THANKSGIVING

THANKSGIVING

I had to face my tendency to awfulize
As well as my declining eyesight
When I read “My teenager still likes to struggle
Instead of “My teenager still like to snuggle.”

There is something about Thanksgiving
That makes me think about my life
Aging, and facing past mistakes.
I fanned myself against a hot flash
And I thought it was time to change my inner mantra to:
Something wonderful is always on the verge of happening!

Then I went on reading the on-line paper
Listing readers’ responses to a contest
About what made them thankful this year
In a six-word memoir
I tried my luck at the exercise:
“Lost my job, Happy as fuck!”
Then it was your turn and you said:
“Partner’s voice, Baby it’s warm inside.”


Et maintenant une adaptation en Français pour mes lecteurs francophones. C’est quand même mieux en Anglais, vu qu’on n’a pas Thanksgiving en France, et que je n’ai pas trouvé d’équivalents géniaux pour les expressions.

THANKSGIVING

J’ai dû faire face à ma tendance à catastropher
Ainsi qu`à ma vue déclinante
Quand j’ai lu “Mon adolescent aime toujours lutter
Au lieu de “Mon adolescent aime toujours les câlins.”

Il y a quelque chose en temps de Thanksgiving
Qui vous fait réfléchir à votre vie
À l’âge et aux erreurs passées
Je me suis éventée contre une bouffée de chaleur
Et j’ai pensé qu’il était temps de changer mon mantra intérieur pour:
Quelque chose de merveilleux est toujours sur le point de se produire!

J’ai continué à lire sur la page du journal en ligne
Les réponses de lecteurs à un concours
Sur le sujet de ce pour quoi ils étaient reconnaissants cette année
En six mots.
J’ai tenté ma chance à l’exercice:
«Perdu mon emploi, foutrement heureuse!»
Puis ce fut son tour et il a dit:
“Voix de mon compagnon ; bébé, il fait chaud dedans.”

“Un temps pour lancer des pierres…”

Aujourd’hui, une nouvelle (donc fiction) pour l’Agenda Ironique de Novembre (voir détails plus bas).

« Un temps pour lancer des pierres… »

Un peu déroutée d’être sans emploi, à la maison, je fouillais Facebook sur mon portable, en chaussons, mon chat sur les genoux. J’avais d’abord jeté un coup d’œil aux anciens collègues, mais sans grand intérêt. Puis je me suis mise à penser plus loin. Les gens importants de ma vie, qu’étaient-ils devenus? Ceux que j’avais connu, qu’avaient-ils fait de leurs vies ? J’ai vécu la moitié de ma vie en expat, loin de mon pays, et je n’ai pas gardé d’amis d’enfance, ni d’université. Comment c’est arrivé, je n’en sais rien. Il semble que la trajectoire prévue de mon destin ait cafouillé à un moment. J’ai construit ma vie ailleurs.

Certains visages et certains noms revenaient en mémoire – qu’avaient-fait Isabelle, ma copine d’université, ou Hélène que j’avais rencontré en Angleterre… Et puis j’ai poussé encore plus loin. Pourquoi pas Olivia ? Olivia si jolie, du Cm1-Cm2. Je revoyais un joli visage rond et des couettes de cheveux châtain, lisses et brillants. A la sortie de l’école, sur le chemin du retour, elle m’enseignait des mots d’espagnol. Sa mère était espagnole. Olivia m’avait invitée chez elle, j’avais vu la magnifique maison dans le centre-ville, avec une verrière donnant sur un beau jardin vert. Toutes les deux rêvions de danse classique et avions passé l’après-midi à faire des pas de danse dans le jardin d’hiver.

Pendant que je revoyais ces images, le moteur de recherche avait trouvé trois noms, mais je l’avais reconnue. A travers les trois décades qui nous séparaient dans le temps, les traits de la petite fille d’alors apparaissait sur une photo, à peine changés. Comme si les yeux de l’enfance avaient déjà entrevu l’adulte.  Sur fond de posters marketing, elle se tenait debout, entourée d’homme et de femmes en costumes et tailleurs d’affaires. Souriant comme une fleur épanouie. Aucune information sur sa vie de famille, je ne trouvais d’elle que des détails concernant sa carrière, Directrice d’une division d’une grande ville. Un poste important. Ah, je le savais bien, qu’elle irait loin. Cent amis, sur Facebook. Sauf que là, je la rattrapais, j’en avais 111.

