Mission Jumeleine (suite et fin)

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Partie 2/2 – qui complète ma participation a l’Agenda Ironique de Janvier!

*  *  *

Inébranlable, il les lissa de la main en réfléchissant à la meilleure façon d’utiliser son énergie, déjà entamée par la lutte contre le froid.
Assis sur son siège, il appréciait la folle promenade à travers Londres, passant devant le palais de Buckingham et autres sites familiers.
La National Gallery… pensa-t-il. Le bus se rapprochait maintenant de l’arrière du célèbre musée. Il était maintenant 11 heures et même en plein jour, la vitesse du bus n’avait pas alerté la police, ni sa forme supérieure étrange, ni sa trajectoire étrange. Le véhicule prit un virage étroit dans une rue arrière où se trouvait l’entrée du musée.
Bond, amateur d’art classique et entretenant des relations étroites avec de grands marchands d’art et de riches connaisseurs qui géraient des transactions internationales d’une valeur de plusieurs milliards de dollars connaissait très bien la National Gallery. Bien entendu, les amateurs de la recette des Jumeleines étaient sûrement associés à la nouvelle exposition Mantegna et Bellini qui s’y déroulait actuellement. Le peintre de la Renaissance et la recette de pâtisserie volée à la cour de Philippe VI Le chanceux étaient de toute évidence le lien caché.
Pendant que Bond réfléchissait et commençait à saisir la situation, l’autobus s’était approché de la porte d’un quai de chargement. La porte se leva pour laisser entrer le bus à deux étages.
Bond se retrouva dans un couloir sombre. Alors que ses yeux s’habituaient à l’obscurité, il entendit le chauffeur ouvrir la portière et parler à quelqu’un. “Je l’ai. Mission accomplie.” Puis une porte laissa apparaitre un homme de petite taille vêtu d’un costume sombre.
“Bonjour, cher ami. Ça faisait longtemps!”
«Je viens juste pour l’exposition» rétorqua Bond. Il avait reconnu Aggelos Petrakis, le célèbre marchand d’art milliardaire également connu pour son amour de la nourriture et sa chaîne mondiale de restaurants très exclusifs. L’homme ne connaissait pas de limites pour acquérir ce qu’il voulait, même si cela impliquait des effusions de sang. Bond le savait.

«Eh bien cher ami, nous sommes ici pour des raisons sacrées. Au-dessus de nous sont en effet exposées les célèbres tableaux de Mantegna, et des rumeurs disent que vous pourriez également être sur la piste de la recette des Jumeleines? “
“Sortez-moi de là je vous prie et parlons en hommes civilisés.”

«Il est bientôt midi – pourrais-je vous offrir une tasse de thé? Et peut-être une pâtisserie… hahaha… même si je sais la médiocrité de mes pauvres tentatives … ”

L’homme de petite taille avait sorti une télécommande de la poche de son veston et les barrières du bus s’abaissèrent lentement. Bond sauta au sol, lissa son manteau et ses cheveux et s’approcha de l’homme.
“Invitation acceptée. Mais conduisez-moi d’abord aux toilettes. »
“Absolument! Mais d’abord, assurons-nous que vous vous comporterez bien.» Aggelos Petrakis tira une paire de menottes de son autre poche et les plaça aux poignets de Bond avec un sourire.

Bond le suivit jusqu’à une porte blindée qui s’ouvrit sur un ascenseur. La porte suivante donnait sur l’intérieur du musée et menait à une salle où étaient entreposées des toiles empilées et couvertes. Il le conduisit ensuite à une porte latérale.

Cette salle de bain, comme Bond l’avait deviné, avait une fenêtre à barreaux qui devait donner sur le fond de la rue. Il calcula que son absence ne devait prendre que quelques minutes et qu’il devait agir vite. Bien qu’il senti son estomac gargouiller à la pensée du thé qu’il manquait, il calcula qu’il pourrait encore se rendre à la gare Victoria après tout. Aggelos devrait attendre.

Bond plaça son pied sur le siège des toilettes et de ses mains liées réussit à détacher le talon de sa chaussure, qui révéla une mini bombe qu’il avait appris à utiliser. Cet explosif très sensible et silencieux était assez puissant pour faire éclater le métal tout en minimisant les projections. Ses mains menottées positionnèrent rapidement le mécanisme près des barres de fer de la fenêtre et il tira le détonateur avec les dents.
En moins de trois secondes, les menottes s’étaient ouvertes et les barreaux lui donnaient suffisamment d’espace pour glisser dans l’ouverture et ramper jusqu’au trottoir.
Bond regarda sa montre. Il était 12h15.

Les rues étaient maintenant animées de leur population journalière et Bond s’y fondit, dirigeant ses pas vers Covent Garden quelques rues plus loin. Les aventures du matin lui avaient donné une autre idée.
Depuis quelques heures, il pensait à Viola Oström, une bonne amie et chef d’orchestre renommée qui dirigeait actuellement le Ballet royal pour la saison. Née et élevée en Suède, Viola avait rapidement rejoint les plus grands musiciens du monde. Ils s’étaient rencontrés lors d’une soirée organisée par l’ambassadeur d’Uruguay et étaient resté en contact au fil des ans. Viola était extrêmement discrète dans ses actions et Bond la savait également extrêmement fiable. Ils s’étaient entraidés dans quelques affaires précédentes.
L’entrée du Royal Ballet se trouvait à l’angle d’une entrée de Covent Garden, mais Bond préféra utiliser l’entrée des artistes, dans une petite rue arrière. La réceptionniste passa un coup de téléphone et Bond attendit la jeune femme.
Velours, dorures et glamour. Chaque fois que les visiteurs voyaient l’auditorium historique du Royal Opera House pour la première fois, ils étaient toujours émerveillés.
Une femme apparu à la porte. Ses cheveux noirs tombaient en longues boucles sur ses épaules recouvertes d’un tissu blanc. D’ailleurs, tout son corps était recouvert de tissu blanc. James Bond reconnu la combinaison de vol que Viola enfilait pour piloter son hélicoptère.
“Vite, je suis prête” furent les seuls mots qu’elle prononça. Elle lui montrait l’ascenseur dont il savait qu’il atteignait le toit de la Royal Opera House. Il la suivit et elle continua : «Je suis au courant de tout. Nous pouvons être à la gare Victoria dans dix minutes. »
Ils s’installèrent dans la petite cabine de l’hélico et enfilèrent les lunettes de protection. Puis Viola ouvrit le tableau de bord et leur versa un Martini.
Tout en sirotant et en admirant la vue sur la Tamise, ils partagèrent un plan d’action rapide.
Le temps s’écoulait, aussi vite que l’hélicoptère à destination de Victoria Station. Elle lui présenta alors une corde qui était attachée à d’un piquet construit sur le sol en métal. Ils la jetèrent hors de l’hélico lorsque la station apparut clairement au centre du radar.
Bond donna un baiser à Viola avant de se retourner pour attraper la corde avec les pieds et les mains. Son corps se sentait fort et rafraîchi après la collation, et la proximité du but lui donnait une motivation supplémentaire. La descente sembla néanmoins interminable, mais quand son pied toucha la surface dure du toit, il réalisa qu’il avait encore réussi. Accroupi sur le toit, il lâcha la corde.
Il se retourna, lança un autre baiser à Viola et entreprit de descendre au niveau des piétons. De sorties de toit en salles d’eau, en passant par les portes d’entretien, il fit son chemin vers le café italien.
Il s’approcha du comptoir.
«Pourrais-je avoir une Jumeleine s’il vous plait?» Enonça-t-il clairement.
« Mais bien sûr, » répondit l’homme derrière le comptoir. Avec un clin d’œil, ce dernier lui donna une tasse de café et remplit un sac en papier avec une sorte de muffin, ajoutant quelque chose qu’il avait sorti de sa poche, et qu’une caméra cachée aurait pu identifier comme un microfilm.

De retour dans sa cachette de la Nouvelle-Angleterre, James Bond se remémorait l’aventure. On ne ferait pas un livre de cette courte histoire, pensa-t-il. Mais la plupart des gens ignoraient tout de ces missions faciles de trois jours qui l’amusaient plus que tout.
On entendait un violon jouer dans l’autre pièce. “Chérie, je crois que tu les épateras tous demain en tant que soloiste, à l’orchestre symphonique de Boston”, déclara Bond depuis son fauteuil près de la fenêtre.
“Oui, et j’ai hâte de goûter les Jumeleines qui seront servies pour célèbrer cet événement artistique international.”
Oui, les jumeleines.
Mmm mmmm mmmm !


Unflappable, he smoothed it back while thinking of the best way to use his energy, apart from fighting against the cold.
Sitting back on his seat, he enjoyed the crazy ride through London, past Buckingham palace and other familiar landmarks.
The National Gallery… he thought. The bus was now coming closer to the back of the famous museum. It was now 11:00 am and even in full daylight, the bus’s speed had not alerted the police. Neither did its strange upper shape or its strange trajectory. The double-decker took a narrow turn in a back street where was the back entrance to the building.
Bond was very familiar with the National Gallery, being an amateur of classical art and having close relationships with major art dealers and wealthy connoisseurs who handled billions of dollars international deals. Of course, the Jumeleine recipe amateurs were surely associated with the new Mantegna and Bellini exhibit that was taking place at the moment. The Renaissance painter and the pastry recipe stolen from the court of Philippe VI The Fortunate were undoubtedly the hidden link.
While Bond was reflecting and starting to make sense of the situation, the bus had come closer to the door of a loading dock. The door lifted and took the tall bus in.
Bond found himself in a dark passageway, While his eyes were getting accustomed to the dark, he heard the driver open her door and talk to someone on a phone. “I got him. Mission accomplished.”
Shortly after, a short man in a dark suit came out of a door.
“Hello, my friend. Long time no see!”
“Just coming for the exhibit!” Bond retorted. He recognized Aggelos Petrakis the famous billionaire art dealer who was also known for his love of food and his chain of exclusive restaurants around the world. The man knew no bound to acquire what he wanted, even if it involved blood. Bond knew it.

“Well my friend, there we are on sacred grounds. Above us are the famous Mantegna paintings, and rumors have it that you might also be on the track of the Jumeleine recipe? “
“Take me out of there and let’s have a civilized conversation together.”

“ It’s about noon time – would you fancy a cup of tea if you don’t mind? And maybe a pastry … hahaha… although I know my poor attempts… ”

The short man had pulled a remote control out of his suit pocket and the fences slowly came down from the bus top. Bond jumped down, smoothed his coat and hair as he came closer to the man.
“Invitation accepted. But first lead me to the bathroom.”
“Absolutely! But first let’s make sure you behave.” Aggelos Petrakis pulled a pair of handcuffs out of his other pocket and put them on Bond with a smile.

