Improvisations 3/4

Aie aie aie ! Mais que vais-je bien pouvoir sortir aujourd’hui !
Etes-vous prêts ? Voici cinq petits poèmes originaux et tout à fait bénins. Et même si je mets parfois les pieds dans le plat, ce n’est jamais par malice.

Impro

UNE PETITE FILLE ATTENDAIT
Dans le courant d’une onde pure
En faisant flotter des bateaux
De coquilles de noix et de roseau
Une tortue d’un pas lent arriva
Que la faim en ces lieux attirait
Que fais-tu là gamine ? dit-elle
-J’attends le loup,
Celui-là qui a zigouillé l’agneau
Je veux lui dire deux ou trois mots
On ne fait pas des choses pareilles.
-Ah, mais lui dit la tortue
Tu arrives bien trop tard
Le loup on ne l’a pas revu
Depuis belle lurette
On parlait à l’époque d’un renard, d’un fromage…
Et puis toi aussi il t’aurait zigouillée
S’il t’avait trouvée là.
Rentre vite chez toi.
-Non, tant pis, je reste ici
Insista la fillette
D’ailleurs La Fontaine a dit
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

La tortue haussa ses petites épaules
Dans sa carapace
Et continua son chemin en pensant
Que rien ne sert de courir, il faut partir à point
Et qu’il ne fallait pas qu’elle se mette en retard.

Impro

LA FIN DU REGIME ALLENDE
Merde ! … j’ai pas étudié !
Ça n’était pas au programme
Panique !!
Heureusement, je me réveille
Just kidding !
Ce n’était qu’un cauchemar.
Ah Le plaisir d’adulte
De toute une vie
Du droit à ne pas savoir
A pouvoir apprendre
A son propre loisir
Pour le plaisir
Et seulement si on veut.

ImproVIRTUOSES DE L’ART DE VIVRE
Les Paganini du lifestyle
Avaient des tables couvertes
De victuailles alléchantes
De cassoulets, de pains et brioches tressées
De poulets rôtis et de dindes,
D’oies grasses et de mets en sauce
De daubes et de dindons farcis
D’agneaux rôtis et de porcelets
De paellas et de fruits de mer
De sauces, de platées de salades
De pâtes, de riz, de féculents
De pâtés, de fromages, de tartes
De sorbets, d’entremets, de gâteaux
De cakes, de biscuits, de bonbons
De chouquettes, de nougats, de pralines,
Maintenant on a changé de style
Les virtuoses contemporains
Ont un tout autre registre
On fait du minimalisme en solo
Plutôt Philip Glass que Vivaldi
Des bâtonnets de céleri, des crackers
Sans gluten, des protéines conglomérées
Poudre de soja, voire insectes broyés
Du sans sucre, sans farine, sans beurre
A la sauce aux haricots secs
Sans sel, sans œufs, sans lait
Sans viande et sans poisson
Sans pain et sans beurre
Restent les pommes.
Les virtuoses d’aujourd’hui
Se portent mieux et plus longtemps.

ImproL’EPOPEE DU RESEAU COMETE
On avait fait des plans sur la comète
Et puis bâti les fondations en dessous
En montant un réseau en wifi
Une sorte de toile d’araignée virtuelle
Puis on avait pensé à grimper
Parce que là-haut, ça faisait
Comme le château de Walt Disney
Dans l’intro – ça scintillait !
On regardait ce conte de fées
Si lointain, si brillant !
Alors on a envoyé des hommes en haut
Avec des sac-à-dos
Et ils ont grimpé et grimpé le réseau
Avec des souliers à crampons
Et puis on les a perdus de vue
Alors personne n’a plus osé s’aventurer
Comme on n’avait pas de nouvelles
On racontait de vieilles histoires
D’ogres qui humaient la chair fraiche
Qui mangeaient les petits enfants
Mais un jour, on a vu un sac à dos atterrir
Au pied d’un des échafaudages
Puis on a vu un homme descendre
Un de ces aventuriers
Il avait l’air un peu sonné
Puis deux, puis trois
Au début ils avaient les yeux vagues
Ils ne voulaient pas parler
Puis finalement ils sont tous revenus
Et on les a gardés dans un caisson spécialisé
De décompression.
Aux portes duquel les médias se pressent
Pendant que les journaux se battent
Pour gagner l’exclusivité
De l’ « Epopée du réseau comète. »
On en saura plus quand les spécialistes
Auront tout débriefé.

ImproL’HIVER AUX OISEAUX
Marre de l’hiver
On proteste !
L’hiver aux oiseaux !
L’été aux hommes, aux femmes et aux enfants !
Et aussi l’automne, le printemps
Surtout en Nouvelle Angleterre
Si près de Montréal
Qu’ils le prennent avec eux, l’hiver,
Sous leurs ailes !
Dans leurs migrations annuelles
Qu’ils le laissent là-bas où qu’ils aillent
Et qu’ils ne le ramènent pas.

Impro

Improvisations – suite 2/4

EnluminureMATIERE A REFLEXION
Entre la play-doh
Qui sent bon la vanille,
Et la pâte à mâcher –
On la triture, on la malaxe
Il y en a de toutes les couleurs –
Et quand on y ajoute la matière grise
On en tire des conclusions
Des constructions, des élucubrations
De toutes les formes
Et de toutes les tailles.
On peut ainsi en faire une table
La table des matières
On l’étire, on la roule en boudins
On la malaxe dans les mains
Puis on pause, elle repose
Comme de la pâte à crêpe.
Des fois ça fermente, ça lève !
Des fois on se voit même dedans !
On peut alors se poser des questions
Ou encore se faire des réflexions
Du genre « T’es gonflée, toi ! »
Et puis après on la laisse tomber
Quand le projet a dûment mûri
On arrête de se prendre la tête
Et la matière alors change de forme
Comme l’a expliqué Descartes
Avec l’exemple de la cire
Alors on passe à autre chose.

J’AI REFUSE L’AVORTEMENT
J’ai refusé tout net
C’était catégorique
Je dirais même emphatique !
Pas de ça chez moi !
J’ai refusé aussi plein d’autre trucs
Sur ma lancée.
Je suis rentrée et j’ai senti, j’ai su
Qu’il fallait préparer une chambre
Et des lingettes, et une table à langer
Et des couches, et du lait en poudre
Et des biberons, et des jouets
Et un couffin et un lit à barreaux
Pas nécessairement dans cet ordre
Bref qu’il fallait que je m’installe
Que je donne mes jours, et mes nuits
Et que c’était le début des ennuis
Qu’il allait falloir travailler
Toute la vie !
Enfin vous voyez ce que je veux dire
J’ai bien vu que je ne pouvais pas
Alors je suis revenue
Sur ma décision, et
J’ai demandé l’avortement.

INCONTESTABLE ET CONTESTÉ : L’INDICE DES PRIX
Oyez, oyez bonne gens !
Je vous présente ce soir l’indice des prix –
Il va vous faire ce soir une démonstration
De ses acrobaties sur le fil
Des graphiques élastiques
Des statistiques économiques
Sous vos applaudissements, le voici !
Mais quoi ? vous le huez ?
Vous n’aimez pas ses envolées ?
Vertigineuses, ses montagnes russes ?
Eh bien tant pis !
On conteste, on conteste
Il est pourtant incontestable !
Le voiià ! le voici ! l’incontestable
Indice des prix!

COUSTEAU, CONQUERANT DES PROFONDEURS
Assis sur le rebord de son bateau
Hilare sur l’écran de télé
Bonnet rouge sur fond de ciel bleu
Il va bientôt balancer,
en arrière
Plouf dans l’eau
et puis palier par palier
sur fond de bulles arriver
Vingt-milles lieux sous les mers
Jules Vernes des temps modernes

COMMENT RECONNAITRE UNE CRISE CARDIAQUE
Partez en promenade avec des gens, des connaissances
Regardez comme un d’eux porte soudain sa main sur son cœur
Comment il parait affolé
Demandez-vous ce qu’il faut faire
La manœuvre de Heimlich
Ou bien du bouche-à-bouche
Espérez que ce ne soit pas du bouche-à-bouche
Trouvez votre téléphone portable
Appelez les urgences
En attendant les secours, essayez de reconnaitre
La crise cardiaque –
Elle pourrait bien être déguisée –
Alors regardez
S’il y a fausse moustache, ou perruque
Si vous êtes comme moi, vous n’êtes pas sûr
Surtout si vous n’en avez jamais vu
Essayez de vous rappeler vaguement ce que vous savez –
Douleurs à la poitrine
Du mal à respirer
Un bras qui se replie sur le torse
Vous êtes sur la bonne voie
Mais vous n’êtes pas plus avancée
La scène autour de vous change de sens
Tous ces buissons, ces fleurs, ces jolis graviers
Vous semblent futiles et déplacés
La belle journée ensoleillée
Devrait tourner poliment au morne
Ecoutez la sirène des pompiers
Voyez la voiture arriver.
Vous êtes sauvés.

SUR LA ROUTE ARDENTE DE LA MECQUE
Un homme marchait.
Il en croisa un autre,
Et comme il était un peu perdu
De par la chaleur et la soif,
(il portait des vêtements noirs, erreur fatale)
Il voulut se renseigner
Il demanda : « L’Arabie, c’est ou dites ? »
El la réponse fusa,
De derrière un voile,
Accompagnée d’un doigt pointé:
« Par-là, mec. »

(vieille blague immémoriale)
P.S. Ce qui est très satisfaisant dans cette blague courte et pointée, c’est que ce type est en effet sur la bonne voie.

*  *  *

A bientôt pour la suite !

MELO SOUS LES LAMPADAIRES

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MELO SOUS LES LAMPADAIRES
Feux, projecteurs, luminaires
Elle allume une Chesterfield
En attendant sous le lampadaire
Elle rêve de Marilyn Monroe
Dans le spotlight évocateur
Elle rêve d’Atlantique
De croisières
New York city,
Hollywood
Moteur!

Une bouche d’air
Gonfle sa robe
Marilyn
Prend des airs

Et le chef
Sort de son restaurant
Pour prendre un peu l’air
Voit sa copine
Manque un peu d’air
(à cause de la cigarette)
« Atlantique, Atlantoc !  dit-il
Je me moque de tes amerloques ! »
Un chien qui passe chasse un rat

«Et moi, je me moque de ta toque ! »
Elle retorque
Et toc !

Elle cherche une autre cigarette
File son collant Chesterfield
Il sort une boite de tic-tacs
Emétiques

Scène de nuit, éclairage nocturne
De l’autre côté de l’Atlantique.

