EMPLOI DU TEMPS

Considérations : je ne sais pas si c’est pareil pour vous, mais je pense souvent à Romy Schneider. Pendant que j’y pense, c’est peut-être à cause de mon chat qui s’appelle Romeo, mais qu’on appelle souvent Romi pour faire court. Et bref, quand je pense à Romy, je pense à une femme mûre, en termes de vécu, une femme à plusieurs vies, même, vu tous ses films. Je viens de revoir La piscine et Le vieux fusil. Moi, à côté, je me sens comme une gamine. Dans ma tête, j’ai autour de 26 ans, physiquement (enfin n’exagérons rien), intellectuellement, ou professionnellement, alors que j’ai déjà vécu huit années de plus qu’elle. Très étrange, come effet. D’un côté, ça relâche un peu la pression, cette pression étrange qu’il faut que je fasse plus, mieux, que je me prouve encore et encore, pour pouvoir enfin me prendre un peu au sérieux. D’un autre côté pense à La peau de chagrin, et à ceux qui brûlent la vie par les deux bouts. Pas tout à fait mon cas.

Intéressantes perspectives et illusions d’optique en ce qui concerne ma façon de me percevoir et de percevoir les autres.
Bon, je vous épargne le soin de fouiller dans mes archives, et je ressors un poème que j’ai écrit ces dernières années, et qui ne vieillit pas, si vous voulez mon avis.

 

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LES CELEBRITES DECEDEES
Certains jours je ne trouve rien de mieux à faire
Quand je m’emmerde au bureau
Que de surfer le web
Pour tuer le temps
Et parfois j’arrive sur une page croustillante
Celle des célébrités décédées.
Je reluque celles de l’année
Au cas où j’aurai manqué quelque chose
Parce que je suis déjà passée
Par Romy Schneider
Patrick Dewaere,
Etc.
Des fois je me dis que ça pourrait être moi
Dans ce groupe-là
Ils sont tous bien classés
Avec leurs photos, leurs bios, leurs œuvres.
Ca me fait bien plaisir
Ils ont fait leur chemin
Et moi je fais le mien
Sauf que j’aimerais employer mon temps un peu mieux
Que de surfer le web.
Comme par exemple faire comme eux
Chanter, danser, jouer dans des films,
écrire des livres, jouer du piano.
Mais bon, je me dis que Romy,
Elle, elle n’y était même pas arrivée, à mon âge
Quand elle a fini son parcours
Ce qui veut dire que moi, en quelque-sorte,
maintenant c’est du surplus,
du trop-plein
Alors je peux un peu gaspiller un peu
Pas grave !

DEAR GOD

St Sulpice
DEAR GOD
Please forgive us for looking for you
Sometimes
Fumbling through incense smoke and dim candlelight
Blinded
Some of us kneel and beg
When we can’t take it anymore
And it makes us feel better
I think it’s high time you unveil yourself
We try to do it through science
A little science, a lot of science
Still you don’t help us make it clear
If we should say YOU, HE or I
Shit God, you don’t make it easy
All we want is to understand
The ultimate coping mechanism
For our human predicament
If we only knew for good, we could live a proper life!
But we all have to wait
Till You are ready and willing
In the meantime
Not only we suffer
But knock at all the wrong doors
Most of the time.
One door closes, another one opens.
When we have the final answer
Will we need it anymore?
Silence
I’ll take that Love is the answer.
Amen.

 * * *

Nothing very deep, I just like this photo I took this past summer in Paris.

LE FAOUET

Le Faouet

LE FAOUET
Etait-ce pour le pot de fleur en granit ?
Pour l’arbre en second plan,
Pour la couleur des graviers
Ou pour le coin de ciel bleu ?

J’ai dû prendre cette photo
Pour une bonne raison
Que j’ai oubliée par la suite
Comme dans la blague de celui
Qui fait un nœud dans son mouchoir.