Bond followed him to a reinforced door which slid open to an elevator. The next door opened to the inside of the museum into a room storing stacked and covered paintings. He then took him to a side door.

This bathroom as Bond had guessed, had a window which gave onto the back of the street. He calculated that his absence would only account for a few minutes, and that he had to act fast. Although he felt his stomach gurgling at the thought of the missed tea, he calculated he might make still make it to Victoria Station after all. Aggelos would have to wait.

Bond lifted his foot on the toilet seat, managed to detach the heel of his shoe which revealed a mini bomb that he had been trained to use. This high sensitivity and silent explosive was strong enough to break through metal while keeping the projectile material within short range. His cuffed hands swiftly positioned the mechanism close to the bathroom’s iron bars and he pulled the detonator button with his teeth.
Within three seconds, the handcuffs had opened and the bars gave enough space for him to slide through the opening and onto the sidewalk.
Bond looked at his watch. It was now 12:15 pm.

The streets were now pleasantly busy with the day crowd and Bond blended in it, tracing his steps toward Covent Garden a few streets ahead. The morning adventures had given him another idea.
For the last hours he had been thinking of Viola Oström, good friend and renown conductor who was currently conducting the Royal Ballet for the season. Born and raised in Sweden, Viola had quickly joined the top ranks of world’s musicians. They had met at a party organized by the ambassador of Uruguay and kept in touch through the years. Viola was extremely discreet in her actions and Bond knew her as extremely reliable. They had helped each other in previous affairs.
The Royal Ballet’s entrance stood at the corner of the Covent Garden entrance, but Bond preferred to use the stage entrance in a back street. The receptionist made a phone call and Bond waited for the young woman.
Velvet, gilt and glamour tour. Whenever visitors see the historic auditorium of the Royal Opera House for the first time it always amazes them.
A woman appeared at the door. Her dark hair fell in soft curls on her shoulders, which where covered in white fabric. Her whole youthful body was covered in white fabric. James Bond recognized the pilot jumpsuit necessary to fly in Viola’s helicopter.
“Quick, I’m ready” where the only words she uttered. She was pointing to the elevator that he knew reached the roof of the Royal Opera House. He followed her and she continued: “I know everything. We can be at Victoria Station in ten minutes.
They took place in the small cabin and put on the flight goggles. Then Viola opened the dashboard bar and poured them both a Martini.
While sipping and admiring the view of the Thames, they shared a quick plan of action.
The deadline was approaching, as fast as the helicopter to Victoria Station. Presently, she presented him with a rope which was tied up around a peg build on the metal floor. The rope was then thrown out when the station showed up clearly in the radar, smack in the middle.
Bond gave stole Viola a kiss before turning around to grab the cord with feet and hands. His body felt strong and fortified by the pick-me up they had, and the closeness of the goal gave him extra motivation. The descent seemed nonetheless interminable, but when his foot touched the hard surface of the roof, he realized he had done it again. Crouching on the roof, he let go of the rope.
Turning around, he threw another kiss to Viola and set out to get down to pedestrian level. From roof exits to bathrooms to maintenance doors, he made his way to the Italian Caffe.
He walked up to the counter.
“Could I have a Jumeleine please?” he clearly pronounced.
“But of course,” answered the man behind the counter. With a wink, the barista gave him a cup of coffee, and filled a paper bag with a sort of muffin, adding something he pulled out of his pocket, that a hidden camera there could have identified as a microfilm.

Back in his hideout in New England, James Bond reminisced about the affair. This quick one would not make it into a book, he thought. But most people didn’t know about these easy, three-day affairs that entertained him more than anything else.
In the background, a violin was playing. “”Honey, I think you’ll impress them all tomorrow as a soloist with the Boston Symphony Orchestra,” Bond said from his armchair by the window.
“Right, and I can’t wait for the Jumeleines that will be served as a celebration of this international artistic event.”
Yes, the jumeleines. Mmm mmmm mmmm.

medieval recipe

By Master chef of Richard II of England – http://mmems.files.wordpress.com/2011/03/jrl0905131dc.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=31745579

Mission Jumeleine

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« … cette bande sonore s’autodétruira dans les cinq prochaines secondes. »
La fumée familière commença à s’élever et James Bond l’écarta d’un geste du poignet. Il posa les pieds sur le bureau et réfléchit au message qu’il venait d’entendre.
Cette nouvelle mission allait mettre fin aux vacances qu’il prenait depuis quelques jours dans l’anonymat de la Nouvelle-Angleterre. Mais il ne pouvait pas échapper à ses fonctions.

Il se souvint de la dernière fois qu’il avait entendu parler de l’Affaire Jumeleine : une recette de pâtisserie médiévale qui avait été découverte, puis avait rapidement disparu, du coffre d’un roi français du XVe siècle, dans les années soixante. La recette n’avait jamais été retrouvée. Des pâtissiers du monde entier avaient essayé de la recréer en copiant la seule version qui en avait été réalisée, mais tous avaient échoué immanquablement.
Bond regarda ses chaussures italiennes, qui provenaient de chez son fournisseur anglais. Il sentit son estomac se serrer à l’idée de la mission – le KGB était sur le coup depuis des lustres, ainsi que le Secret Intelligence Service – autant qu’à l’idée des Jumeleines, dont il avait entendu parler du goût incomparable. Il était 20h.

Il consulta son téléphone portable et trouva immédiatement son billet d’avion pour Londres, Il partait dans deux heures.

Dans l’avion, le signe EXIT brillait en rouge à sa gauche, surmontant la porte d’évacuation. Il inspecta la ventilation au-dessus de son siège et le contrôle des appels aux stewards pour détecter tout bug possible. Rassuré, il enveloppa autour de son cou un gadget pour dormir et ferma les yeux. Il aurait besoin de se reposer autant que possible pour être frais le lendemain.

Arrivé à Londres, il prit un taxi. Le chauffeur indien avait suspendu un sachet d’encens qui lui donna la nausée, il n’était que 8h du matin avec le décalage horaire. Il ne pouvait pas se permettre d’être malade. Il se reprit et vérifia que son écouteur était bien placé. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.

L’hôtel était situé à Trafalgar Square, un quartier qu’il connaissait depuis une mission à Covent Garden dans les années précédentes. Son extérieur était discret et Bon se rendit immédiatement dans sa chambre, remarquant en passant le goût oriental dans la décoration, les murs blancs, les hautes plantes vertes et les rampes en fer forgé.
Il se rasait lorsqu’il entendit frapper à la porte. Son rasoir à la main, il s’en approcha. «Room service» dit une voix. Bond ouvrit. «Votre commande de Jumeleine», dit un homme portant un plateau chargé d’une cloche en métal.
Bond reconnu le mot de passe, laissa entrer l’homme, un de ses collègues londoniens, puis referma soigneusement la porte après avoir vérifié rapidement mais soigneusement les couloirs.
“Voici pour vous aujourd’hui 007,” dit l’homme succinctement. Il leva la cloche et présenta à Bond un plateau de petit-déjeuner, une poignée de livres sterling et ce qui ressemblait à un billet de bus touristique de Londres. «Nous avons eu quelques fuites, ils vous cherchent. Mais lisez cette note et nous devrions être en possession de la recette d’ici demain soir. »
Bond fit sortir l’homme. Les couloirs étaient encore vides. Il était environ 9h30, heure de Londres.
« Pourboire? »
«Non merci monsieur, » répondit l’homme ceci était un code secret qui signifiait mission acceptée.
Seul à nouveau, Bond s’assit au bureau face à l’œil de Londres. En lisant le message, il but le double expresso, avala les œufs brouillés, le bacon et le scone. Ensuite, le jus d’orange frais fut particulièrement bon.
Selon le message, il devait maintenant se perdre dans la foule touristique de Londres et se rendre à la gare Victoria, où un serveur du Caffe Nero lui ferait passer un microfilm pendant qu’il le servirait.

Les instructions étaient claires. Malgré une nuit abrégée, JB se sentait prêt à relever le défi. Il mit une veste pare-balles sous le manteau d’hiver qui l’attendait dans le placard de la chambre, à côté d’un épais peignoir blanc et de chaussons assortis. Encore une tendre attention de Barbara, pensa-t-il. Barbara aurait fait une bonne épouse et une bonne mère si elle n’avait pas choisi ce métier, comme il avait eu de nombreuses occasions de le vérifier. Mais il laissa rapidement passer cette pensée.

L’air dehors était gris et humide. Le manteau n’était pas superflu. Il remercia silencieusement Barbara tout en traversant la place de la gare, puis Trafalgar Square, puis la Galerie nationale.

Le bus à arrêts multiples à bord duquel il était supposé monter stationnait comme prévu dans une rue latérale, avec ses décorations bleues et blanches. Une silhouette semblait dormir au volant. La porte était fermée.
Bond regarda sa montre: 9h55.
Il frappa légèrement à la porte vitrée. La silhouette à l’intérieur se leva du volant et la porte pliante s’ouvrit.
Nous ouvrons à 10h.
«Je sais, je me demandais si je pouvais prendre un siège. Il fait froid dehors.”
“OK, montez. Vous avez votre billet?”
Le conducteur était une jeune femme aux cheveux courts et bouclés et elle aurait été désirable, pensa-t-il, si ce n’était pour ses yeux froids et audacieux.
Elle examina le billet quelques secondes et lui tendit un écouteur pour la visite guidée. Il le prit comme n’importe quel touriste.
Le bus était vide mais allait bientôt se remplir, pensa-t-il. Le meilleur endroit serait à l’étage supérieur, où il pourrait avoir une bonne vue de ce qui l’entourait, même si cela impliquait d’être à l’air libre et de supporter l’air froid.
Des couples et familles de toutes nationalités prirent rapidement place autour de lui. Le moteur de l’autobus démarra et Bond brancha le cordon des écouteurs.
“Vous êtes à bord du meilleur bus de tourisme de la ville de Londres……”

Bond se laissa faire un tour en admirant les monuments qu’il connaissait autant de l’intérieur que de l’extérieur et se demanda si la mission Jumeleine pouvait être l’une des plus faciles qu’il n’ait jamais eue.
Mais le son enregistré commença à faire des fritures. Un bruit statique couvrit la voix de la femme et une autre voix commença : «Monsieur Bond, nous savons que vous êtes ici. N’essayez pas de petite plaisanterie ou vous le regretteriez. Au prochain arrêt, les autres passagers seront invités à descendre du bus. Vous resterez à bord et tout ira bien. ”
Il reconnut la voix de la conductrice. Regarda autour de lui et calcula un moyen de sortir. Il décida que le mieux serait de rester dans le bus et d’en savoir plus sur les projets de la jeune femme lorsqu’ils se présenteraient face à face. Elle pourrait être une aide souhaitable dans la mission.
À la station suivante, la jeune femme prétendit avoir une crevaison et a demandé à tous les passagers de descendre du bus.
Bond attendit, toujours assis sur son siège, sur la plate-forme supérieure du bus.
Au lieu de s’approcher, cependant, la femme remit en marche le moteur et s’éloigna brusquement du trottoir où ils étaient garés. Au même moment, des grilles en forme de cage se dressèrent sur les côtés du bus et créant un toit au-dessus de sa tête. Une clôture similaire bloqua la porte donnant accès aux niveaux inférieurs, le retenant ainsi dans une cage en métal solidement attachée de tous les côtés. Bond sentait maintenant le bus prendre de la vitesse, ce qui augmentait la sensation de froid qu’il ressentait déjà. Le bus le conduisait maintenant à toute vitesse vers une destination dont il n’avait aucune connaissance. Et il commença à regretter sa première idée de s’échapper. Ses cheveux ébouriffés par le vent froid et humide semblaient dérangés sur sa tête.….

