DEER POEMS / EPIPHANIES

selective focus photography of brown deer

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DEER POEMS
I was walking on my old beaten path
The road that takes me down to the mill by the river
Half meditating, half lost in my thoughts
Looking for my center again
When I heard a crackle of twigs
A miniature stampede in the bush on my right
I expected a gaggle of teens
When in front of my eyes
And a few feet forward
Came out not one, not two, but five deer
crossing the road in a swift bee line
Into the deeper woods on the left.

The last one, a young buck
Pushed on its hind legs and
Sprung a magnificent leap
That took him in one bound
Over the road and into the bushes
To the rest of his family

Were they observing me?
I stayed a moment in silence
Hoping they would make a come-back
But the rustle of leaves came to a halt.

* * *

“Oh, another deer poem” my boyfriend had said,
Thirty years before
putting down a copy of the college poetry magazine
maybe rolling his eyes
cooly dismissing the whole poetic genre.

He told me about Saskia Hamilton,
promising Kenyon classmate
in the field of poetry
who wrote mysterious and delicate poems –
I remember the way she inserted
sibylline little dots between sections.
The kind of poem I had trouble understanding.
But I remember it was a Deer poem

I also remembered her name,
as smooth as the cool almond shape of her face
Framed by a single strand of dark hair
on the picture on the page

And every time thereafter
Every time I saw a deer, I thought of Saskia Hamilton
And what she could have said then.

* * *

Epiphany: when you touch the sensitive nerve of meaning
And a zap of lightning startles you into understanding.

There are happenstances so wild and strange
That they must have significance
Moments so scripted that they make you pinch yourself
Like when your lover appears in slow motion, walking to you
As if you had conjured it all up

That day dancing gold and reds and russets leaves
offset the grey stone walls, the darker asphalt
my feet in turn kicked or trod on plush carpets
wafting their autumn smell
Cool damp air like velvet on my skin

When the last little deer paraded his stick-figure grace
His little muzzle searching,
And executed his Nijinsky leap on the stage
back arched, tiny hooves pointing up
suspended in mid-air for my eyes only,
I knew for certain that it was not in vain
My search for peace
This was a sign to my soul
I had to accept it

And then
I thought I should compare notes with Saskia Hamilton

——-

This scene with my boyfriend (now my ex-husband) happened in 1988.
Because I remembered her name, I searched Saskia Hamilton and found out that she is now teaching poetry at Barnard College (while I am teaching poetry to the chickens in my head – see a previous poem).

I also found out that the singer songwriter Ben Folds had a song about her, written with Nick Hornby. Another amazingly strange coincidence is that I just read Ben Fold’s biography. Why? Because I saw the book at a local bookstore and was called by the title: Dream of lightning bugs. And I realized I knew One song by him, indeed a quality song, in both text and music. I wanted to know more about the life of this singer songwriter, and author of his own memoir. Because I am also obsessed by the genre. Another point was the pages I had opened the book at and caught a glance of was about destiny and twists of fate, and that Ben Folds was mentioning visualization as an occasional practice. I read the book and found out that his life and fate were made of hard work, inspiration, dedication and passion. The writing was funny at times and darker at others. After finishing, I gave it to a coworker who I knew was playing drums, as I thought she might find a kindred spirit there. I am not that into rock music, even at the piano. When I searched for the Saskia Hamilton song, I was prepared to be amazed by another unexpected connection, such as the fact that he had been at Kenyon College the same year I did, and met with the same Deer poem.
But nothing of the sort. The lyrics were about how he was in love with the sound of her name. (She got more assonance than she knows what to do with / I’m in love with Saskia Hamilton / She got two sibilants, no bilabial plosives)
I also found that song was co-written with Nick Hornby, who I know because I read and loved one of his popular books at the time: High Fidelity. That we had Saskia Hamilton in common was so highly unlikely.

 

 


EPIPHANIES

Je marchais sur mon ancien chemin battu
La route qui mène au moulin au bord de la rivière
Moitié méditant, moitié perdue dans mes pensées
A la recherche de mon centre
Quand j’entendis un craquement de brindilles
Une bousculade miniature dans la brousse à ma droite
Je m’attendais à un groupe d’enfants
Quand devant mes yeux, quelques pas plus loin
Apparurent non pas un, pas deux, mais cinq daims
Qui traversèrent la route en une file rapide
Et disparurent dans les bois plus profonds sur la gauche.

Le dernier, un jeune mâle
Poussa sur ses pattes arrières
Et fit un bond magnifique
Qui le mena d’un coup
De l’autre côté de la route dans les buissons
Avec le reste de sa famille

Est-ce qu’ils m’observaient?
Je suis restée un moment en silence
Espérant qu’ils reviendraient
Mais le bruissement des feuilles s’arrêta.

* * *

«Oh, encore un poème de daim» avait dit mon copain,
Trente ans auparavant
Posant sur la table une copie du magazine de poésie universitaire
peut-être levant les yeux aux ciel
se moquant du genre poétique.

Il avait mentionné l’auteur, Saskia Hamilton,
Une camarade de classe au talent prometteur
aux poèmes mystérieux et délicats –
Je me souviens particulièrement de sa façon d’insérer
Trois petits points sibyllins entre les sections.
Le genre de poème que j’ai du mal à comprendre.
Mais je me souviens bien qu’il s’agissait de cerf

Je me suis toujours souvenu de son nom,
aussi lisse que son visage en amande
Encadré par une mèche de cheveux noirs
Sur la photo de la page

Et chaque fois par la suite
Que j’ai vu un daim, j’ai pensé à Saskia Hamilton
Et ce qu’elle avait pu dire alors.

* * *

Epiphanie: quand on touche le nerf sensible du sens
Et qu’un éclat de compréhension vous apparait en un éclair.

Il y a des événements si sauvages et étranges
Qu’ils doivent avoir une signification
Moments tellement scriptés qu’ils vous font vous pincer
Comme quand votre amant apparaît au ralenti marchant dans votre direction
Comme si vous aviez tout imaginé

Ce jour-là, les feuilles tentées d’or de rouges et de roux dansaient
Contrastant avec le mur de pierre grise, l’asphalte plus sombre
Mes pieds tour à tour soulevaient les feuilles mortes ou foulaient un tapis moelleux
Une odeur automnale flottant autour de moi
Dans l’air frais et humide comme du velours sur ma peau

Quand le petit faon a offert à mes yeux sa gracieuse carcasse
Son petit museau chercheur,
Et exécuté son saut de Nijinsky sur la scène de la route
dos cambré, petits sabots pointés en l’air
suspendu dans les airs pour mes yeux seulement,
J’ai su avec certitude que ce n’était pas en vain
Ma recherche de paix
Que c’était un signe pour mon âme
Et que je devais l’accepter.

Puis
J’ai pensé que je devrais comparer mes notes avec Saskia Hamilton.

——-

Cette scène avec mon petit ami (maintenant mon ex-mari) s’est déroulée en 1988.
Comme je me souvenais de son nom, j’ai consulté Saskia Hamilton et découvert qu’elle enseignait maintenant la poésie au Barnard College (alors que j’enseigne la poésie aux poulets dans ma tête – voir un de mes poèmes précédents).

J’ai aussi découvert que l’auteur-compositeur-interprète Ben Folds avait une chanson sur elle, écrite avec Nick Hornby. Une autre coïncidence étonnamment étrange est que je viens de lire la biographie de Ben Fold. Pourquoi? Parce que j’ai vu le livre dans une librairie locale et que le titre: Rêve de lucioles, m’avait interpellé. J’ai réalisé que je connaissais une chanson de lui, une chanson de qualité, dans le texte et la musique. J’ai voulu en savoir plus sur la vie de cet auteur-compositeur-interprète et auteur de ses propres mémoires. Parce que je suis aussi obsédée par le genre. Un autre point concerne les pages sur lesquelles j’avais ouvert le livre et jeté un coup d’œil sur le destin et ses péripéties, et sur le fait que Ben Folds mentionnait la visualisation comme une pratique occasionnelle. J’ai lu le livre et découvert que sa vie et son destin étaient faits de travail acharné, d’inspiration, de dévouement et de passion. L’écriture était drôle parfois et plus sombre chez d’autres. Après avoir fini, j’ai donné le livre à une collègue qui joue de la batterie, car je pensais qu’elle pourrait y trouver un esprit similaire. Je ne suis pas très rock, même au piano. Lorsque j’ai recherché sa chanson intitulée Saskia Hamilton, j’étais prête à être émerveillée par un autre lien inattendu, comme le fait qu’il ait été à Kenyon College la même année et qu’il ait rencontré le même poème.
Mais rien de la sorte. La chanson concernait surtout son nom. (Elle a plus d’assonance qu’elle ne sait qu’en faire / je suis amoureux de Saskia Hamilton / Elle a deux sibilantes, pas de plosives bilabiales)
J’ai aussi découvert que cette chanson avait été co-écrite avec Nick Hornby, que je connais aussi parce que j’ai lu et aimé un de ses livres populaires à l’époque: Haute Fidélité. Le fait que nous ayons en commun Saskia Hamilton était hautement improbable.

