrent, ébahis.

De leurs mains, ils lissaient une toile où se dessinaient deux silhouettes de jeunes femmes avec des têtes, non pas de fille ni de femme, ni même d’humains, ni d’animaux, mais de fleurs. Des fleurs tout à fait reconnaissables. Une jonquille pour la robe bleue, et un coquelicot pour la robe jaune. Les fleurs étaient proportionnées aux robes pour donner une impression très naturelle de têtes et de visages.

Ça alors ! Mais ce sont des jeunes filles en fleur !  On a découvert l’Ombre des Jeunes filles en fleur ! 

Ma parole ! mais tu as raison ! J’ai du mal à y croire !

Ils firent des calculs rapides. Rosa Bonheur était morte en 1899, et Marcel Proust avait publié son fameux roman en 1918. Il n’y avait qu’une explication possible. L’écrivain avait dû rendre visite à l’artiste, chez qui il avait vu cette toile, avant qu’elle-même ne détruise l’œuvre dont elle s’était rendu compte du ridicule. La partie aux vaches, elle, était vendable.

Cependant, la toile entière, fantasque, et même fantastique, avait tant fait impression sur l’écrivain qui s’en était inspiré pour le titre de son chef-d’œuvre littéraire.

Il était temps de sortir de l’ombre et de se faire connaitre du monde de l’art. Pour mieux vendre leur histoire, ils avaient préparé leur phrase d’introductions aux spécialistes :

” Je ne m’attends pas à ce que vous croyiez cette histoire. Est-ce que j’y crois, moi ? “

 *  *  *

Ce mois-ci, Il fallait parler d’ombre et puis glisser ces deux phrases : ” Je ne m’attends pas à ce que vous croyiez cette histoire. Est-ce que j’y crois, moi ? “

Tout est bien esspliqué ici :

Illustration : détail de l’œuvre citée ci-dessous.

Original : Rosa Bonheur, Une bergère avec une chèvre et deux vaches dans un pré (circa 1842-1845)– The Dahesh Museum of Art, NY

2 – Le mystère des ancêtres bretons

Papa m’avait dit au téléphone avant notre voyage : on fera une balade sur des lieux où ont vécu tes ancêtres.
Les cinq dernières années, il a fait de la généalogie pour occuper sa retraite, entre autres. Il a retracé tout un arbre en ligne. C’est fou ce qu’on peut trouver de nos jours : documents de naissances, mariage, décès. Moi, ça ne m’intéressait que moyennement jusque-là, parce que j’avais d’autres préoccupations plus urgentes. Mes filles. Le travail. La maison. Les courses. Les finances. Lui il avait le temps.  Il fait aussi partie d’un groupe de langue bretonne, des gens qui cultivent activement le mouvement bretonnant.

J’avais parlé à Gwen de cette visite à ses ancêtres. Elle semblait intéressée par ce projet. Je ne sais pas ce qu’elle imaginait. Peut-être que, comme moi, elle voyait des châteaux se profiler au loin, des ruines, des vestiges d’un passé prestigieux, même si je savais bien que nous n’avions pas d’ancêtres remarquables.

Il avait été décidé que nous irions sur les lieux les plus proches. L’église où s’étaient mariés les parents de mon grand-père maternel. Nous sommes partis dans l’après-midi.

La bretagne sous la chaleur, c’était très rare autrefois. Mais c’est la canicule ces jours-ci. On passe par Lochrist-Inzinzac, où a grandi ma mère, où ont vécu mes grands-parents, chez qui nous passions nos vacances étant petits. Je me souvenais des routes de campagne bordées de blé, de mais, de Sarazin. Les champs avec les vaches à l’ombre des pommiers, les longères de pierre, des maisons si basses qu’on a du mal à s’imaginer la taille de ces bonhommes et bonnes-femmes d’autrefois, en costume.

