STORY OF THE BOY WHO WENT TO NEPAL/HISTOIRE …

STORY OF THE BOY WHO WENT TO NEPAL

Once upon a time there was a boy in that college
The most beautiful boy on campus
As beautiful as the silhouette
of Jim Morrison painted in the basement
of Old Kenyon, where parties went on,
painted with a black light that brought him out of the wall
Which is incidentally where I met the boy
Whose name I can’t remember.

He wore a t-shirt that read
“Sinfully delicious” on the back

That boy came one day to see me
and we talked and we talked
I don’t remember what about
but he was just as beautiful
in my room as he had been out
And then I didn’t see much of him anymore.

When I left the campus at the end of the school year
Someone who knew him told me that the boy
was planning to fly on a plane to France
And I had a glimmer of hope
That it might be for me!

Imagine the lights glowing
Of that Boeing 737 on the tarmac
at night, in the fog,
on the right and left-side wings!
And then I forgot all about him,
as I never bumped into him in Paris.

Until one day someone who knew him told me
that when he had landed in Paris
the City of Lights
He took a look around himself
then caught another plane to Nepal

To this day I am still wondering
If he took his “Sinfully Delicious”
T-shirt to Nepal, of all places
And if he turned around because
He didn’t see me at the airport
I will never know.


HISTOIRE DU GARÇON QUI EST PARTI AU NÉPAL

Il était une fois un garçon dans ce collège
Le plus beau garçon du campus
Aussi beau que la silhouette
de Jim Morrison peinte au sous-sol
du Vieux Kenyon, où se déroulaient les fêtes,
avec une lumière noire qui le faisait sortir du mur
L’endroit même où j’ai rencontré le garçon
Dont je ne me souviens plus du nom.

Il portait un t-shirt qui disait :
” Délicieux comme un péché” au dos

Ce garçon est venu un jour me voir
et nous avons parlé et parlé
Je ne me souviens pas de quoi
mais il était tout aussi beau
dans ma chambre qu’il l’était au dehors
Et puis je l’ai perdu de vu.

Quand j’ai quitté le campus à la fin de l’année scolaire
Quelqu’un qui le connaissait m’a dit que le garçon
prévoyait de prendre l’avion pour la France
Et j’ai eu une lueur d’espoir
Que ce soit pour moi !

Imaginez les lumières qui brillent
De ce Boeing 737 sur le tarmac
la nuit, dans le brouillard,
sur les ailes droite et gauche !
Et puis je n’y ai plus pensé
Car je ne l’ai jamais croisé à Paris.

Jusqu’au jour où quelqu’un qui le connaissait m’a dit
que quand il avait débarqué à Paris
la Ville des Lumières
Il avait regardé autour de lui
Puis avais pris un autre avion
pour le Népal

A ce jour je me demande encore
S’il avait emmené son T-shirt
“Sinfully Delicious” au Népal
Et s’il avait fait demi-tour parce que
Il ne m’avait pas vu à l’aéroport
Je ne saurai jamais.


On approche de la fin de ma collection de poèmes basés sur les souvenirs de mon année d’assistanat aux Etats-Unis, souvenirs de jeunesse dans lesquels je me suis replongée pendant le confinement. Je crois qu’il en reste quelques-uns dans le sac, un ou deux, pas plus.

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET!

TSOUIN TSOUIN TSOUIN (sonnent les trompettes de la victoire)

Je reviens de mes (courtes) vacances et je tombe les flip-flops et le chapeau de paille pour vous annoncer le résultat des votes:

1ère place: Une petite sirène, de Lyssamara

Et comme organisateur, vous réclamez tous Iotop!

Merci à tous de votre participation !

Signé : VictorHugotte


L’organisateur?

LES TEXTES – C:EST ICI!!

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/07/14/le-temps-de-sourire-et-lombre-fait-langage/

https://toutloperaoupresque655890715.com/2021/07/10/plan-plan-rataplan-cest-le-bruit-du-tambour/

https://touslesdrapeaux.xyz/agenda_ironique.html

https://laglobule2.wordpress.com/2021/07/07/journee-bof-mais-pas-trop-agenda-ironique-de-juillet/

https://victorhugotte.com/2021/07/15/annette-et-la-tasse-de-cafe/

Lyssamara participe ici :

https://docs.google.com/document/d/1WN9xrBjtuM3Sxm49YxTMkA4tuH7uldSk9US-gK8XR8I/edit?usp=drivesdk

https://chchshr.wordpress.com/2021/07/24/agent-dart-den-rire-un-homme-a-toper/


Tchachacha, froufrou, splat, et scouic.

