#28 – POÉME POUR LES DEFENSEURS DE LA LANGUE BRETONNE

POEME POUR LES DEFENSEURS DE LA LANGUE BRETONNE

Si on utilise Google Earth
Si on fait une descente pointée
Vers la terre au bout d’un pays
Au bord de l’océan atlantique
Un coin qui ressemble à un nez
On arrive, en décélérant, en Bretagne.

Partout dans le monde les gens
Lèvent le poing et se font entendre
Pour des causes diverses
En Bretagne certains se battront jusqu’au bout
Avec l’entêtement sacré des Bretons
Pour défendre leur identité.

Je suis née à Paris
De deux parents aux racines bretonnes
Que portons-nous dans notre ADN ?
Pour certaines races, c’est très visible
Une couleur de peau, une texture de cheveux
Des yeux bridés
Chez les bretons on observe
Quelque-chose de robuste et tenace
Comme le genêt qui pousse le long des
Côte rocheuses de l’Atlantique.

Vers vingt ans je suis partie
Pour devenir citoyenne de l’univers
Mais quand je retourne en Bretagne
Je sens mes racines se réveiller
Ces racines solides et puissantes, rouge sang.

Ça passe par les petits villages parfois désertés
Aux maisons de pierre trop basses pour nos tailles actuelles
Aux hortensias sur fond de ciel gris
Ça passe par l’odeur des crêpes de blé noir, du cidre fermier

Ça passe par la musique bretonne,
Une culture musicale si riche
Que ceux qui ne s’y sont jamais penchés en auraient le vertige.
J’ai grandi bercée par les chansons paillardes de La suite Armoricaine
Sur le disque d’Allan Stivell, sans en comprendre un mot,
Les noces bretonnes au biniou, et les belles chansons de Gilles Servat
La jument de Michao des Tri-Yann à l’école à Paris.
Mon père prenait des cours de breton : Kenavo, Piou eo ?
Je savais compter jusqu’à cinq. A six ans, je trouvais ça bien
Cette identité-étiquette à coller sur ma figure
Pour pouvoir être intéressante à la récré.

Il nous ramenait de ses cours
des Traou-Mad précieux en boîte
des crêpes dentelle couchées dans du papier doré
Mais la vraie Bretagne était chez les parents de ma mère
Dans le Morbihan, où nous allions pour les vacances.

Et pour ceux qui ne savent pas
Le Morbihan, le Finistère, les Côtes d’Armor, et l’Ille-et-Vilaine sont aussi
Disparates dans leurs particularités et leur identité
Que la Mauritanie, l’Ethiopie et le Congo en Afrique
Chacun tenant dur comme fer à leurs différences de dialecte
Leur prononciation, leurs variations dans le gâteau breton
Ou les crêpes.

Il y a les bretons pêcheurs et les bretons cultivateurs.
Mes grands-parents n’étaient plus ni l’un ni l’autre
Bien qu’ils habitassent plutôt près de la mer
Mais quand ma grand-mère sortait le bon beurre breton
Ou nous faisait ses crêpes de sarrasin, nous savions
Sans erreur où et qui nous étions.
Mon grand-père nous montrait les champs où poussait le blé noir
Le blé du pauvre.
Ma grand-mère parlait breton aux vieilles en coiffe.
Je grandissais un pied dans la culture Parisienne
Et l’autre dans la force crue de la Bretagne

A Paris, je me voulais bretonne, pour me différencier de l’uniformité
En Bretagne j’étais parisienne pour me démarquer de l’accent
Rustre qui me gênait,
Et de la rusticité de certaines choses primaires.
La musique même venait des viscères
Une veine au pouls battant si fort
De la vie animale qui primait.