La lumière poudroie sur les champs de blé dans l’air chaud. On s’arrête d’abord dans un petit village de pierre à l’air inhabité. On pourrait se croire aux moyen-âge. Pas âme qui vive, pas un chat. Une église se dresse au milieu de la place. J’ai lu quelque part qu’au 17e siècle Dieu était ce que représente l’argent de nos jours.
Nous nous approchons de l’église : c’est là que les arrière-grands-parents de ta mère se sont mariés, dis-je à Gwen. Elle regarde partout d’un air intéressé, plutôt inhabituel. A dix-sept ans, elle se réfugie d’habitude dans la musique qui sort de ses écouteurs.
Elle a dû raconter à son nouveau petit-copain qu’elle renouait avec ses racines et compte le tenir au courant.

On a de la chance, la porte est ouverte, c’est rare. En général, les églises sont fermées en semaine. Une dame à l’intérieur est en train d’arranger des fleurs, de faire du ménage. L’église est de taille humaine, j’imagine les noces, ces jolies petites personnes en costume, une parade de gens du village, des cloches qui sonnent. « Tu sens les vibrations du passé ? si ces gens ne s’étaient pas mariés là, tu n’existerais pas ! »
Je me demande quels traits physiques, psychiques je porte dans mon ADN, hérité d’eux. Je trimbale des brindilles d’information de ces gens-là. Et ce qu’ils m’ont transmis, je l’ai transmis à ma fille aussi.

L’intérieur est frais, propre et joli. On a envie de rester et de prier, de s’isoler dans cette bulle de calme et de bienveillance. De sacré même.
La lumière hésite à pénétrer à flots dans l’espace, elle reste, avec la chaleur, à l’orée de la porte.

Papa entame une conversation avec la dame. qui raconte : « L’église s’appelle Notre Dame des Fleurs. Des fleurs qui se transforment en fruits. »
Gwen écoute, l’air concerné, même si elle ne parle ni ne comprend le français, malgré mes efforts.  Je suis bien contente qu’elle fasse une connexion physique avec ses origines et aussi avec la dimension sacrée de cette église.

Que la porte ait été ouverte, c’est sûrement un signe. Un signe que ces ancêtres nous font signe, qu’ils nous accueillent, qu’ils veulent nous mettre du vent dans les voiles.
« Quand on passe des moments difficiles, a dit papa à un moment, je pense à mes ancêtres, comme ils m’encouragent, me veulent du bien. »
Mon père, des moments difficiles ? je le croyais invincible, un super-héro.

Dans la sérénité du temple, tout est à sa place. Un escalier en colimaçon monte à une chaire étroite d’où j’imagine des incantations à une vie sans péchés. Mais quels péchés dans ce village vide ? J’aimerais secrètement que Gwen monte les marches et du haut de son surmontoir dise ses quatre vérités aux quatre coins du monde. Je me demande par moment si j’ai inconsciemment encouragé en elle mes propres tendances rebelles refoulées. Elle a peut-être exprimé mes désirs secrets. Elle n’en fait qu’à sa tête avec ses piercings, ses tatouages.

Puis nous remontons dans la voiture et retrouvons les routes paisibles bordées d’arbres ombrageux, de champs qui poudroient dans le soleil d’été, avec des vaches, des fermes de pierres où on doit pouvoir acheter des crêpes, si j’en crois mon souvenir.

On s’arrête à la croisée de deux chemins. Un petit groupe d’habitations. Une ancienne ferme avec son étable et dépendances. La maison est visiblement habitée, mais encore une fois pas de signe de présence. Qui vit actuellement dans ce logis archaïque peint de couleur ocre ? On arrête la voiture, on descend. J’explique à Gwen : Tu vois, c’est là qu’habitaient tes ancêtres.
Tout est assez hypothétique. Mon grand-père aurait grandi ici ? On fait comme si. J’en fais même des tonnes : Tu te rends contre, on foule du pied le même sol qu’ils foulaient ! Et sous le même soleil !

