GO ASK ALICE/FUMER AVEC ALICE

GO ASK ALICE

While certainly frightening
The experiment in Janice’s bedroom in the Old Kenyon building
Where the Ghost of old Kenyon was lurking already
Was necessary and instructive.

Janice was wearing a Salvation Army shirt
With yellow pineapples against a blue background.
She flashed white teeth as she smiled
And laughed softly as if the whole thing
Was not a matter of becoming stupid,
As in stupefying your brain
Your already underused mind
But instead, performing a sacramental rite
Or opening some kind of door
That had been locked before
Maybe for some good reason.

I wanted to be brave
So I thought I would try
Stepping to the other side of the mirror
And into another room
To rummage where it was none of my business
And what on earth would I find there?
I’d never really been the sort
to go where I was not supposed to go, especially
if it involved alarming paraphernalia

To add another layer of smoky flavor
She started playing on her CD player
A song that disturbed the heck out of me
Called Go ask Alice
Who was that Alice?
The voice I heard was that of a far-out creature
with floating sleeves stirring a pot of shroom and newt

So I did smoke with them that day
and I know
you are curious to find out what happened.

The first time, I was told, you feel nothing
Like nettles or poison Ivy you feel nothing at first
But after a while, together we stepped out of the room
The three of us and we visited a class
While floating a few centimeters above the floor
And the professor’s voice came through a haze
Oddly nothing was sturdy and things were drifting.

The day after, I put my conventional clothes back on
As well as my sensible shoes
And went back to studying with my regular half-brain.

I found I still do not share the preoccupation
With visiting otherworldly realms to access some knowledge
While messing up with the old cranks and pullies
When I have scarcely begun visiting this perfectly fine world
Thank you very much.

^ ^ ^

FUMER AVEC ALICE

Bien que certainement effrayante
l’expérience dans la chambre de Janice dans le bâtiment Old Kenyon
où le fantôme du vieux Kenyon se baladait déjà
était nécessaire et instructive.

Janice portait une chemise de thrift shop
Avec des ananas jaunes sur fond bleu.
Elle montrait ses dents blanches quand elle souriait
Et riait bêtement
comme s’Il ne s’agissait pas de devenir stupide,
De liquéfier un cerveau humain déjà sous-utilisé
Mais d’accomplir un sacrement
D’ouvrir une sorte de porte
Verrouillée auparavant
Sûrement pour une bonne raison.

Je voulais être courageuse
Alors j’ai accepté d’essayer
De passer de l’autre côté du miroir
Et dans une autre pièce
Pour fouiller là où ce n’était pas mes affaires
Et que diable y trouverais-je?
Je n’ai jamais vraiment été du genre
A aller là où je n’étais pas censée aller,
Surtout s’il fallait pour cela tout un attirail inquiétant

Pour ajouter une autre couche d’arôme fumée
Elle a mis sur son lecteur CD
Une chanson étrange et bizarre
Appelée Go Ask Alice
Qui donc était cette Alice?
La voix que j’entendais m’évoquait une créature lointaine
Aux manches flottantes touillant dans un chaudron
De champignons et de triton

Donc j’ai fumé avec eux ce jour-là
Et je sais
Que vous êtes curieux de savoir ce qui s’est passé.

La première fois, dit-on, on ne ressent rien
Comme les orties ou le poison Ivy,
On ne ressent rien au départ

Mais après un moment, nous sommes sortis
Tous les trois et avons visité une classe
Flottant à quelques centimètres du sol
Avec la voix du professeur qui traversait la brume
C’était assez étrange que rien ne soit solide et que les choses dérivent.

Le lendemain, j’ai continué à porter mes vêtements conventionnels
Et mes chaussures sensées et je suis retournée
Etudier avec mon demi-cerveau habituel.

J’ai trouvé que je ne partage pas la préoccupation des autres
A visiter d’autres royaumes
Pour accéder à certaines connaissances
En passant outre les vieilles manivelles et poulies

Et en flottant comme des zombies.
Alors que je viens juste de commencer
A visiter ce monde tout à fait correct.


