LA DIFFERENCE ENTRE BELMONDO ET MOI

Bebel2LA DIFFERENCE ENTRE BELMONDO ET MOI

Il y a des gens qui vivent comme Jean-Paul Belmondo
Sautant d’avions en plein vol, cigare au bec
Saluant le monde en bas avec le même sourire frondeur
Et puis il y a les autres, comme moi
Qui ont plutôt tendance à réaliser leurs peurs les plus profondes
Puis baisser la tête et regarder leurs chaussures.
Par exemple quand j’étais prof de français à l’école américaine
Une fille me visait avec son pistolet à eau.
Et puis plus tard, j’ai été virée
Puis douze ans plus tard ma propre fille a fait
Pré-ci-sé-ment
comme les élèves qui me traumatisaient
Isn’t it funny ?
Le garçon qui arrivait en retard exactement tous les matins ?
Entrant dans la classe en cours, ses yeux bleus sans expression
Que je n’ai jamais compris et que je méprisais en silence,
Ou la fille bipolaire qui explosait en pétard au moindre cheveu de travers
Dont j’avais une peur infinie ?
Voilà, c’est moi, c’est ma vie. Voilà ce que je me suis inventé.
Ah comment me suis-je démerdée ?

Pendant ce temps lui, Belmondo, positif et désinvolte
Matérialisait les hélicoptères et les belles pépées,
Peau bronzée, dents blanches, des tonnes de blé
Il est quand même plus à envier.
Est-ce qu’il faut que je me mette à fumer le cigare ?
Pourtant sans déconner,
Il a dû quand-même en avoir, des peurs et des déboires
Belmondo.
Sans-doute qu’il leur faisait juste coucou d’en haut
Il n’a jamais eu peur d’un pistolet à eau.

* * *

J’ai retrouvé ce texte composé l’année dernière, qui n’est pas exactementd’actualité, mais je ne suis pas dans l’actualité, plutôt dans le récit de moments.


THE DIFFERENCE BETWEEN JEAN-PAUL BELMONDO AND ME

There are people who live like Jean-Paul Belmondo
Jumping from airplanes while smoking a cigar
Greeting the world below with a winning smile
And then there are others like me
Who tend to realize their deepest fears
Then lower their heads and look at their shoes.
For example when I was French teacher at the American school
A girl aimed at me with her water pistol.
And then later, I was fired
Twelve years later my own daughter did
Precisely
What the students did, who traumatized me
Isn’t it funny?
The boy who arrived late every single morning?
Entering the ongoing class, his blue eyes expressionless
Who I never understood and who I silently despised,
Or the bipolar girl who exploded like a firecracker at the slightest crooked hair
Who I had an infinite fear of?
That’s me, it’s my life. That’s what I invented for myself.
Oh, how did I manage that?

Meanwhile he, Belmondo, positive and flippant
Materialized helicopters and beautiful bimbos,
Tan skin, white teeth, tons of dough
He fared a little bit better.
Do I have to smoke the cigar?
Now really,
He must have had some fears and disappointments
Belmondo.
Maybe he just greeted them from above
He was never afraid of a water pistol.

 

 

Illustration: «Le Guignolo» (PHOTO/ATELIER D’IMAGES)

I – IDENTITE*

Carte postale escalier casse-cou

CANADA

J’écris ceci sur la page d’un vieux journal
À côté d’un autre poème
Assise sur une marche de l’Escalier Casse-cou à Québec
Au milieu d’une foule en shorts
Mon journal sur les genoux
Le soleil aveuglant mes pupilles.

Oh Canada, scènes d‘étés passés
Tu es mon pied sur la borne de frontière
Tu es les premiers sons du Français québécois à la radio
Tu es les phares des voitures filant sur le Pont Champlain ou Jacques Cartier vers l’Ile au Trésor
Tu es les longues rues aux noms de saints
Tu es les pavés du Vieux-Montréal et ses étalages de cartes postales

Tu es une tablée de livres neufs dans une librairie:
La grosse femme d’à côté est enceinte, de Michel Tremblay
Juliette Pomerleau, de Yves Beauchemin
Maria Chapdelaine par Louis Hémon
La Grande Vie de Christian Bobin
ou Parties de plaisir, par Martin Laliberté
Titres et noms mêlés juste pour moi
Dans cette Intersection d’un diagramme de Venn

Oh Canada, je ne t’oublie pas
Tandis que j’évoque un étalage de livres
En levant la poussière le long de la rue Ste Catherine
À la recherche du prochain Renaud-Bray

Tu es le film français apporté à mes yeux larmoyants
Tu es le graffiti de couleur sur les murs
Tu es les escaliers de secours, les terrasses
Tu es Berri-Uquam, Plamondon et Mont Royal
Tu es les chambres d’hôtes et les amoureux qui dînent en plein air
Tu es la voix de Leo Ferré qui flotte chez Temporel à Québec
Tu es la chaleur des stations de métro de Montréal en hiver
Tu es les néons des enseignes des strip-tease
Tu es l’aventure miraculeuse, la découverte éblouissante
de l’ Eldorado inattendu
Mais pas seulement ça.
Tu es la fille et le garçon qui font de l’auto-stop le long de l’autoroute
et atterrissent à Sherbrooke, et un autre jour à l’escalier Casse-Cou
Et écrivent des poèmes assis sur les marches au soleil.
Et la fille, c’est moi.

 

* * *

 

Retour à ma saga canadienne. Je me suis inspirée- OK, j’ai copié le poème de Billy Collins, Canada. Je ne suis pas fière. Je n’ai pas honte non plus. C’était un exercice et quelle meilleure façon d’apprendre que de copier un pro. Cependant, le contenu est à moi.
* I pour Identité : je trouve au moins trois cultures au Québec : Canadienne, Française et Américaine.

