VOYAGE

Mon chat fixait un point sur le fauteuil. Je m’approchai pour voir, par curiosité. Je vis que c’était une fourmi noire. Elle s’était immobilisée quelques instants puis avait poursuivi son chemin. En général, quand il y a des fourmis, c’est signe de chaleur dans les jours qui viennent. Et du coup, ça m’a fait chaud au cœur de la voir, elle m’apportait une bonne nouvelle.
Bien sûr j’ai pensé aux infestations qu’on avait eu dans le passé – des fourmis partout. A l’époque, j’étais plus jeune, j’étais prise au dépourvu, je les laissais m’empoisonner la vie sur le comptoir de la cuisine. Tout le monde sait bien que si on en écrase une, tout un bataillon va arriver pour la rapatrier à la caserne et du coup, on n’a rien gagné.
Quelqu’un m’avait recommandé une sorte de piège a fourmi : un rectangle en plastique rempli d’une gelée jaune, qui les attirait, et dont elles ne pouvaient pas s’échapper. L’année précédente j’avais testé l’efficacité de la méthode. L’idée de ce mini-charnier sous mon évier ne me plaisait pas trop, mais d’un autre côté, l’efficacité m’avait surprise. J’avais longtemps laissé-là le petit cimetière portatif, pour éviter de me salir les doigts de gelée mortifère, et de voir tous ces petits cadavres innocents entassés dans la caisse.
Voilà qu’elles étaient revenues, les fourmis. On les appelait “Carpenter ants” ici, fourmis menuisières, ou plutôt, comme le père de Jésus, charpentières. C’étaient de grosses fourmis au corps noir et luisant, bien plus grosses que les fourmis que j’avais pu observer en France. Ce qu’elles construisaient, je me le demandais. Mon appartement avait de belles poutres en bois solide, apparentes à quelques endroits de mon salon. Si elles interféraient avec mes propres poutres, ça allait barder. Si elles construisaient, elles, leurs propres structures, c’était une autre histoire.
Je les imaginais dans un tout petit atelier avec des clous, des marteaux, une scie, produisant de la sciure plus que microscopique.

Je me suis alors mise à quatre pattes et ai suivi l’insecte qui avait fini de descendre du fauteuil et se dirigeait maintenant vers la cuisine.
Ce qu’elle faisait sur le fauteuil me confondait. Je savais en général qu’elles aimaient le sucre, les friandises. Il se pouvait qu’il y ait un peu de sucre sur le comptoir de la cuisine, mais pas sur le fauteuil. Mais il y avait tant de mystères. Je la suivis donc le long du plancher, à la même vitesse. De temps en temps elle s’arrêtait, levait un avant-bras et se frottait l’oreille, puis repartait. A ce rythme, nous arrivâmes devant l’évier.
Au lieu de grimper le long de la porte du placard, elle se faufila dans l’encoignure de la porte de la poubelle. Pour la suivre, il fallait donc que j’ouvre la porte.
Elle continua sa course puis disparu sous la poubelle. Toujours à quatre pattes, je saisis la poubelle et la posai par terre devant la porte, puis enfonçai ma tête sous la cuvette de l’évier comme le ferait un plombier.
Il faisait sombre sous l’évier, et de fines odeurs d’ordures imbibaient encore les lieux. Je repérai la fourmi qui avait fait du chemin et de dirigeait vers le fond de la cavité, vers la paroi de bois et un tuyau. Je voulais l’appeler, lui dire de m’attendre. J’essayai de me faire plus petite pour entrer plus avant dans le cagibi, mais me cognai ce faisant la tête contre la partie inférieure de la cuvette de l’évier qui dépassait ainsi de dessous le comptoir. C’est alors que je sentis que mon corps rétrécissait. Que mes yeux s’adaptaient de plus en plus à l’obscurité et que ma perception de l’environnement se modifiait également.
Mon guide avait interrompu sa course sur le versant d’un panneau de bois qui laissait passer un tuyau blanc. Je le voyais de plus en plus clairement, il se frottait les mandibules l’une contre l’autre. A mesure que mon minuscule vestibule devenait de plus en plus spacieux, je sentais mon corps continuer de se transformer. Ma taille se creusait, et divisait mon corps en deux, mon torse se séparant de la partie inférieure de mon corps. Certaines parties de mon corps se couvraient d’une carapace solide. Je me rendis compte que j’avais maintenant, comme une fourmi, un thorax et un abdomen. Je ne ressentais pas de douleur. Ma tête était maintenant plus proche du sol et me semblait plus alerte, mes sens beaucoup plus affutés à d’autres sources sensorielles qu’à l’ordinaire. Dans l’antre maintenant énorme, je pouvais clairement discerner le chemin qu’avait pris la fourmi avant moi en dressant mes antennes. Je m’amusai à démêler les subtiles informations qu’elles transmettaient. Je levai aussi mes mandibules et les frottais pour voir. La sensation était satisfaisante, comme se frotter les mains.
En tout cas, je ne voyais pas de construction, pas de bâtisse en bois ou autre matériau, pas de cathédrale de cure-dents comme je l’avais imaginé. Rien que quelques traces de liquide sucré et de vieille confiture desséchée qui me parurent délicieuses. J’aurais voulu m’attarder, mais mon guide cavalait et je devais imiter son rythme.
Je lui demandai son nom grâce à une façon de communiquer que je ne connaissais pas auparavant.
J’entendis sa réponse, que j’eu du mal à saisir – avait-il dit babouche ? ou bien parlait-il de ma nouvelle caboche ? peut-être était-ce une taloche qu’il voulait me donner ? peut-être disait-il que j’étais mal embouché ? ou bien même … moche ?
Je reposai poliment ma question – toujours en ondes, du bout de mes antennes.
« Tambocha, fourmi Tambocha… et pis de pereskia »
Décidemment, je n’y comprenais rien. Voilà qu’il me parlait de la Perestroïka ? mais c’était en Russie, selon mes vagues connaissances… j’étais perdue.
« Vous avez dit « paire de skis » ? »
« Non, grouille un peu, on n’y sera jamais à cette allure. »
« Mais où ? »
« La forêt. On va rebâtir. »
« Ah ! »
Je fis semblant de comprendre. Mon guide cavalait maintenant sur un tuyau dont je n’avais jamais soupçonné l’existence toutes ces années passées dans cet appartement. Comme je ne pouvais pas faire chemin arrière je poursuivi ma course. L’idée me mon chat guettant à la porte du placard m’inquiétait. De plus, la sensation d’avoir autant de pattes si légères était nouvelle et excitante. Je ressenti une démangeaison sur mon abdomen et pu la gratter avec mon choix de six pattes. Ma vision avait diminué, mais j’avais maintenant une paire d’yeux simples sur le sommet de ma tête, qui me permettait une vue détaillée de toutes sortes tuyaux que mon plombier lui-même ne connaissait probablement pas. Mais surtout j’appréciais mes antennes et le monde de sensations qu’elle me donnaient.
Nous naviguions dans un réseau de plomberie qui ne semblait ne jamais finir. Mais je n’avais plus le choix à ce point. Il me fallait aller jusqu’au bout de la course. Tambocha, car tel était son nom, me lançait parfois de courtes phrases. Toujours à propos d’un pays où il fallait rebâtir une forêt.
Nous faisions des petites siestes assez souvent, ce qui me fit oublier le sens des jours et des nuits.
Le réseau des tuyaux se transforma en nature, et nous nous arrêtions souvent pour avaler des sécrétions d’insectes et de petits invertébrés morts ou vivants, des œufs d’insectes, des sucs de plantes et de fruits divers.
Puis je sentis que nous étions sur un bateau. Je crois que nous y étions entrés sur un sac de marchandise en toile de jute. Nous continuâmes à explorer et je suivais mon guide qui semblait connaitre son terrain mieux que moi. Nous fîmes un festin en cuisine – un pot de miel entre autres, et un assortiment de confitures. La cuisine de ce navire était si bien garnie que je regrettais presque mon corps humain, dont je me souvenais de temps en temps, mais de plus en plus rarement.
Et puis un jour, les sacs furent transportés à l’extérieur, et nous aussi. Nous nous retrouvâmes dans une sorte d’entrepôt où nous fîmes une de nos centaines de siestes journalières.
Mon compagnon me réveilla : “Allez, au boulot ! On va faire une avancée”
J’agitais mes antennes d’incrédulité et d’agitation. Je ne savais plus très bien si cette nouvelle lutte était vraiment ce que je souhaitais. Il me semblait intuitivement que cette aventure devait prendre fin et que j’étais arrivée à destination.
J’entrepris de m’aventurer par la porte et arrivai dans une salle. En usant de toutes mes antennes, de tous mes yeux et de toutes les facultés qui me restaient, je compris que nous étions dans une salle de classe. J’entendis assez clairement une voix, comme celle d’une maîtresse d’école. Elle récitait à une classe d’enfants assis à leurs bureaux. Je crus voir, mais très vaguement, les jolis foulards et les madras que portaient les filles:

INSOLITES BATISSEURS – Poème d’Aimé Césaire
Tant pis si la forêt se fane en épis de pereskia
tant pis si l’avancée est celle des fourmis Tambocha
tant pis si le drapeau ne se hisse qu’à des hampes
desséchées
tant pis
tant pis si l’eau s’épaissit en latex vénéneux préserve la parole rends fragile l’apparence capte aux décors le secret des racines la résistance ressuscite
autour de quelques fantômes plus vrais que leur allure
insolites bâtisseurs

La Martinique! J’étais en Martinique! Tout prenait sens maintenant. Tout émerveillée de ma découverte je retournai de mes petites pattes vers ce que je comprenais être l’entrepôt de la cantine de l’école. Je vis que mon compagnon de voyage avait déjà mis les voiles, pour ainsi dire.
Je me cachai derrière notre sac de toile familier. Si j’étais devenu fourmi, il était tout aussi possible que je redevienne humain. Je me mis en boule et concentrai mon attention sur la situation présente, ma visite à venir de la Martinique, tous ses paysages, ses nourritures à explorer, une nouvelle culture. Et puis le soleil ! Alors je sentis mes perceptions sensorielles se modifier, mon corps se transformer, grandir, se développer. La métamorphose à rebours s’amorça puis se compléta sans que j’eusse la notion du temps qu’elle prenait. A la fin, le sac derrière lequel je m’étais cachée ne me dissimulait plus qu’à peine. Par bonheur, ni humain ou animal ne s’aperçu de ma présence.
Je me levai, m’étirai et vérifiai que j’avais bien tous mes membres. Mes facultés intellectuelles humaines se désengourdissaient elles aussi. Me revint à l’esprit qu’il allait falloir que je m’explique, qu’il allait me falloir un numéro de téléphone, un compte en banque, et la tête sur les épaules si je voulais qu’on me croie.
En attendant, je sortis par la porte arrière. Il faisait bon dehors. Je vis l’océan au loin, et plus près, ce qui devait être une bananeraie. Je me frottais les yeux. La seule paire qui me restait. La salle de classe continuait de disséquer le poème. Je faisais une pause.

 

black ants

Photo by Syed Rajeeb on Pexels.com

Petites vacances à la suggestion d’  Anna Coquelicot qui nous proposait de traiter des épis de pereskia et des fourmis tambocha, pour l’Agenda Ironique d’Avril.

 

CHEMIN DE FER

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On a choisi le Chemin de fer
parce que
les Chemin de paille ou de bois n’allaient pas très loin – le loup les faisait s’envoler en un seul coup de vent
Le Chemin de verre ou de cristal étaient bien sûr trop fragiles et cassants
Le Chemin de croix était trop douloureux, même s’il se révélait thérapeutique
et qu’on y arrivait parfois à des épiphanies

On a regardé à l’étranger, et on y a trouvé
The Yellow brick road
qui mène à des contrées psychédéliques ou traînent des sorciers douteux, et le
Highway qui va de plus en plus vite, et plus individuel que le TGV.
Mais l’empreinte carbone ne satisfaisait pas les normes.
Donc finalement, on a choisi le Chemin de fer :
comme la Tour Eiffel,
fiable, robuste et durable.

*

J’imagine que cette photo, que j’ai reçue de France ce matin, a été prise le 1er avril – ce qui expliquerait la ménagerie dans la calligraphie. Alors c’est vrai, le nom Chemin de fer m’a fait tout drôle. Certains mots imagés que je n’ai plus l’habitude d’utiliser prennent des reflets particuliers.

Dernières improvisations – 4/4

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SILHOUETTES ET PROFILS
Contours sculptés sur fer forgé
Caméos des photos d’antan
Ou farandoles découpées dans du papier
Il se baladent, délestés
De toute couleur et d’épaisseur
En ribambelles sombres –
Sorcières d’Halloween sur leurs balais
Chats noirs au clair de la lune
Ombres idéales, ombres permanentes.

Des formes fantasmagoriques
Passent à la fenêtre
Leurs contours nets,
Ou se reposent, contre un arbre,
A lire un rêve du soir
La nuit, tous les chats sont gris
Voyez-les partir en frise,
Ou en file indienne
Jusqu’à ce qu’ils tournent l’angle
Et deviennent
une
ligne
droite.

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COMMENT L’EGLISE CHOISIT SES SAINTS
Il est temps de se poser des questions
Avons-nous célébré et prié les bons saints ?
L’église les choisit-elle sur le tas, au hasard ?
Les choisit-elle comme on sélectionne des melons,
En les tournant et retournant dans les mains
Les soupesant, ou en essayant de deviner
Comme je le fais (c’est-à-dire au pif)
ou comme le prix Goncourt
six voix pour la majorité absolue ?

Un saint pour chaque jour de l’année,
Sante Veronique priez pour nous !

Pour notre instruction j’ai vérifié
L’église ne prend pas ses saints au hasard
Mais selon des critères précis
Afin de ne pas se tromper

Ainsi,
Le candidat doit être mort en odeur de sainteté
(nous n’étions pas loin avec celle du melon)
Il doit avoir un rayonnement spirituel après sa mort
Avec des témoignages humains qui attestent de son martyre
ou de sa vertu héroïque
et finalement,
il ou elle doit avoir accompli au moins deux miracles.
(Ce qui me met tout de suite hors-jeu.)

Et qui me conduit à une question
Que vous avez dû également vous poser
A savoir sur quels critères exactement ont été choisi
Saint Frusquin ?
Saint Glingin ?
Et Sainte Nitouche ?

Ont-ils rempli les conditions ?
Et si oui, nous voudrions savoir.

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the House

Photo avec la permission d’Allan Dameron – Family home before airport.

LE GRAND MALAISE DES AEROPORTS (pour Allan)
Vous êtes dans le hall de départ
Vos bagages enregistrés
Dehors le tarmac, des carlingues
Paysage écrasé sous la piste d’envol

Depuis le feu, la roue, et la pince pouce-index
Plus nous accumulons les possibles
Plus nous accumulons leurs contraires
Que reste-t-il de la maison d’enfance ?
Des grands arbres qui vous abritaient ?
Votre salle d’attente était autrefois un salon
Une chambre chaleureuse, un jardin avec des lucioles
Maintenant vous êtes en partance
Toujours plus loin, toujours ailleurs

THE GREAT MALAISE OF AIRPORTS (for Allan)
You are in the departure hall
Your baggage checked
Outside lie the tarmac, aircrafts
Landscape crushed under the runway

Since the fire, the wheel, and the pincer grasp
The more we accumulate possibilities
The more we accumulate their opposites
What remains of the childhood home?
The tall trees that sheltered you?
Your waiting lounge was once a living room
A warm bedroom, a garden with fireflies
Now you are on you way
Always further, always elsewhere

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LES ARMENIENS PARMI NOUS
Les arméniens parmi nous
Sont un peu différents
Ils viennent d’Arménie
C’est-à-dire le centre du monde
Selon un certain point de vue

Ils font comme nous
Ils se meuvent comme nous
J’en connais même quelques-uns
(Une prof de piano
Au teint pâle, aux grands yeux noirs)
On trouve vaguement qu’ils ont l’air arménien
Puis on n’y pense plus
Ils sont peut-être plus musicaux
Le teint plus pâle
Les yeux plus sombres
Je me dis que peut-être ils rêvent
De leur géographie
De leurs climat trop froid ou trop chaud
De leur culture, de leurs guerres
De leur histoire.

Y pensons-nous aux arméniens ?
Leurs origines, leurs pensées
Et eux, que pensent-ils des autres parmi eux ?