UNE ROMANCE D’AUJOUD’HUI

woman wearing blue dress

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Benjamin s’en était allé à la foire os affaires. Il voulait acheter quelques bidouilles bon-marché pour sa mère et pour Halloween. Il s’en allait là-haut vers le trouillard de la montagne du Vermont
Rosalie, elle, descendait vers le Mississipi, chez une amie.
Benjamin avait pour recommandations de sa chair mère de moisir quelques articles dont on ne trouvait pas les pareils ailleurs. Pour la déco, par exemple, le bas-arts aux bidouilles était une caverne d’Ali Baba.
Ce jour-là, Rosalie allait également au bas-arts aux bidouilles, plutôt pour faire du lèche-vitrine. Elle tripotait dans sa moche une liasse de petits billets et de pièces de mon nez en se répétant qu’elle pouvait s’offrir tout ce qu’elle voulait si elle le voulait : les chauds sûrs à femelle plastique, et dessus en plastique également, qui seraient de grand secours en cas de pénurie mondiale de sous liès de type espadrille. Ou bien, se disait-elle aussi si elle devait se rendre à une petite faite, sans avoir l’air d’en avoir trop fête. C’était l’élégance calculottée.
Donc Rosalie étudiait soigneusement les fripouilles dans les allées.
Benjamin s’était arrêté devant les pailles-à-sons de couleur beige et caca-doigt, certains ornés de fausses taches noires qui leur donnaient un air usé-chic. Mais son attention fut bientôt attirée par un kit de spatules et coups tôts de cuisine en place tics qui faisaient de l’effet. Apres considération, il décida de passer outre.
Alors qu’il allait d’un rythme râle antique pour être sûr de ne pas manquer une affaire plus qu’intéressante, il entendait à l’autre bout du magasin, dans un coin derrière le compteur, le rit canne ment de sorcière de l’employée qui tenait le dit compteur. C’était un ricanement doux, qui revenait à intervalles réguliers et ponctuait les échanges entre cette dernière et une autre voix plus jaune. Benjamin se sentait alèse dans cette atmosphère simple et bon-enfant qui lui rappelait les fournées en famille quand il était en faon.
Il croyait être seul dans les allées de tailles réduites, mais dû se rendre à les vies dansent quand il entendit un bruissement dans l’allée suivante : il n’était pas le seul à chasser les affaires.
C’est alors qu’il eut un ça par exemple! : au-delà des articles du rayon oreillons et literie, une jeune fille étudiait un produit qu’elle tenait dans la main.
Et pas n’importe quelle sorte de jeune fille. C’était comme si elle avait été sculptée dans l’os de son fait mûr, mais en beaucoup mieux, tant elle lui était familière. Un fou de coudre.
Tout dans son vie sage et les contours de la créature, grande et prune convenait d’une extraordinaire harmonie visuelle, une sorte d’effort parquet fait humain. Avec un tout petit chouilla de Japonais. Elle était fétu d’un long manteau d’automne de couleur sombre, ses chevaux bruns n’étaient ni longs ni courts. Mais son visage plutôt pâle reflétait une intelligence, un esprit et une profondeur des maux cions qui l’hypnotisèrent sur le chant. Elle semblait examiner une père de panfloutes en moumoute, probablement pour décider si elles avaient une place dans sa vie. Devant elle sur des cintres en métal se balançait un lot de chouette-sœur-tes en molleton façon sherpa de couleuvres pastel. Il en conclu qu’elle avait un faible pour les textures douces et les matieres ouatées.
Frappé d’émotion et de mutisme il passa derrière elle et fit sang blanc d’étudier un stock de bas laids et balayettes qui suivait, tout en surveillant l’apparition du coin de l’oeil.
Sa mère lui avait-il demandé des boulots de pompier essuie-tout ? des bagages bon-marché, de vieilles marques de champs points disparues, il avait du mal à s’en souvenir.
La fille avait fait quelques pas et faisait maintenant face aux masques de Frankenstein, faux squelettes, toiles d’araignées et autres marchandises.
« Excusez-moi ? Savez-vous où se trouvent les bonbons pour la saison ? » Il avait pris son bourrage par les bornes et attaquait de plein front.
Elle se tourna vers lui. Et c’est alors qu’il se perdit dans la noirceur de ses feux pleins de remous effervescents. « Les chocolats sous emballage individuel décorés d’images de fanfan-tomes, sorcierges et chanoirs, maisons en thé, chauds-voeux-souris, et monstres reconnaissables ? »
« Heu, oui » bafouilla-t’il.
« J’en ai vu un stock à l’entrée. D’ailleurs, je vais en acheter. Vous préférez lesquels ? »
Sa voix était pausée, directe et muse-y-cale.
« J’ai un faible pour les Whoppers. »
« Moi aussi ! »
« Et en plus, ils sont en solde. »
Ahuri de sa bonne fort tune, Benjamin mis de côté ses devoirs de fils-thon en pensant que sa mère lui pardonnerait ses manquements. Il laissa-là les selles d’Epsom, les cintres duveteux qui ne glissaient pas, le paquet de douze rasoirs, et les ronchons de cuisine. Il avait mieux à faire.

FIN (et COMMENCEMENT A LA FOIS)

J’ai mis beaucoup d’application à réaliser ce petit chef-d’œuvre d’orfèvrerie littéraire. Je ne suis pas fière. Mais j’ai la satisfaction du devoir accompli. Ma contribution à l’Agenda Ironique d’Octobre.

THE BOOKS I WON’T READ

blur book stack books bookshelves

Photo by Janko Ferlic on Pexels.com

THE BOOKS I WON’T READ

The books I know I don’t have time to read
The covers I took a picture of
In case I could read it later
Maybe if I was locked up in the bookstore at night
Maybe if I took a sabbatical year

The books I pluck and open like a fruit
To see inside
To taste a sentence, a feel, a spark of the author’s mind
An idea, an image,
The first sentence, the last

Best is to be in the bookstore
Usually a Saturday morning
Minutes stolen from the week-end
Sun sparks, espresso smell lingering
Staff picks
Every time, each visit
I envision, I imagine
What it would be to read the book

Doing math in the bookstore:
So many hours spent writing
So many hours needed to read
Each book its time and space
Each book a life, an era, a continent
Each book a daybed, an afternoon sofa
Multiplied by the rows of books
By authors, by sections
So many hours per square feet

Reading minutes stolen from a pot of rice waiting to boil
Hours stolen from a job-week
Guilty mental-health day
Time before children, time before dinner

Agatha Christie on an October day
Sweater weather, Harvard square strewn with orange leaves
Near Halloween,
Walking along Massachusetts Avenue

Reading in the Boston T
From stop to stop, screech to screech
The books read from cover to cover
The book you take on vacation
The book you read on the way home

Reading by the light in the window
Curled up on the sofa in the first days of spring
Or fall, or summer, or winter
By the light of the night table
By the ceiling light of the airplane
By the flashlight under the sheet in bed
In a tent on an air mattress that smells like rubber
In the passenger seat until you get seasick
In a waiting room at the dentist’s, the doctor’s
In a train on an hour-long trip

Titles in the transient book of Must read one day:
The Last train to London
The Dishwasher
A Primer for Forgetting
The Other End of the Line
Improv for Writers
The Source for Self Regard
What My Mother and I Don’t Talk About
And last but not least
Happy Cat, Happy You

All teasers like the cashmere sweaters
That parade on my computer screen at work
That scream Buy me! Now!
And I know I can’t and won’t buy

The books I want to read
And for some, answer in kind
Answer the kind writer who
Took so many hours to tell his or her story
And wouldn’t it be nice and polite
To return the favor
A sort of correspondence of writers
A book for a book

But all the books of the past
That I couldn’t wait to buy
Are now languishing on my nightstand
Or dream of the day when

The book you take to bed
For a few pages until the weight of the day
Shuts down the eyelids.

