SHOTS

The idea to gather
after an event, a party
in the room of a student you don’t know
a scenery you have never seen
and at a very late hour
the later the better
to line up behind a counter
with your new friends
as they get out small glasses
and fill them with alcohol
Tequila (they show you the worm)
the idea being to swallow it down
as quickly as possible
then as many as possible
without enjoying it
and with no specific reason,
is a fascinating concept
and entirely new to me.

You see, there is no motive
other than the fact
that one should try anything once
and you have not come all the way
across the globe
to stay in your room

You want to be surrounded
with these fine students
selected promising scholars
thoroughly sorted and tested
the top of the crop
crème de la crème.

You feel warm, warmer
and then somewhat confused
and then so confused
you don’t remember
You were singing
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Because you do not find out
until later
at least after you found yourself
deep into the toilet bowl
of your own dorm
with someone holding your hair.

You will remember darkness outside
the tone of dark wood panels
interesting navy blue curtains
in a cozy home on campus
and the choice company.

You will remember
the scientific curiosity
of those avid young brains
to find out what
something that comes from a bottle
Does to the average human being
In the shortest length of time.

You will always remember
the zeal they showed
to observe another soul
poison itself and deflate like
a birthday balloon
Right in front of your eyes.


SHOTS

L’idée de se rassembler
après un événement, une fête
dans la chambre d’un étudiant que tu ne connais pas
un scène que tu n’as jamais vue
et à une heure très tardive
le plus tard possible le mieux,
de s’aligner derrière un comptoir
avec ces nouveaux amis,

qui sortent des petits verres
et les remplissent d’alcool
Tequila (ils te montrent le ver)
l’idée étant d’avaler le contenu
aussi vite que possible
puis autant que possible
sans en tirer aucun plaisir
et sans raison particulière,
est un concept fascinant
et entièrement nouveau pour toi.

Tu n’as pas d’autre motif
que l’idée qu’on doit essayer tout une fois
et tu n’as pas fait tout ce chemin
autour du monde
pour rester dans ta chambre.

Tu veux être entourée
de ces excellents élèves
prometteurs et sélectionnés
soigneusement triés et testés
top de la promo
crème de la crème.

Tu sens la chaleur, un peu plus
puis tu te sens un peu confuse
et puis si confuse
que tu ne te souviens pas
que tu chantais
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Parce que tu l’apprendras plus tard
après que tu t’es trouvée
plongée dans la cuvette des WC
de ton propre dortoir
quelqu’un te tenant les cheveux.

Tu te souviendras juste
de l’obscurité dehors
Des panneaux de bois sombre
De rideaux bleu-marine
D’une maison sur le campus
Et de la compagnie de choix.

Tu te souviendras
De la curiosité scientifique
de ces jeunes cerveaux avides
de savoir ce que ce qui
sort d’une bouteille
Fait à l’être humain moyen
Dans les plus brefs délais.

Tu te souviendras toujours
du zèle qu’ils montraient
A observer une autre âme
s’empoisonner et se dégonfler
comme un ballon d’anniversaire
Devant leurs yeux.


Un autre souvenir de jeunesse pendant mon séjour dans l’Ohio. Je crois bien que c’était la première et la dernière fois que je buvais de la Tequila.

Photo by Isabella Mendes on Pexels.com

A REBOURS

Encrusted with rubies and emeralds
A beautifully bejeweled animal
Crawls on the cover of the book
that fell on the linoleum of my dorm room.

A giant turtle so heavily laden
that it dies under the weight of its adornments
Sacrificed to the decadence of humans
With too much wealth, imagination
And opium-induced aesthetic visions.

Aberrations! I discover, innocent from afar
In my 19th century French literature class:
Huysmans, with Professor Guiney
The past vile vices of my fellow Frenchmen.

When I lift my gaze from the page
My eyes meet grey walls through grey air
The bedcover bought at Sam’s club

Together with the cheap radio clock –
I travel slowly back from France
A Rebours through time and space.


A REBOURS

Incrusté de rubis et d’émeraudes
Un animal magnifiquement orné de bijoux
Avance à pas lents sur la couverture du livre
Tombé sur le linoléum de ma chambre de dortoir.

Une tortue géante si lourdement chargée
Qu’elle meurt sous le poids de ses ornements
Sacrifiée à la décadence des humains
Trop pourvus de richesse, d’imagination
Et d’esthétiques visions induites par l’opium.

Aberrations ! Je découvre, innocente et de loin
Dans mon cours de littérature française du XIXe siècle :
« Huysmans, avec le professeur Guiney, »
Les ignobles vices passés de mes compatriotes français.

Quand je lève les yeux de la page
Mon regard rencontre à travers l’air gris
Le couvre-lit acheté chez Costco

Et le radio-réveil bon marché.
Je reviens à pas lents de France
A Rebours à travers le temps et l’espace.