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ENRICHISSEZ VOTRE VOCABULAIRE
Comme l’oiseau fait son nid
Ajoutez ces brindilles à votre collection :
Chaque mots de plus de trois syllabes
enrichira votre conversation
Ajoutant autant de poids et de gravité
Que des épaulettes rembourrées
A votre habit
Vous aurez l’air « articulé »
On pourrait vous prendre plus au sérieux –
L’écouteur confus et légèrement gêné
Ne vous demandera pas ce que le mot signifie
Vous plaçant ainsi au-dessus, de la situation
Je conseille, par exemple, et entre autre:
Rubigineux (1) , agelaste (2)
Apophtegme (3) et empyreume (4)
Chieuasme (5) et puis hyperchieuasme (6)
Keraunier (7), roumegeur (8)
Ratoureux (9) et encomastique (10).
Il n’est jamais trop tard
Pour faire de ce monde
Un endroit plus cultivé !

  1. Qui est de la couleur de la rouille
  2. Qui ne sait pas rire
  3. Parole, sentence mémorable énoncée de façon concise et claire
  4. Odeur et saveur fortes que contracte une matière organique soumise a l’action d’une forte chaleur.
  5. procédé rhétorique consistant à se déprécier par fausse modestie pour tenter de mieux convaincre ou pour recevoir des éloges.
  6. Dire la vérité, et partir de la certitude qu’elle paraîtra tellement improbable qu’elle sera perçue comme un mensonge rhétorique.
  7. Si on vous le demande, avouez que vous ne savez pas
  8. Perdu la définition !
  9. Aie aie aie
  10. Tant pis pour vous.

Poem separator

Voici le dernier épisode de mon défi ! Cinq petits poèmes inspirés par les titres du Readers Digest (édition française) de Janvier 1974. Je n’ai pas cherché à savoir ce qui se cachait vraiment derrière les titres de la brochure. J’ai simplement demandé à mon imagination.

Improvisations 3/4

Aie aie aie ! Mais que vais-je bien pouvoir sortir aujourd’hui !
Etes-vous prêts ? Voici cinq petits poèmes originaux et tout à fait bénins. Et même si je mets parfois les pieds dans le plat, ce n’est jamais par malice.

Impro

UNE PETITE FILLE ATTENDAIT
Dans le courant d’une onde pure
En faisant flotter des bateaux
De coquilles de noix et de roseau
Une tortue d’un pas lent arriva
Que la faim en ces lieux attirait
Que fais-tu là gamine ? dit-elle
-J’attends le loup,
Celui-là qui a zigouillé l’agneau
Je veux lui dire deux ou trois mots
On ne fait pas des choses pareilles.
-Ah, mais lui dit la tortue
Tu arrives bien trop tard
Le loup on ne l’a pas revu
Depuis belle lurette
On parlait à l’époque d’un renard, d’un fromage…
Et puis toi aussi il t’aurait zigouillée
S’il t’avait trouvée là.
Rentre vite chez toi.
-Non, tant pis, je reste ici
Insista la fillette
D’ailleurs La Fontaine a dit
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

La tortue haussa ses petites épaules
Dans sa carapace
Et continua son chemin en pensant
Que rien ne sert de courir, il faut partir à point
Et qu’il ne fallait pas qu’elle se mette en retard.

Impro

LA FIN DU REGIME ALLENDE
Merde ! … j’ai pas étudié !
Ça n’était pas au programme
Panique !!
Heureusement, je me réveille
Just kidding !
Ce n’était qu’un cauchemar.
Ah Le plaisir d’adulte
De toute une vie
Du droit à ne pas savoir
A pouvoir apprendre
A son propre loisir
Pour le plaisir
Et seulement si on veut.

ImproVIRTUOSES DE L’ART DE VIVRE
Les Paganini du lifestyle
Avaient des tables couvertes
De victuailles alléchantes
De cassoulets, de pains et brioches tressées
De poulets rôtis et de dindes,
D’oies grasses et de mets en sauce
De daubes et de dindons farcis
D’agneaux rôtis et de porcelets
De paellas et de fruits de mer
De sauces, de platées de salades
De pâtes, de riz, de féculents
De pâtés, de fromages, de tartes
De sorbets, d’entremets, de gâteaux
De cakes, de biscuits, de bonbons
De chouquettes, de nougats, de pralines,
Maintenant on a changé de style
Les virtuoses contemporains
Ont un tout autre registre
On fait du minimalisme en solo
Plutôt Philip Glass que Vivaldi
Des bâtonnets de céleri, des crackers
Sans gluten, des protéines conglomérées
Poudre de soja, voire insectes broyés
Du sans sucre, sans farine, sans beurre
A la sauce aux haricots secs
Sans sel, sans œufs, sans lait
Sans viande et sans poisson
Sans pain et sans beurre
Restent les pommes.
Les virtuoses d’aujourd’hui
Se portent mieux et plus longtemps.

ImproL’EPOPEE DU RESEAU COMETE
On avait fait des plans sur la comète
Et puis bâti les fondations en dessous
En montant un réseau en wifi
Une sorte de toile d’araignée virtuelle
Puis on avait pensé à grimper
Parce que là-haut, ça faisait
Comme le château de Walt Disney
Dans l’intro – ça scintillait !
On regardait ce conte de fées
Si lointain, si brillant !
Alors on a envoyé des hommes en haut
Avec des sac-à-dos
Et ils ont grimpé et grimpé le réseau
Avec des souliers à crampons
Et puis on les a perdus de vue
Alors personne n’a plus osé s’aventurer
Comme on n’avait pas de nouvelles
On racontait de vieilles histoires
D’ogres qui humaient la chair fraiche
Qui mangeaient les petits enfants
Mais un jour, on a vu un sac à dos atterrir
Au pied d’un des échafaudages
Puis on a vu un homme descendre
Un de ces aventuriers
Il avait l’air un peu sonné
Puis deux, puis trois
Au début ils avaient les yeux vagues
Ils ne voulaient pas parler
Puis finalement ils sont tous revenus
Et on les a gardés dans un caisson spécialisé
De décompression.
Aux portes duquel les médias se pressent
Pendant que les journaux se battent
Pour gagner l’exclusivité
De l’ « Epopée du réseau comète. »
On en saura plus quand les spécialistes
Auront tout débriefé.

ImproL’HIVER AUX OISEAUX
Marre de l’hiver
On proteste !
L’hiver aux oiseaux !
L’été aux hommes, aux femmes et aux enfants !
Et aussi l’automne, le printemps
Surtout en Nouvelle Angleterre
Si près de Montréal
Qu’ils le prennent avec eux, l’hiver,
Sous leurs ailes !
Dans leurs migrations annuelles
Qu’ils le laissent là-bas où qu’ils aillent
Et qu’ils ne le ramènent pas.

Impro

Improvisations – suite 2/4

EnluminureMATIERE A REFLEXION
Entre la play-doh
Qui sent bon la vanille,
Et la pâte à mâcher –
On la triture, on la malaxe
Il y en a de toutes les couleurs –
Et quand on y ajoute la matière grise
On en tire des conclusions
Des constructions, des élucubrations
De toutes les formes
Et de toutes les tailles.
On peut ainsi en faire une table
La table des matières
On l’étire, on la roule en boudins
On la malaxe dans les mains
Puis on pause, elle repose
Comme de la pâte à crêpe.
Des fois ça fermente, ça lève !
Des fois on se voit même dedans !
On peut alors se poser des questions
Ou encore se faire des réflexions
Du genre « T’es gonflée, toi ! »
Et puis après on la laisse tomber
Quand le projet a dûment mûri
On arrête de se prendre la tête
Et la matière alors change de forme
Comme l’a expliqué Descartes
Avec l’exemple de la cire
Alors on passe à autre chose.

J’AI REFUSE L’AVORTEMENT
J’ai refusé tout net
C’était catégorique
Je dirais même emphatique !
Pas de ça chez moi !
J’ai refusé aussi plein d’autre trucs
Sur ma lancée.
Je suis rentrée et j’ai senti, j’ai su
Qu’il fallait préparer une chambre
Et des lingettes, et une table à langer
Et des couches, et du lait en poudre
Et des biberons, et des jouets
Et un couffin et un lit à barreaux
Pas nécessairement dans cet ordre
Bref qu’il fallait que je m’installe
Que je donne mes jours, et mes nuits
Et que c’était le début des ennuis
Qu’il allait falloir travailler
Toute la vie !
Enfin vous voyez ce que je veux dire
J’ai bien vu que je ne pouvais pas
Alors je suis revenue
Sur ma décision, et
J’ai demandé l’avortement.