 

BE YOURSELF

Poker face

“BE YOURSELF!”

Are there so many people out there
Who are not themselves
But someone else,
And need to be reminded

Or slightly admonished
to be themselves again?
Loss of identity
Or identity theft?

Are they going around wearing ill-fitting hats
Tripping on too-large shoes
Putting on phoney accents
Their hair dyed odd shades of wrong

And what if one has multiple selves
And each one of them wanders off
And “is” someone else?
Like in a paper doll chain?

What is wrong I ask you
Assuming that I am in my right mind
With trying and imitate someone
Still myself, but a different style

Many people actually
Would benefit from not being
Their lazy, sloppy, boring selves
But instead try someone else on for a while

Like Victor Hugo for instance
Or Barack Obama?
There are so many cool people out there
What’s wrong with that?

I just heard it on the radio this morning when I woke up. I see it everywhere – starting in schools. It’s a « thing » a meme, maybe? “Be yourself” or “you do you” the new marketing ploy that makes people believe that their preferences are unique, flattering an unnecessary narcissism and reinforcing weak Egos while making people spend money, those people believing that they are not influenced by the market and whatever images they absorb from their environment. We are a product of our environment. Our choices are always influenced by something, someone, some trend. There is not so much a “self” as there is a static river. Our selves are constantly changing, constantly moving, absorbing the flows, happily carried by life. “Be yourself” doesn’t mean anything. The riverbed doesn’t change, but this part is immutable. No need for reminders to be there.

* * *

“SOIS TOI-MÊME!”

Y a-t-il vraiment tellement de gens
Qui ne sont pas eux-mêmes
Mais dans la peau de quelqu’un d’autre
Et ont besoin d’être rappelés

Ou même légèrement réprimandés
Pour être à nouveau eux-mêmes –
Perte temporaire
Ou usurpation d’identité?

Je les vois portant le chapeau d’un autre
Trébuchant sur des chaussures trop grandes
Affectant des accents factices
Leurs cheveux teints de nuances bizarres

Et dans le cas de personnalités multiples
Si chacune d’elle se promenait
En “étant” quelqu’un d’autre?
Ca ferait une belle ribambelle

Quel est le problème, je vous le demande
En supposant que je sois saine d’esprit
De vouloir imiter quelqu’un d’autre
Toujours moi-même, mais nouveau style ?

Beaucoup de gens, en vérité
Bénéficieraient de ne pas être
Leur propre personne paresseuse, lâche et ennuyeuse
Mais d’essayer quelqu’un d’autre un moment

Comme Victor Hugo par exemple
Ou Barack Obama?
Il y a tellement de gens cool
Il n’y aurait pas de mal à ça.

 

« Soyez vous-même » Je viens de l’entendre à la radio ce matin quand je me suis réveillé. Je vois ça partout – en commençant par les écoles. C’est une «chose» un meme, peut-être? Il y a aussi “Vous faites vous”, le nouveau stratagème marketing qui fait croire aux gens que leurs goûts sont uniques, flattant un narcissisme inutile et renforçant les Egos faibles tout en les incitant à dépenser de l’argent selon les images dont ils sont bombardés dans leur environnement. Nous sommes un produit de notre environnement. Nos choix sont toujours influencés par quelque chose, quelqu’un, une tendance. Il n’y a pas plus de «moi» stable et fini que de fleuve statique. Notre moi change constamment, bouge constamment, absorbe les flux, heureusement emporté par la vie. «Sois toi-même» ne veut rien dire. Le lit de la rivière, lui, ne change pas, mais cette partie est immuable. Pas besoin de rappels pour être là.

Photo: my cat Romeo (by me) who is constantly himself.

ASTUCES

Lutin
ASTUCES

To everyday its task
Sometimes it’s clear-cut
Sometimes, I need inspiration
To keep the poetic engine running

Like Leonardo Da Vinci
I strive to keep a notebook
To capture fleeting ideas
Moments that triggered imagination

Curiosity, inspiration
That is If I have one on hand –
Notebooks get lost here and there
or fill up with grocery lists

Since I’ve owned it, my smartphone
Became the repository of such ideas
And this is what I found today
In the Notes-to-self folder:

ASTUCES POUR AVOIR L’AIR D’UN GNOME

No heart-on-sleeve agony here
(Unlike the rap my daughter likes)
But I won’t betray and berate myself
For being on the side of the light

So let me proceed to sketch, in the Da Vinci manner
A pudgy hand, a pointy hat
while trying to remember what I could have had in mind
When the note landed in my phone.

in order to look like a gnome
You need to ask yourself no question
Most of the work is in the hat
Then it all goes down from there: the beard

The slouchy shoulders, the slouchy coat
A belt on a beer gut
And then you’re pretty much done.
And maybe add the Mona Lisa smile

Garden gnome

ASTUCES

A chaque jour suffit sa tâche
Parfois, elle est assez claire
Mais parfois il faut plus d’inspiration
Pour faire tourner le moteur poétique

A l’instar de Leonardo Da Vinci
Je m’efforce de tenir un petit carnet
Pour capturer les idées fugaces
Qui déclenchent l’imagination

Curiosité, inspiration
Mais il m’en faut un sous la main –
Malheureusement les cahiers se perdent
Ou se remplissent de listes d’épicerie.

Depuis que j’en possède un, mon smartphone
Est devenu le dépositaire
De certaines de ces idées géniales
Et voici ce que j’ai trouvé aujourd’hui
Dans le dossier Notes-à moi-même:

ASTUCES POUR AVOIR L’AIR D’UN LUTIN

Nuls sombres épanchements dans le sujet
(Contrairement au rap que ma fille affectionne)
Mais je ne me trahirai pas, ni ne me frapperai
Pour être du côté de la lumière

Je procéde à l’esquisse, comme le ferait Da Vinci
Une main grassouillette, un chapeau pointu
En tentant de me rappeler ce que je pouvais bien penser
Quand la note s’est figée dans mon téléphone.

Donc – pour avoir l’air d’un gnome
Ne vous posez pas trop de questions
La plus grosse partie du travail est dans le bonnet
Ensuite, tout descend de là: la barbe

Les épaules tombantes, le manteau souple
Une ceinture à boucle sur un ventre à bière
Et voilà le travail.
Et peut-être, ajouter le sourire de la Joconde.

Illustration: godo [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)%5D

DYNAMO HUMAINE (Eng. Eustache goes to the gym)