Que se cache-t-il derrière ?
Lentement ça me revient – cet été, le Faouët
Petit village de Bretagne.
On ne voit pas du tout le toit du marché historique
qui rappellerait qu’il y avait avant, là,
Des vaches, des cochons, des couvées

Il faut regarder derrière
Par-delà le géranium, l’arbre
Et le café tabac au loin
Et on y aperçoit : un moment
Deux coups de Train à Grande Vitesse
De Paris à la Bretagne
Un voyage flash chez mes parents
Et notre visite à un musée

Ce jour-là, nous avions vu
Une exposition de peintres bretons
Sur le thème de l’Enfance

Des jeunes filles en coiffe blanche
Des garçons jouant du biniou
Des jours de marché passés.
Nous avions passé quelques heures
A explorer, discuter, commenter.

De là à mon enfance…
Peut-être que je voulais parler de mon enfance,
Derrière ce pot de fleur en béton ?
C’est à voir

J’étais peut-être pressée
De garder un souvenir avant qu’il ne soit trop tard
Tous ces enfants ont grandi
Moi aussi.

* * *

LE FAOUET
Was it for the granite-looking flower planter?
For the tree in the background,
For the color of the gravel
Or for the bit of blue sky?

I probably took this picture
For a good reason
Which I cannot remember
As in the joke of the one
Who makes a knot in his handkerchief.

What is hiding behind?
Slowly it’s coming back to me – last summer, Le Faouët
Small village of Brittany.
We do not see the roof of the historic market
which would remind us that there were once there
Cows, pigs, and broods

We must look behind
Beyond the geranium, the tree
And the Café/Tabac in the distance
And we would see: a moment
Two dashes of High Speed Train
From Paris to Brittany
A flash trip to my parents
And our visit to a museum

That day, we had seen
An exhibit of Breton painters
On the theme of childhood

Young girls in white headdress
Boys playing Biniou
Past market days.
We had spent a few hours
Exploring, discussing, commenting

From there to my own childhood …
Perhaps it was about my childhood,
Behind this concrete flower pot?
That remains to be seen

I may have been in a hurry
To keep a memory before it was too late
All those children grew up
So did I.

ME AND HER

Elle et moi

ME AND HER
Quite a fine hostess you make
Greeting me at the door
Vestal virgin by excellence
Shouldn’t you introduce me to the master?
We would comfortably lie down on some couch and have
An ambrosia orgy for lunch
Perhaps followed by a few pickled nightingale tongues
For dessert.

Instead you give me the cold shoulder
Gazing at me from above, twice my size
Me fully clothed, you half-dressed,
Pretending to hold you sheet up
Your hair in permanent curls

Are you posing for the picture?
You do cut a lissome figure
Between the two carved pillars
And the palm trees
But I say Cheese and you don’t smile
You don’t even move
Frozen in the foyer
And no fire to break the ice

What sort of Metamorphosis
Made you turn into stone?
What sin did you commit in the eyes
Of some fickle God or Goddess
To deserve being thus petrified
Condemned to watch tourists pass by
From buses marked Paris by Night
Driving from the Elysian Fields or Mount Parnassus.

*  *  *

ELLE ET MOI
Vous en faites d’une belle hôtesse !
Vous qui me saluez à la porte
Vierge vestale par excellence
Ne devriez-vous pas me présenter au maître?
Nous nous coucherions sur un canapé pour
Une orgie d’ambroisie pour le déjeuner
Suivie de quelques langues de rossignol marinées
Pour le dessert.

Au lieu de cela, vous êtes très froide
Me toisant de haut, deux fois ma taille
Moi toute habillée, vous à moitié,
Faisant semblant de retenir votre drap
Vos cheveux en boucles permanentes

La pose est-elle pour la photo?
Vous avez beaucoup d’allure
Entre les deux piliers sculptés
Et les palmiers
Mais je dis Cheese et vous ne souriez pas
Vous ne faites pas un geste
Gelée dans le hall
Et pas de feu pour briser la glace

Quelle sorte de métamorphose
Vous a-t-elle transformée en pierre?
Quel péché avez-vous commis aux yeux
De quelque dieu ou déesse instable
Pour mériter d’être ainsi pétrifiée
Condamnée à regarder passer les touristes
De bus marqués Paris by Night
En provenance des Champs-Elysées ou du Mont Parnasse.

