W – Winnipeg

Gérard Dicks Pellerin  a-1640xl pc065135Back to my Canada alphabet. You will notice that I jumped to W. W for Winnipeg, and all I know about Winnipeg, I learned from Carol Shields.

This knowledge is very vague, in fact, and the inhabitants are all fictional characters.
I know there are flowering avenues, radio stations, and institutes that research mermaids.
This knowledge comes from a novel published 26 years ago, but classics do not age:

The Republic of Love, by Carol Shields, 1992.

In my opinion, it is not really a love story (I know some may argue) and it has nothing to do with politics in spite of the title.

Each chapter evolves around a week in the lives of two protagonists who do not know each other – Fay McLeod and Tom Avery, alternating. Two very different lives, with the sole common point the fact that they find themselves single. She is doing research on the topic of mermaids, and he works as a night radio show host.

They do meet halfway through the book, but that’s not really the point. The narrative resembles two lines that would meet at the vanishing point of a perspective drawing: the meeting point being very small in the distance. What takes the most space on the image are the other lines.

What matters is the stuff of their lives: Tom Avery’s radio show – there is no better situation in the world of creative writing to have fun with people’s calls. Zany is a word I would use to qualify Carol Shields’ humor. Here is a sample:

“Monday night down at CHOL is survey night. Listeners call in between 1:00 and 2:00 am to answer the question of the week. Tonight’s question is : What do you think about when you’re in the shower? […]
“I feel like a jerk in the shower,” a man says. He has a youthful voice with tenor margins to it.“ I feel dumb or drunk or something. It’s the steam. I’ve got this head of naturally curly hair, but in the shower it gets all slicked down so I look like a nerd. Looks are kind of like a priority, and with me, priorities come first.”
[…] “I study my shower curtains,“ an out of town caller reports. “I’ve got one of those map-of-the –world shower curtains and I would recommend it to any listener. It’s supposed to be accurate, and I’m telling you, the stuff I’ve learned. South America. Africa, too.”

What matters is the way Carol Shields writes, her style. She said that she wrote what she wanted to read but could not find. Hallelujah!

Another mine of good writing fun is the series of people they are going to date, independently. Tom takes us to his meetings at the Newly Single Club (that was way before internet), and we are treated to a parade of characters who are of course more unsuitable and crazier the ones than the next. One top of that, everyone seems to know each other in Winnipeg – they were married before, then divorced, then remarried, all among each other.

But none of this is important. It is all a vehicle for the language itself. It’s not about the plot or the characters at all, but all about the language, the images that appear, images of everyday life, but with a unique point of view, her twist. The language is never easy. A turn of sentence is never commonplace. Carol Shields elevates the mundane and makes us read twice. And yet it’s fun.

Some people die. But there is never too much drama in Carol Shields. Her characters are not two-dimensional, nor exactly wise either, but they do not express the extreme pathos you would find in common literature. This is serious literature after all. Sorry if I gave the wrong impression, but Carol Shields is a literary writer. Hers is a lucid, gentle, even-tempered eye. There is nothing really hip about her, she’s rather old school, old fashioned, with just a touch of class that is so endearing.

Three details I would pick in the book from the top of my head:

1) the character called Onion. (She is the reason why I wanted to write a poem with a leek in it, in a previous blog entry). There is a book based on her writings entitled “Startle and illuminate.” That’s what I mean: I was startled and I smiled (the illumination).

2) Her paragraph about the importance of rituals in the life of the character (the Saturday morning coffee meetings with her father). I realized I was craving routine as well. She made tangible, and validated for me a trait I would otherwise have considered pathetic .

3) She loves words. Let’s pick another passage:

“These rings they had picked at the last minute from Greening’s Jewelers on Graham Avenue. (“I tried to phone you a couple of weeks ago, “ the jeweler said rather crossly, “to tell you they were ready.”) The date engraved on the inside of the two rings could be changed later, but there would be a small charge, of course.
“And thereto I pledge you my troth,” Fay said. He could tell she loved that word “troth,” she said it so lingeringly, its long o sound.”

I would quote the whole book if I could. Every page is another excuse for more fun.
The most excitement I had from reading a book with a comparable mixture of intelligent literature and fun, is probably The Elegance of the Edgehog by Muriel Barbery or Self-Help by Lori Moore.
I have read most of Carol Shields’ many books, but this one is by far my favorite.

” ” “

51N6TFC3F4L__SX305_BO1,204,203,200_Je reviens à mon alphabet du Canada. Vous remarquerez que je suis passée directement au W. W. pour Winnipeg, et tout ce que je sais de Winnipeg, je l’ai appris de Carol Shields.

Ces connaissances sont en fait très vagues et les habitants sont tous des personnages fictifs.
Je sais qu’il y a des avenues fleuries, des stations de radio et des instituts qui font des recherches sur les sirènes.
Ces connaissances proviennent d’un roman publié il y a 26 ans, mais les classiques ne vieillissent pas:

La République de l’amour, par Carol Shields, 1992.

A mon avis ce n’est pas vraiment une histoire d’amour (ça se discute) et cela n’a rien à voir avec la politique malgré le titre.

Chaque chapitre évolue autour d’une semaine dans la vie de deux protagonistes qui ne se connaissent pas – Fay McLeod et Tom Avery, en alternance. Deux vies très différentes, avec pour seul point commun le fait qu’elles se retrouvent célibataires au même moment. Elle fait des recherches sur le thème des sirènes et lui a une émission de radio nocturne.

Ils se rencontrent à mi-chemin du livre, mais ce n’est pas vraiment le but. Le récit ressemble à deux lignes qui se rencontrent au point de fuite d’un dessin en perspective: le point de rencontre est très petit, au loin. Ce qui prend le plus d’espace sur l’image sont les autres lignes.

Ce qui compte, c’est le contenu de leur vie: Tom Avery anime une émission de radio – pas de meilleur moyen dans le monde de l’écriture créative pour s’amuser avec les questions de l’audience.  Voici un exemple:

“Lundi soir au CHOL est la nuit du sondage. Les auditeurs appellent entre 1h00 et 2h00 du matin pour répondre à la question de la semaine. La question de ce soir est: À quoi pensez-vous lorsque vous êtes sous la douche? […]
“Je me sens comme un abruti sous la douche”, dit un homme. Il a une voix jeune avec des marges de ténor. “Je me sens bête ou bourré ou quelque chose. C’est la vapeur. J’ai les cheveux naturellement bouclés, mais sous la douche, tout est lissé et j’ai l’air d’un ballot. Mon apparence est comme une priorité, et avec moi, les priorités viennent en premier. “
[…] “J’étudie mon rideau de douche”, rapporte un auditeur hors de la ville. “J’ai un de ces rideaux de douche avec la carte du monde et je le recommanderais à n’importe quel auditeur. C’est censé être exact, et je ne vous raconte pas ce que j’ai appris ! L’Amérique du sud. L’Afrique aussi. “

Ce qui compte, c’est la façon dont Carol Shields écrit, son style. Elle dit quelque part qu’elle a écrit ce qu’elle aurait voulu lire mais n’a pas pu trouver. Alléluia!

Une autre mine de plaisir à écrire est la série de personnes qu’ils vont rencontrer, indépendamment. Tom nous emmène à ses réunions du Club des Nouveaux Célibataires (c’était bien avant Internet), et nous avons droit à un défilé de personnages plus inadaptés les uns que les autres bien sûr . À cet égard, tout le monde semble se connaître à Winnipeg – ils se sont mariés , puis ont divorcés, puis se sont remariés, tous les uns avec les autres.

Mais rien de tout cela n’est important. C’est juste un véhicule pour le language lui-même. Il ne s’agit pas de l’intrigue ou des personnages, mais du language, des images qui apparaissent, des images de la vie quotidienne, avec un point de vue unique. Un style jamais facile. Un tour de phrase n’est jamais banal. Carol Shields élève le quotidien et nous fait lire deux fois. Et en plus c’est amusant.