 


 

CANADA

I am writing this on the page of an old journal
Next to another poem
Sitting on a step of the Breakneck Steps in Quebec
In the middle of a crowd wearing shorts
Balancing my notebook on my knee
Blinded by the sun

Oh Canada, scenes of past summers
You are my foot on the border stone
You are the first sounds of Quebecois French on the radio
You are the cars speeding on Champlain or Jacques Cartier bridge
towards the Treasure Island
You are the long streets with names of saints
You are the cobblestones of Old Montreal and its displays of souvenirs

You are a table of new books in a bookstore:
The fat woman next door is pregnant, by Michel Tremblay
Juliette Pomerleau, byYves Beauchemin
Maria Chapdelaine by Louis Hémon
La grande vie by Christian Bobn
or Parties de plaisir, by Martin Laliberté
Titles and names mingled just for me
In this intersection of a Venn Diagram

Oh Canada, I do not forget you
as I evoke a display of books
while raising dust on St. Catherine Street
Looking for the next Renaud-Bray

You are the French film brought to my teary eyes
You are the color graffiti on the walls
You are the fire escapes, the terraces
You are Berri-Uquam, Plamondon and Mont Royal
You are bed and breakfast rooms and lovers dining al fresco
You are the voice of Leo Ferré rising at Chez Temporel in Quebec City
You are the warmth of Montreal subway stations in winter
You are strip-club neon signs
You are the miraculous adventure, the dazzling discovery
of an unexpected Eldorado
But not only that.
You are the girl and the boy hitchhiking along the highway
who land at Sherbrooke, and another day at the Breakneck Steps
And write poems sitting in the sun.
And the girl is me.

* * *

Back to my Canadian saga. Here, I was largely inspired, in fact, I blatantly copied Billy Collins’ poem, Canada. I am not proud. I am not ashamed either. It was an exercise and what best way to learn than to copy a pro. The contents, however, are all mine.
* I for Identity : je trouve au moins trois cultures au Québec : Canadienne, Française et Américaine.
Illustration: Carte Postale du Vieux Quebec, Escalier casse-cou.2*

LES NUS D’HIER

LES NUS D’HIER

Les nus d’hier, portés par le feu de l’action
Avec tambours et trompettes
Faisaient des choses importantes
Pour le reste de l’humanité et de l’histoire
Leurs formes s’élançaient sur les murs des monuments
Ou volaient enrubannées au plafond des églises.
Ils posaient pour des peintres
Qui étudiaient l’anatomie
Ils tordaient leurs corps généreux, forts, musculeux
Et levaient les yeux aux cieux d’un air inspiré
Ou malheureux
Les nymphes se reposaient dans les bosquets
Certaines quasiment rubéniennes
Les hommes exhibaient des muscles saillants, des troncs solides
Parfois des feuilles de vigne.

Les nus d’aujourd’hui posent surtout
En clichés d’avant-garde noir et blanc dans les musées
En couleur sur les vitrines des pharmacies,
Ou sur les abribus
Et vendent de la lingerie, des crèmes à épiler,
Des crèmes pour mincir, pour bronzer
Les nus d’aujourd’hui, moins portés sur l’action
Sont aussi moins allégoriques
Plus commerciaux
Ils posent pour un photographe
Puis sont retouchés au pistolet aérographe
On fait beaucoup moins d’angelots ailés.
Ils ont en général perdu leurs rondeurs
(A moins qu’il ne s’agisse de photos médicales)
L’accent est mis sur le détail et le grain de la peau
Les nus ne racontent plus l’histoire en tableau.

On note que parfois, avant le velcro et les épingles à nourrices
Les héros se dénudaient dans s’effort
Tels La liberté guidant le peuple
Parfois, les stars le font encore
Sous les flash, au Festival de Cannes.

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NUDES OF YESTERDAY

The nudes of yesterday, carried by the fire of action
With drums and trumpets
Performed important things
For the rest of humanity and history
Their shapes darted on the walls of the monuments
Or flew, beribboned, up on church ceilings.
They posed for painters
Who studied anatomy
Twisted their generous, strong, muscular bodies
And looked up to heaven with an inspired air
Or an unhappy stance
Nymphs rested in groves
Some quasi-Rubenesque
Men showed off protruding muscles, solid trunks
Sometimes a fig leaf.

Today’s nudes figure  mostly
On avant-garde black and white clichés in museums
In color on the windows of pharmacies,
Or on bus shelters
To sell lingerie, depilatory creams,
Creams for slimming, or tanning
Today’s nudes, less focused on action
Are also less allegorical
More commercial
They pose for a photographer
Then are touched up with an airbrush gun
We find a lot less winged cherubs.
Today’s nudes have lost most of their curves
(Unless we’re talking about medical photos)
Focus is on detail and the grain of the skin
They don’t tell a story in pictures anymore.

We will note that sometimes, before Velcro and safety pins
Heroes stripped off in the midst of effort
Like Liberty Leading The People
Sometimes you will still see this happening to a star
At the Cannes Film Festival.

* * *

Ma participation à l’Agenda Ironique de Mai sur le thème du nu.

Illustrations:
Jacques-Louis David, Patroclus, Musée Thomas-Henry
Publicite Aubade

I DON’T BELIEVE IN GLUE

Glue

I DON’T BELIEVE IN GLUE

You can try to prove to me
That glue is effective
I’ll listen to you politely
But you won’t make me believe

I know for certain in my life
That glue is wishful thinking
I applied it – if it didn’t work
It was not for lack of trying

Glue sticks, for one, start drying up
The first day school supplies are furnished
And if they don’t, what was affixed
Will lift off before you project is finished

Not much more luck with Crazy Glue
That always flows unbidden from the tube
And will more likely fuse your fingers
Than the pot you wanted to rehab

I don’t believe in Elmer’s glue
Which oozes from under all papers
And makes it wrinkle with wetness
As if you had just used water

Gorilla Glue sounds impressive
So does shoemaker’s glue
They work just as well as self-adhesive
Or gum and spit to mend my shoe

Iron-on labels on our camp clothes
Always came curling up
Like the glue on my first marriage
Nothing will ever hold up

Give me a magnet or scotch-tape
Give me a nail and hammer
Thumbtacks, pushpins, thread and needle
They will all perform better

Glue is the stuff of impermanence
That’s its only credit
With it nothing stays together
Here is my truth and I’ll stick to it.

* * *

I realized the other day that I do not trust glue at all. This realization was so strong that I had to turn it into a poem.
Special thanks to Allan for his editing and suggestions.