Je vous propose d’utiliser onomatopées, répétitions et accumulations pour relater une étape de la vie d’une personne, ou un moment particulier, comme par exemple les préparatifs du matin, ou du soir. Quelques borborygmes seraient aussi les bienvenus.

Vous avez jusqu’au 26 juillet, et puis après on vote. Clap clap clap !

Si vous êtes nouveau ou nouvelle, vous postez votre texte sur votre blog, shlak!, et puis hop, vous copiez-collez le lien dans les commentaires ci-dessous.
Tic toc, tic toc…

CHAPEL WEDDING

CHAPEL WEDDING

You were leading, as usual:
your country, your college, your way
and I happily followed
down Middle Path
bemused, blissfully borrowed from my own self

We stood in front of the chapel
you always liked a good chapel
with candles burning inside
that evening we walked in
like when you walk into a ruin
looking for treasures
shiny bottles of colored glass

We both liked a good adventure
there was nobody else around
we stayed inside for a while
breathing the holy air
Look, you pointed up to a bird
banging its body on rafters above
We took this for some sign

Perhaps we lit a candle
For the two of us
Then we came out
and sat on the front steps
against a closed door
and I lit up a cigarette
that was before you requested I quit

I remember that evening
and thought I might write it down
with no other meaning than to record
One of the celebrations in me life


LA CHAPELLE

Tu menais, comme d’habitude
ton pays, ton université, ton chemin
et je suivais avec plaisir
sur Middle Path
amusée, béatement empruntée à moi-même

Nous sommes arrivés devant la chapelle
tu as toujours aimé une bonne chapelle
avec des bougies allumées dedans
ce soir-là, nous sommes entrés
comme quand tu pénètres dans une ruine
à la recherche de trésors,
des petites bouteilles de verre coloré

Nous aimons tous les deux une bonne aventure
Il n’y avait personne
nous sommes restés un moment à l’intérieur
a respirer l’air sacré
regarde, tu as pointé du doigt un oiseau
qui cognait son corps sur les poutres au-dessus
nous avons pris ça pour un signe

Peut-être avons-nous allumé une bougie
pour nous deux
puis nous sommes sortis
et nous sommes assis sur les marches
contre une porte fermée
et j’ai allumé une cigarette
c’était avant que tu me demandes d’arrêter

Je me souviens de ce soir là
et j’ai pensé que je pourrais le mettre noir sur blanc
sans autre signification que d’enregistrer
Une des célébrations de ma vie.


Illustration: Church of the Holy Spirit, Kenyon College

Encore un souvenir, des moments qui reviennent comme des images, des bornes le long du chemin.

THE PROFESSORS I DIDN’T GET TO MEET / LES PROFESSEURS…

THE PROFESSORS I DIDN’T GET TO MEET

Students and faculty alike
Would ask with knowing smiles
Mentioning a legendary literature professor
Do you remember So and So?
Or Such and Such?

When I got to Kenyon College
They were long gone, although
I felt their presence
In tweed jackets, smoking pipes
Looking over my shoulder
Sometimes wagging a disapproving finger
Before floating away
Along with their professorial knowledge

I know they gathered in Memorial Halls
Sharing insubstantial cheddar-cubes and sherry
Reciting to each other verses
in rhymes and classic form,
Writing studies and critical essays
About other old-time poets.

Among them was John Crowe Ransom
Who had been gone for three decades
Though the shadow of his ghost
Was still wandering Old Kenyon lecture halls
With the varnished wood pulpits

He always popped up in conversations
Appearing and disappearing
But I was too young for him
And took classes with professors
Of flesh and blood, brick and mortar.

To this day I am still guilty
Of never having read them
The Old Kenyon College professors
And I bow to them all
Again and again in heaven.


LES PROFESSEURS QUE JE N’AI PAS RENCONTRÉS

Étudiants et professeurs me demandaient
avec des sourires entendus
A propos de tel ou tel légendaire professeur de littérature
Vous souvenez-vous de lui?

