Conversation – Agenda Ironique de Novembre

Cette semaine, exercice de style surréaliste pour l’Agenda Ironique de Novembre. Dans cette scène il y a un début et une fin, deux protagonistes et la mer au bout. De nouveaux mots et des répliques empruntées également. Mais trêves d’explications – bonne lecture.

* * *

Viens faire une ballade !
— Tu sais bien que je ne peux pas marcher !
— Oui, mais j’ai loué un drôlatour !
— Dans ce cas ! Allons-y.

Il fallait toujours que je l’encourage à se lever du lit ou il passait maintenant la majeure partie de la journée, vautré entre ses polars et ses bouteilles de whisky. Quand il se leva, je vis bien qu’il avait déjà trop bu. Je lui avais menti à propos du drôlatour, mais comme il avait déjà pris un genre d’élan, il ne râla pas trop.

Nous avançâmes pas à pas, presque main dans la main mais paradoxalement avec une certaine insolitude ancrée dans nos cultures. Il ne fallait pas trop pousser les choses avec lui, et je n’allais pas m’y risquer. Nos cultures étaient trop différentes encore.

Je savais qu’il allait se diriger vers un débit de boisson, il était comme aimanté par tout ce qui était excuse à beuveries : les terrasses, les vitrines ouvertes qui rejetaient leurs relents d’alcool sur le trottoir. Mais je fus assez surprise quand il s’arrêta en face d’un salon de thé.

Nous nous assîmes devant une petite table, ronde, dessus vert pomme et pieds anthracite. Je m’aperçus en regardant ses mains qu’il était atteint de polimalie, chose commune sur ce territoire pour les … petites gens, seulement … cela était bien étrange. D’autant plus étrange qu’il était plus grand que la moyenne. Mais je ne dis rien, comme d’habitude. J’avais appris depuis un bon moment à ne pas faire de remarques concernant sa santé physique et morale. Je pris seulement note de ce nouveau détail.

Pour la première fois depuis que je le connaissais, il commanda autre chose qu’un whisky. Je le regardai soulever sa tasse de thé de manière désinvolte, observai sa posture sur la chaise, les jambes étendues devant lui, le bras pendant sur les coté. Je brisai notre silence :

— Bon ne le prends pas mal, hein ? C’est un compliment… enfin presque. Bref, entre nous je peux bien te le dire, ton rire me rappelle celui de la jumeleine.

Il me jeta un de ses regards perçants et si remplis d’intelligence. Je savais qu’il n’allait pas me donner le plaisir d’une réponse. Je sentais l’expression de mon idolâtrie prendre le goût de la basse flatterie.

– Le point d’ironie est-il existancié ou essentialisé ?

– Je dirais qu’il est plutôt existancialisé par un humanisme délirant.
Je lui avais répondu du tac au tac, comme d’habitude.

A ce moment-là une enchanquise nous déposa une tarte à la crème de bambou, celui comestible au nord ouest du pays des Polpilles. C’est moi qui l’avais commandée. Cela faisait trop longtemps que je ne m’offrais plus ce genre de gâteries exotiques, auxquelles je m’adonnais avant de le connaitre. Mais j’avais changé.

« Tu aimes ? tu peux en manger, c’est sans écriâmes. Tu sais qu’on a trouvé des traces d’écriâmes dans certains biscuits sans gluten ? »  repris-je, consciente de l’ineptie de mes propos en ce qui le concernait mais incapable de surmonter le silence qui nous entourait.

– En tout cas, c’est mirififique, d’une poésitivité éléphantastique, boréalimentairement mergnifique !
Je ne savais pas s’il s’extasiait sur la crème de bambou ou ma remarque, alors je continuai de l’observer de derrière mes lunettes de soleil.

L’enchanquise qui nous avait servis revint vers nous avec l’addition et une feuille de papier. Je la connaissais un peu, elle s’appelait Rosalie. Nous étions étudiantes dans la même école d’art et venions de nous voir dans la classe du soir. Elle tenait à la main deux ébauches de dessins sur lesquels elle travaillait – deux portraits de femme :
— Tu prendrais la robe rouge ou la noire ?
— Les deux . Comme ça pas de chocile !
Notre conversation s’affirma : n’était-ce pas Charonne qui était venue ce soir, pour la première fois ? Oui, elle s’appliquait dans des répliques amupliquées. Heureusement, d’autres y mettaient plein de délicaristique.

