LA COMPLAINTE DU ROUAGE DANS LA MACHINE

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COMPLAINTE DU ROUAGE DANS LA MACHINE

Depuis trente ans que j’emploie mon temps
A faire des choses pour les gens
Autre que moi-même
Je ne sais plus ce que c’était que j’étais venue faire
Ce que je voulais
Depuis trois décennies j’essaie de me dépêcher de faire mon travail
Pour avoir le temps après de faire ce que j’ai envie de faire
De me dépêcher pour que le soir tombé je puisse m’atteler à la tâche
Ma vrai tâche
Mais le soir tombé je ne sais plus
Et j’ai envie de me coucher, de me reposer
Alors je me dépêche de débarrasser mon bureau
Pour prendre ma retraite bientôt
Afin de faire enfin ce que je voulais faire
Ce que j’étais venue faire
Mais j’ai juste la trouille
D’avoir complètement oublié
Depuis le temps
J’essaie de faire les deux en même temps
Puis je perds les pédales
Je ne m’en sors plus, Je m’éparpille
Et en plus je me sens coupable
De ne pas mener les deux d’affilée
Comme tout un chacun
En français et en anglais.
Plus tard plus tard, je me dis
Ce n’est que partie remise
Mais à la longue, plus on remet la partie
Plus on ne sait plus exactement
De quoi il s’agissait
Comme quand on entre dans notre chambre
Et qu’on a oublié pourquoi.

Poeme express – Dover, NH  12/19/19

J’écoutais la chanson de Jeanne Cherhal, l’An quarante. Si jolies paroles, si jolie mélodie, si jolie voix. Et puis voilà ce que je ponds, moi…

LE GPS

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LE GPS

Tout a commencé un après-midi alors que je sortais en voiture du parking de notre habitation. «Tournez à gauche», fit une voix désincarnée. Je dis «désincarnée» car il n’y avait personne assis à côté de moi.
La voix ne venait pas non plus de l’extérieur, je vérifiai, car il aurait pu y avoir des voisins qui attendaient le bus scolaire. Mais il n’y avait personne. Le seul mouvement était celui des feuilles filtrant la lumière du soleil au-dessus de la route et de la boîte aux lettres.
Je suis superstitieuse, mais seulement dans une certaine mesure, par exemple, je ne passerais pas sous une échelle. Mais je trouve généralement une explication rationnelle aux faits mystérieux de la vie, et réserve le reste pour Halloween.J’ai alors pensé.

Wendy.

C’était Wendy.

Il avait fallu ce temps à mon cerveau pour reconnaître la voix du système GPS que j’avais acquis quelques semaines auparavant. Pendant longtemps j’avais convoité l’appareil sans m’engager à la dépenses. Ce serait un euphémisme de dire que je n’ai pas le sens de l’orientation. Sortir de mon rayon familier me cause un stress incommensurable.
Lorsque Noël amena un bonus d’entreprise, je décidai de me faire plaisir.
Pendant des semaines, je n’allumai pas le rectangle noir qui ressemblait à un petit écran de télévision, car je n’en avais pas besoin pour aller travailler. Il reposait sur le siège passager. Je prévoyais sa première utilisation le jour de la réunion mensuelle du club de lecture. Trouver mon chemin vers les habitations des uns et des autres à la nuit noire m’emplissait de terreur. Trop de fois, je m’étais perdue dans des dédales de rues sombres et sans nom.
J’inaugurai finalement l’appareil de navigation un beau jour de Mai pour me rendre dans un bureau nouvellement acquis par mon entreprise, le genre de voyage qui aurait normalement déclenché une attaque de panique.
Parmi les différentes options, je choisi une voix jeune et féminine qui me semblait patiente et mesurée, avec un accent britannique qui me rappelait mon Europe natale.
Le matin-même, je composai l’adresse sur le clavier, et la voix calme et raisonnable me guida sur des routes et des autoroutes inconnues sans stress. «Vous êtes arrivé à destination», me-dit-elle à l’entrée d’un centre d’affaires.
C’était magique.
La vie était merveilleuse.
Je me demandais comment j’avais pu attendre si longtemps ce moment. Le prix était plus que justifié.

Le voyage suivant, un 18 Juin, était un long périple de trois heures dans l’ouest du Massachusetts avec une amie. C’était le genre de personne qui donne des noms aux objets, et elle avait nommé la voix Wendy. Notre compagnon électronique nous diverti tout le long du trajet avec sa voix posée. “Merci Wendy!” disions-nous à tout bout de champ, reconnaissantes pour ses directions modestes et effacées. Tout au long du chemin, nous l’imitions, nous essayions de la mettre au défi, de lui poser des piéges, mais elle n’était pas dupe. Une fois, je fis une erreur et pris le mauvais virage. Elle ne se troubla pas mais me demanda juste de faire demi-tour dès que je le pourrais. Je réalisai qu’en sa compagnie, je retomberais toujours sur mes pieds.

J’avais donc une confiance infaillible en Wendy lorsque, contre toute attente, sa voix s’éleva de nouveau dans la voiture, malgré le fait que je me souvenais clairement avoir débranché le chargeur, enroulé le cordon autour de l’écran avant de le ranger dans la boîte à gants, que j’avais vidée de tous les itinéraires imprimés qui m’étaient maintenant inutiles.
Quelqu’un aurait-il pu allumer l’appareil? C’était impossible car personne d’autre n’avait les clés de mon véhicule.
J’hésitai avant d’ouvrir la boîte à gants , comme si je m’attendais à ce que quelque chose de vivant me morde la main. Quand je le sortis, le GPS était bel et bien allumé, me guidant vers une destination inconnue. J’engageais le bouton « off », en notant bien mes actions mentalement.

La seconde fois que la chose se produisit, je conduisais sur l’autoroute en direction de chez moi. Comme tous les jours au sortir du bureau, mon esprit était empli d’insécurités liées au travail. Je trouvais que ce trajet quotidien était le meilleur moment pour faire le bilan de ma vie, comme si être sur la route me donnait une meilleure vision de mon propre chemin. C’’était l’un des rares moments où je n’avais pas à porter mon attention sur un projet concret et spécifique.