INCONTESTABLE ET CONTESTÉ : L’INDICE DES PRIX
Oyez, oyez bonne gens !
Je vous présente ce soir l’indice des prix –
Il va vous faire ce soir une démonstration
De ses acrobaties sur le fil
Des graphiques élastiques
Des statistiques économiques
Sous vos applaudissements, le voici !
Mais quoi ? vous le huez ?
Vous n’aimez pas ses envolées ?
Vertigineuses, ses montagnes russes ?
Eh bien tant pis !
On conteste, on conteste
Il est pourtant incontestable !
Le voiià ! le voici ! l’incontestable
Indice des prix!

COUSTEAU, CONQUERANT DES PROFONDEURS
Assis sur le rebord de son bateau
Hilare sur l’écran de télé
Bonnet rouge sur fond de ciel bleu
Il va bientôt balancer,
en arrière
Plouf dans l’eau
et puis palier par palier
sur fond de bulles arriver
Vingt-milles lieux sous les mers
Jules Vernes des temps modernes

COMMENT RECONNAITRE UNE CRISE CARDIAQUE
Partez en promenade avec des gens, des connaissances
Regardez comme un d’eux porte soudain sa main sur son cœur
Comment il parait affolé
Demandez-vous ce qu’il faut faire
La manœuvre de Heimlich
Ou bien du bouche-à-bouche
Espérez que ce ne soit pas du bouche-à-bouche
Trouvez votre téléphone portable
Appelez les urgences
En attendant les secours, essayez de reconnaitre
La crise cardiaque –
Elle pourrait bien être déguisée –
Alors regardez
S’il y a fausse moustache, ou perruque
Si vous êtes comme moi, vous n’êtes pas sûr
Surtout si vous n’en avez jamais vu
Essayez de vous rappeler vaguement ce que vous savez –
Douleurs à la poitrine
Du mal à respirer
Un bras qui se replie sur le torse
Vous êtes sur la bonne voie
Mais vous n’êtes pas plus avancée
La scène autour de vous change de sens
Tous ces buissons, ces fleurs, ces jolis graviers
Vous semblent futiles et déplacés
La belle journée ensoleillée
Devrait tourner poliment au morne
Ecoutez la sirène des pompiers
Voyez la voiture arriver.
Vous êtes sauvés.

SUR LA ROUTE ARDENTE DE LA MECQUE
Un homme marchait.
Il en croisa un autre,
Et comme il était un peu perdu
De par la chaleur et la soif,
(il portait des vêtements noirs, erreur fatale)
Il voulut se renseigner
Il demanda : « L’Arabie, c’est ou dites ? »
El la réponse fusa,
De derrière un voile,
Accompagnée d’un doigt pointé:
« Par-là, mec. »

(vieille blague immémoriale)
P.S. Ce qui est très satisfaisant dans cette blague courte et pointée, c’est que ce type est en effet sur la bonne voie.

*  *  *

A bientôt pour la suite !

MELO SOUS LES LAMPADAIRES

Clipart - royalty free

MELO SOUS LES LAMPADAIRES
Feux, projecteurs, luminaires
Elle allume une Chesterfield
En attendant sous le lampadaire
Elle rêve de Marilyn Monroe
Dans le spotlight évocateur
Elle rêve d’Atlantique
De croisières
New York city,
Hollywood
Moteur!

Une bouche d’air
Gonfle sa robe
Marilyn
Prend des airs

Et le chef
Sort de son restaurant
Pour prendre un peu l’air
Voit sa copine
Manque un peu d’air
(à cause de la cigarette)
« Atlantique, Atlantoc !  dit-il
Je me moque de tes amerloques ! »
Un chien qui passe chasse un rat

«Et moi, je me moque de ta toque ! »
Elle retorque
Et toc !

Elle cherche une autre cigarette
File son collant Chesterfield
Il sort une boite de tic-tacs
Emétiques

Scène de nuit, éclairage nocturne
De l’autre côté de l’Atlantique.

*  *  *

Ma contribution à l’Agenda Ironique de Mars, chez le Dessous des mots. quatre mots étaient imposés, en plus du lampadaire, donc je n’ai pas tout inventé :
– Chesterfield
– Émétique
– Atlantique
– Évocateur

 

Illustration: clipart

IMPROVISATIONS SUR LA TABLE DES MATIERES du Reader’s Digest de Janvier 1974: Série de poèmes d’un intérêt universel

Reader's Digest

Aujourd’hui, pas un, mais six poèmes, que je me suis amusée à composer en imaginant ce qui se cachait derrière les titres des articles de ce Reader’s Digest. Voilà les premiers.

CE QUE NOUS DEVONS A LOUIS PASTEUR
L’odeur de frigo
Du lait Candia
Sur la table du petit déjeuner.
La lecture sur le brick
Du mot Pasteurisé
Des visions de salles d’hôpital,
de seringues
de murs blancs immaculés
Saint Berger délivre nous des bactéries
Et la vision d’une blouse blanche
Blanche comme lait –
Que boit la vache ?

DES GENS COMME VOUS ET MOI
Ni plus beaux ni moins moches
Qui marchent dans la rue
Qui sont partout ! ne vous étonnez pas
S’ils disent des choses qui vous choquent
Parce qu’ils pensent la même chose que vous
Et que vous ne le saviez pas
Tant vous vous croyiez différent !
Les gens comme vous et moi
Méfiez-vous un peu d’eux
Ils pourraient prendre votre place
En catimini.

MOSCOU, FABULEUSE ET DECONCERTANTE
J’avais rendez-vous à Moscou
Avec une femme superbe
A la place Kremlin
J’étais là à l’heure dite, avec un bouquet de roses
Entre le rose et le rouge
Sous une coupole dorée
J’ai attendu et attendu
Presque gelé jusqu’aux os
Comme dans la campagne de Russie
Nous devions aller au Bolshoi
Voir le lac des cygnes
Dont elle était la danseuse étoile
Mais le lac avait gelé
(Comme je l’ai appris plus tard)
Et elle était restée prise là
Ce soir-là dans la glace.
Hélas!

JAPONAIS D’AUJOURD’HUI
Si l’on veut comparer le japonais d’aujourd’hui
Avec le japonais d’hier,
On peut avancer sans crainte que:
Le japonais d’aujourd’hui s’habille chic
Chez Uniqlo, boit du whiskey, mange du bifteck
Le japonais d’aujourd’hui mange moins de sushi
Proportionnellement au non-japonais
Les japonais d’hier peuplent les magasins d’antiquités
Se rassemblent sur les lampes et les paravents
En kimonos et cheveux laqués pour elles
En soieries rouges et noires pour lui
Bref, en Samouraï et en Geisha

Les japonais d’aujourd’hui
N’ont pas toujours été très sympa
On pense torture, Pearl Harbor
Mais les japonais d’hier en ont bavé
Avec Hiroshima et Nagasaki
Les japonais d’aujourd’hui
Nous ont donné Toyota,
Et la mode de Tokyo
Et ces mêmes japonais
Ont des cheveux longs pour elle
Et des cheveux courts pour lui
Mais toujours aussi noir ébène
Certaines choses ne changeront jamais.

DROGUE : L’AFFAIRE DU « CAPRICE DES TEMPS »
(A ne pas confondre avec le Caprice des Dieux)
Le Caprice des temps naviguait
Des eaux dangereuses et profondes
En proie à de violentes tempêtes
Et à maints autres dangers cachés.
Le navire fut ainsi nommé
A cause de sa charge précieuse,
Une large cargaison d’opium
De champs de pavots d’Indochine.
Un jour un caprice du temps fit
Qu’un navire pirate rencontra
Sur son passage le navire
Et de l’équipage s’occupa.
Les fumeurs du bord qui croyaient
Faire du temps qui passe un caprice
Se déjouer des vicissitudes
Du quotidien en rêvant
Virent leur cargaison couler
Et leurs rêves fumeux s’envoler.
On dit parfois que quelque part
Au fond encré des mers du sud
Reposent trois caissons anciens
D’une valeur colossale
Qui font rêver les trafiquants.
Mais ce trésor du fond des mers
Ne fait la joie que des poissons
Et des crustacés qui en font
Un joli décor intérieur.

