Deux poèmes pour le prix d’un ! En français d’abord puis un autre en anglais. Lequel préférez-vous ?
LES PICKPOCKETS EN FRANCE
Cours de français de 18 h 30 au centre d’éducation pour adultes. Genoux et pieds d’âge mûr sagement aligné sous les bureaux en stratifié et tubes d’acier gravés des initiales et de l’ennui de collégiens.
À un moment donné, après la leçon sur l’imparfait, mes élèves grisonnantes se tournent l’une vers l’autre et échangent des regards complices ; l’une d’elles lève la main, et dans son meilleur français demande : « Peut-on parler des pickpockets ? »
« Des pickpockets ? » bégayé-je, perdant le mien. Je pense au jardin paisible de mes parents, les ciels ouverts de ma terre natale, le soleil sur les vagues de la rade de Lorient, un goéland fondant sur une patelle.
Faisant fi de l’enseignante stupéfaite, elles passent à l’anglais et hochent la tête, Évoquant les manœuvres récentes et sournoises -dignes d’Oliver Twist, des malfrats et partageant des conseils sur les nouveaux sacs résistants aux coups de cutter.
J’avais oublié leur point de vue de touristes, côtoyant l’ennemi en pays étranger où elles pratiquent la langue avec peine et traînent leurs sacs bananes au milieu de la foule dans les catacombes ou au pied de la tour Eiffel.
LES PICK-POCKETS
It’s the 6 :30 pm French class at the Adult Education center. Mature knees and feet lined up under the laminate and tubular steel desks carved with initials and boredom of middle-school kids
At some point after the Imparfait lesson my white-hair pupils turn to each other and exchange excited glances. One raises her hand : On peut parler des pick-pockets?
Pickpockets? I stutter, losing my French My France is my parents’ serene garden the open skies of my homeland the sun on the waves in la Rade de Lorient I picture a seagull swooping down to a limpet
Bypassing the stunned teacher they blurt out in English and nod to each other exposing the latest-known, treacherous Oliver Twist-like maneuvers and sharing advice on new slash-proof bags.
I forgot that as tourists they rub elbows with crafty thieves work hard to practice the language and trudge with their fanny packs in the catacombs or the crowds beneath the Eiffel Tower.
Photo #1 : Photo by Mathias Reding on Pexels.com Photo #2 : Photo by David Levinson on Pexels.com
Le matin, avec son appli, Allan nous promène de radio classique en radio classique : New York, Chicago, Seattle. À sept heures, là-bas, il fait encore nuit. Sur KING, ils passent Calm by Classical — « Sominex, » pour rire.
J’ai travaillé jadis dans une petite usine du New Hampshire où j’entendais les employées discuter des derniers somnifères sur le marché, comparant efficacité et effets secondaires.
Dans ma tête, j’entendais Mon père ne dort plus sans prendre ses calmants ma mère ne travaille plus, sans ses excitants, quelqu’un leur vend, de quoi tenir le coup !
J’ai peut-être eu beaucoup de chance d’avoir entendu le message de Jean Louis Aubert dans ma jeunesse ainsi qu’un cycle circadien irréprochable.
Dans ma série « chansons française,» ce petit dernier.
En rentrant de ma promenade du soir autour du bloc, j’ai vu entre deux bâtiments un espace dans lequel j’ai cru voir la cour de récréation de l’école publique Lamoricière, et son ombre sous les marronniers.
Les marrons, qu’à l’automne on roulait dans nos poches ; qu’on faisait reluire, qu’on comparait : le plus lisse, le plus brillant, le plus lourd. Parfois, on en faisait une monnaie d’échange pour des trésors, des billes. Ils étaient magnifiques.
Mais soudain je réalise que le fond sonore de ce souvenir, c’est une chanson : Les amis, je dois m’en aller Je n’ai plus qu’à jeter mes clés Car elle m’attend depuis que je suis né L’Amérique […]
L’Amérique, de Joe Dassin, est sortie en 1970, donc à quatre ans je chantonnais dans la cour de récréation : L’Amérique, je veux l’avoir, et je l’aurai
Moi aussi, je voulais bien la voir, l’Amérique ; mais si j’avais su, à l’époque, que j’y passerais la majeure partie de ma vie, j’aurais été sidérée. Qui peut me dire si c’est une simple coïncidence ?