Étais-je sur la bonne voie? Me demandais-je. Était-ce le bon emploi ou devrais-je plutôt me consacrer à ce que j’aurais aimé faire (disons-le tout de suite) : être actrice. Je passais mes journées dans un bureau avec un vague sentiment d’anxiété, effectuant des tâches inintéressantes et subalternes. J’étais clairement sous-employée, mais bien payée. Je savais que j’étais paresseuse et lâche, mais le doute de moi-même me tuait. Et si je ne réussissais pas en tant qu’actrice, devais-je laisser derrière moi le confort matériel que j’appréciais? Je gaspillais mon énergie dans une vie sûre mais stérile qui me laissait vide et insatisfaite.
“Prenez la prochaine sortie”, dit la voix.
Le son était étouffé, et le dernier mot fragmenté, mais je reconnus tout de suite Wendy.
Sachant qu’elle m’avertissait généralement deux fois avant un virage, j’attendis quelques secondes.
“Prenez la sortie à droite”, me dit-elle à nouveau.
«Wendy», ai-je demandé à haute voix. «Ês-tu en train de me dire que je devrais quitter mon emploi? Tu veux dire arrêter?
“Tournez à droite”, répondit-elle.
J’actionnai mon clignotant.
Je n’avais jamais pris cette sortie auparavant et suivi une route secondaire sur moins d’un mile. «Juste devant, tournez à gauche», m’ordonna-t-elle à nouveau. Conduisant lentement sur une route de campagne, je suivis ses indications jusqu’à ce que j’atteigne un parking improvisé dans une clairière à l’ombre de quelques chênes.

La voix resta silencieuse.

Retirant l’appareil en plastique noir de la boîte-à-gants, j’ai pris le temps de l’examiner.
Parmi les différentes options et je touchai l’icône qui disait “Où suis-je?”
Une carte apparu à l’écran, montrant un bâtiment au milieu d’un carrefour. Ce n’était évidemment pas le chemin de terre où j’étais garée, mais une carte de mon lieu de travail, entouré des autoroutes familières.
Je tapai l’écran. L’option «Naviguer vers» apparu. Je pris un risque, et consciente de ma propre bêtise, au lieu d’une adresse, je tapai le mot «actrice».

En quelques secondes, une nouvelle carte apparu, dans les mêmes couleurs rouges et jaunes.
La route indiquait des points de repère le long de plusieurs courbes. Au lieu de noms de villes, je lus: école de théâtre, auditions, performances, rencontres, conseils et astuces.
Je me demandais si c’était une sorte de prophétie, ou si j’avais trouvé un outil de divination de pointe.
La destination finale n’indiquait rien de spécifique, comme Hollywood ou autre endroit bien connu. J’avais plutôt affaire à une liste de directions à prendre pour atteindre un certain objectif. Le GPS m’offrait les étapes de base pour atteindre cet objectif.
Mon cœur cessa de battre. J’étais à la fois déçue de comprendre que cet incroyable avenir n’était pas un instantané de ma vie, et soulagée dans mon esprit rationnel que cette liste ne soit qu’un guide pratique et terre-à-terre de ce qui était possible avec courage et effort.
J’appuyai sur le bouton Démo, et l’écran s’anima d’une ligne rouge serpentant à travers les différents points de repère, révélant des carrefours de taille diverse, ainsi que de petites rues et avenues. «Prêt bancaire», indiquaient-ils, et «cours de diction et d’articulation», «cours de théâtre» et «Livres à lire» (lorsque je cliquai sur celui-ci, une autre liste apparu, et j’eu juste le temps d’apercevoir un titre «Comment gagner des amis et influencer les gens») avant que ma fièvre ne me fasse taper à nouveau sur l’écran.
Il y avait des boutons Options: Préféreriez-vous éviter les péages? Devez-vous atteindre votre destination à un certain âge?
Mon siège devenait chaud de sueur. J’avais de plus en plus chaud, même à l’ombre.
Je réalisai que je devais faire pipi. Mais l’énormité de ma découverte me gardait collée à mon siège, comme si je devais explorer ce jouet fantastique dans l’immédiat ou il perdrait ses pouvoirs.

J’essayai autre chose.
LE CŒUR DE MARK WATSON.
“Faites demi-tour dès que possible”, énonça clairement la voix de Wendy après quelques ratées électroniques de l’écran. Mark était mon patron et j’avais le béguin pour lui depuis trois ans. Malheureusement, il était gay, marié et lui et son mari attendaient leur premier enfant d’adoption.
Quelle que soit la source de la réponse, ce n’était certainement pas seulement un ordinateur. Aucune machine artificielle n’aurait pu connaître Mark. Il devait y avoir autre chose. Était-ce une sorte de boussole morale? D’où diable venait-il? Juste pour vérifier, j’entrai: “DEVALISER UNE BANQUE”
Comme je m’y attendais, l’écran ne bougea pas, comme s’il ne comprenait pas cette suggestion.

J’essayai d’autres choses au hasard:
CHAMPION OLYMPIQUE.
Une liste de disciplines apparu, parmi lesquelles je choisi LUTTEUR SUMO.
“Devez-vous atteindre votre destination à un certain âge?”
45 – ai-je plaisanté. J’avais quarante-trois ans.
Le système hésita, puis le vieux «faites demi-tour dès que possible» retenti.

GAGNER À LA LOTERIE?
Une carte avec une flèche indiquant les points de vente au détail des billets de loterie remplaça la precedente.

RENCONTREZ L’HOMME PARFAIT
Un écran familier se présenta: “Avez-vous besoin d’atteindre votre destination à un certain âge?”
Et “Voulez-vous éviter les péages?”
J’ai répondu non aux deux questions.
Il s’avérait que la voie la plus rapide était un site de rencontre sur Internet et la plus longue la patience. Les deux me coûteraient déception, chagrin d’amour, embarras, ajoutés aux frais d’adhésion au site de rencontres, frais d’invitations aux rendez-vous et dépenses vestimentaires. Bref, un gouffre dans mon compte bancaire.
J’ai réalisé que j’aurais pu trouver ça moi-même.
Cela me fit réfléchir.
Que voulais-je vraiment?
Quel serait le but ultime?
«BONHEUR», ai-je tapé.
“Vous avez atteint votre destination”, lança la voix polie de Wendy.
La chose est cassée, pensai-je. Il n’y avait rien sur la carte. Pas de route. Juste une flèche pointant vers une sorte de carrefour qui ressemblait beaucoup au chemin de terre dans lequel j’étais garé.
J’ai tapé à nouveau. “BONHEUR”
Wendy se répéta: “Vous avez atteint votre destination”
J’essayai d’autres formulations, JOIE ETERNELLE, FELICITE PERPETUELLE. À chaque fois, la même chose se produisait. “Vous avez atteint votre destination.” Wendy sonnait à un disque rayé.
VOUS PLAISANTEZ J’ESPÈRE? M’exclamai-je, tout en majuscules.
Silence.
QUI ETES-VOUS? Essayai-je
Encore un silence. Je fixai l’écran que je tenais dans mes mains et le secouai en murmurant “Êtes-vous en train de me dire que ma vie amoureuse de merde et mes emplois pourris me rendent heureuse?”
Aucune réponse dans le silence de ma voiture. J’appuyai sur le bouton Zoom avant. Puis appuyai à nouveau. La vue changea progressivement, jusqu’à ce que l’image ressemblasse à un contour de ma voiture. Sur le siège gauche, il y avait une sorte de tube vu du haut, que je ne pouvais identifier que comme moi-même. Le zoom continua de pénétrer à l’intérieur de ce tube, jusqu’à ce qu’il s’arrête dans ce qui semblait être le centre. L’écran était maintenant complètement vide.
Le problème avec l’appareil, raisonnai-je, était que la gamme de ses réponses était limitée. Il laissait trop de place à l’interprétation.
Peut-être qu’elle voulait dire que devenir actrice pour de bon, ou me retrouver avec Mark Watson ne feraient pas mon bonheur parce que pour une raison étrange, je n’en avais pas besoin pour être heureuse? Ou peut-être que le bonheur était toujours là, peu importe ce qui se passait à l’extérieur? Dans ce cas, peu importe ce que je faisais ou pas, cela n’avait pas vraiment d’importance? En d’autres termes, il n’y avait aucune raison de s’énerver?

