AGENDA IRONIQUE d’OCTOBRE

AGENDA IRONIQUE D’OCTOBRE 2020

LES TEXTES ET LES VOTES?

C’EST TOUT EN BAS!!!

Et sans transition, nous passons à Octobre. Le temps passe vite.
Je viens de retrouver dans un tiroir de mon bureau un petit jeu de carte mexicain. Comment ces cartes ont-elles atterri là ? je ne sais pas. Ce qu’elles veulent dire? Je ne sais pas non plus. Alors j’en ai tiré quatre, et je vous propose ce qui suit:

Ecrivez une histoire (ou poème ou autre) dans laquelle votre personnage se dirige en huit différentes étapes, vers la source d’une forte odeur. Cette histoire devra intégrer les quatre éléments suivants :

Règles du jeu pour les nouveaux qui souhaiteraient participer : postez votre œuvre sur votre propre blog, puis copiez-collez le lien en commentaire de cette page-ci, en bas. La date limite est le 26 Octobre 2020, et le vote pour le texte préferé suivra. On votera aussi, séparément, pour le prochain gentil-organizateur.

P.S. : L’Agenda Ironique, comme son nom l’indique, a quelque chose à voir avec le temps qui passe, le calendrier, et puis une touche d’ironie si possible.

Illustrations: GALLO de Don Clemente PASATIEMPOS GALLO, S.A.


Oyez oyez, Bonnes gens !!

C’est l’heure de la recap finale de l’Agenda autumnal :

Emmanuel Glais nous propose :
https://emmanuelglais.blogspot.com/2020/10/matutinal-et-bien-habille.html

moi-mëme, pour vous servir :
https://victorhugotte.com/2020/10/07/maitre-renard-et-le-corbeau/

un épisode du feuilleton du fameux Onésime! de Gibulène :
https://laglobule2.wordpress.com/2020/10/07/onesime-et-le-mexique-agenda-ironique-doctobre-2020/

Tout l’opera ou presque nous emmène en tournée interactive musicale et mondiale à découvrir ici : https://toutloperaoupresque655890715.com/2020/10/20/un-voyage-en-huit-etapes/

Verojardine nous fait planer et bourdonner ici :  
https://poesie-de-nature.com/2020/10/25/pourtant-ca-sent-bon/

La plume fragile nous fait carrément un cours magistral en dégottant les origines du malin : https://professorramos.blog/2019/07/24/el-catrin-the-man-in-many-forms/

Laurence Délis nous propose une très belle renaissance :
https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/10/26/comme-une-renaissance/

et pour clore le tout 

Carnets Paresseux nous évoque l’odeur de la pluie au Mexique : https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/10/26/lodeur-de-la-pluie-au-mexique/

JOB ALERT ! – A poem

JOB ALERT!
My phone blurts out
Abundantly
Unpredictably
In the bathroom!  
Right out of bed!
 
Now? But I didn’t even have coffee!
I am cornered
	Cortisol spike
		Red throbbing light
			Pulse racing
Round the weapons
Slide down the pole!
 
Conscientious self to dopey one: you must answer the call
of the Job search
Hunting season is open!
Now or it will fly away forever
 
Or fight the intruder
That dared to trouble
The smooth water
Of the lake of your mind until now
 
In the olden days
Before Steve Jobs that is
You bought the fat Sunday paper
And scanned the Help Wanted section
Treasure Hunt over leisurely coffee
Sometimes you cut up little squares
And pasted them in a notebook
With paper glue
Then you folded the paper
And you waited peacefully
with the satisfaction of a job well done
And you shuffled to the kitchen
To prepare a slow-cooked pot-au-feu
 
Nowadays you are bombarded
And I know by experience
That the missiles are empty threats
Didn’t take long for this old dog
To learn new tricks.
 

MAITRE RENARD ET LE CORBEAU

Ci-dessous ma production pour l’Agenda Ironique d’Octobre (voir note précédente), un sombre conte inspiré par ma propre donnée innocente. Pardonnez-moi d’avance.

1 – M. Elias Catrin, perché sur le toit de sa maison, tenait dans sa main un sandwich. La journée était belle : ciel bleu limpide, jolis nuages floconneux. Halloween approchait et comme tous les ans, M. Catrin avait sorti l’échelle et la boite de décorations saisonnières qui passait au garage le reste de l’année : la sorcière et son balais, le chat noir, le potiron. Tous les ans il décorait ainsi le toit de la maison familiale pour épater les voisins et amuser les enfants. Pour ajouter l’agréable à l’utile en cette scintillante journée d’été Indien, il s’était fait un sandwich au Munster et s’apprêtait à reprendre des forces, adossé à la cheminée, avant de se remettre au travail.

2 – Maître Renard, avocat de son métier, se baladait nonchalamment dans les parages, un parapluie sous le bras, mais pas complétement par hasard comme nous allons le voir. Son odorat fut interpellé par un relent familier qu’il plaça au bout d’un moment comme la senteur d’un fromage bien fait. Amateur de fromages forts, il huma avec plaisir et leva le nez, pour apercevoir la silhouette assise d’un bel homme en queue de pie, portant lorgnon et moustache.

3 – « Salut voisin ! » lança-t-il « Belle journée n’est-ce pas ?» feignant de ne pas le connaitre. Il avait reconnu en effet le personage soupçonné, mais sans certitude, par un cercle restreint d’être le maître-chanteur du village. Depuis le temps qu’il essayait de provoquer une rencontre accidentelle, l’heure de l’occase à ne pas louper était arrivée. Avec un peu de ruse, il allait lui faire lâcher quelque morceau concernant le cas de sa cliente Mme L. Et avec encore plus de chance, le sandwich dont les effluves l’affolaient.

4 – On se connait ? répondit Mr. Catrin en réhaussant son lorgnon.
– « Il me semble que nous nous sommes rencontré … peut-être… chez Mme. L. ? »
– « Mme L. ? connais pas. »  
Le nom n’ayant pas même fait ciller Catrin, il fallait passer à une autre méthode.