Au bout d’un moment, je fis les présentations :
— Rosalie, Roland, Roland, Rosalie.
— Enchanté, fit Roland.
— Il fait frisquet, vous ne trouvez pas ? » lui dit-il en examinant sa minijupe de velours côtelé et son chemisier vichy.
– Oui, c’est tartuffolique : à force qu’il fait de plus en plus chaud là-haut, comme de juste, faut bien qu’ils envoient le froid en trop quelque part
— Certes. fit-il. Il souriait maintenant.
— Sinon, tu viens souvent boire le café à l’Agengouin toi ? » lui demanda Rosalie.
J’observais tranquillement leur conversation. Rosalie était visiblement tombée sous le charme, comme toutes les autres, complètement inconsciente du guêpier qu’elle frôlait.

Elle s’éloigna d’un pas de danseuse, après qu’ils eussent échangé quelques paroles et un clin d’œil.
Il se réinstallait dans son mutisme, mais je n’allais pas le laisser gagner cette petite partie :

« Ha tu m’énerves avec tes doigts qui charonnent sur la table et ton petit sourire satisuffisant. Non, tu vois, décidément je trouve tes clins d’œil beaucoup trop artificelles.

Il haussa les épaules :
— Si tu ne réussis pas à trouver la clef, demande aux deux brumageux postés la veille de te renseigner sur l’endroit à l’envers de la boîte à mystère. »

Encore une de ses réparties absurdes qui me clouaient le bec. Je le lui dis, mais une ambulance et un camion de pompier passèrent au moment où il ouvrait la bouche. Je ne l’entendis ni ne répondis.
– Oh, tu as entendu ? Si c’est pas dans le bec, c’est pas la peine de te tortillonner la tête comme un gymnasticot !

Je voyais bien qu’il essayait encore de noyer le poisson, d’éviter la vraie question. Mais il fallait que j’y fasse face pour de bon. J’ôtai mes lunettes de soleil et énonçai clairement :

— Roland, pourquoi tu bois ?

— Pour faciliter la pingouination du mois. »

C’est tout ce qu’il allait m’offrir en guise de réponse. Mais je savais que j’avais fait un pas dans la direction de la victoire. Et que lui-même le savait.
Il fit semblant de s’indigner :
— Mais qu’est-ce que tu as mis dans ton bain pour qu’il mousse comme ça ?
– De la mirififique, je l’ai achetée deux francs six sous au bazar du coin !
– ça fait des super délibules ce truc, j’adore !

Nos absurdes échanges reprenaient le dessus, mais nous n’étions plus dupes.
Il se leva avec, malgré tout, l’abomifreuse impression d’être dans le corps d’une fatalimace dépassée par les évènements…. Je le voyais sur son visage.
– Ne serait-ce pas la saint-Créaginaire, aujourd’hui ?
– Non, c’est la saint-Guillaume.
– C’est bien ce que je disais.

Je lui pris le bras, et nous reprîmes notre chemin a nouveau, pas à pas, presque main dans la main.

— Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique. »

Je regardai. Oui, la mer s’étalait, devant nous.

* * *

Fin

 

 

GARDENING POEMS – POEMES DE JARDINAGE

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GARDENING POEMS

When I read the gardening poems
That bloom so often on poets’ pages
At first I would like to answer them
With my own
The poet’s reflex, the call of conversation

I understand only too well communion with nature
The cycles of its seasons, its indomitable vigor
The meditative human care, the sensory vocabulary
I would love to juggle with and delight in
The abounding vernacular of vegetables and flowers
And bring my own similes to fruition

Then I remember that I don’t like gardening
That I strongly dislike the very idea
Of kneeling and crouching awkwardly to the ground
As damp cold air needles my body to the bones
And spring’s young daggers aim straight at my pupils,
To come up with sore knees, all covered with dirt
To add injury to insult

I never even tried to push a mudroom door
Armed with cold metal instruments
All teeth and blades and rusty paint
Which I have no place to store, to begin with
Next to a can of lavender gardeners’ hand salve –
The sight of a watering can feels like a push on my bladder
That would also urge me to get dry and put a snuggly sweater on.

I admire the results, in other people gardens
I even enjoy them greatly.
The same way I enjoy other people’s dogs and babies
As long as they are not mine to tend to.