Au dernier recours, et au bout du rouleau, j’ai tapé TOILETTES
Une carte se profila, indiquant un petit chemin de terre se ramifiant à droite. Je sorti de la voiture dans un état second, laissant Wendy sur le siège passager.
Je trouvai le chemin derrière un buisson et cherchai un endroit approprié, car il n’y avait pas de sanitaires mobiles évidents en vue. Wendy n’était pas par trop tatillonne.
Accroupie sous un arbre, j’ai senti la brise chaude sur mon visage et le scintillement de la lumière du soleil dans les feuilles flottantes. Un lapin est sorti des ronces et m’a regardé. Puis un papillon.
Il n’y a pas de route vers le bonheur, je me suis souri à moi-même.

De retour à la voiture, j’eu une nouvelle idée. Je testai le bouton Points d’intérêt ou «POI près de chez vous».
Le processeur semblait lancer une recherche pour un long voyage. Après deux ou trois longues secondes, je vis une route sinueuse, une sorte de périple qui me prendrait des années et des années à parcourir. Le long du chemin, il y avait différents points de repère de taille variées. Je lu au hasard des choses comme: café du matin, enfants, cuisine, méditation, théâtre, films, lecture, romance, clubs de lecture, shopping, voyages, etc. La liste était étrangement remplie de choses familières et apparemment inépuisables: lilas, robes d’été, siestes l’après-midi, brouillard, bougies, conversation, amis, livres …
Des panneaux de signalisation indiquant «alimentation saine, méditation, exercice et yoga» ponctuaient le chemin. Il y avait même des listes de livres et de films recommandés.
En regardant ma montre, je réalisai que je n’aurais pas le temps de tout lire sur place. J’ajoutai cet itinéraire à ma liste de favoris. Ensuite, je récupérai l’itinéraire précédent pour devenir actrice et l’ajoutai également à mes favoris. Enfin, je retapai mon adresse pour que Wendy me ramène à la maison.
“Merci Wendy,” dis-je en démarrant le moteur.
«Prenez la prochaine à gauche, puis prenez l’autoroute», a-t-elle répondu.

* * *

Ceci est une œuvre de jeunesse (dix ans d’âge.) Cela se voit à son exubérance et son énergie qui diffèrent un peu de mon style actuel. Je me suis souvenue de cette histoire dès que j’ai vu le sujet de l’Agenda Ironique de Décembre. Parce que j’ai toujours eu, tout comme Christophe Colomb, beaucoup de problèmes avec les cartes.
J’ai dû faire quelques adaptations à mon original. La plus importante étant la traduction en Français. D’aIlleurs, je suis certaine que ça se sent, que l’original n’est pas en Français. Et puis bien-sûr l’inclusion des mots obligés. Ceci-dit, le mot NOEL était déjà dans l’histoire, ainsi que Livre. Quelle coïncidence ! je crois que ce texte était prédestiné. Et j’ajoute que tout est pure fiction.
Je me rends bien compte que le sujet du GPS est maintenant un peu passé, surtout avec Siri, qui a probablement inspiré pas mal d’histoires du même style. Ceci-dit, la surprise passée, le GPS est toujours ce que je considère être la meilleure invention de l’homme depuis le fil à couper le beurre.


Version originale en anglais:

GLOBAL POSITIONING SYSTEM

It all began one afternoon when I was getting out of my driveway. “Turn left” went a disembodied voice. I say “disembodied” because there was no one sitting next to me.
The voice didn’t come from outside either, I checked around, it could have been some of the neighbors waiting for the school bus. But no one was there. The only motion was that of the leaves filtering the sunlight above the road and the mailbox shed.
I am superstitious, but only to a certain degree. I usually find a rational explanation to the seemingly mysterious facts of life, and reserve the rest for Halloween.
I then thought.
Wendy.
That was Wendy.
It took that long for my brain to recognize the voice of the GPS system that I had acquired a few weeks before. For a long time I had coveted such a device without letting myself commit to the expense. It would be an understatement to say I have no sense of direction, and the smallest of errands out of my usual range causes me immeasurable stress.
When our company Christmas bonus windfall occurred, I decided to treat myself.
For weeks, I didn’t even turn on the sleek black rectangle that looked like a small TV screen since I didn’t need it to go to work. It lay on the passenger seat. I was planning its first use for the day of my monthly book-club meeting. Driving to the different members’ houses in the dark filled me with dread. Every time I got lost in mazes of dark streets with no names.
I finally inaugurated the navigation device to drive to a new office my company had acquired, the kind of trip that would normally have triggered a panic attack.
Among various setting choices, I opted for a young, feminine voice that seemed patient and measured, and enunciated words with a British accent that reminded me of my native Europe.
In the morning, I plugged in the address. and the cucumber-cool voice led me down unknown roads and highways without stress. “You have reached your destination” I was told, at the entrance of a business circle.
This was delightful.
Life was wonderful.
I wondered how I could have waited for so long. The price was more than justified.