Mais ce que je voulais savoir, c’était ce qu’était devenue Anna… Anna… Anna Podoton. La troisième roue du carrosse.

Je vénérais Olivia, éblouie par son père médecin, sa mère si belle à l’accent dansant, sa maison, et sa vie enchantée. J’étais arrivée dans une nouvelle ville, nouvelle école, désorientée, déboussolée, et puis j’avais rencontré Olivia. Nous marchions et bavardions ensemble jusqu’à ce que nos chemins se séparent à ma station de bus. Elle continuait sa route à pied. Tous les jours elle m’apprenait de nouveaux mots, nous échangions de nouveaux pas de danse.

Puis Anna était arrivée. D’une autre école. Comme elle venait de bretagne, elle et moi avions des points communs, des bribes de chansons, des noms de village. Olivia et moi avions accueilli la nouvelle-venue dans nos jeux.

Mais les choses n’étaient plus très claires dans ma mémoire. Si je revoyais le visage rond d’Olivia, je ne retrouvais pas bien celui d’Anna. Je me souvenais que ce visage était plus dur, si l’on peut parler de dureté à l’âge de dix ans, mais peut-être que certains traits existent déjà dans l’enfance. Puis les choses avaient commencé à changer. Peu à peu j’avais vu les deux filles se rapprocher.

Je ne m’étais pas rendue compte comme ces souvenirs étaient restés si clairs et vivides. Mon anniversaire. Olivia et Anna dans le salon de ma maison de banlieue. Tout heureuse, j’étais fière de leur montrer ma dinette et ses petites tasses délicates. J’avais demandé à maman d’acheter une brioche pour l’occasion. La grande porte-fenêtre était ouverte sur des arbres printaniers. Puis l’image d’Anna écrasant sa brioche dans la tasse de thé, salissant la table d’un air dégouté, gâchant tout. J’avais réalisé avec horreur que l’amitié que j’avais cru trouver en elle n’était que mépris. Oh, je n’avais pas tout de suite compris.

Au cours des jours qui suivirent, j’avais continué à sortir de l’école avec Olivia, et nos jeux en trio avaient continué dans la cour de récréation. Comment peut-on accepter ou anticiper la perte de l’innocence ? Je n’avais pas vu les choses venir. Je n’avais que dix ans.

Mais qu’étais devenue Anna ? Mes recherches sur FaceBook n’aboutissaient pas. J’avais déroulé la liste des amis d’Olivia mais n’avais vu de familier que le nom d’une autre petite fille de l’école avec qui j’avais aussi été amie, mais certainement pas avec la même ferveur. Je me rappelais certains détails – l’appartement du centre-ville où Sabine vivait, sombre et humide, les toilettes qui sentaient la pisse, et surtout, l’image de sa mère. Certaines femmes de ces années-là, tout juste autorisées à porter le pantalon, s’étaient mises à une mode de porter ces pantalons si serrés à l’entrejambe qu’ils faisaient voir toutes sortes de plis, mais devaient aussi être si inconfortables que celles qui les portaient semblaient avoir le même sourire pincé en forme de grimace. Je me rappelais d’elle au fourneau, nous faisant crêpes au citron. Mais je ne m’étais pas attardée sur le profil de Sabine, qui souriait sur sa photo, entourée d’enfants et d’un homme au regard satisfait.

Je voulais savoir ce qui était arrivé à Anna. Son nom n’apparaissait nulle-part.

Un soir, comme nous étions sorties des murs de l’école, elles avaient commencé à se séparer de moi et à accélérer le pas. J’avais essayé de les rattraper quand j’avais vu Anna se baisser comme pour ramasser quelque chose. Puis juste après, elle s’était retournée et m’avait lancé une pierre. J’avais vite compris qu’une sorte de guerre avait commencé. Anna et Olivia s’était maintenant mises à me lancer des pierres. Olivia, si douce, si gentille. J’étais restée en arrière.

Mon laptop sur les genoux, je revivais le moment. La tristesse et la surprise, l’incompréhension. Si je n’avais jamais su la raison du geste des deux filles, j’avais compris que j’avais perdu à jamais l’amitié d’Olivia. Et que le monde était cruel. Et que les amitiés étaient faibles et que la trahison était aussi banale que les Chocos BN dans les cours de récré.