DYNAMO HUMAINE ou Eustache se rend à la salle de sport

Une grande affiche jaune fluorescent collée sur la porte du club de fitness annonçait: “De 17h à 19h, tous les vélos stationnaires, tapis de course et entraîneurs elliptiques seront connectés à la turbine générale d’alimention de la ville en tant que source d’énergie alternative.”
Eustache McLaughlin entra en soufflant dans la pénombre de la salle dépourvue d’aération et trahissant un grave manque d’oxygène.
À l’intérieur, le club de gym était le même que les années précédentes: murs gris foncé, sol gris foncé, appareils de musculation et machines gris foncé qui remplissaient la salle. Mais Eustache ne le savait pas car c’était sa première visite.
Il montra à la jeune fille derrière le comptoir une carte de mobilisation tachée de la graisse du hamburger qu’il tenait à la main. «J’ai reçu ceci par courrier», dit-il. “Je suis homme honnête et je ne trahirai pas mon pays, même si je préférerais faire autre chose, que ce soit clair.”
La carte avait été envoyée à tous les habitants de la ville dans le but de pallier la pénurie d’énergie qu’ils avaient connu les années passées.
La jeune fille aux cheveux roux et au visage pâle leva les yeux sur l’homme obèse vêtu d’un sweat-shirt vert d’une propreté incertaine et d’un pantalon de jogging gris qui avait connu des jours meilleurs.
“Vous choisissez”, dit-elle en tamponnant la carte et en lui montrant les machines d’un geste de la main.
Dix rangées de tapis de course, vélos stationnaires et appareils elliptiques divers étaient devancées de dix écrans de télévision, numérotés de 1 à 10. Quelques hommes et femmes étaient déjà occupés à faire de l’exercice. Eustache jeta un coup d’œil aux machines et tenta de calculer celle qui nécessiterait le moins d’énergie. Il estima que son choix serait peut-être mieux fondé sur le programme télévisé auquel il ferait face.
«Cela vous dérangerait-il si je mettais ma subsistance ici? » Demanda-t-il à un homme à côté de lui, désignant le sol. «J’ai apporté des provisions car je ne veux pas faire de malaise dû à l’inanition.»
Le sac laissait échapper une puissante odeur de friture et de graisse. L’homme montra ses écouteurs et continua d’activer le simulateur d’escalier. Eustache soupira et posa une de ses chaussures de sport sur le repose-pieds d’une machine elliptique, posa son burger entamé sur le porte-gobelet et se souvint de sa boisson. “Je serai de retour sous peu” s’adressa-t-il à l’homme visiblement plus attiré par ce qu’il regardait à l’écran que les manigances de son voisin.
Il remua ses énormes pieds et revint avec un immense gobelet de Coca-Cola, prit une gorgée gigantesque, rota, et reposa le récipient derrière la machine. Fixant l’écran, il fit monter et descendre ses pieds jusqu’à ce qu’un écran lui demande son poids. 100kg est ce dont il se souvenait de sa visite chez le médecin quelques mois auparavent. «Sommes-nous d’accord pour dire que vous êtes en surpoids, monsieur?» avait dit l’homme. «Pourrais-je vous intéresser à notre cours de nutrition hebdomadaire le jeudi soir?» «Je vous remercie bien de votre préoccupation, mais je préfère rester chez moi et faire une sieste à ce moment-là. Je ne veux pas risquer la mort ni attraper une maladie débilitante due à la malnutrition.» Les choses en étaient restées là.
Il inscrivit le chiffre. Le moment était venu de se mettre à l’ouvrage et d’activer la dynamo pour s’acquitter de son devoir de citoyen. Tout en enfoncant la pédale, il se saisit du hamburger pour alimenter ces premiers pas, puis leva les yeux vers l’écran de télévision.
Un journaliste commentait des images qui alternaient entre une vue de bétail sous différents angles et différents stades d’enpoussièrement et une autre montrant quelqu’un faisant frire un steak dans une poêle. Eustache ne portait pas d’écouteur, mais lu le commentaire défilant sous le présentateur: «… effets sur l’environnement liés à la production de viande: pollution due à l’utilisation de combustibles fossiles, méthane animal, déchets d’effluents, consommation d’eau et de terres». Eustache continua de mâcher son burger. A la droite de l’écran s’affichaient les prévisions météorologiques du jour : un soleil éclatant. Le programme fut interrompu par une publicité pour un restaurant local. On y voyait une main faire sauter des crevettes dans un ralenti artistique titillant, suivie d’une scène montrant une table entourée de brume dorée chargée d’assiettes et de plats, aboutissant sur une autre main versant un flot de beurre fondu sur divers homards et crevettes.
Les pieds d’Eustache avaient adopté alors une vitesse agréable assez proche du slo-mo de la scène des fruits de mer. Son hamburger terminé, il descendit pour atrapper la portion de frites dans le sac à ses pieds. L’étui de carton s’inséra conmodément dans le grand porte-gobelet en plastique.
Le programme suivant portait sur les vaccins et les théories de leurs effets sur les nourrissons. Ceci indiqua à Eustache que le moment était venu de changer de machine et d’en trouver une autre plus adaptée à sa disposition. Un vélo inclinable lui permis de caser le conteneur de frites à sa droite et le contenant de soda à sa gauche. Comme il pouvait le voir (sans entendre) sur l’écran de télévision n ° 8, un débat se déroulait entre les partisans d’un impact d’astéroïde sur Terre et des scientifiques qui voulaient prouver, au contraire, que les chances étaient minimes.
L’écran n ° 7 discutait de la médiocrité des soins de santé pour la population, en particulier la population vieillissante. Un commentaire en ruban soulevait la question de la pertinence de la formation du personnel infirmier et recommendait aux patients de s’assurer de leur réel investissement dans leur bien-être.
L’écran n ° 9 quant à lui documentait à grand renfort d’images criantes l’épuisement des ressources minérales et l’appel urgent à une action politique mondiale.
Eustache se dégagea de la selle et des pédales dans l’étroit espace entre les machines et se dirigea aussi vite que sa masse le lui permettait vers le comptoir:
«Madame, je souhaiterais me plaindre à la direction de la piètre qualité des divertissements dans ce club de sport. De plus, la décoration laisse à désirer. Si vous voulez mon avis, je mettrais un petit guéridon dans l’entrée, là. Mais il fait si sombre qu’on ne le remarquerait même pas, il faudrait l’appeler Guéridombre. Mais venons en au fait : ces émissions télévisées ne font rien pour stimuler mon désir patriotique de contribuer ma précieuse énergie au gouvernement. Pour ce faire, il me faudrait quelque chose de plus… » Il leva la tête du visage de la fille perplexe et pointa son oreille vers un son qui semblait provenir de derrière un mur. Des cris stridents et des exclamations féminines enthousiastes se faisaient entendre à quelques secondes d’intervalle. “Comme ça.”
La jeune fille fit de son mieux pour « écouter le client », comme le lui avait répété la direction. « Le client est roi ! le contredire ou l’interrompre est tabou ! » Elle n’avait pas envie de faire une taboulette dès sa première semaine d’essai.
«C’est la classe de spinning que vous entendez. Vous pouvez jeter un coup d’œil et voir si ça vous plait. »
Laissant son monceau de frites sur le comptoir, il leva ses pieds lourds en direction de la porte. Derrière, il fut déçu d’apercevoir une foule de vélos stationnaires montés par une douzaine de femmes qui pompaient si fort qu’il pensa qu’elles auraient pu fournir en électricité la moitié du pays. Leur professeur leur proférait périodiquement des cris d’encouragement de son propre vélo qui leur faisait face.
Il ferma rapidement la porte et retourna à son coca géant. Tout cela demandait un rafraîchissement. Il en oublia ses frites.
Son écran de télévision diffusait maintenant une émission sur une éventuelle invasion extraterrestre et la manière dont l’intelligence artificielle devait être formée et conçue pour faire face à une rencontre imminente. Le sujet retint son attention suffisamment longtemps pour qu’il compléte quelques cycles, jusqu’à ce qu’il remarque la jeune fille en train de passer l’aspirateur.
“Je pense avoir rempli mon devoir”, se dit-il en sortant un mouchoir qui avait dû être blanc. Il épongea son visage et son cou avec de grands gestes destinés à attirer l’attention de la fille aspirante.
«On dirait que vous fermez les lieux, mademoiselle. Ah, si nous faisions tous comme moi, notre pays serait en bien meilleure forme! Merci pour votre patriotisme !» Revenant vers le comptoir, il salua la fille et se retourna pour partir.
Une bonne chose de faite.

LA FIN!

Ma contribution à l’Agenda Ironique de Septembre chez Différence propre. Il s’agissait d’aborder, dans l’actualité, les révélations qui surviennent au moment même où les conséquences de ce qui est révélé sont inévitables ! Il y avait aussi deux mots imposés : guéridon et tabou, en leur adjoignant des antonymes sous forme de  mot valise, ou portmanteau en anglais. Un de ces néologismes devait rimer avec « triomphe », si possible. Malheureusement, c’était impossible. Enfin le texte devait être truculent. J’ai fait de mon mieux.