The next trip was a three-hour long journey to Western Mass with a friend. She was the kind of person who gives names to objects and had called the voice Wendy. Our electronic companion entertained us the whole way, with its self-assured voice. “Thanks Wendy!” We would say at every turn, grateful for her self-effaced, modest guidance. All along the way, we imitated her, tried to challenge or trick her, but she was no fool. Once I made a mistake and took the wrong turn. She was not flustered, she just asked me to turn around whenever I could. I realized that with her, I would always fall back on my feet.

So there stood my infallible trust in Wendy when, against all odds, her voice rose again in my driveway, in spite of the fact that I remembered clearly unplugging the battery charger, rolling the cord around the rectangle screen before storing it in the left side compartment, which I had to empty of the bunched-up maps that were now unnecessary.
Could someone have turned the device on? That was impossible since no one else had the keys to my vehicle.
I hesitated before opening the side door, for fear something alive might bite my hand. When I finally pulled it out, the GPS was indeed on, navigating me on some unscheduled trip to some unknown destination. I pushed the off button, consciously registering what I was doing.

The next time it happened, I was driving home on the highway. As always after work, my mind was reeling with work-related insecurities. That daily ride was the best time I found to take stock of my life, as if being on the road gave me a clearer sight of my own path. It was one of the rare times when I did not have to use my attention to some concrete and specific project.

Was I on the right path? I was wondering. Was this the right job for me or should I dedicate myself to my true life’s purpose, Acting. I was spending my days in an office with a vague feeling of anxiety, performing uninteresting and menial tasks. I was clearly underemployed, but well paid. I knew I was lazy and a coward, but self-doubt was killing me. What if I didn’t make it as an actress, should I leave behind material comfort I enjoyed? I was wasting my energy in a safe but sterile life that left me empty and unfulfilled.
“Take the next exit” the voice said.
It was muffled, and the last word warbled, but I recognized Wendy right away.
Knowing that she usually warned me twice before a turn, I waited a few seconds.
“Take the exit right” she directed me again.
“Wendy,” I asked aloud. “Are you telling me that I should Exit my job? You mean quit?”
“Turn right” she answered.
I turned on my directional.
I had never taken that exit before and followed a secondary road for less than a mile. “Right ahead turn left” she ordered me again. Driving slowly on a country road, I followed her directions until I reached a parking lot situated in a field under the shade of a few oak trees.
The voice remained silent.
Pulling the black plastic device from the compartment, I took the time to examine it.
I looked at the different options and touched the icon that said “Where am I?”
A map appeared on the screen, showing a building in the middle of crossroads. That was obviously not the dirt road where I was parked, but a map of my workplace, surrounded with the familiar highways.
I tapped the screen. The option “Navigate to” appeared. I took a chance, and aware of my own silliness, instead of a street address, typed the word “Actress.”

Within seconds, a new map appeared, in the same red and yellow colors.
The road showed landmarks along several curves. Instead of names of towns and cities, the words read: acting school, auditions, performances, encounters, advice, and tips.
I wondered if this was a kind of prophecy, or if I had found a cutting-edge divination tool.
However, the end destination only said Actress, nothing more specific, like Hollywood or other well-known place.
Instead, this seemed to be a map, a map of the directions to take to reach a certain goal. The GPS was offering me the basic steps to get to that goal.
My heart skipped a beat. I was both disappointed by the fact that this incredible future was not a snapshot of my life, and relieved in my rational mind that this listing was only a practical and down-to-earth guide to what was possible with courage and effort.
I pushed the Demo button, and the screen became alive, a red line snaking through the different landmarks, revealing smaller crossroads in between, just like smaller streets and avenues. “Bank loan” they said, and “Speech and articulation classes”, “weight loss program”, and “Books to read” (when I clicked on that one, another list appeared, and I just had the time to glimpse a title (“How to win friends and influence people”) before my fevered state made me tap the screen again.
There were Options buttons: Would you prefer to avoid tolls? Do you need to reach your destination by a certain age?
My seat was becoming hot with sweat. I was getting hot, even in the shade. I realized I had to pee. But the enormity of my discovery kept me glued to my seat, as if I had to explore this fantastic toy right now or it would lose its powers.

I tried something else.
MARK WATSON’s HEART.
“Turn around as soon as possible,” Wendy’s voice enunciated clearly after a few aborted electronic hiccups of the screen. Mark was my boss, and I had had a crush on him for the past three years. Unfortunately, he was gay, married, and he and his husband were expecting their first adopted child.
Whatever source the answer came from was surely not just a computer. No man-made machine could have known about Erick. There must be something else. Was it some kind of moral compass? Who the hell was this coming from? Just to check, I entered: “ROB A BANK”
As I had expected, the screen did not budge, as if it didn’t recognize the entry.

I tried a few other things at random:
OLYMPIC CHAMPION.
A list of options appeared, among which I picked SUMO WRESTLING.
“Do you need to reach your destination by a certain age?”
45 – I joked. I was forty-three.
The system hesitated, then the old “Turn around as soon as possible” aired out.

WIN THE LOTTERY?
A map came up with an arrow indicating retail points for lottery tickets.

MEET MR. RIGHT
A familiar screen popped-up: “Do you need to reach your destination by a certain age?”
And “Do you want to avoid tolls?”
I answered no to both questions.
The fastest route, it turned out, was Internet dating and the longest one patience. Both would cost me disappointment, heartache, embarrassment, added to dating service fees, drinks, dinner dates and attractive outfits.
I realized I could have found that myself.
This made me think.
What the hell was it that I really wanted?
What would be the ultimate goal?
“HAPPINESS” I typed.
“You have reached your destination,” Wendy’s polite voice piped up.
The thing is broken, I thought. There was nothing on the map. No road. Just an arrow pointing to a sort of crossroads that looked very much like the dirt path I was parked in.
I typed again. “HAPPINESS”
Wendy repeated herself: “You have reached your destination,”
I tried other wordings, EVERLASTING JOY, PERPETUAL BLISS. Every time, the same thing happened. “You have reached your destination.” She started to sound like a broken record.
ARE YOU KIDDING ME? I exclaimed, all in caps.
Silence.
WHO ARE YOU? I tried.
Silence again. I looked into the screen I was holding in my hands, and shook it, muttering “Are you’re telling me that my shitty love life and rotten jobs make me happy?”
There was no answer to that either in the silence of my car. I pushed the Zoom in button. I pushed again. The view changed gradually, until the picture looked like an outline of my car. On the left seat was a sort of tube seen from the top, that I could only identify as myself. The zoom kept going in, inside that tube, until it stopped in what seemed to be the center. The screen was now completely blank.
One problem with the device, I had to reason, was that the range of answers was limited. There was too much room for interpretation.
Maybe she meant that becoming an actress for good, or ending up with Erick would not bring me happiness because for some odd reason I didn’t need this to be happy? Or maybe that happiness was always there, no matter what was going on the outside? In which case no matter what I did, or did not, was of no real importance? In other words, there was no reason to get excited?

