3 – LE CAS DU NOM QUI REAPPARAIT

Aéroport Charles de Gaulle, Terminal E pour les vols internationaux. On a passé les boutiques dédouanées, les restaurants, les magasins de tabac et presse. Certaines enseignes donnent une liste d’injonctions : Be curious, Be Zen, Be positive, Be relax, Be happy, etc..

Un peu présomptueux de leur part.
Be quiet !

Le terminal est un grand hall spacieux – structure neuve de métal et de verre qui s’avance vers les pistes. Des rangées de sièges sont encore vides, et en tête de gondole, des casiers en plastique sur pied contenant des magazines.
Un d’eux est en en-face anglais et français – dans ses pages, je trouve un entretien avec Douglas Kennedy. J’aime bien cet auteur depuis un passage en particulier qui m’avait plu dans La femme du 5ème. J’ai aussi adoré le film The Big Picture avec Romain Duris. Et surtout, ses personnages voyagent tout le temps, comme lui. Il parle d’endroit que je connais, le Maine aux Etats Unis, Paris, Allemagne, Irlande. A kindred spirit.

Dans le Boeing aussi, tout un choix de films, de musique, de podcasts. On ne sait plus où donner de la tête. Je jette un coup d’œil sur les MasterClass, ces quelques heures de classes enregistrées données par un « Master » dans sa spécialité. Côté littérature, je trouve Amy Tan. J’ai lu il y a des années un de ses livres qui était populaire à l’époque, the Joy Luck Club.
Je me branche sur l’introduction, pour voir.

Elle cite comme exemple de bon début la première phrase d’un roman de Gabriel Garcia Márquez.
Je me retrouve en terrain familier. Si je ne me souviens pas des détails de Love in the time of Cholera ou One hundred years of Solitude, je me souviens d’avoir aimé sa voix, mais surtout, je me souviens de cette époque de ma vie.

« Mon père a adoré ce livre, il éclatait de rire à toutes les pages » m’avait dit ma copine irlandaise de l’époque qui m’avait invitée à Sligo, chez ses parents.  
J’avais lu le livre moi-même pendant un vol pour Boston.
Amy Tan, Gabriel Garcia Márquez. Des souvenirs de moments de ma vie.

Quelques jours plus tard, je me retrouve à Cambridge, au Harvard Bookstore, j’ouvre un volume au hasard. J’avais quelques minutes pour passer le temps et je jouais à ouvrir des livres dont le titre avait attiré mon attention. Dans ces pages, une jeune femme cite Gabriel Garcia Márquez. Bien que cette citation spécifique ne me parle pas exactement, je suis frappée par le retour de cet auteur deux fois de suite en l’espace de quelques jours alors que je n’en ai pas entendu parler depuis des décennies. Comme s’il me faisait signe. J’y cherche une signification. Sûrement, cette citation est en rapport avec ma vie.
Pourtant, même en me remuant les méninges, je ne vois pas. Pas du tout où tout ça veut en venir.

C’est plus tard que j’ai une sorte d’explication.
Le dernier jour de mon séjour en France pendant l’été, j’ai fait le tour des magasins pour prendre l’air français une dernière fois.
Dans une librairie j’ai acheté sur un coup de tête un livre au titre prometteur : La Clé de votre énergie: 22 protocoles pour vous libérer émotionnellement.
J’ai des lectures très éclectiques.
Difficile de résister à cette belle couverture au titre en rouge, avec une brassière rouge, et la photo d’une belle femme aux cheveux longs.
Je ne la connais pas. Je ne suis pas spécialement fan. Je suis curieuse.
Je me réjouis à l’avance d’emporter dans mes bagages cette pépite de parapsychologie à la française, en langue française, par une compatriote.

En le lisant j’arrive à un passage où l’auteur propose de Nommer son guide, un guide spirituel qui serait notre guide invisible depuis l’au-delà. L’exercice me plait. Tiens, justement, elle parle d’ouvrir un livre au hasard et de regarder sous ses pouces.

Je me souviens du livre que j’ai ouvert au hasard il n’y a pas longtemps. Je ne sais pas si la citation était sous l’un de mes pouces, mais il y avait bien un prénom. Gabriel Garcia Márquez. Elle demande au lecteur de se demander ce que veut dire ce prénom.