Photo prise au Musée Jacquemart-André à Paris cet été

VACANCES V

Spirale
Elle pose vers la lumière son pied de cendrillon sur une marche de l’escalier en spirale de l’hôtel. A l’étage, la chambre baigne dans une lumière éclatante, nettoyée par les femmes de chambres invisibles qui n’ont laissé derrière elle que des draps blancs éblouissants et un indicible parfum de fraicheur.
Une bonne fée l’a envoyée là, où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Dans sa robe de soirée, elle passe l’entrée et son comptoir de bois sombre autour duquel des portraits de Molière et des lustres à breloques évoquent un vernis raffiné de culture légère, impressions d’un monde de luxe et de loisir où l’on aurait tout le temps de lire. Des reproductions de manuscrits renforcent l’impression d’érudition, compensée par les magazines de mode éparpillés sur des tables, qui délestent l’atmosphère de toute pesanteur non invitée.

Derrière la vitrine, des rues intimes de Paris, nettoyées, retapées, débarrassées des fantômes et des toiles d’araignée du passé créent un nouveau décor. On est ici et ailleurs, un autrement forcément meilleur, où la statue de Molière flanquée de deux déesses se prélasse dans la chaleur du soir.

Elle n’est pas seule : son beau compagnon appelle un taxi qui apparait étincelant dans la nuit, puis qui les emmène à travers les avenues de la ville illuminée. Elle sort, sort de sa vie – cinéma temporaire et nouveaux horizons. Dans le restaurant, la lueur des bougies se reflète dans les vitres assombries par la nuit dehors, et dans les couverts en argent.

Mais que se passe-t-il ? les douze coups de minuit ont frappé. Hélas Cendrillon doit rentrer du bal, elle doit monter l’escalier en colimaçon, faire face derrière la porte au panneau qui affiche le prix de la chambre, le prix du petit déjeuner. Hélas, le temps a repris sa brutale dictature. Le calendrier lui rappelle la date du vol de l’avion, la rappelle à sa vie de potiron, le traintrain quotidien, la vaisselle, la cuisine et le ménage.

Fini les draps empesés, les beaux tapis cramoisis, la rampe luisante – l’ascenseur tombe en panne et sous le poids de ses bagages, les marches deviennent soudain celles d’un taudis. Elle paie l’employé indifférent, puis traîne ses valises aux roues cassées le long de rues encombrées d’employés de bureaux, eux-mêmes enchainés au joug de leur journées de travail. La semaine de vacances est passée. Le temps règne en souverain maintenant.

* * *

 She moves her Cinderella foot towards the light on the spiral staircase of the hotel. Upstairs, the room is bathed in brilliant daylight, cleansed by invisible maids who only left behind dazzling white sheets and an indescribable scent of freshness.
A good fairy has sent her there, where everything is order and beauty, luxury, calm and pleasure.

In her evening dress, she passes the entrance and its dark wooden counter around which portraits of Molière hang on the wall, and chandeliers evoke a refined varnish of light culture, impressions of a world of luxury and leisure, where one would have ample time to read. Reproductions of manuscripts reinforce the sense of erudition, offset by fashion magazines scattered on tables, which rid the atmosphere of any uninvited gravity.

Behind the glass window, intimate streets of Paris are cleansed, fixed, rid of the ghosts and cobwebs of the past to create a new stage. We are here and elsewhere, somewhere necessarily better, where the statue of Molière flanked by two goddesses basks in the evening warmth.

She is not alone: her handsome companion calls a taxi which appears sparkling in the night, then takes them through avenues of the city of lights. She goes out, out of her life – temporary cinema and new horizons. In the restaurant, candle glow is reflected in the windows darkened by the night outside, and in the silverware.

What just happened ? the twelve blows of midnight struck. Alas! Cinderella must return from the ball, she must climb the spiral staircase, face the panel, behind the door that displays the price of the room, the price of breakfast. Alas, time has resumed its brutal dictatorship. The calendar reminds her of the date of the flight back home, takes her back to her pumpkin life, the daily routines, the dishes, cooking and cleaning.

No more starched sheets, beautiful crimson carpets, gleaming ramp – the elevator broke down and under the weight of her luggage, the stairway steps suddenly become those of a slum. She pays the indifferent employee, then drags her suitcases with broken wheels along streets cluttered with office workers, themselves chained to the yoke of their working day. The week of vacation is over. Time reigns supreme now.