Un popup sur l’écran n’arrêtait pas d’interrompre ma recherche et de bloquer ma vue: « Bretzel liquide ! » Accueillant presque la distraction de mes sombres souvenirs, je jetai un coup d’œil sur le produit qu’on essayait de me vendre. « A base de notre blé le plus blond et de fraiche levure, notre bière brassée soigneusement en petite quantités dans notre belle Alsace n’est autre qu’un délicieux Bretzel liquide ! Venez le déguster ! » Je ne bois pas de bière, mais je concevais pendant quelques secondes le concept de pain liquide. Un souvenir de Bretzel acheté au comptoir d’une camionnette à la gare de Bruxelles revint à ma mémoire et à mes papilles, sa texture moelleuse sous la peau lisse et brune, le craquant du gros sel.

Après l’épisode, j’avais erré seule, désolée, dans la cour à l’heure de la récré. Plus tard j’avais tenté une amitié avec Sabine, mais sans succès. Puis le temps avait passé. Par la suite, je n’avais jamais eu beaucoup d’amies.

J’allais laisser-là ma recherche, futile somme toute. Peut-être Anna était-elle devenue chirurgienne, sous le nom de son mari, fouillant dans les corps avec un scalpel, ou même dans les cerveaux. Peut-être avait-elle disparu à l’autre bout du monde fuyant la police. Comment pouvait-on disparaitre à l’heure des réseaux sociaux ?

C’est alors qu’apparut un nouveau résultat. Avis de décès : Anna Podoton, archéologue. Selon toute apparences, il semble que l’archéologue, qui faisait des fouilles dans une carrière de Loire Atlantique, ait été victime d’une avalanche de pierres accidentelle. Assommée par les premières pierres, elle n’aurait pas survécu à l’averse qui aurait suivi. Son corps a été retrouvé enseveli sous un amas de pierres.

L’annonce datait de quelques années auparavant. Anna n’avait laissé derrière elle qu’un chien.

FIN

« Ceci est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé serait purement fortuite»

*************

Ce texte est ma contribution à l’AGENDA IRONIQUE de Novembre, qui se tient ici :

Il fallait, comme contrainte, faire un (ou plusieurs) anapodotons, ainsi que d’employer l’expression « Bretzel liquide ». Et puis bien sur s’inspirer du thème « Un temps pour chaque chose », comme il est dit dans l’Ecclésiaste III.


And now for my anglophone readers:

A Time to Throw Stones…

Unused to be unemployed, homebound, I was browsing Facebook on my laptop, in slippers, with my cat in my lap. I had looked up some colleagues first, but without much interest. Then I started to think further down le line. The important people in my life, what had become of them? Those I had known, what had they done with their lives? I have lived half my life as an expat, far from my country, and I have not kept any childhood or college friends. How this happened, I do not know. It seems that the intended course of my fate had screwed up at one point. I had made my life elsewhere.

Faces and names came to mind – what about Isabelle, my college friend, or Helene, who I had met in England… And then I pushed it even further. How about Olivia? Olivia so pretty, from Elementary school. I saw a pretty round face and chestnut brown pig tails, smooth and shiny. When we left school on our way home, she taught me Spanish words. His mother was from Spain. Olivia had invited me to her home. I had seen the beautiful house in the city center, with a glass veranda overlooking a beautiful green garden. We both loved ballet and spent the afternoon dancing in the winter garden.

While I was reviewing these images, the search engine churned out three names, but I recognized her. Throughout the three decades that separated us in time, the features of the little girl appeared in a photo, hardly changed. As if the eyes of childhood had already caught a glimpse of the adult. She stood, against a backdrop of marketing posters, flanked by men and women in business suits. Smiling like a blooming flower. No information about her family life, I could only find details of her career, Director of some division in a big city. An important position. Ah, I knew she would go far. She had a hundred friends, on Facebook. I caught up with her on that field, I had 111.

But what I wanted to know was what happened to Anna… Anna… Anna Podoton. The third wheel of the coach.

I worshiped Olivia, dazzled by her doctor father, her beautiful mother with the singing accent, her house, and her enchanted life. I had arrived in a new city, new school, confused, lost, and then I had met Olivia. We walked and chatted together until our paths parted at my bus station. She continued her journey on foot. Every day she taught me new words, we exchanged new dance steps.