* * *

HUMAN POWER GENERATOR or Eustache goes to the gym

A large neon yellow poster pasted on the fitness club door announced: “As an alternative power source, stationary bikes, treadmills and elliptical trainers will be connected from 5 to 7pm, this week, to the general turbine which powers the town.”
Eustache McLaughlin puffed into the dark grey room which lacked aeration and betrayed a serious lack of oxygen.
Inside, the gym club looked as it had in the past years, dark grey walls, dark grey floor, dark grey exercise machines that filled the room. But Eustache didn’t know this since it was his first time inside.
He showed the young girl behind the counter a draft registration card stained with grease from the hamburger he was still holding in this hand. “I received this in the mail,” he said. “I am an honest man and I will not betray my country even if I would rather be doing something else, let it be clear.”
The card had been sent to all the town’s inhabitant in an effort to counteract the shortage of power they had been experiencing in the past year.
The girl with red hair and a large pale face looked up the obese man dressed in a green sweat-shirt of uncertain cleanliness and grey jogging pants that had seen better days.
“You choose” she said, stamping the card and showing him the machine.
Ten rows of treadmills and elliptical trainers were aligned in font of ten TV screens, numbered from 1 to 10. A few men and women were already busy working out. Eustache glanced at the machines and attempted to calculate which one would require the least amount of energy, and then considered that his choice might be better based on the TV program facing it.
“Would you mind greatly if I put my sustenance here? “he asked a man next to him, pointing to the floor. “I brought some provisions as I don’t want to have a fainting spell caused by inanition.”
The bag let out a powerful smell of fried food and greasy burgers. The man pointed out to his earbuds and kept on pumping his legs on the stair climber. Eustache huffed and put one of his sneakered feet on the footrest of an elliptical trainer, placed his half-eaten burger on top of the cup holder and remembered the drink. “I will be back shortly” he addressed the man who was visibly more engaged with what he was watching on the screen than his neighbor’s shenanigans.
He shuffled his huge feet back with a bucket full of Coca Cola, took a gargantuan slur , belched, and put down the large container behind the equipment. Staring at the counter, he moved his feet up and then down with effort until a screen asked him his weight. 215lb is what he remembered from his doctor’s visit a few months ago. “Do we agree you are overweight, sir?” The man had said. “Could I get you interested in our nutrition class on Thursday evenings every week?” “Thank you for your concern, but I would rather go home and take a nap at that time. I don’t want to risk my death or catch some debilitating disease due to malnourishment.” They had let things at that.
He entered the number. Now was the time to get serious and step on the energy machine to fulfil his citizen’s duty. While moving his foot down, he grasped the hamburger to fuel this first steps, and looked up the TV screen.
A newsman was commenting on pictures that alternated between cattle in various angles and stages of dustiness and someone frying steak in a pan. Eustache wasn’t wearing earbuds but read the commentary tape running below the presenter: “…environmental effects associated with meat production: pollution through fossil fuel usage, animal methane, effluent waste, water and land consumption.” While Eustache chewed his burger, his gaze shifted to the right of the screen which showed the weather-forecast for the day, a brilliant sun. The program was then interrupted by a commercial for a dinner special at a local restaurant. A detached hand was sautéing shrimp in an artistic and titillating slow-mo, followed by a hazy scene of a gold-tone dinner table loaded with plates and dishes, which culminated in another invisible hand splashing melted butter on a variety of lobster and shrimps.
Eustache’s feet reached at that point a pleasant speed that resembled the slo-mo of the seafood scene. His burger finished, he climbed down to reach for the portion of fries in the bag at his feet. The container somewhat fit into the large plastic cup holder.
Next program was about vaccines and the theories of their effects on infants. This signaled Eustache that the time had come to change equipment and to find another one more adapted to his disposition. A reclining bike allowed him to comfortably arrange the container of fries on his right and the bucket of soda on his left. On TV screen #8, as he could see without hearing, a debate was going on between the proponents of an asteroid impact on earth and scientists who could prove, on the opposite, that the chances were minimal.
Screen #7 discussed the weakness of primary health care for the population, especially the aging population – a running tape was raising the issue of the adequacy of training of nurses, and how patients should make sure they were invested in their wellbeing.
Screen #9 was documenting with many screaming pictures the mineral resources exhaustions and the urgent call for political action worldwide.
Eustache disengaged himself from the saddle and the pedals in the narrow space between the recumbent bikes and shot as fast as his bulk permitted directly to the counter:
“Madam, I would like to complain to the direction about the poor quality of entertainment in this sports club. These TV programs don’t do anything to spur my patriotic desire to contribute my precious energy to the government. To do so, I would need something more…” He lifted his head from the face of the confused girl and pointed his ear toward a sounds that seemed to come from behind a wall. A women’s shrill shrieks and exclamations came out at a few seconds intervals. “Like this.”
“That’s the spinning class you’re hearing. You can take a look and see if you like it.”
Leaving his half-eaten bucket of fries on the counter, he lifted his heavy feet in direction of the door. Peeping through, he was disappointed to witness a slew of stationary bikes mounted by a dozen of women pumping so hard he thought they might have provided electricity for half of the country. Their teacher was periodically proffering cries of encouragement from her own bike at the front.
He quickly closed the door and shuffled back to his giant coke. All of this demanded a refreshment.
The TV screen now aired a program about a possible extra-terrestrial invasion and how Artificial Intelligence was being trained and designed to face a potential imminent encounter. The topic held his interest long enough for him to go through a few cycles until he noticed the attendant vacuuming the floor.
“I think I fulfilled my duty,” he declared to himself and took out of his pocket a handkerchief that might have once been white. He sponged his face and neck with gestures destined to catch the attention of the vacuuming girl.
“It looks like you are closing the premises. I wish we all did like I did, we would be in a much better shape! Thank you for your patriotism.” Walking back to the counter, he saluted the girl behind him and turned around to leave. A good thing well done.

unknown person playing guitar

Photo by Kyle Loftus on Pexels.com

 

TRANSFORMATION (Eng. puis Fr)

TRANSFORMATION
What strange DNA mutation transformed
The coloring selection made in-utero
Which became visible so slowly in the first months
Me gleefully expectant – blond or brown?
Along the weeks and months
To finally see baby hair tufts
Yellow troll-doll hair!

Tonight as she comes down the stairs
In the later half of her 15th year
She’s a deep shade of Burgundy
Some color!
And it happened so suddenly

I hear her friend named Steve did it
(Some mad Irish leprechaun)
It happened right there in front of the sink!
She says proudly : “Look, no stain!” she insists
I look for spots of blood on the floor
Where the deed was done, but none.

Does love go with the color of the hair?
I don’t recognize my offspring
Not in my genetics
And what were they thinking?
Did they go for Madam Mim or the Little Mermaid?
And it’s not even Halloween

As I drop her off at school
She glances at me with one eye
Defiant with eyeliner, checking me
Her skin paler in contrast
Her face round like a baby’s still
She rearranges her earbuds

I am just puzzled
Why would you want to defy nature?
And turn the color of a fisherman’s net
She was caught in a powerful wave

Love you!“ – She steps out of the car
Other girls walk to the school door.
I hope to see something similar on them
But today she’s the only one
To have caught the disease – my malaise.

She’s so proud of her first step toward emancipation
Adulthood, self-sufficiency
What can I say?
I don’t recognize my young

P.S.: How long does it take for the curse to undo itself?
I envision a darker future
Then try to take out of my mind
The thought of the upkeep
The striped regrowth in the months to come.

* * *

TRANSFORMATION
Quelle mutation d’ADN a-t’elle transformé
La précise sélection faite in utero
Qui a pris si longtemps à se révéler
J’ai attendu avec tant d’allégresse- blonde ou brune?
Pour voir enfin des cheveux de bébé
Une touffe jaune de poupée Troll!

Ce soir, elle descend l’escalier
Dans la deuxième moitié de sa quinzième année
Les cheveux une nouvelle et vive nuance
de Bordeaux
J’apprends que son ami Steve l’a aidée
Ca s’est passé juste devant l’évier!
Dit-elle fièrement : «Regarde, pas de tache!»
Je cherche des trace de sang sur le sol
Là où l’intervention a eu lieu, mais en vain

Qu’en est-il de l’amour et de la couleur des cheveux?
Je ne reconnais pas ma progéniture
Et quel style avaient-ils visé ?
Madame Mim ou la Petite Sirène?
Et ce n’est même pas Halloween

Quand je la dépose à l’école
Elle me lance un coup d’œil
Défiant souligné d’eye-liner
Sa peau est plus pâle en contraste
Son visage encore rond comme celui d’un bébé
Elle réarrange ses écouteurs

Je suis juste laissée perplexe
Par les tribulations de l’adolescence
Pourquoi vouloir défier la nature
Et porter la couleur d’un filet de pêcheur
Elle a été prise dans une puissante vague

“Love you!” – Elle sort de la voiture
D’autres filles se dirigent vers la porte de l’école
J’espère voir quelque chose de semblable sur elles
Mais aujourd’hui, elle est la seule
A avoir attrapé cette maladie – mon malaise.

Elle est si fière de ce pas vers l’émancipation,
L’âge adulte, l’autosuffisance !
Que puis-je dire?
Aujourd’hui je ne reconnais pas mon petit.

ODE AU PAIN AU CHOCOLAT

Pain au chocolat

ODE AU PAIN AU CHOCOLAT

Oh! Pain au chocolat!
Que je ne me permets pas souvent
Mais que je me suis promis à la fin d’un jeûne forcé
Prescrit en vue d’une cruelle procédure médicale
Jour de faim, long comme un jour sans pain
Tu seras, demain, ma première nourriture.

