STORY OF THE BOY WHO WENT TO NEPAL/HISTOIRE …

STORY OF THE BOY WHO WENT TO NEPAL

Once upon a time there was a boy in that college
The most beautiful boy on campus
As beautiful as the silhouette
of Jim Morrison painted in the basement
of Old Kenyon, where parties went on,
painted with a black light that brought him out of the wall
Which is incidentally where I met the boy
Whose name I can’t remember.

He wore a t-shirt that read
“Sinfully delicious” on the back

That boy came one day to see me
and we talked and we talked
I don’t remember what about
but he was just as beautiful
in my room as he had been out
And then I didn’t see much of him anymore.

When I left the campus at the end of the school year
Someone who knew him told me that the boy
was planning to fly on a plane to France
And I had a glimmer of hope
That it might be for me!

Imagine the lights glowing
Of that Boeing 737 on the tarmac
at night, in the fog,
on the right and left-side wings!
And then I forgot all about him,
as I never bumped into him in Paris.

Until one day someone who knew him told me
that when he had landed in Paris
the City of Lights
He took a look around himself
then caught another plane to Nepal

To this day I am still wondering
If he took his “Sinfully Delicious”
T-shirt to Nepal, of all places
And if he turned around because
He didn’t see me at the airport
I will never know.


HISTOIRE DU GARÇON QUI EST PARTI AU NÉPAL

Il était une fois un garçon dans ce collège
Le plus beau garçon du campus
Aussi beau que la silhouette
de Jim Morrison peinte au sous-sol
du Vieux Kenyon, où se déroulaient les fêtes,
avec une lumière noire qui le faisait sortir du mur
L’endroit même où j’ai rencontré le garçon
Dont je ne me souviens plus du nom.

Il portait un t-shirt qui disait :
” Délicieux comme un péché” au dos

Ce garçon est venu un jour me voir
et nous avons parlé et parlé
Je ne me souviens pas de quoi
mais il était tout aussi beau
dans ma chambre qu’il l’était au dehors
Et puis je l’ai perdu de vu.

Quand j’ai quitté le campus à la fin de l’année scolaire
Quelqu’un qui le connaissait m’a dit que le garçon
prévoyait de prendre l’avion pour la France
Et j’ai eu une lueur d’espoir
Que ce soit pour moi !

Imaginez les lumières qui brillent
De ce Boeing 737 sur le tarmac
la nuit, dans le brouillard,
sur les ailes droite et gauche !
Et puis je n’y ai plus pensé
Car je ne l’ai jamais croisé à Paris.

Jusqu’au jour où quelqu’un qui le connaissait m’a dit
que quand il avait débarqué à Paris
la Ville des Lumières
Il avait regardé autour de lui
Puis avais pris un autre avion
pour le Népal

A ce jour je me demande encore
S’il avait emmené son T-shirt
“Sinfully Delicious” au Népal
Et s’il avait fait demi-tour parce que
Il ne m’avait pas vu à l’aéroport
Je ne saurai jamais.


On approche de la fin de ma collection de poèmes basés sur les souvenirs de mon année d’assistanat aux Etats-Unis, souvenirs de jeunesse dans lesquels je me suis replongée pendant le confinement. Je crois qu’il en reste quelques-uns dans le sac, un ou deux, pas plus.

GO ASK ALICE/FUMER AVEC ALICE

GO ASK ALICE

While certainly frightening
The experiment in Janice’s bedroom in the Old Kenyon building
Where the Ghost of old Kenyon was lurking already
Was necessary and instructive.

Janice was wearing a Salvation Army shirt
With yellow pineapples against a blue background.
She flashed white teeth as she smiled
And laughed softly as if the whole thing
Was not a matter of becoming stupid,
As in stupefying your brain
Your already underused mind
But instead, performing a sacramental rite
Or opening some kind of door
That had been locked before
Maybe for some good reason.

I wanted to be brave
So I thought I would try
Stepping to the other side of the mirror
And into another room
To rummage where it was none of my business
And what on earth would I find there?
I’d never really been the sort
to go where I was not supposed to go, especially
if it involved alarming paraphernalia

To add another layer of smoky flavor
She started playing on her CD player
A song that disturbed the heck out of me
Called Go ask Alice
Who was that Alice?
The voice I heard was that of a far-out creature
with floating sleeves stirring a pot of shroom and newt

So I did smoke with them that day
and I know
you are curious to find out what happened.