J’allume mon ordinateur, et l’écran m’informe que “ma sélection” de programmes a été déplacée ailleurs — les plateformes battent des cils, elles jouent à cache-cache avec moi.
Moi, je n’ai rien demandé Netflix, Prime, Hulu et les autres… Une avalanche s’est mise en route sans moi.
Impuissante je ne sais pas quoi faire à part esquiver et faire semblant de n’avoir pas vu l’appel ; essayer d’oublier le piège à clics.
Je me sens vaguement coupable pour tous ceux qui tournent ces films : acteurs, scénaristes, producteurs, marketing, qui se multiplient constamment, si déterminés, essayant si fort de produire plus encore pour que je m’assoie et que je regarde.
Tout ce qu’ils demandent c’est moi sur un canapé consommant du contenu 24/7, sans arrêt, pour toujours : D’abord avec les yeux, puis par perfusion intraveineuse.
Et si je brisais l’économie en n’achetant rien ? Et si je faisais perdre son emploi à quelqu’un, provoquant une famille audio-visuelle de sans-abris ?
Je me souviens du téléviseur quand j’étais enfant, Nounours, La Piste aux étoiles, Zorro — puis L’Âge heureux, La Demoiselle d’Avignon, en noir et blanc.
Même si je cédais et passais mes nuits à binger, il me faudrait plusieurs vies pour commencer à faire une brèche dans la quantité de ce qui est généré. Quel gâchis, et je me sens si petite, si insignifiante face à cette nouvelle galaxie.
Au restaurant où elle travaille on m’a installée dans un coin tout au fond, comme pour me donner un peu d’intimité ou cacher ma vue sur la cuisine, au bout du bar sans savoir que c’est ma propre fille qui me fait une omelette.
D’abord il y avait Little old me Puis j’ai rencontré son père Et me voilà, des siècles plus tard, à attendre une omelette pendant qu’elle fait valser les casseroles et les poêles dans ses petites mains.
J’ai commandé une omelette parce qu’elle m’a dit que c’est ce qu’elle réussit le mieux et ce qui lui donne le plus le sentiment de réussite.
Je n’ose pas me lever pour aller aux toilettes Au cas où je reviendrais, et que l’omelette serait là et que j’aurais manqué quelque chose.
Un jour mon père avait noté qu’alors qu’il prenait de l’âge des souvenirs enfouis remontaient à la surface d’eux même : un prof, une salle de classe…
Je confirme. Depuis quelques jours je revois la salle de CE1 l’air y est clair, la prof met sur un tourne-disque une chanson, la mélodie et les paroles dans le cahier sur nos bureaux Il s’agissait d’un vieil homme et les mots « qui revient d’où nous allons… » le reste m’échappe encore, et à Google aussi.
Il m’avait frappé à l’époque ce vieil homme qui revenait d’où nous allions avec sa canne, ses rhumatismes, ses souvenirs Alors que nous avions nos goûters dans nos cartables en partant à sa rencontre.
L’autre jour ma mère m’a joué un bon tour Dans sa carte elle m’a rappelé une chanson Qu’à peu près au même âge je trouvais hilarante : Tino Rossi interprétant La vie commence à soixante ans… Le vieux chanteur avec son petit brin de voix fluette, ses petits mouvements d’écureuil
Et ben voilà, j’y suis, il n’y a pas de quoi rire. C’est moi, la vieille dame, qui revient d’où nous allions nous, les gamins de mon enfance c’est-à-dire il n’y a pas si longtemps
Sans avoir encore la canne, ni les rhumatismes je ris jaune Sûrement, j’ai encore un petit bout de chemin à faire ?
Pas moyens de retrouver cette chanson de l’école. Dommage. Sinon, mon anniversaire est passé depuis quelques mois, mais le borne reste présente. L’illustration est pure AI, selon mes instructions.