If a reader asks, I am aware that there is a big difference with this cannabis-smoking experience and the psychedelic LSD experience of the song. But I am not the one who played the song and set up the atmosphere!

Si un lecteur se le demande, je suis bien consciente qu’il y a une grande différence entre cette expérience de fumer du cannabis et l’expérience psychédélique de LSD de la chanson. Mais ce n’est pas moi qui ai joué la chanson et créé l’ambiance !

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET!

TSOUIN TSOUIN TSOUIN (sonnent les trompettes de la victoire)

Je reviens de mes (courtes) vacances et je tombe les flip-flops et le chapeau de paille pour vous annoncer le résultat des votes:

1ère place: Une petite sirène, de Lyssamara

Et comme organisateur, vous réclamez tous Iotop!

Merci à tous de votre participation !

Signé : VictorHugotte


L’organisateur?

LES TEXTES – C:EST ICI!!

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/07/14/le-temps-de-sourire-et-lombre-fait-langage/

https://toutloperaoupresque655890715.com/2021/07/10/plan-plan-rataplan-cest-le-bruit-du-tambour/

https://touslesdrapeaux.xyz/agenda_ironique.html

https://laglobule2.wordpress.com/2021/07/07/journee-bof-mais-pas-trop-agenda-ironique-de-juillet/

https://victorhugotte.com/2021/07/15/annette-et-la-tasse-de-cafe/

Lyssamara participe ici :

https://docs.google.com/document/d/1WN9xrBjtuM3Sxm49YxTMkA4tuH7uldSk9US-gK8XR8I/edit?usp=drivesdk

https://chchshr.wordpress.com/2021/07/24/agent-dart-den-rire-un-homme-a-toper/


Tchachacha, froufrou, splat, et scouic.

Je vous propose d’utiliser onomatopées, répétitions et accumulations pour relater une étape de la vie d’une personne, ou un moment particulier, comme par exemple les préparatifs du matin, ou du soir. Quelques borborygmes seraient aussi les bienvenus.

Vous avez jusqu’au 26 juillet, et puis après on vote. Clap clap clap !

Si vous êtes nouveau ou nouvelle, vous postez votre texte sur votre blog, shlak!, et puis hop, vous copiez-collez le lien dans les commentaires ci-dessous.
Tic toc, tic toc…

CHAPEL WEDDING

CHAPEL WEDDING

You were leading, as usual:
your country, your college, your way
and I happily followed
down Middle Path
bemused, blissfully borrowed from my own self

We stood in front of the chapel
you always liked a good chapel
with candles burning inside
that evening we walked in
like when you walk into a ruin
looking for treasures
shiny bottles of colored glass

We both liked a good adventure
there was nobody else around
we stayed inside for a while
breathing the holy air
Look, you pointed up to a bird
banging its body on rafters above
We took this for some sign

Perhaps we lit a candle
For the two of us
Then we came out
and sat on the front steps
against a closed door
and I lit up a cigarette
that was before you requested I quit

I remember that evening
and thought I might write it down
with no other meaning than to record
One of the celebrations in my life


LA CHAPELLE

Tu menais, comme d’habitude
ton pays, ton université, ton chemin
et je suivais avec plaisir
sur Middle Path
amusée, béatement empruntée à moi-même

Nous sommes arrivés devant la chapelle
tu as toujours aimé une bonne chapelle
avec des bougies allumées dedans
ce soir-là, nous sommes entrés
comme quand tu pénètres dans une ruine
à la recherche de trésors,
des petites bouteilles de verre coloré

Nous aimons tous les deux une bonne aventure
Il n’y avait personne
nous sommes restés un moment à l’intérieur
a respirer l’air sacré
regarde, tu as pointé du doigt un oiseau
qui cognait son corps sur les poutres au-dessus
nous avons pris ça pour un signe

Peut-être avons-nous allumé une bougie
pour nous deux
puis nous sommes sortis
et nous sommes assis sur les marches
contre une porte fermée
et j’ai allumé une cigarette
c’était avant que tu me demandes d’arrêter

Je me souviens de ce soir là
et j’ai pensé que je pourrais le mettre noir sur blanc
sans autre signification que d’enregistrer
Une des célébrations de ma vie.