Certaines personnes meurent. Mais il n’y a jamais trop de drame dans Carol Shields. Ses personnages ne sont ni bidimensionnels, ni exactement sages non plus, mais ils n’expriment pas le pathos extrême qu’on trouve dans la littérature générale. C’est de la littérature sérieuse après tout. J’ai peut-être donné la fausse impression, mais Carol Shields est un écrivain littéraire. Son œil est lucide, doux, et tempéré. Il n’y a rien de vraiment branché chez elle, elle est plutôt vieille école, un peu démodée, avec juste une touche de classe si attachante.

Trois détails que je choisirais au hasard:

1) Le personnage appelé Oignon. (Elle est la raison pour laquelle je voulais écrire un poème avec un poireau dedans, dans un blog précédent). Des proches ont écrit sur elle un livre intitulé “Startle and illuminate” basé sur ses écrits. C’est ce dont je parle: je suis surprise et je souris (l’illumination).

2) Son paragraphe sur l’importance des rituels dans la vie du personnage (les rencontres du samedi matin avec son père). J’ai réalisé que j’avais aussi envie de routines. Elle a rendu tangible et validé pour moi un trait que j’aurais autrement considéré comme pathétique.

3) Elle aime les mots. Choisissons un autre passage:

Ces bagues qu’ils étaient allés chercher à la dernière minute chez Greening’s Jewellers, avenue Graham. (“J’ai essayé de vous téléphoner il y a quelques semaines”, dit le bijoutier d’un ton un peu vexé, “pour vous dire qu’ils étaient prêts.”) La date gravée à l’intérieur des deux anneaux pourrait être changée plus tard, mais il y aurait un petite supplément, bien sûr.
“Et à mon tour, je te donne ma confiance (troth)”, a déclaré Fay. Il voyait bien dire qu’elle aimait beaucoup ce mot “troth”, elle l’avait dit en faisant trainer le « o ». “

Je citerais tout le livre si je le pouvais. Chaque page est une autre excuse pour plus de fun.
Un mélange comparable de littérature intelligente et d’humour, je ne l’ai trouvé que dans L’élégance du Hérisson de Muriel Barbery ou Self-Help de Lori Moore.
Parmi les livres de Carol Shields (je les ai tous lus) c’est de loin mon préféré.




Je voudrais vivre dans une pub des années soixante dix
Une pub de lessive qui sentirait la lavande
(le travail serait déjà fait, les draps pendraient dans la brise du soir)
Les couleurs technicolor seraient un peu passées,
Un peu fondues
Il y aurait des laitières qui vendraient du yaourt
Dans des clair-obscurs paisibles
Des Mère Denis qui glisseraient sur des tables cirées
Des pâtes Lustucru
De la purée Mousline
Il y aurait des chaussures Eram, tons orange et marron
Que je pourrais acheter avec mes sous d’aujourd’hui
J’aurais des jupes flottantes
Et peut-être même des collants Dim.
Il y aurait des bambins qui courraient le long des couloirs avec des rouleaux de papier toilette
Et des amis dans le salon
Et on boirait peut-être du Nescafé.

Ici et maintenant, le temps presse
Tout le temps
Pas le temps de se reposer dans les lumières feutrées
Du fini
On est assis sur le rebord tranchant du temps

Je ne regarde même plus la télé depuis qu’il y a trois-cent chaines
Et puis on y vend des choses pointues, métalliques
Pour que les choses aillent encore plus vite
Des ordinateurs gris-acier dans des décors aux tons acérés

Avant les choses étaient plus simples
Comme du pain, du vin, du Boursin
Et si on aimait ça, la Ricorée le matin.

Je n’y pense pas souvent, mais je les ai revues sur YouTube, ces pubs, et ça m’a fait l’effet détente d’une séance de massage + un bain Obao. J’aurais bien aimé, mais je n’ai pas pu les caser : les petits pois Cassegrain, les Fingers de Cadbury, les crackers Belin, le Crunch…

* * *


I would like to live in a seventies commercial
that sells lavender-scented detergent
(The work would already be done, sheets hanging in the evening breeze)
Technicolor tones would be slightly faded,
A little hazy
There would be dairy women selling yoghurt
In peaceful chiaroscuro
Mother Denis slipping on polished tables
Lustucru pasta
Mousline purée
There would be Eram shoes in orange and brown tones
Which I would buy with my current money
I would wear floating skirts
And maybe even Dim tights.
There would be toddlers running along corridors with toilet paper rolls
And friends in the living room
And we might be drinking Nescafe.

Here and now, time is pressing
All the time
No time to rest in the soft-focus
of the finished
We sit on the sharp edge of time

I do not even watch TV anymore with its three-hundred channels
Where they sell hard, metallic things
For things to go even faster,
Cutting-edge computers in steel-gray decors.

Before, things were simpler
Like bread, wine and Boursin
And if we liked that, Ricorée in the morning.

These commercials are probably not known to English speakers, although I don’t know. There could be equivalents. I don’t think about this very often but saw some again on YouTube, and the effect was that of a relaxing massage. I would have liked, but I could not fit them: Cassegrain peas, Cadbury Fingers, Belin crackers, Crunch chocolate bars …

Illustration : Vermeer, La laitière. Rijksmuseum, Amesterdam


Poker face


This morning, when putting on one of my boots
I felt something stuck inside
it was one of my cat’s toys
A bird that chirps

I pulled it out from the bottom,
and a feather fell out
On the floor

My cat was looking down at me
From the top of his perch
With a poker face.

Not a giggle
Not a smile
So I wondered
If it was really him

It may have been an accident
(like life on earth)
Or my daughter
But she is not here

Who else ?

It had to be him
Maybe he was laughing inside
About his fine joke

Or maybe it was a small gift to me
How to know for sure?
Cats only have one expression

In the absence of certainty
I told him I enjoyed his gift
And I also laughed out loud
For good measure.

He was still looking down at me
From the top of his perch
With a poker face

To thank him,
I went to get the catnip
Like every morning

I can’t wait till he finds tomorrow
This little poem I leave here for him!!

* * *


Ce matin j’ai trouvé dans une de mes bottes
Coincé au fond
Un des jouets de mon chat,
Un petit oiseau qui faisait cuicui

Je l’en ai sorti et une plume est tombée
Sur le plancher

Mon chat me regardait
Du haut de son perchoir
avec un regard impassible

Pas un sourire
Pas un hahaha !
Alors je me suis demandée
Si c’était vraiment lui
Ou si c’était un accident
(comme la vie sur la terre)

Ou bien encore ma fille ?
Mais elle n’est pas là

Qui d’autre ?

Ça devait être lui
Peut-être qu’il riait à l’intérieur
De sa bonne plaisanterie

Ou peut-être que c’était un petit cadeau surprise
Comment savoir à coup sûr?
Les chats n’ont qu’une seule expression

En l’absence de certitude
Je lui ai dit que j’appréciais son cadeau
Et j’ai bien rigolé
Pour la bonne mesure.

Il m’observait toujours
du haut de son perchoir
Sans rire ni sourire

Alors pour le remercier,
Je suis allée chercher l’herbe à chat
(Comme tous les matins)

Et puis…

La tête qu’il va faire
quand il va trouver
Ce petit poème que je laisse ici pour lui!!