At last resort, and at the end of my wits, I typed TOILETS
A map appeared, indicating a tiny dirt path branching on the right. I stepped out of the car, leaving Wendy on the passenger seat, my mind in a daze.
I found the path behind a bush and looked for a suitable spot, as there was no obvious outhouse or portable potty in sight. Squatting under a tree, I noticed the warm breeze on my skin and the shimmer of sunlight in the fluttering leaves. A rabbit came out of the bramble and gave me a look. Then a butterfly.
There is no road to happiness, I smiled to myself.

I returned to the car with a new idea. I tried the Points of Interests or “POI near you” button.
The timer seemed to launch a search to plan a long trip it seemed. After two or three lengthy seconds, there came a twisty road, a sort of trip that would take me years and years to cover. Along the way were different landmarks of larger or smaller size. I randomly read things like: morning coffee, children, cooking, meditation, drama, movies, reading, romance, book clubs, shopping, travels… The list was oddly filled with things that were familiar and seemingly inexhaustible: lilac flowers, sundresses, afternoon naps, fog, candlelight, conversation, friends, reading…
Road signs that read “Healthy eating, meditation, exercise and yoga,” consistently paved the way. There were even lists of recommended books and movies.
Looking at my watch, I realized I wouldn’t have time to read it all on the spot. I added this route to my list of Favorites. Then I retrieved the previous road to becoming an Actress and stored it in my Favorites too. Finally, I reset Wendy to navigate me back home.
“Thanks Wendy,” I said, starting the engine.
“Take the next left, and then take the highway,” she answered.

Amesbury
June 23rd, 2009

MY LIFE IN INSTANT COFFEE / MA VIE EN NESCAFE

Instant coffee

MY LIFE IN INSTANT COFFEE

We were flying back in the morning
And I knew we wouldn’t have time
For Starbucks on the way to the airport
We bought little packets of instant coffee.

Early I got up and filled in the teakettle
In the strange Chicago AirBnb living room
The ghost of Al Capone in the air
For lack of the rightful inhabitants

I poured the water in two strange cups
That I found in the unfamiliar cupboards
I remembered : make sure it doesn’t boil
“Café bouillu, café foutu”

The first taste was as distasteful as it ever was
but in that instant the drawer of my instant coffee experience
became unlocked, letting out
forgotten moments I didn’t know still lived inside

A dim specter came up with the steam
A lonely student, default-setting sadness
In a dorm room looking out the window
At a grey sky, sitting on a dorm bed

Next to an immersion stick heater
Same metallic fake taste
Light and acidic bitter juice,
But more freeze-dried memories arise

Freed from the spell by simmering water
This time the past life regression
Takes me to the childhood kitchen
The greasy smell of the stove’s electric burner

The sound of hot water bubbles
making their way up the saucepan
My mother pouring the spluttering liquid
In a dainty porcelain cup topped with a metallic line

The layer of fake foam gathering on the surface
The time it takes for my mother to take her time
Enjoying lyophilization science
While I chomp at the bit at her feet

It all comes back to my taste buds
the same precariousness, the same sad taste of Nescafe
Next thing I know, I travel back through the tunnels of time
Awake enough to call an Uber to the next coffee shop.


 

MA VIE EN NESCAFE

Nous allions repartir le lendemain
Et je savais que nous n’aurions pas le temps
Pour un stop à Starbucks sur le chemin de l’aéroport
Nous avons acheté des petits sachets de café instantané.

Tôt le matin, je me suis levée et ai rempli la bouilloire
Dans le salon étranger du AirBnb de Chicago
Où le fantôme d’Al Capone rôdait dans les airs
A défaut des habitants légitimes

J’ai versé l’eau dans deux tasses étrangères
Que j’ai trouvé dans les placards
Je me suis souvenue: assurez-vous que ça ne bouille pas
“Café bouillu, café foutu”

La première gorgée fut aussi déplaisante que jamais
Mais en cet instant le tiroir de mon expérience de café instantané
se déverrouilla, laissant s’échapper
des moments oubliés que je ne savais pas y survivaient encore

Un pâle spectre s’éleva avec la vapeur
Une étudiante solitaire (tristesse par défaut)
Dans une chambre de dortoir regardant par la fenêtre
Vers un ciel gris, assise sur le bord du lit

À côté d’un thermoplongeur portable –
Même faux goût métallique
Jus amer, léger et acide,
Mais d’autres souvenirs lyophilisés remontent…

Libérés de leur sort par l’eau frémissante
Cette fois la régression vers les vies antérieures
M’emmène dans la cuisine de mon enfance
L’odeur graisseuse de la plaque électrique

Le crépitement des petites bulles d’eau chaude
Faisant leur chemin vers le haut de la casserole
Ma mère versant l’eau crachotante
Dans une tasse en porcelaine surmontée d’une ligne argentée

La couche de fausse mousse se dessine à la surface
Le temps qu’il faut à ma mère pour prendre son temps
Profitant des progrès de la science
Pendant que près d’elle je trépigne d’impatience

Tout remonte à mes papilles
La même précarité, le même goût triste du Nescafé.
Sans transition, je retourne dans les tunnels du temps
Assez réveillée maintenant pour appeler un Uber
Qui me conduira vers le Starbucks le plus proche.

 

DEER POEMS / EPIPHANIES

selective focus photography of brown deer

Photo by Timo Volz on Pexels.com

DEER POEMS
I was walking on my old beaten path
The road that takes me down to the mill by the river
Half meditating, half lost in my thoughts
Looking for my center again
When I heard a crackle of twigs
A miniature stampede in the bush on my right
I expected a gaggle of teens
When in front of my eyes
And a few feet forward
Came out not one, not two, but five deer
crossing the road in a swift bee line
Into the deeper woods on the left.

The last one, a young buck
Pushed on its hind legs and
Sprung a magnificent leap
That took him in one bound
Over the road and into the bushes
To the rest of his family

Were they observing me?
I stayed a moment in silence
Hoping they would make a come-back
But the rustle of leaves came to a halt.

* * *

“Oh, another deer poem” my boyfriend had said,
Thirty years before
putting down a copy of the college poetry magazine
maybe rolling his eyes
cooly dismissing the whole poetic genre.