(La suite au prochain épisode)


… this tape will self-destruct in the next five seconds.
The familiar smoke started to rise up and Bond flicked it off from a cuff of his wrist. He put his feet up on the desk and pondered the message he just heard.
This new mission was going to put an end to the holidays which he gives in anonymity in New England. But he could not escape his functions.

He reminisced the last time he had heard of the Jumeleine affair, a recipe that had been discovered, then had swiftly disappeared from the chest of a 15th century French king, in the sixties. The recipe had not been found since. Bakers from all over the world had tried to replicate the recipe by copying the only realized version, but always failed.
Bond stared at his Italian shoes that came from his British supplier. He felt his stomach tighten at the idea of the mission – the KGB as well as the Secret Intelligence Service had been involved for a long time- as well as at the idea of Jumeleines, whose flavor he knew was incomparable. It was eight p.m.

He checked his cell phone and immediately found his plane ticket to London. In two hours.

On the plane, the EXIT sign shone red at his left, above the evacuation door. He inspected the ventilation above his seat, and the call control for any possible bug.
Then reassured, he wrapped his neck device and tried to sleep. He would need to rest as much as possible to be refreshed in the morning the morning.

Arrived in London, he took a taxi. The Indian driver had hung a sachet of incense that made him nauseated, it was only 8am with the time difference. He should not be sick. He pulled himself together and verified that his earphone was in place. No news, good news

The hotel was in Trafalgar square, an area he was familiar with since a Covent Garden mission in the years past. Its façade was inconspicuous and Bond made it to his room immediately. noticing along the way the middle-eastern taste in the decoration, the white walls, tall leafy green plants and wrought-iron banisters.
He was shaving when he heard a knock at the door. His razor in hand he came closer. “Room service” said a voice. Bond opened. “Your order of Jumeleine.” Said a man carrying a tray.
Bond recognized the password and opened to one of his London colleague, let him in and carefully closed the door after quickly but carefully checking the hallways.
“Here is for you today 007” said the man succinctly. He lifted the metal cloche and presented a breakfast tray, a handful of pounds sterling and what looked like a ticket for a London tourist bus. “We had a few leaks, they’re looking for you. But read this memo and we should be in possession of the recipe by tomorrow night.”
Bond ushered the man out. The hallways were still empty. It was around 9:30 am London time.
Tip?
“No, thank you sir, answered the man” which was a secret code for an accepted mission.
Alone again, Bond took a sit at the desk facing the London eye. While reading the message, he drank the double expresso, ate the scrambled eggs, the bacon, and the scone. Next, the fresh orange juice tasted particularly good.
According to the message, he was now to get lost in the tourist crowd and make his way to Victoria’s station, where a waiter at a Caffe Nero would pass him a microfilm while serving him.

The directions were clear enough. In spite of an abridged night, Bond felt ready for the challenge. He put on a bulletproof jacket under the winter coat he found waiting in the room closet next to a thick white bathrobe and matching slippers. The tender attention of Barbara, he thought. Barbara would have made a good wife and mother if she had not chosen this field, he had had many opportunities to verify this. But he quickly let the thought pass by.

The air outside was grey and damp. The coat was not superfluous. He silently thanked Barbara as he made his way across the station, though Trafalgar Square, past the National Gallery.

The London Hop on-hop off bus he was supposed to board was waiting on a side street with its gaudy blue and white decorations, as described. A silhouette seemed to be sleeping at the wheel. The doors were closed.
Bond looked at his watch: 9:55am.
He knocked lightly at the glass door. The silhouette inside unfolded from the wheel and the door opened.
“We open at 10am.”
“I know, I was just wondering if I could take a seat. It’s cold outside.”
“OK, climb in. Have you got your ticket?”
The driver was a young woman with short curly hair and she would have been desirable, he thought but for her eyes which where cold and bold.
She scrutinized the ticket for a few seconds and handed him an ear set for the guided tour. He took it as any tourist would do.
The bus was empty but would soon fill in, he thought. The best spot would be on the upper deck, where he could have a good view of his surroundings, although that would mean being in the open air and enduring the cold air.
Couples and families of all countries soon took the nearby sit. The bus’s engine started and Bond plugged in the earphone cord.
“You are on board of the best tour bus in the city of London… …”

Bond let himself be taken on a tour, gazing at the monuments he knew so well inside and out, and wondered if the Jumeleine mission could be one of the easiest he ever had.
Then the recorded sound started to fritter. A static sound covered the woman’s voice and another voice took over “Mr. Bond, we know you are here. Do not try anything funny or you will regret it. Next stop, the other passengers will be asked to get off the bus. You stay on board and all will be well.”
He recognized the driver’s voice. Looked around himself and calculated a way to get out. He decided that the best plan would be to stay on the bus and find out more about the young woman’s plans when they were one on one. She could be a desirable help in the mission.
The next station, the young woman pretexted a flat tire and asked all the passengers to please get off the bus.
Bond waited, still sitting on his seat on the upper platform of the bus.
Instead of coming up to him, however, the woman started the engine again, and abruptly pulled away from the sidewalk where they had been parked. At the same time, cage-like grids rose up from the sides of the bus and created a roof above his head. Similar fence blocked the door to the lower levels, thus trapping him in a metal cage that was solidly fastened on all sides. Bond was now feeling the bus gathering speed, which was also increasing the feeling of cold that he was already feeling. The bus was now taking him at full speed toward a destination he had no knowledge of. And he started regretting his first idea which was of escaping as soon as he heard the change of plan. His hair mussed up by the cold and humid wind felt deranged on his head.

(to be continued next week)

IN FLIGHT ENTERTAINMENT / DIVERTISSEMENT EN VOL

airliner window

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IN FLIGHT ENTERTAINMENT
Some like Proust lay in bed to write
Some others have chronic fatigue syndrome
No such things for me
A long flight is the only time
I have to share the language of reading and writing
Taken hostage of a cabin.
On the ground, always something to do
I flail my arms like a chicken with its head cut off
In the air I am tamed.

* * *

DIVERTISSEMENT EN VOL
Certains, comme Proust, se couchent pour écrire
D’autres ont le syndrome de fatigue chronique
Rien de ça pour moi
Un long vol est le seul moment
Que j’aie pour partager le langage de la lecture et de l’écriture
Prise en otage d’une cabine.
Au sol, toujours quelque chose à faire
Je m’agite comme un poulet décapité
Dans les airs, je suis apprivoisée.

PHOTO SHOOT

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Toute photo a une ou des histoires. L’histoire que je raconte ici s’est passée il y a quelques années. La photo est celle de mon profile sur un site de rencontre aux Etats-Unis où je me suis inscrite pendant quelques années. (Heureusement tout ça est fini.)

Donc aujourd’hui, histoire personnelle, en Français et en anglais:

 

Photo shoot

J’ai beaucoup de “J’aime” de ma photo de profil sur Match.com. Là encore, tout est relatif, je ne sais pas combien de «j’aime» ont les autres femmes. “On dirait que tu penses quelque chose”, a dit un homme du nom de Mark. C’était un bon début.
J’étais en effet en train de penser à quelque chose, et c’est ce que je vais relater ici.
Quand je vois la photo maintenant, je ne vois qu’un sourire amusé, presque tendre, les yeux regardant directement le spectateur. J’imagine que cela donne l’impression aux membres du site de rencontres que je pourrais les regarder avec ce même regard malicieux mais indulgent, un aperçu de notre relation.

Cette photo a été prise à la fin de la session et j’étais assis dehors sur le petit mur de pierre de ma cour. Nous avions passé au moins deux heures à prendre des photos et je venais de passer d’un jean à une robe noire sans manches avec des bottes en daim pour prendre des photos à l’extérieur, ainsi qu’à ma veste en cuir noir, car il ne faisait plus très chaud.
C’était fin octobre. J’avais perdu mon bronzage. Ma peau est pâle et mes cheveux décoiffés. Je n’ai pas préparé cette séance photo en allant dans un salon de coiffure parce que je voulais avoir l’air naturel.
Ce que les gens ne peuvent pas lire, c’est à quel point j’étais soulagée, à quel point heureuse d’être encore en vie et en bonne santé, et fière de moi et de mon sens de l’aventure. Et je ressentais aussi, oui, de la compassion pour la personne avec qui je venais de passer plus de deux heures. Compassion et tendresse pour un être humain qui tentait sa chance dans d’étranges entreprises semblables aux miennes. Deux âmes légèrement aventureuses et un peu perdues qui avaient partagé un moment improbable.

Je venais de rejoindre un site de rencontres en ligne. Un des problèmes était que je n’avais pas de photo de profil appropriée. Depuis le divorce, trois ans auparavant, personne n’avait pris une photo décente de moi. Ma fille aînée prend beaucoup de selfies.
Je me suis donc lancée dans une recherche de photographes sur internet, mentionnant que je souhaitais des portraits naturels, plus «moi-même sous un bon jour» que la pose de boudoir. C’était une idée qui me plaisait. Était-ce vain de payer un photographe? Ou était-ce simplement que nous vivons à une époque de marketing visuel. Un reste d’éducation catholique me répétait que je me montrais narcissique et superficielle.
Luttant contre cette idée, je cherchais des idées de poses intéressantes susceptibles d’attirer les « bons » hommes: moi avec un livre, ou l’air malin avec un poing sous le menton comme le penseur de Rodin; moi avec des lunettes.