Un coup de génie ils avaient eu Mr et Mme Hevoil en nommant leur fils Emile un peu chelou tout de même et tristement prédestiné
Je repense à lui parfois sur un voilier, au sud ou au nord de l’Asie fuyant après un dernier braquage avec son copain Tacatac, Jo pour les intimes
tous deux avec leurs rouflaquettes, et dans leurs mallettes, des cravates et des vestons à col rayé ou à pois
Des autres suspects j’ai oublié les noms Je suis presque certaine que Pat Hibulaire ne faisait pas partie du gang Après vérification dans les fichiers d’Enigmako je vois que Raf Letout est parti dans la bande à Picsou après le casse
que Klaus Traufob s’est laissé bêtement enfermer dans un coffre-fort qu’il triturait alors avec Jim Gachett
Yvan Skivoll quant à lui s’est échappé avec un sac plein de « blé » et le noir dessein de blanchir la camelote quelque part dans sa Russie natale
Emile et Jo, eux, ont fait bande à part sillonnant les océans dans une folle équipée Sous les étoiles.
Si personne ne s’en souvient, mon frere, lui, devrait!
En francais d’abord, puis l’original en anglais ensuite :
L’été dernier, j’ai essayé de conserver des pommes de terre à la cave. Il y faisait plus frais que dans ma cuisine, et ça libérait de la place dans mon frigo, où, j’ai appris depuis, qu’il ne faut pas garder ses pommes de terre de toute façon.
Et puis, je les ai complètement oubliées.
Hier, je suis retournée à la cave pour une autre raison, et je m’en suis vaguement souvenue. Une légère odeur, une sorte d’énergie, a réveillé ma mémoire. J’ai soulevé un papier et j’ai vu une excroissance aussi épaisse que mon index, et deux fois plus longue, qui s’échappait du carton dans lequel j’avais placé les tubercules. Il y avait trois pommes de terre Russet dans ce carton, in six-pack de bière, chacune dans son compartiment. Deux montraient de petits bourgeons blancs de diverse longueur, mais une d’elles avait pratiquement développé une ramification partant d’une jointure verte et écailleuse, semblable à du bois, et finissant par de fines vrilles vertes presque feuillues. J’étais consternée.
Comment pouvait-on avoir des yeux et ne rien voir ? Comment pouvait-on s’acharner à pousser dans le noir complet, alors qu’il n’y avait manifestement ni terre, ni eau fraîche, ni soleil à l’horizon ? Comment pouvait-on être aussi aveugle ?
Il n’y avait qu’une fenêtre au-dessus, d’où sourdait une faible lumière, qu’elle avait dû percevoir sous la feuille de papier kraft.
Quel espoir cruel avait poussé cette pomme de terre à chercher un avenir inexistant ? Quel instinct de vie en elle se battait avec acharnement contre tout espoir ? Et surtout, quelle leçon devais-je en tirer ?
J’ai pensé à Viktor Frankl, « L’Homme en quête de sens ». Ma pomme de terre, dans son camp de concentration, ne perdait pas espoir, mais se donnait un sens.
J’ai eu pitié de ses efforts vains. J’aurais voulu lui parler, me rattraper, donner un sens à cette germination.
Mais j’ai pris mon pack de six bières et je l’ai jeté à la poubelle. Je n’allais pas cultiver de pommes de terre de mon vivant. J’avais vu « Seul sur Mars », avec Ben Affleck qui tentait désespérément de survivre en cultivant des pommes de terre. Je n’étais pas à ce point désespérée. Mais cela m’a rappelé la résilience des tubercules, la force vitale qui ne s’éteint jamais. C’était presque réconfortant de penser à la puissance de l’élan vital.
Où allons-nous en tant qu’espèce ? Quel est le sens de tout cela, de l’évolution de notre humanité, des dinosaures aux Néandertaliens, puis aux hommes industriels, aux aventuriers de l’espace et enfin aux développeurs d’intelligence artificielle ?
Ma mère, bientôt 88 ans, me vantait récemment les mérites de son nouvel ami, Gemini, comme ils conversaient. J’ai pensé que c’était une bonne occasion d’essayer aussi :
Pourquoi une pomme de terre pousserait-elle dans une cave, et quel est le but de tout cela ?
Après une courte pause de réfection, Gemini m’a répondu sans ambages que c’était mauvais signe et que je ne devrais probablement pas manger cette pomme de terre. Puis m’a énuméré les fonctions d’une cave.