*  *  *

Ma contribution à l’Agenda Ironique de Mars, chez le Dessous des mots. quatre mots étaient imposés, en plus du lampadaire, donc je n’ai pas tout inventé :
– Chesterfield
– Émétique
– Atlantique
– Évocateur

 

Illustration: clipart

IMPROVISATIONS SUR LA TABLE DES MATIERES du Reader’s Digest de Janvier 1974: Série de poèmes d’un intérêt universel

Reader's Digest

Aujourd’hui, pas un, mais six poèmes, que je me suis amusée à composer en imaginant ce qui se cachait derrière les titres des articles de ce Reader’s Digest. Voilà les premiers.

CE QUE NOUS DEVONS A LOUIS PASTEUR
L’odeur de frigo
Du lait Candia
Sur la table du petit déjeuner.
La lecture sur le brick
Du mot Pasteurisé
Des visions de salles d’hôpital,
de seringues
de murs blancs immaculés
Saint Berger délivre nous des bactéries
Et la vision d’une blouse blanche
Blanche comme lait –
Que boit la vache ?

DES GENS COMME VOUS ET MOI
Ni plus beaux ni moins moches
Qui marchent dans la rue
Qui sont partout ! ne vous étonnez pas
S’ils disent des choses qui vous choquent
Parce qu’ils pensent la même chose que vous
Et que vous ne le saviez pas
Tant vous vous croyiez différent !
Les gens comme vous et moi
Méfiez-vous un peu d’eux
Ils pourraient prendre votre place
En catimini.

MOSCOU, FABULEUSE ET DECONCERTANTE
J’avais rendez-vous à Moscou
Avec une femme superbe
A la place Kremlin
J’étais là à l’heure dite, avec un bouquet de roses
Entre le rose et le rouge
Sous une coupole dorée
J’ai attendu et attendu
Presque gelé jusqu’aux os
Comme dans la campagne de Russie
Nous devions aller au Bolshoi
Voir le lac des cygnes
Dont elle était la danseuse étoile
Mais le lac avait gelé
(Comme je l’ai appris plus tard)
Et elle était restée prise là
Ce soir-là dans la glace.
Hélas!

JAPONAIS D’AUJOURD’HUI
Si l’on veut comparer le japonais d’aujourd’hui
Avec le japonais d’hier,
On peut avancer sans crainte que:
Le japonais d’aujourd’hui s’habille chic
Chez Uniqlo, boit du whiskey, mange du bifteck
Le japonais d’aujourd’hui mange moins de sushi
Proportionnellement au non-japonais
Les japonais d’hier peuplent les magasins d’antiquités
Se rassemblent sur les lampes et les paravents
En kimonos et cheveux laqués pour elles
En soieries rouges et noires pour lui
Bref, en Samouraï et en Geisha

Les japonais d’aujourd’hui
N’ont pas toujours été très sympa
On pense torture, Pearl Harbor
Mais les japonais d’hier en ont bavé
Avec Hiroshima et Nagasaki
Les japonais d’aujourd’hui
Nous ont donné Toyota,
Et la mode de Tokyo
Et ces mêmes japonais
Ont des cheveux longs pour elle
Et des cheveux courts pour lui
Mais toujours aussi noir ébène
Certaines choses ne changeront jamais.

DROGUE : L’AFFAIRE DU « CAPRICE DES TEMPS »
(A ne pas confondre avec le Caprice des Dieux)
Le Caprice des temps naviguait
Des eaux dangereuses et profondes
En proie à de violentes tempêtes
Et à maints autres dangers cachés.
Le navire fut ainsi nommé
A cause de sa charge précieuse,
Une large cargaison d’opium
De champs de pavots d’Indochine.
Un jour un caprice du temps fit
Qu’un navire pirate rencontra
Sur son passage le navire
Et de l’équipage s’occupa.
Les fumeurs du bord qui croyaient
Faire du temps qui passe un caprice
Se déjouer des vicissitudes
Du quotidien en rêvant
Virent leur cargaison couler
Et leurs rêves fumeux s’envoler.
On dit parfois que quelque part
Au fond encré des mers du sud
Reposent trois caissons anciens
D’une valeur colossale
Qui font rêver les trafiquants.
Mais ce trésor du fond des mers
Ne fait la joie que des poissons
Et des crustacés qui en font
Un joli décor intérieur.

L’ALBUM VIVANT DES BETES SAUVAGES
Ce nouveau zoo est destiné
A servir d’Arche de Noé
En cas de disparation des espèces
Due au réchauffement planétaire
Et au déluge dont on parlait
Il y a de ça très longtemps.
Il recevra des ocelots en couples
Des guépards, des loups et des zèbres
Qui dès la fin des haricots
Devront repeupler la planète.

* * *

Reader’s Digest

Reader’s Digest

Ma fille me dit: ‘Je suis allée chez une copine hier, et sa petite sœur regardait la télé. Et bien je ne connaissais aucune des émissions !! »
Elle vient d’avoir quatorze ans, et je me rends compte qu’elle a déjà des souvenirs d’enfance, des nourritures d’impression qui ont fait une partie de son éducation.
« Ah oui. Toi, c’était Dora l’exploratrice, Blues Clues, Teletubbies… tu te souviens ? » l’évocation des émissions de télé de l’enfance sont toujours une source de bons souvenirs.
Elle sourit. « C’est moche, ce qu’il y a maintenant. Je n’aimerais pas regarder ça. »
Je pense sans le dire qu’à l’époque de ma fille, il y avait une émission que je trouvais particulièrement désagréable, un dessin animé aux personnages très laids, aux voix criardes et agressives. Enfin peut-être que j’arrivais toujours au mauvais moment, là où ils se tapent sur la figure et cassent tout. Une histoire d’enfants, intitulée Rugrats – ou Razmokets en France je crois.
Je ne sais pas pourquoi mes deux filles aimaient regarder ce programme.

Je considère l’idée de ce qui nous a formés, génération sans vidéos et sans internet.
A ce moment-là, ma mémoire ne se tourne pas vers ce que j’ai pu voir avant mes six ans à Paris, ni après, à Nantes chez mes parents. Mais plutôt vers ce que je trouvais à lire chez mes grands-parents.
Mon frère et moi passions souvent nos vacances chez eux en Bretagne, la maison où ma mère avait grandi.

Et donc je me revois sur le cozy, entre sept et dix ans à dévorer la collection de Reader’s Digest de mon Grand-père. Pourquoi cette lecture ? parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à lire pour un esprit curieux. L’enfant est un espion avec un esprit éponge. Donc dans un village perdu de Bretagne, je me familiarise sans le savoir avec la culture qui deviendra celle dans laquelle je baignerai la majeure partie de ma vie adulte : la culture américaine. Pendant que ma grand-mère fait des crêpes dans la cuisine et que la Simca 1000 de mon grand-père dort dans son garage, je me plonge dans des histoires de découvertes scientifiques médicales avant-gardistes, des résumés de livres étranges vite oubliés avec des illustrations dessinées représentant des américains chapeautés aux bonnes têtes de GI, et des blagues sexistes sur le thème de l’incapacité des femmes à conduire ou à changer un pneu, et donc de leur dépendance aux hommes. Et beaucoup d’autres blagues que je ne comprends pas.

L’autre source de nourritures intellectuelles se trouve dans un sac contenant une pile de Modes de Paris, près de la fenêtre. Un monde très différent avec des photos de mode prises le long des quais de la Seine. Des silhouettes fines aux chaussures pointues, nez pointus, chignons pointus, carreaux imprimés, puis les courbes des jupes, des joues, d’un mollet. Dans ces revues je gobe ce qu’endurent les parisiennes pour garder la ligne, les régimes détaillés dans lequel la baguette est rationnée en tronçons mesurés. Une tranche de jambon par-ci, un yaourt nature par là. Jambon de Paris et champignons de Paris bien sûr. Cette incursion dans la vie des parisiennes m’ouvre une fenêtre sur une possible vie future, une idée de la discipline requise pour être â la mode. Le cerveau de l’enfant est un espion éponge. Je me repais aussi des blagues d’Arthur et Zoe qui me laissent également perplexe.

Il y a aussi, mais on en a vite fait le tour, quelques recueils des Vieilles dames de Jacques Faizant qui trainent un peu partout dans la maison –les dames aux jambes fil de fer sous des corps de tonneau, et des maris aux barbiches blanches qui regardent toujours leurs chaussures. Ils sont très différents de mes propres grands-parents. J’avale sans questions.

Il y a aussi l’Almanach Vermot, avec ses blagues et ses contrepèteries qui m’agaçent quand je ne les comprends pas. C’est à dire la plupart du temps. Et puis ces histoires de lunes et de carottes à planter ne m’attirent guère. Et je me demande pourquoi s’occuper des cycles de la lune quand mon grand-père ne jardine pas, que je sache.

Voilà donc les premières impression, fenêtres sur le monde que reçoit mon cerveau, qui se crée son conditionnement personnel. Bien sûr, et heureusement, j’ai plein de vrais livres dans ma vraie maison. Peut-être une prochaine note : les livres de l’enfance.
Maintenant je suis curieuse du futur, de ce qu’il adviendra de ceux qui ont grandi avec les Razmokets. Peut-être pas pire que moi.

Et vous, quelles lectures bizarres avez-vous eues ?

 

Photos recueillies sur https://fr.shopping.rakuten.com

Mission Jumeleine (suite et fin)

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Partie 2/2 – qui complète ma participation a l’Agenda Ironique de Janvier!