Oh, pain au chocolat!
Je parle de ton tendre feuilletage
Et de ton centre doux-amer

Et dans mes pensées défaillantes défilent

Le petit joufflu, généreux au chocolat corsé
Dans son petit sac en papier aux bords tortillonnés
Acheté à la boulangerie au coin
Et avalé sur le chemin de l’école
Accompagné, les jours de chance, d’un serpent en guimauve
Cerclé d’une bague en toc

Celui plus gros et plus robuste, que ma grand-mère
Ramenait le matin de ses courses au village
Sa texture solide, résistante à la mastication
Chair qu’on prenait le temps de tirer en lambeaux, jusqu’au centre fondant

Je rêve du géant pure-beurre, acheté tiède et décadent
Au comptoir de la Brioche dorée pendant le carnaval de Nantes
Au chocolat fondu, soyeux, qui tâche les doigts et les vêtements
Avalé sous les confettis et les boulettes de sarbacanes

Je revois les pains au chocolat rustiques
Des bretonnes à Plougastel,
Commères en coiffe attablées au café, l’après-midi

Je pense au pain au chocolat qu’on achète le dimanche matin
A Paris, trop tôt pour les humains
Mais pas pour les pigeons de la Place Clichy
Qui volent autour pour récolter les miettes

Car demain j’aurai bien mérité leur traduction américaine
Chocolate Croissant un peu trop sucré, mais valable succédané
Que je mangerai au soleil, en regardant les voitures
Tourner autour du rond-point.

Oh Chocolate croissant qui a traversé l’atlantique
Depuis peu suivi de ton cousin breton,
Le Kouign aman qui fait fureur.

Et le soir, pour diner, je commanderai
du Kung Pao Chicken.

Embouteillage romain / Roman slowdown

Rome beach

L’aéroport de Fiumicino disparaissait au loin. La chemise de Douglas Bell collait au siège en cuir de sa voiture de location. Il chercha le bouton de la radio sur le tableau de bord et vit que l’écran de température indiquait 30 degrés Celsius. Après une nuit passée coincé dans le siège d’un Boeing traversant plusieurs fuseaux horaires, il ne se sentait pas du tout préparé au soleil brûlant de l’Italie. Il n’était pas encore 7 heures du matin à New York. Une main sur le volant, il chercha la bouteille d’eau dans le sac de cabine posé sur siège passager.
Le trafic s’arrêta à peu près à ce moment. C’était son premier voyage à Rome et il n’avait encore rien vu de l’Italie, à part l’aéroport et l’agence de location de voitures. La radio lançait de la musique pop italienne à travers le puissant système audio de la voiture et lui a offrait son premier dépaysement. Sinon, sous le soleil, toutes les routes étaient les mêmes.
Le voyage allait prendre du temps. Mieux valait se détendre et s’y habituer. Il trouva et alluma le bouton de la climatisation et ferma sa fenêtre. Il tourna celui de la radio à la recherche d’une chaîne de musique classique et s’arrêta sur un ensemble de musique chambre qu’il reconnut après quelques secondes comme étant le quatuor à cordes en ré mineur de Mozart. Un vieux favori.
L’île mystérieuse. Voilà comment Gloria appelait la maison de vacances italienne sur l’île de Ponzi où elle passait ses étés. Elle avait un faible pour Jules Verne. En attendant, il devait y avoir eu un accident. Les voitures ne bougeaient plus. Son téléphone, qui s’était adapté au nouveau pays, indiquait un retard de deux heures.
Gloria ne répondait pas à ses appels. C’était bien elle, elle ne s’embarrassait jamais de son téléphone. Elle était probablement sur la plage.
Douglas accorda plus d’attention au dernier mouvement du Quartet… Bon sang… ça lui rappelait Nicole, sa première femme – c’était il y a quelque temps … la façon dont elle passait la meilleure partie de la journée dans les clubs de fitness, essayant toujours d’augmenter ses heures de télévision – en quête de meilleurs producteurs, de nouveaux enregistrements de sessions sur cassette VHS (c’était l’époque). Il devait toujours lui demander de se calmer, d’arrêter de sauter de gauche à droite, d’avant en arrière, à tout moment. Son enthousiasme était contagieux mais elle le stressait. Si elle avait fait quelque chose de bien, c’était de l’avoir initié à la boxe. Ce qui lui avait permis de faire bon usage de son agressivité et de le maintenir en relativement bonne forme.
Gants de boxe dans la valise. Il vérifia mentalement.
Le bagage dans le coffre rassemblait toutes ses affaires. Au moins ses biens matériels. C’était un minimaliste. Le reste de ses biens était détenus dans divers comptes bancaires sur au moins deux continents, ce qui lui donnait une certaine liberté.
Il revit les cheveux blond lin de sa première femme sur l’oreiller le matin, avant qu’elle ne se lève pour s’enfuir dans ses Spandex, ses yeux bleus, son sourire à pleines dents. Que devenait-elle?
Les voitures devant avaient à peine bougé. Il entendait un faible écho des klaxons d’impatience dehors, sous la chaleur étouffante. Il éteint le moteur lorsque le deuxième mouvement du quartet de Mozart pris le relais.
Et puis il avait rencontré Ella, une autre blonde, mais pas de naissance. Il n’avait jamais vu sa couleur de naissance. Ella était le contraire de Nicole. Mais aussi le contraire du naturel. Personne ne l’aurait vue en Spandex. Ella était une adepte du luxe et il souriait en pensant à sa seconde femme prenant des selfies après le coiffeur, après la manucure, le pédicure, la visite chez le bijoutier, la séance de bronzage artificiel sur tout le corps. Elle se faisait faire les cils, les sourcils. Tout était fait et rien n’était laissé à la nature. Elle collectionnait les services comme on ramasse des coquillages sur la plage. Et puis, elle avait commencé à se faire injecter du collagène dans le cou pour contrer ce qu’elle percevait comme la naissance d’un double menton. Lui ne voyait rien. D’ailleurs il n’avait rien vu venir. Elle était passée au Botox alors qu’elle n’avait pas même trente ans. Elle ne voulait pas d’enfants. Elle avait été très claire sur le sujet dès le début. Alors ils avaient adopté des chiens. Cinq Chihuahuas qui avaient partagé leur vie pendant les cinq années de leur mariage. C’était cet amour des choses matérielles qui l’avait fasciné et pour lequel il l’aimait. Cela lui donnait un sentiment de sécurité dans un monde d’insécurité. Les couples se formaient parce que les partenaires étaient directement opposés ou parce qu’ils étaient jumeaux. Dans leur cas, ils étaient diamétralement opposés. Et cela avait été le dénouement de leur histoire. Elle l’avait quitté pour son chirurgien esthétique. Tout ce qu’il avait gardé d’elle, c’était une pelote de laine à tricoter jaune qu’elle avait laissée derrière elle, bien qu’il ne l’ait jamais vue tricoter.
Douglas pouvait voir le soleil baisser légèrement dans le ciel. Les voitures devant lui avaient parcouru quelques mètres mais pas assez pour lui offrir un changement de paysage.
Il tourna à nouveau le bouton de la radio et reconnu la chanson, Una Storia Importante, Eros Ramazzoti. Une chanson digne de Bethany. Bethany qui l’avait charmé avec sa voix douce, ses yeux brun foncé, ses longs cheveux brillants et sa grâce générale. Pas de Spandex ni de Botox pour elle. Il pensait qu’il allait passer le reste de sa vie avec elle. Pourquoi cette histoire n’avait pas fait long feu, c’était difficile à comprendre. C’était juste arrivé, subtilement. Ils avaient été si heureux ensemble : il rentrait à la maison après le travail et ils jouaient au Scrabble sur la table de leur cuisine. Peut-être qu’il s’est habitué à son sourire. Il n’avait pas fait d’efforts. Peut-être que le déménagement était la vraie raison. Elle appartenait à la Géorgie, pas au Nouveau-Mexique où il l’avait déracinée. La pauvre fille s’était défaite et avait flétri comme une violette. Ses parents l’avaient facilement persuadée de rentrer chez eux.
Il s’était débarrassé du jeu de scrabble avec les autres vestiges de leur vie commune, sauf un carré, la lettre Y.
Il la conservait avec la pelote de laine et la clé à molette dans un sac Ziploc, coincé dans un coin de sa valise entre son sac de toilette et une paire de chaussettes. La valise n’avait pas été retenue à la douane, un mystére, mais les employés de la douane avaient peut-être d’autres chats à fouetter.
La clé à molette – pendant qu’il y était, il pouvait continuer la revue de sa vie amoureuse et passer directement au dernier article du sac: la clé d’Augusta. Augusta, forte comme l’acier, des fessiers d’acier, un moral d’acier. Fille avec laquelle il s’était impliqué au rebond de la fragile Bethany. Augusta était une maison de brique. Elle habitait un appartement réaménagé dans un complexe industriel avec des poutres en métal et des écrous partout, et l’avait décoré avec des reproductions modernes d’Andy Warhol et de vieilles bandes dessinées. Lorsque les boulons de l’appartement venaient à se desserer, ce qui se produisait assez souvent, elle sortait sa clé à molette.
La circulation commençait à bouger. L’aiguille de la jauge d’essence était descendue dangereusement bas à cause de la climatisation. Il ne voulait pas tomber en panne et rester coincé toute la nuit. Gloria l’attendait. Gloria… il voulait la voir les pieds nus sur le sable, courant sur la plage le matin, ses longs cheveux flottants.
Il devait épuiser les dernières pensées d’Augusta avant de pouvoir penser à la fille qui allait être la dernière. La bonne. À cinquante ans, il était prêt à s’installer, peut-être avoir un enfant. Un. Un jour ou l’autre. Augusta, c’était fini. Augusta avait disparu dans un accident d’avion au-dessus de l’océan, ou c’est ce qu’il se racontait.
Au bout de la route, Gloria. Son île mystérieuse – le continent inconnu, le territoire inconnu. Cela plus le fait qu’elle vivait sur une île. Il avait un cadeau pour elle, enveloppé dans un paquet blanc avec un ruban d’argent frisé. Il espérait que ça lui plairait. Un harmonica d’argent.