Then Anna had arrived. From another school. As she came from Brittany, she and I had things in common, bits of songs, village names. Olivia and I had welcomed the newcomer in our games.

But things started to cloud up in my memory. If I saw clearly Olivia’s round face, I couldn’t quite see Anna’s. I remembered her face was harder, if you can speak of hardness at the age of ten, but maybe some features already exist in childhood. Then things started to change. Gradually I saw the two girls getting closer.

I hadn’t realized how vivid my memories were. My birthday. Olivia and Anna in the living room of my suburban house. Giddy with joy, I was proud to show them my dinette and its delicate tea cups. I had asked my mom to buy a brioche for the occasion. The large French window was open to spring trees. Then the image of Anna crushing her brioche in the teacup, smearing the table with disgust, ruining everything. I had realized with horror that the friendship I thought I had found was nothing but contempt. Oh, I didn’t get it right away.

Over the next few days, I had continued to walk out of school with Olivia, and the trio games continued on the playground. How can we accept or anticipate the loss of innocence? I hadn’t seen it coming. I was only ten years old.

What had become of Anna? My FaceBook research was unsuccessful. I had scrolled down Olivia’s list of friends but had only seen the name of another little girl with whom I had been friends, but certainly not with the same fervor. I remembered certain details – the downtown apartment where Sabine lived, dark and damp, the toilets smelling of piss, and most importantly, the image of her mother. Some women in those years, barely allowed to wear pants, had started to wear them so tight in the crotch that they showed all kinds of creases, but those pants also had to be so uncomfortable that their wearer had the same wince-like smile. I remembered her at the stove making us lemon pancakes. But I did not dwell on Sabine’s profile. She was smiling in the picture, surrounded by children and a man with a satisfied look.

I wanted to know what had happened to Anna. Her name did not come up.

One evening, as we had come out of the school walls, they had started to separate from me and walk faster. I had tried to catch up with them when I saw Anna bend down to pick up something. Then right after, she turned and threw a stone at me. I quickly realized that some kind of war had started. Anna and Olivia were now throwing stones at me. Olivia, so sweet, so kind. I had stayed behind.

My laptop on my knees, I relived the moment. Sadness and surprise, incomprehension. If I had never known the reason for the two girls’ actions, I understood that I had lost Olivia’s friendship forever. And that the world was cruel. And that friendships were weak and betrayal was as common as mid-afternoon snacks on the playgrounds.

A popup on the screen kept interrupting my search and blocking my view: “Liquid pretzel!” Almost welcoming the distraction from my dark memories, I clicked on the product they were trying to sell me. “Made of our lightest wheat and fresh yeast, our beer carefully brewed in small quantities in beautiful Alsace is practically a delicious liquid pretzel! Come and taste it!”  I don’t drink beer, but I was considering the concept of liquid bread for a few seconds. The memory of a pretzel bought from a van at the Brussels train station came back to my memory and taste buds, its soft texture under the smooth brown surface, the crunch of coarse salt.

I was going to stop my futile research there. Perhaps Anna had become a surgeon, wearing her husband’s name, rummaging through bodies with a scalpel, or even into brains. Perhaps she had disappeared halfway around the world fleeing the police. How could we disappear in this age of social media?

It was then that a new result appeared. Obituary: Anna Podoton, archaeologist. In all appearances, it seems that the archaeologist, who was excavating a quarry in Loire Atlantique, was the victim of an accidental avalanche of stones. Stunned by the first stones, she would not have survived the downpour that followed. His body was found buried under a pile of stones.

The announcement was made a few years ago. Anna had left a dog behind.

THE END

 “This is a work of fiction. Any similarity to actual persons, living or dead, or actual events, is purely coincidental.”

SMILE

While I’m working on some other things that are not publishable yet, I am inviting a guest today, my own daughter who sent me a text that looks very much like a poem to me.