*  *  *

Inébranlable, il les lissa de la main en réfléchissant à la meilleure façon d’utiliser son énergie, déjà entamée par la lutte contre le froid.
Assis sur son siège, il appréciait la folle promenade à travers Londres, passant devant le palais de Buckingham et autres sites familiers.
La National Gallery… pensa-t-il. Le bus se rapprochait maintenant de l’arrière du célèbre musée. Il était maintenant 11 heures et même en plein jour, la vitesse du bus n’avait pas alerté la police, ni sa forme supérieure étrange, ni sa trajectoire étrange. Le véhicule prit un virage étroit dans une rue arrière où se trouvait l’entrée du musée.
Bond, amateur d’art classique et entretenant des relations étroites avec de grands marchands d’art et de riches connaisseurs qui géraient des transactions internationales d’une valeur de plusieurs milliards de dollars connaissait très bien la National Gallery. Bien entendu, les amateurs de la recette des Jumeleines étaient sûrement associés à la nouvelle exposition Mantegna et Bellini qui s’y déroulait actuellement. Le peintre de la Renaissance et la recette de pâtisserie volée à la cour de Philippe VI Le chanceux étaient de toute évidence le lien caché.
Pendant que Bond réfléchissait et commençait à saisir la situation, l’autobus s’était approché de la porte d’un quai de chargement. La porte se leva pour laisser entrer le bus à deux étages.
Bond se retrouva dans un couloir sombre. Alors que ses yeux s’habituaient à l’obscurité, il entendit le chauffeur ouvrir la portière et parler à quelqu’un. “Je l’ai. Mission accomplie.” Puis une porte laissa apparaitre un homme de petite taille vêtu d’un costume sombre.
“Bonjour, cher ami. Ça faisait longtemps!”
«Je viens juste pour l’exposition» rétorqua Bond. Il avait reconnu Aggelos Petrakis, le célèbre marchand d’art milliardaire également connu pour son amour de la nourriture et sa chaîne mondiale de restaurants très exclusifs. L’homme ne connaissait pas de limites pour acquérir ce qu’il voulait, même si cela impliquait des effusions de sang. Bond le savait.

«Eh bien cher ami, nous sommes ici pour des raisons sacrées. Au-dessus de nous sont en effet exposées les célèbres tableaux de Mantegna, et des rumeurs disent que vous pourriez également être sur la piste de la recette des Jumeleines? “
“Sortez-moi de là je vous prie et parlons en hommes civilisés.”

«Il est bientôt midi – pourrais-je vous offrir une tasse de thé? Et peut-être une pâtisserie… hahaha… même si je sais la médiocrité de mes pauvres tentatives … ”

L’homme de petite taille avait sorti une télécommande de la poche de son veston et les barrières du bus s’abaissèrent lentement. Bond sauta au sol, lissa son manteau et ses cheveux et s’approcha de l’homme.
“Invitation acceptée. Mais conduisez-moi d’abord aux toilettes. »
“Absolument! Mais d’abord, assurons-nous que vous vous comporterez bien.» Aggelos Petrakis tira une paire de menottes de son autre poche et les plaça aux poignets de Bond avec un sourire.

Bond le suivit jusqu’à une porte blindée qui s’ouvrit sur un ascenseur. La porte suivante donnait sur l’intérieur du musée et menait à une salle où étaient entreposées des toiles empilées et couvertes. Il le conduisit ensuite à une porte latérale.

Cette salle de bain, comme Bond l’avait deviné, avait une fenêtre à barreaux qui devait donner sur le fond de la rue. Il calcula que son absence ne devait prendre que quelques minutes et qu’il devait agir vite. Bien qu’il senti son estomac gargouiller à la pensée du thé qu’il manquait, il calcula qu’il pourrait encore se rendre à la gare Victoria après tout. Aggelos devrait attendre.

Bond plaça son pied sur le siège des toilettes et de ses mains liées réussit à détacher le talon de sa chaussure, qui révéla une mini bombe qu’il avait appris à utiliser. Cet explosif très sensible et silencieux était assez puissant pour faire éclater le métal tout en minimisant les projections. Ses mains menottées positionnèrent rapidement le mécanisme près des barres de fer de la fenêtre et il tira le détonateur avec les dents.
En moins de trois secondes, les menottes s’étaient ouvertes et les barreaux lui donnaient suffisamment d’espace pour glisser dans l’ouverture et ramper jusqu’au trottoir.
Bond regarda sa montre. Il était 12h15.

Les rues étaient maintenant animées de leur population journalière et Bond s’y fondit, dirigeant ses pas vers Covent Garden quelques rues plus loin. Les aventures du matin lui avaient donné une autre idée.
Depuis quelques heures, il pensait à Viola Oström, une bonne amie et chef d’orchestre renommée qui dirigeait actuellement le Ballet royal pour la saison. Née et élevée en Suède, Viola avait rapidement rejoint les plus grands musiciens du monde. Ils s’étaient rencontrés lors d’une soirée organisée par l’ambassadeur d’Uruguay et étaient resté en contact au fil des ans. Viola était extrêmement discrète dans ses actions et Bond la savait également extrêmement fiable. Ils s’étaient entraidés dans quelques affaires précédentes.
L’entrée du Royal Ballet se trouvait à l’angle d’une entrée de Covent Garden, mais Bond préféra utiliser l’entrée des artistes, dans une petite rue arrière. La réceptionniste passa un coup de téléphone et Bond attendit la jeune femme.
Velours, dorures et glamour. Chaque fois que les visiteurs voyaient l’auditorium historique du Royal Opera House pour la première fois, ils étaient toujours émerveillés.
Une femme apparu à la porte. Ses cheveux noirs tombaient en longues boucles sur ses épaules recouvertes d’un tissu blanc. D’ailleurs, tout son corps était recouvert de tissu blanc. James Bond reconnu la combinaison de vol que Viola enfilait pour piloter son hélicoptère.
“Vite, je suis prête” furent les seuls mots qu’elle prononça. Elle lui montrait l’ascenseur dont il savait qu’il atteignait le toit de la Royal Opera House. Il la suivit et elle continua : «Je suis au courant de tout. Nous pouvons être à la gare Victoria dans dix minutes. »
Ils s’installèrent dans la petite cabine de l’hélico et enfilèrent les lunettes de protection. Puis Viola ouvrit le tableau de bord et leur versa un Martini.
Tout en sirotant et en admirant la vue sur la Tamise, ils partagèrent un plan d’action rapide.
Le temps s’écoulait, aussi vite que l’hélicoptère à destination de Victoria Station. Elle lui présenta alors une corde qui était attachée à d’un piquet construit sur le sol en métal. Ils la jetèrent hors de l’hélico lorsque la station apparut clairement au centre du radar.
Bond donna un baiser à Viola avant de se retourner pour attraper la corde avec les pieds et les mains. Son corps se sentait fort et rafraîchi après la collation, et la proximité du but lui donnait une motivation supplémentaire. La descente sembla néanmoins interminable, mais quand son pied toucha la surface dure du toit, il réalisa qu’il avait encore réussi. Accroupi sur le toit, il lâcha la corde.
Il se retourna, lança un autre baiser à Viola et entreprit de descendre au niveau des piétons. De sorties de toit en salles d’eau, en passant par les portes d’entretien, il fit son chemin vers le café italien.
Il s’approcha du comptoir.
«Pourrais-je avoir une Jumeleine s’il vous plait?» Enonça-t-il clairement.
« Mais bien sûr, » répondit l’homme derrière le comptoir. Avec un clin d’œil, ce dernier lui donna une tasse de café et remplit un sac en papier avec une sorte de muffin, ajoutant quelque chose qu’il avait sorti de sa poche, et qu’une caméra cachée aurait pu identifier comme un microfilm.

De retour dans sa cachette de la Nouvelle-Angleterre, James Bond se remémorait l’aventure. On ne ferait pas un livre de cette courte histoire, pensa-t-il. Mais la plupart des gens ignoraient tout de ces missions faciles de trois jours qui l’amusaient plus que tout.
On entendait un violon jouer dans l’autre pièce. “Chérie, je crois que tu les épateras tous demain en tant que soloiste, à l’orchestre symphonique de Boston”, déclara Bond depuis son fauteuil près de la fenêtre.
“Oui, et j’ai hâte de goûter les Jumeleines qui seront servies pour célèbrer cet événement artistique international.”
Oui, les jumeleines.
Mmm mmmm mmmm !


Unflappable, he smoothed it back while thinking of the best way to use his energy, apart from fighting against the cold.
Sitting back on his seat, he enjoyed the crazy ride through London, past Buckingham palace and other familiar landmarks.
The National Gallery… he thought. The bus was now coming closer to the back of the famous museum. It was now 11:00 am and even in full daylight, the bus’s speed had not alerted the police. Neither did its strange upper shape or its strange trajectory. The double-decker took a narrow turn in a back street where was the back entrance to the building.
Bond was very familiar with the National Gallery, being an amateur of classical art and having close relationships with major art dealers and wealthy connoisseurs who handled billions of dollars international deals. Of course, the Jumeleine recipe amateurs were surely associated with the new Mantegna and Bellini exhibit that was taking place at the moment. The Renaissance painter and the pastry recipe stolen from the court of Philippe VI The Fortunate were undoubtedly the hidden link.
While Bond was reflecting and starting to make sense of the situation, the bus had come closer to the door of a loading dock. The door lifted and took the tall bus in.
Bond found himself in a dark passageway, While his eyes were getting accustomed to the dark, he heard the driver open her door and talk to someone on a phone. “I got him. Mission accomplished.”
Shortly after, a short man in a dark suit came out of a door.
“Hello, my friend. Long time no see!”
“Just coming for the exhibit!” Bond retorted. He recognized Aggelos Petrakis the famous billionaire art dealer who was also known for his love of food and his chain of exclusive restaurants around the world. The man knew no bound to acquire what he wanted, even if it involved blood. Bond knew it.

“Well my friend, there we are on sacred grounds. Above us are the famous Mantegna paintings, and rumors have it that you might also be on the track of the Jumeleine recipe? “
“Take me out of there and let’s have a civilized conversation together.”

“ It’s about noon time – would you fancy a cup of tea if you don’t mind? And maybe a pastry … hahaha… although I know my poor attempts… ”

The short man had pulled a remote control out of his suit pocket and the fences slowly came down from the bus top. Bond jumped down, smoothed his coat and hair as he came closer to the man.
“Invitation accepted. But first lead me to the bathroom.”
“Absolutely! But first let’s make sure you behave.” Aggelos Petrakis pulled a pair of handcuffs out of his other pocket and put them on Bond with a smile.

Bond followed him to a reinforced door which slid open to an elevator. The next door opened to the inside of the museum into a room storing stacked and covered paintings. He then took him to a side door.

This bathroom as Bond had guessed, had a window which gave onto the back of the street. He calculated that his absence would only account for a few minutes, and that he had to act fast. Although he felt his stomach gurgling at the thought of the missed tea, he calculated he might make still make it to Victoria Station after all. Aggelos would have to wait.

Bond lifted his foot on the toilet seat, managed to detach the heel of his shoe which revealed a mini bomb that he had been trained to use. This high sensitivity and silent explosive was strong enough to break through metal while keeping the projectile material within short range. His cuffed hands swiftly positioned the mechanism close to the bathroom’s iron bars and he pulled the detonator button with his teeth.
Within three seconds, the handcuffs had opened and the bars gave enough space for him to slide through the opening and onto the sidewalk.
Bond looked at his watch. It was now 12:15 pm.