En Bretagne il y avait les fest-noz
Les costumes et les jolies coiffes de dentelle.
Et puis il y avait un vent celtique
Je lisais et relisais les Contes et légendes de Bretagne
Qui parlaient des superstitions, des Korrigans et de l’Ankou
Et Le cheval D’orgueil, qui retraçait la vie d’une famille.
Mais ce n’était pas toujours beau, la Bretagne
Pas toujours reluisant – il y avait parfois la pauvreté
Et l’alcoolisme assez visible
La Bretagne c’était aussi certaines rues tristes
Du village de mes grands-parents
Sous le crachin et une sorte de désespoir tranquille.
Les vieilles chaumières de pierre n’étaient pas toujours restaurées
Ni décorées
La Bretagne à l’état brut était brute
Et si ça avait son charme un petit moment
J’avais hâte de rentrer à Paris
Ou à Nantes, plus tard
Dans des contrées plus civilisées.

Et puis les choses ont changé
Avec le temps, les enfants de la ferme
Où nous allions chercher du lait dans les bidons de fer
Les pieds en sabot de bois dans le purin et la boue
Sont « montés à Paris »
Ont fait de hautes études et tenu des postes à responsabilité.

Tout comme en Irlande, où le gaélique était enseigné dans les écoles
Ils ont ouvert des écoles bilingues pour leurs enfants
Bien longtemps après que le gouvernement
Les ont forcés à devenir français, standardisés, uniformisés
Ils prenaient leur revanche. Le breton revenait en beauté
Par la grande porte.

Et le tourisme s’est développé, et le monde entier raffole maintenant des crêpes
De blé noir et de froment, au bon beurre de Bretagne
Ils viennent en masse voir les peintures de Gauguin à Douarnenez
Aux concerts des Tri-Yann, de Dan Ar Braz
Ils affluent de tous les coins du monde pour le festival de musique Celtique
Ils achètent des cartes postales Mam’Goudig prouvant qu’ils étaient bien là
Parmi les phares breton, le far breton, avec leurs cirés jaunes dans le crachin
Ils ramènent chez eux des boîtes de galettes bretonnes, de caramels au beurre salé
Et la recette du Kouign-amann.

Alors si je n’ai pas les yeux bridés, et si ma peau est aussi blanche que n’importe quel caucasien
L’ADN ne trompe pas et vous dira que je suis bretonne pur beurre.
Tout le passé des bretons et leur présent, j’ai ça en moi.
Et je dédie ce poème aux défenseurs de la langue bretonne.

Poème #14 – LE TOURTEAU FROMAGER

Tourteau fromager

Je n’ai jamais goûté le tourteau fromager
Mais je sais qu’il m’attend sur une aire d’autoroute
Je l’y ai vu une fois et jamais oublié
Avec son toit brûlé faisant mine de croûte.

Je n’ai pas eu le temps de l’étudier de près
Mais je me souviens bien de ce curieux gâteau
Et de me demander combien de fois en fait
Je passais à côté de tels trésors locaux.

Ainsi ils sont semés sur les routes de France
Les bonbons, les gâteaux toutes ces spécialités
Régionales et locales pour ceux qui en partance
N’estiment pas leur chance et comme ils sont gâtés.

Et s’il ne me restait que quelques jours à vivre
Je prendrais ma voiture et sur les autoroutes
De France je partirais afin de découvrir
Tout ça sans y laisser la moindre petite croûte.

 

*

 

En France, on peut conduire pendant une ou deux heures seulement, et on a un gros dépaysement. Ah, le plaisir de s’arrêter dans les aires de repos des autoroutes. Le plaisir de descendre et de voir les spécialités locales à chaque petite ville.

 

Poème #16: PRIERE POUR ALLER AU PURGATOIRE DANS UNE PETITE LIBRAIRIE D’OCCASION

PRIERE POUR ALLER AU PURGATOIRE DANS UNE PETITE LIBRAIRIE D’OCCASION

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, j’ai
Une simple requête, et tout serait complet
Trouvez-moi s’il vous plait dans un recoin en ville
Une petite librairie d’occasion bien tranquille
Avec un chat perché sur des rayons en bois
Et une solide échelle allant de haut en bas.
Laissez-moi s’il vous plait passer au purgatoire
Et enfin étudier, avant qu’il soit trop tard
Ces auteurs jamais lus et dont j’entends parler
Dont le nom en Français m’est souvent familier
Ces auteurs que je n’ai pris le temps d’écouter
Et qui avaient pour moi couché sur du papier
Leurs voix et leurs vies riches dans ma langue natale
Leurs printemps leurs étés, leurs luttes hivernales.
Par un destin étrange trop tôt j’ai dû partir
Et j’ai tourné le dos mais non sans repentir
A tous ces bons amis qui étaient de la fête
Il est temps à présent de chausser mes lunettes.