Quand je suis arrivée à Kenyon College
Ils étaient partis depuis belle lurette, bien que
je sente encore leur présence
Veste de tweed, fumant la pipe
Regardant par-dessus mon épaule
Parfois agitant un doigt désapprobateur
Avant de flotter dans les airs
Avec leurs connaissances professorales

Je sais qu’ils se réunissaient dans les Memorial Halls
Partageant d’insubstantiels sherry et cubes de cheddar
Se récitant entre eux des vers
En rimes et forme classique,
Ecrivant des études et essais critiques
À propos d’autres poètes d’antan.

Parmi eux John Crowe Ransom
Parti depuis trois décennies
L’ombre de son fantôme
Errant encore dans les amphithéâtres du Vieux Kenyon
Aux chaires de bois vernis.

Il se matérialisait dans les conversations
Apparaissait et disparaissait à sa guise
Mais j’étais trop jeune pour lui
Et prenais des cours avec des professeurs
De chair et d’os, brique et mortier.

A ce jour je suis encore coupable
De n’avoir jamais lu
Les professeurs du vieux Kenyon College
Et je m’incline devant eux
Encore et encore, au paradis.

The first editors of the Kenyon Review, from left to right: Philip Blair Rice, John Crowe Ransom and Norman Johnson.

SHOTS

The idea to gather
after an event, a party
in the room of a student you don’t know
a scenery you have never seen
and at a very late hour
the later the better
to line up behind a counter
with your new friends
as they get out small glasses
and fill them with alcohol
Tequila (they show you the worm)
the idea being to swallow it down
as quickly as possible
then as many as possible
without enjoying it
and with no specific reason,
is a fascinating concept
and entirely new to me.

You see, there is no motive
other than the fact
that one should try anything once
and you have not come all the way
across the globe
to stay in your room

You want to be surrounded
with these fine students
selected promising scholars
thoroughly sorted and tested
the top of the crop
crème de la crème.

You feel warm, warmer
and then somewhat confused
and then so confused
you don’t remember
You were singing
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Because you do not find out
until later
at least after you found yourself
deep into the toilet bowl
of your own dorm
with someone holding your hair.

You will remember darkness outside
the tone of dark wood panels
interesting navy blue curtains
in a cozy home on campus
and the choice company.

You will remember
the scientific curiosity
of those avid young brains
to find out what
something that comes from a bottle
Does to the average human being
In the shortest length of time.

You will always remember
the zeal they showed
to observe another soul
poison itself and deflate like
a birthday balloon
Right in front of your eyes.


SHOTS

L’idée de se rassembler
après un événement, une fête
dans la chambre d’un étudiant que tu ne connais pas
un scène que tu n’as jamais vue
et à une heure très tardive
le plus tard possible le mieux,
de s’aligner derrière un comptoir
avec ces nouveaux amis,

qui sortent des petits verres
et les remplissent d’alcool
Tequila (ils te montrent le ver)
l’idée étant d’avaler le contenu
aussi vite que possible
puis autant que possible
sans en tirer aucun plaisir
et sans raison particulière,
est un concept fascinant
et entièrement nouveau pour toi.

Tu n’as pas d’autre motif
que l’idée qu’on doit essayer tout une fois
et tu n’as pas fait tout ce chemin
autour du monde
pour rester dans ta chambre.

Tu veux être entourée
de ces excellents élèves
prometteurs et sélectionnés
soigneusement triés et testés
top de la promo
crème de la crème.

Tu sens la chaleur, un peu plus
puis tu te sens un peu confuse
et puis si confuse
que tu ne te souviens pas
que tu chantais
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Parce que tu l’apprendras plus tard
après que tu t’es trouvée
plongée dans la cuvette des WC
de ton propre dortoir
quelqu’un te tenant les cheveux.

Tu te souviendras juste
de l’obscurité dehors
Des panneaux de bois sombre
De rideaux bleu-marine
D’une maison sur le campus
Et de la compagnie de choix.

Tu te souviendras
De la curiosité scientifique
de ces jeunes cerveaux avides
de savoir ce que ce qui
sort d’une bouteille
Fait à l’être humain moyen
Dans les plus brefs délais.