I’m so happy
He seems so comfortable aleady
He loves being around the roommates
And now instead of wishing for a cat
I just go look at my cat
And Smile

~~~

Pendant que je travaille sur d’autres choses qui ne sont pas encore publiables, j’invite aujourd’hui en invité spécial, ma propre fille qui m’a envoyé ce texte qui ressemble beaucoup à un poème :

Je suis si heureuse !
Il semble déjà si à l’aise
Il adore être avec les colocataires
Et maintenant, au lieu de souhaiter un chat
Je vais juste regarder mon chat
Et je Souris.

Photo by Mati Mango on Pexels.com

SYNTHETIC

On my desk, a bottle of perfume
When I was eighteen I accompanied my father on a trip to Paris
I tried Calèche at the Galeries Lafayette
I sniffed it on my sleeve on the way back
Now organic molecules are replaced by synthetic ones
Memories don’t have the same staying power anymore.

* * *

Sur mon bureau une bouteille de parfum
A dix-huit ans j’ai accompagné mon père lors d’un voyage à Paris
J’ai essayé Calèche aux Galeries Lafayette
Je l’ai senti sur ma manche tout le chemin du retour
De nos jours, on remplace les molécules originales par des molécules synthétiques
Les souvenirs ne durent plus aussi longtemps.

AGENDA IRONIQUE d’OCTOBRE

AGENDA IRONIQUE D’OCTOBRE 2020

LES RESULTATS?

Comme d’habitude, je n’irai pas par quatre chemins. Selon les votes, la gloire du mois revient indubitablement à :  Laurence Délis.

Et le prochain hôte est désigné comme étant : en ex-aequo Verojardine, Laurence Délis, Tout l’opéra ou presque, et Carnets Paresseux. Comment faire ? Je vous laisse décider 

* * *

t sans transition, nous passons à Octobre. Le temps passe vite.
Je viens de retrouver dans un tiroir de mon bureau un petit jeu de carte mexicain. Comment ces cartes ont-elles atterri là ? je ne sais pas. Ce qu’elles veulent dire? Je ne sais pas non plus. Alors j’en ai tiré quatre, et je vous propose ce qui suit:

Ecrivez une histoire (ou poème ou autre) dans laquelle votre personnage se dirige en huit différentes étapes, vers la source d’une forte odeur. Cette histoire devra intégrer les quatre éléments suivants :

Règles du jeu pour les nouveaux qui souhaiteraient participer : postez votre œuvre sur votre propre blog, puis copiez-collez le lien en commentaire de cette page-ci, en bas. La date limite est le 26 Octobre 2020, et le vote pour le texte préferé suivra. On votera aussi, séparément, pour le prochain gentil-organizateur.

P.S. : L’Agenda Ironique, comme son nom l’indique, a quelque chose à voir avec le temps qui passe, le calendrier, et puis une touche d’ironie si possible.

Illustrations: GALLO de Don Clemente PASATIEMPOS GALLO, S.A.


Oyez oyez, Bonnes gens !!

C’est l’heure de la recap finale de l’Agenda autumnal :

Emmanuel Glais nous propose :
https://emmanuelglais.blogspot.com/2020/10/matutinal-et-bien-habille.html

moi-mëme, pour vous servir :
https://victorhugotte.com/2020/10/07/maitre-renard-et-le-corbeau/

un épisode du feuilleton du fameux Onésime! de Gibulène :
https://laglobule2.wordpress.com/2020/10/07/onesime-et-le-mexique-agenda-ironique-doctobre-2020/

Tout l’opera ou presque nous emmène en tournée interactive musicale et mondiale à découvrir ici : https://toutloperaoupresque655890715.com/2020/10/20/un-voyage-en-huit-etapes/

Verojardine nous fait planer et bourdonner ici :  
https://poesie-de-nature.com/2020/10/25/pourtant-ca-sent-bon/

La plume fragile nous fait carrément un cours magistral en dégottant les origines du malin : https://professorramos.blog/2019/07/24/el-catrin-the-man-in-many-forms/

Laurence Délis nous propose une très belle renaissance :
https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/10/26/comme-une-renaissance/

et pour clore le tout 

Carnets Paresseux nous évoque l’odeur de la pluie au Mexique : https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/10/26/lodeur-de-la-pluie-au-mexique/

JOB ALERT ! – A poem

JOB ALERT!
My phone blurts out
Abundantly
Unpredictably
In the bathroom!  
Right out of bed!
 
Now? But I didn’t even have coffee!
I am cornered
	Cortisol spike
		Red throbbing light
			Pulse racing
Round the weapons
Slide down the pole!
 
Conscientious self to dopey one: you must answer the call
of the Job search
Hunting season is open!