Sur la route, dans un champ, deux chevaux de labour semblent attachés à la hanche, faisant face à deux directions opposées. Impassibles. On leur fait la conversation mais ils ne parlent pas la même langue.

Gwen et moi continuons à marcher et on arrive à une Gite d’étape/Chambre d’hôtes. La dame de l’église nous en avait parlé : les Anglais achètent des fermes dans le coin. Ils ont acheté une longère et ils en ont fait un gite.

Je ne sais pas quoi en penser. Les Anglais ! ceux que Jeanne D’arc avait boutés hors de France ? achetant maintenant nos fermes et nos campagnes.

« Tim me dit qu’il m’emmènera là » me dit Gwen fièrement du haut de son amour tout neuf, en parlant du Gite d’Etapes. Apparemment ils sont en ligne. Moi je dis Hallelujah.

J’ai du mal à la voir grandir. Elle a toujours cinq ans dans mon esprit. Mais je sais c’est un sentiment commun, on vient de regarder Father of the Bride sur Netflix.

Voilà, c’était le tour des ancêtres, du côté de ma mère. Il faudrait beaucoup plus de temps pour rendre visite à ceux de mon père, au moins deux heures de route. Nous (Gwen et moi) ne sommes là que pour quelques jours et on (papa et maman) n’est pas prêt.

Pour l’instant, de nos ancêtres que n’ai perçu que des vies simples, un confort minimum qui leur a permis de voir le jour, de rester en vie assez longtemps pour vivre, survivre, pour arriver à ce moment où ma génération essaye d’explorer ce passé du haut de nos voitures, avions, internet. On apporte avec notre vision notre peur du futur, des changements climatiques, des guerres, des virus. 

Consulat Français

Je suis allée chez CVS, la pharmacie pour me faire faire ma photo de passeport. Au vu de toutes mes photos de passeport passées, je ne suis pas optimiste quant aux résultats. En général, ce ne sont pas des photos artistiques et mon ego en prend un coup.
Résignée, je m’assois devant l’écran blanc, sous les néons crus. Ne souriez pas me dis la jeune fille qui fait ce qu’elle peut, en bonne employée.

Je paie mes seize dollars et repars avec dans un étui de papier glacé l’image de mon visage actuel. Plutôt mugshot que portrait. Cruellement j’y détaille tous les défauts : sillon nasogénien dûment accentué par la lumière, le nez clairement en relief, contrastant avec deux yeux sombres enfoncés entre des paupières légèrement gonflées sur le haut, petits sacs sur le bas. J’ai ramené en arrière avec une pince mes cheveux, que j’ai laissé pousser pendant la pandémie. Mais comme dit maman sur Facetime : C’est joli si on te voit de côté.

Le consulat de France à Boston se trouve à côté du jardin central, Boston Common, à proximité des boutiques de luxe (Chanel, Armani, Cartier) qui bordent Newbury St. la shopping street par excellence. J’ai cherché une place de parking mais comme je suis en retard, je me rabats sur un parking payant sous-terrain, qui va me couter la peau des fesses. Mais ce n’est pas souvent que je fais renouveler mon passeport français.

Ça fait plus de vingt ans que ce passeport est périmé. Comme le temps passe vite. En fait, je n’en ai pas besoin, puisque j’ai un passeport américain, mais quelque chose me pousse à le renouveler. Pas de raison tangible cependant.