 


 

JE NE CROIS PAS A LA COLLE

Vous pouvez essayer de me prouver
Que la colle est efficace
Je vous écouterai poliment
Mais vous ne me ferez pas croire

Je sais avec certitude dans ma vie
Que la colle est un vœu pieux
Je l’ai tenté, si ça n’a pas marché
Ce n’était pas faute d’avoir essayé

Les bâtons de colle sèchent toujours
Dans la boite de fournitures scolaires
Et dans le cas contraire, ce qui a été collé
s’envolera avant la fin de ce que vous vouliez faire

Pas beaucoup plus de chance avec Crazy Glue
Qui jaillit toujours du tube
Et fusionnera plutôt vos doigts
Que le pot que vous vouliez réparer

Je ne crois pas à la colle blanche
Qui suinte de tous les papiers
Et le fait se plisser d’humidité
Comme si c’était de l’eau que vous veniez d’utiliser

La Gorilla Glue semble aussi impressionnante
Que la colle de cordonnier
Elles fonctionnent aussi bien que l’auto-adhésif
Ou un vieux chewing-gum pour réparer mes souliers

Les étiquettes thermocollantes sur nos vêtements de colonie
Se décollaient au premier lavage
Comme la colle de mon premier mariage
Rien ne tiendra donc jamais

Donnez-moi un aimant ou du scotch
Donnez-moi un clou et un marteau
des punaises, fil et aiguille
Ils performent tous beaucoup mieux

La colle est l’étoffe de l’impermanence
C’est là son seul crédit
Avec elle rien ne reste ensemble
Voici ma vérité et j’adhère à ce que je dis.

* * *

Je me suis rendue compte l’autre jour que non, je ne fais pas du tout confiance à la colle. Cette réalisation était si forte que j’ai dû en faire un poème.
Remerciements à Allan pour sa relecture et ses suggestions.

MY FACE VS. THE WATCH

FIGURE 38.2

MY FACE VS THE WATCH

“At 50, everyone has the face he deserves.”
George Orwell

I looked at old pictures last night
And saw my younger face.
The one I had forgotten
So used to the one I have now.
Which is the one I deserve, they say.

My brain looks smooth there too
Less wrinkled by the wear and tear
And then I looked at my watch
To rewind time
And its face was smooth as well.

I couldn’t rewind time or refresh my mind
So I simply watched the movie backward
Eighteen year old slightly skinny in a long coat (you love that one)
Twenty-two year old smoking a cigarette at a friend’s window
Femme fatale

The face I deserved then:
Almond-shaped smooth Virgin Mary holiness
(They never show the Virgin Mary in old age)
What face does a saint deserve?
Face value
Do I deserve a face-lift?

Avec le temps va, tout s’en va…
The face I deserve now :
Certain drooping of the eyelid
Discreet pouches under the eyes
Serious frown lines
Plis d’amertume (and resting bitch face)
The beginning of jowls
The occasional pimple among the wrinkles
An air of Maturity!

This is the face I will want in ten years, they say
Depending on the light I imagine
(Did I want the face I had ten years ago?)
Maybe I should start taking selfies
In dim holy candlelight from now on.

 


 

MON VISAGE CONTRE LA MONTRE

“À 50 ans, tout le monde a le visage qu’il mérite.”
George Orwell

J’ai regardé de vieilles photos hier soir
Et j’ai vu mon visage plus jeune.

J’avais oublié celui-là
Tellement habitué à celui que j’ai maintenant.
Celui que je mérite, ils disent.

Mon cerveau semble lisse là aussi
Moins ridé par l’usure
Et puis j’ai regardé ma montre
Pour rembobiner le temps
Et sa face était lisse aussi.

Je ne pouvais pas rembobiner le temps ni rafraîchir mon esprit
Alors j’ai simplement regardé le film en arrière
Dix-huit ans, légèrement maigre dans un long manteau (la photo que tu aimes)
Vingt-deux ans, fumant une cigarette à la fenêtre d’une amie
Femme fatale

Le visage que je méritais alors:
En forme d’amande lisse, la sainteté de la Vierge Marie
(Ils ne montrent jamais la Vierge Marie dans la vieillesse)
Quel visage mérite un saint?
Valeur nominale
Est-ce que je mérite un lifting?

Avec le temps va, tout s’en va …
Le visage que je mérite maintenant:
Certain tombant de la paupière
Poches discrètes sous les yeux
Graves lignes de froncement de sourcils
Plis d’amertume (et face de chienne au repos)
Un début de bajoues
Et l’occasionnel bouton parmi les rides
Un air de maturité!

C’est le visage que je voudrai dans dix ans
En fonction de la lumière, je pense
(Est-ce que je voulais le visage que j’avais il y a dix ans, vingt ans?)
Peut-être que je devrais commencer à prendre des selfies
A la lueur de cierges, à partir de maintenant.

 

*

 

Illustrations from:https://entokey.com/the-aging-face/
Figure 38.2 A, This painting by William Scrots (1546) displays the young teenage future matriarch, Elizabeth, with a full face and flawless skin. B, This portrait painting by Marcus Gheeraerts the Younger (late 1590s) of an older Queen Elizabeth I depicts marked facial weathering and volume loss with a thinning face and extensive rhytid formation.

LES THEORIES METAPHYSIQUES DES CHANTEURS

Alain Chamfort

A l’occasion de la sortie du nouvel album d’Alain Chamfort, Le désordre des choses.

Les chanteurs français, je les soupçonne de se passer régulièrement, en groupe, un théme de chanson, comme une proposition dans une groupe d’écriture. Ca se ferait par téléphone, ou par email :
Alors, les gars, on fait tous une chanson sur les croque-morts, hein, mais ne copiez pas sur Brassens !
OK, mec. Ca roule.
Et on obtient des chansons comme celles de Louis Chedid, Crock-mort. J’en ai entendu au moins deux sur le sujet à l’époque, si je me souviens bien. Bizarre.

Cette fois-ci, le thème était : Vos opinions métaphysiques.

Je dis opinions parce que c’est un sujet pour lequel il n’y a pas de vérités objectives et définitive, puisque Siri me dit il y aurait à peu près 4200 religions dans le monde, et 5 religions principales (Hindouisme, New Age spirituality, Bouddhisme, Islam, Christianisme).