The streets were now pleasantly busy with the day crowd and Bond blended in it, tracing his steps toward Covent Garden a few streets ahead. The morning adventures had given him another idea.
For the last hours he had been thinking of Viola Oström, good friend and renown conductor who was currently conducting the Royal Ballet for the season. Born and raised in Sweden, Viola had quickly joined the top ranks of world’s musicians. They had met at a party organized by the ambassador of Uruguay and kept in touch through the years. Viola was extremely discreet in her actions and Bond knew her as extremely reliable. They had helped each other in previous affairs.
The Royal Ballet’s entrance stood at the corner of the Covent Garden entrance, but Bond preferred to use the stage entrance in a back street. The receptionist made a phone call and Bond waited for the young woman.
Velvet, gilt and glamour tour. Whenever visitors see the historic auditorium of the Royal Opera House for the first time it always amazes them.
A woman appeared at the door. Her dark hair fell in soft curls on her shoulders, which where covered in white fabric. Her whole youthful body was covered in white fabric. James Bond recognized the pilot jumpsuit necessary to fly in Viola’s helicopter.
“Quick, I’m ready” where the only words she uttered. She was pointing to the elevator that he knew reached the roof of the Royal Opera House. He followed her and she continued: “I know everything. We can be at Victoria Station in ten minutes.
They took place in the small cabin and put on the flight goggles. Then Viola opened the dashboard bar and poured them both a Martini.
While sipping and admiring the view of the Thames, they shared a quick plan of action.
The deadline was approaching, as fast as the helicopter to Victoria Station. Presently, she presented him with a rope which was tied up around a peg build on the metal floor. The rope was then thrown out when the station showed up clearly in the radar, smack in the middle.
Bond gave stole Viola a kiss before turning around to grab the cord with feet and hands. His body felt strong and fortified by the pick-me up they had, and the closeness of the goal gave him extra motivation. The descent seemed nonetheless interminable, but when his foot touched the hard surface of the roof, he realized he had done it again. Crouching on the roof, he let go of the rope.
Turning around, he threw another kiss to Viola and set out to get down to pedestrian level. From roof exits to bathrooms to maintenance doors, he made his way to the Italian Caffe.
He walked up to the counter.
“Could I have a Jumeleine please?” he clearly pronounced.
“But of course,” answered the man behind the counter. With a wink, the barista gave him a cup of coffee, and filled a paper bag with a sort of muffin, adding something he pulled out of his pocket, that a hidden camera there could have identified as a microfilm.

Back in his hideout in New England, James Bond reminisced about the affair. This quick one would not make it into a book, he thought. But most people didn’t know about these easy, three-day affairs that entertained him more than anything else.
In the background, a violin was playing. “”Honey, I think you’ll impress them all tomorrow as a soloist with the Boston Symphony Orchestra,” Bond said from his armchair by the window.
“Right, and I can’t wait for the Jumeleines that will be served as a celebration of this international artistic event.”
Yes, the jumeleines. Mmm mmmm mmmm.

medieval recipe

By Master chef of Richard II of England – http://mmems.files.wordpress.com/2011/03/jrl0905131dc.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=31745579

Mission Jumeleine

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« … cette bande sonore s’autodétruira dans les cinq prochaines secondes. »
La fumée familière commença à s’élever et James Bond l’écarta d’un geste du poignet. Il posa les pieds sur le bureau et réfléchit au message qu’il venait d’entendre.
Cette nouvelle mission allait mettre fin aux vacances qu’il prenait depuis quelques jours dans l’anonymat de la Nouvelle-Angleterre. Mais il ne pouvait pas échapper à ses fonctions.

Il se souvint de la dernière fois qu’il avait entendu parler de l’Affaire Jumeleine : une recette de pâtisserie médiévale qui avait été découverte, puis avait rapidement disparu, du coffre d’un roi français du XVe siècle, dans les années soixante. La recette n’avait jamais été retrouvée. Des pâtissiers du monde entier avaient essayé de la recréer en copiant la seule version qui en avait été réalisée, mais tous avaient échoué immanquablement.
Bond regarda ses chaussures italiennes, qui provenaient de chez son fournisseur anglais. Il sentit son estomac se serrer à l’idée de la mission – le KGB était sur le coup depuis des lustres, ainsi que le Secret Intelligence Service – autant qu’à l’idée des Jumeleines, dont il avait entendu parler du goût incomparable. Il était 20h.

Il consulta son téléphone portable et trouva immédiatement son billet d’avion pour Londres, Il partait dans deux heures.

Dans l’avion, le signe EXIT brillait en rouge à sa gauche, surmontant la porte d’évacuation. Il inspecta la ventilation au-dessus de son siège et le contrôle des appels aux stewards pour détecter tout bug possible. Rassuré, il enveloppa autour de son cou un gadget pour dormir et ferma les yeux. Il aurait besoin de se reposer autant que possible pour être frais le lendemain.

Arrivé à Londres, il prit un taxi. Le chauffeur indien avait suspendu un sachet d’encens qui lui donna la nausée, il n’était que 8h du matin avec le décalage horaire. Il ne pouvait pas se permettre d’être malade. Il se reprit et vérifia que son écouteur était bien placé. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

L’hôtel était situé à Trafalgar Square, un quartier qu’il connaissait depuis une mission à Covent Garden dans les années précédentes. Son extérieur était discret et Bon se rendit immédiatement dans sa chambre, remarquant en passant le goût oriental dans la décoration, les murs blancs, les hautes plantes vertes et les rampes en fer forgé.
Il se rasait lorsqu’il entendit frapper à la porte. Son rasoir à la main, il s’en approcha. «Room service» dit une voix. Bond ouvrit. «Votre commande de Jumeleine», dit un homme portant un plateau chargé d’une cloche en métal.
Bond reconnu le mot de passe, laissa entrer l’homme, un de ses collègues londoniens, puis referma soigneusement la porte après avoir vérifié rapidement mais soigneusement les couloirs.
“Voici pour vous aujourd’hui 007,” dit l’homme succinctement. Il leva la cloche et présenta à Bond un plateau de petit-déjeuner, une poignée de livres sterling et ce qui ressemblait à un billet de bus touristique de Londres. «Nous avons eu quelques fuites, ils vous cherchent. Mais lisez cette note et nous devrions être en possession de la recette d’ici demain soir. »
Bond fit sortir l’homme. Les couloirs étaient encore vides. Il était environ 9h30, heure de Londres.
« Pourboire? »
«Non merci monsieur, » répondit l’homme ceci était un code secret qui signifiait mission acceptée.
Seul à nouveau, Bond s’assit au bureau face à l’œil de Londres. En lisant le message, il but le double expresso, avala les œufs brouillés, le bacon et le scone. Ensuite, le jus d’orange frais fut particulièrement bon.
Selon le message, il devait maintenant se perdre dans la foule touristique de Londres et se rendre à la gare Victoria, où un serveur du Caffe Nero lui ferait passer un microfilm pendant qu’il le servirait.

Les instructions étaient claires. Malgré une nuit abrégée, JB se sentait prêt à relever le défi. Il mit une veste pare-balles sous le manteau d’hiver qui l’attendait dans le placard de la chambre, à côté d’un épais peignoir blanc et de chaussons assortis. Encore une tendre attention de Barbara, pensa-t-il. Barbara aurait fait une bonne épouse et une bonne mère si elle n’avait pas choisi ce métier, comme il avait eu de nombreuses occasions de le vérifier. Mais il laissa rapidement passer cette pensée.

L’air dehors était gris et humide. Le manteau n’était pas superflu. Il remercia silencieusement Barbara tout en traversant la place de la gare, puis Trafalgar Square, puis la Galerie nationale.

Le bus à arrêts multiples à bord duquel il était supposé monter stationnait comme prévu dans une rue latérale, avec ses décorations bleues et blanches. Une silhouette semblait dormir au volant. La porte était fermée.
Bond regarda sa montre: 9h55.
Il frappa légèrement à la porte vitrée. La silhouette à l’intérieur se leva du volant et la porte pliante s’ouvrit.
Nous ouvrons à 10h.
«Je sais, je me demandais si je pouvais prendre un siège. Il fait froid dehors.”
“OK, montez. Vous avez votre billet?”
Le conducteur était une jeune femme aux cheveux courts et bouclés et elle aurait été désirable, pensa-t-il, si ce n’était pour ses yeux froids et audacieux.
Elle examina le billet quelques secondes et lui tendit un écouteur pour la visite guidée. Il le prit comme n’importe quel touriste.
Le bus était vide mais allait bientôt se remplir, pensa-t-il. Le meilleur endroit serait à l’étage supérieur, où il pourrait avoir une bonne vue de ce qui l’entourait, même si cela impliquait d’être à l’air libre et de supporter l’air froid.
Des couples et familles de toutes nationalités prirent rapidement place autour de lui. Le moteur de l’autobus démarra et Bond brancha le cordon des écouteurs.
“Vous êtes à bord du meilleur bus de tourisme de la ville de Londres……”

Bond se laissa faire un tour en admirant les monuments qu’il connaissait autant de l’intérieur que de l’extérieur et se demanda si la mission Jumeleine pouvait être l’une des plus faciles qu’il n’ait jamais eue.
Mais le son enregistré commença à faire des fritures. Un bruit statique couvrit la voix de la femme et une autre voix commença : «Monsieur Bond, nous savons que vous êtes ici. N’essayez pas de petite plaisanterie ou vous le regretteriez. Au prochain arrêt, les autres passagers seront invités à descendre du bus. Vous resterez à bord et tout ira bien. ”
Il reconnut la voix de la conductrice. Regarda autour de lui et calcula un moyen de sortir. Il décida que le mieux serait de rester dans le bus et d’en savoir plus sur les projets de la jeune femme lorsqu’ils se présenteraient face à face. Elle pourrait être une aide souhaitable dans la mission.
À la station suivante, la jeune femme prétendit avoir une crevaison et a demandé à tous les passagers de descendre du bus.
Bond attendit, toujours assis sur son siège, sur la plate-forme supérieure du bus.
Au lieu de s’approcher, cependant, la femme remit en marche le moteur et s’éloigna brusquement du trottoir où ils étaient garés. Au même moment, des grilles en forme de cage se dressèrent sur les côtés du bus et créant un toit au-dessus de sa tête. Une clôture similaire bloqua la porte donnant accès aux niveaux inférieurs, le retenant ainsi dans une cage en métal solidement attachée de tous les côtés. Bond sentait maintenant le bus prendre de la vitesse, ce qui augmentait la sensation de froid qu’il ressentait déjà. Le bus le conduisait maintenant à toute vitesse vers une destination dont il n’avait aucune connaissance. Et il commença à regretter sa première idée de s’échapper. Ses cheveux ébouriffés par le vent froid et humide semblaient dérangés sur sa tête.….