Dans l’air poussiéreux et les pages cornées,
Des vieux livres de poche aux couleurs fanées
Je resterais longtemps, mais vous seriez patient
Je lirais Léautaud, Fallet et puis Sagan.
Et quand j’aurais tout lu dans cette librairie
Je fermerais enfin le livre de ma vie
Je dirais Je suis prête, j’ai bien vécu assez
et encore à apprendre, je ne peux continuer.
Je serais bonne alors à vous joindre là-haut
Avec toutes les âmes de votre grand troupeau,
Sinon je reviendrais hanter ces lieux discrets
Faire sursauter le chat et grincer le parquet.

* * *

Dans les petites librairies d’occasion en France, il y a toujours un exemplaire de Bonjour Tristesse de Francoise Sagan sur le présentoir devant la porte ou en vitrine.  Je n’ai jamais vu une librairie d’occasion sans ce titre, que je n’ ai jamais lu d’ailleurs. Il y a aussi tous les auteurs oubliés, enfin de moi, qui ai dû me détourner du français pour étudier la littérature anglophone très tôt. C’est-à-dire dès mon entrée à l’université à dix-huit ans.
Il me faut rattraper le temps perdu, dans cette librairie. Combien en ai-je lus, de ces livres ? Pas beaucoup : Voyage au bout de la nuit, certains autres incontournables.
Dans une telle librairie, je passerai rapidement sur certains rayons (BD, jeunesse, policiers, récits de voyage, science-fiction, théâtre, psychanalyse, cuisine…) Encore plus rapidement sur la Critique et histoire littéraires, Ethnologie-Anthropologie, Histoire, Féminismes & genre, Latin-Grec, Linguistique, Littérature médiévale, Science politique, Sociologie, mais je passerais le plus clair de mon temps sur les rayons qui restent, et vous l’avez deviné: Littérature française, Poésie, Philosophie, et Psychologie.  Il y aurait des San Antonio bien sûr, avec des brûlures de cigarette peut-être, et des livres Gallimard avec leurs belles couvertures qui font rêver à ce qui peut leur avoir valu cet honneur.

*

ane-2

L’autre jour, Allan m’a envoyé un poème de Francis Jammes.
Le nom de l’auteur m’était vaguement familier, très vaguement, et j’essayais, entre les lignes, de rafraichir ma mémoire, mais non, je ne l’avais jamais lu. Et c’était une vraie joie:

PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES
Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : ” Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles.”
Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

– Francis Jammes

Je me suis complètement retrouvée dans toutes ces lignes. Surtout l’image des petits pieds se joignant d’une façon bien douce. Just like me : Goody two-shoes.

Et puis les images très visuelles : le troupeau d’ânes, et leurs petites différentiations très précises – ce qu’ils portent : des plumeaux, des bidons ! ces objets ridicules et absurdes. Quelle vie !
Et la tendresse avec laquelle il regarde leur obéissance résignée de victime impuissante.
Et les petits pantalons !

Alors heureusement qu’à la fin ils auront droit à autre chose : pas sûr qu’ils apprécient les «ruisseaux touffus où tremblent des cerises lisses comme la chair qui rit des jeunes filles…», ça, ce serait plutôt la récompense du berger. Mais une autre sorte d’amour éternel, sans aucun doute.

Et puis l’inspiration m’est venue pour le #16, sur les petites librairies. J’ai pensé en faire une prière, comme celle de Francis Jammes.