Tu te souviendras toujours
du zèle qu’ils montraient
A observer une autre âme
s’empoisonner et se dégonfler
comme un ballon d’anniversaire
Devant leurs yeux.


Un autre souvenir de jeunesse pendant mon séjour dans l’Ohio. Je crois bien que c’était la première et la dernière fois que je buvais de la Tequila.

Photo by Isabella Mendes on Pexels.com

#3 – LES LIBRAIRIES / PAPETERIE / JOURNAUX

 

Une des choses que j’adore en France sont les librairies-Papeterie-Journaux, ces petites cavernes d’Ali-baba avec leurs jouets et gadgets, les bracelets avec les prénoms dessus en ordre alphabétique, les stylos, les cahiers, les carnets, les crayons. Il y a une odeur unique d’encre, parce que les stylos-plume, on ne les trouve pas ailleurs qu’en France.
En général il y a tout un mur de magazines, la plupart emballés maintenant dans un plastique assez désagréable qui fait du bruit, avec un bidule en plastique fait en Chine ou un supplément sur le sexe ou la nourriture comme « cadeau promotionnel ». Mais tout de même, toutes ces couleurs et toutes ces couvertures prometteuses !
Et en Français !

« Gégé,» je l’ai dégoté dans une petite librairie-papeterie-presse au recoin de la plage à Larmor Plage, entre les seaux, pelles et râteaux, lunettes de soleil et cartes postales. Ce qu’il faisait là, Depardieu en livre, je n’en sais rien. Ca s’est fait comme ça. C’était une bonne surprise. Et je l’ai emporté. Je n’ai pas été déçue.
Et à chaque fois que je vois le livre, je suis automatiquement téléportée à la librairie-papeterie-presse où je l’avais trouvé.

La première chose que je fais quand j’arrive en France c’est me ruer sur la première librairie qui vient. La dernière fois c’était le Virgin Megastore près de l’Opéra. Et là, de butiner de table en table telle une mouche à miel autour de toutes ces couvertures et titres en compétition, pour faire peut-être la découverte de celui qui deviendra un meilleur-ami, un compagnon de route.
Quel émoi quand je reviens. Une vraie fête.

Oui, il y a des librairies indépendantes dans mon coin du monde en Nouvelle Angleterre. Et il reste une grande chaîne aussi. Mais ce n’est pas pareil. La différence est dans le choix des reliures, les couleurs des couvertures, et le fait que les livres sont des bouquins Américain en anglais. J’adore. Mais quand même, le monde des lettres françaises, c’est sucré, chaud, épicé, chaleureux, coloré. Confortable, quoi.

Le plus drôle, c’est que quand j’étais encore française, à mon premier retour des Etats unis il y a longtemps, je recherchais plutôt les librairies anglophones. Je prenais l’avenue de l’Opéra, par exemple, et passais pas mal de temps chez Brentanos (disparu depuis), ou au Virgin Megastore des Champs-Elysées. Là, j’y avais acquis une série de John Updike, histoire de maintenir mon niveau d’anglais et de me replonger dans la culture que je venais de quitter. Je me revois dans mon studio, sur mon lit, lisant Couples, m’initiant à cette petite coterie de la Nouvelle Angleterre. J’étais à des lieues de savoir que je passerais une bonne partie de ma vie sur ces lieux géographiques exacts quelques années plus tard.
A la Shakespeare & Company, j’avais déniché un des premiers self-help books, The Road Less Travelled de Scott Peck. Chacun ses intérêts, n’est-ce pas. Les miens sont assez éclectiques. J’assume.

Brentanos

Brentano’s Paris

 

Ce dont je veux parler, ce sont des librairies et des livres qui y sont associés et qui nous y ramènent.

Par exemple The Republic of Love, de Carol Shields, me ramène immanquablement à une belle librairie de Montpellier. Ce livre a fait mes délices au cours des années, quelque-chose dans l’humour un peu biscornu mais rassurant de l’auteur. Et un goût spécial de Winnipeg, au Canada. Je ne m’en suis jamais lassée.

D’un sous-sol de Québec, j’étais ressortie toute heureuse avec Juliette Pomerleau, d’Yves Beauchemin, un de ces amis qui redonnent toujours son sens à la vie (je parle du livre). Et à Montréal, un petit bouquin de Christian Bobin, La grande vie s’est imposé à moi comme ça, au détour une allée. Kindred spirits. Ȃmes-sœurs.