(La suite au prochain épisode)


… this tape will self-destruct in the next five seconds.
The familiar smoke started to rise up and Bond flicked it off from a cuff of his wrist. He put his feet up on the desk and pondered the message he just heard.
This new mission was going to put an end to the holidays which he gives in anonymity in New England. But he could not escape his functions.

He reminisced the last time he had heard of the Jumeleine affair, a recipe that had been discovered, then had swiftly disappeared from the chest of a 15th century French king, in the sixties. The recipe had not been found since. Bakers from all over the world had tried to replicate the recipe by copying the only realized version, but always failed.
Bond stared at his Italian shoes that came from his British supplier. He felt his stomach tighten at the idea of the mission – the KGB as well as the Secret Intelligence Service had been involved for a long time- as well as at the idea of Jumeleines, whose flavor he knew was incomparable. It was eight p.m.

He checked his cell phone and immediately found his plane ticket to London. In two hours.

On the plane, the EXIT sign shone red at his left, above the evacuation door. He inspected the ventilation above his seat, and the call control for any possible bug.
Then reassured, he wrapped his neck device and tried to sleep. He would need to rest as much as possible to be refreshed in the morning the morning.

Arrived in London, he took a taxi. The Indian driver had hung a sachet of incense that made him nauseated, it was only 8am with the time difference. He should not be sick. He pulled himself together and verified that his earphone was in place. No news, good news

The hotel was in Trafalgar square, an area he was familiar with since a Covent Garden mission in the years past. Its façade was inconspicuous and Bond made it to his room immediately. noticing along the way the middle-eastern taste in the decoration, the white walls, tall leafy green plants and wrought-iron banisters.
He was shaving when he heard a knock at the door. His razor in hand he came closer. “Room service” said a voice. Bond opened. “Your order of Jumeleine.” Said a man carrying a tray.
Bond recognized the password and opened to one of his London colleague, let him in and carefully closed the door after quickly but carefully checking the hallways.
“Here is for you today 007” said the man succinctly. He lifted the metal cloche and presented a breakfast tray, a handful of pounds sterling and what looked like a ticket for a London tourist bus. “We had a few leaks, they’re looking for you. But read this memo and we should be in possession of the recipe by tomorrow night.”
Bond ushered the man out. The hallways were still empty. It was around 9:30 am London time.
Tip?
“No, thank you sir, answered the man” which was a secret code for an accepted mission.
Alone again, Bond took a sit at the desk facing the London eye. While reading the message, he drank the double expresso, ate the scrambled eggs, the bacon, and the scone. Next, the fresh orange juice tasted particularly good.
According to the message, he was now to get lost in the tourist crowd and make his way to Victoria’s station, where a waiter at a Caffe Nero would pass him a microfilm while serving him.

The directions were clear enough. In spite of an abridged night, Bond felt ready for the challenge. He put on a bulletproof jacket under the winter coat he found waiting in the room closet next to a thick white bathrobe and matching slippers. The tender attention of Barbara, he thought. Barbara would have made a good wife and mother if she had not chosen this field, he had had many opportunities to verify this. But he quickly let the thought pass by.

The air outside was grey and damp. The coat was not superfluous. He silently thanked Barbara as he made his way across the station, though Trafalgar Square, past the National Gallery.

The London Hop on-hop off bus he was supposed to board was waiting on a side street with its gaudy blue and white decorations, as described. A silhouette seemed to be sleeping at the wheel. The doors were closed.
Bond looked at his watch: 9:55am.
He knocked lightly at the glass door. The silhouette inside unfolded from the wheel and the door opened.
“We open at 10am.”
“I know, I was just wondering if I could take a seat. It’s cold outside.”
“OK, climb in. Have you got your ticket?”
The driver was a young woman with short curly hair and she would have been desirable, he thought but for her eyes which where cold and bold.
She scrutinized the ticket for a few seconds and handed him an ear set for the guided tour. He took it as any tourist would do.
The bus was empty but would soon fill in, he thought. The best spot would be on the upper deck, where he could have a good view of his surroundings, although that would mean being in the open air and enduring the cold air.
Couples and families of all countries soon took the nearby sit. The bus’s engine started and Bond plugged in the earphone cord.
“You are on board of the best tour bus in the city of London… …”

Bond let himself be taken on a tour, gazing at the monuments he knew so well inside and out, and wondered if the Jumeleine mission could be one of the easiest he ever had.
Then the recorded sound started to fritter. A static sound covered the woman’s voice and another voice took over “Mr. Bond, we know you are here. Do not try anything funny or you will regret it. Next stop, the other passengers will be asked to get off the bus. You stay on board and all will be well.”
He recognized the driver’s voice. Looked around himself and calculated a way to get out. He decided that the best plan would be to stay on the bus and find out more about the young woman’s plans when they were one on one. She could be a desirable help in the mission.
The next station, the young woman pretexted a flat tire and asked all the passengers to please get off the bus.
Bond waited, still sitting on his seat on the upper platform of the bus.
Instead of coming up to him, however, the woman started the engine again, and abruptly pulled away from the sidewalk where they had been parked. At the same time, cage-like grids rose up from the sides of the bus and created a roof above his head. Similar fence blocked the door to the lower levels, thus trapping him in a metal cage that was solidly fastened on all sides. Bond was now feeling the bus gathering speed, which was also increasing the feeling of cold that he was already feeling. The bus was now taking him at full speed toward a destination he had no knowledge of. And he started regretting his first idea which was of escaping as soon as he heard the change of plan. His hair mussed up by the cold and humid wind felt deranged on his head.

(to be continued next week)

IN FLIGHT ENTERTAINMENT / DIVERTISSEMENT EN VOL

airliner window

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IN FLIGHT ENTERTAINMENT
Some, like Proust, lie in bed to write
Some others have chronic fatigue syndrome
No such things for me
A long flight is the only time
I have to share the language of reading and writing
Taken hostage of a cabin.
On the ground, always something to do
I flail my arms like a chicken with its head cut off
In the air I am tamed.

* * *

DIVERTISSEMENT EN VOL
Certains, comme Proust, se couchent pour écrire
D’autres ont le syndrome de fatigue chronique
Rien de ça pour moi
Un long vol est le seul moment
Que j’aie pour partager le langage de la lecture et de l’écriture
Prise en otage d’une cabine.
Au sol, toujours quelque chose à faire
Je m’agite comme un poulet décapité
Dans les airs, je suis apprivoisée.

PHOTO SHOOT

IMG_0457

Toute photo a une ou des histoires. L’histoire que je raconte ici s’est passée il y a quelques années. La photo est celle de mon profile sur un site de rencontre aux Etats-Unis où je me suis inscrite pendant quelques années. (Heureusement tout ça est fini.)

Donc aujourd’hui, histoire personnelle, en Français et en anglais:

 

Photo shoot

J’ai beaucoup de “J’aime” de ma photo de profil sur Match.com. Là encore, tout est relatif, je ne sais pas combien de «j’aime» ont les autres femmes. “On dirait que tu penses quelque chose”, a dit un homme du nom de Mark. C’était un bon début.
J’étais en effet en train de penser à quelque chose, et c’est ce que je vais relater ici.
Quand je vois la photo maintenant, je ne vois qu’un sourire amusé, presque tendre, les yeux regardant directement le spectateur. J’imagine que cela donne l’impression aux membres du site de rencontres que je pourrais les regarder avec ce même regard malicieux mais indulgent, un aperçu de notre relation.

Cette photo a été prise à la fin de la session et j’étais assis dehors sur le petit mur de pierre de ma cour. Nous avions passé au moins deux heures à prendre des photos et je venais de passer d’un jean à une robe noire sans manches avec des bottes en daim pour prendre des photos à l’extérieur, ainsi qu’à ma veste en cuir noir, car il ne faisait plus très chaud.
C’était fin octobre. J’avais perdu mon bronzage. Ma peau est pâle et mes cheveux décoiffés. Je n’ai pas préparé cette séance photo en allant dans un salon de coiffure parce que je voulais avoir l’air naturel.
Ce que les gens ne peuvent pas lire, c’est à quel point j’étais soulagée, à quel point heureuse d’être encore en vie et en bonne santé, et fière de moi et de mon sens de l’aventure. Et je ressentais aussi, oui, de la compassion pour la personne avec qui je venais de passer plus de deux heures. Compassion et tendresse pour un être humain qui tentait sa chance dans d’étranges entreprises semblables aux miennes. Deux âmes légèrement aventureuses et un peu perdues qui avaient partagé un moment improbable.

Je venais de rejoindre un site de rencontres en ligne. Un des problèmes était que je n’avais pas de photo de profil appropriée. Depuis le divorce, trois ans auparavant, personne n’avait pris une photo décente de moi. Ma fille aînée prend beaucoup de selfies.
Je me suis donc lancée dans une recherche de photographes sur internet, mentionnant que je souhaitais des portraits naturels, plus «moi-même sous un bon jour» que la pose de boudoir. C’était une idée qui me plaisait. Était-ce vain de payer un photographe? Ou était-ce simplement que nous vivons à une époque de marketing visuel. Un reste d’éducation catholique me répétait que je me montrais narcissique et superficielle.
Luttant contre cette idée, je cherchais des idées de poses intéressantes susceptibles d’attirer les « bons » hommes: moi avec un livre, ou l’air malin avec un poing sous le menton comme le penseur de Rodin; moi avec des lunettes.

Deux personnes ont répondu à ma demande de photographe: l’une d’entre elles était une femme à la fois professionnelle et peu fiable. Sa page Web affichait beaucoup de photos très à la mode et modernes, des images avant-gardistes de femmes au maquillage excentrique dans des vêtements étranges dans des poses qui auraient pu être inspirées par… la drogue? Peu fiable car elle me donnait l’impression que je la dérangeais et que mon humble demande était une perte de son temps précieux. Mais après quelques courriels, elle a accepté de me «caser» de bonne heure un samedi matin au parc voisin, avant un mariage.