L’ALBUM VIVANT DES BETES SAUVAGES
Ce nouveau zoo est destiné
A servir d’Arche de Noé
En cas de disparation des espèces
Due au réchauffement planétaire
Et au déluge dont on parlait
Il y a de ça très longtemps.
Il recevra des ocelots en couples
Des guépards, des loups et des zèbres
Qui dès la fin des haricots
Devront repeupler la planète.

* * *

Reader’s Digest

Reader’s Digest

Ma fille me dit: ‘Je suis allée chez une copine hier, et sa petite sœur regardait la télé. Et bien je ne connaissais aucune des émissions !! »
Elle vient d’avoir quatorze ans, et je me rends compte qu’elle a déjà des souvenirs d’enfance, des nourritures d’impression qui ont fait une partie de son éducation.
« Ah oui. Toi, c’était Dora l’exploratrice, Blues Clues, Teletubbies… tu te souviens ? » l’évocation des émissions de télé de l’enfance sont toujours une source de bons souvenirs.
Elle sourit. « C’est moche, ce qu’il y a maintenant. Je n’aimerais pas regarder ça. »
Je pense sans le dire qu’à l’époque de ma fille, il y avait une émission que je trouvais particulièrement désagréable, un dessin animé aux personnages très laids, aux voix criardes et agressives. Enfin peut-être que j’arrivais toujours au mauvais moment, là où ils se tapent sur la figure et cassent tout. Une histoire d’enfants, intitulée Rugrats – ou Razmokets en France je crois.
Je ne sais pas pourquoi mes deux filles aimaient regarder ce programme.

Je considère l’idée de ce qui nous a formés, génération sans vidéos et sans internet.
A ce moment-là, ma mémoire ne se tourne pas vers ce que j’ai pu voir avant mes six ans à Paris, ni après, à Nantes chez mes parents. Mais plutôt vers ce que je trouvais à lire chez mes grands-parents.
Mon frère et moi passions souvent nos vacances chez eux en Bretagne, la maison où ma mère avait grandi.

Et donc je me revois sur le cozy, entre sept et dix ans à dévorer la collection de Reader’s Digest de mon Grand-père. Pourquoi cette lecture ? parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à lire pour un esprit curieux. L’enfant est un espion avec un esprit éponge. Donc dans un village perdu de Bretagne, je me familiarise sans le savoir avec la culture qui deviendra celle dans laquelle je baignerai la majeure partie de ma vie adulte : la culture américaine. Pendant que ma grand-mère fait des crêpes dans la cuisine et que la Simca 1000 de mon grand-père dort dans son garage, je me plonge dans des histoires de découvertes scientifiques médicales avant-gardistes, des résumés de livres étranges vite oubliés avec des illustrations dessinées représentant des américains chapeautés aux bonnes têtes de GI, et des blagues sexistes sur le thème de l’incapacité des femmes à conduire ou à changer un pneu, et donc de leur dépendance aux hommes. Et beaucoup d’autres blagues que je ne comprends pas.

L’autre source de nourritures intellectuelles se trouve dans un sac contenant une pile de Modes de Paris, près de la fenêtre. Un monde très différent avec des photos de mode prises le long des quais de la Seine. Des silhouettes fines aux chaussures pointues, nez pointus, chignons pointus, carreaux imprimés, puis les courbes des jupes, des joues, d’un mollet. Dans ces revues je gobe ce qu’endurent les parisiennes pour garder la ligne, les régimes détaillés dans lequel la baguette est rationnée en tronçons mesurés. Une tranche de jambon par-ci, un yaourt nature par là. Jambon de Paris et champignons de Paris bien sûr. Cette incursion dans la vie des parisiennes m’ouvre une fenêtre sur une possible vie future, une idée de la discipline requise pour être â la mode. Le cerveau de l’enfant est un espion éponge. Je me repais aussi des blagues d’Arthur et Zoe qui me laissent également perplexe.

Il y a aussi, mais on en a vite fait le tour, quelques recueils des Vieilles dames de Jacques Faizant qui trainent un peu partout dans la maison –les dames aux jambes fil de fer sous des corps de tonneau, et des maris aux barbiches blanches qui regardent toujours leurs chaussures. Ils sont très différents de mes propres grands-parents. J’avale sans questions.

Il y a aussi l’Almanach Vermot, avec ses blagues et ses contrepèteries qui m’agaçent quand je ne les comprends pas. C’est à dire la plupart du temps. Et puis ces histoires de lunes et de carottes à planter ne m’attirent guère. Et je me demande pourquoi s’occuper des cycles de la lune quand mon grand-père ne jardine pas, que je sache.

Voilà donc les premières impression, fenêtres sur le monde que reçoit mon cerveau, qui se crée son conditionnement personnel. Bien sûr, et heureusement, j’ai plein de vrais livres dans ma vraie maison. Peut-être une prochaine note : les livres de l’enfance.
Maintenant je suis curieuse du futur, de ce qu’il adviendra de ceux qui ont grandi avec les Razmokets. Peut-être pas pire que moi.

Et vous, quelles lectures bizarres avez-vous eues ?

 

Photos recueillies sur https://fr.shopping.rakuten.com

Mission Jumeleine (suite et fin)

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Partie 2/2 – qui complète ma participation a l’Agenda Ironique de Janvier!

*  *  *

Inébranlable, il les lissa de la main en réfléchissant à la meilleure façon d’utiliser son énergie, déjà entamée par la lutte contre le froid.
Assis sur son siège, il appréciait la folle promenade à travers Londres, passant devant le palais de Buckingham et autres sites familiers.
La National Gallery… pensa-t-il. Le bus se rapprochait maintenant de l’arrière du célèbre musée. Il était maintenant 11 heures et même en plein jour, la vitesse du bus n’avait pas alerté la police, ni sa forme supérieure étrange, ni sa trajectoire étrange. Le véhicule prit un virage étroit dans une rue arrière où se trouvait l’entrée du musée.
Bond, amateur d’art classique et entretenant des relations étroites avec de grands marchands d’art et de riches connaisseurs qui géraient des transactions internationales d’une valeur de plusieurs milliards de dollars connaissait très bien la National Gallery. Bien entendu, les amateurs de la recette des Jumeleines étaient sûrement associés à la nouvelle exposition Mantegna et Bellini qui s’y déroulait actuellement. Le peintre de la Renaissance et la recette de pâtisserie volée à la cour de Philippe VI Le chanceux étaient de toute évidence le lien caché.
Pendant que Bond réfléchissait et commençait à saisir la situation, l’autobus s’était approché de la porte d’un quai de chargement. La porte se leva pour laisser entrer le bus à deux étages.
Bond se retrouva dans un couloir sombre. Alors que ses yeux s’habituaient à l’obscurité, il entendit le chauffeur ouvrir la portière et parler à quelqu’un. “Je l’ai. Mission accomplie.” Puis une porte laissa apparaitre un homme de petite taille vêtu d’un costume sombre.
“Bonjour, cher ami. Ça faisait longtemps!”
«Je viens juste pour l’exposition» rétorqua Bond. Il avait reconnu Aggelos Petrakis, le célèbre marchand d’art milliardaire également connu pour son amour de la nourriture et sa chaîne mondiale de restaurants très exclusifs. L’homme ne connaissait pas de limites pour acquérir ce qu’il voulait, même si cela impliquait des effusions de sang. Bond le savait.

«Eh bien cher ami, nous sommes ici pour des raisons sacrées. Au-dessus de nous sont en effet exposées les célèbres tableaux de Mantegna, et des rumeurs disent que vous pourriez également être sur la piste de la recette des Jumeleines? “
“Sortez-moi de là je vous prie et parlons en hommes civilisés.”

«Il est bientôt midi – pourrais-je vous offrir une tasse de thé? Et peut-être une pâtisserie… hahaha… même si je sais la médiocrité de mes pauvres tentatives … ”

L’homme de petite taille avait sorti une télécommande de la poche de son veston et les barrières du bus s’abaissèrent lentement. Bond sauta au sol, lissa son manteau et ses cheveux et s’approcha de l’homme.
“Invitation acceptée. Mais conduisez-moi d’abord aux toilettes. »
“Absolument! Mais d’abord, assurons-nous que vous vous comporterez bien.» Aggelos Petrakis tira une paire de menottes de son autre poche et les plaça aux poignets de Bond avec un sourire.