Contrôle stricte à l’entrée du Consulat. Après avoir montré ma carte d’identité US et prouvé que j’ai bien rendez-vous, je me retrouve au 7ème étage dans une salle d’attente minuscule, sans fenêtre. Il y a une femme assise devant un comptoir entièrement protégé d’une grande vitre. Elle répond aux questions d’un homme qui représente ce que tous les visiteurs ici désirent si ardemment (s’ils ne l’ont pas déjà), la nationalité Française. La femme, âge moyen, essaie de répondre dans son meilleur français mais il est clair qu’elle est américaine. Elle est venue faire une demande de passeport. Elle semble avoir tous les documents nécessaires : acte de mariage, photo, le chèque. Je sens sa nervosité, le trac. Au moment de prendre ses empreintes, l’homme derrière le comptoir s’énerve :
J’ai dit plat, les doigts.
Mais j’essaie…
Et puis ils sont mouillés, tenez, essuyez-vous les mains. –
Il lui passe une serviette en papier par la petite vitre qui coulisse.
Elle s’essuie les mains.
Non, ce sont vos empreintes, que je veux, pas toute la main !

Je sens l’anxiété de cette pauvre femme qui ne désire qu’une chose, le rêve Français !
Elle est si proche du but ! Elle se voyait comme sur les pubs qui décrivent la retraite en France. Ah, la France ! ses marchés, ses paysages, ses quartiers médiévaux, sa lavande en Provence.
Elle doit se coltiner la bureaucratie. Mais finalement, elle a gagné le combat et s’en va.

Je suis seule devant le comptoir vitré.
Vous avez tous vos documents ?
Oui, tout à fait. Sûre de moi, j’ai vérifié que j’avais bien suivi la liste.

Elle date de quand, la photo ?
D’hier.
Ah, ça c’est bien. Parfait.


Il ne m’a pas dévisagée pour voir si c’était vraiment moi. Sur la photo de l’ancien passeport, qu’il regarde, j’avais vingt ans de moins, les cheveux courts qui, ce jour-là, tombaient délicatement en boucles sombres autour de mes traits bien plus lisses.
Mais comme j’aime répéter à qui veut l’entendre ces temps-ci, vieillir n’est pas un privilège donné à tout le monde. Il faut apprécier.

Vous avez votre livret de famille ? ou un acte de mariage ? où figure votre nom de femme mariée, parce que là, j’ai seulement votre nom de jeune-fille.

C’est seulement à ce point que j’ai réalisé avec horreur que si j’avais pensé au fait que non, je ne souhaitais pas mon nom de mariée sur mon passeport français, pour la bonne raison que j’étais maintenant divorcée, j’avais oublié que je portais encore ce nom, et que toute ma vie américaine portait encore ce nom, qui était le mien depuis trente-et-un ans.

Là, devant le comptoir, il fallait que je décide, très rapidement, ce que je voulais faire : revenir avec mes preuves de mariage, ou compléter le processus d’obtention d’un passeport à mon nom de jeune-fille.

Toutes les considérations se mélangeaient à toute vitesse : est-ce que je ne ferais pas mieux de garder mon nom de mariée ? mon identité américaine était solidement ancrée avec ce nom. Toute ma vie d’après divorce. Le changer maintenant serait symbolique, un vrai coupage des liens avec l’homme qui avait été mon mari et restait lie à moi comme le père de mes filles.
Mais alors il fallait que je régularise ma situation des deux côtés de l’atlantique. Le même nom dans les deux pays.
J’allais devoir revenir avec les documents de mariage. La poisse.

De l’autre côté, il faudrait que je fasse une demande de changement de nom dans ma vie américaine. Est-ce que les femmes ne faisaient pas déjà cette démarche elles se mariaient ? C’était courant. Mais je pensais aussi aux possibilités d’erreur et de confusion dans les différentes organisations et administrations où figurait maintenant mon nom de mariée. J’avais maintenant plus de responsabilités et de possessions qu’une jeune mariée. La liste des organisations que j’allais devoir contacter me semblait interminable. En commençant par le fait que le contrat de divorce ne contenait pas de clause qui mettait noir sur blanc l’éventualité de ce changement de nom.
Je me suis entendu dire : Non, seulement mon nom de jeune-fille sur ce passeport.