5 – Essayant l’intimidation, il s’approcha de l’échelle. « Savez-vous qui je suis ? Je pourrais vous causer quelques ennuis, si vous voyez ce que je veux dire … » Mais Elias Catrin, la bouche pleine, continuait de måcher sa baguette sans montrer d’émotion. Rien ne tombait dans la direction de Maitre Renard que quelques feuilles rouges et or qui flottaient lentement vers le sol.

6 – Personne aux alentours – Renard vérifia en regardant autour de lui – et continua d’une voix doucereuse : « Allez, j’ai une proposition, on pourrait partager… je connais bien Madame L. ainsi que le montant exact de sa fortune, vu que j’ai moi-même rédigé son testament.» Il conclut ces mots d’un clin d’œil complice. Mais le bluff ne pris pas. Le Corbeau faisait la sourde oreille. La vue du sandwich et ses émanations serraient l’estomac de Renard et la salive lui montait à la bouche, ainsi que la moutarde au nez. Il fallait en finir.

7 – « Ahem… j’ai vu une de vos lettres anonymes, un trésor de créativité, cursives et capitales si joliment découpées dans les journaux, d’un goût exquis. Esthétique admirable ! » Le corbeau en queue de pie ne se senti pas de joie, et brandissant au ciel le sandwich, il ouvrit la bouche : « Vous trouvez aussi ? de laquelle parlez-vous exactement ? Celle où Mme L….  » Dans son animation et par inadvertance, il catapulta son casse-croûte en l’air. La demi-baguette pleine du crémeux Munster tomba au pieds de Renard.

8 – L’avocat s’en empara et failli défaillir, tant le fromage sentait encore plus fort de près. Mais en se retournant il lança : « J’ai maintenant ma réponse ! Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ! » Le corbeau jura, honteux et confus, qu’il se ferait la prochaine fois un sandwiche à la Mozzarella.
Sans tambour ni trompette, Renard s’en retourna, savourant sa victoire.

TESTAMENT DE BUREAU

Le poste que j’occupais depuis presque 9 ans (même pas un chiffre symbolique) n’ayant pas survécu à la pandémie, je rédige ici mon testament, qui annule toute disposition antérieure.

A mon patron je laisse le tableau de derrière mon bureau avec la grange rouge de Nouvelle Angleterre et ses pommes qui me donnaient l’impression de travailler à la campagne ; les petits gobelets en plastique à côté des robinets qui étaient en fait des gobelets de dentiste ; les boiseries années 70 sur les murs ; le son du train qui passait de temps en temps pas très loin.

A Anne-Claire je laisse mon précieux Tampon dateur ainsi que ma collection de caoutchoucs qui entourent les paquets de courrier.

A Mr. Olivier je laisse les posters de motivation et tous les jeux de Méga-millions (jamais gagnés.)

A Myriam je laisse les deux plantes que j’avais ramenées à la vie ; les sifflements puissants et mélodieux du vent sous la porte à l’automne et au printemps ; l’imprimante-scanner très pratique ; les chuchotis malsains derrières les portes entrouvertes.

Ma petite voiture en mousse à malaxer dans les mains pour se faire les nerfs ; l’équipe des deux plombiers hirsutes et hilares qui venaient régulièrement pour quelques toilettes bouchées, comme les fossoyeurs dans Hamlet ; toute ma collection de mots de passe commençant par une capitale, contenant des signes typographiques, des chiffres, des combinaisons infiniment renouvelables, et tous les mots de passe des autres, reviennent à Patrick.

A Cécile je lègue mes vitamines et le sac des trucs que je ramenais régulièrement de la maison, coupe-ongle, miroir de poche, demi-bouteilles de parfum, lime a ongles ; tous les soirs où on disait : « Il pleut ! il neige ! Blizzard ! Tempête de neige ! Sois prudente sur la route ! »

Je laisse à Louise les livres de self-help que j’ai dû laisser derrière moi, ainsi que les blagues sur le frigo : aujourd’hui, j’ai mangé un sandwiche qui se nommait Kevin.

Batiste hérite de mon billet en plastique d’Un Million de Dollars qui doit être coincé derrière mon écran d’ordinateur ; des bruits de grelot de la climatisation ; de toutes les clés de tous les bureaux et leur tableau Excel associé, et dont j’étais la gardataire ; les oies sauvages qui donnaient des coups de bec dans les jantes des pneus de voiture dans le parking.

A Mathilde je laisse les jours où Patrick a amené son chien au bureau, puis Fred a amené son chien, puis Batiste a amené son nouveau chien, puis David a acheté plusieurs chiens ; les compagnies de nettoyage qui se succédaient à la vitesse de la lumière à cause que Florence trouvait toujours quelque chose à redire.

A Stéphanie je laisse toutes les étiquettes des boites aux lettres et toutes les photos de groupe en brochette dans la cafète.

A Rose, je donne les jours de départ en retraite des autres et les porte-clés/lampe LED de promo.

Florence hérite de mon agrafeuse (agrafes dans le tiroir) et du Stabilo jaune néon ; de mes courses à la boutique de campagne pour acheter les sandwiches pour les meetings en ces journées fraiches d’automne où le feuillage avait tourné au rouge cramoisi et or ; du jour de fête du 4 juillet où les freins de la voiture de compagnie ont lâché dans le parking du supermarché et qu’en plus de ça, j’avais mal calculé les victuailles à acheter, et que tout le monde était venu pour rien parce qu’il n’y avait rien à manger.

David hérite de tous les mots croisés jamais réalisés sur la table de la cafète.

Le département technique reçoit le jour où Patrick s’est mis une cacahuète en travers du gosier.

A la Production je lègue la loterie hebdomadaire dans la cafète, le bruit des jetons secoués dans la boite et les prix sur la table : couvre-canette en mousse et sac en plastique à logo promotionnel.