#18 – LE CINEMA FRANÇAIS

Ce qui me manque, ce n’est peut-être pas la France, mais Ma France. Celle de mon expérience personnelle, une France idéale.
Je me suis installée aux US.
S’installer, ça veut dire chercher du travail, avoir des enfants, les élever, puis continuer à travailler, à vivre au rythme des saisons, s’imbiber de la culture, des mœurs, de l’environnement, des medias locaux. Je suis revenue en France souvent, presque chaque annnée. Et à chaque fois j’ai noté un changement, à chaque fois je me sentais un peu plus éloignée, étrangère – petit à petit il y avait des mots nouveaux, des expressions. Moi qui avais grandi avec la langue familière de mon époque, je n’arrivais pas a me faire à « grave, meuf, teuf » Je n’arrivais pas à rattraper ce qui se passait en musique, en livres.
Puis il y a eu l’internet. Ces vingt dernières années j’ai pu me tenir au courant plus facilement, garder contact avec ma famille. De plus en plus je peux mettre un pied dans la culture française : regarder des films, acheter et télécharger des albums, garder contact sur Facebook, retrouver des connaissances perdues, visiter la FNAC, faire du shopping à la Redoute.
Aujourd’hui je peux regarder des films français instantanément sur Netflix, Amazon, ou YouTube.

Et quand je fais des projets de vacances en France, je me rends compte que ce n’est pas vraiment que j’aie envie d’aller voir le lac d’Annecy, mais plutôt de visiter le lac d’Annecy dans Le Genou de Claire, d’Eric Rohmer. Je ne veux pas voir le lac d’Annecy comme il est maintenant, mais comme il est dans le film.
Bien sûr, je n’empièterais pas sur l’histoire, je côtoierais les personnages en me faisant invisible. Mais j’aurais tout loisir de m’asseoir sur un banc ou une chaise longue et de me contempler la mode de l’époque, les robes, les coiffures. Il y aurait les journaux, les nouvelles, les chansons de l’époque à la radio.
J’aimerais visiter la France des films de Rohmer : vivre quelques jours dans la villa de La Collectioneuse, en Provence. Je me vois tout à fait dans une des chambres, ou sur la terrasse en pierre, avant d’aller faire un tour en ville. Sinon, le vignoble en Ardèche, de Conte d’Automne.

En fait, il n’y a qu’avoir une idée et y penser un peu pour qu’elle se réalise un jour. Quelqu’un n’a-t-il pas rêvé des avions, du micro-onde, de l’internet, du téléphone-appareil-photo-email-texting-music-player-instantané et international? Pourquoi pas des visites en films ?

J’achèterais des tickets pour le Paris des films de Truffaut. Je m’immiscerais dans des scènes de Baisers Volés, de l’Amour en Fuite. J’irais faire coucou à Pierre Richard dans Le grand blond avec une chaussure noire ; j’irais visiter le Paris des films de Belmondo.
Je me gondolerais dans la France des comédies avec Louis de Funès. On entendrait bien-sûr  les thèmes principaux de la bande-son de temps en temps.

Il suffirait de choisir un film, d’acheter un ticket, et de se faire télé-transporter pour quelques jours, quelques semaines.

Je crois que je tiens une super-idée.

Poème #1 : LA DOUCEUR ANGEVINE

Je ne vous avais pas dit dans quel ordre j’allais aller. Alors aujourd’hui la surprise, c’est que c’est le #1 ! Dans quel ordre ? d’importance ? alphabétique ? chronologique ? Rien de cela. Juste l’ordre abstrait et arbitraire de mes pensées.
Je pense souvent à la douceur de l’air en France, pays tempéré, surtout après les durs mois d’hiver en Nouvelle Angleterre.
Je repense aussi quelquefois au saut en parachute que j’ai fait en tandem un soir d’été.

 

LA DOUCEUR ANGEVINE

L’herbe est plus verte de l’autre côté,
L’air y est plus doux

Qu’est-ce que la douceur Angevine ?
C’est quand les anges descendent
Comme en parachute
A travers la chantilly tiède
De l’air du soir tombant
A travers les couchers de soleil
Avec les champs en carrés dorés
En bas autour d’Angers
Et qu’ils vous touchent en passant
De leurs ailes marshmallow
Et vous croyez que c’est la brise
Mais ces caresses tempérées
Ce sont leurs voiles de coton qui flottent.