He told me about Saskia Hamilton,
promising Kenyon classmate
in the field of poetry
who wrote mysterious and delicate poems –
I remember the way she inserted
sibylline little dots between sections.
The kind of poem I had trouble understanding.
But I remember it was a Deer poem

I also remembered her name,
as smooth as the cool almond shape of her face
Framed by a single strand of dark hair
on the picture on the page

And every time thereafter
Every time I saw a deer, I thought of Saskia Hamilton
And what she could have said then.

* * *

Epiphany: when you touch the sensitive nerve of meaning
And a zap of lightning startles you into understanding.

There are happenstances so wild and strange
That they must have significance
Moments so scripted that they make you pinch yourself
Like when your lover appears in slow motion, walking to you
As if you had conjured it all up

That day dancing gold and reds and russets leaves
offset the grey stone walls, the darker asphalt
my feet in turn kicked or trod on plush carpets
wafting their autumn smell
Cool damp air like velvet on my skin

When the last little deer paraded his stick-figure grace
His little muzzle searching,
And executed his Nijinsky leap on the stage
back arched, tiny hooves pointing up
suspended in mid-air for my eyes only,
I knew for certain that it was not in vain
My search for peace
This was a sign to my soul
I had to accept it

And then
I thought I should compare notes with Saskia Hamilton

——-

This scene with my boyfriend (now my ex-husband) happened in 1988.
Because I remembered her name, I searched Saskia Hamilton and found out that she is now teaching poetry at Barnard College (while I am teaching poetry to the chickens in my head – see a previous poem).

I also found out that the singer songwriter Ben Folds had a song about her, written with Nick Hornby. Another amazingly strange coincidence is that I just read Ben Fold’s biography. Why? Because I saw the book at a local bookstore and was called by the title: Dream of lightning bugs. And I realized I knew One song by him, indeed a quality song, in both text and music. I wanted to know more about the life of this singer songwriter, and author of his own memoir. Because I am also obsessed by the genre. Another point was the pages I had opened the book at and caught a glance of was about destiny and twists of fate, and that Ben Folds was mentioning visualization as an occasional practice. I read the book and found out that his life and fate were made of hard work, inspiration, dedication and passion. The writing was funny at times and darker at others. After finishing, I gave it to a coworker who I knew was playing drums, as I thought she might find a kindred spirit there. I am not that into rock music, even at the piano. When I searched for the Saskia Hamilton song, I was prepared to be amazed by another unexpected connection, such as the fact that he had been at Kenyon College the same year I did, and met with the same Deer poem.
But nothing of the sort. The lyrics were about how he was in love with the sound of her name. (She got more assonance than she knows what to do with / I’m in love with Saskia Hamilton / She got two sibilants, no bilabial plosives)
I also found that song was co-written with Nick Hornby, who I know because I read and loved one of his popular books at the time: High Fidelity. That we had Saskia Hamilton in common was so highly unlikely.

 

 


EPIPHANIES

Je marchais sur mon ancien chemin battu
La route qui mène au moulin au bord de la rivière
Moitié méditant, moitié perdue dans mes pensées
A la recherche de mon centre
Quand j’entendis un craquement de brindilles
Une bousculade miniature dans la brousse à ma droite
Je m’attendais à un groupe d’enfants
Quand devant mes yeux, quelques pas plus loin
Apparurent non pas un, pas deux, mais cinq daims
Qui traversèrent la route en une file rapide
Et disparurent dans les bois plus profonds sur la gauche.

Le dernier, un jeune mâle
Poussa sur ses pattes arrières
Et fit un bond magnifique
Qui le mena d’un coup
De l’autre côté de la route dans les buissons
Avec le reste de sa famille

Est-ce qu’ils m’observaient?
Je suis restée un moment en silence
Espérant qu’ils reviendraient
Mais le bruissement des feuilles s’arrêta.

* * *

«Oh, encore un poème de daim» avait dit mon copain,
Trente ans auparavant
Posant sur la table une copie du magazine de poésie universitaire
peut-être levant les yeux aux ciel
se moquant du genre poétique.

Il avait mentionné l’auteur, Saskia Hamilton,
Une camarade de classe au talent prometteur
aux poèmes mystérieux et délicats –
Je me souviens particulièrement de sa façon d’insérer
Trois petits points sibyllins entre les sections.
Le genre de poème que j’ai du mal à comprendre.
Mais je me souviens bien qu’il s’agissait de cerf

Je me suis toujours souvenu de son nom,
aussi lisse que son visage en amande
Encadré par une mèche de cheveux noirs
Sur la photo de la page

Et chaque fois par la suite
Que j’ai vu un daim, j’ai pensé à Saskia Hamilton
Et ce qu’elle avait pu dire alors.

* * *

Epiphanie: quand on touche le nerf sensible du sens
Et qu’un éclat de compréhension vous apparait en un éclair.

Il y a des événements si sauvages et étranges
Qu’ils doivent avoir une signification
Moments tellement scriptés qu’ils vous font vous pincer
Comme quand votre amant apparaît au ralenti marchant dans votre direction
Comme si vous aviez tout imaginé

Ce jour-là, les feuilles tentées d’or de rouges et de roux dansaient
Contrastant avec le mur de pierre grise, l’asphalte plus sombre
Mes pieds tour à tour soulevaient les feuilles mortes ou foulaient un tapis moelleux
Une odeur automnale flottant autour de moi
Dans l’air frais et humide comme du velours sur ma peau

Quand le petit faon a offert à mes yeux sa gracieuse carcasse
Son petit museau chercheur,
Et exécuté son saut de Nijinsky sur la scène de la route
dos cambré, petits sabots pointés en l’air
suspendu dans les airs pour mes yeux seulement,
J’ai su avec certitude que ce n’était pas en vain
Ma recherche de paix
Que c’était un signe pour mon âme
Et que je devais l’accepter.

Puis
J’ai pensé que je devrais comparer mes notes avec Saskia Hamilton.

——-

Cette scène avec mon petit ami (maintenant mon ex-mari) s’est déroulée en 1988.
Comme je me souvenais de son nom, j’ai consulté Saskia Hamilton et découvert qu’elle enseignait maintenant la poésie au Barnard College (alors que j’enseigne la poésie aux poulets dans ma tête – voir un de mes poèmes précédents).