Now or it will fly away forever
 
Or fight the intruder
That dared to trouble
The smooth water
Of the lake of your mind until now
 
In the olden days
Before Steve Jobs that is
You bought the fat Sunday paper
And scanned the Help Wanted section
Treasure Hunt over leisurely coffee
Sometimes you cut up little squares
And pasted them in a notebook
With paper glue
Then you folded the paper
And you waited peacefully
with the satisfaction of a job well done
And you shuffled to the kitchen
To prepare a slow-cooked pot-au-feu
 
Nowadays you are bombarded
And I know by experience
That the missiles are empty threats
Didn’t take long for this old dog
To learn new tricks.
 

MAITRE RENARD ET LE CORBEAU

Ci-dessous ma production pour l’Agenda Ironique d’Octobre (voir note précédente), un sombre conte inspiré par ma propre donnée innocente. Pardonnez-moi d’avance.

1 – M. Elias Catrin, perché sur le toit de sa maison, tenait dans sa main un sandwich. La journée était belle : ciel bleu limpide, jolis nuages floconneux. Halloween approchait et comme tous les ans, M. Catrin avait sorti l’échelle et la boite de décorations saisonnières qui passait au garage le reste de l’année : la sorcière et son balais, le chat noir, le potiron. Tous les ans il décorait ainsi le toit de la maison familiale pour épater les voisins et amuser les enfants. Pour ajouter l’agréable à l’utile en cette scintillante journée d’été Indien, il s’était fait un sandwich au Munster et s’apprêtait à reprendre des forces, adossé à la cheminée, avant de se remettre au travail.

2 – Maître Renard, avocat de son métier, se baladait nonchalamment dans les parages, un parapluie sous le bras, mais pas complétement par hasard comme nous allons le voir. Son odorat fut interpellé par un relent familier qu’il plaça au bout d’un moment comme la senteur d’un fromage bien fait. Amateur de fromages forts, il huma avec plaisir et leva le nez, pour apercevoir la silhouette assise d’un bel homme en queue de pie, portant lorgnon et moustache.

3 – « Salut voisin ! » lança-t-il « Belle journée n’est-ce pas ?» feignant de ne pas le connaitre. Il avait reconnu en effet le personage soupçonné, mais sans certitude, par un cercle restreint d’être le maître-chanteur du village. Depuis le temps qu’il essayait de provoquer une rencontre accidentelle, l’heure de l’occase à ne pas louper était arrivée. Avec un peu de ruse, il allait lui faire lâcher quelque morceau concernant le cas de sa cliente Mme L. Et avec encore plus de chance, le sandwich dont les effluves l’affolaient.

4 – On se connait ? répondit Mr. Catrin en réhaussant son lorgnon.
– « Il me semble que nous nous sommes rencontré … peut-être… chez Mme. L. ? »
– « Mme L. ? connais pas. »  
Le nom n’ayant pas même fait ciller Catrin, il fallait passer à une autre méthode.

5 – Essayant l’intimidation, il s’approcha de l’échelle. « Savez-vous qui je suis ? Je pourrais vous causer quelques ennuis, si vous voyez ce que je veux dire … » Mais Elias Catrin, la bouche pleine, continuait de måcher sa baguette sans montrer d’émotion. Rien ne tombait dans la direction de Maitre Renard que quelques feuilles rouges et or qui flottaient lentement vers le sol.

6 – Personne aux alentours – Renard vérifia en regardant autour de lui – et continua d’une voix doucereuse : « Allez, j’ai une proposition, on pourrait partager… je connais bien Madame L. ainsi que le montant exact de sa fortune, vu que j’ai moi-même rédigé son testament.» Il conclut ces mots d’un clin d’œil complice. Mais le bluff ne pris pas. Le Corbeau faisait la sourde oreille. La vue du sandwich et ses émanations serraient l’estomac de Renard et la salive lui montait à la bouche, ainsi que la moutarde au nez. Il fallait en finir.

7 – « Ahem… j’ai vu une de vos lettres anonymes, un trésor de créativité, cursives et capitales si joliment découpées dans les journaux, d’un goût exquis. Esthétique admirable ! » Le corbeau en queue de pie ne se senti pas de joie, et brandissant au ciel le sandwich, il ouvrit la bouche : « Vous trouvez aussi ? de laquelle parlez-vous exactement ? Celle où Mme L….  » Dans son animation et par inadvertance, il catapulta son casse-croûte en l’air. La demi-baguette pleine du crémeux Munster tomba au pieds de Renard.