Le deuxième photographe était un homme dont les prix étaient légèrement inférieurs. Il y avait moins de photos, mais les clients disaient qu’il les avait mis à l’aise et qu’ils le recommandaient.

Comme j’avais de la difficulté à choisir entre les deux, tout en sachant que je dépensais beaucoup trop d’argent dans ce projet, j’ai pris deux rendez-vous: un le matin avec la femme et un l’après-midi avec l’homme.

Ce samedi matin était une matinée d’automne lumineuse et froide. J’avais apporté des vêtements de rechange pour plusieurs looks. La jeune femme m’a demandé de rejeter la tête en arrière dans des rires forcés et a tourné sa caméra vers moi en position de tir. «C’est ce que nous faisons tous en séance photo!» m’a-t-elle assuré. Nous avons pris des photos avec des lunettes, avec un livre, avec des arrière-plans différents. Je dois admettre que les photos résultantes ne montrent pas de fausseté. Le regard était heureux et léger.
J’ai essayé d’utiliser ces images, mais elles n’ont jamais reçu beaucoup de «J’aime.»

Le deuxième rendez-vous m’intriguait, car l’homme avait annoncé qu’il apporterait son propre studio portable, notamment des flashes et des parapluies. Si j’étais un peu inquiète à l’idée d’être seule avec un inconnu alors que personne ne le savait, je mettais cette pensée de côté. L’idée de parler de la situation avec qui que ce soit m’embarrassait. Et il y avait le frisson de l’inconnu, un roulement de dés qui n’était pas désagréable.
Je mis un jean et une chemise ample et soyeuse, tenue qui me semblait naturelle et sans équivoque quant à mes motifs.

Au début de l’après-midi, une camionnette blanche s’est garée devant ma maison et j’ai descendu l’escalier pour rencontrer mon photographe. Il sortit de la voiture un homme de petite taille dont l’abdomen semblait flotter autour de lui comme une énorme bouée de sauvetage. Il se dirigea vers l’arrière de son camion et ouvrit la porte. Un polo blanc à manches courtes trempé de sueur lui collait au dos, tandis qu’un pantalon beige était fixé au haut de son énorme milieu par une ceinture. J’observai comme la chair vacillante remplissait le pantalon comme de l’eau moulant le fond d’un sac en plastique de poisson rouge et je me demandai quelle forme avait son anatomie là dessous. À quoi Humpty Dumpty ressemblait-il sans vêtements? Était-ce liquide, solide ou gazeux? Je ne pouvais pas toucher, je ne pouvais pas regarder, juste prétendre que j’étais parfaitement préparée à cela.

L’homme avait l’air occupé, s’occupant du matériel qui se cachait dans le coffre.
«Je dors dans ma voiture quand je pars loin de chez moi» a-t-il déclaré. «J’ai donc tout dedans: sacs de couchage, oreillers. Ne faites pas attention au désordre. »

Une autre femme que moi aurait trouvé un prétexte pour annuler le rendez-vous sur-le-champ, mais je suis en général trop polie ou trop peu incline à affirmer mes sentiments ou mon intuition. Il s’agissait peut-être d’un génie qui s’était laissé aller alors qu’il amenait son art à des sommets sans pareils grâce à un dévouement désintéressé et total à son travail. Les images résultantes seraient peut-être la vision artistique transparente et claire d’un artiste unique et je serais désolée d’avoir laissé passer cette occasion.
Il sortit quelques sacs noirs graisseux du coffre, ainsi qu’un ensemble de parapluies plus ou moins blancs.
Il était encore temps de lui dire poliment qu’il y avait un malentendu et qu’il devrait partir – mais il était venu du New Hampshire, si je me souvenais bien, et je ne pouvais pas le renvoyer sur son chemin.

Je lui ai montré ma porte et je l’ai aidé à porter son équipement. Il a monté les marches en soufflant, a posé le parapluie qu’il portait à la main et a pris une pause pour reprendre son souffle et s’éponger le visage.
«Tout d’abord, je veux que vous compreniez que vous êtes belle. Vous êtes une belle femme.” Je me demandais s’il flirtait avec moi ou si c’était sa routine habituelle pour mettre à l’aise. Son visage et ses expressions étaient relativement normaux.
«Je vais vous montrer une vidéo que je montre à mes clients. Je fais beaucoup de portraits de lycéennes… tant de jeunes-femmes ne voient pas leur propre beauté… »
«Je connais le film», ai-je répondu. “Je viens de le voir sur YouTube. Il montre des femmes à qui on demande de se décrire, et elles qui se décrivent comme peu attrayantes.» Il a évidemment supposé que je n’étais pas à l’aise avec ma propre image et que j’avais besoin d’encouragement. Son hypothèse m’intriguait, surtout de la part de quelqu’un avec son apparence.

«Mon père était un photographe légiste», a-t-il déclaré en ouvrant le plus grand des parapluie blancs dans mon salon. «J’ai donc suivi ses traces. Tout au moins avec la photographie. Je suis à la retraite, vous voyez. Alors je fais ça sur le côté. J’ai suivi un cours en ligne de troisième cycle en photographie. J’ai fait des séances photo sur des plateaux de tournage au Japon. Je voyage beaucoup pour mes employeurs. »

Il avait commencé à prendre des photos alors que j’essayais de comprendre ce qu’il avait fait exactement, mais le laissais surtout parler.
Il prenait des photos tout en parlant. Une devant mes livres. Une dans l’escalier. Une autre où je regardais à travers les rails de la rampe.
“C’est vrai? Où êtes-vous allé la dernière fois? »

“Il y a quelques années, j’étais au Japon. C’était un décor de film. Un hôtel très cher. Incroyable, ce genre de “milieu”. Il y avait des jeunes filles qui faisaient une séance photo. Et puis elles avaient bu, ces pauvres filles, des américaines, hors de contrôle. Aucune surveillance parentale… »
Clic, clic.
Et ensuite: « … on peut baisser les stores ici? Pour la lumière? »
Je me suis vu hocher la tête, me demandant pourquoi je laissais ce type nous enfermer dans une pièce maintenant sans fenêtre.

Il empilait d’autres parapluies dans un coin.
«Un jour, il y avait cette pauvre fille, elle était ivre et s’est évanouie sur le trottoir, sa jupe relevée à la vue de tous. Vous savez, une belle fille, un mannequin, et je pense qu’elle a été violée là-bas. ”
«Oh non», je compatissais, comme s’il n’y avait rien d’étrange dans cette image. Pourquoi diable me racontait-il des histoires de filles violées. Était-ce une autre façon de me mettre à l’aise?
Pourtant, je n’étais pas vraiment inquiète que cet énorme tas de tissu adipeux puisse me faire du mal. En outre, je n’étais pas une fille mais j’approchais de la cinquantaine. Je me demandais s’il testait le terrain, s’il voulait savoir si ses fantasmes me feraient de l’effet.
Il me contournait, déplaçant sa caméra sous un certain angle, puis un autre. Se rapprochant, mais ne me touchant jamais.
Clic.

Il me demanda de m’asseoir sur le canapé, de regarder sa caméra d’une façon puis de l’autre, à droite, à gauche.
“Gardez la tête haute, ne baissez pas le menton.” disait-il avec un air d’autorité expérimentée. » J’obéissais. Je ne voulais pas de double menton. Le suspense montait dans mon esprit quant aux images résultantes – et s’il savait ce qu’il faisait?

Puis-je enlever mes chaussures? » Lui ai-je demandé, maintenant assise sur mon canapé, les genoux sous le menton, les bras les entourant dans ce que je pensais être une position détendue et confortable.
«Non, pas encore.» Dit-il.
Je me demandais s’il voulait dire que nous y arriverions plus tard et cela me rappelait avec inquiétude la carrière médico-légale de son père.
Alors j’ai gardé mes chaussures, dans un stade transitoire dans lequel je ne pouvais pas décider si je devais partir au pas de course ou si j’avais une trop forte réaction face à une situation étrange.
«Souriez comme si vous veniez de gagner à la loterie!» dit-il. Là, ça allait mieux.
«Mettez votre visage contre le miroir et regardez la caméra. Gardez la tête haute!”
Maintenant, au piano. Asseyez-vous au piano et faites comme si vous jouillez.

Clic.

“Voulez-vous changer de vêtements?”
“Peut-être. Je ne sais pas.”
J’avais parlé de vêtements de rechange, mais je devais maintenant réfléchir à nouveau.

Il a continué à prendre des clichés, regardant ensuite les photos sur l’écran de l’appareil, s’exclamant avec satisfaction. “Je pense que vous allez aimer!” Mais j’évitais soigneusement de rassembler nos têtes devant l’écran.

“Ces sites de rencontres en ligne …” “Ils veulent des images sexy”, dit-il ensuite.
Je n’étais ni d’accord ni pas d’accord, pensant qu’il confondait avec des sites d’escorte. Puis, contrairement à mon propre bon sens, la curiosité a pris le dessus sur une étrange atmosphère exhibitionniste. Qu’est-ce qui pourrait arriver?

Cet homme obèse aurait-il pu me faire du mal? Est-ce que ça m’amuserait de poser pour des photos érotiques devant cet inconnu que je trouvais franchement repoussant? Serait-ce une sorte de fantasme de la Belle et la Bête?
En quelque sorte, je me sentais en position de force face à un voyeur anodin et oui, ce jeu m’amusait un peu.

“Une fois, j’étais dans une maison …” dit-il, “ces filles m’avaient engagé pour prendre des photos de boudoir. C’était dans leur sous-sol… un sous-sol fini, avec des canapés et des tapis. Nous avons fait des photos de lingerie. Deux belles filles…
Je le regardais se vanter tout en manœuvrant son corps agilement autour des meubles pour avoir une meilleure vue. À quel point les pensées et les sentiments peuvent-ils être complexes et contradictoires? Je dissimulais mon inquiétude et mon dégoût sous un masque impassible, même souriant, et me sentais à la fois curieuse et consternée, audacieuse et effrayée, à la fois en position de pouvoir et soumise à des pensées conflictuelles.
«Et puis, leur petit ami est arrivé. Les filles ne savaient pas qu’elles allaient arriver. Nous avons donc dû tout brouiller et tout cacher.
“Vraiment?”
“Oui. Ils auraient été jaloux. Je fais beaucoup de photos comme ça. Photos Boudoir. Pour les filles, les enterrements de vie de jeune fille … ”

Il avait pris beaucoup de photos de moi à ce stade. Nous avions en effet parlé de vêtements de rechange. Je me demandais ce que je risquais de changer en robe. Après tout, j’avais prévu de porter diverses tenues.