J’ai aussi découvert que l’auteur-compositeur-interprète Ben Folds avait une chanson sur elle, écrite avec Nick Hornby. Une autre coïncidence étonnamment étrange est que je viens de lire la biographie de Ben Fold. Pourquoi? Parce que j’ai vu le livre dans une librairie locale et que le titre: Rêve de lucioles, m’avait interpellé. J’ai réalisé que je connaissais une chanson de lui, une chanson de qualité, dans le texte et la musique. J’ai voulu en savoir plus sur la vie de cet auteur-compositeur-interprète et auteur de ses propres mémoires. Parce que je suis aussi obsédée par le genre. Un autre point concerne les pages sur lesquelles j’avais ouvert le livre et jeté un coup d’œil sur le destin et ses péripéties, et sur le fait que Ben Folds mentionnait la visualisation comme une pratique occasionnelle. J’ai lu le livre et découvert que sa vie et son destin étaient faits de travail acharné, d’inspiration, de dévouement et de passion. L’écriture était drôle parfois et plus sombre chez d’autres. Après avoir fini, j’ai donné le livre à une collègue qui joue de la batterie, car je pensais qu’elle pourrait y trouver un esprit similaire. Je ne suis pas très rock, même au piano. Lorsque j’ai recherché sa chanson intitulée Saskia Hamilton, j’étais prête à être émerveillée par un autre lien inattendu, comme le fait qu’il ait été à Kenyon College la même année et qu’il ait rencontré le même poème.
Mais rien de la sorte. La chanson concernait surtout son nom. (Elle a plus d’assonance qu’elle ne sait qu’en faire / je suis amoureux de Saskia Hamilton / Elle a deux sibilantes, pas de plosives bilabiales)
J’ai aussi découvert que cette chanson avait été co-écrite avec Nick Hornby, que je connais aussi parce que j’ai lu et aimé un de ses livres populaires à l’époque: Haute Fidélité. Le fait que nous ayons en commun Saskia Hamilton était hautement improbable.

UNE ROMANCE D’AUJOUD’HUI

woman wearing blue dress

Photo by Cxpturing Souls on Pexels.com

Benjamin s’en était allé à la foire os affaires. Il voulait acheter quelques bidouilles bon-marché pour sa mère et pour Halloween. Il s’en allait là-haut vers le trouillard de la montagne du Vermont
Rosalie, elle, descendait vers le Mississipi, chez une amie.
Benjamin avait pour recommandations de sa chair mère de moisir quelques articles dont on ne trouvait pas les pareils ailleurs. Pour la déco, par exemple, le bas-arts aux bidouilles était une caverne d’Ali Baba.
Ce jour-là, Rosalie allait également au bas-arts aux bidouilles, plutôt pour faire du lèche-vitrine. Elle tripotait dans sa moche une liasse de petits billets et de pièces de mon nez en se répétant qu’elle pouvait s’offrir tout ce qu’elle voulait si elle le voulait : les chauds sûrs à femelle plastique, et dessus en plastique également, qui seraient de grand secours en cas de pénurie mondiale de sous liès de type espadrille. Ou bien, se disait-elle aussi si elle devait se rendre à une petite faite, sans avoir l’air d’en avoir trop fête. C’était l’élégance calculottée.
Donc Rosalie étudiait soigneusement les fripouilles dans les allées.
Benjamin s’était arrêté devant les pailles-à-sons de couleur beige et caca-doigt, certains ornés de fausses taches noires qui leur donnaient un air usé-chic. Mais son attention fut bientôt attirée par un kit de spatules et coups tôts de cuisine en place tics qui faisaient de l’effet. Apres considération, il décida de passer outre.
Alors qu’il allait d’un rythme râle antique pour être sûr de ne pas manquer une affaire plus qu’intéressante, il entendait à l’autre bout du magasin, dans un coin derrière le compteur, le rit canne ment de sorcière de l’employée qui tenait le dit compteur. C’était un ricanement doux, qui revenait à intervalles réguliers et ponctuait les échanges entre cette dernière et une autre voix plus jaune. Benjamin se sentait alèse dans cette atmosphère simple et bon-enfant qui lui rappelait les fournées en famille quand il était en faon.
Il croyait être seul dans les allées de tailles réduites, mais dû se rendre à les vies dansent quand il entendit un bruissement dans l’allée suivante : il n’était pas le seul à chasser les affaires.
C’est alors qu’il eut un ça par exemple! : au-delà des articles du rayon oreillons et literie, une jeune fille étudiait un produit qu’elle tenait dans la main.
Et pas n’importe quelle sorte de jeune fille. C’était comme si elle avait été sculptée dans l’os de son fait mûr, mais en beaucoup mieux, tant elle lui était familière. Un fou de coudre.
Tout dans son vie sage et les contours de la créature, grande et prune convenait d’une extraordinaire harmonie visuelle, une sorte d’effort parquet fait humain. Avec un tout petit chouilla de Japonais. Elle était fétu d’un long manteau d’automne de couleur sombre, ses chevaux bruns n’étaient ni longs ni courts. Mais son visage plutôt pâle reflétait une intelligence, un esprit et une profondeur des maux cions qui l’hypnotisèrent sur le chant. Elle semblait examiner une père de panfloutes en moumoute, probablement pour décider si elles avaient une place dans sa vie. Devant elle sur des cintres en métal se balançait un lot de chouette-sœur-tes en molleton façon sherpa de couleuvres pastel. Il en conclu qu’elle avait un faible pour les textures douces et les matieres ouatées.
Frappé d’émotion et de mutisme il passa derrière elle et fit sang blanc d’étudier un stock de bas laids et balayettes qui suivait, tout en surveillant l’apparition du coin de l’oeil.
Sa mère lui avait-il demandé des boulots de pompier essuie-tout ? des bagages bon-marché, de vieilles marques de champs points disparues, il avait du mal à s’en souvenir.
La fille avait fait quelques pas et faisait maintenant face aux masques de Frankenstein, faux squelettes, toiles d’araignées et autres marchandises.
« Excusez-moi ? Savez-vous où se trouvent les bonbons pour la saison ? » Il avait pris son bourrage par les bornes et attaquait de plein front.
Elle se tourna vers lui. Et c’est alors qu’il se perdit dans la noirceur de ses feux pleins de remous effervescents. « Les chocolats sous emballage individuel décorés d’images de fanfan-tomes, sorcierges et chanoirs, maisons en thé, chauds-voeux-souris, et monstres reconnaissables ? »
« Heu, oui » bafouilla-t’il.
« J’en ai vu un stock à l’entrée. D’ailleurs, je vais en acheter. Vous préférez lesquels ? »
Sa voix était pausée, directe et muse-y-cale.
« J’ai un faible pour les Whoppers. »
« Moi aussi ! »
« Et en plus, ils sont en solde. »
Ahuri de sa bonne fort tune, Benjamin mis de côté ses devoirs de fils-thon en pensant que sa mère lui pardonnerait ses manquements. Il laissa-là les selles d’Epsom, les cintres duveteux qui ne glissaient pas, le paquet de douze rasoirs, et les ronchons de cuisine. Il avait mieux à faire.

