
LE CANAPE ET L’INFINI
J’allume mon ordinateur, et l’écran m’informe
que ma sélection de programmes a été déplacée ailleurs —
les plateformes battent des cils,
elles jouent à cache-cache avec moi.
Mais ai-je demandé quelque chose ??
Non !
Netflix, Prime, Hulu et les autres…
L’avalanche s’est mise en route sans moi.
Impuissante je ne sais pas quoi faire
à part esquiver et faire semblant de n’avoir pas vu
l’appel ; essayer d’oublier le piège à clics.
Je me sens vaguement coupable
pour tous ceux qui tournent ces films :
acteurs, scénaristes, producteurs, marketing,
qui se multiplient constamment, si déterminés,
essayant si fort de produire plus encore
pour que je m’assoie et que je regarde.
Tout ce qu’ils demandent
c’est moi sur un canapé
consommant du contenu 24/7,
sans arrêt, pour toujours :
D’abord avec les yeux, puis par perfusion intraveineuse.
Et si je brisais l’économie
en n’achetant rien ?
Et si je faisais perdre son emploi à quelqu’un,
provoquant une famille audio-visuelle de sans-abris ?
Je me souviens du téléviseur quand j’étais enfant,
Nounours, La Piste aux étoiles,
Zorro — puis L’Âge heureux,
La Demoiselle d’Avignon, en noir et blanc.
Même si je cédais et passais mes nuits à binger,
il me faudrait plusieurs vies
pour commencer à faire une brèche
dans la quantité de ce qui est généré. Quel gâchis, et je me sens si petite,
si insignifiante
face à cette nouvelle galaxie.
©2026 Veronique Cornanguer
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