L’homme a continué avec ses agrafes, ses dossiers, ses signatures et ses tampons, et ma prise d’empreintes digitales comme si de rien n’était. Je me suis imaginée espionne, avec deux passeports différents pour mieux brouiller les pistes de mes affaires criminelles internationales. Apparemment, s’il avait des doutes sur mes intentions, l’homme derrière le comptoir n’en laissait rien voir.
Prenez rendez-vous en ligne pour la remise du passeport avant qu’il soit prêt, ça vous évitera d’attendre.

Sur le chemin du retour, je mesurais l’étendue du problème. Peut-être que je l’avais voulu inconsciemment, ce pas en avant, ou plutôt cette émancipation à rebours et ce retour à mon identité de naissance.
Peut-être que le vent qui m’avait poussé jusqu’aux Etats Unis changeait de direction. Porter le nom de mon mari ne m’avait pas spécialement porté chance sur le plan de la réalisation personnelle, le développement de mes talents. J’avais été bien plus authentiquement portée par le succès dans ma jeunesse. Etudes, rencontres, quête spirituelle, je me sentais véritablement portée. Qu’est-ce qui m’empêchait de retrouver mes racines ? de replonger dans l’histoire de mes ancêtres et d’y puiser à nouveau la sève qui ne coulait plus aussi bien (me semblait-il) depuis que j’avais coopté une autre branche ?

A suivre…

Entretien avec Onion Braisé : le chef le plus prometteur de l’année

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Onion Braisé, le nouveau chef qui a conquis les critiques du monde entier, et mérité l’appréciation de ses clients, a accepté de nous donner une interview exclusive avant l’ouverture de son premier restaurant à Washington, DC : l’Epluche-légumes,

par VictorHugotte (correspondante AI aux Etats Unis)

Votre restaurant s’appelle l’Epluche-légumes. Sont-ce vos épluchures personnelles que vous souhaitez mettre sur les assiettes de vos clients, ou bien voulez-vous parler des épluchures qui se trouveront dans les poubelles après la visite de votre restaurant ?

Les deux, je pense. Je crois chaque personne a des goûts différents, appris dans son enfance. Je suis convaincu que les épluchures sont à la base de tout système gustatif, et ce, bien avant la naissance, en fait.

Pourquoi votre cuisine est-elle capable d’attirer des gens du monde entier, juste pour manger dans votre restaurant ?

Parce que ma cuisine est vraie, comme moi. Elle est honnête et authentique, très minimaliste. Dans l’assiette, vous trouverez quelques filaments de peau de carotte, quelques yeux de pomme de terre, une queue de courgette. C’est profond dans l’utilisation des produits, on va les rechercher très loin, dans les poubelles, dans les bacs à compost. Nous travaillons avec la nature, c’est très vivant, ça grouille. Dans la technique et dans les saveurs c’est plus processionnel, mais ça a une histoire et ça a quelque chose à communiquer.

Avec le changement de la sphère de la restauration, la figure du chef devient plus influente. Vous sentez-vous responsable ?

Plus responsable que jamais. Je pense qu’il faut utiliser à bon escient les facettes des produits qui ne sont normalement pas considérées ; comme les moutures de café par exemple, les peaux de banane dont on se débarrasse. Je ne comprends pas que les gens ne s’en servent pas pour contribuer à un monde meilleur.

Les jeunes chefs ont-ils pour mission de reconstruire la sphère de la gastronomie ?

C’est nécessaire, et c’est notre mission. J’essaie d’être un modèle. Je ne suis pas parfait, mais je voudrais montrer qu’il est possible de changer l’industrie. Je ne considère pas la reconnaissance des guides comme mon objectif principal.

Avez-vous des réflexions ou des questions qui vous viennent à l’esprit?