I killed a couple of plants in my youth
An unfortunate Yucca and another one,
An artificial tree from K-mart
But I have to say to my defense
That since I started my current indoor leafy green
(Which personal name I still don’t know)
On a diet of blue-hued crystal plant food
It started thriving beyond my wildest dreams
With new leaves and babies unfurling
Radiant with new chlorophyll
And I wonder if that chemical ersatz for good soil
Is the essence of a green thumb.

But I will not test my chance.
I’d say there are two kinds of people:
Dog people and cat people
Those who run after the buses and those who don’t
Writers of gardening poems, and the others.
Sadly, in this life, I resigned myself to be one of the others.


POEMES DE JARDINAGE

Quand je lis les poèmes de jardinage
Qui fleurissent si souvent sur les pages des poètes
Au départ je voudrais y répondre avec le mien propre –
Le réflexe du poète, l’appel de l’échange…

Je comprends trop bien la communion avec la nature
Les cycles de ses saisons, sa presque indomptable vigueur
Le soin des hommes, méditatif ; le vocabulaire sensoriel.
J’aimerais jongler avec, et profiter du vernaculaire
Foisonnant des fruits, des légumes et des fleurs
Et porter mes propres comparaison à floraison.

Puis je me souviens que je n’aime pas le jardinage
Que l’idée même m’horripile
De m’agenouiller et de m’accroupir inconfortablement au sol,
Tandis que l’air froid et humide perce mon corps jusqu’aux os
Et que les jeunes dagues du printemps visent mes sensibles pupilles,
Pour me relever les genoux douloureux, et recouverts de terre
Pour enfoncer le clou.

Je n’ai jamais essayé de pousser la porte d’une remise
Armée d’instruments de torture en métal
Tout en dents et en lames, à la peinture rouillée
Pour lesquels je n’aurais nul endroit pour ranger
À côté d’une boîte de baume pour les mains à la lavande –
La vue d’un arrosoir me fait l’effet d’une pression sur la vessie
Qui m’inviterait également à me mettre au sec, et à enfiler un pull douillet.

J’admire les résultats, dans les jardins des autres
Je les apprécie même beaucoup.
Je profite de la même manière des chiens et des bébés
Tant qu’ils ne m’appartiennent pas.

J’ai tué quelques plantes dans ma jeunesse
Un malheureux Yucca et un autre,
Un arbre artificiel provenant de chez K-mart
Mais je dois dire à ma défense
Que depuis que j’ai commencé à servir à ma plante d’intérieur
(Dont le nom personnel je ne connais toujours pas)
Un régime d’engrais végétal sous forme de cristaux bleus
Elle prospère au-delà de mes rêves les plus fous
Avec de nouvelles feuilles et poussées qui se déploient
Radieuses de nouvelle chlorophylle.
Et je me demande si cet ersatz chimique de bon sol fertile
Est l’essence d’un pouce vert.

Mais je ne vais pas tester ma chance.
Je dirais qu’il y a deux sortes de personnes:
Ceux qui aiment les chien et ceux qui aiment les chats
Ceux qui courent après les bus et ceux qui ne le font pas
Le clan des écrivains de poèmes de jardinage et les autres
Malheureusement, dans cette vie, je me suis résignée à faire partie des autres.

_ _ _

Top photo: Royalty free clipart.

EMPLOI DU TEMPS

Considérations : je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais je pense souvent à Romy Schneider. Pendant que j’y pense, c’est peut-être à cause de mon chat qui s’appelle Romeo, mais qu’on appelle souvent Romi pour faire court. Et bref, quand je pense à Romy, je pense à une femme mûre, en termes de vécu, une femme à plusieurs vies, même, vu tous ses films. Je viens de revoir La piscine et Le vieux fusil. Moi, à côté, je me sens comme une gamine. Dans ma tête, j’ai autour de 26 ans, physiquement (enfin n’exagérons rien), intellectuellement, ou professionnellement, alors que j’ai déjà vécu huit années de plus qu’elle. Très étrange, come effet. D’un côté, ça relâche un peu la pression, cette pression étrange qu’il faut que je fasse plus, mieux, que je me prouve encore et encore, pour pouvoir enfin me prendre un peu au sérieux. D’un autre côté pense à La peau de chagrin, et à ceux qui brûlent la vie par les deux bouts. Pas tout à fait mon cas.