Deux personnes ont répondu à ma demande de photographe: l’une d’entre elles était une femme à la fois professionnelle et peu fiable. Sa page Web affichait beaucoup de photos très à la mode et modernes, des images avant-gardistes de femmes au maquillage excentrique dans des vêtements étranges dans des poses qui auraient pu être inspirées par… la drogue? Peu fiable car elle me donnait l’impression que je la dérangeais et que mon humble demande était une perte de son temps précieux. Mais après quelques courriels, elle a accepté de me «caser» de bonne heure un samedi matin au parc voisin, avant un mariage.

Le deuxième photographe était un homme dont les prix étaient légèrement inférieurs. Il y avait moins de photos, mais les clients disaient qu’il les avait mis à l’aise et qu’ils le recommandaient.

Comme j’avais de la difficulté à choisir entre les deux, tout en sachant que je dépensais beaucoup trop d’argent dans ce projet, j’ai pris deux rendez-vous: un le matin avec la femme et un l’après-midi avec l’homme.

Ce samedi matin était une matinée d’automne lumineuse et froide. J’avais apporté des vêtements de rechange pour plusieurs looks. La jeune femme m’a demandé de rejeter la tête en arrière dans des rires forcés et a tourné sa caméra vers moi en position de tir. «C’est ce que nous faisons tous en séance photo!» m’a-t-elle assuré. Nous avons pris des photos avec des lunettes, avec un livre, avec des arrière-plans différents. Je dois admettre que les photos résultantes ne montrent pas de fausseté. Le regard était heureux et léger.
J’ai essayé d’utiliser ces images, mais elles n’ont jamais reçu beaucoup de «J’aime.»

Le deuxième rendez-vous m’intriguait, car l’homme avait annoncé qu’il apporterait son propre studio portable, notamment des flashes et des parapluies. Si j’étais un peu inquiète à l’idée d’être seule avec un inconnu alors que personne ne le savait, je mettais cette pensée de côté. L’idée de parler de la situation avec qui que ce soit m’embarrassait. Et il y avait le frisson de l’inconnu, un roulement de dés qui n’était pas désagréable.
Je mis un jean et une chemise ample et soyeuse, tenue qui me semblait naturelle et sans équivoque quant à mes motifs.

Au début de l’après-midi, une camionnette blanche s’est garée devant ma maison et j’ai descendu l’escalier pour rencontrer mon photographe. Il sortit de la voiture un homme de petite taille dont l’abdomen semblait flotter autour de lui comme une énorme bouée de sauvetage. Il se dirigea vers l’arrière de son camion et ouvrit la porte. Un polo blanc à manches courtes trempé de sueur lui collait au dos, tandis qu’un pantalon beige était fixé au haut de son énorme milieu par une ceinture. J’observai comme la chair vacillante remplissait le pantalon comme de l’eau moulant le fond d’un sac en plastique de poisson rouge et je me demandai quelle forme avait son anatomie là dessous. À quoi Humpty Dumpty ressemblait-il sans vêtements? Était-ce liquide, solide ou gazeux? Je ne pouvais pas toucher, je ne pouvais pas regarder, juste prétendre que j’étais parfaitement préparée à cela.

L’homme avait l’air occupé, s’occupant du matériel qui se cachait dans le coffre.
«Je dors dans ma voiture quand je pars loin de chez moi» a-t-il déclaré. «J’ai donc tout dedans: sacs de couchage, oreillers. Ne faites pas attention au désordre. »

Une autre femme que moi aurait trouvé un prétexte pour annuler le rendez-vous sur-le-champ, mais je suis en général trop polie ou trop peu incline à affirmer mes sentiments ou mon intuition. Il s’agissait peut-être d’un génie qui s’était laissé aller alors qu’il amenait son art à des sommets sans pareils grâce à un dévouement désintéressé et total à son travail. Les images résultantes seraient peut-être la vision artistique transparente et claire d’un artiste unique et je serais désolée d’avoir laissé passer cette occasion.
Il sortit quelques sacs noirs graisseux du coffre, ainsi qu’un ensemble de parapluies plus ou moins blancs.
Il était encore temps de lui dire poliment qu’il y avait un malentendu et qu’il devrait partir – mais il était venu du New Hampshire, si je me souvenais bien, et je ne pouvais pas le renvoyer sur son chemin.

Je lui ai montré ma porte et je l’ai aidé à porter son équipement. Il a monté les marches en soufflant, a posé le parapluie qu’il portait à la main et a pris une pause pour reprendre son souffle et s’éponger le visage.
«Tout d’abord, je veux que vous compreniez que vous êtes belle. Vous êtes une belle femme.” Je me demandais s’il flirtait avec moi ou si c’était sa routine habituelle pour mettre à l’aise. Son visage et ses expressions étaient relativement normaux.
«Je vais vous montrer une vidéo que je montre à mes clients. Je fais beaucoup de portraits de lycéennes… tant de jeunes-femmes ne voient pas leur propre beauté… »
«Je connais le film», ai-je répondu. “Je viens de le voir sur YouTube. Il montre des femmes à qui on demande de se décrire, et elles qui se décrivent comme peu attrayantes.» Il a évidemment supposé que je n’étais pas à l’aise avec ma propre image et que j’avais besoin d’encouragement. Son hypothèse m’intriguait, surtout de la part de quelqu’un avec son apparence.

«Mon père était un photographe légiste», a-t-il déclaré en ouvrant le plus grand des parapluie blancs dans mon salon. «J’ai donc suivi ses traces. Tout au moins avec la photographie. Je suis à la retraite, vous voyez. Alors je fais ça sur le côté. J’ai suivi un cours en ligne de troisième cycle en photographie. J’ai fait des séances photo sur des plateaux de tournage au Japon. Je voyage beaucoup pour mes employeurs. »

Il avait commencé à prendre des photos alors que j’essayais de comprendre ce qu’il avait fait exactement, mais le laissais surtout parler.
Il prenait des photos tout en parlant. Une devant mes livres. Une dans l’escalier. Une autre où je regardais à travers les rails de la rampe.
“C’est vrai? Où êtes-vous allé la dernière fois? »

“Il y a quelques années, j’étais au Japon. C’était un décor de film. Un hôtel très cher. Incroyable, ce genre de “milieu”. Il y avait des jeunes filles qui faisaient une séance photo. Et puis elles avaient bu, ces pauvres filles, des américaines, hors de contrôle. Aucune surveillance parentale… »
Clic, clic.
Et ensuite: « … on peut baisser les stores ici? Pour la lumière? »
Je me suis vu hocher la tête, me demandant pourquoi je laissais ce type nous enfermer dans une pièce maintenant sans fenêtre.

Il empilait d’autres parapluies dans un coin.
«Un jour, il y avait cette pauvre fille, elle était ivre et s’est évanouie sur le trottoir, sa jupe relevée à la vue de tous. Vous savez, une belle fille, un mannequin, et je pense qu’elle a été violée là-bas. ”
«Oh non», je compatissais, comme s’il n’y avait rien d’étrange dans cette image. Pourquoi diable me racontait-il des histoires de filles violées. Était-ce une autre façon de me mettre à l’aise?
Pourtant, je n’étais pas vraiment inquiète que cet énorme tas de tissu adipeux puisse me faire du mal. En outre, je n’étais pas une fille mais j’approchais de la cinquantaine. Je me demandais s’il testait le terrain, s’il voulait savoir si ses fantasmes me feraient de l’effet.
Il me contournait, déplaçant sa caméra sous un certain angle, puis un autre. Se rapprochant, mais ne me touchant jamais.
Clic.

Il me demanda de m’asseoir sur le canapé, de regarder sa caméra d’une façon puis de l’autre, à droite, à gauche.
“Gardez la tête haute, ne baissez pas le menton.” disait-il avec un air d’autorité expérimentée. » J’obéissais. Je ne voulais pas de double menton. Le suspense montait dans mon esprit quant aux images résultantes – et s’il savait ce qu’il faisait?

Puis-je enlever mes chaussures? » Lui ai-je demandé, maintenant assise sur mon canapé, les genoux sous le menton, les bras les entourant dans ce que je pensais être une position détendue et confortable.
«Non, pas encore.» Dit-il.
Je me demandais s’il voulait dire que nous y arriverions plus tard et cela me rappelait avec inquiétude la carrière médico-légale de son père.
Alors j’ai gardé mes chaussures, dans un stade transitoire dans lequel je ne pouvais pas décider si je devais partir au pas de course ou si j’avais une trop forte réaction face à une situation étrange.
«Souriez comme si vous veniez de gagner à la loterie!» dit-il. Là, ça allait mieux.
«Mettez votre visage contre le miroir et regardez la caméra. Gardez la tête haute!”
Maintenant, au piano. Asseyez-vous au piano et faites comme si vous jouillez.

Clic.

“Voulez-vous changer de vêtements?”
“Peut-être. Je ne sais pas.”
J’avais parlé de vêtements de rechange, mais je devais maintenant réfléchir à nouveau.

Il a continué à prendre des clichés, regardant ensuite les photos sur l’écran de l’appareil, s’exclamant avec satisfaction. “Je pense que vous allez aimer!” Mais j’évitais soigneusement de rassembler nos têtes devant l’écran.

“Ces sites de rencontres en ligne …” “Ils veulent des images sexy”, dit-il ensuite.
Je n’étais ni d’accord ni pas d’accord, pensant qu’il confondait avec des sites d’escorte. Puis, contrairement à mon propre bon sens, la curiosité a pris le dessus sur une étrange atmosphère exhibitionniste. Qu’est-ce qui pourrait arriver?

Cet homme obèse aurait-il pu me faire du mal? Est-ce que ça m’amuserait de poser pour des photos érotiques devant cet inconnu que je trouvais franchement repoussant? Serait-ce une sorte de fantasme de la Belle et la Bête?
En quelque sorte, je me sentais en position de force face à un voyeur anodin et oui, ce jeu m’amusait un peu.

“Une fois, j’étais dans une maison …” dit-il, “ces filles m’avaient engagé pour prendre des photos de boudoir. C’était dans leur sous-sol… un sous-sol fini, avec des canapés et des tapis. Nous avons fait des photos de lingerie. Deux belles filles…
Je le regardais se vanter tout en manœuvrant son corps agilement autour des meubles pour avoir une meilleure vue. À quel point les pensées et les sentiments peuvent-ils être complexes et contradictoires? Je dissimulais mon inquiétude et mon dégoût sous un masque impassible, même souriant, et me sentais à la fois curieuse et consternée, audacieuse et effrayée, à la fois en position de pouvoir et soumise à des pensées conflictuelles.
«Et puis, leur petit ami est arrivé. Les filles ne savaient pas qu’elles allaient arriver. Nous avons donc dû tout brouiller et tout cacher.
“Vraiment?”
“Oui. Ils auraient été jaloux. Je fais beaucoup de photos comme ça. Photos Boudoir. Pour les filles, les enterrements de vie de jeune fille … ”

Il avait pris beaucoup de photos de moi à ce stade. Nous avions en effet parlé de vêtements de rechange. Je me demandais ce que je risquais de changer en robe. Après tout, j’avais prévu de porter diverses tenues.