Dans ma bibliothèque personnelle de l’autre côté de l’Atlantique vous trouverez une série de livres d’Arnaud Desjardins qui ont un petit air d’Angers où je faisais mes études. Ils me ramènent à travers le temps et l’espace dans cette jolie ville et ce havre de paix dans une rue dont j’ai oublié le nom, mais pas l’impression.

De ville en ville, d’année en année, je me suis souvent retrouvée au Brookline Booksmith qui avait toujours une sélection qui me plaisait. J’y ai rencontré, entre autres, Stephen McCauley, The Object of my Affection, et Alain de Botton, How Proust can Change your Life. De bons moments.

Mais il fallait à tout prix que je rentre en France, régulièrement. A Paris, je me baladais dans le quartier latin essayant de ne pas louper une minute, une seconde de mon temps, à l’affût du bon livre qui pourrait changer ma vie. Chez Gibert Jeune, Boulevard Saint-Michel, j’avais dégotté une copie des nouvelles de Vladimir Nabokov, traduites en Français, La Vénitienne. Dégustation spéciale.

Et puis il y a les aéroports avec les rayonnages qu’on explore rapidement la carte d’embarquement à la main pour une rencontre de dernière minute.
Ou alors même, ahem… le rayon des bouquins des supermarchés. Je ne suis pas snob. Du Leclerc de Larmor Plage j’ai ramené la vie de Polnareff qui s’ennuyait sur un rayon, sous les néons un peu gris, près des étalages de serviettes de bain. Je n’ai pas été déçue non plus
Qui pourrait résister à l’idée de savoir tous les détails de la vie des chanteurs de son enfance ? J’avoue que j’ai même feuilleté furtivement, sans l’acheter, le bouquin de Michel Delpech en passant dans une autre petite librairie de Lorient qui elle, est bien ancrée dans ma mémoire.

D’ailleurs, j’ai un faible pour les biographies, les autobiographies et les mémoires.
A chaque fois, je crois que je vais y trouver la clé du destin des hommes, celle qui me fera voir enfin comment ça marche, décoder la logique des cieux dans les motifs répétitifs des vies des unes et des autres, et qu’enfin je comprendrai là où je vais (sans lumières).

Truffaut : sa biographie je l’avais dénichée chez Schoenhof’s à Cambridge. Ce que j’en avais appris? que cent fois sur le métier il fallait remettre son ouvrage, toujours remonter en selle après la chute. Voilà pourquoi je suis là, n’est-ce pas ?

Mais nous étions près de Lorient, alors allons-y, dans les petites ruelles qui s’approchent du port, près du mur du rempart, au fond. Là, par hasard, j’ai poussé la porte d’une librairie improbable. Esotérique. Catholique. Branchée spi, quoi. Et j’ai passé quelques très bons quarts d’heure entourée de noms dont beaucoup m’étaient familiers. Mais surtout, j’en suis ressortie avec une très belle rencontre, celle d’Eric Edelmann, Mangalam : Un parcours auprès d’Arnaud Desjardins. Délices de la lecture, des voyages, des enseignements. Je ne vois rien de mieux qu’accompagner les autres dans leurs aventures et partager leurs périples. Et je n’oublie pas (au cas où il me lirait) les écrits de mon vieux pote Gilles Farcet, mon étoile du Nord. Les siens, j’en ai re-acheté sur Amazon.

Maintenant il y a Amazon, à travers le monde. Là, on perd cette couche de souvenirs sensoriels supplémentaire. Mais on peut aller droit au but.

Voilà donc un tout petit tour de ma bibliothèque. Eclectique, mais rassurez-vous, ce n’est pas tout. Et ce n’était pas le sujet.

439 latest picks

Poem #2: EDITH PIAF VS. AMERICAN CLOTHES SIZES

Poem #2: EDITH PIAF VS. AMERICAN CLOTHES SIZES

In the country of the melting pot
Where Asian women wear a size Petite
And Viking’s daughters wear Women’s
Edith Piaf’s types are at a loss.

To find a dress made for their hips
To don a fitting pair of pants
Flattering their hair and skin and shape
French women have to shop in France.