8 – L’avocat s’en empara et failli défaillir, tant le fromage sentait encore plus fort de près. Mais en se retournant il lança : « J’ai maintenant ma réponse ! Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ! » Le corbeau jura, honteux et confus, qu’il se ferait la prochaine fois un sandwiche à la Mozzarella.
Sans tambour ni trompette, Renard s’en retourna, savourant sa victoire.

TESTAMENT DE BUREAU

Le poste que j’occupais depuis presque 9 ans (même pas un chiffre symbolique) n’ayant pas survécu à la pandémie, je rédige ici mon testament, qui annule toute disposition antérieure.

A mon patron je laisse le tableau de derrière mon bureau avec la grange rouge de Nouvelle Angleterre et ses pommes qui me donnaient l’impression de travailler à la campagne ; les petits gobelets en plastique à côté des robinets qui étaient en fait des gobelets de dentiste ; les boiseries années 70 sur les murs ; le son du train qui passait de temps en temps pas très loin.

A Anne-Claire je laisse mon précieux Tampon dateur ainsi que ma collection de caoutchoucs qui entourent les paquets de courrier.

A Mr. Olivier je laisse les posters de motivation et tous les jeux de Méga-millions (jamais gagnés.)

A Myriam je laisse les deux plantes que j’avais ramenées à la vie ; les sifflements puissants et mélodieux du vent sous la porte à l’automne et au printemps ; l’imprimante-scanner très pratique ; les chuchotis malsains derrières les portes entrouvertes.

Ma petite voiture en mousse à malaxer dans les mains pour se faire les nerfs ; l’équipe des deux plombiers hirsutes et hilares qui venaient régulièrement pour quelques toilettes bouchées, comme les fossoyeurs dans Hamlet ; toute ma collection de mots de passe commençant par une capitale, contenant des signes typographiques, des chiffres, des combinaisons infiniment renouvelables, et tous les mots de passe des autres, reviennent à Patrick.

A Cécile je lègue mes vitamines et le sac des trucs que je ramenais régulièrement de la maison, coupe-ongle, miroir de poche, demi-bouteilles de parfum, lime a ongles ; tous les soirs où on disait : « Il pleut ! il neige ! Blizzard ! Tempête de neige ! Sois prudente sur la route ! »

Je laisse à Louise les livres de self-help que j’ai dû laisser derrière moi, ainsi que les blagues sur le frigo : aujourd’hui, j’ai mangé un sandwiche qui se nommait Kevin.

Batiste hérite de mon billet en plastique d’Un Million de Dollars qui doit être coincé derrière mon écran d’ordinateur ; des bruits de grelot de la climatisation ; de toutes les clés de tous les bureaux et leur tableau Excel associé, et dont j’étais la gardataire ; les oies sauvages qui donnaient des coups de bec dans les jantes des pneus de voiture dans le parking.

A Mathilde je laisse les jours où Patrick a amené son chien au bureau, puis Fred a amené son chien, puis Batiste a amené son nouveau chien, puis David a acheté plusieurs chiens ; les compagnies de nettoyage qui se succédaient à la vitesse de la lumière à cause que Florence trouvait toujours quelque chose à redire.

A Stéphanie je laisse toutes les étiquettes des boites aux lettres et toutes les photos de groupe en brochette dans la cafète.

A Rose, je donne les jours de départ en retraite des autres et les porte-clés/lampe LED de promo.

Florence hérite de mon agrafeuse (agrafes dans le tiroir) et du Stabilo jaune néon ; de mes courses à la boutique de campagne pour acheter les sandwiches pour les meetings en ces journées fraiches d’automne où le feuillage avait tourné au rouge cramoisi et or ; du jour de fête du 4 juillet où les freins de la voiture de compagnie ont lâché dans le parking du supermarché et qu’en plus de ça, j’avais mal calculé les victuailles à acheter, et que tout le monde était venu pour rien parce qu’il n’y avait rien à manger.

David hérite de tous les mots croisés jamais réalisés sur la table de la cafète.

Le département technique reçoit le jour où Patrick s’est mis une cacahuète en travers du gosier.

A la Production je lègue la loterie hebdomadaire dans la cafète, le bruit des jetons secoués dans la boite et les prix sur la table : couvre-canette en mousse et sac en plastique à logo promotionnel.