“OK si je mets une robe? Je reviens.”
Dans ma chambre j’enfilai une robe classique en laine noire sans manches, avec un col ras du cou modeste et une longueur au niveau des genoux. Je pensais que ça m’allait bien. Je mis aussi des bottes en daim marron. A mon avis, le tout était chic et sexy sans être immature.

«Ces sites de rencontres en ligne veulent des photos sexy», a-t-il répété. La sueur roulait sur son visage. «Allongez-vous sur le canapé, sur ton ventre… Mains sur les bras. Maintenant regardez-moi. Ayez l’air heureuse.» Il tenait son corps maladroit en face de moi. Clic.
“Oui. Heureuse. Ils veulent une belle femme heureuse. ”

“Je fais ça parfois les week-ends”, a-t-il déclaré, “c’est comme une récréation”.

Depuis que je jouais à son jeu, me sentant relativement en sécurité, je souriais pour la caméra. Certaines limites avaient été brouillées et cela ne me dérangea pas vraiment quand il vint autour du canapé pour ajuster le bas de ma robe – vers le haut ou le bas, je ne pouvais le dire.

J’étais l’objet du désir, pas une victime.

Son geste était très léger. Et je me sentais étrangement puissante, après le lui avoir permis.

Il a déplacé son parapluie, observant les résultats sur son écran de caméra.

«Ma femme est morte il y a cinq ans, vous savez. Alors maintenant je suis célibataire. Comme vous. Je cherche un rendez-vous. ”
« Elle aimait faire du bateau avec moi. J’ai un bateau mais je ne veux plus faire du bateau seul. Vous aimez les bateaux? »

“Pas vraiment” répondis-je vaguement. Je ne voulais pas encourager ce genre de pensées, mais d’une manière ou d’une autre, ce changement dans la direction de la conversation était un soulagement – je m’étais vue passer d’un objet médico-légal à un modèle érotique en une petite amie potentielle. Pendant un moment, il m’a parlé de sa femme, décédée quelques années auparavant, qui avait adoré faire du bateau.

“Vous vouliez des photos en plein air?” demanda-t-il ensuite. “J’ai toute la journée si vous voulez.”
D’accord. Nous pourrions aller dehors.
Je me suis levée du canapé, ai marché jusqu’à la porte et ai pris ma veste en cuir.

L’air était frais. C’était comme sortir des eaux troubles dans lesquelles nous naviguions.
Assise sur le petit mur de pierre à la vue de tous les voisins, je pouvais sourire avec un sourire différent – un mélange de soulagement, de compassion, d’amusement et d’aventure.
Cette photo est celle que j’ai choisie pour mon profil.

Il lui a fallu un certain temps pour m’envoyer les photos. Lorsque j’ai ouvert le fichier, j’ai constaté que la plupart d’entre elles étaient horribles. Comme celle où je suis assise pieds nus sur le canapé (j’ai insisté pour enlever mes chaussures à un moment donné) et qui ressemblait vraiment à une photo de police scientifique (peau de mon pied pâle et boursouflée). Dans la plupart des images, un objet au hasard apparaît dans le coin: une prise de courant, le pied de son trépied, un anneau sombre de sueur sous le bras. Sur certaines images, je parais vingt ans de plus, chaque ride, chaque bouton de menton, chaque bosse et chaque pli étant mis au premier plan,
Ma rosacée n’a jamais été aussi visible que sur les images en miroir, où elle est apparait rose fuchsia. C’est le moment où j’aurais dû m’en tenir à ce qu’il a dit au début, et croire en ma propre marque de beauté.

“Je peux utiliser n’importe quelle photo avec Photoshop! Si vous voulez!” Insista-t-il au téléphone. De toute évidence, il tenait à utiliser le logiciel qu’il avait appris. “Je vais travailler sur l’une d’entre elles et vous l’envoyer comme échantillon”, a-t-il ajouté.

Quelques jours plus tard, j’ai reçu une photo retouchée. Il l’avait tellement travaillé que je ressemblais à Michael Jackson après une énième opération.
Je n’aurais pas dû lui dire ça parce que ça l’a froissé. C’était notre dernier échange. Je n’en voulais pas plus de lui, mais je me suis sentie un peu coupable d’avoir heurté ses sentiments. Je ne voulais pas.
Parmi toutes les photos, il y en a deux que j’aime bien: celle que j’ai utilisée pour mon profil, avant les retouches. Et celle où j’étais allongée sur le canapé, mettant en scène son fantasme: “Une belle femme heureuse.”
Mais je ne suis pas sûre de pouvoir l’utiliser comme photo de profile.

* * *

Photo shoot

I have many “Likes” of my profile picture on Match.com. Then again it is all relative, I don’t know how many “Likes” the other women get. “You look like you’re thinking something” a man named Mark said. That’s a good start.
I was indeed thinking something, which is what I am going to relate here. When I see the picture now, I only see an amused, almost tender smile with eyes directly looking at the viewer. I imagine it makes the dating site members feel that I could be looking at them with this mischievous but indulgent gaze, a preview of our relationship.

That photo was taken at the end of the session, and I was sitting outside on the short stone wall in my yard. We had spent at least two hours shooting photos, and I had just changed from jeans to a sleeveless black dress and suede boots to take pictures outside, and my black leather jacket because it wasn’t that warm anymore.
It was late October. I had lost my tan. My skin looks pale and my hair disheveled. I didn’t prepare for this photo session by going to a salon because I wanted to look natural.
What people can’t read is how relieved I was then, how happy to be still alive and well, and proud of myself for my sense of adventure. And I felt, also, yes, compassion for the person I had just spent over two hours with. Compassion and tenderness for a fellow human trying his luck at odd endeavors not unlike mine. Two slightly adventurous and mildly lost souls who had shared an improbable playdate.

I had just joined an on-line dating site. A problem was that I didn’t have a suitable profile picture. Since the divorce three years before, nobody had taken a decent photo of me. My older daughter takes a lot of selfies.
So I went on an online search for photographers, mentioning that I was looking for natural portraits, more “myself on a good day” than boudoir pose. It was an exciting idea. Was it being vain to pay a photographer? Or was it just that we live in times of visual marketing. I had a remainder of catholic education that kept telling me that I was being narcissistic and shallow.
Battling with the idea, I still looked for ideas of interesting poses that would attract the right men: me with a book, me looking smart with a fist under my chin like Rodin’s thinker; me with glasses.

Two individuals responded to my request for a photographer: one was a woman who sounded half professional and half unreliable. Her web page advertised a lot of very trendy and modern photos, avant-garde images of women in eccentric make-up and skimpy clothes in definitely unusual poses that could have been inspired by …drugs? Unreliable because she made it sound like I was bothering her and my humble request a waste of her precious time. But after a few emails, she accepted to “squeeze me” early on a Saturday morning at the nearby State park, before a wedding.

The second photographer was a man with slightly lower prices. There were fewer pictures, but customers’ reviews said that he made the model feel comfortable, and that they would recommend him.

Since I had trouble choosing between the two, though aware that I was spending far too much money on this, I booked two appointments: one in the morning with the woman and one in the afternoon with the man.

That Saturday morning was a bright and cold fall morning. I had brought too changes of clothes. The young woman instructed me to throw my head back to pretend fits of laughter and pointed her camera at me in a gunshot position. “That’s what we all do on photo shoots!” she assured me. We took photos with eyeglasses, with a book, with different backgrounds. I have to agree that the resulting photos didn’t show fakeness. The look was happy and light.
I tried using a lot of those pictures, but they never received many “likes:”

I was curious about the second appointment because the man mentioned he would bring his own portable studio, including flash units and light umbrellas. If I was slightly nervous about being alone with a perfect stranger while nobody knew about it, I put the thought aside. I didn’t want to embarrass myself sharing the situation with anyone. And there was the thrill of the unknown, a rolling of the dice that was not unpleasant.
I put on a pair of jeans and a loose silky shirt, which I thought would look natural and unambiguous about my motives.

Early afternoon, a white van parked in front of my house and I came down the stairs to meet my photographer. Out of the car came a short man with an enormous middle that seemed to float around his core like a life buoy. He waddled to the back of his truck and opened the door. A white short-sleeved polo shirt clung to his back with sweat while tan pants were fastened to the top of his huge middle with a belt. I watched how the wobbly flesh filled the pants like water molding the bottom of a goldfish plastic bag and caught myself wondering what shape his anatomy had taken underneath. What would Humpty Dumpty look like naked? Was it liquid, solid or gas? I couldn’t touch, I couldn’t stare, just pretend that I was perfectly prepared for this.

The man looked busy, fussing with the equipment that was hiding in the trunk.
“I sleep in here when I am traveling away from home” he said. “So I have everything in here: sleeping bags, pillow. Don’t pay attention to the mess.”

Another woman would have found an excuse to cancel the appointment on the spot, but I am generally too polite, or too unwilling to assert myself or my gut feelings – I reasoned that I should not judge a book on its cover, that maybe that man was a genius who had let himself go to lard while bringing his art to unparalleled heights of mastery through selfless devotion and total dedication to his work. Maybe the resulting pictures would be the transparent, clear artistic vision of a unique artist and I would be sorry to have let that opportunity go.
He pulled a couple of greasy black bags out, and a set of suitably white umbrellas.
It was still time to tell him politely that there was a misunderstanding and that he should go – but he had driven all the way from New-Hampshire, I remembered, and I couldn’t just send him back on his way.

I showed him my door and helped him carry his equipment. He puffed up my stairs, put down his umbrella, and took a break to catch his breath and sponge his face.
“First of all, I want you to understand that you are beautiful. You are a beautiful woman,”
he said. I wondered if he was flirting with me, or if it was his regular make-them-comfortable routine. His face and expressions were relatively normal.
“I will show you a video that I show my clients. I do a lot of senior portraits… so many women don’t see their own beauty…”
“I know the movie,” I answered. “just saw it on YouTube. It shows women asked to describe themselves, and they describe themselves as unattractive.” He obviously assumed that I was not comfortable with my own self-image, and needed encouragement. I was intrigued by his assumption, especially coming from someone with his looks.

“My father was a forensic photographer” he said, opening the largest white umbrella in my living room. “So I followed in his footsteps. Well, at least with photography. I am retired you see. So I do this on the side. I took an online graduate course in photography. I have done photo-shoots on movie sets, in Japan. I travel a lot for my employers.”
He started taking pictures while I tried to understand what exactly he had done, but mostly let him speak.
He was taking pictures while talking. One in front of my books. One in the stairs. One looking through the banister rails.
Really? Where did you last go?