*

Dear reader,

I am reverting to English today. As you know by now, this blog is Franco-American, which makes either language appropriate.
And here, we are touching to #2 on my list of things French I care about. This is a sensitive and exciting subject: I am talking about clothes. #1 was the weather, and you will see that this is not completely unrelated.
And before I touch the core meaning of this post, or its meat and bones, a quick note about the inspiration for the form: Allan sent me this morning a very cute poem by Nabokov (translated by his son), a writer we share a fondness for. The poem was about a grapefruit, which, on the opposite, I am not especially fond of. But I found the form of the poem so cute and witty and whimsical that I thought I could, in a sense, play with him at having fun with words. Here is the inspiring poem:

TO THE GRAPEFRUIT

Resplendent fruit, so weighty and so glossy
Exactly like a full blown moon you shine
Hermetic vessel of unsweet ambrosia
And aromatic coolness of white wine.

The lemon is the pride of Syracuse
Mignon yields to the orange’s delight
But you alone are fit to quench the Muse
When, thirsty, she has come down from her heights.

Grapefruit

My lines sound like a little ditty next to the master’s verses, but enough self-flagellation, and back to clothing. I have to admit that although I find perfectly fine clothes in the US, It is always a treat to shop in France. Unfortunately, I don’t get to go back very often, and when I go, it is too often “les soldes,” or sales, which means I get to glean a long time after the harvest. But, when I am lucky and land at the right time, I find such a relief in finding clothes that are made for the typical French body. Because yes, there is such a thing as the Average French woman, with the typical French body type. I am one of them!  I call it the size Edith Piaf – something in the ratio of shoulder to hips to waist, which is unmistakably French. And most designers realize that the majority of French women have light skin and brown to dark hair, and design clothes in colors that flatter those features. And I know that when I try on my size, it will most likely fit me.

I hesitated to add to this poem another stanza. Something along the lines that French clothes are temperate like French weather (I am not talking about high fashion, those luxury brands which represent France abroad, but what you find in everyday common stores) : no extreme in length or shortness; moderate colors, softened hues, nothing too harsh or gaudy. No ostentatious excesses. Not too “rock”, too sophisticated or soporific designs. Not too simple or too sexy. Elegance is usually subtle, chic more than shocking, achieving an apparently accidental nonchalance. The cut flatters a temperate silhouette, nor too tall or too short, with curves following the woman’s curves to show off the woman inside. And so on and so forth.
But I wanted to keep the poem short and to the point.

You will understand that spring is finally here, and that I am dying to shop for new clothes. On my vision board: I am shopping for clothes in France.

And here is an interesting article about the Average French woman’s type: http://www.femina.fr/Mode/Tendances/A-quoi-ressemble-la-femme-francaise-moyenne-849471
 

Poème #14 – LE TOURTEAU FROMAGER

Tourteau fromager

Je n’ai jamais goûté le tourteau fromager
Mais je sais qu’il m’attend sur une aire d’autoroute
Je l’y ai vu une fois et jamais oublié
Avec son toit brûlé faisant mine de croûte.

Je n’ai pas eu le temps de l’étudier de près
Mais je me souviens bien de ce curieux gâteau
Et de me demander combien de fois en fait
Je passais à côté de tels trésors locaux.

Ainsi ils sont semés sur les routes de France
Les bonbons, les gâteaux toutes ces spécialités
Régionales et locales pour ceux qui en partance
N’estiment pas leur chance et comme ils sont gâtés.

Et s’il ne me restait que quelques jours à vivre
Je prendrais ma voiture et sur les autoroutes
De France je partirais afin de découvrir
Tout ça sans y laisser la moindre petite croûte.

 

*

 

En France, on peut conduire pendant une ou deux heures seulement, et on a un gros dépaysement. Ah, le plaisir de s’arrêter dans les aires de repos des autoroutes. Le plaisir de descendre et de voir les spécialités locales à chaque petite ville.