Intéressantes perspectives et illusions d’optique en ce qui concerne ma façon de me percevoir et de percevoir les autres.
Bon, je vous épargne le soin de fouiller dans mes archives, et je ressors un poème que j’ai écrit ces dernières années, et qui ne vieillit pas, si vous voulez mon avis.

 

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LES CELEBRITES DECEDEES
Certains jours je ne trouve rien de mieux à faire
Quand je m’emmerde au bureau
Que de surfer le web
Pour tuer le temps
Et parfois j’arrive sur une page croustillante
Celle des célébrités décédées.
Je reluque celles de l’année
Au cas où j’aurai manqué quelque chose
Parce que je suis déjà passée
Par Romy Schneider
Patrick Dewaere,
Etc.
Des fois je me dis que ça pourrait être moi
Dans ce groupe-là
Ils sont tous bien classés
Avec leurs photos, leurs bios, leurs œuvres.
Ca me fait bien plaisir
Ils ont fait leur chemin
Et moi je fais le mien
Sauf que j’aimerais employer mon temps un peu mieux
Que de surfer le web.
Comme par exemple faire comme eux
Chanter, danser, jouer dans des films,
écrire des livres, jouer du piano.
Mais bon, je me dis que Romy,
Elle, elle n’y était même pas arrivée, à mon âge
Quand elle a fini son parcours
Ce qui veut dire que moi, en quelque-sorte,
maintenant c’est du surplus,
du trop-plein
Alors je peux un peu gaspiller un peu
Pas grave !

DEAR GOD

St Sulpice
DEAR GOD
Please forgive us for looking for you
Sometimes
Fumbling through incense smoke and dim candlelight
Blinded
Some of us kneel and beg
When we can’t take it anymore
And it makes us feel better
I think it’s high time you unveil yourself
We try to do it through science
A little science, a lot of science
Still you don’t help us make it clear
If we should say YOU, HE or I
Shit God, you don’t make it easy
All we want is to understand
The ultimate coping mechanism
For our human predicament
If we only knew for good, we could live a proper life!
But we all have to wait
Till You are ready and willing
In the meantime
Not only we suffer
But knock at all the wrong doors
Most of the time.
One door closes, another one opens.
When we have the final answer
Will we need it anymore?
Silence
I’ll take that Love is the answer.
Amen.

 * * *

Nothing very deep, I just like this photo I took this past summer in Paris.

LE FAOUET

Le Faouet

LE FAOUET
Etait-ce pour le pot de fleur en granit ?
Pour l’arbre en second plan,
Pour la couleur des graviers
Ou pour le coin de ciel bleu ?

J’ai dû prendre cette photo
Pour une bonne raison
Que j’ai oubliée par la suite
Comme dans la blague de celui
Qui fait un nœud dans son mouchoir.

Que se cache-t-il derrière ?
Lentement ça me revient – cet été, le Faouët
Petit village de Bretagne.
On ne voit pas du tout le toit du marché historique
qui rappellerait qu’il y avait avant, là,
Des vaches, des cochons, des couvées

Il faut regarder derrière
Par-delà le géranium, l’arbre
Et le café tabac au loin
Et on y aperçoit : un moment
Deux coups de Train à Grande Vitesse
De Paris à la Bretagne
Un voyage flash chez mes parents
Et notre visite à un musée

Ce jour-là, nous avions vu
Une exposition de peintres bretons
Sur le thème de l’Enfance

Des jeunes filles en coiffe blanche
Des garçons jouant du biniou
Des jours de marché passés.
Nous avions passé quelques heures
A explorer, discuter, commenter.

De là à mon enfance…
Peut-être que je voulais parler de mon enfance,
Derrière ce pot de fleur en béton ?
C’est à voir

J’étais peut-être pressée
De garder un souvenir avant qu’il ne soit trop tard
Tous ces enfants ont grandi
Moi aussi.

* * *

LE FAOUET
Was it for the granite-looking flower planter?
For the tree in the background,
For the color of the gravel
Or for the bit of blue sky?

I probably took this picture
For a good reason
Which I cannot remember
As in the joke of the one
Who makes a knot in his handkerchief.