FIN (et COMMENCEMENT A LA FOIS)

J’ai mis beaucoup d’application à réaliser ce petit chef-d’œuvre d’orfèvrerie littéraire. Je ne suis pas fière. Mais j’ai la satisfaction du devoir accompli. Ma contribution à l’Agenda Ironique d’Octobre.

THE BOOKS I WON’T READ

blur book stack books bookshelves

Photo by Janko Ferlic on Pexels.com

THE BOOKS I WON’T READ

The books I know I don’t have time to read
The covers I took a picture of
In case I could read it later
Maybe if I was locked up in the bookstore at night
Maybe if I took a sabbatical year

The books I pluck and open like a fruit
To see inside
To taste a sentence, a feel, a spark of the author’s mind
An idea, an image,
The first sentence, the last

Best is to be in the bookstore
Usually a Saturday morning
Minutes stolen from the week-end
Sun sparks, espresso smell lingering
Staff picks
Every time, each visit
I envision, I imagine
What it would be to read the book

Doing math in the bookstore:
So many hours spent writing
So many hours needed to read
Each book its time and space
Each book a life, an era, a continent
Each book a daybed, an afternoon sofa
Multiplied by the rows of books
By authors, by sections
So many hours per square feet

Reading minutes stolen from a pot of rice waiting to boil
Hours stolen from a job-week
Guilty mental-health day
Time before children, time before dinner

Agatha Christie on an October day
Sweater weather, Harvard square strewn with orange leaves
Near Halloween,
Walking along Massachusetts Avenue

Reading in the Boston T
From stop to stop, screech to screech
The books read from cover to cover
The book you take on vacation
The book you read on the way home

Reading by the light in the window
Curled up on the sofa in the first days of spring
Or fall, or summer, or winter
By the light of the night table
By the ceiling light of the airplane
By the flashlight under the sheet in bed
In a tent on an air mattress that smells like rubber
In the passenger seat until you get seasick
In a waiting room at the dentist’s, the doctor’s
In a train on an hour-long trip

Titles in the transient book of Must read one day:
The Last train to London
The Dishwasher
A Primer for Forgetting
The Other End of the Line
Improv for Writers
The Source for Self Regard
What My Mother and I Don’t Talk About
And last but not least
Happy Cat, Happy You

All teasers like the cashmere sweaters
That parade on my computer screen at work
That scream Buy me! Now!
And I know I can’t and won’t buy

The books I want to read
And for some, answer in kind
Answer the kind writer who
Took so many hours to tell his or her story
And wouldn’t it be nice and polite
To return the favor
A sort of correspondence of writers
A book for a book

But all the books of the past
That I couldn’t wait to buy
Are now languishing on my nightstand
Or dream of the day when

The book you take to bed
For a few pages until the weight of the day
Shuts down the eyelids.

 

BE YOURSELF

Poker face

“BE YOURSELF!”

Are there so many people out there
Who are not themselves
But someone else,
And need to be reminded

Or slightly admonished
to be themselves again?
Loss of identity
Or identity theft?

Are they going around wearing ill-fitting hats
Tripping on too-large shoes
Putting on phoney accents
Their hair dyed odd shades of wrong

And what if one has multiple selves
And each one of them wanders off
And “is” someone else?
Like in a paper doll chain?

What is wrong I ask you
Assuming that I am in my right mind
With trying and imitate someone
Still myself, but a different style

Many people actually
Would benefit from not being
Their lazy, sloppy, boring selves
But instead try someone else on for a while

Like Victor Hugo for instance
Or Barack Obama?
There are so many cool people out there
What’s wrong with that?

I just heard it on the radio this morning when I woke up. I see it everywhere – starting in schools. It’s a « thing » a meme, maybe? “Be yourself” or “you do you” the new marketing ploy that makes people believe that their preferences are unique, flattering an unnecessary narcissism and reinforcing weak Egos while making people spend money, those people believing that they are not influenced by the market and whatever images they absorb from their environment. We are a product of our environment. Our choices are always influenced by something, someone, some trend. There is not so much a “self” as there is a static river. Our selves are constantly changing, constantly moving, absorbing the flows, happily carried by life. “Be yourself” doesn’t mean anything. The riverbed doesn’t change, but this part is immutable. No need for reminders to be there.

* * *

“SOIS TOI-MÊME!”

Y a-t-il vraiment tellement de gens
Qui ne sont pas eux-mêmes
Mais dans la peau de quelqu’un d’autre
Et ont besoin d’être rappelés

Ou même légèrement réprimandés
Pour être à nouveau eux-mêmes –
Perte temporaire
Ou usurpation d’identité?

Je les vois portant le chapeau d’un autre
Trébuchant sur des chaussures trop grandes
Affectant des accents factices
Leurs cheveux teints de nuances bizarres

Et dans le cas de personnalités multiples
Si chacune d’elle se promenait
En “étant” quelqu’un d’autre?
Ca ferait une belle ribambelle

Quel est le problème, je vous le demande
En supposant que je sois saine d’esprit
De vouloir imiter quelqu’un d’autre
Toujours moi-même, mais nouveau style ?

Beaucoup de gens, en vérité
Bénéficieraient de ne pas être
Leur propre personne paresseuse, lâche et ennuyeuse
Mais d’essayer quelqu’un d’autre un moment

Comme Victor Hugo par exemple
Ou Barack Obama?
Il y a tellement de gens cool
Il n’y aurait pas de mal à ça.

 

« Soyez vous-même » Je viens de l’entendre à la radio ce matin quand je me suis réveillé. Je vois ça partout – en commençant par les écoles. C’est une «chose» un meme, peut-être? Il y a aussi “Vous faites vous”, le nouveau stratagème marketing qui fait croire aux gens que leurs goûts sont uniques, flattant un narcissisme inutile et renforçant les Egos faibles tout en les incitant à dépenser de l’argent selon les images dont ils sont bombardés dans leur environnement. Nous sommes un produit de notre environnement. Nos choix sont toujours influencés par quelque chose, quelqu’un, une tendance. Il n’y a pas plus de «moi» stable et fini que de fleuve statique. Notre moi change constamment, bouge constamment, absorbe les flux, heureusement emporté par la vie. «Sois toi-même» ne veut rien dire. Le lit de la rivière, lui, ne change pas, mais cette partie est immuable. Pas besoin de rappels pour être là.

Photo: my cat Romeo (by me) who is constantly himself.