Tout d’abord, ce n’était pas une cave, mais un sous-sol. J’avais donc posé la mauvaise question. Et ensuite, je ne considérais plus cette pomme de terre comme un aliment. Point de vue erroné. Ma mère m’avait dit qu’il avait le sens de l’humour, mais je ne l’avais absolument pas perçu. C’était une réponse bêtement premier degré.
J’ai ensuite utilisé mon moteur de recherche habituel, Google, en reformulant légèrement ma question. J’ai appris que si les conditions étaient réunies, le tubercule était génétiquement programmé pour sortir de son état de dormance et se mettre à pousser.
Cela impliquait donc qu’il y avait suffisamment d’humidité et de lumière dans le sous-sol pour que le capteur de la pomme de terre se mette par erreur en mode croissance ? Quel gaspillage d’énergie ! Quelle mécanique vaine !
Vu sous cet angle, je me suis rendu compte que j’avais anthropomorphisé ma petite pomme de terre Russet, lui conférant une âme quasi humaine, au lieu de considérer un réglage purement automatique.
Le moteur de recherche m’a ensuite expliqué que le but de tout cela était la programmation pour la propagation.
Je n’étais pas impressionnée par les talents philosophiques ou poétiques du Robot.
Je n’arrivais toujours pas à me sortir de la tête l’image de cette pomme de terre, pleine d’espoir, tendant la main vers la lumière, vers la fenêtre. Je ne pouvais m’empêcher de voir Papillon cherchant à s’échapper d’un camp de travaux forcés en Guyane française… Et il y était parvenu !
Peut-être que ma pomme de terre parviendrait à passer de la benne à ordures à une décharge où elle trouverait une terre fertile et tiendrait sa promesse de devenir une magnifique plante ? Avec des feuilles vertes se balançant sous le soleil matinal et la rosée ?
Pourquoi certains d’entre nous ont-ils la chance de pousser dans la bonne terre, au bon endroit, au bon moment, et de devenir de belles plantes comme prévu, tandis que d’autres s’efforcent d’atteindre le soleil, alors qu’ils sont emprisonnés dans un pack de six bières Corona Light, dans le sous-sol d’une maison en plein centre-ville ?
Et moi au fait, où suis-je ? Au sous-sol ou dans un jardin ?
Peut-être qu’elle aurait pu avoir sa chance, ma patate. Mais peut-être que cela n’avait pas d’importance si elle mourait ainsi, dans une décharge, entre un matelas et un sac plastique. Peut-être que cette petite vie au sous-sol suffisait ?
J’ai finalement compris que je cherchais un sens à ma vie, tout comme l’ADN de la pomme de terre cherchait à grandir dans la faible lumière de cette fenêtre lointaine. J’étais programmée pour ça, et cela me voyait vivante. Nous étions cousines de cette façon et je lui fis mes adieux en pensée.
L’original en anglais ici pour mes lecteurs anglophones! :
Potato and Quest for Meaning
Last summer I tried to store potatoes in the basement of the house. Cooler than room temperature, and freeing space my fridge, where I learned, you were not supposed to store potatoes anyway. And then I completely forgot about them.
Yesterday, I visited said basement for unrelated reasons when I remembered I might have left something in there. A vague scent in the air, a kind of energy triggered my memory. I lifted the paper over a cardboard box and saw a twig as big as my index finger, and twice as long, jutting out of the 6-pack carton I had encased the tubers in. There were three baking Russet potatoes, each one in its compartment. Two had sprouted little white heads, some nubs little longer than others, but that one potato had developed a thick branch, extending from a green scaly wood-like junction to slender green almost leafy tendrils. I was dismayed.
How could you have eyes and not see? How can you try so hard to grow in the dark when there is obviously no soil or fresh water or sun in view? How can you be so blind? All there was was a window above with very dim light, that it must have detected from beneath a layer of craft paper.
What cruel hope prompted this potato to search for a future when there was none? What life impulse tried its darndest against all hope? And mostly, what lesson was I to learn from this?