“A couple years ago I was in Japan. It was a movie set . A very expensive hotel. You can’t believe that kind of “milieu”. There were young girls doing a photo-shoot. And then they get drunk, those poor girls, American girls, out of control. No parental guidance…
Click, click.
And then: “… can we pull down the blinds here? For the light?”
I saw myself nodding, wondering why I was letting this guy enclose us in a now windowless room.
He put up more umbrellas in a corner.
“One day, there was that poor girl, she was drunk and passed out on the sidewalk, her skirt lifted up for everyone to see. You know, a beautiful girl, a model, and I think she had been raped there.”
“Oh no,” I empathized, as if there was nothing wrong with this picture. Why on earth was he telling me stories of girls being raped. Was it a way of making me feel comfortable?
Yet I was not exactly worried that this massive heap of adipose tissue could do me any harm. Also, I was not a girl but on the mature side of forty-five. I wondered if he was testing the water, if he wanted to know if I would be oddly turned on by his fantasies.
He stepped around me, moving his camera in a certain angle, and then another. Getting closer, but never touching me.
Click
He asked me to sit on the couch, to look at his camera this way, to the right, to the left.
“Keep your chin up, don’t put it down.” he said, with an air of experienced authority. I obliged. I didn’t want to look like I had a double chin. The suspense was building up in my mind about the resulting pictures – what if he knew what he was doing?

Can I take off my shoes?” I asked him, now sitting on my couch with my knees up, arms circling them in what I thought was a relaxed, comfortable look.
“No, not yet.” He said.
I wondered if he meant we’d get there later, and was uneasily reminded of his father’s forensic career.
So I kept my shoes on, in a limbo stage in which I could not decide if I should run, or if I was only over-reacting to an odd situation.
“Smile as if you had just won the lottery!” he said. I felt better about that.
“Put your face against the mirror and look at the camera. Keep your chin up!”
Now, at the piano. Sit at the piano and pretend you are playing.”
Click.

“Do you want to do a change of clothes?”
“Maybe. I don’t know.”
I had talked about a change of clothes, but now had to think again.

He kept shooting at me, looking at the photos in the camera screen afterwards, exclaiming with satisfaction. “I think you’ll love that one!” he said sometimes. But I carefully avoided bringing our heads together over the viewer.

“Those online dating sites… “ “they want sexy pictures” he then said.
I didn’t agree nor disagree, thinking he was mixing up with escort sites. Then, against my own usual common sense, curiosity took over with a strange exhibitionist vibe. What on earth could this obese man do to harm me anyway? Would I be turned on by posing for erotic photos for this stranger who I honestly foond repulsive? Could this be a sort of Beauty and the Beast fantasy?
Somehow I feel in a position of power in the presence of an innocuous voyeur and yes, slightly turned on about playing that game.

“Once, I was in a house…” he said, ”these girls had hired me to take Boudoir pictures. It was in their basement … a finished basement, with sofas, and rugs. We did lingerie pictures. Two young beautiful girls…”
I watched him bragging, maneuvering his rolly-polly self around the furniture to catch a better glimpse of me. How complex and contradicting can ones thoughts and feeling be? I was hiding my uneasiness and distaste under an unaffected even smiling mask, feeling curious and appalled, daring and scared, both in power and subjected to conflicted thoughts.
“And then, their boyfriend arrived. The girls didn’t know they were coming. So we had to scramble and hide everything.”
“Really?”
“Yes. They would have been jealous. I do a lot of photos like that. Boudoir photos. For girls, bachelorette parties…”

He had been taking a lot of pictures of me by now. We had indeed talked about a change of clothes. I wondered what I risked about changing into a dress. After all I had planned to have a variety of outfits.

“OK if I change into a dress? I’ll be back”
I came back from my bedroom with a classic sleeveless black wool dress with a modest crew neck and length that hit right at the knees. I thought it looked good on me. I also put on brown suede boots. In my opinion the whole thing was classy yet sexy in a mature way.

“Those online-dating websites, they want some sexy photos” he repeated. Sweat was rolling down his face. “Lie down on the couch, on your belly… Chin on your arms. Now look at me. Look happy.” He stood in front of me, his awkward body facing me. Click.
“Yes. Happy. They want a beautiful happy woman.”

“I do this on week-ends sometimes,” he said, “it’s like a playdate.”

Since I was now playing his game, feeling relatively safe, I smiled for the camera. Some boundaries had been blurred and I didn’t really mind when he came around the couch and adjusted the hem of my dress – either up or down I could not tell.

I was the object of desire, not a victim.
His gesture was very light. Almost tentative. And I felt oddly powerful, having allowed him this gesture on my person.

He moved his umbrella, fussing at the results in his camera screen.

“My wife died five years ago, you know. So now I am single. Like you. I am looking for a date.”
She loved boating with me. I have a boat. Now I don’t want to boat alone. Do you like boats?”

“Not really.” I answered vaguely. I didn’t want to encourage his dating thoughts but somehow, this change in the path of the conversation was a relief – I had seen myself shifting from forensic object to erotic model to potential girlfriend. For a while, he told me about his wife who passed away a few years before. She had loved boating.

“Did you say you wanted outdoor pictures?” he then asked. “I have all day if you want.”
“OK. We could go outside.”
I got off the couch, walked to the door and picked up my leather jacket.

Fresh air. It was like stepping out of the murky waters we had been wading in.
Sitting on the short stone wall in view of all the neighbors I could smile a different smile – in the know, a mix of relief, compassion, amusement and adventure.
That photo was the one I chose for my profile.

It took him a while to send me the pictures. When I opened the file, I found that most of them were terrible. Like the one where I sat on the couch barefoot (I did insist on taking off my shoes at some point), and it did look like a forensic picture (my foot’s pale bloated-looking skin). In most of the pictures, a random object appears in the corner: an electric outlet, the foot of his tripod, a dark ring of sweat under my arm. On some pictures I look twenty years older, with every invisible wrinkle, chin pimple, bump and crease brought to the fore and into focus,
My rosacea has never been as visible as in the mirror pictures, where it has seemingly turned fuchsia pink. This is the time when I should stick to what he said first and believe in my own brand of beauty.

“I can Photoshop any photo! If you want!” he insisted on the phone. He clearly enjoyed using the software he had learned. “I will work on one of them and send it to you as a sample” he added.

A couple days later, I received a touched-up photo. He had done so much work on it that I looked like Michael Jackson after one more surgery.
I shouldn’t have said that to him because it hurt his feelings. That was our last exchange. Not that I wanted more from him, but I’ll always feel slightly guilty at having hurt his feelings. I didn’t mean to.
Among all the photos, there are two that I like: the one I used in my profile, before touch-up. And the one he took as I was lying on the sofa, indulging his fantasy: “A Happy beautiful woman.”
But I am not sure I could use this as my profile picture.

Dernier concombre du gar…

photo of cucumbers and tomatoes in wooden crates

Photo by Nuzul Arifa on Pexels.com

Dernier concombre du gar…

Avec les années, ma vue ne s’arrange pas, l’astigmatisme de naissance est compensée par la myopie, ce qui fait que je ne porte pas de lunettes depuis une dizaine d’années, un grand bonheur. Ceci dit, mon cerveau actif et imaginatif a appris à compenser ma vision quand même hautement défaillante en proposant les vues de mon esprit.
Par exemple, ce matin, je passais en revue le contenu de ma boite mail quand je suis tombée sur le poème du jour. (Je suis abonnée à deux de ces organisations.)
Le titre était: “last cucumber from the gar… (“dernier concombre du gar…)
La fin était tronquée par l’étroitesse de l’écran. Donc dans ce cas précis, ce n’était pas une défaillance de vue, mais mon cerveau a tout de même fait la gymnastique de remplissage:

le dernier concombre du garage, bien sûr.

J’ai trouvé que c’était un bon titre. J’ai été interpellée.

J’ai été transportée dans le garage de ma grand-tante en Bretagne. Un modeste bungalow dans la cité ouvrière du village.
On entrait dans cette maison par le garage qui sentait fort l’essence, le mazout, le chien et quelque chose de frais. A l’autre bout se trouvait l’entrée du jardin, un petit lopin de terre où ma Tante Renée et son mari faisaient pousser quelques légumes.
Mais surtout, à l’entrée de la porte intérieure qui donnait accès à la maison, elle entreposait ses légumes – quelques tomates, courgettes ou concombres – dans des cageots pour les garder au frais.
J’ai donc eu la vision de ces derniers concombres du garage dans la demi-pénombre de souvenirs d’enfance. Et puis j’ai passé la tête par la porte pour entrer dans le salon qui lui, sentait une autre odeur, aussi forte, de feu de cheminée. J’ai revu des scènes joyeuses de famille – les apéritifs des adultes, les cacahuettes pour les enfants, le feu dans la cheminée, il y a plus de quarante ans. J’aurais pu continuer ma visite, la cuisine avec une bouteille d’Evian sur le radiateur, un flacon de Chanel sur le frigo; monter l’escalier de bois et jeter un coup d’oeil à sa dernière création de couturière sur le modèle en bois, les épingles et les bouts de tissus colorés sur le plancher, la caverne d’Ali Baba de mes sept ans.
Je ne me suis pas attardée. Je suis retournée au dernier concombre du garage, puis à ma messagerie.

Puis j’ai ouvert le poème pour voir le traitement personnel de l’auteur. Et c’est là que j’ai reconnu mon erreur.

“last cucumber from the garden (in conversation w/ Julie Gezelle Patton)” par giovanni singleton

If ⎷tomorrow – ⎷yesterday = now
And maybe
If silence : ⎷voice = holla 7.7 billion
Then perhaps
Stillness + birds in flight = joy infinite

 

ma traduction:

Le dernier concombre du jardin
Par giovanni singleton

Si ⎷demain – ⎷hier = maintenant
Et peut-être
Si silence : ⎷voix = salut 7.7 billion
Alors peut-être
Tranquilité + oiseaux en vol = joie infinie

Nulle question de garage! Ni de concombre d’ailleurs.  Bien que l’équation mathématique m’aie bien plu, j’ai préféré ma petite visite chez ma Tante Renée en Bretagne il y a presque un demi-siècle. Autant vivre dans le flou artistique.