Romeo 3




(followed by the English version)

Violette et Martin habitaient dans une modeste maison du village de Petiot, avec leurs deux filles, Truculence et Patate. Violette tenait un emploi de bureau à la mairie du village et Martin était professeur d’Anthropologie à la prestigieuse université de Tringueld, la ville voisine. Il avait acquis une certaine réputation dans son champ d’études (Données de terrain et appréhension de l’objet en Nouvelle Calédonie) et dans sa propre estime personnelle. Violette, elle, l’enviait un peu, parce qu’elle avait eu des ambitions d’études qui avaient été coupées court par la naissance des enfants.
Il y avait d’abord eu les biberons et les couches, puis les devoirs, les réunions de parents d’élève, les cours de piano de Truculence, qui leur donnait des espoirs, et les cours d’escrime de Patate qui se rencontraient tous les samedis. Violette aurait bien aimé retourner faire ses études maintenant que les filles étaient indépendantes, mais Martin n’y tenait pas et le faisait bien savoir. Elle avait pris ce boulot pour sortir de la maison et mettre un peu de beurre dans les épinards, car il tenait les cordons de la bourse bien serrés.
La vie était bonne pour lui. Tous les soirs, après les cours il rentrait à Petiot, un sourire satisfait sous sa moustache, fier du travail bien fait, tapotant Truculence et Patate sur le crâne, et descendant dans son bureau souterrain.
Violette, elle s’affairait à la cuisine pendant que les filles faisaient leurs devoirs.
« C’est pas juste, se disait-elle en secouant la tête : moi je vais gagner la croûte pendant la journée, puis je fais les courses, puis je prépare le diner, puis je nettoie, puis je range ; sans parler de la lessive, etc.. Et lui ? Il s’installe dans son fauteuil et allume un gros cigare. »
Même en maugréant dans sa barbe, elle préparait de bons petits plats avec amour et soin. Quand elle sortait sa fameuse tarte aux poireaux du four, tout était à sa place. Le fumet de la pâte brisée qu’elle avait perfectionnée au cours des années, des petits lardons dorés et des poireaux du jardin, tout se confondait dans la cuisine et aurait mis l’eau à la bouche d’un anosmique.
Quand il montait de sa cave, Martin avait la moustache frémissante. « J’ai épousé une merveilleuse cuisinière » aimait-il à répéter, fier, la prenant par la taille avant de se mettre à table.
« Ch’est cho mé chai bon ! » lançait Truculence (Trucu pour les intimes) en se brûlant la langue. Les autres émettaient d’autres borborygmes approbateurs.

Son boulot à la mairie de Petiot, Violette ne le détestait pas. Ses collègues étaient assez sympathiques. Mais elle avait crû avoir d’autres aptitudes. Et Martin n’était pas un mauvais bougre. Quand ils partaient en été en vacances, à la destination de son choix à lui, elle se laissait aller à penser qu’ils avaient la belle vie. Ils faisaient des balades à vélo tous les quatre, Martin en tête du peloton, puis Patate qui avait un bon coup de mollet, puis Trucu, puis elle. Mais elle rêvait parfois d’un ailleurs, d’un autrement, où elle aussi serait à la place du conducteur.
Un soir que Violette préparait sa spécialité, sa tarte aux poireaux, après une journée difficile au bureau (jalousies entre collègues, ragots, petits esprits mesquins), des souvenirs de sa jeunesse prometteuse montèrent à sa mémoire. Elle pensa qu’elle avait peut-être raté sa vie et elle versa quelques larmes sur les blancs de poireaux qu’elle était en train de couper en tronçons. Elle gardait les verts pour une soupe prochaine
Ce soir-là après diner, elle était sortie se promener au jardin. C’était une jolie nuit de pleine lune.
La voisine était une sorcière que Martin et Violette connaissaient peu – ils l’avaient tout juste entre-aperçue une fois à sa fenêtre. D’origine allemande, elle était célibataire, n’avait jamais eu d’enfants, et avait toujours été jalouse de cette jolie petite femme avec ses deux filles et son mari. Cette sorcière regardait souvent Violette cueillir des poireaux dans son jardin. Elle était si funestement lunée ce soir-là qu’elle alla chercher son grimoire pour trouver la formule exacte. Puis, de sa fenêtre, elle prononça ces mots :

Kartofeln und Kraut
Quadragésime et Millésime !
Belle femme aux marmots
Te voilà sur le champs
Valdinguée en POIREAU!

A ce moment précis, Violette crû s’évanouir. Et elle s’évanouit en effet.
Quand elle se réveilla, elle se sentait un peu raide, et quand elle ouvrit les yeux, elle vit qu’elle était plantée devant un poireau. Un poireau qu’elle voyait de très près. Elle réalisa qu’elle était devenue poireau. La première surprise passée, elle trouva que c’était presque reposant, cette position immobile, bien enracinée dans le sol. Elle n’avait plus à courir au travail, aux courses, à faire la cuisine, la lessive, le ménage, le rangement. Elle pouvait regarder les nuages le jour, admirer les étoiles la nuit, elle n’était plus sensible au froid, comme elle l’avait toujours été. Le murmure des poireaux autour d’elle, et la réponse des carottes voisines étaient rassurants, et elle pouvait voir la maison de son coin de jardin. La sorcière elle, qui avait un début de maladie d’Alzheimer oublia complètement cette histoire.
Au début, Violette-poireau guettait Patate et Truculence qui sortaient et entraient la mine défaite, et elle voulait les appeler, leur parler. Mais personne ne l’entendait ni ne la voyait.
Puis elle vit Martin. Et lui aussi avait l’air triste. Puis elle sentait ses feuilles vertes remuer dans la brise et la sensation était charmante.
Le premier jour, Martin pensa qu’elle s’était mise en retard au travail. Puis qu’elle avait peut-être eu un accident sur la route de Petiot, mais la police n’avait rien entendu.
Puis il se demanda si elle avait décidé de le quitter, ce qui lui semblait improbable. Il sentait que Violette faisait partie de lui, comme son propre bras, et elle ne lui avait jamais rien dit qui puisse lui donner des doutes. Sauf parfois quand elle essayait de donner son avis, ce qui n’était pas souvent du tout.
Les filles, elles, ne comprenaient pas où ni pourquoi leur chère maman avait disparu. Les battues organisées par la police n’avaient rien donné.
Elles sortaient parfois dans le jardin, s’asseyaient et parlaient entre elles de leur maman et de sa disparition. Violette était là, qui écoutait, essayant de leur faire signe, mais quel enfant raisonnable aurait cherché des signes dans un frémissement de feuilles de poireau ?
Martin aussi descendait au jardin, parfois la nuit, quand il ne pouvait pas dormir. Il ne fumait plus ses gros cigares. Il dépérissait en fait. Elle vit au cours de semaines comme son tour de taille diminuait, comme sa ceinture se serrait. Elle voulait dire «Ouhou ! ouhou ! je suis là », comme quand on attend quelqu’un à la gare. Mais il n’entendait pas ses pauvres cris de poireau.
Martin se posait de plus en plus de questions. Au départ, Violette lui avait manqué surtout à cause de ses bons petits plats. Puis toute sa personnalité lui avait manqué, et beaucoup de choses lui étaient revenues à la mémoire.
Un agriculteur qui passait par là vit les beaux légumes du jardin et parla à Martin de son entreprise biologique de congélation. Dans son chagrin, Martin lui dit qu’il pouvait prendre les navets et les carottes, le persil et les oignons, et bien sûr les poireaux.
Le lendemain, Violette se sentit déracinée dès l’aube dans le brouillard alors qu’une fine rosée perlait à ses feuilles.
Puis elle se retrouva sur un tapis roulant sur lequel elle fut coupée en tronçons. Puis elle eut très froid, puis plus rien.
Violette était congelée. Elle fût scellée dans un sac de plastique, lui-même acheminé à un camion puis transporté dans un congélateur de taille industrielle.