LA FIN

Un échantillon de mes talents inventifs comme participation à l’Agenda Ironique d’Aout proposé ce mois-ci sur le blog de Bastramu. Suivi de la version originale en anglais.

* * *

Fiumicino airport was vanishing in the distance. Douglas Bell’s shirt was sticking to the leather seat of the rental car. He searched for the radio button on the unfamiliar dashboard and saw the temperature screen showing 30 degrees Celsius. Following a night cramped in the seat of a Boeing cutting through several time zones he felt grossly unprepared for the blazing Italian noon sun. It was not yet 7 am in New York. One hand on the wheel, he fumbled for a bottle of water in the cabin bag on the passenger seat.
That’s about when the traffic stopped. It was his first trip to Rome and he hadn’t seen much of Italy yet apart from the airport and the car rental place. The radio started pouring Italian pop music through the car’s powerful sound system and provided him with his first taste of foreign culture. Otherwise, under the sun all roads were the same.
The trip was going to take some time. Better relax and get used to it. He found and turned on the A/C button and rolled up the window. He dialed the radio to a Classical music channel and landed on a chamber music piece he recognized after a few moments to be Mozart’s string quartet in D minor. An old favorite.
The Mysterious Island. That’s what Gloria called the Italian vacation home on the island of Ponzi where she spent her summers. She loved Jules Verne. In the meantime, there must have been an accident. Cars had not been moving for the last five minutes. The navigation app on his phone, which had adjusted itself to the new country showed a two-hour delay.
Gloria didn’t answer his calls. Oh well, she never carried her phone with her. And she was probably on the beach.
Douglas paid more attention to the Quartet’s last movement…Jeez… it reminded him of Nicole, his first wife – that was a while back – the way she spent the best part of the day in fitness clubs, always trying to get more TV air-time, better producers, for more VHS workouts. He always had to ask her to calm down, to please stop jumping up and down and back and forth at all time. Her enthusiasm was infectious but it stressed him out. If she had done something good, it was to turn him on to boxing. Which allowed him to make good use of his aggressiveness and kept him in relatively good shape.
He made a mental check – gloves in suitcase.
The baggage in the trunk were gathered all his belongings. At least his material belongings. He was a minimalist. The rest of his possessions was in the form of various bank accounts spread across at least two continents, which gave him a certain amount of freedom.
He pictured his first wife’s flax blond hair on the pillow in the morning, before she got up to run away in her spandex, her blue eyes, her toothy smile. What was going on with her now?
The cars in front had moved a tiny bit. He could scarcely hear echoes of the frustrated honking going on outside in the stifling heat. He turned off the engine as the second movement of the Mozart took over.
And then he had met Ella, another blond, but not by birth. He had never seen her birth color. Ella was the opposite of Nicole. But also the opposite of natural. You would never catch her in spandex. Ella was a luxury addict and he smiled just thinking of his second wife taking selfies of herself after the hairdresser, after the manicure, the pedicure, the visit to the jeweler, the all-body spray-tan session. She had her lashes done, her eyebrows done. Everything done and nothing left to nature. She collected services as one collects sea-shells on the beach. And then she had started collagen injections in her neck to counter what she perceived as a nascent double chin. He had not seen anything. He had not seen anything coming. Then it had been Botox, and she was not even thirty. She didn’t want any children. Of that she had been pretty clear from the beginning. So they had adopted dogs. Five Shihuahuas who had shared their lives for the five years of their marriage. It was her unapologetic material crassness that had fascinated him and endeared her to him. It gave him a sense of security in a world of insecurities. People got together because they were direct opposite or because they were twins. In their case, they were diametrically opposed. And this had been the unravelling of their story. She had left him for her cosmetic surgeon. All he had kept from her was a ball of yellow knitting yarn she had left behind, although he had never seen her knitting.
Douglas could see the sun lowering slightly in the sky. The cars in front of him had moved a few meters but not enough to offer him much of a change of scenery.
He turned the radio dial again and a song he actually knew was playing. Una Storia Importante, Eros Ramazzoti. That was a song fit for Bethany. Bethany who had charmed him with her soft voice, her deep brown eyes and her general grace. No spandex or Botox for her. He thought he was going to spend the rest of his life with her. How her story had fizzled, it was hard to decipher. It had just happened, so subtly. They had been so happy together: he would come home after work and they would play Scrabble on their kitchen table. Maybe he became used to her smile. Complacent. Maybe the move is what had done it. She belonged in Georgia, not in New Mexico where he had uprooted her. The poor girl had faded and withered like a violet. Her parents had come and easily persuaded her to move back home. He had thrown away the game of scrabble with the other remnants of their life together, save for a letter Y.
He kept it with the ball of yarn and the wrench in a Ziploc bag, stuck in a corner of his suitcase between his toiletry bag and a pair of socks. How the suitcase had not been retained at the customs was a mystery but maybe they had other fish to fry.
While he was at it, he continued his love-life review and jumped directly to the last item in the baggy: Augusta’s wrench. Augusta, strong as steel, buns of steel, hard-wired and tough-as-nails girl he had spent his time with on the rebound from fragile Bethany. Augusta was a brick house. She had decorated her apartment, in a remodeled industrial complex with metal beams and nuts and bolts everywhere with modern Andy Warhol reprints and blow-up prints of old comics. When the bolts throughout the apartment came loose, which happened surprisingly often, she used a wrench to tighten them.
Traffic was starting to move. The needle on the gas gauge was leaning dangerously down because of the gas used to keep the interior cool. He didn’t want to run out of gas and stay stranded overnight. Gloria was waiting. Gloria… he wanted to see her running on the beach in the morning, her bare feet in the sand, her long hair floating.
He had to exhaust the last thoughts of Augusta before he could think of the girl who was going to be the last one. The good one. At fifty he was ready to settle down, maybe have a child. One. Down the road, as they said. Augusta was over. Augusta had disappeared in a plane crash over the ocean, or that’s what he had told himself.
Down the road, Gloria. She was his Mysterious Island – the undiscovered continent, the uncharted territory. That and the fact that she lived on an island. He had a gift for her, wrapped up in a white package with a curly silver ribbon. He hoped she would like it. A silver harmonica.

TOURTE BOURBONNAISE (Fr. and En.)