Bond le suivit jusqu’à une porte blindée qui s’ouvrit sur un ascenseur. La porte suivante donnait sur l’intérieur du musée et menait à une salle où étaient entreposées des toiles empilées et couvertes. Il le conduisit ensuite à une porte latérale.

Cette salle de bain, comme Bond l’avait deviné, avait une fenêtre à barreaux qui devait donner sur le fond de la rue. Il calcula que son absence ne devait prendre que quelques minutes et qu’il devait agir vite. Bien qu’il senti son estomac gargouiller à la pensée du thé qu’il manquait, il calcula qu’il pourrait encore se rendre à la gare Victoria après tout. Aggelos devrait attendre.

Bond plaça son pied sur le siège des toilettes et de ses mains liées réussit à détacher le talon de sa chaussure, qui révéla une mini bombe qu’il avait appris à utiliser. Cet explosif très sensible et silencieux était assez puissant pour faire éclater le métal tout en minimisant les projections. Ses mains menottées positionnèrent rapidement le mécanisme près des barres de fer de la fenêtre et il tira le détonateur avec les dents.
En moins de trois secondes, les menottes s’étaient ouvertes et les barreaux lui donnaient suffisamment d’espace pour glisser dans l’ouverture et ramper jusqu’au trottoir.
Bond regarda sa montre. Il était 12h15.

Les rues étaient maintenant animées de leur population journalière et Bond s’y fondit, dirigeant ses pas vers Covent Garden quelques rues plus loin. Les aventures du matin lui avaient donné une autre idée.
Depuis quelques heures, il pensait à Viola Oström, une bonne amie et chef d’orchestre renommée qui dirigeait actuellement le Ballet royal pour la saison. Née et élevée en Suède, Viola avait rapidement rejoint les plus grands musiciens du monde. Ils s’étaient rencontrés lors d’une soirée organisée par l’ambassadeur d’Uruguay et étaient resté en contact au fil des ans. Viola était extrêmement discrète dans ses actions et Bond la savait également extrêmement fiable. Ils s’étaient entraidés dans quelques affaires précédentes.
L’entrée du Royal Ballet se trouvait à l’angle d’une entrée de Covent Garden, mais Bond préféra utiliser l’entrée des artistes, dans une petite rue arrière. La réceptionniste passa un coup de téléphone et Bond attendit la jeune femme.
Velours, dorures et glamour. Chaque fois que les visiteurs voyaient l’auditorium historique du Royal Opera House pour la première fois, ils étaient toujours émerveillés.
Une femme apparu à la porte. Ses cheveux noirs tombaient en longues boucles sur ses épaules recouvertes d’un tissu blanc. D’ailleurs, tout son corps était recouvert de tissu blanc. James Bond reconnu la combinaison de vol que Viola enfilait pour piloter son hélicoptère.
“Vite, je suis prête” furent les seuls mots qu’elle prononça. Elle lui montrait l’ascenseur dont il savait qu’il atteignait le toit de la Royal Opera House. Il la suivit et elle continua : «Je suis au courant de tout. Nous pouvons être à la gare Victoria dans dix minutes. »
Ils s’installèrent dans la petite cabine de l’hélico et enfilèrent les lunettes de protection. Puis Viola ouvrit le tableau de bord et leur versa un Martini.
Tout en sirotant et en admirant la vue sur la Tamise, ils partagèrent un plan d’action rapide.
Le temps s’écoulait, aussi vite que l’hélicoptère à destination de Victoria Station. Elle lui présenta alors une corde qui était attachée à d’un piquet construit sur le sol en métal. Ils la jetèrent hors de l’hélico lorsque la station apparut clairement au centre du radar.
Bond donna un baiser à Viola avant de se retourner pour attraper la corde avec les pieds et les mains. Son corps se sentait fort et rafraîchi après la collation, et la proximité du but lui donnait une motivation supplémentaire. La descente sembla néanmoins interminable, mais quand son pied toucha la surface dure du toit, il réalisa qu’il avait encore réussi. Accroupi sur le toit, il lâcha la corde.
Il se retourna, lança un autre baiser à Viola et entreprit de descendre au niveau des piétons. De sorties de toit en salles d’eau, en passant par les portes d’entretien, il fit son chemin vers le café italien.
Il s’approcha du comptoir.
«Pourrais-je avoir une Jumeleine s’il vous plait?» Enonça-t-il clairement.
« Mais bien sûr, » répondit l’homme derrière le comptoir. Avec un clin d’œil, ce dernier lui donna une tasse de café et remplit un sac en papier avec une sorte de muffin, ajoutant quelque chose qu’il avait sorti de sa poche, et qu’une caméra cachée aurait pu identifier comme un microfilm.

De retour dans sa cachette de la Nouvelle-Angleterre, James Bond se remémorait l’aventure. On ne ferait pas un livre de cette courte histoire, pensa-t-il. Mais la plupart des gens ignoraient tout de ces missions faciles de trois jours qui l’amusaient plus que tout.
On entendait un violon jouer dans l’autre pièce. “Chérie, je crois que tu les épateras tous demain en tant que soloiste, à l’orchestre symphonique de Boston”, déclara Bond depuis son fauteuil près de la fenêtre.
“Oui, et j’ai hâte de goûter les Jumeleines qui seront servies pour célèbrer cet événement artistique international.”
Oui, les jumeleines.
Mmm mmmm mmmm !


Unflappable, he smoothed it back while thinking of the best way to use his energy, apart from fighting against the cold.
Sitting back on his seat, he enjoyed the crazy ride through London, past Buckingham palace and other familiar landmarks.
The National Gallery… he thought. The bus was now coming closer to the back of the famous museum. It was now 11:00 am and even in full daylight, the bus’s speed had not alerted the police. Neither did its strange upper shape or its strange trajectory. The double-decker took a narrow turn in a back street where was the back entrance to the building.
Bond was very familiar with the National Gallery, being an amateur of classical art and having close relationships with major art dealers and wealthy connoisseurs who handled billions of dollars international deals. Of course, the Jumeleine recipe amateurs were surely associated with the new Mantegna and Bellini exhibit that was taking place at the moment. The Renaissance painter and the pastry recipe stolen from the court of Philippe VI The Fortunate were undoubtedly the hidden link.
While Bond was reflecting and starting to make sense of the situation, the bus had come closer to the door of a loading dock. The door lifted and took the tall bus in.
Bond found himself in a dark passageway, While his eyes were getting accustomed to the dark, he heard the driver open her door and talk to someone on a phone. “I got him. Mission accomplished.”
Shortly after, a short man in a dark suit came out of a door.
“Hello, my friend. Long time no see!”
“Just coming for the exhibit!” Bond retorted. He recognized Aggelos Petrakis the famous billionaire art dealer who was also known for his love of food and his chain of exclusive restaurants around the world. The man knew no bound to acquire what he wanted, even if it involved blood. Bond knew it.

“Well my friend, there we are on sacred grounds. Above us are the famous Mantegna paintings, and rumors have it that you might also be on the track of the Jumeleine recipe? “
“Take me out of there and let’s have a civilized conversation together.”

“ It’s about noon time – would you fancy a cup of tea if you don’t mind? And maybe a pastry … hahaha… although I know my poor attempts… ”

The short man had pulled a remote control out of his suit pocket and the fences slowly came down from the bus top. Bond jumped down, smoothed his coat and hair as he came closer to the man.
“Invitation accepted. But first lead me to the bathroom.”
“Absolutely! But first let’s make sure you behave.” Aggelos Petrakis pulled a pair of handcuffs out of his other pocket and put them on Bond with a smile.

Bond followed him to a reinforced door which slid open to an elevator. The next door opened to the inside of the museum into a room storing stacked and covered paintings. He then took him to a side door.

This bathroom as Bond had guessed, had a window which gave onto the back of the street. He calculated that his absence would only account for a few minutes, and that he had to act fast. Although he felt his stomach gurgling at the thought of the missed tea, he calculated he might make still make it to Victoria Station after all. Aggelos would have to wait.