Quel est le nouveau luxe ? S’agit-il de homards et de foie gras ? Non. Le luxe est autour de nous et il est temps de le découvrir et de profiter de vos expériences. A l’Epluche-Légumes, nous essayons de créer une énergie particulière. Nous ne voulons pas cacher quelque chose, au contraire, nous voulons que vous soyez au centre de notre monde et que vous le viviez pleinement, en vous amusant. Le client pourra ainsi jouer avec les coquilles d’escargot, les tranches de pain rassis, le gras de jambon, les os de lapin.

Ne pensez-vous pas qu’être honnête et vrai est aussi un nouveau luxe ?
Oui, tout à fait. Plus je cuisine, moins il en reste dans mon assiette, car je crois que c’est aussi une forme d’honnêteté : plus on en met dans l’assiette, moins il reste de vérité et plus il y a de confusion chez le client.

Pour conclure sur une note poétique : y a t’il des souvenirs inoubliables qu’Onion Braisé garde dans son cœur ?

Oui… voyons… il y a par exemple le jour où, enfant, descendant dans la salle à manger d’un B&B en Angleterre, j’ai découvert dans l’assiette une multitude de petites choses jaunes et sèches, un peu comme des croûtes de peau. L’hôtesse m’avait montré comment verser du lait froid au fond pour les faire baigner dedans. Il s’agissait de porter à sa bouche sans les faire tomber des cuillérées de ces paillettes dures nageant dans le liquide blanc. Je me souviens de la texture cartonneuse selon le degré de saturation, et le goût nouveau et étrange de ce qu’ils appelaient Corn Flakes. J’ai souvent essayé de recréer cette expérience unique avec des produits recyclés – chips de pomme de terre égarés, restes de gratins desséchés…

… et les moments où vous finissez le travail au restaurant en vous rattrapant avec la pensée : “Wow, aujourd’hui nous avons fait quelque chose de grand pour le monde”.


Cet interview inquiétant m’a été inspiré specialement pour l’Agenda Ironique de septembre, organisé par Mijo, funambule sur le fil de l’écriture ! Elle nous proposait un texte assaisonné de vocabulaire et d’expressions culinaires et de raconter une première fois.

Trip to Mars

J’avais encore les doigts tout poisseux de barbapapa quand je suis arrivé à la cabane qui proposait un voyage à Mars. C’était très simple. Une cabane avec une porte d’entrée, et une porte de sortie. Et le type derrière le panneau avait l’air sérieux. Pas du tout flashy. Il portait une veste sombre et un chapeau noir. Il me faisait un peu penser à Charlot, mais avec l’air moins triste. La seule décoration sur le mur derrière lui était la peinture d’une jeune femme style années trente, qui chevauchait un croissant de lune, lune qui n’avait pas l’air de rigoler non plus. Ce qu’il y avait, caché derrière ce mur m’intriguait, forcément.
Je me suis dit qu’ils auraient pu mettre des illustrations de Mars, plutôt que la lune, mais peut-être que c’était moins joli. Et puis il y avait les étoiles sur les rideaux, qui unifiaient un peu le tout. Alors j’ai fouillé dans mon portemonnaie et je lui ai donné les 10 cents.