J’ai donc téléchargé hier le dernier CD d’Alain Chamfort – parce-que j’aime ses chanson.
Et alors, à la deuxième, chanson, alors que je ne lui avais rien demandé du tout, j’entends :
C’est pas le divin
Ca s’appelle plutôt le hasard
Ca te tombe dessus ou pas, point barre.

Il me donne donc son opinion comme s’il détenait la vérité vraie. Mais de quel droit ?
1) Je me demande si j’aime toujours Alain Chamfort
2) Si je vais effacer la chanson de ma liste juste téléchargée sur mon itune
3) Si je pouvais au moins savoir ce qu’il pense vraiment

Ca me dérange beaucoup, cette vision déprimante des choses. Parce que c’est dit sur un ton très triste et désabusé : « Pas de Dieu le père, non nulle part. » Moi qui l’écoute, je ne crois pas non plus à Dieu le père, ce n’est pas ça qui me dérange.
Ce qui me dérange c’est qu’Alain Chamfort me fasse en quelque sorte la leçon (tout ce que je sais je l’ai appris d’Alain Chamfort ?)
J’ai aussi un peu peur qu’il fasse peur aux populations qui se servent de leur religion comme d’une béquille. Et si on la leur enlève ? Imaginez un individu un peu fragile qui se raccroche à ses prières et sa vision du monde, et qui commence à douter soudainement, après avoir entendu ces mots ?
Je n’ose pas l’imaginer.
Ca me fait trop mal au cœur.

Et moi, me direz-vous ? que sont mes vues sur le sujet ?
Je n’aime pas ceux qui assènent leurs opinions comme des vérités et qui par conséquent dénoncent les autres visions comme fausses.

Et ce n’est pas la première fois que j’entends un chanteur mettre en avant ses idées sur le sujet.
La chanson m’a rappelé celle de Souchon il y a des années. « Et si le ciel était vide… et si en plus y’a personne…»  Une bonne mélodie. Mais la chanson m’avait choquée un peu aussi.
Je suis pour la tolérance.
Je crois que toutes les religions naissent d’une intuition extrêmement subjective, mais qu’une fois organisées pour le collectif, elles deviennent incapables de répondre vraiment à cette aspect universel de la nature humaine. Au mieux, les religions peuvent faciliter les choses, donner aux chercheurs une structure, un lieu de rassemblement, une orientation; au pire, les religions deviennent une voie qui canalise les pires défauts de l’homme l’intolérance, la violence, toutes les formes de domination, de lutte de pouvoir sur la femme, les étrangers, tout ce qui est autre.

Donc que le ciel soit vide, soit. Ce n’est qu’une représentation d’une façon de pensée imagée.

Je comprends que ce que Souchon veut faire ici : dénoncer les abus de pouvoir, la violence au nom d’une croyance : « Tant de compassions et tant de revolvers »
Mais quand il dit : Tant de torpeurs, de musiques antalgiques, tant d’anti-douleurs dans de jolis cantiques » je ne suis pas d’accord.
Je pense que les musiques sacrées, les cantiques magnifiques, qui viennent de cette part intérieure de l’homme n’ont pas grand-chose à faire avec des noms variés de Dieu.
Elles sont une expression tout à fait utile et nécessaire de ce que nous avons en nous. Elles inspirent. Et nous relient à une autre dimension.
Dimension qui n’est pas accessible à tout le monde apparement. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas réelle.
Les aveugles pourraient affirmer que la vision est une vue de l’esprit. Ils n’ont pas tort, mais ce n’est pas la vérité pour tout le monde.
Et puis, si on n’aime pas le chocolat. Ce n’est pas une raison pour en dégouter les autres.

Et qu’est-ce qu’il y a de mal à envisager un anti-douleur ? Est-ce qu’il serait plus virtueux de souffrir, de désespérer dans le néant? Est-ce qu’il y aurait quelque-chose de « cool » à souffrir le plus possible ? J’ai entendu des Cantates de Bach qui m’ont tout de même donné un petit goût d’ailleurs et d’autre chose.
Je plains ceux qui se ferment aux chants sacrés.

Aucun rapport avec un dieu le père qui serait au ciel, un Deus Ex Machina. Encore que si ça parle à certains, pourquoi pas ?

Et puis passons maintenant à Cabrel, qui avait participé au forum il y a quelques années, avec Des roses et des orties :
« Vers quel monde, sous quel règne et à quels juges sont-nous promis ? »
Références a certaines religions.

On est lourd, tremblant comme des flammes de bougies
On hésite à chaque carrefour
Dans les discours que l’on a apprit
Mais puisqu’on est lourd
Lourd d’amour et de poésie
Voilà la sortie de secours.

Je préfère de beaucoup ce langage. Cabrel n’impose pas ses vérités, il se pose des questions. Et il ne ferme pas la porte sur une pièce noire pleine de monstres, il laisse la porte ouverte.
Et surtout, il laisse sa part à cette intuition infiniment personnelle qui n’a rien à voir avec les religions organisées, ou un Dieu le père dans le ciel – l’amour et la poésie. Voilà la sortie de secours.

Je ne sais pas d’où Chamfort sort ces idées noires – parce qu’elles me semblent noire. Ne vous y trompez pas, je suis tout à fait d’accord avec le désordre des choses, des bouquets d’atomes qui explosent, des répulsions et des symbioses. Mais quand il parle d’étincelle : la seule étincelle, c’est le hasard. Je sens comme une petite bougie qui s’éteint, et comme un goût de Je ne suis pas d’accord. Je crois à la lumière. C’est peut-être juste une question de langage. Je crois qu’il loupe quelque-chose d’important.
Dans tous les cas, Cabrel est le gagnant du concours.


METAPHYSICS THEORIES OF FRENCH SINGERS
on the occasion of the release of Alain Chamfort’s new album of, The disorder of things.

I suspect French singers to meet regularly as a group, and agree on a song theme, like on a prompt in a writing group. It would be done by phone, or by email:
OK, guys, we’re all doing a song about an undertaker, OK? but without copying Brassens!
Ok dude. OK.
And we get a series of songs like Louis Chedid’s Crock-mort. I heard at least two on the subject at the time, and found it odd.