Illustration: Church of the Holy Spirit, Kenyon College

Encore un souvenir, des moments qui reviennent comme des images, des bornes le long du chemin.

THE PROFESSORS I DIDN’T GET TO MEET / LES PROFESSEURS…

THE PROFESSORS I DIDN’T GET TO MEET

Students and faculty alike
Would ask with knowing smiles
Mentioning a legendary literature professor
Do you remember So and So?
Or Such and Such?

When I got to Kenyon College
They were long gone, although
I felt their presence
In tweed jackets, smoking pipes
Looking over my shoulder
Sometimes wagging a disapproving finger
Before floating away
Along with their professorial knowledge

I know they gathered in Memorial Halls
Sharing insubstantial cheddar-cubes and sherry
Reciting to each other verses
in rhymes and classic form,
Writing studies and critical essays
About other old-time poets.

Among them was John Crowe Ransom
Who had been gone for three decades
Though the shadow of his ghost
Was still wandering Old Kenyon lecture halls
With the varnished wood pulpits

He always popped up in conversations
Appearing and disappearing
But I was too young for him
And took classes with professors
Of flesh and blood, brick and mortar.

To this day I am still guilty
Of never having read them
The Old Kenyon College professors
And I bow to them all
Again and again in heaven.


LES PROFESSEURS QUE JE N’AI PAS RENCONTRÉS

Étudiants et professeurs me demandaient
avec des sourires entendus
A propos de tel ou tel légendaire professeur de littérature
Vous souvenez-vous de lui?

Quand je suis arrivée à Kenyon College
Ils étaient partis depuis belle lurette, bien que
je sente encore leur présence
Veste de tweed, fumant la pipe
Regardant par-dessus mon épaule
Parfois agitant un doigt désapprobateur
Avant de flotter dans les airs
Avec leurs connaissances professorales

Je sais qu’ils se réunissaient dans les Memorial Halls
Partageant d’insubstantiels sherry et cubes de cheddar
Se récitant entre eux des vers
En rimes et forme classique,
Ecrivant des études et essais critiques
À propos d’autres poètes d’antan.

Parmi eux John Crowe Ransom
Parti depuis trois décennies
L’ombre de son fantôme
Errant encore dans les amphithéâtres du Vieux Kenyon
Aux chaires de bois vernis.

Il se matérialisait dans les conversations
Apparaissait et disparaissait à sa guise
Mais j’étais trop jeune pour lui
Et prenais des cours avec des professeurs
De chair et d’os, brique et mortier.

A ce jour je suis encore coupable
De n’avoir jamais lu
Les professeurs du vieux Kenyon College
Et je m’incline devant eux
Encore et encore, au paradis.

The first editors of the Kenyon Review, from left to right: Philip Blair Rice, John Crowe Ransom and Norman Johnson.

Questions et réponses

Petite parenthèse dans mes souvenirs, avec l’Agenda Ironique de Juin, qui se joue ce mois-ci chez Iotop : https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/06/04/agenda-ironique-juin-2021/