Bond lifted his foot on the toilet seat, managed to detach the heel of his shoe which revealed a mini bomb that he had been trained to use. This high sensitivity and silent explosive was strong enough to break through metal while keeping the projectile material within short range. His cuffed hands swiftly positioned the mechanism close to the bathroom’s iron bars and he pulled the detonator button with his teeth.
Within three seconds, the handcuffs had opened and the bars gave enough space for him to slide through the opening and onto the sidewalk.
Bond looked at his watch. It was now 12:15 pm.

The streets were now pleasantly busy with the day crowd and Bond blended in it, tracing his steps toward Covent Garden a few streets ahead. The morning adventures had given him another idea.
For the last hours he had been thinking of Viola Oström, good friend and renown conductor who was currently conducting the Royal Ballet for the season. Born and raised in Sweden, Viola had quickly joined the top ranks of world’s musicians. They had met at a party organized by the ambassador of Uruguay and kept in touch through the years. Viola was extremely discreet in her actions and Bond knew her as extremely reliable. They had helped each other in previous affairs.
The Royal Ballet’s entrance stood at the corner of the Covent Garden entrance, but Bond preferred to use the stage entrance in a back street. The receptionist made a phone call and Bond waited for the young woman.
Velvet, gilt and glamour tour. Whenever visitors see the historic auditorium of the Royal Opera House for the first time it always amazes them.
A woman appeared at the door. Her dark hair fell in soft curls on her shoulders, which where covered in white fabric. Her whole youthful body was covered in white fabric. James Bond recognized the pilot jumpsuit necessary to fly in Viola’s helicopter.
“Quick, I’m ready” where the only words she uttered. She was pointing to the elevator that he knew reached the roof of the Royal Opera House. He followed her and she continued: “I know everything. We can be at Victoria Station in ten minutes.
They took place in the small cabin and put on the flight goggles. Then Viola opened the dashboard bar and poured them both a Martini.
While sipping and admiring the view of the Thames, they shared a quick plan of action.
The deadline was approaching, as fast as the helicopter to Victoria Station. Presently, she presented him with a rope which was tied up around a peg build on the metal floor. The rope was then thrown out when the station showed up clearly in the radar, smack in the middle.
Bond gave stole Viola a kiss before turning around to grab the cord with feet and hands. His body felt strong and fortified by the pick-me up they had, and the closeness of the goal gave him extra motivation. The descent seemed nonetheless interminable, but when his foot touched the hard surface of the roof, he realized he had done it again. Crouching on the roof, he let go of the rope.
Turning around, he threw another kiss to Viola and set out to get down to pedestrian level. From roof exits to bathrooms to maintenance doors, he made his way to the Italian Caffe.
He walked up to the counter.
“Could I have a Jumeleine please?” he clearly pronounced.
“But of course,” answered the man behind the counter. With a wink, the barista gave him a cup of coffee, and filled a paper bag with a sort of muffin, adding something he pulled out of his pocket, that a hidden camera there could have identified as a microfilm.

Back in his hideout in New England, James Bond reminisced about the affair. This quick one would not make it into a book, he thought. But most people didn’t know about these easy, three-day affairs that entertained him more than anything else.
In the background, a violin was playing. “”Honey, I think you’ll impress them all tomorrow as a soloist with the Boston Symphony Orchestra,” Bond said from his armchair by the window.
“Right, and I can’t wait for the Jumeleines that will be served as a celebration of this international artistic event.”
Yes, the jumeleines. Mmm mmmm mmmm.

medieval recipe

By Master chef of Richard II of England – http://mmems.files.wordpress.com/2011/03/jrl0905131dc.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=31745579

Mission Jumeleine

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« … cette bande sonore s’autodétruira dans les cinq prochaines secondes. »
La fumée familière commença à s’élever et James Bond l’écarta d’un geste du poignet. Il posa les pieds sur le bureau et réfléchit au message qu’il venait d’entendre.
Cette nouvelle mission allait mettre fin aux vacances qu’il prenait depuis quelques jours dans l’anonymat de la Nouvelle-Angleterre. Mais il ne pouvait pas échapper à ses fonctions.

Il se souvint de la dernière fois qu’il avait entendu parler de l’Affaire Jumeleine : une recette de pâtisserie médiévale qui avait été découverte, puis avait rapidement disparu, du coffre d’un roi français du XVe siècle, dans les années soixante. La recette n’avait jamais été retrouvée. Des pâtissiers du monde entier avaient essayé de la recréer en copiant la seule version qui en avait été réalisée, mais tous avaient échoué immanquablement.
Bond regarda ses chaussures italiennes, qui provenaient de chez son fournisseur anglais. Il sentit son estomac se serrer à l’idée de la mission – le KGB était sur le coup depuis des lustres, ainsi que le Secret Intelligence Service – autant qu’à l’idée des Jumeleines, dont il avait entendu parler du goût incomparable. Il était 20h.

Il consulta son téléphone portable et trouva immédiatement son billet d’avion pour Londres, Il partait dans deux heures.

Dans l’avion, le signe EXIT brillait en rouge à sa gauche, surmontant la porte d’évacuation. Il inspecta la ventilation au-dessus de son siège et le contrôle des appels aux stewards pour détecter tout bug possible. Rassuré, il enveloppa autour de son cou un gadget pour dormir et ferma les yeux. Il aurait besoin de se reposer autant que possible pour être frais le lendemain.

Arrivé à Londres, il prit un taxi. Le chauffeur indien avait suspendu un sachet d’encens qui lui donna la nausée, il n’était que 8h du matin avec le décalage horaire. Il ne pouvait pas se permettre d’être malade. Il se reprit et vérifia que son écouteur était bien placé. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

L’hôtel était situé à Trafalgar Square, un quartier qu’il connaissait depuis une mission à Covent Garden dans les années précédentes. Son extérieur était discret et Bon se rendit immédiatement dans sa chambre, remarquant en passant le goût oriental dans la décoration, les murs blancs, les hautes plantes vertes et les rampes en fer forgé.
Il se rasait lorsqu’il entendit frapper à la porte. Son rasoir à la main, il s’en approcha. «Room service» dit une voix. Bond ouvrit. «Votre commande de Jumeleine», dit un homme portant un plateau chargé d’une cloche en métal.
Bond reconnu le mot de passe, laissa entrer l’homme, un de ses collègues londoniens, puis referma soigneusement la porte après avoir vérifié rapidement mais soigneusement les couloirs.
“Voici pour vous aujourd’hui 007,” dit l’homme succinctement. Il leva la cloche et présenta à Bond un plateau de petit-déjeuner, une poignée de livres sterling et ce qui ressemblait à un billet de bus touristique de Londres. «Nous avons eu quelques fuites, ils vous cherchent. Mais lisez cette note et nous devrions être en possession de la recette d’ici demain soir. »
Bond fit sortir l’homme. Les couloirs étaient encore vides. Il était environ 9h30, heure de Londres.
« Pourboire? »
«Non merci monsieur, » répondit l’homme ceci était un code secret qui signifiait mission acceptée.
Seul à nouveau, Bond s’assit au bureau face à l’œil de Londres. En lisant le message, il but le double expresso, avala les œufs brouillés, le bacon et le scone. Ensuite, le jus d’orange frais fut particulièrement bon.
Selon le message, il devait maintenant se perdre dans la foule touristique de Londres et se rendre à la gare Victoria, où un serveur du Caffe Nero lui ferait passer un microfilm pendant qu’il le servirait.

Les instructions étaient claires. Malgré une nuit abrégée, JB se sentait prêt à relever le défi. Il mit une veste pare-balles sous le manteau d’hiver qui l’attendait dans le placard de la chambre, à côté d’un épais peignoir blanc et de chaussons assortis. Encore une tendre attention de Barbara, pensa-t-il. Barbara aurait fait une bonne épouse et une bonne mère si elle n’avait pas choisi ce métier, comme il avait eu de nombreuses occasions de le vérifier. Mais il laissa rapidement passer cette pensée.

L’air dehors était gris et humide. Le manteau n’était pas superflu. Il remercia silencieusement Barbara tout en traversant la place de la gare, puis Trafalgar Square, puis la Galerie nationale.