A Laurie reviennent de droit les vieux souvenirs déjà bien nostalgiques du bon vieux temps d’avant moi, toutes les histoires de beuveries joyeuses capturées sur clichés des années 70 qui me faisaient sentir aliénée des vraies années de fun, un peu comme un cheveu sur la soupe ; les jours de neige où on a peur d’arriver en retard, et de se faire enlever une journée de vacances.

A Christine reviennent les médisances, les ragots, les coups de poignard dans le dos, les inquiétudes diffuses et mal situées.

A Ben de R&D je lègue les journées de liesse la veille de partir en vacances.

Au Chef des ventes échoit la salle de conférence, avec son téléphone high-tech et son écran mural. J’y ajoute plein de sandwiches, à l’oignon. Et des Heineken (blague).

Au service Expédition, si gentil, je laisse tous mes poèmes, histoires et autres, composés au bureau pendant les temps morts.

A mes successeurs, je lègue le dossier sur les pizzas, le dossier sur les cadeaux de Noel, les dossiers datés 1997.

A Julie, je laisse mon bureau, le plus beau de l’usine, beau comme un bar de troquet, avec les deux larges fenêtres et les armoires de classement ; toutes les choses dont j’avais hérité avec le poste et que j’ai regardé pendant presque neuf ans ; les jours de farniente.

Finalement, à Lucy je laisse l’envie dudit bureau ainsi que l’horloge de pointage dont je n’aurai plus usage.

Etablit ce jour en pleine faculté de mes facultés.

Signature : « Moi »

LES LIVRES AVEC PARIS DANS LE TITRE

Dans ma série Poèmes d’expat :

Photo by cottonbro on Pexels.com

LES LIVRES AVEC PARIS DANS LE TITRE

Toujours un livre avec « Paris » dans le titre
Comme un croissant chaud à l’étalage de la librairie
On voit plus rarement en vedette
Tokyo, Athènes, Madrid,
Addis-Abeba, Séoul ou Washington DC.

J’ai håte d’ouvrir le volume relié, et dans ses pages
Humer une bouffée du métro, le parfum des rôtisseries
Et même de la Brioche Dorée
Retracer les pas de l’enfance
Le long des rues familières bordées de fer forgé

Mais je m’approche de la couverture –
Dans des tons gris ou sépia –
Et je sais déjà que la dame
En chapeau cloche et jupe plissée
Assise à la terrasse d’un café
Est encore un de ces personnages
Bien recherchés par l’auteur
D’une histoire de temps de guerre –
Dame qui connait bien le monde de l’art
La maîtresse d’un compositeur
Qui me présentera à un peintre
En tirant sur son fume-cigarette.

Et je me retrouve finalement en pays étranger
Le titre aurait pu être tout autre.
La silhouette de la tour Eiffel dans le fond
Rien qu’un miroir aux alouettes

L’auteur a ramené de ses fouilles
Dans l’obscurité des bibliothèques historiques
Des choses que je ne savais pas et que je devrais sûrement apprendre. Mais il ou elle n’a pas ramené
La lumière tachetée des ombres sur le trottoir,
La douceur de l’air comme du beurre
À l’approche de la boulangerie du coin de la rue
Tandis que ma chaussure s’enfonce
Dans une crotte de chien.

—–

Et maintenant en anglais:

BOOKS WITH “PARIS” IN THE TITLE

Always a book with Paris in the title on the bookrack
Like a freshly baked croissant
More rarely do you see featured Tokyo or Madrid
Addis Ababa, Seoul or Washington DC.

I want to open the hard cover, and fanning its pages
Get a whiff of the metro, the scent of rotisseries
And even La Brioche Dorée
Retrace the footsteps of childhood
Along familiar streets lined with wrought iron

But as I get closer to the cover –
in sepia or gray tones –
I already know that the lady
In a cloche hat and pleated skirt
Sitting at the café terrace
Is one of those characters
Well researched by the author
From one of these war-time stories
A lady who knows the art world well
The mistress of some composer
Who will introduce me to a painter
Puffing on her cigarette holder

And I find myself in foreign country
The title could have been something else.
The silhouette of the Eiffel Tower in the background
Nothing but a smokescreen.

The author brought back from his or her excavations
In the darkness of historic libraries
Things I didn’t know and surely should learn.

But he or she didn’t bring back
The dappled light of shadows on the sidewalk,
The air sweet as butter
As I come near the bakery around the corner
While stepping on a crotte de chien.

DU POINT DE VUE DE ROMEO

J’m’appelle Romy. Enfin, c’est Romeo, mais on dit Romy pour faire court. Mes humains ont une chouette de baraque. Parce que là d’où je viens… brrr. J’préfère pas en parler.  Vous n’avez qu’à voir ma queue pour comprendre, enfin ce qu’il en reste. Et ouais, raccourcie, comme mon nom.  Le jour où elle est restée coincée dans le hayon arrière du camion de la poissonnerie du supermarché… j’préfère pas y penser. Taillée en carré. Avec une phalange articulée. Fallait le faire.  Tout ça pour des restes de poissons pourri dans le coin… Bref j’aime mieux rester chez mes humains.  

C’est-à-dire en attendant. J’ai plusieurs points de vue dans la bicoque. En général je me pointe avec ma longue vue pendant des heures. Dans la chambre par exemple, j’ai un bon angle sur le chemin de Crime-cat. Crime-cat c’est le crétin qui habite à côté. Il faut le surveiller celui-là. J’vous raconte : un jour y déboule devant la porte. Devant la porte c’est à dire devant le grillage anti-moustique. Y pouvait pas rentrer. Pas besoin de jumelles pour le voir. Je le sentais à plein nez. Et voilà qu’il se met dans l’idée de rentrer dans MA baraque ! Enfin la baraque de mes humains. On s’était déjà mis une bonne fligornée à distance,

mais il insistait !