This time, the theme was: Your religious or metaphysical opinions.

I say opinions because it is not a subject with any objective and definitive truths, since Siri tells me there are about 4200 religions in the world, and 5 main religions (Hinduism, New Age spirituality, Buddhism , Islam, Christianity).

Yesterday I downloaded Alain Chamfort’s lastest album – because I like his songs.
And then, on the second track, without any prompt on my part, he tells me:
It’s not the divine
Rather It’s called chance
It falls on you or not, period.

He gives me his opinion as if he held the truth. By what right?

1) I wonder if I still love Alain Chamfort
2) If I’m going to erase the song from my list just downloaded on my iIune
3) If I could at least know what he really thinks

It bothers me, this depressing view of things. Because it is said in a very sad and disillusioned tone: “…No God the father anywhere.”
I do not believe in “God the father” either, and that’s not what bothers me.
What bothers me is that I feel Alain Chamfort wants to teach me a lesson (all I know I learned from Alain Chamfort?)
I’m also worried that these words might scare people who use their religion as a crutch. What if we take it away? Imagine a rather fragile individual who clings to his prayers and his vision of the world, and who suddenly begins to doubt, after hearing these words whispered by the singer?
I do not dare to imagine it.
It breaks my heart too much.

And me? I hear you asking. What are my views on the subject?

I do not like those who assert their opinions as truths and therefore denounce other visions as false.

And this is not the first time I hear a singer put forward his ideas on the subject.
The song reminds me of another one by Alain Souchon years ago. “And if the sky was empty … and if there was no one…” A good melody. But the song had shocked me a little too.
I am for tolerance.
I believe that all religions are born of an extremely subjective intuition, but once organized for the collective, religions become incapable of truly responding to this universal aspect of human nature. At best, religions can make things easier, give researchers a structure, a place to gather, an orientation; and at worst, religions become a path that channels men’s worst faults intolerance, violence, all forms of domination, power struggle over women, foreigners, etc.

The sky may be empty? So be it. This is just a representation of a pictorial way of thinking.

I understand what Souchon wants to do here: denounce abuse of power, violence in the name of a belief: “So much compassion and so many revolvers
But when he says: So much torpor, analgesic music, so much pain-relief in these pretty anthems, I do not agree.
I think that sacred music, magnificent songs we know, come from the deepest part of man and do not have much to do with the various names of God.
They are a very useful and necessary expression of what we have in us. They inspire. And they connect us to another dimension.
Dimension that is not accessible to everyone apparently. Which does not mean that it is not real.
The blind could say that vision is a view of the mind. They are not wrong, but that’s not the truth for everyone.
And also, if we do not like chocolate. This is not a reason to disgust others.

And what is wrong with considering a pain-killer? Is it more virtuous to suffer, to despair in nothingness? Is there something “cool” about suffering as much as possible? I heard some Bach cantatas that gave me a little taste of something else.
I pity those who close themselves to sacred songs.

This is not related with the idea of a God the father who would be in heaven, a Deus Ex Machina. Although if the idea speaks to some, why not?

And now let’s move on to Francis Cabrel, who attended the forum a few years ago, with Des Roses et des Orties (Roses and Nettles):
“To which world, under which kingdom and which judges are we promised? “
References to certain religions.

We are heavy, shaking like candle flames
We hesitate at each crossroads
In the speeches we learned
But since we are heavy
Heavy with love and poetry
Here is the emergency exit.

I much prefer this language. Cabrel does not impose his truth, he asks questions. And he does not shut the door on a dark room full of monsters, he leaves the door open.
And above all, he leaves its part to this infinitely personal intuition that has nothing to do with organized religions, or a God the Father in heaven – love and poetry. That’s the emergency exit.

I do not know where Chamfort gets his dark thoughts – because they seem black to me. Make no mistake, I totally agree with the disorder of things, bunches of exploding atoms, repulsions and symbiosis. But when he speaks of a spark, the only spark is chance. I feel like a little candle going out, and like a taste of I do not agree. I believe in light. It may be just a question of language. I think he misses something important.
Or I misunderstood the song.
In any case, Cabrel wins the contest.

SONATA IN C MINOR

Beethoven Sonata in C minor

BEETHOVEN’S SONATA IN C MINOR

Sunday morning. I had just cleaned up the bathtub
and it smelled of detergent.
I sank down in my armchair.
And put on the luxurious Bose headphones
that Allan had offered me for my birthday.
He had texted me: “Beethoven’s Sonata in C Minor
when I was at the gym earlier, on the treadmill
and I had not had the time to check it out.
What was he telling me about it? I didn’t remember,
But I knew I had to take the time to listen to it properly.

I found the piece on YouTube.
I chose Barenboim
And I listened.
Yes, the jagged lines, and the softer responses
I don’t know that piece
Wait… as it goes on
I have a vague sense of recognition,
Far away as in a thick fog
as I anticipate what comes next,
As a matter of fact I know it so well.
in a recess of my memory
that my fingers do the gymnastics by themselves
Holy smokes
I used to play this, I recognize it now!
Except It sounded slightly different
in a kind of slowed -down way.
Why?
Because it was my very own fingers at the piano…

I played this piece so differently
That it bears just a small resemblance
With Barenboim’s production
But I never listened to any recording then
Just read the paper.

I used to play that sonata
And I am taken back to the living room
Of my parents’ house where I was playing
one hour everyday at least, for years
Decades ago
Was I 17 or 18?
I don’t see every detail in the fog
But the large window is on the left
Opened to the spring

What did my future look like at that time?
Mystère et boule de gomme.
I was just handed a message
from my adolescent self
To the fifty-two year old one.
Let me see…

My hands repeat
The awkward accompaniment on the left hand
The Alberti bass
What was Beethoven thinking?
Programming this little machination
Fingers knitting with invisible needles

What was my future then
Seen from that piano?
From the solidity of my own family
The bourgeois town of Nantes
My bourgeois catholic school
With Nantes the beautiful
Why was this buried so deep?
Was there something I wanted to hide?