What is hiding behind?
Slowly it’s coming back to me – last summer, Le Faouët
Small village of Brittany.
We do not see the roof of the historic market
which would remind us that there were once there
Cows, pigs, and broods

We must look behind
Beyond the geranium, the tree
And the Café/Tabac in the distance
And we would see: a moment
Two dashes of High Speed Train
From Paris to Brittany
A flash trip to my parents
And our visit to a museum

That day, we had seen
An exhibit of Breton painters
On the theme of childhood

Young girls in white headdress
Boys playing Biniou
Past market days.
We had spent a few hours
Exploring, discussing, commenting

From there to my own childhood …
Perhaps it was about my childhood,
Behind this concrete flower pot?
That remains to be seen

I may have been in a hurry
To keep a memory before it was too late
All those children grew up
So did I.

ME AND HER

Elle et moi

ME AND HER
Quite a fine hostess you make
Greeting me at the door
Vestal virgin by excellence
Shouldn’t you introduce me to the master?
We would comfortably lie down on some couch and have
An ambrosia orgy for lunch
Perhaps followed by a few pickled nightingale tongues
For dessert.

Instead you give me the cold shoulder
Gazing at me from above, twice my size
Me fully clothed, you half-dressed,
Pretending to hold you sheet up
Your hair in permanent curls

Are you posing for the picture?
You do cut a lissome figure
Between the two carved pillars
And the palm trees
But I say Cheese and you don’t smile
You don’t even move
Frozen in the foyer
And no fire to break the ice

What sort of Metamorphosis
Made you turn into stone?
What sin did you commit in the eyes
Of some fickle God or Goddess
To deserve being thus petrified
Condemned to watch tourists pass by
From buses marked Paris by Night
Driving from the Elysian Fields or Mount Parnassus.

*  *  *

ELLE ET MOI
Vous en faites d’une belle hôtesse !
Vous qui me saluez à la porte
Vierge vestale par excellence
Ne devriez-vous pas me présenter au maître?
Nous nous coucherions sur un canapé pour
Une orgie d’ambroisie pour le déjeuner
Suivie de quelques langues de rossignol marinées
Pour le dessert.

Au lieu de cela, vous êtes très froide
Me toisant de haut, deux fois ma taille
Moi toute habillée, vous à moitié,
Faisant semblant de retenir votre drap
Vos cheveux en boucles permanentes

La pose est-elle pour la photo?
Vous avez beaucoup d’allure
Entre les deux piliers sculptés
Et les palmiers
Mais je dis Cheese et vous ne souriez pas
Vous ne faites pas un geste
Gelée dans le hall
Et pas de feu pour briser la glace

Quelle sorte de métamorphose
Vous a-t-elle transformée en pierre?
Quel péché avez-vous commis aux yeux
De quelque dieu ou déesse instable
Pour mériter d’être ainsi pétrifiée
Condamnée à regarder passer les touristes
De bus marqués Paris by Night
En provenance des Champs-Elysées ou du Mont Parnasse.

Photo prise au Musée Jacquemart-André à Paris cet été

VACANCES V

Spirale
Elle pose vers la lumière son pied de cendrillon sur une marche de l’escalier en spirale de l’hôtel. A l’étage, la chambre baigne dans une lumière éclatante, nettoyée par les femmes de chambres invisibles qui n’ont laissé derrière elle que des draps blancs éblouissants et un indicible parfum de fraicheur.
Une bonne fée l’a envoyée là, où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Dans sa robe de soirée, elle passe l’entrée et son comptoir de bois sombre autour duquel des portraits de Molière et des lustres à breloques évoquent un vernis raffiné de culture légère, impressions d’un monde de luxe et de loisir où l’on aurait tout le temps de lire. Des reproductions de manuscrits renforcent l’impression d’érudition, compensée par les magazines de mode éparpillés sur des tables, qui délestent l’atmosphère de toute pesanteur non invitée.

Derrière la vitrine, des rues intimes de Paris, nettoyées, retapées, débarrassées des fantômes et des toiles d’araignée du passé créent un nouveau décor. On est ici et ailleurs, un autrement forcément meilleur, où la statue de Molière flanquée de deux déesses se prélasse dans la chaleur du soir.

Elle n’est pas seule : son beau compagnon appelle un taxi qui apparait étincelant dans la nuit, puis qui les emmène à travers les avenues de la ville illuminée. Elle sort, sort de sa vie – cinéma temporaire et nouveaux horizons. Dans le restaurant, la lueur des bougies se reflète dans les vitres assombries par la nuit dehors, et dans les couverts en argent.