Recipe book

LA TOURTE BOURBONNAISE

Je pensais faire une salade de quinoa
Quelque chose de léger et de saison
Et j’ai sorti des étagères un vieux classeur bien rembourré
Que je n’avais pas ouvert depuis des années
(manque de temps, emploi de bureau)
Qui contenait les recettes recueillies au fil des ans

Au fil des pages je suis tombée sur une
« Tarte bourbonnaise » en six étapes photos
Où sur une croûte épaisse des mains habiles déposent
D’épaisses rondelles de pommes de terre
Pour les recouvrir ensuite d’une autre couche tout aussi épaisse
Et je me suis rappelé comme cette recette m’avait fait rêver
Dans mes jeunes années
Comme j’avais fantasmé sur sa beauté, ses possibles délices
Mais de loin – car je n’ai jamais osé la faire
Cette tourte trop lourde. Je savais bien par avance et par expérience
Que la croute brûlerait, que les pommes de terre ne cuiraient pas
Sous cette cuirasse impossible.
Et que le truc du petit tuyau de papier, dans lequel on versait
De la crème, (cerise pour le gâteau)
Ne ferait rien pour remédier à la sècheresse de la brique
Et j’ai eu comme une lourdeur sur l’estomac rien que d’y penser
Que de beaux souvenirs

J’ai trouvé “Daube de porc” Pour 8 ou 10 personnes
Qu’une amie m’avait faxée, du temps des fax
« Plat unique très facile » m’avait dit cette amie
J’avais été intriguée par le porc nageant dans la bière
Je l’avais préparée une fois, puis après oubliée
Mais comment me séparer de cette amie, de cet échange
De cet épisode de ma vie quand nous avions toutes les deux
Trente ans, grimpant l’escalier de pierre avec nos bébés du même âge
Pour rejoindre le parc plus haut, jouant à la maman

J’ai trouvé la recette des « Meatballs »
Et je me revois si clairement
Dans la cuisine de mes beaux-parents d’alors
Remplissant mes devoirs de jeune mère de famille
Apprenant les fondations de la cuisine américaine
Me préparant aux années qui suivraient
Mais je ne présente pas bien le soleil dans cette cuisine
La chaleur de cette famille, le bonheur de cuisiner
Toutes ces années de mère qui me semblent si loin
Mais qui me ressemblaient
La façon de prononcer « meat-e-ball » à l’italienne
Avec les mains, pour rire

J’ai trouvé « Gratin de courgettes au jambon »
Doublée d’un « Poulet épicé sur lit de couscous »
La seconde gratifiée d’un « Bon » au stylo dans la marge
Qui prouve que j’ai dû faire la recette, il y a des années
Et des kilomètres.
Ou étais-je quand j’ai déchiré la page du magazine ?
Dans la cuisine ensoleillée de Brookline,
Eblouie par la photo du chic plat blanc,
Par l’éparpillement stylé des miettes
M’essayant au style de vie d’une jeune femme dans le vent.
Comme la recette me parait aujourd’hui naïve
Avec sa couche de chapelure sur des épinards filandreux

J’ai trouvé une recette de « Délice au citron »
Que j’ai toujours gardée pour le jour propice
Photo de journal si ancienne que j’en ai perdu l’origine
J’aime le titre, et la forme, et je le sens d’ici
Ce gâteau si léger et vaporeux
Si subtilement parfumé
Et si rapidement avalé
Que l’effort n’en vaudrait pas la peine

J’ai trouvé une recette de « Cake Maison -Coat »
Que ma mère m’avait donnée
En m’assurant que des amis communs la lui avait donnée
Je l’ai gardée seulement pour les souvenirs
De ses cakes à elle, si lourds, si beurrés
Des mercredis après-midi de mon enfance
Entre les émissions débiles à la télé, et la cuisine

Et plus loin la recette de « Pepparkakor Cookies »
Et la journée passée dans la cuisine
Dans mon ancien chez moi
A recréer un Noël Suédois
Pour un projet d’école de ma fille
De dix ans, mes doutes à la voir manier
Une pâte si dure et si fine
Mais les choses avaient bien tourné
Dans la cuisine de notre maison d’alors
Et j’avais gardé la recette

J’ai trouvé des recettes retranscrites à la main
Par ma mère à ma demande (documents quasi-historiques)
Des plats qu’elle cuisinait quand nous étions enfants
Mais plus maintenant – me disait-elle déjà
– Et j’ai du mal à la croire
Je trouve dans son écriture son intonation
Je ne les fais pas non-plus, ces recettes
Parce que mon présent n’est pas notre passé
Et que même si j’essayais, je sais que ce serait en vain

J’ai finalement trouvé la recette que je cherchais
Elle se trouvait au tout début
Et j’ai refermé le livre des recettes pêle-mêles
Recettes utopiques, recettes improbables
Tranches de ma vie enfermées dans le classeur
Dans ma cuisine d’aujourd’hui.

Si vous êtes comme moi vous collectionnez des recettes que vous ne ferez jamais, ou des recettes si mauvaises que vous devez tout jeter, des recettes qui reflétaient une certaine faim de l’époque mais qui vous semblent lourdes et indigestes maintenant. Je voulais écrire sur le sujet et j’ai vu que ce qui ressortait était le fil conducteur de la famille, en particulier le lien mère-fille à travers les générations, la transmission de la nourriture et du rôle maternel. Les recettes, parmi beaucoup d’autres, n’étaient pas dans l’ordre chronologique et j’ai hésité à les réorganiser dans le poème, mais j’ai décidé de conserver le désordre du classeur.

* * *

TOURTE BOURBONNAISE
I thought I’d make a quinoa salad
Something light and seasonal
I pulled out of the shelves the overstuffed binder
That I have not opened for years
(lack of time, office job)
That contained recipes collected over the years

Along the pages I came across a recipe for
“Tourte Bourbonnaise ” in six pictured steps
On which skillful hands lay
Thick slices of potatoes on a thick crust
Then cover them with an equally thick layer
And I remembered how this recipe made me dream
In my younger years
How I had fantasized about its beauty, its possible delights
But from afar – because I never dared to make
This too heavy pastry. I knew very well and from experience
That the crust would burn, and the potatoes would not cook
Under this unlikely armor
And that the paper pipe trick, in which you trickled
Cream (cherry on top!)
Would not do much to ease this brick’s dryness
And my stomach became heavy just thinking about it
Such great personal memories

I found “Pork stew” for 8 or 10 people
That a friend had faxed me, in the days of faxes
“One dish-very easy!” this friend had told me
I had been intrigued by this pork drowned in beer
And prepared it once, then forgot about it
But how could I part from this friend, from this exchange
From this episode of my life, when we were both thirty,
Climbing paved stairs with our babies of the same age
To the park up the hill, playing mom

I found my “Meatballs” recipe
And I saw myself so clearly
In my in-laws’ kitchen back then
Performing my duty as a young mother
Learning the basics of American cooking
Preparing for the years that would follow
But I should also describe the sunlight in that kitchen
The warmth of that family, the happiness of cooking
All those mothering years that seem so far away
But that resembled me
How to pronounce “meat-e-ball” like an Italian
With the hands

I found “Zucchini gratin with ham”
Doubled with a “Spicy chicken on a bed of couscous”
The second gratified with a handwritten “good” in the margin
Which proves that I had made the recipe, years ago
And kilometers away
Where was I when I tore up the magazine page?
In the sunny kitchen in Brookline,
Dazzled by the photo of the chic white dish,
By the stylish scattering of crumbs
Trying on the lifestyle of a young trendy woman –
How naïve does the recipe seems to me today
With its layer of breadcrumbs on stringy spinach

I found a recipe for “Lemon Delight”
That I have always kept for The day
Magazine page so old that I lost its origin
I liked the title, and the shape, and I can smell it
This cake so light and vaporous
So subtly fragrant
And so quickly eaten
That the effort of making it would not be worth it

I found a recipe for “Cake House -Coat”
That my mother gave me
Assuring me that mutual friends had given it to her
I kept it only for the memories
Of her cakes, so heavy, so buttery
Of childhood Wednesday afternoons
Between stupid TV shows, and the kitchen

And later the recipe of “Pepparkakor Cookies”
And the day spent in the kitchen
Of my old home
Recreating a Swedish Christmas
For my then ten-year-old daughter’s school project
My doubts at seeing her handle
A dough so hard and so fine
But things had turned out well
In the kitchen of our house then

I found recipes handwritten
By my mother at my request (quasi-historical documents)
Things she cooked when we were kids
But not anymore – she said to me
– And it is hard for me to believe
I hear her intonation in the lines
I have not made these recipes
Because my present is not our past
And even if I tried, I know it would be in vain.

I finally found the recipe I was looking for
It lay at the very beginning
And I closed the book of pell-mell recipes
Utopian recipes, improbable dreams
And slices of my life locked in the binder
In my kitchen today.

I first thought I was writing about the hilarious way I collect recipes I would never make, or recipes so bad I had to throw everything away, the recipes that reflected a hunger at the time but seem so heavy and indigestible now. And I saw that what came to the fore was the family thread, especially mother-daughter connection throughout the generations, the transmission of nourishment, as well as nurturing. The recipes were not in chronological order and I hesitated to rearrange them that way in the poem, but I decided to keep the disorder in the book.