Alors voilà qu’il s’attaque à la fenêtre de la salle de bain ! J’ai pas eu le temps de comprendre ce qui se passait et où il était passé qu’il avait crevé le grillage, avait sauté sur les toilettes, puis – alors là je ne sais pas comment – s’était fourré dans le séchoir à linge ! Moi je sifflais comme je pouvais ! Mais il restait là l’idiot. Comme s’il avait trouvé une cachette. Alors je suis allée alerter mes humains. Il n’y avait que la fille mais elle s’est rendu compte de la situation et elle a pris les choses en main. Pas bête. Elle a appelé les pompiers.

Lui, il gésissait là, tranquilos. Enfin je suis pas sûr qu’on dise comme ça. C’était entre gésier, dormir, et gémir. Et puis les pompiers sont arrivés avec leurs grosse bottes. Trois qu’ils étaient ! Moi j’faisais gaffe à ma queue, du coup. Ce qu’il en reste.

Et donc ils l’ont trouvé qui gésissait dans le séchoir au-dessus de la machine à laver. Pas exactement chafouin. Ils l’ont extrudé vite-fait bien fait. Puis ils l’ont remis dehors et il est reparti chez lui.

Mes humains ont réparé l’écran de la fenêtre. Enfin, tout ça me divertit.

Maintenant je l’observe du coin de l’œil. Mais sinon, moi, je m’installe à la fenêtre du salon. Je sais, je suis gâté  – des fenêtre dans chaque pièce, sans compter la porte…. neuf points de vue en tout.  

Donc je disais, je m’installe à la fenêtre du salon avec ma longue vue. Figurativement, la longue vue. Bioniques, mes yeux. Et j’attends là, Pourquoi ? parce que j’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici. 

Un jour j’ai cru voir de loin Kiki le Rouquin, mais c’était pas lui. Des fois j’y pense. J’y rêve. J’me réveille en sursaut. J’me rappelle des bons coups dans le camion du poissonnier avec Mario le Tatoué, Léo le Borgne, Toto l’Pompon. Le bon vieux temps. J’dis pas qu’c’était toujours idéal. Des fois on crevait de faim. Surtout en hiver.

ZZZZZ…

Puis j’me rappelle que j’suis bien planqué. C’est pépère. On m’donne mes croquettes. Y’a d’quoi se ramollir, et c’est pas plus mal. Puis je retourne à mes points de vue.
Mes humains, ils ne savent pas ce que je fais, ce que je guette. Oh, c’est pas Juliette. Non, Depuis mon « opération », j’suis plus l’même de toute façon. Et puis moi c’était plutôt Ginette. Juliette, elle préférait le Frisé, ou Bouboule.
J’pense à tout ça et puis je m’endors à moitié à chaque fois.
Des fois ça pétarade dans le brouillard et je me réveille.

Ah, on en faisait des vertes et des pas mûres avec l’Albinos et la Bigleuse, dans les ruelles avec les poubelles des restaurants, toutes alignées. Qu’est-ce qu’on se gavait ! Puis on se garait du panier à salade, i.e. la fourgonnette des borogoves. Y’avait Max l’échaudé, Pépé la Combine, Jenny Linsky même.

Et puis un beau soir d’automne… oh c’était beau !  tout flivoreux vaguaient les borogoves, les verchons fourgus bourniflaient, et la ruelle sentait bon le déchet de luxe.

Ouais, et ben on y est tous passés. Coup de filet. La raffle, quoi. On s’est retrouvés dans des cages à la SPA. Je revois encore Zoe la Rusée qui faisait moins la fière, et le Beau Momo tout flivoreux lui aussi. Moi, après quelques jours je me suis fait adopter. Je sais pas pour eux. Maintenant, je suis dans une cage dorée. J’peux pas me plaindre. Bouffe à heures fixes. Les humains ont besoin de moi, je vois ça. Pathétiques. Alors je fais c’que j’peux. Je ronronne. Et puis on s’attache.

Mais j’me pose à toutes les fenêtres, on sait jamais si …si Felix la Balafre ou le Voltigeur passaient par là … Les copains, j’vous oublie pas.

Bon, j’chais pas, vous, mais moi j’vais faire un p’tit somme.

* * *

Et voila ma contribution pour l’Agenda Ironique de Septembre se passe ici : https://poesie-de-nature.com/2020/09/02/agenda-ironique-septembre-2020/

FRENCH PARADOX FRICASSEE – #20/20

Dossier haricots verts : # 20/20 FRENCH PARADOX FRICASSEE

                Lunch was delicious. Still sitting around the dining room table, my parents and I are considering dessert options. Although we had a delightful three-course meal (entrée, plat principal, salad, fromage), we definitely could do with some sweet treat. The tomato salad with a garlic-laced vinaigrette was just right. So was the bread – crusty and chewy at the same time. The Lotte (a local fish unknown to the rest of the world, my mother’s favorite) was dense and firm, and its tomato sauce worthy of the best chefs. A simple boiled potato was the perfect accompaniment. Now, my mom starts an enumeration of tantalizing possibilities, which I scan through my mind’s stomach and taste buds: a square of chocolate? (a new crunchy dark chocolate filled with a truffle center), a little Danette à la vanille (a creamy vanilla dessert)? A scoop of nougat ice-cream? A pear and wild fig compote (the applesauce concept is declined here in every fruit combination)? Avec une petite madeleine (Proust’s legendary cookie)? Or a galette de Pont-Aven (a fine buttery golden crispy cookie, specialty of a local town)?
We also have quince yogurt, and crème de marron (a small can with a lift-up top), my mother remembers.
I suspect her to welcome her daughter with a special array of her favorite desserts, but I am not certain this is not the habitual situation. I settle for the compote de poires, and a few galettes on the side. Then, because I can’t resist, I’ll have a black cherry yogurt.

I have come back to my native France for a short vacation, as I do most years, to catch up with my family and my country’s developments. Every time I try to fill the short immersion with as many impressions, sights, information as possible, like a camel fills with water, because my supply will have to last me the whole year. I love my New England home of adoption, with its lovely season changes, its quaint villages, its good-natured inhabitants, but my roots are still deep in France. I also fill up with new and old flavors.