Oh j’ai voulu m’évader
Briser le moule de ce cocon
Tenter ma chance et respirer
L’herbe est toujours plus verte de l’autre côté.

Et j’ai trouvé les extrêmes,
Emmitouflée, la peau brulée
Cabin-fever et air conditionné
Ah je les avais bien cherchés
Et maintenant je vois clairement :
L’air est plus doux
L’herbe est plus verte de l’autre côté.

(voir Joachim du Bellay, Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage (tiré des Regrets – 1558)

 

 

Liste #21 – LISTE POETICO-ANTHROPOLOGIQUE D’ODEURS ET PARFUMS

Comme Colette nous parlait des lilas en bouton, mon esprit a continué sur cette lancée. Et mon esprit, comme le vôtre peut-être, aime catégoriser, trier, analyser, triturer. Je partage avec vous ces listes non-exhaustives. Parce que oui, certaines odeurs sont typiquement françaises, d’autres typiquement américaines, et d’autres m’ont surprises parce qu’elles étaient pratiquement identiques.

ODEURS TYPIQUEMENT FRANÇAISES :
Odeurs de cigarette dans la rue, les restaurants, les cafés
Odeurs des rôtisseries dans les rues le matin
Odeurs de boulangeries, le pain frais,
La Brioche Dorée et les relents de viennoiseries chaudes soufflés dans la rue
Les odeurs des pharmacies : camphre, menthol ?
Les bibliothèques, le plastique utilisé pour couvrir les livres, les pages usées comme savonnées
L’odeur des librairies-papeteries qui vendent des journaux, des livres et des fournitures scolaires : odeur d’encre
Les cafés, les odeurs de café et vapeurs d’alcool
Les gens qui passent et portent du parfum
Odeur des gens qui ne mettent pas de déodorant
Odeurs de supermarchés, les différents rayons
Odeurs de marchés en plein air : les melons, les fraises, les fromages, la paella

* * *

ODEURS ETONNAMMENT SIMILAIRES SUR LES DEUX CONTINENTS :
Odeurs de la mer, l’embrun les jours de gros temps, la vase à marée basse,
Les odeurs d’iode et de goémon
Le cirage, le chocolat, le poisson, l’eau de javel
Le muguet, les jacinthes, les lilas en bouton ou en fleur, les roses
Le miel
Les douces odeurs d’évaporation des lacs les jours de chaleur
Odeur chez les marchands de pneus de voiture
Odeur des aiguilles de pin chauffées par le soleil
Odeur de chez un cordonnier (si on en trouve encore un)

* * *

ODEURS TYPIQUEMENT AMERICAINES :
Quand on entre dans un Wal-mart
Le parfum de chez Abercrombie & Fitch (prenez un masque à gaz et une torche à l’entrée)
Odeur puissante du café dans un Starbucks
Skin-So-Soft anti-moustique
La cannelle
Les nourritures frites : poisson, poulet, fruits de mer, et « fried dough .»

Pharmacie

Voyage #29 – A BORD DU TGV

TGV

Ah, c’est bien trop sombre, tout ce que j’écris, récemment. Il est temps de s’aérer un peu, de regarder les choses autrement. Un petit voyage en train nous ferait du bien.

Je voudrais parler des voyages en train en France.
Il ne s’agit pas de la destination.
Il y a un passage dans une œuvre de Colette, La vagabonde, où elle décrit un voyage en train, et elle voit finalement des mimosas par la fenêtre.
Ah, les mimosas !