Le bus à arrêts multiples à bord duquel il était supposé monter stationnait comme prévu dans une rue latérale, avec ses décorations bleues et blanches. Une silhouette semblait dormir au volant. La porte était fermée.
Bond regarda sa montre: 9h55.
Il frappa légèrement à la porte vitrée. La silhouette à l’intérieur se leva du volant et la porte pliante s’ouvrit.
Nous ouvrons à 10h.
«Je sais, je me demandais si je pouvais prendre un siège. Il fait froid dehors.”
“OK, montez. Vous avez votre billet?”
Le conducteur était une jeune femme aux cheveux courts et bouclés et elle aurait été désirable, pensa-t-il, si ce n’était pour ses yeux froids et audacieux.
Elle examina le billet quelques secondes et lui tendit un écouteur pour la visite guidée. Il le prit comme n’importe quel touriste.
Le bus était vide mais allait bientôt se remplir, pensa-t-il. Le meilleur endroit serait à l’étage supérieur, où il pourrait avoir une bonne vue de ce qui l’entourait, même si cela impliquait d’être à l’air libre et de supporter l’air froid.
Des couples et familles de toutes nationalités prirent rapidement place autour de lui. Le moteur de l’autobus démarra et Bond brancha le cordon des écouteurs.
“Vous êtes à bord du meilleur bus de tourisme de la ville de Londres……”

Bond se laissa faire un tour en admirant les monuments qu’il connaissait autant de l’intérieur que de l’extérieur et se demanda si la mission Jumeleine pouvait être l’une des plus faciles qu’il n’ait jamais eue.
Mais le son enregistré commença à faire des fritures. Un bruit statique couvrit la voix de la femme et une autre voix commença : «Monsieur Bond, nous savons que vous êtes ici. N’essayez pas de petite plaisanterie ou vous le regretteriez. Au prochain arrêt, les autres passagers seront invités à descendre du bus. Vous resterez à bord et tout ira bien. ”
Il reconnut la voix de la conductrice. Regarda autour de lui et calcula un moyen de sortir. Il décida que le mieux serait de rester dans le bus et d’en savoir plus sur les projets de la jeune femme lorsqu’ils se présenteraient face à face. Elle pourrait être une aide souhaitable dans la mission.
À la station suivante, la jeune femme prétendit avoir une crevaison et a demandé à tous les passagers de descendre du bus.
Bond attendit, toujours assis sur son siège, sur la plate-forme supérieure du bus.
Au lieu de s’approcher, cependant, la femme remit en marche le moteur et s’éloigna brusquement du trottoir où ils étaient garés. Au même moment, des grilles en forme de cage se dressèrent sur les côtés du bus et créant un toit au-dessus de sa tête. Une clôture similaire bloqua la porte donnant accès aux niveaux inférieurs, le retenant ainsi dans une cage en métal solidement attachée de tous les côtés. Bond sentait maintenant le bus prendre de la vitesse, ce qui augmentait la sensation de froid qu’il ressentait déjà. Le bus le conduisait maintenant à toute vitesse vers une destination dont il n’avait aucune connaissance. Et il commença à regretter sa première idée de s’échapper. Ses cheveux ébouriffés par le vent froid et humide semblaient dérangés sur sa tête.….

(La suite au prochain épisode)


… this tape will self-destruct in the next five seconds.
The familiar smoke started to rise up and Bond flicked it off from a cuff of his wrist. He put his feet up on the desk and pondered the message he just heard.
This new mission was going to put an end to the holidays which he gives in anonymity in New England. But he could not escape his functions.

He reminisced the last time he had heard of the Jumeleine affair, a recipe that had been discovered, then had swiftly disappeared from the chest of a 15th century French king, in the sixties. The recipe had not been found since. Bakers from all over the world had tried to replicate the recipe by copying the only realized version, but always failed.
Bond stared at his Italian shoes that came from his British supplier. He felt his stomach tighten at the idea of the mission – the KGB as well as the Secret Intelligence Service had been involved for a long time- as well as at the idea of Jumeleines, whose flavor he knew was incomparable. It was eight p.m.

He checked his cell phone and immediately found his plane ticket to London. In two hours.

On the plane, the EXIT sign shone red at his left, above the evacuation door. He inspected the ventilation above his seat, and the call control for any possible bug.
Then reassured, he wrapped his neck device and tried to sleep. He would need to rest as much as possible to be refreshed in the morning the morning.

Arrived in London, he took a taxi. The Indian driver had hung a sachet of incense that made him nauseated, it was only 8am with the time difference. He should not be sick. He pulled himself together and verified that his earphone was in place. No news, good news

The hotel was in Trafalgar square, an area he was familiar with since a Covent Garden mission in the years past. Its façade was inconspicuous and Bond made it to his room immediately. noticing along the way the middle-eastern taste in the decoration, the white walls, tall leafy green plants and wrought-iron banisters.
He was shaving when he heard a knock at the door. His razor in hand he came closer. “Room service” said a voice. Bond opened. “Your order of Jumeleine.” Said a man carrying a tray.
Bond recognized the password and opened to one of his London colleague, let him in and carefully closed the door after quickly but carefully checking the hallways.
“Here is for you today 007” said the man succinctly. He lifted the metal cloche and presented a breakfast tray, a handful of pounds sterling and what looked like a ticket for a London tourist bus. “We had a few leaks, they’re looking for you. But read this memo and we should be in possession of the recipe by tomorrow night.”
Bond ushered the man out. The hallways were still empty. It was around 9:30 am London time.
Tip?
“No, thank you sir, answered the man” which was a secret code for an accepted mission.
Alone again, Bond took a sit at the desk facing the London eye. While reading the message, he drank the double expresso, ate the scrambled eggs, the bacon, and the scone. Next, the fresh orange juice tasted particularly good.
According to the message, he was now to get lost in the tourist crowd and make his way to Victoria’s station, where a waiter at a Caffe Nero would pass him a microfilm while serving him.

The directions were clear enough. In spite of an abridged night, Bond felt ready for the challenge. He put on a bulletproof jacket under the winter coat he found waiting in the room closet next to a thick white bathrobe and matching slippers. The tender attention of Barbara, he thought. Barbara would have made a good wife and mother if she had not chosen this field, he had had many opportunities to verify this. But he quickly let the thought pass by.

The air outside was grey and damp. The coat was not superfluous. He silently thanked Barbara as he made his way across the station, though Trafalgar Square, past the National Gallery.

The London Hop on-hop off bus he was supposed to board was waiting on a side street with its gaudy blue and white decorations, as described. A silhouette seemed to be sleeping at the wheel. The doors were closed.
Bond looked at his watch: 9:55am.
He knocked lightly at the glass door. The silhouette inside unfolded from the wheel and the door opened.
“We open at 10am.”
“I know, I was just wondering if I could take a seat. It’s cold outside.”
“OK, climb in. Have you got your ticket?”
The driver was a young woman with short curly hair and she would have been desirable, he thought but for her eyes which where cold and bold.
She scrutinized the ticket for a few seconds and handed him an ear set for the guided tour. He took it as any tourist would do.
The bus was empty but would soon fill in, he thought. The best spot would be on the upper deck, where he could have a good view of his surroundings, although that would mean being in the open air and enduring the cold air.
Couples and families of all countries soon took the nearby sit. The bus’s engine started and Bond plugged in the earphone cord.
“You are on board of the best tour bus in the city of London… …”

Bond let himself be taken on a tour, gazing at the monuments he knew so well inside and out, and wondered if the Jumeleine mission could be one of the easiest he ever had.
Then the recorded sound started to fritter. A static sound covered the woman’s voice and another voice took over “Mr. Bond, we know you are here. Do not try anything funny or you will regret it. Next stop, the other passengers will be asked to get off the bus. You stay on board and all will be well.”
He recognized the driver’s voice. Looked around himself and calculated a way to get out. He decided that the best plan would be to stay on the bus and find out more about the young woman’s plans when they were one on one. She could be a desirable help in the mission.
The next station, the young woman pretexted a flat tire and asked all the passengers to please get off the bus.
Bond waited, still sitting on his seat on the upper platform of the bus.
Instead of coming up to him, however, the woman started the engine again, and abruptly pulled away from the sidewalk where they had been parked. At the same time, cage-like grids rose up from the sides of the bus and created a roof above his head. Similar fence blocked the door to the lower levels, thus trapping him in a metal cage that was solidly fastened on all sides. Bond was now feeling the bus gathering speed, which was also increasing the feeling of cold that he was already feeling. The bus was now taking him at full speed toward a destination he had no knowledge of. And he started regretting his first idea which was of escaping as soon as he heard the change of plan. His hair mussed up by the cold and humid wind felt deranged on his head.

(to be continued next week)