Questions et réponses

Est-ce que mon chat a une langue de chat ?
Une langue de chat mérite-elle le nom de langue étrangère ?
Si j’ai un cheveu sur le bout de la langue mais que je n’arrive pas à le saisir, est-ce que je zozote ou est-ce que je perds la mémoire ?
Si je tire la langue, est-ce que la bobinette cherra ?
Pourquoi les langues de feu ont-elles fait parler les apôtres en langues ?
Les frigoristes morts pratiquent-ils les langues mortes ?
Ma langue est-elle une langue vivante ?
Peut-on simultanément tenir sa langue, la tourner sept fois dans sa bouche, et se boucher les narines ?
Les langues de vipère sont-elles automatiquement bien pendues, et celles des chouettes ?
Ne pas avoir sa langue dans sa poche n’évite-t-il pas de se salir les mains ?
Dit-on ma langue a fourché ou ma fourche a langué ?
Si le bœuf a avalé sa langue, que va vendre le boucher, va-t-il virer insomniaque ?
Je donne ma langue au chat.
Je crois cependant que la langue de Shakespeare était probablement sa langue maternelle.


Fermez la parenthèse, et a demain !

SHOTS

The idea to gather
after an event, a party
in the room of a student you don’t know
a scenery you have never seen
and at a very late hour
the later the better
to line up behind a counter
with your new friends
as they get out small glasses
and fill them with alcohol
Tequila (they show you the worm)
the idea being to swallow it down
as quickly as possible
then as many as possible
without enjoying it
and with no specific reason,
is a fascinating concept
and entirely new to me.

You see, there is no motive
other than the fact
that one should try anything once
and you have not come all the way
across the globe
to stay in your room

You want to be surrounded
with these fine students
selected promising scholars
thoroughly sorted and tested
the top of the crop
crème de la crème.

You feel warm, warmer
and then somewhat confused
and then so confused
you don’t remember
You were singing
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Because you do not find out
until later
at least after you found yourself
deep into the toilet bowl
of your own dorm
with someone holding your hair.

You will remember darkness outside
the tone of dark wood panels
interesting navy blue curtains
in a cozy home on campus
and the choice company.

You will remember
the scientific curiosity
of those avid young brains
to find out what
something that comes from a bottle
Does to the average human being
In the shortest length of time.

You will always remember
the zeal they showed
to observe another soul
poison itself and deflate like
a birthday balloon
Right in front of your eyes.


SHOTS

L’idée de se rassembler
après un événement, une fête
dans la chambre d’un étudiant que tu ne connais pas
un scène que tu n’as jamais vue
et à une heure très tardive
le plus tard possible le mieux,
de s’aligner derrière un comptoir
avec ces nouveaux amis,

qui sortent des petits verres
et les remplissent d’alcool
Tequila (ils te montrent le ver)
l’idée étant d’avaler le contenu
aussi vite que possible
puis autant que possible
sans en tirer aucun plaisir
et sans raison particulière,
est un concept fascinant
et entièrement nouveau pour toi.

Tu n’as pas d’autre motif
que l’idée qu’on doit essayer tout une fois
et tu n’as pas fait tout ce chemin
autour du monde
pour rester dans ta chambre.

Tu veux être entourée
de ces excellents élèves
prometteurs et sélectionnés
soigneusement triés et testés
top de la promo
crème de la crème.

Tu sens la chaleur, un peu plus
puis tu te sens un peu confuse
et puis si confuse
que tu ne te souviens pas
que tu chantais
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Parce que tu l’apprendras plus tard
après que tu t’es trouvée
plongée dans la cuvette des WC
de ton propre dortoir
quelqu’un te tenant les cheveux.

Tu te souviendras juste
de l’obscurité dehors
Des panneaux de bois sombre
De rideaux bleu-marine
D’une maison sur le campus
Et de la compagnie de choix.

Tu te souviendras
De la curiosité scientifique
de ces jeunes cerveaux avides
de savoir ce que ce qui
sort d’une bouteille
Fait à l’être humain moyen
Dans les plus brefs délais.

Tu te souviendras toujours
du zèle qu’ils montraient
A observer une autre âme
s’empoisonner et se dégonfler
comme un ballon d’anniversaire
Devant leurs yeux.


Un autre souvenir de jeunesse pendant mon séjour dans l’Ohio. Je crois bien que c’était la première et la dernière fois que je buvais de la Tequila.