Pendant ce temps, Martin n’avait plus la tête à ses cours, et ses élèves se demandaient bien à quoi il pensait, marchant en long et en travers dans la salle de classe. S’ils savaient que c’était à la tarte aux poireaux de Violette ! Il revoyait sa femme, si jolie dans sa robe d’été, au jardin, cueillant les carottes, sentant les roses.
« Quel idiot j’ai été ! J’avais la plus belle femme du monde, la plus chérie de toutes les femmes, et je ne m’en rendais pas compte ! Ah, si elle revenait, je lui donnerais tout ce qu’elle voudrait. Je la laisserais retourner à l’université, elle qui le souhaitait tant ! Quel imbécile j’ai fait ! » Et sa moustache tombait tristement.
Le soir, ils ouvraient des boites de conserve de soupe de poulet aux nouilles. Aucun d’eux ne savait cuisiner. Ils se relayaient maintenant pour faire la lessive, épousseter, mettre de l’ordre.
Truculence et Patate sentaient que leur mère était encore vivante, et lui parlaient intérieurement. Patate lui écrivait des poèmes. Truculence lui racontait ses histoires d’école avant de dormir.
Quand ils en eurent assez des boites de conserve, Martin s’inscrivit à des cours de cuisine à la mairie de Petiot. Ainsi qu’à un cours sur le féminisme offert par un collègue de renom. Chaque jour il comprenait de plus en plus sa bêtise. Au lieu de rentrer le soir et de s’enfermer dans sa caverne comme dans le passé, il ouvrait un des livres de cuisine de Violette et se lançait dans une nouvelle recette.
Puis il lisait les romans de Violette, ou visionnait ses films préférés. Il lui semblait qu’il apprenait enfin à connaitre celle qui avait partagé sa vie. Elle lui semblait ainsi plus proche.
Un soir, il ouvra un livre à la page de la Tarte aux poireaux, celle qui leur avait procuré tant de plaisir. Comme il n’y avait plus de poireaux au jardin, il demanda à Patate et Trucu de filer chez l’épicier en acheter.
« Vous tombez mal, je viens de vendre le dernier ! » leur dit celui-ci, « mais regardez dans le congélateur, il se pourrait… »
Les filles revinrent à bicyclette avec le sachet et le tendirent à leur père avec la monnaie.
Ce sera prêt quand ? on a faim !”
Donnez-moi une bonne heure, et commencez vos devoirs en attendant. Le temps passera plus vite.”
Martin commença sa communion en silence. Il fit rissoler les petits lardons dans la poêle. Puis il déplia la pâte brisée qu’il avait préparée la veille. Il sorti un morceau de gruyère qu’il trancha en lamelles qu’il plaça au fond du moule à tarte. Puis il ouvrit le sac de poireaux d’un coup de ciseaux. Les congelés n’étaient pas aussi bons que les frais, mais il n’avait pas le choix.
Alors qu’il pensait à Violette et a ces gestes, qu’elle avait fait si souvent sans le moindre remerciement, les larmes lui montèrent aux yeux. « Ah, Violette, où es-tu donc?! » prononça-t-il dans sa moustache à voix basse.
Une ou deux de ses larmes tombèrent sur les poireaux en tronçons.
Une sorte de vapeur s’éleva dans l’air, qui envahit la cuisine, puis se dissipa devant ses yeux pour laisser apparaitre une femme qu’Il connaissait. Violette se trouvait devant lui, aussi étonnée que lui.
« Martin ! Je suis là !»
C’était bien elle, dans la robe jaune qu’elle portait le jour où elle avait disparu !
« Que m’est-il arrivé ! J’ai tant poireauté !” Ils rirent tous deux à cette bonne plaisanterie en s’embrassant. Il ne comprenait ni l’un ni l’autre mais savaient tous les deux que les choses avaient changé et que le destin leur offrait une nouvelle chance.
Patate et Truculence avaient entendu du bruit dans la cuisine.
« Papa, ça va ? Tu parles à qui ? »
Et elles virent que leur mère était de retour, sans une ride après tout ce temps ! Je ne vous raconte pas les embrassades, les rires et les réjouissances ce soir-là. Ils préparèrent la tarte sans poireaux et l’appelèrent quiche Lorraine.
A partir de ce jour, Martin et les filles firent tout ce qui était en leur pouvoir pour faciliter la vie de leur chère femme et maman. Violette repris ses études de biologie et développa une thèse sur Le langage codé des remuements de nez des lapins de jardin (elle les avait étudiés de près). La thèse devint un classique en son genre.
Martin la regardait maintenant avec fierté et admiration et il vit qu’il était gagnant.
Violette se disait bien qu’il avait fallu cet épisode inattendu pour se faire comprendre, et que la transformation de son mari était un miracle. Puis qu’il faudrait peut-être qu’elle apprenne elle-même à se changer en d’autres légumes pour voir.
Ceci dit, ils vécurent heureux et eurent beaucoup de belles récoltes dans le potager.

* * *

Violette and Martin lived in a modest house in the village of Petiot, with their two daughters, Truculence and Patate. Violette held an office job at the town hall and Martin was professor of Anthropology at the prestigious University of Tringueld, the nearby town. He had acquired a certain reputation in his field of study (Field data and apprehension of the object in New Caledonia) and in his own self-esteem. Violet envied him a little, because her own desires to study had been cut short by the birth of the children. First there had been baby bottles and diapers, then homework, parent-teachers meetings, Truculence’s piano lessons, which gave them hope, and Patate’s fencing classes that met every Saturday. Violette would have liked to go back to school now that the girls were independent, but Martin did not care about it and made it known. She had taken that job to get out of the house and have some extra money, as he held the finances very tightly.
Life was good for him. Every evening, after class, he returned to Petiot, a satisfied smile under his mustache, proud of a job well done, patting Truculence and Patate on the head, and walking down to his underground office.
Violet was busy cooking while the girls did their homework.
“It’s not fair,” she said to herself, shaking her head: “I’m bringing the bacon home, then cook it, clean and then tidy up; not to mention the laundry, etc. And what does he do? He sits in his chair and lights a big cigar. “
Even grumbling under her breath, she prepared a good dinner with love and care. When she took her famous leek pie out of the oven, everything was in its place. The aroma of the pie dough she had perfected over the years, together with the bacon and leeks from the garden all blended in the kitchen and would have made an anosmic’s mouth water.
Martin’s mustache quivered when he came up from his den. “I married a wonderful cook,” he liked to say, proudly, taking her by the waist before sitting at the table.
“Itch good but itch hot!! “ Truculence (Trucu for short) said, burning her tongue. Others made approving noises.

Violette did not hate her job at the town hall of Petiot. Her colleagues were nice enough. But she knew she had more to offer. And Martin was not a bad guy. When they went away on vacation in summer, to the destination of his choice, she let herself think that they lived the good life. The four of them went on bike rides, Martin at the head, then Patate, who had strong legs, then Trucu, and then she. But Violette sometimes dreamed of somewhere else, of another way, where she too would be in the driver’s seat.
One evening when Violette was preparing her specialty, her leek pie, after a difficult day in the office (jealousy among colleagues, gossips, petty minds), memories of her promising youth came to her. She thought she might have missed something in her life and she shed some tears on the leek whites she was cutting into pieces. (She kept the greens for an upcoming soup.)

That evening after dinner, she went out for a walk in the garden. It was a beautiful moonlit night.
The neighbor was a witch whom Martin and Violette knew very little – they had only just caught a glimpse of her at her window. Of German origin, she was single, had never had children, and had always been jealous of this pretty little woman with her two daughters and her husband. This witch often watched Violette gather leeks in her garden. That night the moon was so bright that she went to get her spell book to find the exact spell. Then, from her window, she pronounced the following words:

Kartofeln und Kraut
Quadragesime and Millesime!
Pretty woman with brats
Here you are on the spot
Turned into a LEEK!

At this moment, Violette felt faint. And she fainted.
She came to feeling a little stiff, and when she opened her eyes, saw that she was planted in front of a leek. A leek she saw very closely. She realized that she had become a leek. The first surprise passed, she found that it was almost restful, this still position, well rooted in the ground. She no longer had to run to work, shop, cook, do the laundry, cleaning, picking up, and all the rest.
She had the leisure to watch the clouds during the day, admire the stars at night, and she was no longer sensitive to the cold, as she had always been. The murmur of leeks around her, and the response of the nearby carrots felt reassuring, and she could see the house from her garden corner. The witch herself, who had an onset of Alzheimer’s disease, completely forgot about this story.