Five o’clock. The beach. A crowd of brown lean bodies moves back to the parking, loaded with umbrellas and folding chairs. This is not the fashionable beach where you can see and be seen from the boardwalk. This one is more remote, you reach it by car, bouncing on the dunes, and this is a sample of the local population. Men, women and their children are thin, some even bony.
I think of my adoptive North Shore beaches just on the other side of the Atlantic, its ubiquitous coolers next to inflated bodies sprawled on chairs and mats, its seagulls targeting half-empty bags of chips and cheese puffs, its ice-cream, slush and tacos stands.

Since my arrival back home, I noticed that I have not seen one single obese person on the train that took me to the far west of France, or at the station, or anywhere else. My parents are both skinny as well. So here is my own contribution to answering the perennial question: why French people don’t get fat, aka the French Paradox.

Many say that it is in the wine. This is probably true, but only a very tiny portion of the whole truth.

After dinner, sitting on my parents’ couch in the dining room, we watch the news. On the small screen, a retired couple in a summer rental at the beach sits on reclining chairs on their balcony. “We love being at the beach, Everything is a show.” They smile and nod to each other in agreement as a sailboat glides on the glittering ocean background. The camera shows them walking side by side in the sunset as the voice comments: “Ah… the pleasure of an ice-cream cone along the shore…”

Speaking of which, I think I’ll have a piece of chocolate during the movie that follows, a square of Lindt chocolate, “the dark chocolate with a hazelnut truffle filling.” I have never had that kind before. Dozens of new flavors of chocolate bars seem to pop up every year for me to check. I look at the back of the package for the calorie count (to get an estimate of the damage,) but can only find the list of ingredients in four languages. Also written is the following (my translation) “Let the pleasure of Excellence sweep over you again and again, as you discover the other recipes of our chocolate range.”

This is when it strikes me. Pleasure : chocolate experienced as sweeping waves of pleasure, and no Nutrition Facts, no mention of any Daily Values.

For the rest of my short week home, I silently keep tabs of the times I hear or read the word Pleasure. I get to 130.

Other French keywords now jump to my attention, because I have not heard them much the rest of the year: déguster (to taste, savor, sample) used on TV, magazines, marketing in general, implying small amounts of a food you are about to taste with discernment); douceur (small sweet treat, also softness); and séduction (used for chocolate, food in general, and everything else.)

No wonder that one of the French best-sellers book in the last decade is entitled : “The first sip of beer and other minuscule pleasures.” It is representative of the French order of values. No mention here of large bank accounts, six-digit salaries, SUVs or private pools. Instead, the author enumerates the personal and simple pleasures that make his life worthwhile. That’s French hedonism. And it was a big hit.

In the English language, the word pleasure is not commonly associated with food. For food, people use the word “enjoy,” or “fun” as “enjoy your coffee,” “fun, bite-size cookie dough cookies,” words that evoke somewhat gregarious and slightly superficial exchanges and behavior. They do not evoke deep sensual gratification, connection with the soul, a profound satisfaction of the senses.

Yet, this does not explain why French people don’t abuse these pleasures, since as everyone knows, the human quest for pleasure is insatiable. So why don’t French people get fat?

The answer lies here. People here live for pleasure, and French people know that pleasures are manifold. Pleasures compete with each other. One major competing concept is the pleasure of seduction. That word is almost as ubiquitous as the word pleasure. It is used on commercials, ads, and packages of Eskimo pies, make-up, clothes, wine, cars and cell phones.

Seduction refers to the relationship between men and women, but to so much more. In English, to seduce means to entice someone into sexual activity. In French, séduire evokes a common, natural and playful pull between people and things, not to be confused with notions of romance or dating. It evokes a lighthearted relationship, something spontaneous, impulsive. The game permeates everyone’s thinking “laissez-vous seduire” can be used as a slogan for a car, a pair of shoes, a fridge. It is used for casual relationships between people and of course, for food. Life is based on a never-ending dance of pleasures and seductions, played out continuously through aesthetic delights of all the senses. Becoming fat does not belong here, as to the pleasure of eating, seduction is an aggressive competitor.

There are many other deep-rooted cultural reasons that no-one ever mentioned in crash diet book. For instance, as a French person, you are born with a heavy heritage that channels centuries-old traditions in the fields of beauty, arts, fashion and style. You are yourself a representative.

You cannot let the pleasure of eating dominate.

I found the following concepts, when it comes to food and eating, integrated at birth, extremely hard-wired and that even globalization has a hard time undermining : Time, Quality, and Quantity.
Time: Meals are taken three times a day at regular times (plus a four o’clock goûter for kids,) and the concept of snacking all day long does not exist.
Quantity: if you look closely enough at the retired people walking on the beach, you notice that their sugar cones contain one, or maybe two golf-size scoops, not ten.
Quality: starting in pre-school, lunch is a hot, balanced meal and a restorative break that takes at least one hour.

Something annoying with my mother’s healthy, balanced, filling meals : I am not longer hungry enough to try the delicacies that compete to tempt me everywhere. Who gets to answer the call of the macaroons, the salt-butter caramels, the glossy crumbly tartes aux fraises and the crunchy brioches au sucre? Alas, not moi. How am I going to treat myself to those on such a limited period of time? I don’t know. I’d need a few years.

Finally, the ultimate secrets: a fricassee of personal theories, which I never saw mentioned in the media.

Agitation: French people don’t act cool. They become excited with they speak, the shake their hands, they raise their voice. When people run on adrenaline, they are not so hungry. And agitation does burn up more calories.

No extremes: something to be understood about the French psyche is a sense of proportions. When America is a land of extremes, France is a land of temperance, moderation, egalitarianism. The weather is temperate, so are the geographical dimensions (a thousand kilometers width and length,) and so is the repartition of wealth. And when it comes to bodies, extremes are not well represented either.