Mais que se passe-t-il ? les douze coups de minuit ont frappé. Hélas Cendrillon doit rentrer du bal, elle doit monter l’escalier en colimaçon, faire face derrière la porte au panneau qui affiche le prix de la chambre, le prix du petit déjeuner. Hélas, le temps a repris sa brutale dictature. Le calendrier lui rappelle la date du vol de l’avion, la rappelle à sa vie de potiron, le traintrain quotidien, la vaisselle, la cuisine et le ménage.

Fini les draps empesés, les beaux tapis cramoisis, la rampe luisante – l’ascenseur tombe en panne et sous le poids de ses bagages, les marches deviennent soudain celles d’un taudis. Elle paie l’employé indifférent, puis traîne ses valises aux roues cassées le long de rues encombrées d’employés de bureaux, eux-mêmes enchainés au joug de leur journées de travail. La semaine de vacances est passée. Le temps règne en souverain maintenant.

* * *

 She moves her Cinderella foot towards the light on the spiral staircase of the hotel. Upstairs, the room is bathed in brilliant daylight, cleansed by invisible maids who only left behind dazzling white sheets and an indescribable scent of freshness.
A good fairy has sent her there, where everything is order and beauty, luxury, calm and pleasure.

In her evening dress, she passes the entrance and its dark wooden counter around which portraits of Molière hang on the wall, and chandeliers evoke a refined varnish of light culture, impressions of a world of luxury and leisure, where one would have ample time to read. Reproductions of manuscripts reinforce the sense of erudition, offset by fashion magazines scattered on tables, which rid the atmosphere of any uninvited gravity.

Behind the glass window, intimate streets of Paris are cleansed, fixed, rid of the ghosts and cobwebs of the past to create a new stage. We are here and elsewhere, somewhere necessarily better, where the statue of Molière flanked by two goddesses basks in the evening warmth.

She is not alone: her handsome companion calls a taxi which appears sparkling in the night, then takes them through avenues of the city of lights. She goes out, out of her life – temporary cinema and new horizons. In the restaurant, candle glow is reflected in the windows darkened by the night outside, and in the silverware.

What just happened ? the twelve blows of midnight struck. Alas! Cinderella must return from the ball, she must climb the spiral staircase, face the panel, behind the door that displays the price of the room, the price of breakfast. Alas, time has resumed its brutal dictatorship. The calendar reminds her of the date of the flight back home, takes her back to her pumpkin life, the daily routines, the dishes, cooking and cleaning.

No more starched sheets, beautiful crimson carpets, gleaming ramp – the elevator broke down and under the weight of her luggage, the stairway steps suddenly become those of a slum. She pays the indifferent employee, then drags her suitcases with broken wheels along streets cluttered with office workers, themselves chained to the yoke of their working day. The week of vacation is over. Time reigns supreme now.

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LE PONT D’AVIGNON

 

Sur le pont d'Avignon

PONT D’AVIGNON

Palais des Papes, pierres mouillées
Averses sur les pierres en sucre
Parapluies en solde, se planquer
Chaleur du midi sous la pluie
Attention réalité, le clash !
Les belles dames rentrent chez elles, contraste !
Les beaux messieurs font comme ça
Débandade des selfie-sticks
Photos de piliers effondrés
Monument classé, faut payer
Coup de foudre, il faut danser !
Sur le Rhône orage d’été
Pont d’Avignon Arche de Noé.

* * *

 Une autre photo de vacances. Il n’a plu qu’une fois pendant notre séjour, nous avons eu de la chance, mais alors que je ne m’y étais pas préparée, il pleuvait le jour où nous avons décidé de jeter un coup d’œil sur le pont d’Avignon, à côté duquel nous habitions.

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Pont Saint Benezet, from Dictionary of French Architecture from 11th to 16th Century (1856) by Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879).

LA MAIN DE CHOPIN

Chopin's hand

LA MAIN DE CHOPIN

Au musée de la vie romantique
On y trouve le moulage de la main de Chopin
Suspendue au-dessus d’un piano invisible
Jouant la dernière note d’un scherzo silencieux,
Le bras nu d’Aurore Dupin qui caresse l’air
Au-dessus de cahiers à l’écriture passée

Les fleurs du papier peint observent
A travers les volets mi-clos
Les vraies fleurs du jardin dehors
Qui prennent le thé dans le jardin d’été

Intimité conservée
Concert en conserve dans le salon de musique
Aux fenêtres avec vue d’un peintre Parisien

Pour un peu la petite main d’Aurore Dupin
Reprendrait les aventures de la petite Fadette
Ou des lettres d’amour

Alfred de Musset passerait sa tête par la fenêtre
Le piano reprendrait sa musique

Ces jours-ci on y trouve des brochures de visite
Et au mur le portrait de George Sand
Habillée en homme et fumant le cigare
Mais on n’y trouvera jamais celui de Chopin à ses côtés
Habillé en femme.