Photo by Isabella Mendes on Pexels.com

LABO DE LANGUES/LANGUAGE LAB

LABO DE LANGUES

Assise à mon bureau dans le laboratoire de langues au cœur du campus, l’antre secrète où se déroule une alchimie importante à l’aide de pistes enregistrées qui rappellent les films de James Bond, celles qui s’autodétruiront dans la minute suivante. Un apprentissage sérieux est en cours. De nouvelles connexions neuronales sont en voie de construction.

Les non-locuteurs d’une langue seront transformés, grâce aux écouteurs qui contournent leur tête, en espions potentiels dans les pays étrangers. Les ambassadeurs éventuels auront le pouvoir de faire un putsch et de changer la face du monde.

Le matériel utilisé est légèrement daté, en harmonie avec les murs lambrissés, les parquets, les bureaux en bois. Les murs sentent encore le patriarcat des années cinquante dans ce collège réputé d’arts libéraux, au départ réserve aux hommes. Je me sens en sécurité.

Quelques heures par semaine, je porte le poids respectable du bon fonctionnement du laboratoire de langues. Je garde trace du matériel que les élèves ont emprunté, rendu, et les leçons respectives.

Puis je regarde cette armée de chercheurs ambitieux s’éloigner vers un bureau où un lecteur de cassette intégré les attend, connecté à des écouteurs personnels qui garderont leurs affaires confidentielles et sûres.

Je sais, pour avoir utilisé le mécanisme moi-même, la voix de robot enregistrée qu’ils entendent :

Bonjour, je m’appelle Jacqueline

Enchantée de faire votre connaissance

Je n’entends que les voix des étudiants qui répondent à un interlocuteur fantôme.

Ils apprennent le chinois dans le confort d’un minuscule cube. J’entends le cliquetis de l’avance rapide et du retour rapide, et les voix étouffées comme des perruches timides en sourdine faisant une conversation polie sur le temps, les jours de la semaine, les parties du corps.

Oui, je joue au foot les mardis. Oui, je voudrais une tasse de thé, s’il vous plaît.

Que voulez-vous pour le déjeuner? Quelqu’un répète encore et encore, comme s’il était soudainement frappé de la maladie d’Alzheimer.

Vieille blague : “Comment se rend-on à Carnegie Hall?”
“travail, travail, travail”…

Et je pense à la noblesse de l’entreprise, se comprendre les uns les autres, tendre la main vers une fraternité humaine, même si cela commence par parler comme des tout-petits.

Mais ce que j’aime le mieux, c’est de ressentir le poids du passé, la chaleur du bois, la tranquillité du laboratoire, ses tâches bien définies, ses fiches de carton poussiéreuses, son utilité certaine dans un monde d’incertitude.

Voulez-vous reprendre du thé?


LANGUAGE LAB

Sitting at my desk in the language lab at the heart of depth of Campus, the secret lair where important alchemy takes place with the help of recorded tracks that remind one of James Bond movies, those that will self-destruct within the next minute. Important learning is taking place. New neural pathways are being built.

Non-speakers of a language will be transformed, through the headphones that semi-circle their heads, into potential spies in foreign countries. Future ambassadors with the power to make a putsch and change the face of the world.

The material used is slightly dated, in keeping with the wood-paneled walls, wood floors, wood desks. The walls still smell of the fifties’s patriarchy in this reputable liberal arts college, originally exclusively for men. I feel safe.

A few hours a week I carry the respectable weight of the smooth operation of the language lab. I keep track of the material students logged-in, logged-out, what lessons.

And then I watch this army of ambitious seekers walk away to a desk where a built-in tape-player awaits them, connected to personal headphones that will keep their business confidential and safe.

I know for having practiced there myself, the robot-voice they hear:

Bonjour, je m’appelle Jacqueline
Enchantée de faire votre connaissance

I only hear the students’ voices answering a disembodied party.