Nature abhors emptiness: because there is so much space in America, people fill it with huge houses, gigantic cars, and their bodies. Japan is small, so are Japanese cameras, cars, and, you guessed it, bodies. France is slightly bigger, but space is scarce between the medium size houses, the compact size cars, and consequently body sizes match.

Distances are short and gas is expensive: a direct consequence of space limitation combined with an oil crisis that dates back to the seventies, French people don’t sit in cars, they walk. They openly dislike exercise. One of the most popular books on the shelves is entitled Gymnasium pour les paresseuses (exercice for the lazy) but they are willing to trot all day long.

Doctors just won’t let you. When I asked my mom, a typically skinny lady, for her own reasons, she explained to me that doctors are severe, that they control your weight at each visit and scold you if you have put on weight. American doctors are indulgent, they chuckle at the idea of food indulgence, as there are so many more dangerous vices.

On the way back to New England, I am smuggling a few chocolate tablets and cookie packages in my suitcase for my family, and a jar of Herbes de Provence. That will have to do, with the memories, until next year. At home, my three-year old runs to me, coming back from her grand0parents’ home with a box of animal crackers in a new plastic package that brags: “You can now enjoy your animal crackers anywhere! Anytime! In the car, on the go! At school! In the park!” On the shelf in the kitchen cupboard is another box of snacks that turn its back to me: “Get your own box!” it snaps. I am home.

* * *

This is a piece I wrote a long time ago –twelve years to be exact. But I don’t think it aged that much. And I thought it would be the perfect ending to my Food series. And now I am going to celebrate the completion of this endeavor! Thank you all for sharing.

PUDDING – #19/20

Dossier Haricots Verts : Pudding # 19/20

Apothéose de ce menu.
Mon père a un certain goût du luxe. Puisqu’il n’est pas né fortuné, cela vient peut-être du fait de grandir à Paris parmi les bâtiments historiques, les jardins et statues, les vitrines étincelantes, les cafés somptueux, leurs expositions d’huîtres sur les étals se déversant sur les trottoirs la veille du Nouvel An, les vitrines de boulangerie, toute l’opulence extravagante que Paris offre à tous. Il a toujours eu un point faible pour les épiceries fines avec leurs trésors d’épices importées, viandes séchées, fromages et condiments, stockés et présentés dans de précieuses boîtes décorées, alignées sur des tiroirs et des étagères. Son foyer était un petit appartement dans une rue sombre ornée d’un pont couvert de rouille qui jetait une ombre sépia sur les murs déjà assombris par la pollution.

Bien des années plus tard, les rues du centre-ville de Nantes étaient bordées de boutiques de meubles, vêtements et équipements ménagers de luxe. L’économie était en plein essor. Dans l’un de ces magasins, un beau jour, mes parents avaient choisi un service d’assiettes et de plats. Les assiettes, plus grandes que nos assiettes ordinaires, étaient plates avec un large bord entièrement décoré de motifs bleu roi. Mon père ne s’était pas arrêté là, et avait complété l’ensemble de verres, décanteur de vin, et pichet de cristal. Et pour couronner le tout, une collection de magnifiques couverts en argent, beaux et lourds.

Etalé sur la table, ce butin étincelant contrastait avec notre train de vie habituellement modeste. Parfois, mes parents et leurs cousins se taquinaient sur la façon dont ils étaient devenus bourgeois, se surprenant eux-mêmes. Ces cousins, qui avaient été hippies, possédaient maintenant une belle maison, ainsi qu’un bateau, même s’ils avaient construit les deux eux-mêmes.

Les précieuses assiettes étaient rangées dans une commode en bois avec le cristal et l’argenterie et ne voyaient la lumière du jour que le dimanche, pour des occasions spéciales, ou quand nous avions des invités. Tout ce que nous servions dans ces assiettes devait correspondre à leur splendeur.
A l’une de ces occasions, mes parents avaient sélectionné dans le livre rouge une recette qui semblait se hisser à ces normes. Poulet Joséphine. Le nom lui-même faisait évoquait les victoires coloniales de Napoléon et l’apogée de l’empire Français. En réalité, en lisant la recette, on découvrait qu’elle était dédiée à Joséphine Baker (et non pas de Beauharnais), à l’époque des spectacles dont elle était la star. Mais c’était tout aussi approprié.

Dans ce glorieux plat, un poulet rôti était servi accompagné de beignets de banane marinées au rhum, d’ananas frais caramélisé et de cœurs de palmier, le tout saupoudré de noix de coco râpée. Un soir où ils avaient des invités, mon frère et moi, qui n’étions pas invités au festin, espionnions ma mère qui besognait derrière la porte fermée de la cuisine pour la voir finalement sortir, portant l’un des larges plats de service chargé des morceaux d’ananas juteux et des bananes frites alléchantes et parfumées pour les invités assis autour de la table.

Malheureusement, je n’ai jamais goûté à ce sommet culinaire, car mes frères et moi n’étions pas de la fête, mais je ne leur en voulais pas vraiment de ne pas être invitée. Nous, les enfants, croyions que le fait d’être adulte comportait ses privilèges, et que ce n’était que partie remise.

Le pendant de cette gloire culinaire était le pudding de Noël, auquel nous étions tous invités.

Tout avait commencé lors d’un voyage en Angleterre, quand mon père avait remarqué les Christmas puddings vendus chez Harrods dans des moules en faïence. Il en avait acheté un, que nous avions partagé et convenu de trouver dur et sec, et généralement mauvais. Mon père avait insisté sur le fait qu’il était toujours fait avec du suif. Nous avions gardé le bol. Mon père n’avait pas été découragé de l’idée de pudding, et mes parents avaient décidé d’essayer une recette du livre rouge appelé Pudding de Noël. Juste à la lecture de la liste des ingrédients, il était clair que ce pudding n’avait rien à voir avec la chose authentique, et c’était bon signe. Cette liste était longue et comprenait les morceaux les plus fins et délicats imaginables :  brioche fraîche, macarons aux amandes, types spécifiques de raisins secs, orange confite, zestes de citron et noisettes. Les ingrédients étaient finement morcelés et mélangés avec des œufs et du lait infusé de vanille. Comme le bol original était trop petit, mes parents en avaient acheté un plus grand dans un magasin spécialisé dans les ustensiles de cuisine.