Sans sourire, il m’a fait monter les marches et j’ai poussé le rideau comme dans une cabine d’essayage. C’était sombre à l’intérieur. J’ai vu une chaise en bois toute simple aussi, sur le plancher en bois. Il m’a fait asseoir et a tiré un foulard de sa poche. Je me suis dit qu’il ne voulait pas que je voie son système. Je n’ai rien dit. Qu’est-ce que j’aurais pu dire ? Donc il l’a noué, derrière ma tête, et c’est là que j’ai senti quelque chose contre mon nez et que je me suis retrouvée sur un chemin. C’était un chemin de terre, bordé d’une barrière en bois. De l’autre côté, des arbres, des feuillages, c’était tout vert, comme en été. Je marchais le long de la barrière, et au loin comme illuminé par un rayon de soleil l’entrée d’un autre chemin. La bouche de cette entrée me fascinait. Je me disais que c’était peut-être la porte du paradis tellement ça brillait, mais quand j’y suis arrivé j’ai vu que c’était comme la piste cyclable de la petite ville où j’habite. J’étais épaté. Donc j’ai continué à marcher et j’entendais des oiseaux, et ça sentait le désinfectant pour les fossés. Et rien de spécial, sauf quand j’ai vu un banc sur la gauche. Je me suis dit que c’était un bon endroit pour s’asseoir un peu. Ça ressemblait tellement au chemin de bicyclette où je me baladais régulièrement que j’ai voulu me pincer pour savoir si je ne rêvais pas. Mais c’était comme quand on essaie d’ouvrir les yeux quand on rêve, je n’y arrivais pas. Mais c’est là que je les ai vus. Comme vous et moi. Et que j’ai complétement oublié l’opération pincette, Ils étaient trois ou quatre, le chiffon à la main. Des petits hommes verts. Et ils étaient en train d’astiquer ce que j’ai tout de suite reconnu comme étant une soucoupe volante. J’en avais vu dans les films. Ça n’avait rien d’une soucoupe d’ailleurs. Plutôt la forme de deux soucoupes l’une sur l’autre, celle du dessus à l’envers. Et plein de fenêtres entre les deux. Une sorte de grosse pilule creuse. C’était blanc et brillant, et ils astiquaient. Et que je te frotte un hublot, et que je t’astique une patte. Parce qu’il y avait comme des pattes métalliques qui maintenaient la pilule au-dessus du sol.

Eux, les bonshommes, ils n’avaient pas l’air méchant. Ils ne m’avaient pas vu. Leurs tètes étaient vertes comme celles des mantes religieuses, j’observais ça de loin, et leurs corps plutôt petits et très maigres. Je me suis levé pour examiner ça de plus près. Et quand ils m’ont aperçu, ils ont eu un mouvement de recul. Ils montraient de la surprise, plus qu’autre chose. Je n’avais pas peur. Bonjour, je leur ai fait, en levant la main pour montrer ma paume en signe de paix. Ça faisait un peu comme les Indiens d’Amérique. Ils m’ont observé et se sont communiqué entre eux en faisant des sortes de bourdonnements comme les crachotements de la radio entre deux chaines. Je ne comprenais pas. Mais ils m’ont fait signe avec leurs mandibules de m’approcher et de monter les marches de la soucoupe. Comme je n’avais rien à perdre, j’ai obtempéré. Ça brillait, cet engin, comme la lune brille la nuit quand elle est proche de la terre. J’ai donc eu ce privilège de passer la porte et je me suis retrouvé dans une salle des machines, une pièce immense, pleine de manettes. Je me suis dit que ça ressemblait drôlement à ce que j’avais vu au cinéma. Donc ils ne s’étaient pas trompés, dans les films. Peut-être que je n’étais pas le premier à en faire l’expérience. Et puis il parait qu’on a décollé, mais je ne me suis pas rendu compte, je n’ai senti que des vibrations et une sorte de vertige, mais on allait à toute vitesse dans l’immensité de la voie lactée. Enfin ça devait être la voie lactée, je voyais des étoiles, des étoiles !

Et puis je me suis retrouvé étendu dans une sorte de chaise longue en bois. C’était dans une autre pièce que celle où j’étais entré, avec la chaise. En m’asseyant, j’ai vu dans la pénombre le rideau étoilé qui devait être le rideau de sortie que j’avais vu en entrant. J’avais un peu mal à la tête. Je me suis dit que j’avais fait un aller-retour un peu rapide, mais vu le prix que j’avais payé, je ne pouvais pas me plaindre.  Je n’ai pas très bien saisi comment le Charlot s’y était pris pour ce voyage mais je n’avais pas envie d’entrer dans les détails. C’était comme les tours de magie, c’est mieux quand ça garde son mystère.