A Laurie reviennent de droit les vieux souvenirs déjà bien nostalgiques du bon vieux temps d’avant moi, toutes les histoires de beuveries joyeuses capturées sur clichés des années 70 qui me faisaient sentir aliénée des vraies années de fun, un peu comme un cheveu sur la soupe ; les jours de neige où on a peur d’arriver en retard, et de se faire enlever une journée de vacances.

A Christine reviennent les médisances, les ragots, les coups de poignard dans le dos, les inquiétudes diffuses et mal situées.

A Ben de R&D je lègue les journées de liesse la veille de partir en vacances.

Au Chef des ventes échoit la salle de conférence, avec son téléphone high-tech et son écran mural. J’y ajoute plein de sandwiches, à l’oignon. Et des Heineken (blague).

Au service Expédition, si gentil, je laisse tous mes poèmes, histoires et autres, composés au bureau pendant les temps morts.

A mes successeurs, je lègue le dossier sur les pizzas, le dossier sur les cadeaux de Noel, les dossiers datés 1997.

A Julie, je laisse mon bureau, le plus beau de l’usine, beau comme un bar de troquet, avec les deux larges fenêtres et les armoires de classement ; toutes les choses dont j’avais hérité avec le poste et que j’ai regardé pendant presque neuf ans ; les jours de farniente.

Finalement, à Lucy je laisse l’envie dudit bureau ainsi que l’horloge de pointage dont je n’aurai plus usage.

Etablit ce jour en pleine faculté de mes facultés.

Signature : « Moi »

LES LIVRES AVEC PARIS DANS LE TITRE

Dans ma série Poèmes d’expat :

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LES LIVRES AVEC PARIS DANS LE TITRE

Toujours un livre avec « Paris » dans le titre
Comme un croissant chaud à l’étalage de la librairie
On voit plus rarement en vedette
Tokyo, Athènes, Madrid,
Addis-Abeba, Séoul ou Washington DC.

J’ai håte d’ouvrir le volume relié, et dans ses pages
Humer une bouffée du métro, le parfum des rôtisseries
Et même de la Brioche Dorée
Retracer les pas de l’enfance
Le long des rues familières bordées de fer forgé

Mais je m’approche de la couverture –
Dans des tons gris ou sépia –
Et je sais déjà que la dame
En chapeau cloche et jupe plissée
Assise à la terrasse d’un café
Est encore un de ces personnages
Bien recherchés par l’auteur
D’une histoire de temps de guerre –
Dame qui connait bien le monde de l’art
La maîtresse d’un compositeur
Qui me présentera à un peintre
En tirant sur son fume-cigarette.

Et je me retrouve finalement en pays étranger
Le titre aurait pu être tout autre.
La silhouette de la tour Eiffel dans le fond
Rien qu’un miroir aux alouettes

L’auteur a ramené de ses fouilles
Dans l’obscurité des bibliothèques historiques
Des choses que je ne savais pas et que je devrais sûrement apprendre. Mais il ou elle n’a pas ramené
La lumière tachetée des ombres sur le trottoir,
La douceur de l’air comme du beurre
À l’approche de la boulangerie du coin de la rue
Tandis que ma chaussure s’enfonce
Dans une crotte de chien.

—–

Et maintenant en anglais:

BOOKS WITH “PARIS” IN THE TITLE

Always a book with Paris in the title on the bookrack
Like a freshly baked croissant
More rarely do you see featured Tokyo or Madrid
Addis Ababa, Seoul or Washington DC.

I want to open the hard cover, and fanning its pages
Get a whiff of the metro, the scent of rotisseries
And even La Brioche Dorée
Retrace the footsteps of childhood
Along familiar streets lined with wrought iron

But as I get closer to the cover –
in sepia or gray tones –
I already know that the lady
In a cloche hat and pleated skirt
Sitting at the café terrace
Is one of those characters
Well researched by the author
From one of these war-time stories
A lady who knows the art world well
The mistress of some composer
Who will introduce me to a painter
Puffing on her cigarette holder

And I find myself in foreign country
The title could have been something else.
The silhouette of the Eiffel Tower in the background
Nothing but a smokescreen.

The author brought back from his or her excavations
In the darkness of historic libraries
Things I didn’t know and surely should learn.

But he or she didn’t bring back
The dappled light of shadows on the sidewalk,
The air sweet as butter
As I come near the bakery around the corner
While stepping on a crotte de chien.