Le mélange devait d’abord être cuit au bain-marie, puis au four. Ma mère, bien sûr, s’inquiétait de chaque ingrédient, qui était généralement difficile à trouver (raisins secs californiens, zestes de citron confit et d’orange, macarons frais) mais les localisait finalement dans des épiceries fines du centre-ville. L’anxiété n’atteignait son apogée qu’après la cuisson. Était-il assez cuit ? Est-ce qu’il allait supporter la longue attente jusqu’à la Saint-Sylvestre ? Mon père était catégorique que le gâteau devait faisander pendant deux semaines avant d’atteindre sa maturité optimale. Et pendant deux semaines, ma mère s’inquiétait que le pudding qui n’était peut-être pas tout à fait assez cuit, et qui avait nécessité des ingrédients si rares et difficiles à trouver, se gâte et moisisse là, caché dans les recoins sombres de notre garage, l’endroit frais et sec recommandé par mon père.

Lorsque le divin enfant était dévoilé le jour de l’An, nous constations qu’il était en effet couvert d’une couche blanche veloutée. Mon père, qui n’avait pas peur du fromage bleu aux moisissures, rejetait les objections, expliquant que le flambage au rhum brûlerait tout cela et qu’il n’en serait que plus comestible.

Ce jour-là, comme à son habitude pour les occasions spéciales, ma mère avait préparé un somptueux repas, avec des huîtres fraîches et des langoustines pour commencer.

Au moment du dessert, ma mère réchauffait un petit verre de rhum pour l’amener à la bonne température, puis mon père l’enflammait dans la casserole avec une allumette. Puis il versait les flammes bleues et jaunes sur le gâteau qui avait été retourné sur l’un des plats de gala puis recouvert d’une généreuse couche de sucre. Le gâteau, ainsi recouvert d’une aura éthérique, brillait en jaune et bleu.

Les feux d’artifice se calmaient lorsque l’alcool avait brûlé, ce qui nous permettait à nous, enfants d’y goûter.

Puis aaahh! L’intérieur fondant était imbibé de la sauce au rhum qui complétait les parfums d’agrumes et de vanille. La texture granuleuse des macarons et des noisettes contrastait avec les textures lisses de la brioche et des fruits confits. Le pudding et ses rituels étaient devenus une tradition que nous répétions chaque année.

Comment savons-nous qu’un chapitre est fini ? Je ne savais pas alors que le Poulet Joséphine et le Pudding, apothéoses des années nantaises, marquait pour moi la fin d’une époque. Dans les années qui ont suivi, mon père a été transféré à l’extrémité la plus éloignée de la Bretagne. Cette année-là je suis partie pour l’université, et mon frère au service militaire. Ces années étaient mes dernières années à la maison.

Recette du Pudding  (tirée du livre rouge):

125g de macarons moelleux
125g de brioche
180g de sucre en poudre
1 sachet de sucre vanillé
4 cuillerées à soupe de sucre cristallisé
4 œufs
2 grosses oranges
100g de beurre
100g de noisettes sèches
150g de fruits confits (50g cerises, 50g écorces d’oranges, 50g écorces de citron)
50g de raisins secs de Californie
½ litre de lait
Rhum : ½ verre de rhum pour tremper les raisins, plus 1 petit verre de Rhum pour flamber.

Faites gonfler les raisins dans du rhum (1/2 verre), pendant 1h minimum.
Morcelez macarons et brioche. Faites bouillir le lait avec le zeste d’une orange et laissez tiédir. Arrosez de lait encore chaud macarons et brioche. Il faut former une pate compacte et homogène.
Retirez le zeste d’orange.
Incorporez dans la pâte formée par les macarons, la brioche et le lait, le beurre ramolli. Ajoutez les jaunes d’œufs un a un, le sucre, le sucre vanillé, le zeste d’une orange finement râpé, les noisettes hachées fin à la moulinette, les fruits confits coupes en petits morceaux, les raisins et le rhum ou il ont macéré et enfin les blancs d’œufs battus en neige ferme, cuillerée par cuillerée.
Beurrez largement un moule a charlotte, versez-y la préparation (pas jusqu’au bord).
Placez le moule au bain-marie, c’est-à-dire dans une casserole contenant de l’eau, posée sur le feu et maintenue en faible ébullition. Faites cuire 45 minutes.
Portez le moule au four chauffé 15 minutes à l’avance puis mis au moyen (thermostat 5) pendant 30 minutes.
Couvrez la surface du pudding avec un papier d’aluminium pour qu’elle ne roussisse pas.
Ebouillantez un plat.
Démoulez le pudding tiède sur ce plat chaud.
Saupoudrez avec le sucre cristallisé. Faites chauffer le rhum restant (1 verre) dans une petite casserole. Versez sur le pudding déjà pose sur le plat. Flambez.

SERVEZ

* * *

Nous voici dont arrivés à la fin de ce voyage dans mes souvenirs culinaires, survol du premier acte de ma vie, avec les principaux acteurs et les scènes principales. J’espère que je n’ai blessé personne, sans le vouloir, car la plupart de ces personnages ont eu la possibilité de se voir en miroir s’ils ont osé lire. Ou eu le temps, ou l’inclination.

Maintenant que le compte est presque bon, j’ai un chapitre final en réserve, une sorte d’explication ou de commentaire sur un autre angle du même sujet. Ce chapitre-là est en anglais car plutôt destiné au lecteur américain. En général, les américains, qui aiment tout autant la nourriture que les français, se demandent pourquoi ces Français ont un taux d’obésité bien moindre. J’ai essayé d’approfondir selon mon expérience personnelle.