SEATTLE BUMS

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They gather at night on the street corner
between the Vermont Inn
the Seattle Space Needle,
and the 7-Eleven and its parking lot
I know because we hear them at night
from our hotel room with the corner windows
lit up by the Space Needle
the street lights
and the light from the 7-Eleven
which stays open all night
and we hear them yelling
fuck-you contests
and other shouting matches
the Seattle bums
and I wonder why they chose that corner
of Seattle
rather than another
for their night quarters

I thought it could be for the 7-Eleven ,
where they can happen on some happy-wine
or for the parking lot light
that makes a good size stage

so in the morning I checked
what could be of interest to them
and all I found was a post
stuffed with cigarette butts
with white and yellow bits sticking out
like so many tiny little legs
out of a hellish cauldron
and I turned my head sideways
to read Cigarette Butt Recycling on it
and I thought
how considerate of them
how delicate
to come thither at night
to stick their cigarette butts
down with their dirty fingernails
to make sure
that they kept Seattle clean.


 

LES CLOCHARDS DE SEATTLE
se rassemblent la nuit au coin de la rue
entre le Vermont Inn
le Space Needle,
le 7-Eleven et son parking
Je le sais parce que nous les entendons la nuit
de notre chambre d’hôtel avec les fenêtres qui font l’angle
éclairée par le Space Needle
les lampadaires
et la lumière du 7-Eleven
qui reste ouvert toute la nuit
et on les entend crier
des concours de fuck-you
et autres compétitions d’injures
les clochards de Seattle
et je me demande pourquoi ils ont choisi ce coin
plutôt qu’un autre
pour leurs quartiers de nuit

J’ai pensé que ça pourrait être pour le 7-Eleven
qui pourrait leur procurer une bouteille
ou pour la lumière du parking
idéal éclairage de scène

alors le matin j’ai cherché
ce qui pourrait les intéresser
et tout ce que j’ai trouvé était un poteau
bourré de mégots de cigarettes
avec des morceaux blancs et jaunes qui sortaient
comme autant de petites jambes
d’un chaudron infernal
et j’ai tourné la tête sur le côté
pour lire « recyclage de mégots de cigarette »
et j’ai pensé
que c’était bien prévenant de leur part
très délicat
qu’ils viennent ici la nuit
y coller leurs mégots de cigarettes
avec leurs ongles sales
pour s’assurer
qu’ils gardaient Seattle propre.

* * *

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Seattle, le Space Needle est le monument touristique de la ville, une tour futuriste construite pour l’exposition universelle de 1962.
Le 7-Eleven est une chaine de commerces ouverts à toute heure sans interruption.

space needle photo

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INSPIRATION

INSPIRATION
Pour écrire comme Gainsbourg faudrait
Avoir des sujets tragiques
Des rimes impossibles en -ic ou en -ou,
Et de grandes mélodies dramatiques (et classiques).
Des amours impossibles, être à bout
Sans savoir trop pourquoi
J’ai une vie simple, voilà le hic
Des mecs difficiles j’en ai eu ma claque
Pas de café, d’alcool ou de bambou-
la, je me couche tôt, me lève itou
Et puis il faudrait moins de distractions,
comme Instagram,YouTube et Yahoo.
Peut-être que si j’avais une tête de chou
A la place de ma tête d’épingle…
Moi je pourrais retranscrire mes méditations
Zen en chanson mais je doute
Que la sagesse d’une page vide fasse
Le même effet stylistique.

 

A Pat on the Dashboard

Car in snowIt has this new little shudder, my car, when I start again after a traffic light or a slowdown. As if it wanted to tell me something. And I shudder at the idea that it could be the beginning of the end. I’ve been paying more attention since it reached 200,000 miles a few days ago.

I also started to look at other cars online and it makes me feel like I am cheating. To make up for it I paid for the highest grade oil, which is supposed to last twice as long. And I said yes to changing the transmission fluid.
It’s just that we’ve been through so much together. Symbolically it came to me just before the divorce, this car. I didn’t get to choose it.
Soon after we separated and I bought a new home, and I kept the car.
I think I became a lot more materialistic at that time, more grateful for what I owned, what I kept. I started counting my blessings more, and keeping my ducks in a row.

I didn’t give it a cutesy name. Sometimes, coming down my pathway I took a sight of its big green handsomeness on My parking spot– the perfect dark green color, the harmonious volume, the glass and the silver metal. I don’t know if I would have cared so much if I had seen it in the street, but it was Mine.
An extension of me.

Of my previous cars, I remember vaguely a silver Saturn that collected mishaps. And before that a gold Saturn that I was happy to trade in.
But this one saw me through thick and thin, though scorching heat and New England blizzard with no major letdown. The most reliable member of the family.
I liked its color, a rare kind of Teal. A color that sparked many animated conversation between my children and their friends:
– It’s blue!
– No don’t you see it’s green!
– It’s Teal
– Mom, you’re color blind!

I think of all those times I have looked for it in various supermarket parking lots, scanning for its friendly silhouette, trudging from row to row laden with bags or a cart, in the heat, cold or wind and rain, searching for its familiar shade of green, its perfect volume and lines. How its eyes lit up and blinked joyfully when I finally found it and clicked the remote from afar, the relief of finding shelter, the inviting inside light, the protection against the elements. Home away from home.
We have gone through so much together – the many winter days it was buried in snow and I carved its shape and details out of the block with shovel and broom. All the early frigid mornings when it was time for school and work and she didn’t complain
All the vacation departures, the happy filling of trunk with bags and suitcases, the songs and the joy inside, the landscapes on the way, the excited arrivals after hours of driving through upstate New York, Western Massachusetts, or the road from Boston to Montreal through white mountain notches.

I used the Cruise control so much on the highways that the key is erased. How useful that function has been, keeping me on track, protecting me from the cops, giant scary blue-light bumblebees buzzing on the side of the road.

We went through so much bird poop on the windshield, days of yellow pollen blankets, dead leaves stuck in the hood in the fall that flap in the wind like little brown flags for days on end until I pry them out. And the salt that covers the roads to melt the ice, and then cover the body of the car, and especially the windshield: the morning when the wiper fluid suddenly ran out two-third into the commute, on the highway; when I had to drive with windows open on the icy air so I could at least see something from the sides. I prayed that I could reach a gas station unharmed , and without harming someone. How I made it to a garage safely, I don’t know.
Other extremes: the agonizing return with the girls from a fourteenth of July firework when I realized I was running out of gas, could stall any moment, and had left my bag home, with money and Identification.

I remember all the zany passages through the moppet rolls of the carwash, especially looking though the glass roof (verification that not a rainbow-colored suds came through the seals) the satisfaction at the end of the tunnel to have a brand new sparkling car. Especially when this was coupled with an oil change. The way I felt so righteous then, proud of my possession, and virtuous at the same time. Like cleansed of my own sins.
All those times when I physically tackled the giant trump of the vacuum station on the grassy side of the carwash, pockets weighted with the necessary loads of quarters. How the hose powerfully gobbled the kids’ crumbs stuck in the back seats’ seams and crevices. How I beat the bejeezus out of the carpet liners against the posts to get the sand out.
I learned to avoid the ArmorAll wipes delivered by the vending machine, and instead bring my own sponge and water. I still don’t know what to do with the encrusted cup holders that are impossible to clean.
As a matter of fact, I invested in and organized a whole cleaning bag full of sponges, bottles and paper towels, which I consequently hung from the clothes hook at the back and that I took with me everywhere. Not that I used it much. It was like a talisman. I knew that I could clean the inside of my car if I wanted to. Anytime. (It was like the road paved with good intentions.)

In the trunk were also the trash bags full of clothes that I meant to drop at collecting bins, but that I forgot. I would drive for weeks at a time taking them everywhere, commuting to work, shopping for food – being faced each time with my forgetfulness, sometimes wondering about the unconscious reasons for schlepping that baggage in the trunk, until I put my mind to it.
I remember the day I bought a little jar of nail polish of the closest color to hide some minor scratches. It wasn’t perfect, but it did the job. Just a slightly lighter shade of green.

Oh, she did also have her demons that were a constant battle; the way the blinkers just would not go back by themselves to their original position after the turn, the way the brakes creaked after any city driving as if they were going to give way.
We had one minor accident, the night I rear-ended another car right at the entrance of the highway on the way home after work. It had just started snowing and the then smooth tires just sled on the fresh sludge. But the engine was intact. Only the hood had to be replaced.

I pat it on the dashboard sometimes, like a dog or a horse.

I look at its wounded side and I know I am not going to fix it because it would cost more than its current value.
The pain I took not to get a scratch in a parking lot – and that accident happened one Saturday morning at the new gas station down the street, when I scraped the metal arch by driving too close. I remember the terrible muffled sound of crumpled aluminum, easy like foil. I remember the puzzled looks of onlookers wondering what I was doing. The lesson I learned.
I remember the gut sinking feeling when a garage told me owe much a repair would cost. That was a dumb morning move.

So it goes with my damaged self. We go along with what we’ve got, our wounds and imperfections, but still pretty highly functional.

Could I let it all end up as a pile of junk in a landfill (or wherever old cars go), this old carcass I interacted with two or more times a day for almost a decade, that I utterly depended on? the carapace that protected me, a bubble against the world, the sound box for my CDs (the radio, my IPod,) the object that I cared for, cleaned and maintained like a relative or a pet? Do material entities get imbued with something else than just their materiality? It will still live in my memories, its image will stay with me, it will still be an element of this life of mine. What’s the line between the material and the non-material? What will be of my body when the spirit of life has left it, if not a well-crafted machine, albeit more complex than a car and its engine.

The first thing to go was the battery in the remote key that locks and unlocks doors. I used the spare key but that went too. I now leave the car unlocked. Then there’s the shudder, and that knowledge of the mileage number. I keep my fingers crossed, pat it once more, and try not to jinx myself.

* * *

Pas eu le temps de traduire. Peut-être la prochaine fois.

Conversation – Agenda Ironique de Novembre

Cette semaine, exercice de style surréaliste pour l’Agenda Ironique de Novembre. Dans cette scène il y a un début et une fin, deux protagonistes et la mer au bout. De nouveaux mots et des répliques empruntées également. Mais trêves d’explications – bonne lecture.

* * *

Viens faire une ballade !
— Tu sais bien que je ne peux pas marcher !
— Oui, mais j’ai loué un drôlatour !
— Dans ce cas ! Allons-y.

Il fallait toujours que je l’encourage à se lever du lit ou il passait maintenant la majeure partie de la journée, vautré entre ses polars et ses bouteilles de whisky. Quand il se leva, je vis bien qu’il avait déjà trop bu. Je lui avais menti à propos du drôlatour, mais comme il avait déjà pris un genre d’élan, il ne râla pas trop.

Nous avançâmes pas à pas, presque main dans la main mais paradoxalement avec une certaine insolitude ancrée dans nos cultures. Il ne fallait pas trop pousser les choses avec lui, et je n’allais pas m’y risquer. Nos cultures étaient trop différentes encore.