“OK si je mets une robe? Je reviens.”
Dans ma chambre j’enfilai une robe classique en laine noire sans manches, avec un col ras du cou modeste et une longueur au niveau des genoux. Je pensais que ça m’allait bien. Je mis aussi des bottes en daim marron. A mon avis, le tout était chic et sexy sans être immature.

«Ces sites de rencontres en ligne veulent des photos sexy», a-t-il répété. La sueur roulait sur son visage. «Allongez-vous sur le canapé, sur ton ventre… Mains sur les bras. Maintenant regardez-moi. Ayez l’air heureuse.» Il tenait son corps maladroit en face de moi. Clic.
“Oui. Heureuse. Ils veulent une belle femme heureuse. ”

“Je fais ça parfois les week-ends”, a-t-il déclaré, “c’est comme une récréation”.

Depuis que je jouais à son jeu, me sentant relativement en sécurité, je souriais pour la caméra. Certaines limites avaient été brouillées et cela ne me dérangea pas vraiment quand il vint autour du canapé pour ajuster le bas de ma robe – vers le haut ou le bas, je ne pouvais le dire.

J’étais l’objet du désir, pas une victime.

Son geste était très léger. Et je me sentais étrangement puissante, après le lui avoir permis.

Il a déplacé son parapluie, observant les résultats sur son écran de caméra.

«Ma femme est morte il y a cinq ans, vous savez. Alors maintenant je suis célibataire. Comme vous. Je cherche un rendez-vous. ”
« Elle aimait faire du bateau avec moi. J’ai un bateau mais je ne veux plus faire du bateau seul. Vous aimez les bateaux? »

“Pas vraiment” répondis-je vaguement. Je ne voulais pas encourager ce genre de pensées, mais d’une manière ou d’une autre, ce changement dans la direction de la conversation était un soulagement – je m’étais vue passer d’un objet médico-légal à un modèle érotique en une petite amie potentielle. Pendant un moment, il m’a parlé de sa femme, décédée quelques années auparavant, qui avait adoré faire du bateau.

“Vous vouliez des photos en plein air?” demanda-t-il ensuite. “J’ai toute la journée si vous voulez.”
D’accord. Nous pourrions aller dehors.
Je me suis levée du canapé, ai marché jusqu’à la porte et ai pris ma veste en cuir.

L’air était frais. C’était comme sortir des eaux troubles dans lesquelles nous naviguions.
Assise sur le petit mur de pierre à la vue de tous les voisins, je pouvais sourire avec un sourire différent – un mélange de soulagement, de compassion, d’amusement et d’aventure.
Cette photo est celle que j’ai choisie pour mon profil.

Il lui a fallu un certain temps pour m’envoyer les photos. Lorsque j’ai ouvert le fichier, j’ai constaté que la plupart d’entre elles étaient horribles. Comme celle où je suis assise pieds nus sur le canapé (j’ai insisté pour enlever mes chaussures à un moment donné) et qui ressemblait vraiment à une photo de police scientifique (peau de mon pied pâle et boursouflée). Dans la plupart des images, un objet au hasard apparaît dans le coin: une prise de courant, le pied de son trépied, un anneau sombre de sueur sous le bras. Sur certaines images, je parais vingt ans de plus, chaque ride, chaque bouton de menton, chaque bosse et chaque pli étant mis au premier plan,
Ma rosacée n’a jamais été aussi visible que sur les images en miroir, où elle est apparait rose fuchsia. C’est le moment où j’aurais dû m’en tenir à ce qu’il a dit au début, et croire en ma propre marque de beauté.

“Je peux utiliser n’importe quelle photo avec Photoshop! Si vous voulez!” Insista-t-il au téléphone. De toute évidence, il tenait à utiliser le logiciel qu’il avait appris. “Je vais travailler sur l’une d’entre elles et vous l’envoyer comme échantillon”, a-t-il ajouté.

Quelques jours plus tard, j’ai reçu une photo retouchée. Il l’avait tellement travaillé que je ressemblais à Michael Jackson après une énième opération.
Je n’aurais pas dû lui dire ça parce que ça l’a froissé. C’était notre dernier échange. Je n’en voulais pas plus de lui, mais je me suis sentie un peu coupable d’avoir heurté ses sentiments. Je ne voulais pas.
Parmi toutes les photos, il y en a deux que j’aime bien: celle que j’ai utilisée pour mon profil, avant les retouches. Et celle où j’étais allongée sur le canapé, mettant en scène son fantasme: “Une belle femme heureuse.”
Mais je ne suis pas sûre de pouvoir l’utiliser comme photo de profile.

* * *

Photo shoot

I have many “Likes” of my profile picture on Match.com. Then again it is all relative, I don’t know how many “Likes” the other women get. “You look like you’re thinking something” a man named Mark said. That’s a good start.
I was indeed thinking something, which is what I am going to relate here. When I see the picture now, I only see an amused, almost tender smile with eyes directly looking at the viewer. I imagine it makes the dating site members feel that I could be looking at them with this mischievous but indulgent gaze, a preview of our relationship.

That photo was taken at the end of the session, and I was sitting outside on the short stone wall in my yard. We had spent at least two hours shooting photos, and I had just changed from jeans to a sleeveless black dress and suede boots to take pictures outside, and my black leather jacket because it wasn’t that warm anymore.
It was late October. I had lost my tan. My skin looks pale and my hair disheveled. I didn’t prepare for this photo session by going to a salon because I wanted to look natural.
What people can’t read is how relieved I was then, how happy to be still alive and well, and proud of myself for my sense of adventure. And I felt, also, yes, compassion for the person I had just spent over two hours with. Compassion and tenderness for a fellow human trying his luck at odd endeavors not unlike mine. Two slightly adventurous and mildly lost souls who had shared an improbable playdate.

I had just joined an on-line dating site. A problem was that I didn’t have a suitable profile picture. Since the divorce three years before, nobody had taken a decent photo of me. My older daughter takes a lot of selfies.
So I went on an online search for photographers, mentioning that I was looking for natural portraits, more “myself on a good day” than boudoir pose. It was an exciting idea. Was it being vain to pay a photographer? Or was it just that we live in times of visual marketing. I had a remainder of catholic education that kept telling me that I was being narcissistic and shallow.
Battling with the idea, I still looked for ideas of interesting poses that would attract the right men: me with a book, me looking smart with a fist under my chin like Rodin’s thinker; me with glasses.

Two individuals responded to my request for a photographer: one was a woman who sounded half professional and half unreliable. Her web page advertised a lot of very trendy and modern photos, avant-garde images of women in eccentric make-up and skimpy clothes in definitely unusual poses that could have been inspired by …drugs? Unreliable because she made it sound like I was bothering her and my humble request a waste of her precious time. But after a few emails, she accepted to “squeeze me” early on a Saturday morning at the nearby State park, before a wedding.

The second photographer was a man with slightly lower prices. There were fewer pictures, but customers’ reviews said that he made the model feel comfortable, and that they would recommend him.

Since I had trouble choosing between the two, though aware that I was spending far too much money on this, I booked two appointments: one in the morning with the woman and one in the afternoon with the man.

That Saturday morning was a bright and cold fall morning. I had brought too changes of clothes. The young woman instructed me to throw my head back to pretend fits of laughter and pointed her camera at me in a gunshot position. “That’s what we all do on photo shoots!” she assured me. We took photos with eyeglasses, with a book, with different backgrounds. I have to agree that the resulting photos didn’t show fakeness. The look was happy and light.
I tried using a lot of those pictures, but they never received many “likes:”

I was curious about the second appointment because the man mentioned he would bring his own portable studio, including flash units and light umbrellas. If I was slightly nervous about being alone with a perfect stranger while nobody knew about it, I put the thought aside. I didn’t want to embarrass myself sharing the situation with anyone. And there was the thrill of the unknown, a rolling of the dice that was not unpleasant.
I put on a pair of jeans and a loose silky shirt, which I thought would look natural and unambiguous about my motives.

Early afternoon, a white van parked in front of my house and I came down the stairs to meet my photographer. Out of the car came a short man with an enormous middle that seemed to float around his core like a life buoy. He waddled to the back of his truck and opened the door. A white short-sleeved polo shirt clung to his back with sweat while tan pants were fastened to the top of his huge middle with a belt. I watched how the wobbly flesh filled the pants like water molding the bottom of a goldfish plastic bag and caught myself wondering what shape his anatomy had taken underneath. What would Humpty Dumpty look like naked? Was it liquid, solid or gas? I couldn’t touch, I couldn’t stare, just pretend that I was perfectly prepared for this.

The man looked busy, fussing with the equipment that was hiding in the trunk.
“I sleep in here when I am traveling away from home” he said. “So I have everything in here: sleeping bags, pillow. Don’t pay attention to the mess.”

Another woman would have found an excuse to cancel the appointment on the spot, but I am generally too polite, or too unwilling to assert myself or my gut feelings – I reasoned that I should not judge a book on its cover, that maybe that man was a genius who had let himself go to lard while bringing his art to unparalleled heights of mastery through selfless devotion and total dedication to his work. Maybe the resulting pictures would be the transparent, clear artistic vision of a unique artist and I would be sorry to have let that opportunity go.
He pulled a couple of greasy black bags out, and a set of suitably white umbrellas.
It was still time to tell him politely that there was a misunderstanding and that he should go – but he had driven all the way from New-Hampshire, I remembered, and I couldn’t just send him back on his way.

I showed him my door and helped him carry his equipment. He puffed up my stairs, put down his umbrella, and took a break to catch his breath and sponge his face.
“First of all, I want you to understand that you are beautiful. You are a beautiful woman,”
he said. I wondered if he was flirting with me, or if it was his regular make-them-comfortable routine. His face and expressions were relatively normal.
“I will show you a video that I show my clients. I do a lot of senior portraits… so many women don’t see their own beauty…”
“I know the movie,” I answered. “just saw it on YouTube. It shows women asked to describe themselves, and they describe themselves as unattractive.” He obviously assumed that I was not comfortable with my own self-image, and needed encouragement. I was intrigued by his assumption, especially coming from someone with his looks.