 

Poème #16: PRIERE POUR ALLER AU PURGATOIRE DANS UNE PETITE LIBRAIRIE D’OCCASION

PRIERE POUR ALLER AU PURGATOIRE DANS UNE PETITE LIBRAIRIE D’OCCASION

Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, j’ai
Une simple requête, et tout serait complet
Trouvez-moi s’il vous plait dans un recoin en ville
Une petite librairie d’occasion bien tranquille
Avec un chat perché sur des rayons en bois
Et une solide échelle allant de haut en bas.
Laissez-moi s’il vous plait passer au purgatoire
Et enfin étudier, avant qu’il soit trop tard
Ces auteurs jamais lus et dont j’entends parler
Dont le nom en Français m’est souvent familier
Ces auteurs que je n’ai pris le temps d’écouter
Et qui avaient pour moi couché sur du papier
Leurs voix et leurs vies riches dans ma langue natale
Leurs printemps leurs étés, leurs luttes hivernales.
Par un destin étrange trop tôt j’ai dû partir
Et j’ai tourné le dos mais non sans repentir
A tous ces bons amis qui étaient de la fête
Il est temps à présent de chausser mes lunettes.

Dans l’air poussiéreux et les pages cornées,
Des vieux livres de poche aux couleurs fanées
Je resterais longtemps, mais vous seriez patient
Je lirais Léautaud, Fallet et puis Sagan.
Et quand j’aurais tout lu dans cette librairie
Je fermerais enfin le livre de ma vie
Je dirais Je suis prête, j’ai bien vécu assez
et encore à apprendre, je ne peux continuer.
Je serais bonne alors à vous joindre là-haut
Avec toutes les âmes de votre grand troupeau,
Sinon je reviendrais hanter ces lieux discrets
Faire sursauter le chat et grincer le parquet.

* * *

Dans les petites librairies d’occasion en France, il y a toujours un exemplaire de Bonjour Tristesse de Francoise Sagan sur le présentoir devant la porte ou en vitrine.  Je n’ai jamais vu une librairie d’occasion sans ce titre, que je n’ ai jamais lu d’ailleurs. Il y a aussi tous les auteurs oubliés, enfin de moi, qui ai dû me détourner du français pour étudier la littérature anglophone très tôt. C’est-à-dire dès mon entrée à l’université à dix-huit ans.
Il me faut rattraper le temps perdu, dans cette librairie. Combien en ai-je lus, de ces livres ? Pas beaucoup : Voyage au bout de la nuit, certains autres incontournables.
Dans une telle librairie, je passerai rapidement sur certains rayons (BD, jeunesse, policiers, récits de voyage, science-fiction, théâtre, psychanalyse, cuisine…) Encore plus rapidement sur la Critique et histoire littéraires, Ethnologie-Anthropologie, Histoire, Féminismes & genre, Latin-Grec, Linguistique, Littérature médiévale, Science politique, Sociologie, mais je passerais le plus clair de mon temps sur les rayons qui restent, et vous l’avez deviné: Littérature française, Poésie, Philosophie, et Psychologie.  Il y aurait des San Antonio bien sûr, avec des brûlures de cigarette peut-être, et des livres Gallimard avec leurs belles couvertures qui font rêver à ce qui peut leur avoir valu cet honneur.

*

ane-2

L’autre jour, Allan m’a envoyé un poème de Francis Jammes.
Le nom de l’auteur m’était vaguement familier, très vaguement, et j’essayais, entre les lignes, de rafraichir ma mémoire, mais non, je ne l’avais jamais lu. Et c’était une vraie joie:

PRIERE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ANES
Lorsqu’il faudra aller vers vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : ” Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles.”
Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui vous fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en ronds.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

– Francis Jammes

Je me suis complètement retrouvée dans toutes ces lignes. Surtout l’image des petits pieds se joignant d’une façon bien douce. Just like me : Goody two-shoes.

Et puis les images très visuelles : le troupeau d’ânes, et leurs petites différentiations très précises – ce qu’ils portent : des plumeaux, des bidons ! ces objets ridicules et absurdes. Quelle vie !
Et la tendresse avec laquelle il regarde leur obéissance résignée de victime impuissante.
Et les petits pantalons !

Alors heureusement qu’à la fin ils auront droit à autre chose : pas sûr qu’ils apprécient les «ruisseaux touffus où tremblent des cerises lisses comme la chair qui rit des jeunes filles…», ça, ce serait plutôt la récompense du berger. Mais une autre sorte d’amour éternel, sans aucun doute.

Et puis l’inspiration m’est venue pour le #16, sur les petites librairies. J’ai pensé en faire une prière, comme celle de Francis Jammes.