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LE PONT D’AVIGNON

 

Sur le pont d'Avignon

PONT D’AVIGNON

Palais des Papes, pierres mouillées
Averses sur les pierres en sucre
Parapluies en solde, se planquer
Chaleur du midi sous la pluie
Attention réalité, le clash !
Les belles dames rentrent chez elles, contraste !
Les beaux messieurs font comme ça
Débandade des selfie-sticks
Photos de piliers effondrés
Monument classé, faut payer
Coup de foudre, il faut danser !
Sur le Rhône orage d’été
Pont d’Avignon Arche de Noé.

* * *

 Une autre photo de vacances. Il n’a plu qu’une fois pendant notre séjour, nous avons eu de la chance, mais alors que je ne m’y étais pas préparée, il pleuvait le jour où nous avons décidé de jeter un coup d’œil sur le pont d’Avignon, à côté duquel nous habitions.

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Pont Saint Benezet, from Dictionary of French Architecture from 11th to 16th Century (1856) by Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879).

LA MAIN DE CHOPIN

Chopin's hand

LA MAIN DE CHOPIN

Au musée de la vie romantique
On y trouve le moulage de la main de Chopin
Suspendue au-dessus d’un piano invisible
Jouant la dernière note d’un scherzo silencieux,
Le bras nu d’Aurore Dupin qui caresse l’air
Au-dessus de cahiers à l’écriture passée

Les fleurs du papier peint observent
A travers les volets mi-clos
Les vraies fleurs du jardin dehors
Qui prennent le thé dans le jardin d’été

Intimité conservée
Concert en conserve dans le salon de musique
Aux fenêtres avec vue d’un peintre Parisien

Pour un peu la petite main d’Aurore Dupin
Reprendrait les aventures de la petite Fadette
Ou des lettres d’amour

Alfred de Musset passerait sa tête par la fenêtre
Le piano reprendrait sa musique

Ces jours-ci on y trouve des brochures de visite
Et au mur le portrait de George Sand
Habillée en homme et fumant le cigare
Mais on n’y trouvera jamais celui de Chopin à ses côtés
Habillé en femme.

Main de George Sand

J’ai voulu garder les impressions du Musée de la vie romantique à Paris. Ce serait chouette de pouvoir y habiter pendant quelques temps. Les photos sont de moi, les moulages véritables, et les mains et bras en chair et en os au-dessus, les nôtres.

 


CHOPIN’s HAND

At the Museum of Romantic Life
You will find a cast of Chopin’s hand
Suspended over an invisible piano
Playing the last note of a silent scherzo
The naked arm of Aurore Dupin caressing the air
Above notebooks in faded ink

The flowers on the wallpaper observe
Through the half-closed shutters
The real flowers in the garden outside
Having tea in the summer garden

Preserved privacy
Canned concert in the music room
Of a Parisian painter with windows with a view

It wouldn’t take much for Aurore Dupin’s hand
To resume the adventures of Little Fadette
Or love letters

Alfred de Musset would pass his head through the window
The piano would resume its music

These days you will find museum brochures
And on the wall the portrait of George Sand
Dressed as a man and smoking a cigar
But you’ll never find Chopin by her side
Dressed as a woman.

* * *

I wanted to capture impressions of the Museum of Romantic Life in Paris. It would be nice to be able to live there for a while. The photos are mine, the casts genuine, and the live hands and arms above, ours.

PIANO MONTPARNASSE

Montparnasse

Un beau samedi matin
A la gare Montparnasse
Un pianiste s’assoit au piano de la gare
Pour célébrer son baptême de France
Son baptême de Montparnasse
C’est la première fois qu’il vient à Paris
Il vient de débarquer, et il est fatigué
Et comme dans la salle des pas perdus on attend
Il attend aussi
Comme tout le monde
Il attend son train
Et il joue sur le piano pour donner la cadence
La cadences des allées et venues
Sous les tableaux d’affichage qui trônent au-dessus
Des départs et les arrivées des voyageurs
De cette place vide
Au centre de la gare Montparnasse
Décalage horaire au centre de l’univers
Et il a le dos courbé, le musicien fatigué
Et personne ne l’entend
Dans la salle des sons perdus
Autour de lui on fait le vide
Sans le faire exprès
Les voyageurs tirent leurs valises
Montent et descendent les escalators
Sans tirer leur chapeau
Ainsi il documente la zone des trains en retard
Il orchestre Paris, les passages invisibles,
Nul ne s’en soucie
Personne n’écoute le piano public
On n’entend que les passages
Echo gratuit : les cafés, les bagages
Des gens qui ne s’arrêtent pas
Concert à l’espace Montparnasse gratuit
Sacrement étouffé des vacances d’été.