The first time, I was told, you feel nothing
Like nettles or poison Ivy you feel nothing at first
But after a while, together we stepped out of the room
The three of us and we visited a class
While floating a few centimeters above the floor
And the professor’s voice came through a haze
Oddly nothing was sturdy and things were drifting.

The day after, I put my conventional clothes back on
As well as my sensible shoes
And went back to studying with my regular half-brain.

I found I still do not share the preoccupation
With visiting otherworldly realms to access some knowledge
While messing up with the old cranks and pullies
When I have scarcely begun visiting this perfectly fine world
Thank you very much.

^ ^ ^

FUMER AVEC ALICE

Bien que certainement effrayante
l’expérience dans la chambre de Janice dans le bâtiment Old Kenyon
où le fantôme du vieux Kenyon se baladait déjà
était nécessaire et instructive.

Janice portait une chemise de thrift shop
Avec des ananas jaunes sur fond bleu.
Elle montrait ses dents blanches quand elle souriait
Et riait bêtement
comme s’Il ne s’agissait pas de devenir stupide,
De liquéfier un cerveau humain déjà sous-utilisé
Mais d’accomplir un sacrement
D’ouvrir une sorte de porte
Verrouillée auparavant
Sûrement pour une bonne raison.

Je voulais être courageuse
Alors j’ai accepté d’essayer
De passer de l’autre côté du miroir
Et dans une autre pièce
Pour fouiller là où ce n’était pas mes affaires
Et que diable y trouverais-je?
Je n’ai jamais vraiment été du genre
A aller là où je n’étais pas censée aller,
Surtout s’il fallait pour cela tout un attirail inquiétant

Pour ajouter une autre couche d’arôme fumée
Elle a mis sur son lecteur CD
Une chanson étrange et bizarre
Appelée Go Ask Alice
Qui donc était cette Alice?
La voix que j’entendais m’évoquait une créature lointaine
Aux manches flottantes touillant dans un chaudron
De champignons et de triton

Donc j’ai fumé avec eux ce jour-là
Et je sais
Que vous êtes curieux de savoir ce qui s’est passé.

La première fois, dit-on, on ne ressent rien
Comme les orties ou le poison Ivy,
On ne ressent rien au départ

Mais après un moment, nous sommes sortis
Tous les trois et avons visité une classe
Flottant à quelques centimètres du sol
Avec la voix du professeur qui traversait la brume
C’était assez étrange que rien ne soit solide et que les choses dérivent.

Le lendemain, j’ai continué à porter mes vêtements conventionnels
Et mes chaussures sensées et je suis retournée
Etudier avec mon demi-cerveau habituel.

J’ai trouvé que je ne partage pas la préoccupation des autres
A visiter d’autres royaumes
Pour accéder à certaines connaissances
En passant outre les vieilles manivelles et poulies

Et en flottant comme des zombies.
Alors que je viens juste de commencer
A visiter ce monde tout à fait correct.


If a reader asks, I am aware that there is a big difference with this cannabis-smoking experience and the psychedelic LSD experience of the song. But I am not the one who played the song and set up the atmosphere!

Si un lecteur se le demande, je suis bien consciente qu’il y a une grande différence entre cette expérience de fumer du cannabis et l’expérience psychédélique de LSD de la chanson. Mais ce n’est pas moi qui ai joué la chanson et créé l’ambiance !

CHAPEL WEDDING

CHAPEL WEDDING

You were leading, as usual:
your country, your college, your way
and I happily followed
down Middle Path
bemused, blissfully borrowed from my own self

We stood in front of the chapel
you always liked a good chapel
with candles burning inside
that evening we walked in
like when you walk into a ruin
looking for treasures
shiny bottles of colored glass

We both liked a good adventure
there was nobody else around
we stayed inside for a while
breathing the holy air
Look, you pointed up to a bird
banging its body on rafters above
We took this for some sign

Perhaps we lit a candle
For the two of us
Then we came out
and sat on the front steps
against a closed door
and I lit up a cigarette
that was before you requested I quit

I remember that evening
and thought I might write it down
with no other meaning than to record
One of the celebrations in me life


LA CHAPELLE

Tu menais, comme d’habitude
ton pays, ton université, ton chemin
et je suivais avec plaisir
sur Middle Path
amusée, béatement empruntée à moi-même

Nous sommes arrivés devant la chapelle
tu as toujours aimé une bonne chapelle
avec des bougies allumées dedans
ce soir-là, nous sommes entrés
comme quand tu pénètres dans une ruine
à la recherche de trésors,
des petites bouteilles de verre coloré