POMMES DE TERRE – #18/20

Dossier haricots verts : POMMES DE TERRE #18/20

A en croire les chiffres, nous abordons les derniers chapitres de ce Dossier Haricots verts, et de cette saga picaresque et colorée. Qui sait vers quelles autres aventures ma chaloupe repartira par la suite. Je n’ai pas de plans spéciaux, mais je vais m’y coller.

Donc aujourd’hui, nous allons parler de Pommes de terre.

* * *

Mes livres préférés d’enfance : Robinson Crusoé, Cosette, Côté Jardin, Mon amie Flicka. Dans ce dernier, j’adore relire la scène dans laquelle Nelly fait des beignets qui disparaissent dans l’huile bouillante parce qu’elle y a mis trop de beurre.
Dans les deux premiers, j’étudie comment Robinson ou Jean Valjean se débrouillent, seuls contre l’adversité, en mode de survie. On ne sait jamais.

Dans ma chambre sur un transat devant la fenêtre, je relis pour la nième fois Robinson Crusoé pendant que monte de la cuisine l’arôme délicieux des pommes de terre qui rôtissent dans la cocotte orange.

Soudain une question se pose : dans le cas où je me retrouverais à la place de Robinson, comment ferais-je sur mon ile déserte pour faire mes pommes de terre rôties ? Dans le pire des cas, si je ne trouve pas de casserole qui ne colle pas dans la malle échouée sur la plage, je prends une noix de coco, que j’évide très soigneusement pour qu’elle soit très lisse, puis je fais un petit feu bien soutenu. Les pommes de terre devraient bien cuire, c’est-à-dire sans coller au fond, fléau des pommes de terre rôties. Pas de beurre ? j’essaierais l’huile de noix de coco. Problème résolu, avec un peu de créativité. Avec un peu de chance, elles seraient tout aussi fondantes et caramélisées sur les bords, que celles de ma mère. Je peux donc me détendre.

Ma mère a perfectionné l’art de ce ces pommes de terre rôties : elle coupe les tubercules en gros dés inégaux, les essore dans un torchon pour diminuer l’humidité, les jette dans une cocotte où elle a fait fondre du beurre et un peu d’huile, et les laisse dorer à feux doux, pour qu’elles deviennent tendres et fondantes. Il faut avoir la technique et l’intuition pour comprendre la chimie de la température, de la durée de cuisson – un pas de travers et c’est raté.

Si on veut monter la barre encore plus haut, il y a les pommes de terre de Noirmoutier qui ne se trouvent qu’une fois dans l’année et ne durent pas longtemps. Elles ont poussé dans les terres sableuses de la presqu’ile et en ont retiré un gout unique et sucré. On les récolte avant qu’elles soient mûres. Moi aussi, je les guette avec impatience.

A vingt-ans, je loge dans une chambre munie d’une plaque chauffante pour faire ma popotte. Oubliées, les pommes de terre rôties de maman. Je me fais du porridge le matin, et le soir, parfois, du Pilpil. C’est du blé concassé, produit Bio d’une certaine marque qu’on trouve un peu partout. On le fait cuire 10mn dans deux volumes d’eau. J’ajoute quelques dés de gruyère pour les protéines.

Un jour, alors que j’avais commencé la cuisson, mes parents, de passage, interrompent la procédure pour m’inviter au restaurant avec d’autres membres de la famille. J’éteins alors le feu, laisse le Pilpil dans l’eau, recouvert d’un couvercle. Et quand je reviens, surprise ! le blé a triplé de volume ! Bonanza ! et au lieu d’être encore un peu craquant, il est devenu souple et moelleux. Découverte scientifique doublée d’une belle réussite ! J’en ai beaucoup plus pour mon argent.

Mon frère ainé (un an d’écart, pratiquement mon jumeau) trouve mon Pilpil hilarant et me taquine autant qu’il peut sur le sujet.

Quelques années plus tard, vingt-quatre ans, j’ai emménagé avec trois jeunes irlandais et nous partageons un appartement à Saint Cloud. Jane et moi travaillons à Procter & Gamble comme secrétaires. Je viens de passer un an aux Etats Unis. Ni pilpil ni pommes de terre rôties à cette époque, nous mangeons le midi au restaurant d’entreprise, et le soir pas grand-chose. Parfois, le week-end, je fais des crêpes, assise nonchalamment sur une chaise une cigarette à la main, tirant des bouffées entre chaque retournement. Jane trouve ça très drôle, la clope dans la cuisine. Des petites fenêtres donnent l’une sur la cour sombre et un peu humide, et l’autre sur le salon-salle à manger. On écoute de la techno rave aussi bien que Van Morrison. C’est la bohème.

Un jour, mon frère qui vient de commencer à travailler à Paris vient me rendre visite. Je me rends compte qu’il va me falloir cuisiner. Panique.
Il me charrie toujours à propos de mon Pilpil : graine d’oiseau, goût bizarre, atypique, mœurs étranges, déjanté ? C’est devenu Pilpil contre Pommes de terre rôties classiques : une lutte des classes, un conflit social.
Je panique parce que je me rends compte que je ne sais plus, je ne sais pas, je n’ai jamais su faire des pommes de terre rôties comme ma mère. Que va-t-il manger ? Surement pas du Pilpil.  Et surtout comment va-t-il juger ma vie ?

Je ne me souviens plus de la rencontre de ce soir-là,
Depuis, mon frère et moi avons choisi des chemins de vie différents, lui, si je ne me trompe pas reste fervent amateur des pommes de terre rôties au beurre. Moi, je suis partie vivre ailleurs. Dans ma vie d’américaine, je fais rôtir mes pommes de terre au four, je fais de la grenaille, des doigts de pommes de terre. J’ai trouvé du Boulgour, mais pas le Pilpil de ma jeunesse, et bref, je n’en fais plus.