* * *

Photos et souvenirs de vacances pas si lointaines. Une sorte d’album photo en forme de blog. Voyons si l’idee perdure.


 

PIANO MONTPARNASSE

A beautiful Saturday morning
At the Montparnasse station
A pianist sits at the piano
To celebrate his baptism of France
His baptism of Montparnasse
It is the first time he comes to Paris
He has just landed, and he is weary
And in this waiting room he waits
Like everyone else
He is waiting for his train
And he plays on the piano to keep pace
The pace of comings and goings
Under the notice board above
Departures and arrivals of travelers
In this empty place
In the center of Montparnasse station
Jet-lagged in the center of the universe
And he bends over the keyboard, the tired musician
And nobody hears
In this hall of lost sounds
People make space around him
Without doing it on purpose
Travelers who pull their bags
Climb and descend escalators
Without taking off their hat
and he documents the late trains zone
He orchestrates Paris, its invisible passages,
No one cares to listen
Nobody hears the public piano
Only the passages
Free echo: cafés, luggage
of people on the go
Free concert at Espace Montparnasse
Muffled sacrament of summer vacation.

* * *

This is not a translation of the poem above, but an adaptation. It’s cool to be the author!
Photos and memories of recent trips vacations. A kind of scrapbook in the form of a blog. Let’s see if the idea lasts.

LES ARENES D’ARLES

Amphitheatre Arles

Au beau milieu des arènes d’Arles
Un pigeon picore quelque chose dans le sable
L’ouverture de Carmen retenti,
Qui rebondit sur les pierres dans le soleil du midi
Il s’en fiche, le pigeon
Comme de la buvette à bière
Comme des toilettes aux murs de pierre
Comme des frais passages entre les arcades
Dans cet amphithéâtre inspiré du Colisée de Rome
Il s’en fiche du jeune taureau,
Et de la bande de garçons taquins
Qui tentent de lui toucher les cornes
Puis qui s’envolent, tels des crottes de nez blanches
Aux grillages
Il s’en fout il picore.
Il est libre.
Au contraire des premiers Chrétiens livrés aux fauves
Sous la liesse des spectateurs
Ou des esclaves gladiateurs
Forcés à s’entre-tuer dans l’arène
Et dont le sang serait proprement absorbé par le sable
Disposé à cet effet
Ou encore comme moi dans la classe de lycée
Quand j’étais prof, au beau milieu
Livrée aux fauves.

Le pigeon prend sa revanche
Pour nous tous pauvres martyrs.

 


 
In the center of the arena in Arles
A pigeon pecks something in the sand
The opening of Carmen resounds,
Trumpets bouncing on sun-warmed stones
He does not care, the pigeon
About the beer counter
Nor about the stone wall toilets
or about the cool passages between the arcades
In this amphitheater inspired by the Colosseum of Rome
He visibly does not care about the young bull,
or about the gang of teasing boys
Who attempt to touch his horns
Then fling themselves like white boogers
onto the fence
He does not care, he pecks.
He is free.
Unlike the first Christians thrown to the beasts
Under the cheers of wild spectators
Unlike gladiator slaves forced to kill each other
And whose blood would be properly absorbed by the sand
Sprinkled there for this purpose
Or me in the high-school class
French teacher, right in the middle
Ready for the massacre.

The pigeon takes his revenge
For all of us poor martyrs.

 

NEWS ABOUT BALSAMIC VINAIGRETTE

I scrolled the list of online news:
Bridge hit by lightning kills 30
An old star’s unexpected death
An au-pair killed and burnt by her hosts
A family who chained their kids
The deranged batman bomber
She took off her t-shirt and it’s going viral!
Look what she looks like now! and brace yourself!

When the writers of “chilling” headlines were stumped –
No major crisis to feed on
No spectacular volcano today
Tsunami, earthquake, major epidemic
Due to climatic change
Not even another celeb misbehaving
They tried this !
Avoid balsamic vinaigrette