Did I imagine myself
Alone today in my living room
Traveling in my armchair
in this little town
On a different continent
Icy rain outside
What were the odds?

I have now met a professional pianist
This is where this comes into place
The puzzle of my unconscious.

For the time of the Sonata
Bridge the gap
For a few minutes
See
What a trip
I close my eyes again
And I realize
No matter what,
I have never played
The second part of that Sonata.

There is my own Proustian madeleine. Don’t ask me why this text came to me in those short sentences piled up. It just did. And to get back to the very beginning, I think that’s how I got the lumbago I have today.


LA SONATE DE BEETHOVEN EN DO MINEUR

Dimanche matin. Je venais de nettoyer la baignoire
et ça sentait le détergent.
Je me suis enfoncée dans mon fauteuil.
Et j’ai mis sur ma tête le luxueux casque Bose
qu’Allan m’avait offert pour mon anniversaire.
Il m’avait envoyé un texto: “Sonate en Do mineur de Beethoven
quand j’étais à la gym un peu plus tôt, sur le tapis roulant
et je n’avais pas eu le temps de le vérifier.
Que me disait-il à ce sujet? Je ne me souvenais pas,
Mais je savais que je devais prendre le temps de l’écouter correctement.

J’ai trouvé le morceau sur YouTube.
J’ai choisi Barenboim
Et j’ai écouté.
Oui, les lignes dentelées, et les réponses plus douces
Je ne connais pas ce morceau
Attends … alors que ça continue
J’ai un vague sentiment de reconnaissance,
Loin comme dans un épais brouillard
comme si j’allais prévoir ce qui allait venir,
En fait, je le connais si bien, ce morceau
dans un recoin de ma mémoire
que mes doigts font la gymnastique d’eux-mêmes
Incroyable…
Mais oui, je le jouais ! je le reconnais maintenant!
Sauf que ça sonnait différemment
Comme au ralenti
Pourquoi?
Parce que c’étaient mes propres doigts au piano…

Je jouais cette sonate si différemment
Qu’elle ne porte qu’une faible ressemblance
Avec la production de Barenboim
Mais je n’ai jamais écouté aucun enregistrement
Je lisais seulement là partition

Je la jouais donc, cette sonate
Et me voilà ramenée au salon
De la maison de mes parents où je passais
une heure par jour au moins pendant des années
Il y a des décennies
Avais-je 17 ou 18 ans?
Je ne vois pas tous les détails
Dans la grisaille
Mais la grande fenêtre sur la gauche
Est ouverte au printemps

À quoi mon futur ressemblait-il à ce moment-là?
Mystère et boule de gomme.
Ici, je reçois un message
de mon moi adolescent
À celui de me cinquante-deux ans.
Voyons…

Mes mains répètent
L’accompagnement maladroit de la main gauche
La basse d’Alberti
Que pensait Beethoven?
Quand il programmait cette petite machination
Les doigts tricotant avec des aiguilles invisibles
Et quel était mon avenir alors
Vu de ce piano?
Vu la solidité de ma propre famille
La ville bourgeoise de Nantes
Mon école bourgeoise catholique
Avec Nantes la belle
Pourquoi était-ce enterré si profond?
Y avait-il quelque chose que je voulais cacher?

Est-ce que je m’imaginais
Seule aujourd’hui dans mon salon
Voyageant dans mon fauteuil
dans cette petite ville
Sur un autre continent
Pluie glacée à l’extérieur
Quelles étaient les chances?

J’ai rencontré un pianiste professionnel
C’est là que les choses se mettent en place,
Le puzzle de mon inconscient.

Le temps de la sonate
L’écart se comble
Pendant quelques minutes
Pour voir
Quel voyage j’ai fait
Je ferme à nouveau les yeux
Et je réalise
Peu importe ce que j’ai récolté,
Je n’ai jamais joué
La deuxième partie de cette Sonate

Voilà ma propre madeleine proustienne. Ne me demandez pas pourquoi ce texte m’est venu sous la forme de ces courtes phrases entassées. Ca s’est fait comme ça. Et pour en revenir au début, je crois que je me suis fait un lumbago en lavant cette … de baignoire.

VOYAGE D’AFFAIRE

VOYAGE D’AFFAIRES

Nous allions chez Ikea
Ma fille et moi
Une petite trotte en voiture
Un peu près une heure de route
Mais une fois n’est pas coutume

Je me branche sur radio Classique
Pour profiter de ces précieuses minutes
Entre mère et fille
Moments de qualité –
Elle entendrait des morceaux choisis
Qui changeraient un peu de ses choix habituels
D’adolescente de treize ans
Elle serait exposée aux plus grands
Rien de tel que l’intimité d’un voyage en voiture
En captivité forcée
Pour créer des liens durables
Et au-delà des générations

Je me revoyais récemment au volant
Sur une route de campagne
La Symphonie du nouveau monde en bande-son
Un autre jour un Albinoni jamais entendu auparavant
Ou encore Telemann à la mathématique enluminée
Ou Tchaikovsky et sa sensibilité
Et tout ça souvent au moment opportun

Fi des CD et de mon IPod!
Des transmissions filiales programmées
Je laissais le hasard
Choisir ce que nous partagerions aujourd’hui
Le plaisir de l’imprévu! de la surprise!
De l’aventure!
Et pour moi et pour elle

Hélas, au lieu des violons
Des hautbois, des clavecins
Au lieu d’un nocturne de Chopin
Des voix se lèvent:
Appelez dès maintenant, il est encore temps!
Cela ne prendra qu’une minute
Et votre compte bancaire sera automatiquement débité !
Sans aucune difficulté !
Vous vous sentirez si bien après
Sachant que vous avez donné pour ce que vous aimez!

J’ai raté mon coup, mais je serai patiente
Un des inconvénients mineurs de la vie
Quand ils auront terminé leur vente
Nous serons juste avec la musique
Rien de mal avec leur campagne
Apres tout nous allions chez IKEA
Pas une retraite spirituelle

Les minutes passent
Au fil du paysage désertique d’un printemps trompeur
Je rallume la radio:
Allez, ne vous faites pas prier!
Nous savons que vous voulez donner!