They learn Chinese from the comfort of a tiny cubby. I hear the clickety click of fast-forward and rewind, and their tentative, muffled voices like shy muted parakeets doing polite conversation about the weather, the days of the week, body parts.

Yes, I play soccer on Tuesdays. Yes I would like a cup of tea, please.

Que voulez-vous pour le déjeuner? someone repeats again and again, as if suddenly stricken with Alzheimer’s. That’s right. Practice, practice, practice.

And I think of the nobleness of the enterprise, understanding each other, reaching out to one another towards a brotherhood of human people, although it starts by speaking like toddlers.

But the best is to feel the weight of the past, the warmth of the wood, the quiet peace of the lab, its clear-cut duties, its dusty cardboard cards, its certain usefulness in a world of uncertainty.

Voulez-vous reprendre du thé?


A REBOURS

Encrusted with rubies and emeralds
A beautifully bejeweled animal
Crawls on the cover of the book
that fell on the linoleum of my dorm room.

A giant turtle so heavily laden
that it dies under the weight of its adornments
Sacrificed to the decadence of humans
With too much wealth, imagination
And opium-induced aesthetic visions.

Aberrations! I discover, innocent from afar
In my 19th century French literature class:
Huysmans, with Professor Guiney
The past vile vices of my fellow Frenchmen.

When I lift my gaze from the page
My eyes meet grey walls through grey air
The bedcover bought at Sam’s club

Together with the cheap radio clock –
I travel slowly back from France
A Rebours through time and space.


A REBOURS

Incrusté de rubis et d’émeraudes
Un animal magnifiquement orné de bijoux
Avance à pas lents sur la couverture du livre
Tombé sur le linoléum de ma chambre de dortoir.

Une tortue géante si lourdement chargée
Qu’elle meurt sous le poids de ses ornements
Sacrifiée à la décadence des humains
Trop pourvus de richesse, d’imagination
Et d’esthétiques visions induites par l’opium.

Aberrations ! Je découvre, innocente et de loin
Dans mon cours de littérature française du XIXe siècle :
« Huysmans, avec le professeur Guiney, »
Les ignobles vices passés de mes compatriotes français.

Quand je lève les yeux de la page
Mon regard rencontre à travers l’air gris
Le couvre-lit acheté chez Costco

Et le radio-réveil bon marché.
Je reviens à pas lents de France
A Rebours à travers le temps et l’espace.


Dans la série de mes souvenirs de jeunesse, la découverte de Huysmans dont je n’avais jamais entendu parler, probablement parce que mes études étaient concentrées sur la littérature anglophone.

Illustration: Auguste Leroux: Excerpt from lithograph from the 1920 edition of J.K. Huysmans’s À rebours

VENUS DE CHEMIN DE FER / VENUS ON THE TRESTLE

VENUS SUR CHEMIN DE FER

Sous la lumière rouge
Dans le labo photo
Un bac de liquide chimique
Où trempe une feuille de papier blanc

Des formes se dévoilent
Apparaissent les contours flous
Puis les contrastes noir et blanc
Et pour la postérité vient au monde :

     Venus sur chemin de fer

Petite nymphe de passage
T.A. aux heures officielles
Nerveuse parmi les feuilles mortes
De chêne d’Amérique

Cette photo est de moi debout
Nue, cheveux châtains mi-court
Hanches carrées, jambes solides
Le long de la ligne de chemin de fer

Ma belle jeunesse sur pellicule
Victime d’un rite local bénin
Bien avant l’heure du digital
Organique plutôt qu’érotique

Elle est cachée dans un tiroir
Dorénavant ma peau blanche d’antan
je l’ai vite rhabillée, cette jolie fleur.


Un autre souvenir, caché dans un tiroir. Je me demande encore comment je me suis laissé persuader de poser pour une photo nue sur le Trestle, ligne de chemin de fer abandonnée dans les bois du collège par mon boyfriend– sorte de rite des étudiants avec leurs girlfriends, comme un pari. De nos jours, depuis le digital, voir son image ne donne plus même frisson. La photo du photographe (ci-dessus) est de moi.