I thought about Viktor Frankle, Man in search of meaning. My potato in its concentration camp not losing hope, but creating a meaning of itself. I felt sorry for its misconstrued efforts. I wanted to talk to it, make it up for it, make it worthwhile, this sprouting. but I took my loaded sixpack and dumped it in the trash. I wasn’t about to grow potatoes in this lifetime. I had seen Martian, with Ben Affleck frantically trying to survive by growing potatoes on Mars. I wasn’t that desperate. But it did remind me of the resilience of the tubers, the force of life that doesn’t give up. It was mildly comforting to think about how strong the life impulse of life was.
where are we going as a species? What was the meaning of all this, our humanity developing from dinosaurs to neanderthals to industrial people to rocket-launching adventurers to artificial intelligence developers ? My mom soon 88, was extolling to me the virtues of her new friend Gemini. I thought it was a good opportunity to try too: Why would a potato grow in a root cellar, and what I the purpose of this?
Gemini didn’t take long to think. It told me point blank that it was a bad sign and that I probably shouldn’t eat that potato. And then it proceeded to list the purpose of a root cellar.
First of all, it wasn’t a root cellar but a basement, so I had asked the wrong question. And second of all I wasn’t considering that potato as food anymore. Erroneous point of view. My mom had told me It had a sense of humor, but I didn’t detect that at all. It was a first degree answer.
I asked my usual Google search engine and rephrased slightly. I learned that if it senses the right conditions, the tuber was genetically programmed to get out of its “dormant” state and grow. So this implied there was enough humidity, enough light in the basement for the potato sensor to be tricked into growth mode? How stupid the waste of energy, how mechanically useless! Seen from that angle, I could see I had anthropomorphized my little Russet potato into a near-human soul instead of considering a purely automatic setting.
Then the engine went on to tell me that the purpose of this was the programming to propagate.
I was not impressed by the philosophical or poetic talents of the Robot.
I still couldn’t keep off my mind the sight of this blindly hopeful potato reaching out to the light, to the window. I couldn’t help seeing it as Papillon looking for its escape from labor camp in French Guiana …. And he succeeded! Maybe the potato would make it from the dumpster to a landfill where it would find a rich soil where it would fulfill its promise of growing into a beautiful potato plant? With green leaves swaying in the morning sunlight and the dew? Why do some of us get a chance to grow into the right soil, in the right place at the right time, and grow into beautiful plants as intended, whereas others are trying so hard to reach out for the sun when ensconced in a Corona light six-pack in the basement of a house in the center of town? And where am I ? in the basement or in a garden?
Maybe it would get a chance. But maybe it didn’t matter if it just died like that in a landfill between a mattress and a plastic bag. Maybe that little life in the basement was enough?
I finally realized I was looking for meaning the same way the potato DNA was looking for growth in the light of that faraway dim window. I was programmed for it and it saw me alive. We were cousins that way and I waved it goodbye in my mind.
Illustration: pommes de terres glances sur le web. AI m’a proposé une illustration sur-mesure. Un bon essai, mais elle ne collait pas: le carton de bière n’avait rien a voir avec le mien, et l’excroissance non plus.
Après la lecture de Gibulène, difficile de résister à cette mission spéciale au sujet de Cabrel. Mais j’ai dû utiliser trois chansons au lieu d’une. La première de Cabrel : J’écoutais Sweet Baby James (2020), la seconde Killing me Softly, par Roberta Flack (1973), et la troisième Sweet Baby James, James Taylor (1970). Pardon aux non-anglophones.