Et sur ce CD, vous trouverez
Le canon de Pachelbel!
Et pour Elise de Beethoven !
Ainsi qu’une tasse à café
Une aubaine de 240 dollars que vous ne retrouverez jamais
A aucun autre moment!
Alors appelez dès maintenant ou vous le regretterez.
Et pour vous donner un avant-goût
Laissez-nous jouer l’une des pièces:
Le Rondo à la Turque de Mozart!

Je me détends dans mon siège
Chantonnant sous les yeux admiratifs de ma fille
Dibidibidi dibidibidi dibidibidibidibidibidibidi…
C’est déjà quelquechose
Mais déjà ils reviennent
Et reprennent de plus belle
j’aurais dû le savoir
Hier encore ils essayaient de me vendre
La carrière entière de Leonard Bernstein
Un boîtier de 45 CD!
Pour un don de 120 dollars en une fois, ou en paiements mensuels
Avec en bonus un cours de fabrication de pâtes fraiches
Et un tablier monogrammé!

Bruckner: Os Justi
(Une nouvelle équipe est passée à un autre CD:
Paradisum: Serene Sacred Songs)
Les voix nous enchantent malgré nous
On se regarde et je dis:  Tiens, j’ai presque envie de l’acheter, ce CD.
Moi aussi, elle répond.
Nous sourions à leurs efforts héroïques
A nous faire sortir notre portefeuille
Ils croient qu’ils m’auront à l’usure
Mais que puis-je faire, je conduis !

Au retour j’essaie encore
Le destin n’a pas encore éteint
Une dernière lueur d’espoir
Ils avaient dit :Vous avez jusqu’à 13h!
Et comme il est maintenant 15h

Donnez pour ce que vous appréciez!
La musique classique transcende les générations
Passez-là à vos enfants!
Ou aux enfants autour de vous
Faites un don unique, ou seulement 10 dollars par mois
Pour un cadeau qui ne cesse de donner!
La musique est le langage de l’âme
Et en remerciement
Vous recevrez: Les plus grands arias de tous les temps!
Un lot de trois CD que vous ne pouvez pas manquer!

Ma fille ne lève même pas un sourcil
Je ne sais pas si elle apprécie la plaisanterie
Et voici un extrait de cette offre incroyable
Silence – Pavarotti se lance :
… La donna e mobile, qual piùma al vento ….
J’entame un accompagnement fougueux
Ma fille me regarde avec des yeux ronds
Tu connais ça aussi?
Je me rengorge. Eh oui!
Au moins j’ai fait mon effet aujourd’hui.
A la fin de l’air, je fais semblant de rater la note
Elle a souri
Là au moins, j’ai réussi mon coup.

*

Nous sommes financés par vous, nos auditeurs” nous répètent à longueur de journée les radios Américaines. Et plusieurs fois dans l’année les chaines passent par des marathons de collecte de fonds qui durent en général une semaine et pendant lesquels les présentateurs se relaient non-stop pour exhorter les auditeurs à devenir membre, ou alors considérer que la chaine pourrait disparaitre. Voilà sur quoi nous étions tombées.
Ceci n’est peut-être pas un poème – mais c’est comme ça que c’est venu : prose structurée?


BUSINESS TRIP

We were going to Ikea
My daughter and I
Quite a ride in the car
Approximately one hour drive
But we don’t do it that often

I turn on Classical Radio Boston
To take advantage of these precious minutes
Between mother and daughter
Quality time.
She would hear selected pieces
That would change her from her usual choices
Of discerning thirteen year old
She would be exposed
To the Great
Nothing like the intimacy a car trip
For a lasting bonding experience
Across the generations

I recall a recent experience
Driving down a country road
With the New World Symphony as a soundtrack
Or another day an Albinoni piece never heard before
Or one of Telemann’s illuminated constructs
or Tchaikovsky and his sensitivity
And all that often at the right moment

Forget CDs or my IPod!
Scheduled filial transmissions
I leave a chance for chance
To choose what we will share today
The pleasure of the unexpected! Surprise!
Adventure !
For me and for her

Alas, instead of violins
Oboes, harpsichords
Instead of a Chopin Nocturne
Voices rise:
Call right now while it’s still time!
It will only take a minute
Your bank account will be automatically debited!
You won’t have to worry about a thing
You will feel so good after
Knowing you gave for what you love!

Not what I had expected. But I’ll be patient,
Just one of life’s minor inconveniences
After they’re done with their pitch
We’ll be right on with the music
Nothing wrong with their campaign
After all we’re on our way to IKEA
Not a spiritual retreat

Minutes pass by
With the desert landscape of a misleading spring
I turn on the radio again:
Just get it over with!
We know you want to give!

And on that CD you will find
Pachelbel’s cannon!
And Beethoven Für Elise!
Together with a coffee mug.
A 240 dollar value that you would never get
At any other time!
So call right now or you will miss it forever.
And to give you a foretaste
Let us play one of the pieces:
Mozart: Rondo à la Turque!

I relax in my seat
Sing along under the admiring eyes of my daughter
That’s a start
But before the end, they come back
With a vengeance
I should have known better
Yesterday they were selling me
Leonard Bernstein’s entire career’s work
In a 45 CD set!
For a donation of 120 dollars! At once, or in monthly payments
And a course on making pasta from scratch
And a monogrammed apron thrown in!

Bruckner: os Justi
(a new team switched to a new CD:
Paradisum: Serene Sacred Songs)
The voices delight us in spite of it all
We look at each other and I say: Well, I almost want to buy it, this CD.
Same, she answers.
We smile at their heroic efforts
At making us take out our wallet
But what can I do, I am driving

On the way back I try again
Fate has not yet extinguished
A last glimmer of hope
They had said, You have until 1 pm!
And it is now 3 pm

Give for what you value!
Classical music crosses over the generations
Pass it on to your children!
Or to the children around you
Make a one-time donation, or only 10 collars a month
For a gift that keeps on giving!
Music is the language of the soul
And for your pledge
You will get: The Greatest Arias of All Times!
A 3 CD set you can not afford to miss!