Et la traduction fait-maison:

VENUS ON THE TRESTLE

Under red light bulbs
In the photo lab
A tank of developing fluid
Where a sheet of white paper lies

Shapes are revealed
Blurred outlines appear
Then black and white contrasts
And for posterity comes into the world:

 Venus on the Trestle

Little nymph passing by
T.A. at official hours
Nervous among the fallen leaves
Of American oak

This picture is of me standing
Nude, shoulder-length brown hair
Square hips, strong legs
On the railway line

My beautiful youth on Kodak film
Victim of a benign local rite
Long before the digital age
Organic rather than erotic

She’s now hidden in a drawer
This white-skinned girl of yore
I quickly dressed her back again,
That pretty flower.

CHANSON DE MOI-MEME / SONG OF MYSELF

SONG OF MYSELFCHANSON DE MOI-MÊME
 In my teeny tiny dorm room
I bring pen to research paper
Desk underneath the cabinet
Particleboard doors aligned
Workplan lit up by buzzing neon light
I sing the Song of Myself
I sing the Body Electric

Across my desk and the bed
The window is screened
The view fogged up
Obliterating leaves of grass outside
Below, the A/C unit
All green body, metal flaps
And uncomplicated buttons
Sings with me, noisy and ineffective

On my wall stretches out a map
Where, In the glow of neon light
I roam the roads of America
Covering ground with Walt Whitman
Though I occasionally get up
For a can of orange Minute Maid
At the vending machine outside the door
To quench my thirst while I write my thesis
My self-imposed American quest
for Liberation
For the spirit!!  
Dans ma minuscule chambre de dortoir
Je mets le stylo au papier
Bureau sous les placards
Portes en contreplaqué alignées
Plan de travail éclairé par néon bourdonnant
Je chante la Chanson de moi-même
Je chante le corps électrique  

En face du bureau et du lit
La fenêtre est grillagée
La vue embuée
Oblitérant dehors, les feuilles d’herbe
Au-dessous, le climatiseur
Corps vert, panneaux métalliques
Boutons simples d’usage
Chante avec moi, bruyant et inefficace  

Sur le mur s’étend une carte
Où, à la lueur des néons
Je parcours les routes d’Amérique
Je franchis de longues distances avec Walt Whitman
Bien que je me lève de temps en temps
Pour une canette d’orange Minute Maid
Au distributeur automatique devant la porte
Pour étancher ma soif pendant que j’écris ma thèse
Ma quête personnelle de l’Amérique
Pour la libération
Pour l’esprit !!  

Retour à mes souvenirs de jeunesse. Je lisais Leaves of Grass (entre autres) pour mon mémoire de maitrise. Comme je suis l’autrice et la traductrice, je suis la seule responsable de mes adaptations. Comme bonus, je vous mets une traduction d’une partie du poème de Walt Whitman, ici :

1

Je me célèbre moi-même, me chante moi-même,
Toi tu assumeras tout ce que j’assumerai,
Car les atomes qui sont les miens ne t’appartiennent pas moins.

Je flâne, j’invite mon âme à la flânerie,
Flânant, m’incline sur une tige d’herbe d’été que j’observe à loisir.

Ma langue, l’ensemble des atomes de mon sang, façonnés par le sol d’ici même,
l’air d’ici même,
Ma naissance, ici même, de parents eux-même nés ici, comme les parents de leurs
parents avant eux,
Trente-sept ans ce jour, santé parfaite , je commence,
Comptant bien ne plus m’interrompre avant la mort.

Congédiés les credo, congédiées les écoles,
Ayant pris mesure exacte d’eux sans mépris mais avec du recul,
J’accueille, est-ce un bien est-ce un mal, je laisse s’exprimer
sans fin
La nature hasardeuse dans sa vierge énergie.