Nous aimons tous les deux une bonne aventure
Il n’y avait personne
nous sommes restés un moment à l’intérieur
a respirer l’air sacré
regarde, tu as pointé du doigt un oiseau
qui cognait son corps sur les poutres au-dessus
nous avons pris ça pour un signe

Peut-être avons-nous allumé une bougie
pour nous deux
puis nous sommes sortis
et nous sommes assis sur les marches
contre une porte fermée
et j’ai allumé une cigarette
c’était avant que tu me demandes d’arrêter

Je me souviens de ce soir là
et j’ai pensé que je pourrais le mettre noir sur blanc
sans autre signification que d’enregistrer
Une des célébrations de ma vie.


Illustration: Church of the Holy Spirit, Kenyon College

Encore un souvenir, des moments qui reviennent comme des images, des bornes le long du chemin.

THE PROFESSORS I DIDN’T GET TO MEET / LES PROFESSEURS…

THE PROFESSORS I DIDN’T GET TO MEET

Students and faculty alike
Would ask with knowing smiles
Mentioning a legendary literature professor
Do you remember So and So?
Or Such and Such?

When I got to Kenyon College
They were long gone, although
I felt their presence
In tweed jackets, smoking pipes
Looking over my shoulder
Sometimes wagging a disapproving finger
Before floating away
Along with their professorial knowledge

I know they gathered in Memorial Halls
Sharing insubstantial cheddar-cubes and sherry
Reciting to each other verses
in rhymes and classic form,
Writing studies and critical essays
About other old-time poets.

Among them was John Crowe Ransom
Who had been gone for three decades
Though the shadow of his ghost
Was still wandering Old Kenyon lecture halls
With the varnished wood pulpits

He always popped up in conversations
Appearing and disappearing
But I was too young for him
And took classes with professors
Of flesh and blood, brick and mortar.

To this day I am still guilty
Of never having read them
The Old Kenyon College professors
And I bow to them all
Again and again in heaven.


LES PROFESSEURS QUE JE N’AI PAS RENCONTRÉS

Étudiants et professeurs me demandaient
avec des sourires entendus
A propos de tel ou tel légendaire professeur de littérature
Vous souvenez-vous de lui?

Quand je suis arrivée à Kenyon College
Ils étaient partis depuis belle lurette, bien que
je sente encore leur présence
Veste de tweed, fumant la pipe
Regardant par-dessus mon épaule
Parfois agitant un doigt désapprobateur
Avant de flotter dans les airs
Avec leurs connaissances professorales

Je sais qu’ils se réunissaient dans les Memorial Halls
Partageant d’insubstantiels sherry et cubes de cheddar
Se récitant entre eux des vers
En rimes et forme classique,
Ecrivant des études et essais critiques
À propos d’autres poètes d’antan.

Parmi eux John Crowe Ransom
Parti depuis trois décennies
L’ombre de son fantôme
Errant encore dans les amphithéâtres du Vieux Kenyon
Aux chaires de bois vernis.

Il se matérialisait dans les conversations
Apparaissait et disparaissait à sa guise
Mais j’étais trop jeune pour lui
Et prenais des cours avec des professeurs
De chair et d’os, brique et mortier.

A ce jour je suis encore coupable
De n’avoir jamais lu
Les professeurs du vieux Kenyon College
Et je m’incline devant eux
Encore et encore, au paradis.

The first editors of the Kenyon Review, from left to right: Philip Blair Rice, John Crowe Ransom and Norman Johnson.

SHOTS

The idea to gather
after an event, a party
in the room of a student you don’t know
a scenery you have never seen
and at a very late hour
the later the better
to line up behind a counter
with your new friends
as they get out small glasses
and fill them with alcohol
Tequila (they show you the worm)
the idea being to swallow it down
as quickly as possible
then as many as possible
without enjoying it
and with no specific reason,
is a fascinating concept
and entirely new to me.

You see, there is no motive
other than the fact
that one should try anything once
and you have not come all the way
across the globe
to stay in your room

You want to be surrounded
with these fine students
selected promising scholars
thoroughly sorted and tested
the top of the crop
crème de la crème.

You feel warm, warmer
and then somewhat confused
and then so confused
you don’t remember
You were singing
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Because you do not find out
until later
at least after you found yourself
deep into the toilet bowl
of your own dorm
with someone holding your hair.