Dans la série de mes souvenirs de jeunesse, la découverte de Huysmans dont je n’avais jamais entendu parler, probablement parce que mes études étaient concentrées sur la littérature anglophone.

Illustration: Auguste Leroux: Excerpt from lithograph from the 1920 edition of J.K. Huysmans’s À rebours

VENUS DE CHEMIN DE FER / VENUS ON THE TRESTLE

VENUS SUR CHEMIN DE FER

Sous la lumière rouge
Dans le labo photo
Un bac de liquide chimique
Où trempe une feuille de papier blanc

Des formes se dévoilent
Apparaissent les contours flous
Puis les contrastes noir et blanc
Et pour la postérité vient au monde :

     Venus sur chemin de fer

Petite nymphe de passage
T.A. aux heures officielles
Nerveuse parmi les feuilles mortes
De chêne d’Amérique

Cette photo est de moi debout
Nue, cheveux châtains mi-court
Hanches carrées, jambes solides
Le long de la ligne de chemin de fer

Ma belle jeunesse sur pellicule
Victime d’un rite local bénin
Bien avant l’heure du digital
Organique plutôt qu’érotique

Elle est cachée dans un tiroir
Dorénavant ma peau blanche d’antan
je l’ai vite rhabillée, cette jolie fleur.


Un autre souvenir, caché dans un tiroir. Je me demande encore comment je me suis laissé persuader de poser pour une photo nue sur le Trestle, ligne de chemin de fer abandonnée dans les bois du collège par mon boyfriend– sorte de rite des étudiants avec leurs girlfriends, comme un pari. De nos jours, depuis le digital, voir son image ne donne plus même frisson. La photo du photographe (ci-dessus) est de moi.

Et la traduction fait-maison:

VENUS ON THE TRESTLE

Under red light bulbs
In the photo lab
A tank of developing fluid
Where a sheet of white paper lies

Shapes are revealed
Blurred outlines appear
Then black and white contrasts
And for posterity comes into the world:

 Venus on the Trestle

Little nymph passing by
T.A. at official hours
Nervous among the fallen leaves
Of American oak

This picture is of me standing
Nude, shoulder-length brown hair
Square hips, strong legs
On the railway line

My beautiful youth on Kodak film
Victim of a benign local rite
Long before the digital age
Organic rather than erotic

She’s now hidden in a drawer
This white-skinned girl of yore
I quickly dressed her back again,
That pretty flower.

L’HOMME INVISIBLE DANS LA BIBLIOTHEQUE / THE INVISIBLE MAN IN THE LIBRARY

THE INVISIBLE MAN IN THE LIBRARY  L’HOMME INVISIBLE DANS LA BIBLIOTHÈQUE  
There was an invisible man in the library
Who was introduced to me by my new boyfriend
Late at night
As he worked there
His skinny chest bent over a desk
Studious, dedicated
Taking his responsibilities
As library desk officer seriously
Even when there was no-one there anymore
All the students having moved on to other
Evening and night tasks and activities.

I stayed there just because
I did not want to miss a beat
With the boy behind the counter
Who was telling me
About The Invisible Man
By Ralph Ellison
Who joined the group of Kenyon ghosts
That hovers in my memory.

But that new boyfriend of mine,
Chastised and chased me away
Reminding me of my own duties
My own ambitions that
I admit, I was neglecting
And thanks to him, perhaps
and more than a little hurt
I reluctantly crossed the darkened campus
To my dorm room
And tackled my research and thesis
While he and the invisible man
Kept busy over there.  

Il y avait un homme invisible dans la bibliothèque
Qui m’a été présenté par mon nouvel ami
Tard un soir
Alors qu’il travaillait
Son maigre torse penché sur le comptoir
Studieux, dévoué,
Tenant ses responsabilités
De responsable de la bibliothèque au sérieux
Même quand Il n’y avait plus personne
Tous les étudiants étant partis
Vers d’autres tâches et activités nocturnes.

Je restais là pour la bonne raison que
Je ne voulais pas manquer une minute
Avec le garçon derrière le comptoir
Qui me parlait, entre autres
De l’Homme invisible
Par Ralph Ellison
Qui joignit ainsi le groupe des fantômes de Kenyon
Qui plane encore dans ma mémoire.

Mais ce nouveau petit ami
M’avait grondée et chassée des lieux
Me rappelant à mes propres devoirs
Mes propres ambitions que
Je l’avoue, je négligeais
Et grâce à lui, peut-être
Blessée, et à contrecœur
Je traversai le campus assombri
Jusqu’à mon dortoir
Pour aborder mes recherches et ma thèse
Alors que l’Homme invisible et lui
S’affrontaient encore là-bas.  

Chers ami(e)s, je suis émue. Je poursuis mon mémoire en condensé poétique, et j’ai l’impression d’avoir fait un grand pas vers le futur en arrivant à mettre côte à-côte mes petites affaires linguistiques. Alors voilà.