NAKED COED LACROSSE

NAKED COED LACROSSE

Let’s start the orientation :
On the right my desk
On the left my bed
Welcome to the narrow quarters
Of my American college room

Just outside
This dorm bathroom
Then another door
Behind which a vending machine drops cans of Orange Minute Maid
with a clang
In my wallet, quarters, pennies, nickels and dimes


My bedroom door opens on new sounds
Naked Coed Lacrosse!!
A team of two girls, charming and playful ask
Will you buy a t-shirt from us?

What is coed? What is naked? What is Lacrosse?
Then Why coed? Why naked? Why Lacrosse?
With the help of practical sign language
I try to assimilate new, bizarre images
But decline to buy a t-shirt

More sign language and I get a grasp
Of what is Halloween on campus!
That’s what “Fun-loving” is about

The promotional keychain gift from the Catering services tells me
“You’re #1 with us”
I am so flattered!


LACROSSE COED NU

Commençons l’orientation :
A droite mon bureau
A gauche mon lit

Bienvenue dans les quartiers étroits
De ma chambre de dortoir américain

Juste au dehors
La salle de bain commune
Puis une autre porte
Derrière laquelle un distributeur automatique
Laisse tomber des canettes de Minute Maid à l’orange
Dans un clang amorti
Dans mon portemonnaie, le cliquetis des quarters, pennies, nickels et dimes

La porte de ma chambre s’ouvre sur de nouveaux sons
Naked Coed Lacrosse !!
Deux filles en équipe, charmantes et joyeuses demandent
Achetez nous un t-shirt !

Qu’est-ce que naked ? Qu’est-ce que coed ? Qu’est-ce que Lacrosse ?
Pourquoi Lacrosse ? Pourquoi mixte ? Pourquoi nu ?
Avec l’aide d’une langue des gestes
J’assimile de nouvelles images bizarres
Mais je n’achète pas le t-shirt

Encore un peu de langue des signes et je comprends
Ce qu’est Halloween sur le campus !
Et ce que signifie «fun-loving»

Le porte-clé promotionnel cadeau du service de restauration me dit
« Vous êtes n ° 1 avec nous »
Je suis extrêmement flattée !

* * * *

Les premiers jours sur le campus, tout semblait très étrange. Entre autre ce t-shirt qu’on voulait me vendre. Je n’ai toujours jamais vu de jeu de Lacrosse.
Pour ceux qui débarquent sur mon site, je raconte mes aventures universitaires au siècle dernier, circa 1988.

La crosse (ou quelquefois le lacrosse) est un sport collectif d’origine amérindienne où les joueurs se servent d’une crosse pour mettre une balle dans le but adverse. Codifié en 1867 par le Canadien William George Beers, le sport original est appelé aujourd’hui la crosse au champ. De celui-ci sont nées deux autres variantes de la crosse : la crosse féminine dans les années 1890 en Écosse, puis la crosse en enclos dans les années 1930.

LE GROS LIVRE DES COLLEGES

J’avais reçu la lettre de réponse qui m’invitait à passer une année académique aux Etats Unis, dans l’Ohio. Malgré mes études, je ne connaissais rien de l’Ohio, qu’il m’avait fallu chercher sur la carte.

Des étudiants bien renseignés m’avait conseillé : « Il faut aller voir Mme S. Elle peut te donner des informations »

C’est le temps d’avant Google, avant les ordinateurs, avant les téléphones portables. Les curieux trouvaient les informations à la bibliothèque, dans des ouvrages spécialisés, en tous cas en faisant des recherches approfondies.

J’avais pris rendez-vous avec la prof et le jour dit, m’étais rendue dans son bureau. J’avais compris que tous les ans, telle la maman oiseau donne la becquée à ses oisillons, Mme S. invitait les étudiants qui avaient des réponses aux demandes d’inscriptions, à questionner son grand livre des collèges américains.
Dans son bureau, dans lequel j’entrai pour la première fois, les murs étaient couverts d’étagères eux-mêmes pleins de livres poussiéreux. Il y faisait sombre, le soleil bloqué par des volets et des rideaux tirés. A mon arrivée, elle s’était levée pour déloger un épais grimoire et l’avait cérémonieusement posé sur son bureau. Puis elle avait enfilé ses lunettes d’un air pénétré, avait consulté la table des matières puis avait feuilleté, comme une cartomancienne son jeu de tarot.
Elle était américaine, ce qui expliquait qu’une telle publication soit en sa possession. Elle devait l’avoir rapporté d’outre-Atlantique dans sa valise.

Kenyon College…

J’y suis…

Kenyon College : établissement privé d’arts libéraux situé à Gambier, Ohio. Fondé en 1824 par Philander Chase. Accrédité par la Commission de l’enseignement supérieur. 1 708 étudiants de premier cycle. Campus de 1000 acres situé dans un cadre rural. Utilise un calendrier académique semestriel.

C’est une université mixte. Il y a donc des filles et des garçons.

Cette information délivrée, elle avait levé sur moi des yeux scrutateurs. J’avais compris que c’était le détail que venaient chercher les autres étudiants, mieux renseignés que moi.

Et bien bonne chance ! J’espère que vous passerez une bonne année !

La consultation était terminée, Il n’y avait plus grand-chose à dire. Ce qu’il y avait d’autre à apprendre, je devrai l’apprendre sur le tas. J’avais dû disposer sans plus de cérémonies.

Tout le monde n’avait pas droit à une entrevue spéciale avec Mme S. C’était comme un adoubement. Moi-même, je n’aurais pas dû faire partie du groupe des élèves candidats à l’assistanat. Ces bourses en nombre limité étaient réservées aux étudiants se destinant au professorat. Je n’avais pas, et n’avais jamais eu l’intention d’enseigner. Je me voyais plutôt traductrice, ou bien je ne savais pas quoi – tout sauf le professorat. Cependant, à la fin de l’année, par un coup de chance, une prof m’avait proposé de remplir un dossier de candidature pour devenir assistante de français à l’étranger pendant un an. En Angleterre ou aux Etats Unis. Le programme était précédé d’un stage d’été d’un mois comme prof de Français pour les étudiants Américains. La chance frappait à ma porte. Certains avaient été jaloux. J’avais entendu des mots comme « opportuniste » ou « elle n’a pas les deux pieds dans le même sabot. » Mais l’occasion de visiter le monde se présentait et je n’allais pas la laisser s’échapper. Même si une nouvelle vocation de prof ne m’était pas soudainement venue, je ne voyais aucune objection à enseigner le français pendant un an, quitte à changer subitement d’avis en revenant.

Ce jour-là donc, même un peu déçue du peu d’information, je reprenais le chemin de ma chambre flottant sur un petit nuage parfumé d’œillets, de roses et de capucines, enluminé d’espoir et de rêves.


On avance, on avance dans le feuilleton de mes souvenirs. Bientôt, mais pas tout de suite, on va découvrir ce qui a fait court-circuiter ce destin prévisible dont je parlais récemment.