Je savais qu’il allait se diriger vers un débit de boisson, il était comme aimanté par tout ce qui était excuse à beuveries : les terrasses, les vitrines ouvertes qui rejetaient leurs relents d’alcool sur le trottoir. Mais je fus assez surprise quand il s’arrêta en face d’un salon de thé.

Nous nous assîmes devant une petite table, ronde, dessus vert pomme et pieds anthracite. Je m’aperçus en regardant ses mains qu’il était atteint de polimalie, chose commune sur ce territoire pour les … petites gens, seulement … cela était bien étrange. D’autant plus étrange qu’il était plus grand que la moyenne. Mais je ne dis rien, comme d’habitude. J’avais appris depuis un bon moment à ne pas faire de remarques concernant sa santé physique et morale. Je pris seulement note de ce nouveau détail.

Pour la première fois depuis que je le connaissais, il commanda autre chose qu’un whisky. Je le regardai soulever sa tasse de thé de manière désinvolte, observai sa posture sur la chaise, les jambes étendues devant lui, le bras pendant sur les coté. Je brisai notre silence :

— Bon ne le prends pas mal, hein ? C’est un compliment… enfin presque. Bref, entre nous je peux bien te le dire, ton rire me rappelle celui de la jumeleine.

Il me jeta un de ses regards perçants et si remplis d’intelligence. Je savais qu’il n’allait pas me donner le plaisir d’une réponse. Je sentais l’expression de mon idolâtrie prendre le goût de la basse flatterie.

– Le point d’ironie est-il existancié ou essentialisé ?

– Je dirais qu’il est plutôt existancialisé par un humanisme délirant.
Je lui avais répondu du tac au tac, comme d’habitude.

A ce moment-là une enchanquise nous déposa une tarte à la crème de bambou, celui comestible au nord ouest du pays des Polpilles. C’est moi qui l’avais commandée. Cela faisait trop longtemps que je ne m’offrais plus ce genre de gâteries exotiques, auxquelles je m’adonnais avant de le connaitre. Mais j’avais changé.

« Tu aimes ? tu peux en manger, c’est sans écriâmes. Tu sais qu’on a trouvé des traces d’écriâmes dans certains biscuits sans gluten ? »  repris-je, consciente de l’ineptie de mes propos en ce qui le concernait mais incapable de surmonter le silence qui nous entourait.

– En tout cas, c’est mirififique, d’une poésitivité éléphantastique, boréalimentairement mergnifique !
Je ne savais pas s’il s’extasiait sur la crème de bambou ou ma remarque, alors je continuai de l’observer de derrière mes lunettes de soleil.

L’enchanquise qui nous avait servis revint vers nous avec l’addition et une feuille de papier. Je la connaissais un peu, elle s’appelait Rosalie. Nous étions étudiantes dans la même école d’art et venions de nous voir dans la classe du soir. Elle tenait à la main deux ébauches de dessins sur lesquels elle travaillait – deux portraits de femme :
— Tu prendrais la robe rouge ou la noire ?
— Les deux . Comme ça pas de chocile !
Notre conversation s’affirma : n’était-ce pas Charonne qui était venue ce soir, pour la première fois ? Oui, elle s’appliquait dans des répliques amupliquées. Heureusement, d’autres y mettaient plein de délicaristique.

Au bout d’un moment, je fis les présentations :
— Rosalie, Roland, Roland, Rosalie.
— Enchanté, fit Roland.
— Il fait frisquet, vous ne trouvez pas ? » lui dit-il en examinant sa minijupe de velours côtelé et son chemisier vichy.
– Oui, c’est tartuffolique : à force qu’il fait de plus en plus chaud là-haut, comme de juste, faut bien qu’ils envoient le froid en trop quelque part
— Certes. fit-il. Il souriait maintenant.
— Sinon, tu viens souvent boire le café à l’Agengouin toi ? » lui demanda Rosalie.
J’observais tranquillement leur conversation. Rosalie était visiblement tombée sous le charme, comme toutes les autres, complètement inconsciente du guêpier qu’elle frôlait.

Elle s’éloigna d’un pas de danseuse, après qu’ils eussent échangé quelques paroles et un clin d’œil.
Il se réinstallait dans son mutisme, mais je n’allais pas le laisser gagner cette petite partie :

« Ha tu m’énerves avec tes doigts qui charonnent sur la table et ton petit sourire satisuffisant. Non, tu vois, décidément je trouve tes clins d’œil beaucoup trop artificelles.

Il haussa les épaules :
— Si tu ne réussis pas à trouver la clef, demande aux deux brumageux postés la veille de te renseigner sur l’endroit à l’envers de la boîte à mystère. »

Encore une de ses réparties absurdes qui me clouaient le bec. Je le lui dis, mais une ambulance et un camion de pompier passèrent au moment où il ouvrait la bouche. Je ne l’entendis ni ne répondis.
– Oh, tu as entendu ? Si c’est pas dans le bec, c’est pas la peine de te tortillonner la tête comme un gymnasticot !

Je voyais bien qu’il essayait encore de noyer le poisson, d’éviter la vraie question. Mais il fallait que j’y fasse face pour de bon. J’ôtai mes lunettes de soleil et énonçai clairement :

— Roland, pourquoi tu bois ?

— Pour faciliter la pingouination du mois. »

C’est tout ce qu’il allait m’offrir en guise de réponse. Mais je savais que j’avais fait un pas dans la direction de la victoire. Et que lui-même le savait.
Il fit semblant de s’indigner :
— Mais qu’est-ce que tu as mis dans ton bain pour qu’il mousse comme ça ?
– De la mirififique, je l’ai achetée deux francs six sous au bazar du coin !
– ça fait des super délibules ce truc, j’adore !

Nos absurdes échanges reprenaient le dessus, mais nous n’étions plus dupes.
Il se leva avec, malgré tout, l’abomifreuse impression d’être dans le corps d’une fatalimace dépassée par les évènements…. Je le voyais sur son visage.
– Ne serait-ce pas la saint-Créaginaire, aujourd’hui ?
– Non, c’est la saint-Guillaume.
– C’est bien ce que je disais.

Je lui pris le bras, et nous reprîmes notre chemin a nouveau, pas à pas, presque main dans la main.

— Incroyable ! Sens-tu l’air chargé d’iode, le goût du sel qui pénètre la peau ? Regarde ! La mer s’approche, c’est marée haute. Regarde, l’étendue mergnifique. »

Je regardai. Oui, la mer s’étalait, devant nous.

* * *

Fin

 

 

GARDENING POEMS – POEMES DE JARDINAGE

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GARDENING POEMS

When I read the gardening poems
That bloom so often on poets’ pages
At first I would like to answer them
With my own
The poet’s reflex, the call of conversation

I understand only too well communion with nature
The cycles of its seasons, its indomitable vigor
The meditative human care, the sensory vocabulary
I would love to juggle with and delight in
The abounding vernacular of vegetables and flowers
And bring my own similes to fruition

Then I remember that I don’t like gardening
That I strongly dislike the very idea
Of kneeling and crouching awkwardly to the ground
As damp cold air needles my body to the bones
And spring’s young daggers aim straight at my pupils,
To come up with sore knees, all covered with dirt
To add injury to insult

I never even tried to push a mudroom door
Armed with cold metal instruments
All teeth and blades and rusty paint
Which I have no place to store, to begin with
Next to a can of lavender gardeners’ hand salve –
The sight of a watering can feels like a push on my bladder
That would also urge me to get dry and put a snuggly sweater on.

I admire the results, in other people gardens
I even enjoy them greatly.
The same way I enjoy other people’s dogs and babies
As long as they are not mine to tend to.

I killed a couple of plants in my youth
An unfortunate Yucca and another one,
An artificial tree from K-mart
But I have to say to my defense
That since I started my current indoor leafy green
(Which personal name I still don’t know)
On a diet of blue-hued crystal plant food
It started thriving beyond my wildest dreams
With new leaves and babies unfurling
Radiant with new chlorophyll
And I wonder if that chemical ersatz for good soil
Is the essence of a green thumb.

But I will not test my chance.
I’d say there are two kinds of people:
Dog people and cat people
Those who run after the buses and those who don’t
Writers of gardening poems, and the others.
Sadly, in this life, I resigned myself to be one of the others.


POEMES DE JARDINAGE

Quand je lis les poèmes de jardinage
Qui fleurissent si souvent sur les pages des poètes
Au départ je voudrais y répondre avec le mien propre –
Le réflexe du poète, l’appel de l’échange…

Je comprends trop bien la communion avec la nature
Les cycles de ses saisons, sa presque indomptable vigueur
Le soin des hommes, méditatif ; le vocabulaire sensoriel.
J’aimerais jongler avec, et profiter du vernaculaire
Foisonnant des fruits, des légumes et des fleurs
Et porter mes propres comparaison à floraison.

Puis je me souviens que je n’aime pas le jardinage
Que l’idée même m’horripile
De m’agenouiller et de m’accroupir inconfortablement au sol,
Tandis que l’air froid et humide perce mon corps jusqu’aux os
Et que les jeunes dagues du printemps visent mes sensibles pupilles,
Pour me relever les genoux douloureux, et recouverts de terre
Pour enfoncer le clou.

Je n’ai jamais essayé de pousser la porte d’une remise
Armée d’instruments de torture en métal
Tout en dents et en lames, à la peinture rouillée
Pour lesquels je n’aurais nul endroit pour ranger
À côté d’une boîte de baume pour les mains à la lavande –
La vue d’un arrosoir me fait l’effet d’une pression sur la vessie
Qui m’inviterait également à me mettre au sec, et à enfiler un pull douillet.

J’admire les résultats, dans les jardins des autres
Je les apprécie même beaucoup.
Je profite de la même manière des chiens et des bébés
Tant qu’ils ne m’appartiennent pas.

J’ai tué quelques plantes dans ma jeunesse
Un malheureux Yucca et un autre,
Un arbre artificiel provenant de chez K-mart
Mais je dois dire à ma défense
Que depuis que j’ai commencé à servir à ma plante d’intérieur
(Dont le nom personnel je ne connais toujours pas)
Un régime d’engrais végétal sous forme de cristaux bleus
Elle prospère au-delà de mes rêves les plus fous
Avec de nouvelles feuilles et poussées qui se déploient
Radieuses de nouvelle chlorophylle.
Et je me demande si cet ersatz chimique de bon sol fertile
Est l’essence d’un pouce vert.

Mais je ne vais pas tester ma chance.
Je dirais qu’il y a deux sortes de personnes:
Ceux qui aiment les chien et ceux qui aiment les chats
Ceux qui courent après les bus et ceux qui ne le font pas
Le clan des écrivains de poèmes de jardinage et les autres
Malheureusement, dans cette vie, je me suis résignée à faire partie des autres.

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