At first, Violette-leek watched Patate and Truculence coming in and out, looking sad, and she wanted to call them, talk to them. But no one heard or saw her.
Then she saw Martin. And he too looked sad. Then she felt the breeze stir her green leaves and the sensation was charming.

The first day, Martin thought she was late from work. She may have had an accident on the road to Petiot, but the police had not heard of anything happening there.

Then he wondered if she had decided to leave him, which seemed unlikely. He felt that Violet was part of him, like his own arm, and she had never told him anything that could give him any doubts. Except sometimes when she tried to give her opinion, which was not often at all.
The girls did not understand where or why their dear mother had disappeared. The beatings organized by the police had been unsuccessful.
Sometimes the girls went out into the garden, sat down and talked about their mother and her disappearance. Violette was there, listening, trying to beckon them, but what reasonable child would have looked for signs in a shiver of leek leaves?

Martin also went down to the garden, sometimes at night, when he could not sleep. He no longer smoked his big cigars. He actually was wasting away. As weeks passed she saw his waistline dwindling as his belt tightening. She wanted to cry “Ouhou! ouhou! I am here “, as when you meet someone at the station. But he did not hear her poor leek cries.

Martin asked himself more and more questions. Initially, he had missed Violet mostly because of her good meals. Then he had missed her whole person, and many details came back to his memory.

A farmer passing by saw the beautiful garden vegetables left untouched and talked to Martin about his organic frozen food business. In his grief, Martin told him that he could take the turnips and carrots, parsley and onions, and of course the leeks.

The next day, Violette felt uprooted at dawn in the fog as fine pearls of dew ran from her leaves.
Then she found herself on a conveyer belt and found herself cut into sections. Then she was very cold, then nothing.

Violet was frozen, sealed in a plastic bag, which was then taken to a truck and transported in an industrial-size freezer.
Meanwhile, Martin’s students wondered what he was thinking, walking up and down the classroom. If they knew it was about Violette’s leek pie! He was thinking about his wife, so pretty in her summer dresses, in the garden, picking carrots, smelling the roses.
What an idiot I was! I had the most beautiful woman in the world, the most darling of all women, and I did not see it! Oh, if she came back, I would give her everything she wanted. I would let her go back to university, she wanted it so much! What a fool I was!”  And his mustache sagged sadly.
In the evening, they opened cans of chicken-noodle soup. None of them knew how to cook. They took turns doing the laundry, dusting, tidying up.

Truculence and Patate felt that their mother was still alive, and spoke to her internally. Patate wrote her poems. Truculence told her her school stories before falling asleep
When they had had enough of cans, Martin enrolled in cooking classes at Petiot’s town hall, together with a course on feminism offered by a renowned colleague. Every day he understood more and more his stupidity. At night, instead of shutting himself up in his cave as in the past, he opened one of Violette’s cookbooks and started a new recipe.

He also read Violet’s novels, and watched her favorite movies. It seemed to him that he was finally learning to know the one who had shared his life.
One evening he opened a book at the page of the famous Leek Pie, the one that had given them so much pleasure. Since there were no more leeks in the garden, he asked Patate and Trucu to go to the grocer’s shop to buy some.

“You’re out of luck, girls, I just sold the last one!” he said, “but look in the freezer, maybe …”
The girls rode back on their bicycles with the bag and handed it to their father with the change.

When will it be ready? We are hungry !
Give me a good hour, and start your homework while you wait. Time will pass faster.

Martin began his communion in silence. He sautéed the bacon bits in the pan. Then he unfolded the broken dough he had prepared the night before. He pulled out a piece of Gruyere cheese and sliced it into the bottom of the pie plate. Then he opened the bag of leeks with a scissors.
Frozen leeks were not as good as fresh ones, but he had no choice.

While he was thinking of Violette and those gestures she had done so often without the slightest thanks, tears came to his eyes. “Ah, Violette, where are you ?” He said in his mustache in a low voice.
One or two of his tears fell on the cut-up leeks.

Steam rose in the air, flooded the kitchen, then disappeared before his eyes to reveal a woman he knew. Violet was facing him, as surprised as he was.
“Martin! I’m here !”
It was her, in the yellow dress she wore the day she was gone.
“What happened to me! I’ve been away so long!” They both laughed while hugging and kissing. He did not understand either, but they knew that things had changed and that fate was offering them a new chance.

Patate and Truculence had heard some noise in the kitchen.
“Dad, how are you? Who are you talking to ? “
And they saw that their mother was back, without a wrinkle after all this time! I do not tell you the hugs, the laughs and the rejoicing that night. They made the pie without leeks and called it quiche Loraine.

From that day on, Martin and the girls did everything in their power to make life easier for their dear wife and mother. Violette resumed her studies of biology and developed a thesis on The coded language of garden rabbits’ nose twitches (she had studied them closely). The thesis became a classic of its kind.
Martin now looked at her with pride and admiration and he saw that he was a winner.
Violette wondered how it had taken this unexpected episode to be understood, that her husband’s transformation was a miracle, and that maybe she should learn to try and change herself into other vegetables to see.

They lived happily ever after and had a lot of good crops in the garden.

* * *

Ceci est ma participation à l’Agenda Ironiquede Février : conte pour enfant ou adulte, long ou court, poésie ou prose, une morale , avec les mots Quadragésime, Tringueld, Gagnant, et Truculence.)
ET elle s’ajoute à l’Anthologie du poireauen collaboration avec Carnets Paresseux.
Attention ! : Ce texte est inventé de toutes pièces, et toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite.

Illustration: Fondue de poireaux sur le blog Atelier Petit Gris http://atelierpetitgris.blogspot.com/2013/10/fondue-de-poireaux.html



Hier, passé bien trop de temps à regarder les photos de bodybuilders. Je cliquais, je cliquais, et leurs photos défilaient, avec un résumé de leurs vies. L’un après l’autre, ils tombaient dans la fleur de l’âge, entre trente et quarante ans d’arrêts cardiaques, ne laissant à leurs compagnes et leurs enfants, ainsi qu’à la postérité, que les glorieuses photos de leurs biceps et leurs cuisses luisants, leur muscles ballons gonflés de stéroïdes ; et moi perplexe devant leurs motivations profondes.

Le jour d’avant je regardais, hypnotisée, la vie de Liz Taylor et tous ses drames.

Entre les deux, je lisais fascinée, les témoignages des alcooliques en cure à la Maison Saint Jean de Montréal – la richesse de leurs témoignages, la profondeur de leurs abîmes.

Maintenant je visionne Damascus en touriste sur YouTube – la pauvreté, les femmes couvertes de voiles.

Hier, en contraste, baba et rêveuse j’admirais la vie d’un entrepreneur Français qui lançait un nouveau magasin de décoration intérieure à Santa Barbara, avec dans le tas, des photos de piscine surmontant le Pacifique avec une jeune femme et une petite fille faisant apparemment la sieste.

Tant de fenêtres sur la folie des hommes et des femmes dans le monde.

Et moi, et moi, et moi, surfant le web jusqu’en avoir le mal de mer.

* * *


Yesterday I spent far too much time watching photos of bodybuilders. I kept on clicking and their photos kept scrolling, with a summary of their lives. One after the other they fell in the prime of life of cardiac arrest between the ages of thirty and forty, leaving to their companions and children, as well as posterity, the glorious pictures of their glistening biceps and thighs, their steroids-inflated balloon-like muscles; and I puzzled at their deep motivations.

The day before I had studied, hypnotized, the life of Liz Taylor and her dramas.

Between the two, I read with endless fascination, the testimonies of alcoholics in cure at the Maison Saint Jean in Montreal – the richness of their testimonies, the depth of their abysses.

Now I’m watching Damascus as a tourist on YouTube – poverty, women covered with veils.

Yesterday, in contrast, I admired starry-eyed the life of a French entrepreneur who launched a new interior-design store in Santa Barbara. My mind retained the image of a swimming pool overlooking the Pacific with a young woman and a little girl apparently taking a nap.