You will remember darkness outside
the tone of dark wood panels
interesting navy blue curtains
in a cozy home on campus
and the choice company.

You will remember
the scientific curiosity
of those avid young brains
to find out what
something that comes from a bottle
Does to the average human being
In the shortest length of time.

You will always remember
the zeal they showed
to observe another soul
poison itself and deflate like
a birthday balloon
Right in front of your eyes.


SHOTS

L’idée de se rassembler
après un événement, une fête
dans la chambre d’un étudiant que tu ne connais pas
un scène que tu n’as jamais vue
et à une heure très tardive
le plus tard possible le mieux,
de s’aligner derrière un comptoir
avec ces nouveaux amis,

qui sortent des petits verres
et les remplissent d’alcool
Tequila (ils te montrent le ver)
l’idée étant d’avaler le contenu
aussi vite que possible
puis autant que possible
sans en tirer aucun plaisir
et sans raison particulière,
est un concept fascinant
et entièrement nouveau pour toi.

Tu n’as pas d’autre motif
que l’idée qu’on doit essayer tout une fois
et tu n’as pas fait tout ce chemin
autour du monde
pour rester dans ta chambre.

Tu veux être entourée
de ces excellents élèves
prometteurs et sélectionnés
soigneusement triés et testés
top de la promo
crème de la crème.

Tu sens la chaleur, un peu plus
puis tu te sens un peu confuse
et puis si confuse
que tu ne te souviens pas
que tu chantais
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Parce que tu l’apprendras plus tard
après que tu t’es trouvée
plongée dans la cuvette des WC
de ton propre dortoir
quelqu’un te tenant les cheveux.

Tu te souviendras juste
de l’obscurité dehors
Des panneaux de bois sombre
De rideaux bleu-marine
D’une maison sur le campus
Et de la compagnie de choix.

Tu te souviendras
De la curiosité scientifique
de ces jeunes cerveaux avides
de savoir ce que ce qui
sort d’une bouteille
Fait à l’être humain moyen
Dans les plus brefs délais.

Tu te souviendras toujours
du zèle qu’ils montraient
A observer une autre âme
s’empoisonner et se dégonfler
comme un ballon d’anniversaire
Devant leurs yeux.


Un autre souvenir de jeunesse pendant mon séjour dans l’Ohio. Je crois bien que c’était la première et la dernière fois que je buvais de la Tequila.

Photo by Isabella Mendes on Pexels.com

A REBOURS

Encrusted with rubies and emeralds
A beautifully bejeweled animal
Crawls on the cover of the book
that fell on the linoleum of my dorm room.

A giant turtle so heavily laden
that it dies under the weight of its adornments
Sacrificed to the decadence of humans
With too much wealth, imagination
And opium-induced aesthetic visions.

Aberrations! I discover, innocent from afar
In my 19th century French literature class:
Huysmans, with Professor Guiney
The past vile vices of my fellow Frenchmen.

When I lift my gaze from the page
My eyes meet grey walls through grey air
The bedcover bought at Sam’s club

Together with the cheap radio clock –
I travel slowly back from France
A Rebours through time and space.


A REBOURS

Incrusté de rubis et d’émeraudes
Un animal magnifiquement orné de bijoux
Avance à pas lents sur la couverture du livre
Tombé sur le linoléum de ma chambre de dortoir.

Une tortue géante si lourdement chargée
Qu’elle meurt sous le poids de ses ornements
Sacrifiée à la décadence des humains
Trop pourvus de richesse, d’imagination
Et d’esthétiques visions induites par l’opium.

Aberrations ! Je découvre, innocente et de loin
Dans mon cours de littérature française du XIXe siècle :
« Huysmans, avec le professeur Guiney, »
Les ignobles vices passés de mes compatriotes français.

Quand je lève les yeux de la page
Mon regard rencontre à travers l’air gris
Le couvre-lit acheté chez Costco

Et le radio-réveil bon marché.
Je reviens à pas lents de France
A Rebours à travers le temps et l’espace.


Dans la série de mes souvenirs de jeunesse, la découverte de Huysmans dont je n’avais jamais entendu parler, probablement parce que mes études étaient concentrées sur la littérature anglophone.