Ceci concocté pour l’Agenda Ironique, hébergé par l’ornithorynque qui nous proposait un voyage vers Mars.

Quant à moi, mes projets de blog sont beaucoup plus terre à terre. Je travaille dans l’ombre à présent, mais je travaille. Un jour ou l’autre, ce sera prêt.

BAGATELLE

DOmiciliée, heureuse à Azay-le-Rideau
REveillée tôt matin et au piano voici,
MIrabelle travaillant ses gammes pour le gala
FAmilière des spectacles, scènes, coulisses et sous-sols,
SOlos et concerti, audience sur des sofas.

LA sonate de Chopin, joyeuse épidémie
SIgnifie falbalas, échalas et soirées !
DOrures, applaudissements, bouquets et puis dodo.

                        Encore !!!! ..    Champagne et puis dodo.

                        Encore !!!,,,     Doliprane puis dodo.


Voici ma petite composition pour l’Agenda Ironique de Juillet, ici DO RÉ MI FA SOL LA SI DO. L’agenda ironique de juillet 2022.
Il fallait un texte en sept parties, dont chacune devait commencer par une note de musique. J’ai fait fort, non? (si vous voyez l’astuce)  
Merci tout l’Opera !

TRAUMA DE PRINTEMPS

Observations du café local où j’observais les gens de mon périscope de table. Mon humeur de Schtroumpf grincheux n’a pas changé en deux semaines. Donc je persiste, et signe :

TRAUMA DE PRINTEMPS
Je n’aime pas Avril
Avril me rend frileuse
Tous ces fils d’avril me défrisent
Frasques du froid une dernière fois
Je souffre dans les dernières bourrasques

Avril, tu parles !  je frissonne
Alors que les poissons frétillent
Fébrile, je rouspète

Rien de frivole ces temps-ci
Tous les gens s’habillent en gris
Parti le confort de l’hiver
pas encore là l’été brûlant
pas même un léger réchauffement

Je crains le froid
Me recroqueville
On est tout gris, tout dégrisés
Déguisés en zombies défrisés.

POEM ABOUT A WALK-IN CLOSET / GARDE ROBE

Aucun rapport avec ma série précédente. Qui pourrait bien être finie, parce que je crois que j’ai mis la touche finale au tableau. Mais rien n’est sûr.  le petit joyau qui suit en français et en anglais m’a été inspiré quand ma fille cherchait un appartement.

POEM ABOUT A WALK-IN CLOSET
The apartment came with a walk-in closet
so they walked in
for a stroll
They stuffed their noses in the clothes
hanging in there
she went straight to the “go-to pants”
which had her name written all over them
tripped on the shoes lying around,
Did you have a good trip? He joked
it was a mixed bag, in there
organized and disorganized
with recessed lights and no windows
and then they never walked out
Because there is no such thing as a walk-out closet

There was also a walk-in bathtub
but they did not get a chance to visit.

J’ai joué sur le sens littéral d’expressions familières qui n’ont pas d’équivalent en Français (que je sache). Alors je vous propose un exemple de très mauvaise traduction, pour les vraiment curieux, et un anglicisme assorti : « Ca ne fait pas de sens ».


POÈME SUR UN GARDE-ROBE

L’appartement était équipé d’une pièce garde-robe
alors ils sont entrés
pour jeter un coup d’œil
Ils ont fourré leur nez dans les vêtements
accrochés là
elle est allée directement au « pantalon de prédilection »
qui avait son nom écrit partout
trébuché sur les chaussures qui traînaient,
Est-ce que tu as fait un bon voyage? il a plaisanté
c’était un sac de mélange, là-dedans
organisé et désorganisé
avec des lumières encastrées et pas de fenêtres
et puis ils ne sont jamais sortis
Parce qu’il n’y a pas de garde-robe « sortie »
Il y avait aussi une baignoire à l’italienne
mais ils n’ont pas eu l’occasion de visiter.