So many windows on the madness of men and women in the world.

And me, and me, and me, surfing the web until I get seasick.



Je voulais écrire un poème
Avec des fleurs dedans
Parce que ça fait toujours joli
Mais pourquoi pas des poireaux ?
Personne n’écrit des poèmes avec des poireaux,
Qui dépassent du cabas de la ménagère
Avec un tube de dentifrice
Voilà ce qu’elle m’a dit
La ménagère de cinquante ans avec son cabas à roulettes
Et elle s’est éloignée
Pour s’en retourner dans ce temps-là
Au temps de la ménagère moyenne.

J’ai une pensée émue pour celle qui
Ne s’offrait jamais de roses
Mais toujours des poireaux poilus
Qu’est-ce qu’elle aurait fait de roses
Dans la soupe ?
Elle tournait toujours autour des cinquante ans
Elle est partie, avec le temps
Avec tout ce qui disparaît
Comme certaines chaussettes dans les séchoirs du monde.

La dernière fois que je l’ai aperçue
C’était dans un livre de français pour étrangers
Datant de 1950, dessin à l’encre noir sur blanc
Ou à la radio, où l’on se moquait d’elle
Où est-elle passée ?
Aved ses poireaux dans son cabas
Elle était peut-être concierge, en plus.

Vous la voyez, elle va passer encore une fois
La ménagère et ses poireaux
Elle va tourner au coin de la rue
Elle a disparu.


* * *


I wanted to write a poem
With flowers in it
Because it always looks pretty
But why not leeks?
Nobody writes poems with leeks
Sticking out of the housewife’s bag
With a tube of toothpaste
That’s what she told me
The fifty-year-old housewife with her shopper tote on wheels
As she walked away
To return to that time
The time of the average housewife

I have a special thought for she, who
Never bought herself roses
But always hairy leeks
What would she have done with roses
In the soup?
She always flirted with fifty
She went away with time
With all that disappears
Like odd socks in the driers of the world.

The last time I saw her
Was in a French language book
Dated 1950, drawing in black and white ink
Or on the radio, where she was made fun of
Where did she go?
With her leeks and her tote
She may well have been a concierge too.

See her, she is passing by again
Our housewife and her leeks
She’s turning around the corner
She disappeared.

Carte postale

Carte postale de la salle d’attente du département de radiographie d’un petit hôpital de la Nouvelle Angleterre

Je devais revenir pour un diagnostic, ce que je repoussais et repoussais et repoussais encore. Finalement, j’ai cédé. J’ai pris rendez-vous un beau jour dans un accès de productivité. Je n’avais pas vraiment peur, et je ne sentais pas l’urgence non plus, n’empêche que ça me pesait un peu comme une sourde menace, de ne pas avoir fait ce qu’on attendait de moi. J’en ai eu, des biopsies. Même avec anesthésie locale, sur table d’hôpital, il y a vingt ans. Le médecin m’avait dit en mettant les derniers points de suture : « Enjoy ! »
Après ça, je n’ai plus eu l’occasion de me faire ouvrir le sein (il faut bien en parler, ce n’est pas drôle). Heureusement. Mais de temps à autre, il faut revenir, parce qu’ils voient mal quelque chose. Donc je retourne, je me refais écraser les chairs, et puis au final, fausse alerte.

En ce beau matin de Janvier, ciel bleu sans nuages.
Je suis un peu en avance, mais le personnel est là. Dans la salle d’attente bien chauffée, des magazines sur les petites tables entre les chaises.
Je fourre mon sac et ma doudoune dans le petit casier et j’enfile un petit haut de coton vert cru léger et ample, qui s’ouvre sur le devant. Je rejoins une autre dame assise sur une chaise, vêtue du même costume.
La salle d’attente est ensoleillée, avec toute une vitre qui donne sur la neige encore fraîche dehors, et quelques voitures.
Ceci prend l’air d’une mini-aventure dans mon quotidien bien réglé : départ tôt le matin, autoroute, bureau pendant huit heures, autoroute dans le noir, puis maison.
Je jette un coup d’œil sur les magazines. Je n’achète plus de magazines depuis longtemps. Je ne sais plus quand.

People mag, couverture trash, photos de soi-disant stars dont je n’ai jamais entendu parler. Bon, parfois je regarde. Mais quel gâchis de papier, quel gâchis d’énergie pour tout le monde.

Là, je prends Glamour (couverture bof), et tiens, un Pregnancy, pour me replonger dans la jeunesse et les grossesses. Surtout pour voir comment le monde et la mode ont évolué. Il y a tout un art pour mettre en valeur un ventre rond. Pas que mon ventre soit exactement rond, mais c’est pour sortir un peu des clichés : maigre, ou Taille plus. Quand on sort des sentiers battus, il peut y avoir de jolies trouvailles.
… toute une page de nouvelles pompes à lait… des conseils de celles qui sont passés par là, des remarques rassurantes, ou bien le contraire : ”pour moi la péridurale a été bien plus douloureuse que les contractions… » Franchement, est-ce qu’elles ont besoin de toutes ces obsessions avant un accouchement ? Est-ce que donner naissance ne devrait pas être un évènement naturel ? Maintenant que nous pouvons, avec les médias, les magazines, les fabriquant de matériel, de vêtements, de médicaments, on en fait tout un magazine. Oui c’est vrai, moi aussi, je suis passée par là. Est-ce que je n’avais pas envie de tout lire pour être préparée à mort ?
Si. Donc je ne peux rien dire. Mais je suis bien contente d’être une ancienne. Le prochain bébé que je tiendrai dans mes bras sera celui d’une de mes filles. Rien qui me tente côté habillement (des collants jaunes ?), je ne rate rien.

Prochain magazine, Glamour. Non, franchement, ça ne me parle pas. Une fille en robe imprimée de graffiti criards. Le magazine du dessous pas plus attirant, trop de blanc et de doré.
Sur la table d’à-côté, par contre, un magazine Elle version américaine, plus épais, couverture plus sombre. Un peu plus de profondeur.
Je feuillette.
Pas mal.
Maquillages : peau clair, rouge à lèvres rouge vif…. Oui… pas mal, surtout dans le magazine.
Aghrr : une fille, mais je dis bien une fille, l’âge de ma fille, 13 ou 14 ans, assise sur une banquette de voiture, pour vendre une crème anti-rides. Peut-être que le plus vieux truc de marketing marche encore.
Je tourne la page.
Une jeune femme aux cheveux mi- longs, teint pâle, rouge-à lèvres rouge-vif elle aussi dans une chemise ample à rayure (je sais, le truc de la chemise blanche de base Vogue) et un jean. Celle-là retient mon attention. Et puis en m’attardant, mes yeux filent vers le bas. Je lis « La parisienne .» Et voilà ! Pas étonnant, j’avais inconsciemment reconnu mes racines : le teint pâle qui s’assume et ne se cache sous aucun bronzage, les traits de crayon fins et légers, le chic simple et discret, avec l’élégance d’Audrey Hepburn. Je me donne mentalement une petite tape sur le dos pour me féliciter d’avoir passé le test.

Et puis après, haha, Brigitte Macron. On la voit avec son mari, bras dessus, bras-dessous, dans la cour de l’Élysée, comme s’ils allaient acheter une baguette ensemble à la boulangerie du coin.
Elle porte (je détaille parce que c’est important, on est dans un magazine de mode) : un jean, et une sorte de veste. Enfin je vois surtout le jean. Comme elle a de longues jambes… Bon, je ne vais pas copier le style, mais ça me rend toute heureuse de voir ce couple ici dans la salle d’attente du département de radiographie de l’hôpital de ma petite ville de Nouvelle Angleterre.
Voilà. J’avoue. Moi aussi je suis sous le charme de Brigitte Macron. Je la trouve belle. Quelle personnalité ! Quelle allure ! Quel style ! Mais comment fait-elle pour avoir ces cheveux-là, ce teint-là ? Ce sourire !
Je veux vieillir comme elle, si ça peut s’appeler vieillir.
Je commence à lire l’article, en me disant que je vais être obligée de chouraver le magazine si je n’ai pas le temps de finir.
Il y a une télé au mur qui m’empêche de me concentrer sur les paroles de Brigitte. Elle dit : « Non, je ne me sens pas comme une First Lady. C’est un terme américain, ça. D’ailleurs, je ne suis ni la première, ni la dernière. Et puis je ne suis pas une Lady. »
Ça sonne juste. Si j’étais à sa place, je ferais la même chose.