“My father was a forensic photographer” he said, opening the largest white umbrella in my living room. “So I followed in his footsteps. Well, at least with photography. I am retired you see. So I do this on the side. I took an online graduate course in photography. I have done photo-shoots on movie sets, in Japan. I travel a lot for my employers.”
He started taking pictures while I tried to understand what exactly he had done, but mostly let him speak.
He was taking pictures while talking. One in front of my books. One in the stairs. One looking through the banister rails.
Really? Where did you last go?

“A couple years ago I was in Japan. It was a movie set . A very expensive hotel. You can’t believe that kind of “milieu”. There were young girls doing a photo-shoot. And then they get drunk, those poor girls, American girls, out of control. No parental guidance…
Click, click.
And then: “… can we pull down the blinds here? For the light?”
I saw myself nodding, wondering why I was letting this guy enclose us in a now windowless room.
He put up more umbrellas in a corner.
“One day, there was that poor girl, she was drunk and passed out on the sidewalk, her skirt lifted up for everyone to see. You know, a beautiful girl, a model, and I think she had been raped there.”
“Oh no,” I empathized, as if there was nothing wrong with this picture. Why on earth was he telling me stories of girls being raped. Was it a way of making me feel comfortable?
Yet I was not exactly worried that this massive heap of adipose tissue could do me any harm. Also, I was not a girl but on the mature side of forty-five. I wondered if he was testing the water, if he wanted to know if I would be oddly turned on by his fantasies.
He stepped around me, moving his camera in a certain angle, and then another. Getting closer, but never touching me.
Click
He asked me to sit on the couch, to look at his camera this way, to the right, to the left.
“Keep your chin up, don’t put it down.” he said, with an air of experienced authority. I obliged. I didn’t want to look like I had a double chin. The suspense was building up in my mind about the resulting pictures – what if he knew what he was doing?

Can I take off my shoes?” I asked him, now sitting on my couch with my knees up, arms circling them in what I thought was a relaxed, comfortable look.
“No, not yet.” He said.
I wondered if he meant we’d get there later, and was uneasily reminded of his father’s forensic career.
So I kept my shoes on, in a limbo stage in which I could not decide if I should run, or if I was only over-reacting to an odd situation.
“Smile as if you had just won the lottery!” he said. I felt better about that.
“Put your face against the mirror and look at the camera. Keep your chin up!”
Now, at the piano. Sit at the piano and pretend you are playing.”
Click.

“Do you want to do a change of clothes?”
“Maybe. I don’t know.”
I had talked about a change of clothes, but now had to think again.

He kept shooting at me, looking at the photos in the camera screen afterwards, exclaiming with satisfaction. “I think you’ll love that one!” he said sometimes. But I carefully avoided bringing our heads together over the viewer.

“Those online dating sites… “ “they want sexy pictures” he then said.
I didn’t agree nor disagree, thinking he was mixing up with escort sites. Then, against my own usual common sense, curiosity took over with a strange exhibitionist vibe. What on earth could this obese man do to harm me anyway? Would I be turned on by posing for erotic photos for this stranger who I honestly foond repulsive? Could this be a sort of Beauty and the Beast fantasy?
Somehow I feel in a position of power in the presence of an innocuous voyeur and yes, slightly turned on about playing that game.

“Once, I was in a house…” he said, ”these girls had hired me to take Boudoir pictures. It was in their basement … a finished basement, with sofas, and rugs. We did lingerie pictures. Two young beautiful girls…”
I watched him bragging, maneuvering his rolly-polly self around the furniture to catch a better glimpse of me. How complex and contradicting can ones thoughts and feeling be? I was hiding my uneasiness and distaste under an unaffected even smiling mask, feeling curious and appalled, daring and scared, both in power and subjected to conflicted thoughts.
“And then, their boyfriend arrived. The girls didn’t know they were coming. So we had to scramble and hide everything.”
“Really?”
“Yes. They would have been jealous. I do a lot of photos like that. Boudoir photos. For girls, bachelorette parties…”

He had been taking a lot of pictures of me by now. We had indeed talked about a change of clothes. I wondered what I risked about changing into a dress. After all I had planned to have a variety of outfits.

“OK if I change into a dress? I’ll be back”
I came back from my bedroom with a classic sleeveless black wool dress with a modest crew neck and length that hit right at the knees. I thought it looked good on me. I also put on brown suede boots. In my opinion the whole thing was classy yet sexy in a mature way.

“Those online-dating websites, they want some sexy photos” he repeated. Sweat was rolling down his face. “Lie down on the couch, on your belly… Chin on your arms. Now look at me. Look happy.” He stood in front of me, his awkward body facing me. Click.
“Yes. Happy. They want a beautiful happy woman.”

“I do this on week-ends sometimes,” he said, “it’s like a playdate.”

Since I was now playing his game, feeling relatively safe, I smiled for the camera. Some boundaries had been blurred and I didn’t really mind when he came around the couch and adjusted the hem of my dress – either up or down I could not tell.

I was the object of desire, not a victim.
His gesture was very light. Almost tentative. And I felt oddly powerful, having allowed him this gesture on my person.

He moved his umbrella, fussing at the results in his camera screen.

“My wife died five years ago, you know. So now I am single. Like you. I am looking for a date.”
She loved boating with me. I have a boat. Now I don’t want to boat alone. Do you like boats?”

“Not really.” I answered vaguely. I didn’t want to encourage his dating thoughts but somehow, this change in the path of the conversation was a relief – I had seen myself shifting from forensic object to erotic model to potential girlfriend. For a while, he told me about his wife who passed away a few years before. She had loved boating.

“Did you say you wanted outdoor pictures?” he then asked. “I have all day if you want.”
“OK. We could go outside.”
I got off the couch, walked to the door and picked up my leather jacket.

Fresh air. It was like stepping out of the murky waters we had been wading in.
Sitting on the short stone wall in view of all the neighbors I could smile a different smile – in the know, a mix of relief, compassion, amusement and adventure.
That photo was the one I chose for my profile.

It took him a while to send me the pictures. When I opened the file, I found that most of them were terrible. Like the one where I sat on the couch barefoot (I did insist on taking off my shoes at some point), and it did look like a forensic picture (my foot’s pale bloated-looking skin). In most of the pictures, a random object appears in the corner: an electric outlet, the foot of his tripod, a dark ring of sweat under my arm. On some pictures I look twenty years older, with every invisible wrinkle, chin pimple, bump and crease brought to the fore and into focus,
My rosacea has never been as visible as in the mirror pictures, where it has seemingly turned fuchsia pink. This is the time when I should stick to what he said first and believe in my own brand of beauty.

“I can Photoshop any photo! If you want!” he insisted on the phone. He clearly enjoyed using the software he had learned. “I will work on one of them and send it to you as a sample” he added.

A couple days later, I received a touched-up photo. He had done so much work on it that I looked like Michael Jackson after one more surgery.
I shouldn’t have said that to him because it hurt his feelings. That was our last exchange. Not that I wanted more from him, but I’ll always feel slightly guilty at having hurt his feelings. I didn’t mean to.
Among all the photos, there are two that I like: the one I used in my profile, before touch-up. And the one he took as I was lying on the sofa, indulging his fantasy: “A Happy beautiful woman.”
But I am not sure I could use this as my profile picture.

Dernier concombre du gar…

photo of cucumbers and tomatoes in wooden crates

Photo by Nuzul Arifa on Pexels.com

Dernier concombre du gar…

Avec les années, ma vue ne s’arrange pas, l’astigmatisme de naissance est compensée par la myopie, ce qui fait que je ne porte pas de lunettes depuis une dizaine d’années, un grand bonheur. Ceci dit, mon cerveau actif et imaginatif a appris à compenser ma vision quand même hautement défaillante en proposant les vues de mon esprit.
Par exemple, ce matin, je passais en revue le contenu de ma boite mail quand je suis tombée sur le poème du jour. (Je suis abonnée à deux de ces organisations.)
Le titre était: “last cucumber from the gar… (“dernier concombre du gar…)
La fin était tronquée par l’étroitesse de l’écran. Donc dans ce cas précis, ce n’était pas une défaillance de vue, mais mon cerveau a tout de même fait la gymnastique de remplissage:

le dernier concombre du garage, bien sûr.

J’ai trouvé que c’était un bon titre. J’ai été interpellée.

J’ai été transportée dans le garage de ma grand-tante en Bretagne. Un modeste bungalow dans la cité ouvrière du village.
On entrait dans cette maison par le garage qui sentait fort l’essence, le mazout, le chien et quelque chose de frais. A l’autre bout se trouvait l’entrée du jardin, un petit lopin de terre où ma Tante Renée et son mari faisaient pousser quelques légumes.
Mais surtout, à l’entrée de la porte intérieure qui donnait accès à la maison, elle entreposait ses légumes – quelques tomates, courgettes ou concombres – dans des cageots pour les garder au frais.
J’ai donc eu la vision de ces derniers concombres du garage dans la demi-pénombre de souvenirs d’enfance. Et puis j’ai passé la tête par la porte pour entrer dans le salon qui lui, sentait une autre odeur, aussi forte, de feu de cheminée. J’ai revu des scènes joyeuses de famille – les apéritifs des adultes, les cacahuettes pour les enfants, le feu dans la cheminée, il y a plus de quarante ans. J’aurais pu continuer ma visite, la cuisine avec une bouteille d’Evian sur le radiateur, un flacon de Chanel sur le frigo; monter l’escalier de bois et jeter un coup d’oeil à sa dernière création de couturière sur le modèle en bois, les épingles et les bouts de tissus colorés sur le plancher, la caverne d’Ali Baba de mes sept ans.
Je ne me suis pas attardée. Je suis retournée au dernier concombre du garage, puis à ma messagerie.

Puis j’ai ouvert le poème pour voir le traitement personnel de l’auteur. Et c’est là que j’ai reconnu mon erreur.

“last cucumber from the garden (in conversation w/ Julie Gezelle Patton)” par giovanni singleton

If ⎷tomorrow – ⎷yesterday = now
And maybe
If silence : ⎷voice = holla 7.7 billion
Then perhaps
Stillness + birds in flight = joy infinite

 

ma traduction:

Le dernier concombre du jardin
Par giovanni singleton

Si ⎷demain – ⎷hier = maintenant
Et peut-être
Si silence : ⎷voix = salut 7.7 billion
Alors peut-être
Tranquilité + oiseaux en vol = joie infinie

Nulle question de garage! Ni de concombre d’ailleurs.  Bien que l’équation mathématique m’aie bien plu, j’ai préféré ma petite visite chez ma Tante Renée en Bretagne il y a presque un demi-siècle. Autant vivre dans le flou artistique.