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J’avais garé la voiture dans le parking de la ferme où j’achetais mes légumes. Sur le système audio, le dernier album de Cabrel que je venais de télécharger. Comme j’avais un peu de temps, et que le soleil se couchait sur le champ, je suis restée écouter la chanson suivante en regardant le buffalo dans sa cabane en bois :
C’était loin en Décembre, je me souviens encore Du désordre étudié dans le fond de ta chambre De la neige dehors qu’on regardait descendre Et de nos cœurs surtout qui tourbillonnaient fort (1)
Et mes yeux ont commencé à s’embuer… he was… Killing me softly with his song Singing my life with his words Killing me softly with his song Telling my whole life with his words Killing me softly with his song (2)
Parce qu’il parlait de mes vingt ans… I heard he sang a good song, I heard he had a style And so, I came to see him and listen for a while And there he was this young boy, a stranger to my eyes (2)
Ça ne fait peut-être pas de sens pour vous Cabrel parlait de l’étudiant américain que j’avais rencontré dans ma jeunesse qui grattait sa guitare dans un dortoir universitaire
Je me souviens toujours de tes longs cheveux noirs Des longueurs du couloir quand j’ai quitté la chambre De la neige-miroir dans le froid de décembre Et de l’étrange voix qui avait changé l’histoire (1)
S’il n’avait pas les cheveux noirs, ce garçon venait du Massachusetts, dont parlait James Taylor, dont Cabrel parlait J’avais dans la tête la même image :
Now the first of December was covered with snow Yes and so was the turnpike from Stockbridge to Boston Now the Berkshires seem dreamlike on account of that frosting With ten miles behind me and ten thousand more to go (3)
Tous ces noms et ces paysages m’étaient si familiers Et du chemin, on en avait fait – mariés pendant plus de vingt ans. Je connaissais très bien ce voyage :
There’s a song that they sing when they take to the highway A song that they sing when they take to the sea A song that they sing of their home in the sky Maybe you can believe it, if it helps you to sleep But singing seemed to work fine for me (3)
(Cabrel) sang as if he knew me In all my dark despair And then he looked right through me As if I wasn’t there And he just kept on singin’ Singin’ clear and strong (2)
Mais c’était bien loin tout ça, une vie antérieure, qu’il venait rappeler à ma mémoire en musique et en images. D’où lui venaient ces souvenirs, je n’en saurai rien. Il avait peut-être eu une vie parallèle à la mienne pour un court moment. Lui était revenu en France, moi pas.
Mais la neige avait fondu depuis longtemps, cette saison de ma vie était passée. Après la chanson, j’avais pris mes cabas plastifiés, fermé la voiture avec le bip. Dans ma tète fredonnait encore la berceuse…
So goodnight all you moonlight ladies Rockabye, sweet baby James Deep greens and blues for the colors I choose Won’t you let me go down in my dreams? Oh, and rockabye, oh, sweet baby James (3)
Mes toilettes ont une chasse d’eau fantôme (c’est le nom donné au phénomene par les experts aus US). La salle de bain est hantée par un esprit qui se manifeste toutes les 20 minutes environ par un bruit provenant du réservoir. Pas une chasse d’eau complète, attention, mais une petite chasse d’eau brève et discrète. Au début, c’était un soupir, puis un murmure, et maintenant un bruit plus distinct.
Et ce, après la réparation.
J’ai emménagé dans cet appartement il y a 13 ans, et les toilettes n’ont posé aucun problème pendant une décennie, à l’exception de chasses d’eau de plus en plus inefficaces et de remplissages intermittents du réservoir ces derniers mois.
Les plombiers sont venus, m’ont demandé l’âge des toilettes, sous-entendant qu’il s’agissait d’une simple usure, et m’ont proposé deux options : acheter des toilettes neuves pour 2 000 $, ou remplacer l’intérieur des toilettes existantes. J’ai évidemment choisi la deuxième option.
Le premier jour, nous nous sommes félicités et j’ai même fait une petite danse de joie. J’avais évité la dépense de 2 000 $ tout en recyclant une cuvette de toilettes en parfait état.
Puis, quelques jours plus tard, un léger soupir s’est fait entendre. J’ai retenu mon souffle. Mais en vain. Le soupir a persisté, puis a augmenté en fréquence et est maintenant devenu une présence sonore régulière dans l’appartement.
Il se mêle au bourdonnement du réfrigérateur. Un réfrigérateur flambant neuf qui m’a posé des problèmes dès le départ car il ne se réinitialisait pas après une coupure de courant, problème fréquent dans notre voisinage. Le compresseur a été remplacé, et le bruit s’est installé. Le bruit du réfrigérateur est une présence plus permanente que celle les toilettes. Il se trouve au centre de l’appartement, on pourrait donc l’assimiler au cœur de la maison. C’est un son régulier, attendu et plutôt apaisant.
Cependant, je ne supporte pas le bruit des toilettes. Mauvais feng shui. Cela me rappelle toutes les quinze minutes que je suis une propriétaire vulnérable, à la merci des imprévus domestiques et des entreprises de réparation. Mais même les plombiers n’ont rien pu faire contre ce fantôme.
Peut-être devrais-je faire appel à un exorciste ?
(Illustration glanée sur le web, mais proche de la réalité)