Mimosa

 

Mais je me suis complètement trompée! elle parlait de lilas en bouton, ce parfum amer du lilas avant la fleur, qui mêle la térébenthine et l’amande

 

LILAS-EN-BOUTONS-2

Oh, allez, un petit coup de Colette :
La tête me tourne un peu, depuis Avignon. Les pays de brume ont fondu là-bas, derrière les rideaux de cyprès que le mistral penche. Le soyeux bruissement des longs roseaux est entré, ce jour-là, par la glace baissée du wagon, en même temps qu’une odeur de miel, de sapin, de bourgeon vernis, de lilas en bouton, ce parfum amer du lilas avant la fleur, qui mêle la térébenthine et l’amande. L’ombre des cerisiers est violette sur la terre rougeâtre, qui déjà se fendille de soif. Sur les routes blanches que le train coupe ou longe, une poussière crayeuse roule en tourbillons bas et poudre les buissons…Le murmure d’une fièvre agréable bourdonne sans cesse à mes oreilles, comme celui d’un essaim lointain…

Mais nous, nous sommes dans un TGV où nous venons juste de poser nos bagages. Très important, de poser ses bagages, littéralement et figurativement, le temps du trajet.
Dans le train on est en transition, un no-man’s land. Les pensées peuvent courir et on n’a rien à faire de spécial.

Il y en a des trains, aux Etats Unis, alors qu’est-ce qui me manque ? Il faut savoir que ce n’est pas du tout la même chose. Les trains Américains n’ont jamais fait l’objet d’innovation, parce que la société est surtout et toujours basée sur les transports en voiture individuelle. C’est assez rare de prendre le train, aux USA.

Donc je pense parfois aux cabines bien feutrées des TGV, aux banquettes habillées de textiles précieux de créateurs. Je vois de l’orange, du gris. Des cabines boudoirs.

Et la suffocation qu’on connait quand on entre par mégarde dans une cabine fumeur, puanteur épaisse des rejets de poumons malades infiltrant les textiles teintés de couleurs maintenant deux fois plus sombres.

Mais sortons vite de ce compartiment nauséabond, où les pauvres français croyaient profiter d’un privilège.

Donc nous sommes confortablement installés sur une banquette anatomiquement étudiée, devant une tablette dépliante.
Ou bien dans le couloir, accoudé au rebord de la fenêtre.

On se laisse bercer par le rythme rapide de la voiture sur les rails, qui oscille plus ou moins. Et de temps à autre, on sursaute à la collision sonore avec un autre train, qui semble passer en coup de vent, justement, avec un bref coup de corne accompagnateur. Un petit choc assourdi qui nous bloque les oreilles momentanément.
Puis retour au paysage qui passe à vitesse rapide pour qu’on n’aie pas trop le temps de s’ennuyer.

Sinon, on peut toujours tanguer de wagon en wagon vers le wagon restaurant. On décoince porte après porte dans une explosion feutrée puis on atteint l’Eldorado. On achète des trucs qu’on n’achèterait pas normalement et on les ramène en essayant de ne rien renverser ni de se blottir par accident dans les bras d’un autre passager se tenant innocemment dans le couloir.

On peut passer beaucoup de temps, dans le train, si on va du nord au sud, ou de Paris à la Bretagne, trajet qui m’est plus familier.
Voilà ce dont j’ai envie : être bercée dans ce no-man’s land entre deux destinations, deux épisodes de ma vie, débarrassée des bagages, libérée des demandes. Avec des vacances au bout, peut-être. Des vacances comme dans La Collectioneuse, d’Eric Rohmer, que je viens de voir. Ahhh !
Je sais que j’avais dit que je ne parlais pas de la destination, mais comme nous en approchons…

Poème #26: RAP DE LA DLF*

 

Ceux qui font des commentaires
Sur YouTube
Moi je leur mettrais 0/20
En orthographe
Et en grammaire
Par exemple je leur dirais
On ne dit pas C mais C’est
Autres exemples :
« Et lui WOW, il en voulais !!! »
« J’ai toujours aimer cet homme.
(en parlant de Balavoine)

Il faut le faire !
C’est même extrême
Est-ce que c’est par défi ?
C’est tout de même recherché
Il y a de la créativité !

Môa, Monsieur, j’ai appris à écrire
Au porte-plume Sergent Major
Avec un buvard
L’ écriture puis la grammaire
Les phrases et le vocabulaire.

