THEATRE

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THEATRE

Nous étions au théâtre, il m’avait laissée seule,
Pendant qu’il se changeait (il dirigeait l’orchestre)
Avait dit attends-moi, alors je suis restée
Entre quatre murs blancs fortement éclairés

Dans cette pièce nue, ni scène ni théâtre
J’étais seule et perdue dans une quatrième zone
Qui étais-je en ces lieux qui servaient de coulisses ?
Ni actrice ni danseuse, ni non plus spectatrice

A droite les escaliers, à gauche la sortie
Et en face une Bouche, un trou aux lèvres noires

La voix d’un haut-parleur sonnait de temps en temps
Puis un ou deux artistes passaient en coup de vent
Et sans peur par la bouche se faisaient avaler

Et si l’un d’eux devait, par un triste accident
Me pousser dans cet antre et m’emporter sur scène ?
J’avais des inquiétudes et me sentais zombie.

Et si un des gardiens me voyant en ces lieux
Oisive, décidait de m’envoyer dehors ?
Je me sentais bien mal, comme un couac dans l’orchestre

J’essayais tour à tour de trouver contenance
Etudiant les posters ornant certains des murs
Ou la boite de beignets vide trainant sur la table

Quand soudain j’ai senti les murs me regarder
Ils prenaient l’air méfiant et semblaient chuchoter
« Mais que fait-elle fait ici, sans pointes, ni tutu ? »

Que puis-je leur répondre me suis-je demandé
Qui suis-je ? Quel est mon rôle ? Hélas je n’en ai pas !
Sinon celui d’attendre, cela n’est pas assez.

Et puis j’ai eu, comme ça, un petit trait d’esprit
J’ai pensé à l’aimant sur le frigo chez moi
Qui disait « We are the hero of our own story »

Lors, j’ai levé la tête et regardé les murs
Et leur ai assené (ils en étaient bouche-bée)
« Qui suis-je ? Messieurs, qui suis-je ? Et bien veuillez apprendre
Que je suis l’héroïne de ma propre histoire,
Le personnage central de cette pièce-ci. »
J’ai levé un chapeau imaginaire, à plume
Et les ai salués, imitant Cyrano.
Et à partir de là les choses étaient faciles
Nous avons bavardé comme de vieux amis.

Je leur ai raconté mes épiques périples
Comme je venais de loin et par monts et par vaux
Par Paris, Columbus, Boston puis Seattle
En quête d’aventure, de sagesse et d’amour

Et que la destinée me faisait faire escale
En ce lieu imprévu, électrique et prenant.

Si le danseur fougueux de qui j’avais eu peur
M’avait poussé sur scène à cet instant précis
J’aurais sans hésiter fait quelques pas de danse
Et puis pris la parole et dit les mêmes mots.

Mais à ce moment-là mon hôte est revenu
Et saisissant mon bras emmené avec lui
Nous avons pris ensemble la sortie des artistes
Et avons pris congé sous les applaudissements.

J’ai eu la chance, cette année, de visiter le Pacific Northwest Ballet à Seattle pour une représentation remarquable (voir critique sur la page Stories de mon blog). Pendant que j’attendais Allan dans les coulisses, je regardais une boite de beignets qui se vidait très vite, moi qui croyais que les danseurs ne mangeaient que des carottes crues. Le poème de cette semaine est une narration, en alexandrins, non rimés, de mon expérience.

Top picture: Benoît-Constant Coquelin as Cyrano, photogravure by H. Dujardin after a watercolor by J. Guth

 

 

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