Illustration: Auguste Leroux: Excerpt from lithograph from the 1920 edition of J.K. Huysmans’s À rebours

VENUS DE CHEMIN DE FER / VENUS ON THE TRESTLE

VENUS SUR CHEMIN DE FER

Sous la lumière rouge
Dans le labo photo
Un bac de liquide chimique
Où trempe une feuille de papier blanc

Des formes se dévoilent
Apparaissent les contours flous
Puis les contrastes noir et blanc
Et pour la postérité vient au monde :

     Venus sur chemin de fer

Petite nymphe de passage
T.A. aux heures officielles
Nerveuse parmi les feuilles mortes
De chêne d’Amérique

Cette photo est de moi debout
Nue, cheveux châtains mi-court
Hanches carrées, jambes solides
Le long de la ligne de chemin de fer

Ma belle jeunesse sur pellicule
Victime d’un rite local bénin
Bien avant l’heure du digital
Organique plutôt qu’érotique

Elle est cachée dans un tiroir
Dorénavant ma peau blanche d’antan
je l’ai vite rhabillée, cette jolie fleur.


Un autre souvenir, caché dans un tiroir. Je me demande encore comment je me suis laissé persuader de poser pour une photo nue sur le Trestle, ligne de chemin de fer abandonnée dans les bois du collège par mon boyfriend– sorte de rite des étudiants avec leurs girlfriends, comme un pari. De nos jours, depuis le digital, voir son image ne donne plus même frisson. La photo du photographe (ci-dessus) est de moi.

Et la traduction fait-maison:

VENUS ON THE TRESTLE

Under red light bulbs
In the photo lab
A tank of developing fluid
Where a sheet of white paper lies

Shapes are revealed
Blurred outlines appear
Then black and white contrasts
And for posterity comes into the world:

 Venus on the Trestle

Little nymph passing by
T.A. at official hours
Nervous among the fallen leaves
Of American oak

This picture is of me standing
Nude, shoulder-length brown hair
Square hips, strong legs
On the railway line

My beautiful youth on Kodak film
Victim of a benign local rite
Long before the digital age
Organic rather than erotic

She’s now hidden in a drawer
This white-skinned girl of yore
I quickly dressed her back again,
That pretty flower.

L’HOMME INVISIBLE DANS LA BIBLIOTHEQUE / THE INVISIBLE MAN IN THE LIBRARY

THE INVISIBLE MAN IN THE LIBRARY  L’HOMME INVISIBLE DANS LA BIBLIOTHÈQUE  
There was an invisible man in the library
Who was introduced to me by my new boyfriend
Late at night
As he worked there
His skinny chest bent over a desk
Studious, dedicated
Taking his responsibilities
As library desk officer seriously
Even when there was no-one there anymore
All the students having moved on to other
Evening and night tasks and activities.

I stayed there just because
I did not want to miss a beat
With the boy behind the counter
Who was telling me
About The Invisible Man
By Ralph Ellison
Who joined the group of Kenyon ghosts
That hovers in my memory.

But that new boyfriend of mine,
Chastised and chased me away
Reminding me of my own duties
My own ambitions that
I admit, I was neglecting
And thanks to him, perhaps
and more than a little hurt
I reluctantly crossed the darkened campus
To my dorm room
And tackled my research and thesis
While he and the invisible man
Kept busy over there.  

Il y avait un homme invisible dans la bibliothèque
Qui m’a été présenté par mon nouvel ami
Tard un soir
Alors qu’il travaillait
Son maigre torse penché sur le comptoir
Studieux, dévoué,
Tenant ses responsabilités
De responsable de la bibliothèque au sérieux
Même quand Il n’y avait plus personne
Tous les étudiants étant partis
Vers d’autres tâches et activités nocturnes.

Je restais là pour la bonne raison que
Je ne voulais pas manquer une minute
Avec le garçon derrière le comptoir
Qui me parlait, entre autres
De l’Homme invisible
Par Ralph Ellison
Qui joignit ainsi le groupe des fantômes de Kenyon
Qui plane encore dans ma mémoire.

Mais ce nouveau petit ami
M’avait grondée et chassée des lieux
Me rappelant à mes propres devoirs
Mes propres ambitions que
Je l’avoue, je négligeais
Et grâce à lui, peut-être
Blessée, et à contrecœur
Je traversai le campus assombri
Jusqu’à mon dortoir
Pour aborder mes recherches et ma thèse
Alors que l’Homme invisible et lui
S’affrontaient encore là-bas.  

Chers ami(e)s, je suis émue. Je poursuis mon mémoire en condensé poétique, et j’ai l’impression d’avoir fait un grand pas vers le futur en arrivant à mettre côte à-côte mes petites affaires linguistiques. Alors voilà.