VACANCES V

Spirale
Elle pose vers la lumière son pied de cendrillon sur une marche de l’escalier en spirale de l’hôtel. A l’étage, la chambre baigne dans une lumière éclatante, nettoyée par les femmes de chambres invisibles qui n’ont laissé derrière elle que des draps blancs éblouissants et un indicible parfum de fraicheur.
Une bonne fée l’a envoyée là, où tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté.

Dans sa robe de soirée, elle passe l’entrée et son comptoir de bois sombre autour duquel des portraits de Molière et des lustres à breloques évoquent un vernis raffiné de culture légère, impressions d’un monde de luxe et de loisir où l’on aurait tout le temps de lire. Des reproductions de manuscrits renforcent l’impression d’érudition, compensée par les magazines de mode éparpillés sur des tables, qui délestent l’atmosphère de toute pesanteur non invitée.

Derrière la vitrine, des rues intimes de Paris, nettoyées, retapées, débarrassées des fantômes et des toiles d’araignée du passé créent un nouveau décor. On est ici et ailleurs, un autrement forcément meilleur, où la statue de Molière flanquée de deux déesses se prélasse dans la chaleur du soir.

Elle n’est pas seule : son beau compagnon appelle un taxi qui apparait étincelant dans la nuit, puis qui les emmène à travers les avenues de la ville illuminée. Elle sort, sort de sa vie – cinéma temporaire et nouveaux horizons. Dans le restaurant, la lueur des bougies se reflète dans les vitres assombries par la nuit dehors, et dans les couverts en argent.

Mais que se passe-t-il ? les douze coups de minuit ont frappé. Hélas Cendrillon doit rentrer du bal, elle doit monter l’escalier en colimaçon, faire face derrière la porte au panneau qui affiche le prix de la chambre, le prix du petit déjeuner. Hélas, le temps a repris sa brutale dictature. Le calendrier lui rappelle la date du vol de l’avion, la rappelle à sa vie de potiron, le traintrain quotidien, la vaisselle, la cuisine et le ménage.

Fini les draps empesés, les beaux tapis cramoisis, la rampe luisante – l’ascenseur tombe en panne et sous le poids de ses bagages, les marches deviennent soudain celles d’un taudis. Elle paie l’employé indifférent, puis traîne ses valises aux roues cassées le long de rues encombrées d’employés de bureaux, eux-mêmes enchainés au joug de leur journées de travail. La semaine de vacances est passée. Le temps règne en souverain maintenant.

* * *

 She moves her Cinderella foot towards the light on the spiral staircase of the hotel. Upstairs, the room is bathed in brilliant daylight, cleansed by invisible maids who only left behind dazzling white sheets and an indescribable scent of freshness.
A good fairy has sent her there, where everything is order and beauty, luxury, calm and pleasure.

In her evening dress, she passes the entrance and its dark wooden counter around which portraits of Molière hang on the wall, and chandeliers evoke a refined varnish of light culture, impressions of a world of luxury and leisure, where one would have ample time to read. Reproductions of manuscripts reinforce the sense of erudition, offset by fashion magazines scattered on tables, which rid the atmosphere of any uninvited gravity.

Behind the glass window, intimate streets of Paris are cleansed, fixed, rid of the ghosts and cobwebs of the past to create a new stage. We are here and elsewhere, somewhere necessarily better, where the statue of Molière flanked by two goddesses basks in the evening warmth.

She is not alone: her handsome companion calls a taxi which appears sparkling in the night, then takes them through avenues of the city of lights. She goes out, out of her life – temporary cinema and new horizons. In the restaurant, candle glow is reflected in the windows darkened by the night outside, and in the silverware.

What just happened ? the twelve blows of midnight struck. Alas! Cinderella must return from the ball, she must climb the spiral staircase, face the panel, behind the door that displays the price of the room, the price of breakfast. Alas, time has resumed its brutal dictatorship. The calendar reminds her of the date of the flight back home, takes her back to her pumpkin life, the daily routines, the dishes, cooking and cleaning.

No more starched sheets, beautiful crimson carpets, gleaming ramp – the elevator broke down and under the weight of her luggage, the stairway steps suddenly become those of a slum. She pays the indifferent employee, then drags her suitcases with broken wheels along streets cluttered with office workers, themselves chained to the yoke of their working day. The week of vacation is over. Time reigns supreme now.

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