Interruption pour ce pour quoi je suis venue. J’espère que quelqu’un d’autre ne va pas prendre la magazine que je laisse sur la chaise.

Ouch !
Stop breathing.
Now turn around

Ouf, le magazine est toujours là à la bonne page.
Elle parle de son mariage, bien sûr. Elle s’émerveille aussi, comme nous.
Ses livres de chevet ? Rimbaud, Baudelaire, et Flaubert : Mme Bovary.
Peut-être qu’elle raconte ça à l’intervieweur pour l’audience Américaine qui reconnaitra facilement ces œuvres ? Peut-être. Enfin, je veux bien la croire. Ça lui va bien, très classique. Ça me va très bien aussi.
Je soupire d’aise. C’est bon quelquefois de se sentir française quand on est dans une salle d’attente pour une mammographie dans un petit hôpital dans une petite ville de la côte Est des Etats-Unis.
Maintenant que j’ai fait une petit tour à l’Elysée, je tourne la page.

Parfois il y a des histoires vécues intéressantes. Celle- là, je ne sais pas si je vais la lire. Le titre attire mon attention tout en me repoussant, mais la présentation noir et blanc m’attire quand même. «”What It’s Like To Pay For Sex For The First Time.”
Oui, au fait. Les hommes ont toujours fait ça. De quoi ça a l’air, de l’autre côté ? Tiens, ça me rappelle quand j’étais mariée (il me semble que j’avais pensé à quelque-chose comme ça.)
Alors je lis.
La fille n’y va pas par quatre chemins.
Elle raconte ça assez vite (ça tient en une page) et elle ne s’embarrasse pas de trop de scrupules. Elle teste pour nous, alors je la suis dans la folle équipée.
Humm. Alors c’est comme ça que ça se passe ?
Deux ou trois détails : oui, ils s’embrassent. A un moment il y a le mot « tendrement. » Et puis quatre orgasmes : trois pour elle et un pour lui. Bon. Et puis après il part comme il était venu. L’expérience lui a quand même coûté mille dollars en tout. Elle dit que ça lui donne un petit secret, un peu plus de confiance en elle.

C’est à ce moment-là qu’on me rappelle pour voir le radiologiste.
La tète encore pleine de ce monde quand même alternatif, où l’expérience traverse des frontières très privées, je me présente en tenant mon petit top vert mal fermé. Vulnérable.

« Alors… ce que nous voyons… ce sont des choses bénignes… il faut revenir dans six mois. »

Bon. Soulagement quand même. Je quitte la salle d’attente ensoleillée, l’Elysée, la chambre expérimentale de la fille aventureuse, et je retourne au bureau et à ma vie quotidienne.
Presque des petites vacances.

* * *

Postcard from the Waiting Room of the Radiography Department of a Small Hospital in New England

I had to come back for a diagnosis, which I had pushed back again and again. I finally gave in and made an appointment one unusually productive day. I was not really scared, and did not feel any urgency, but the idea of not doing what was expected of me hung over me like a threat. I had biopsies in the past. One with local anesthesia, on a surgery table, twenty years ago. “Enjoy! ” the doctor had told me while putting in the last stitches.
After that, I no longer had the opportunity for open-breast surgery. Thankfully. But from time to time I had to come back because they saw something on the mammogram. So I went back, let them squeeze my flesh, and it was a false alarm every time.

Today is a beautiful January morning, blue sky and no cloud.
I’m early, but the staff is already here. In the well-heated waiting room I glimpse magazines on small tables between chairs.
I stuff my bag and my jacket in the narrow locker and put on a loose-fitting bright-green cotton top opening on the front, then join a lady sitting on a chair wearing a matching outfit.
The waiting room is sunny, with windows looking out on the still fresh snow outside, and a few cars.

This feels like a mini-adventure in my well-ordered daily life: early morning departure, highway, office for eight hours straight, highway in the dark, then home.
I take a look at the magazines. I do not buy magazines anymore. I don’t remember when I stopped.

People mag, trashy cover, pictures of so-called stars that I have never heard of. Sometimes I have to settle for it when there’s nothing else. But what a waste of paper, what a waste of energy for everyone, I think very loud.

Today, I pick up Glamour (OK cover), and Pregnancy mag, to return to my youth and its pregnancies. Mostly to see how the world and fashion have evolved. There is an art to highlight a round belly. Not that my belly is round, but I am tired of the “skinny, or plus size” clichés. When you think outside the box, there can be some nice finds.
… a whole new page of new milk pumps … advice from those who have been there, reassuring remarks, or the opposite: “for me the epidural was much more painful than the contractions …” Frankly, do they need all these obsessions before a delivery ? Should not giving birth be a natural event? Now that we can, with the media, magazines, equipment manufacturers, clothing, pharmaceutical industry, we make it into a magazine. OK, so I too have been there, reading everything to be prepared to death.
So I can’t say anything. But I am very happy to be past this. I think the next baby I hold in my arms will be one of my daughters’. Nothing tempts me on the clothing side (yellow tights?), I do not miss anything.

Next magazine, Glamour. No, frankly, it does not speak to me. A girl in a bright graffiti print dress. The magazine underneath isn’t more attractive, too much white and gold.
On the side table, on the other hand, lies the American version of Elle, thicker, darker cover. A little more depth.
I leaf through.
Not bad.
Makeup: light skin, bright red lipstick …. Yes … not bad, especially in the magazine.
Aghrr: a girl, but I mean a girl the age of my daughter, 13 or 14, sitting on the back of a car, to sell an anti-wrinkle cream. Is the oldest marketing thing still working?
I turn the page.
A young woman with medium-length hair, pale complexion, bright-red lipstick again, in a loose striped shirt (I know, the old Vogue white-shirt staple) and jeans. This one holds my attention. And then lingering, my eyes go down. I read “La Parisienne.” There you are! No wonder, I had unconsciously recognized my roots: the confident pale complexion that hides under no tan, fine and light pencil lines, simple and discreet chic with the elegance of Audrey Hepburn. I mentally give myself a pat on the back at having passed some test.

And then, aha, Brigitte Macron. We see her with her husband, arm in arm, in the courtyard of the Elysée palace, as if they were going to buy a baguette together at the local bakery.
She wears (it’s important because we are in a fashion magazine): jeans, and a kind of jacket. I see mostly the jeans. What long legs … Well, I’m not going to copy the style, but it makes me very happy to see this couple here in the waiting room of the x-ray department of my little town’s hospital in Nouvelle England.
There you have it. I admit. I too am under the spell of Brigitte Macron. I find her beautiful. What personality! What allure! What style! How does she get that hair, that complexion? That smile!
I want to age like her, if that can be called aging.
I start reading, thinking that I will have to steal the magazine if I do not have time to finish.
A blaring TV on the wall prevents me from focusing on Brigitte’s words. She says, “No, I don’t feel like a First Lady. It’s an American expression, isnt’ it? Besides, I am neither the first nor the last. And I’m not a lady. “
It sounds right. If I were in her place, I would do the same.

Interruption for what I came here for. I hope no-one grabs the magazine I leave on the chair.

Stop breathing.
Now turn around

Whew, the magazine is still there at the right page when I return.
She talks about her marriage, of course. She marvels, too, like us.

Her bedside books? Rimbaud, Baudelaire, and Flaubert: Madame Bovary.
Maybe she says that for an American audience who will easily recognize these French classics? Perhaps. Yet, I want to believe it. It suits her well, very classic. It suits me very well too.