Main de George Sand

J’ai voulu garder les impressions du Musée de la vie romantique à Paris. Ce serait chouette de pouvoir y habiter pendant quelques temps. Les photos sont de moi, les moulages véritables, et les mains et bras en chair et en os au-dessus, les nôtres.

 


CHOPIN’s HAND

At the Museum of Romantic Life
You will find a cast of Chopin’s hand
Suspended over an invisible piano
Playing the last note of a silent scherzo
The naked arm of Aurore Dupin caressing the air
Above notebooks in faded ink

The flowers on the wallpaper observe
Through the half-closed shutters
The real flowers in the garden outside
Having tea in the summer garden

Preserved privacy
Canned concert in the music room
Of a Parisian painter with windows with a view

It wouldn’t take much for Aurore Dupin’s hand
To resume the adventures of Little Fadette
Or love letters

Alfred de Musset would pass his head through the window
The piano would resume its music

These days you will find museum brochures
And on the wall the portrait of George Sand
Dressed as a man and smoking a cigar
But you’ll never find Chopin by her side
Dressed as a woman.

* * *

I wanted to capture impressions of the Museum of Romantic Life in Paris. It would be nice to be able to live there for a while. The photos are mine, the casts genuine, and the live hands and arms above, ours.

PIANO MONTPARNASSE

Montparnasse

Un beau samedi matin
A la gare Montparnasse
Un pianiste s’assoit au piano de la gare
Pour célébrer son baptême de France
Son baptême de Montparnasse
C’est la première fois qu’il vient à Paris
Il vient de débarquer, et il est fatigué
Et comme dans la salle des pas perdus on attend
Il attend aussi
Comme tout le monde
Il attend son train
Et il joue sur le piano pour donner la cadence
La cadences des allées et venues
Sous les tableaux d’affichage qui trônent au-dessus
Des départs et les arrivées des voyageurs
De cette place vide
Au centre de la gare Montparnasse
Décalage horaire au centre de l’univers
Et il a le dos courbé, le musicien fatigué
Et personne ne l’entend
Dans la salle des sons perdus
Autour de lui on fait le vide
Sans le faire exprès
Les voyageurs tirent leurs valises
Montent et descendent les escalators
Sans tirer leur chapeau
Ainsi il documente la zone des trains en retard
Il orchestre Paris, les passages invisibles,
Nul ne s’en soucie
Personne n’écoute le piano public
On n’entend que les passages
Echo gratuit : les cafés, les bagages
Des gens qui ne s’arrêtent pas
Concert à l’espace Montparnasse gratuit
Sacrement étouffé des vacances d’été.

* * *

Photos et souvenirs de vacances pas si lointaines. Une sorte d’album photo en forme de blog. Voyons si l’idee perdure.


 

PIANO MONTPARNASSE

A beautiful Saturday morning
At the Montparnasse station
A pianist sits at the piano
To celebrate his baptism of France
His baptism of Montparnasse
It is the first time he comes to Paris
He has just landed, and he is weary
And in this waiting room he waits
Like everyone else
He is waiting for his train
And he plays on the piano to keep pace
The pace of comings and goings
Under the notice board above
Departures and arrivals of travelers
In this empty place
In the center of Montparnasse station
Jet-lagged in the center of the universe
And he bends over the keyboard, the tired musician
And nobody hears
In this hall of lost sounds
People make space around him
Without doing it on purpose
Travelers who pull their bags
Climb and descend escalators
Without taking off their hat
and he documents the late trains zone
He orchestrates Paris, its invisible passages,
No one cares to listen
Nobody hears the public piano
Only the passages
Free echo: cafés, luggage
of people on the go
Free concert at Espace Montparnasse
Muffled sacrament of summer vacation.

* * *

This is not a translation of the poem above, but an adaptation. It’s cool to be the author!
Photos and memories of recent trips vacations. A kind of scrapbook in the form of a blog. Let’s see if the idea lasts.