Mais je ne suis pas pète-sec
Je voudrais juste un français correct

Il leur faudrait faire un boot-camp
Avec plume et encrier
A faire des pleins et les déliés
Elles sont parties, I-E-S !
Toutes ces lettres cachées dans la langue parlée
Et que l’on n’entend pas.
Ils s’étaient perdus !

Et pas le droit d’écrire au stylo à bille !

Je me revois en CM2
Le prof faisant les cents pas
Nous calculant fébrilement les accords
Sur le papier.
La course contre la montre

Moi qui n’ai jamais parlé un langage très châtié
J’avais appris les règles
Avant de les transgresser

Les défenseurs de la langue Française.
Dénoncent la dérive du tout-anglais
Les anglicismes, Ils n’ont pas tort.
Mais si c’était seulement l’anglais !

Oh je n’ai rien contre l’anglais
J’ai fait des études d’anglais
Je le maitrise
Et après près de trente ans à parler anglais
J’ai toujours gardé mon accent.

Je n’ai pas dit adieu à la langue française
Je ne suis pas une traitresse
Je suis partie pour insidieusement infiltrer
Les pays étrangers,
Pour propager notre langue
Et il m’a fallu pour ça
Oui, apprendre l’autre, celle de Shakespeare
Mais l’ennemi ce n’est pas l’anglais

Ce qui ne va pas c’est la dégradation de tous les côtés
Une sorte de charabia transformé
La langue des textos, les mots tronqués
Une sorte d’esperanto désespéré
Un vocabulaire qui vient d’on ne sait où
Une orthographe basée
Sur un système phonétique simplifié
qui reflète le laisser-aller.

Ce n’est pas l’anglais, le vrai ennemi
C’est le rejet (tout naturel) des conventions
Comme Brassens l’avait fait
Le besoin de différentiation
Comme le verlan autrefois
Le besoin d’un patois nouveau
Pour bluffer les vieux schnocks
Pour choquer les instituteurs
Pour s’imposer, quoi
Un code secret pour appartenir
A un groupe exclusif (de nuls)

J’aime les gens qui se battent
Pour la langue Française
Comme les Québécois

Battons nous ! Contre quoi ?
Les anglicismes !
Les néologismes !
Les grandes migrations des peuples !
L’évolution naturelle !
Les envahisseurs !
Attila le Hun !

Je me propose de la défendre à moi toute seule,
avec ce blog et mes poèmes.

 

DLF : Défense de la langue française (DLF) est une association française dont l’objectif est la défense et le rayonnement de la langue française au niveau national et international.

POEME #11 : Les cafés parisiens

Icicles

Ca commence comme une carte postale du fond de mon petit village américain au mois de mars, sans un café en vue, et ça finit à Paris. Ca peut vous sembler étrange, cette nostalgie, question de perspective.

Reflets renvoyés par les icebergs des rues
Eclats de glace du soleil du printemps
Qui vous rentrent dans l’œil
Comme des couteaux de bouchers
Ahuris.

Tout blesse
Quand on sort agressé par les aiguilles du froid
Qui transpercent les manteaux
Jusqu’à la peau fragile
On se recroqueville sur la banquette gelée de la voiture.

Comme les soldats en temps de guerre
Je rêve au temps des cafés Parisiens
Vous vous souvenez ?
On posait pour une prise de vue
Figurants en costume de naguère
Au milieu du théâtre
Action ! la chanson du moment,
Le tablier blanc du serveur , un déca s’il vous plait
Et un express ! clang clang, pssschhh !!

On descendait
le
petit
escalier
en colimaçon
Le distributeur de Durex sur le mur ocre au fond
évoquait des scènes aussi louches
que l’air vicié.

On remontait vite prendre l’air
Dans la grande salle l’air de rien
Une autre histoire à la sono
Et on regardait les gens dehors
Les autres figurants non-payés
Passant à l’ombre des arbres sous cages
Ah, les temps chauds et rutilants.