My daughter does not even raise an eyebrow
I do not know if she gets the joke
And here is one excerpt of this amazing value
Cue track – Pavarotti starts:
… La donna e mobile , qual piùma al vento ….
I start a spirited accompaniment
My daughter looks at me with admiration
You know that one too?
I nod with self-satisfaction: Yes I do!
At the end, I pretend to miss the note
She smiles
Some measure of success.

LE CIRQUE BLEU

The Blue Circus 1950 by Marc Chagall 1887-1985

Poisson rouge poisson bleu
Tout était mélangé dans ce rêve
La tête en bas je flottais
Dans un liquide amniotique aux couleurs primaires
Un poisson bleu m’offrait des fleurs
Et je divaguais et m’enroulais
Comme un embryon flottant

Une bonne tête de cheval apparu
Avec des faux-cils, souriant
Pour me donner la clé
Et je rêvais le rêve
Dans mon costume rouge et bleu
Je rêvais de la prochaine étape
Celle où je trônerais au plafond
De l’Opéra du Palais Garnier –
Et je me tortillais aisément
Sur mon trapèze en gestation
Entre cheval, poulet et poisson

Là-haut au plafond du palais Garnier
J’assisterais à tous les ballets
Aux premières loges tous les jours
Et je me glisserais dans la peau de chacun et chacune
Des danseurs
Sur la scène
Et mon corps changerait de costume
Se faufilerait dans les leurs
Dans leurs peaux
Scène noire, dans les feux
Je danserais dans la poussière,
Eblouie
Les pieds à terre touchant le sol
Par intermittence
Je flotterais dans l’air, voiles au vent
Jambes et bras lianes tendues
Retombant légèrement
Sur terre.

*

Quatorze ans après le Cirque bleu, Chagall signait le plafond de l’Opéra Garnier. Je ne le savais pas jusqu’à ce que j’y aille un jour, à l’Opéra. Quand j’ai vu ça de mes yeux vu, j’ai été étonnée, et puis je m’y suis faite. Assez du caractère pompeux du passé ! Il fallait de la légèreté, du moderne, un coup de fraîcheur.

Puisqu’on parle de rêve, il faut que vous sachiez que l’Opéra était mon premier rêve de petite fille, rêve éveillé, pas endormi : le monde de la danse, de la musique, la beauté des corps parfaits en mouvement, les décors, les costumes, les histoires et les contes de fée. Vers mes six ans j’ai dû voir le lac des cygnes sur notre télé en noir et blanc, puis j’avais lu (et relu jusqu’à l’apprendre par cœur) Côté Jardin d’Odette Joyeux, que quelqu’un m’avait offert (je dis quelqu’un car je ne me rappelle pas qui me l’avait offert). Je ne suis pas allée à l’Opéra avant ma trentaine. Le rêve est toujours là.

Voilà ce qui s’est tramé par association d’idées en voyant la proposition d’écriture pour l’Agenda Ironique à l’Atelier sous les feuilles. Je sais, il fallait se mettre dans la peau du poisson, mais je suis du signe Poisson, alors je connais. Pour l’anecdote, je suis aussi Cheval de feu (astrologie Chinoise). Alors je suis tout-en-un, comme dans les rêves.


BLUE CIRCUS

Blue fish, goldfish
Everything was mixed up in this dream
Upside down I floated
In an amniotic fluid of primary colors
A blue fish offered me flowers
And I drifted and twirled around
Like a floating embryo

A friendly horse head appeared
With fake eyelashes, smiling
and he gave me the key
And I dreamed the dream
In my red and blue suit
I dreamed of the next step
When I would preside on the ceiling
Of the Palais Garnier Opéra
And I squirmed with ease
On my trapeze in gestation
Between horse, fish and chicken

Once up there on the ceiling of the Palais Garnier
I would attend all ballets
In the front row every day
And I would slip into the skin
Of each dancers
On stage
And my body would change costumes
Sneak into theirs
In their skins
Dark stage, in the lights
I would dance in the dust,
Dazzled
Feet on the ground
Intermittently
I would float in the air, sails in the wind
Legs and arms stretched like the vine
Falling again slightly
On earth.

*

Fourteen years after the Cirque Bleu, Chagall signed the ceiling of the Opéra Garnier in Paris. I did not know this until I visited the Opera one day. When I saw this, past the surprise, I got used to the idea. Enough of the pompous past! We needed lightness, modernity, a touch of freshness.
Since we are talking about dreams, you have to know that the Opera was my first childhood dream, daydream: the world of dance, music, the beauty of perfect bodies in motion, theatrical sets, costumes, stories and fairy tales. When I was six, I saw Swan Lake on our black-and-white TV, and then I read (and reread until I knew it by heart) Côté Jardin by Odette Joyeux that someone had given me (I say someone because I do not remember who gave it to me). I did not visit the Opera before my thirties. The dream is still there.
This is the association of ideas that answered the writing prompt for the Agenda Ironique offered by Atelier sous les feuilles. I know, I was supposed to put myself in the skin of the fish, but I’m from the Pisces sign, so I know. For the anecdote, I’m also a Fire Horse (Chinese astrology). So I’m all-in-one, like in dreams.

SALLE D’ATTENTE

Clock

SALLE D’ATTENTE
J’attends le printemps, l’été
J’attends des nouvelles de ma fille
J’attends de savoir si le lithium aura un effet sur elle
J’attends midi
J’attends un email, un appel
J’attends les vacances, et juste la fin de la journée

Aujourd’hui est juste une préparation pour d’autres jours
Aujourd’hui ne compte pas
Juste la tension
Des jours, des heures, des minutes vides
Peut-être une gestation
Avant l’explosion
Les bourgeons
Et alors, l’action, l’été,

J’attends le déluge
And the other shoe to drop
À d’autres moments, tout arrive tellement en même temps
Les appels, les emails,
On ne sait plus où donner de la tête.

J’attends de savoir si elle va aller dans un autre hôpital
Ou si elle va rentrer à la maison
J’attends de savoir si mon autre fille va pouvoir venir
En vacances avec nous ou non
J’attends suspendue
En attendant j’écris
Mon journal, des poèmes d’attente
Je passe le temps
Je me prépare
Je serai peut-être prête
Quand l’action commencera
Quand l’inspiration viendra
Quand les beaux jours reviendront
Quand les crises seront finies
Quand la paix sera là.