I sigh with pleasure. It is so good to feel French in the waiting room of a small hospital in a small town on the east coast of the United States waiting for a mammogram.
Now that I have visited the Elysée palace, I turn the page.

Some personal stories are interesting. I don’t know yet if I’m going to read this one. The title catches my attention while pushing me away, but the black and white presentation keeps me reading. “What It’s Like To Pay For Sex For The First Time.”
True enough, men have done just that forever. What does it look like on the other side? It reminds me of when I was married (it seems to me I had a similar thought at some point.)
So I read.
The girl doesn’t beat about the bush.
The story fits on one page and the author does not struggle with too many scruples. She tested for us, so I follow her in the experiment.
Hmm. So is this how it happens?
Two or three details: yes, they kiss. At one point the word “tenderly” appears. And then four orgasms: three for her and one for him. OK. And then he leaves as he came in. The experience cost her a thousand dollars all in all. She says it gives her a little secret, a tad more confidence in herself.

That’s when the radiologist calls me back.

My head still full of alternative worlds where experiences cross very private borders, I step in, clutching my unattached little green top.

So … what we see … these are benign calcifications … just come back in six months.”

Good. Relief after all. I leave behind the sunny waiting room, the Elysée palace, the adventurous girl’s experimental bedroom, and return to the office and my daily life.

Almost a mini-vacation


Décalage horaire oblige, je vais devoir dévoiler les résultats de suite : une flopée d’excellent ex-aequo !
Je suis d’accord.

Et Iotop a déjà d’accepté ses fonctions et proposé l’AGENDA DE FEVRIER !

Je vous le passe.

Merci pour un Agenda de Janvier brillant et chaleureux.


+  +  +


Ce chapitre se clôt. Je remballe le turban, les cartes, et mon enseigne de cartomancienne.

Ceci-dit, j’ai tout lu, tout vu, tout cru. J’ai aimé vos poèmes et textes. J’ai vu des arcanes de toutes les couleurs et de toutes les formes. Et j’ai appris des choses, comme la façon de créer des sondages comme celui-ci! Quand je vous disais que l’année commençait bien ! A votre tour de jouer.

C’est l’heure de lire, et de voter parmi les participations qui suivent en ordre alphabétique:

(Et puis ensuite, c’est pas fini!!! Il faut voter pour kiki va faire Fevrier!)
Carnets Paresseux : https://carnetsparesseux.wordpress.com/2018/01/20/11922/

Cléa Cassia : Les dix étoiles du si j’étais toi – M.é.a.n.d.r.e.s.

Ecri’Turbulente: https://ecriturbulente.com/2018/01/14/message-interstellaire-pour-lagenda-ironique/

Frog, sur Frogsblog7 : https://frogsblog7.wordpress.com/2018/01/16/si-jetais-toi/

Glomerule Nephron sur Prose Pipe et Poésie : https://prose-pipe-et-poesie.blog/2018/01/15/tour-du-monde-et-agenda-ironique-de-janvier-2018/

Iotop, sur Le dessous des mots : https://ledessousdesmots.wordpress.com/2018/01/05/si-jetais-toi/

Jacou33 http://jacou33.wordpress.com/2018/01/23/agenda-ironique-janvier-2018/ ;  https://jacou33.wordpress.com/2018/01/23/agenda-ironique-janvier-2018/

Jobougon: https://jobougon.wordpress.com/2018/01/18/en-forme-de-deliberation/

L’Atelier sous les feuilles: https://lateliersouslesfeuilles.wordpress.com/2018/01/08/la-bonne-etoile/

La Licorne, sur Filigrane : https://filigrane1234.blogspot.fr/2018/01/une-etoile-la-haut.html

Laurence Délis, sur Palette d’expressions: https://palettedexpressions.wordpress.com/2018/01/06/comme-des-poussieres-qui-nourrissent-lame/

Les narines des crayons : https://lesnarinesdescrayons.wordpress.com/2018/01/18/si-jetais-toi/

Manuraanana : https://manuraanana.wordpress.com/2018/01/14/agenda-ironique-2018/

Patchcath : https://patchcath.wordpress.com/2018/01/21/si-jetais-toi/

Plimpszeste: https://palimpzeste.wordpress.com/2018/01/06/larcane-xvii-letoile/

Valentyne, sur La Jument Verte : https://lajumentverte.wordpress.com/2018/01/14/si-jetais-toi/

VictorHugotte sur Grain de Sable: https://wordpress.com/post/victorhugotte.com/1594

Maitenant: l faut cliquer sur un des petits ronds sur la gauche de la ligne choisie, et ensuite cliquer sur la touche Vote en bas, pour valider. Et idem sur le second tableau.

Décalage horaire oblige, je vais devoir dévoiler les résultats de suite : une flopée d’excellent ex-aequo !
Je suis d’accord.

Et Iotop a déjà d’accepté ses fonctions et proposé l’AGENDA DE FEVRIER !

Je vous le passe.

Merci pour un Agenda de Janvier brillant et chaleureux.

Agenda Ironique de Janvier- Recap



Mes amis, je vois des étoiles, des étoiles, des étoiles!
Voici venue l’heure de récapituler les contributions qui constellent ces jours-ci la toile astrale de nos blogs. Les autres ont, je le rappelle, jusqu’au 24 Janvier pour participer – donc j’attends patiemment. Il s’agit d’écrire un poème commençant par “Si j’étais toi” et compilant les dix bons conseils donnés par l’Étoile:



Vous verrez que certains d’entre vous ont utilisé l’Arcane de l’Etoile par différents illustrateurs. Un vrai régal ! :

Valentyne, sur La Jument Verte : https://lajumentverte.wordpress.com/2018/01/14/si-jetais-toi/

Iotop, sur Le dessous des mots : https://ledessousdesmots.wordpress.com/2018/01/05/si-jetais-toi/

Plimpszeste: https://palimpzeste.wordpress.com/2018/01/06/larcane-xvii-letoile/

Laurence Délis, sur Palette d’expressions: https://palettedexpressions.wordpress.com/2018/01/06/comme-des-poussieres-qui-nourrissent-lame/

L’Atelier sous les feuilles: https://lateliersouslesfeuilles.wordpress.com/2018/01/08/la-bonne-etoile/

Cléa Cassia : Les dix étoiles du si j’étais toi – M.é.a.n.d.r.e.s.

Ecri’Turbulente: https://ecriturbulente.com/2018/01/14/message-interstellaire-pour-lagenda-ironique/

La Licorne, sur Filigrane : https://filigrane1234.blogspot.fr/2018/01/une-etoile-la-haut.html

Manuraanana : https://manuraanana.wordpress.com/2018/01/14/agenda-ironique-2018/


Si j’en oublie, dites-le moi!

Merci de nous faire lire !



Si j’étais toi, un soir au clair de lune
J’irais à la rivière – j’apporterais deux cruches :
Une de liquide jaune, une de liquide bleu
Et je dénouerais mes cheveux

Je m’agenouillerais sur une planche rouge
Et avec le liquide jaune, baptiserais mon pied droit
J’essaierais tant bien que mal avec l’autre cruche
De protéger ma modestie
Mais il n’y aurait que les étoiles
Pas de loup ni d’agneau en vue
Juste un corbeau malingre sans renard ni fromage.

Alors je resterais là un moment
Le genou presque dans l’eau douce
Et je penserais que je suis bien petite
Là, sous les étoiles
Mais je prendrais quand même toute la place sur l’image
Et là je comprendrais que tout est à sa place

Alors je prendrais la cruche de liquide bleu
Que je verserais sur mon corps
En signe de conclusion
et ainsi de bleu vêtue
Je deviendrais invisible dans l’aube bleue
Et peut-être imbue d’autres pouvoirs singuliers
Que je ne connaitrais pas encore

Et avec mes cruches vides
Je rentrerais à la maison.



Et voila ma contribution à l’Agenda Ironique de Janvier.