Article #22: Victor Hugo

Victor Hugo

Dans la liste de mes éléments Français : Victor Hugo.

Voici le premier homme à s’introduire dans ces pages (vous avez dû croiser brièvement George Sand, Colette et Anaïs Nin). Ce qui me manque : le mot Victor Hugo, la force tranquille qu’il représente, la somme de toutes les peines, les douleurs, les bonheurs de la vie, l’amour et la folie, transcrits et offerts pour nous en poèmes, en romans et histoires.

Pêle-mêle, dans ma vie, il y a Cosette, Jean Valjean, et Javert ; le couvent et leurs vies protégées là.

Cosette

J’ai lu et relu Cosette pendant mon enfance, le passage où il lui prend la main avec le seau, le passage où il lui achète la poupée, où il s’évade avec elle et s’installe dans une petite chambre, d’abord. C’était un petit livre cartonné de la collection Lecture et Loisir, même pas abrégé, et juste la première partie des Misérables, qui commençait avec le vile Thénardier dans le champ de bataille la nuit.

Puis il y a le poème , que j’ai fait travailler à mes étudiants de Français.

Demain des l'aube

Par quelle sorte de drame inouï faut-il que sa fille ainée Léopoldine meure le jour de son mariage ? Est-ce que ce n’est pas un coup du sort si dramatique qu’il aurait pu l’écrire lui-même ? plus étrange que la fiction ?

Et puis l’histoire d’Adèle H.(Adèle, la cinquième fille de Victor Hugo) qui pour moi est associé au visage d’Isabelle Adjani dans le film de François Truffaut, sa beauté quand elle ère dans les rues d’Halifax en Nouvelle Ecosse, folle, à la recherche de son amour impossible .

Adele H.

Mes filles ont aimé le film fabuleux, Les Misérables, et en connaissent toutes les chansons. Mais plus que Fantine, ou Cosette, c’est Eponine, qu’elles ont remarqué et qu’elles aiment. Eponine qui aime Marius.  La même Eponine de chez les Thénardier qui maltraitaient Cosette ! Comment avoir de la sympathie pour elle !?

Victor Hugo me rappelle les années oé j’enseignais le Français à mes jeunes étudiants universitaires américains. Comme il est doux de se retrouver dans sa patrie linguistique et littéraire et d’offrir ses morceaux choisis, de ne présenter que les joyaux à ses élèves. Comme il était gratifiant d’être l’ambassadrice du patrimoine français, tout en dissimulant le moins beau, les facettes moins reluisantes. Pourquoi est-ce que je n’enseigne plus ? Dieu seul le sait – en gros, le besoin d’indépendance financière.

Et aussi, Victor Hugo représente une vie bien vécue, finie. Non seulement Il aurait donc survécu à toutes les vicissitudes de sa vie, mais aussi il les aurait surmontées en les distillant en une œuvre énorme ! Voilà qui aide à relativiser mes propres malheurs et angoisses : la thérapie Victor Hugo.

Dans une petite librairie de livres d’occasion à Amherst, je regardais le rayon des livres en Français. Sûrement des dons de profs de U. Mass. Et j’ai mis la main par hasard sur une biographie de Victor Hugo et de ses amours. J’ai juste parcouru les pages. J’aurais pu l’acheter mais j’ai hésité trop longtemps parce que j’ai déjà trop de livres.
Mais il y a cette page qui me reste à l’esprit, qui dit que Victor Hugo avait une petite porte secrète dans son bureau par laquelle il sortait pour aller voir ses maitresses, ses amoureuses, ni vu ni connu. On ne peut pas plus romantique. Cet homme, écrivain si solide et sérieux, se glissant dans des petits conduits pour rejoindre des amours secrètes ! c’est tout de même fascinant !
Un amant insatiable, disent les biographies françaises, un amoureux infatigable. Voilà la joie de vivre à la Française, l’affirmation de la vie, de ses bonheurs, sans rechigner devant les drames et les horreurs pour le contraste.
Une inspiration : donc moi aussi, je pourrais me relever de mes drames, après tout ?!