Gabriel ? Mon guide serait-il l’ange Gabriel, celui de l’annonce faite à Marie ? Je ne crois pas.

Mais aussi, elle parle de penser à quelqu’un de sa famille. Y-a-il un Gabriel dans ma famille ?

Mais c’est bien sûr ! Gabriel C., mon grand-père paternel.

Mais s’il est mon guide ? Qui était-il ? Mon arbre généalogique est complètement tronqué de ce côté. Je n’ai jamais connu Gabriel C. Pas beaucoup plus ma grand-mère Henriette, non plus.

De ce grand-père, je ne connais que de vagues anecdotes que j’ai entendues de mon père : la guerre, l’alcool, violence domestique, puis la mort relativement jeune, à l’hôpital. Je ne connais aucun détail.

Il est temps que je me pose des questions. Avant ce naufrage, qui était-il ? un fils, un frère de mon grand-oncle Louis, que j’ai connu ; un jeune homme, le père de mon père, puis de ma tante.  Mon père et ma tante sont tous deux des personnes de nature heureuse, rieuse. Tous deux sont positifs, optimistes. C’est peut-être un indice. Mais à part ça, c’est un parfait inconnu.

Si Gabriel est mon guide, quel est son message ? Il a brillé par son absence dans ma vie et il faudrait (selon ma lecture) que je fasse un protocole avec lui. Et s’il me guidait ? En tout cas, il me semble, rien qu’à y penser, sentir monter une énergie nouvelle.

* * *

A la semaine prochaine pour la suite…

L’OMBRE AU TABLEAU

Pour l’Agenda Ironique de Novembre (détails en bas !)

« Alex ! Je crois qu’on est sur un gros coup ! Un gamin a trouvé une toile dans un marché aux puces. Il demande s’il a de la valeur ! regarde ! »

Le collègue jeta un coup d’œil sur le rouleau de toile peinte que lui présentait son binôme. Les deux se regardèrent.

Tu crois que c’est ? …
J’en mettrais ma main au feu !  Regarde, là, la façon dont l’os est dessiné…, la musculature de l’animal ! Ça ne fait pas l’ombre d’un doute ! c’est un Rosa Bonheur ! »

Pffshaww ! Tito en cracha presque son Coca. Tu parles d’un coup ! Il va falloir le faire authentifier !

En effet, le tableau donnait tous les signes d’être une œuvre oubliée, cachée probablement, de la grande peintre Rosa Bonheur dont l’œuvre avait connu une certaine notoriété tout au long des années 1800, surtout dans les pays anglo-saxons. Elle se spécialisait dans les portraits animaliers.

Seulement, il y avait une ombre au tableau. La toile qu’ils tenaient entre leurs mains n’était pas complète. Comme beaucoup d’œuvres d’art au cours de l’histoire, elle avait été morcelée pour une raison ou pour une autre, probablement pour être vendue par petits morceaux et faire plus de profits au vendeur.

Dans ce cas précis, si la toile portait toutes les caractéristiques d’un Rosa Bonheur, il y manquait la signature, ainsi que la partie gauche. On voyait clairement qu’un personnage ou un objet avait été coupé. Les vaches reposaient dans l’ombre de l’arbre et du sujet manquant.

Mais qui, et pourquoi, cette toile avait-t-elle été abimée ? se demandaient les deux vendeurs.
Ils avaient acheté la toile au jeune garçon pour une bouchée de pain en lui racontant des bobards. Une toile de Rosa Bonheur pouvait les rendre riche.

Une de leurs amies avait accepté d’ausculter l’objet. C’était une scientifique dont la spécialité était d’analyser les toiles anciennes pour voir s’il s’y cachait des versions précédentes, des couches disparues sous la version finale, invisibles à l’œil nu mais pas aux rayons lasers et autres, qui révèleraient des pans d’histoires ou des détails de la vie d’un illustre peintre, qui révolutionneraient l’histoire de l’art. Elle avait, entre autres, analysé la Joconde. Sans rien y trouver, d’ailleurs.

De la toile aux vaches, elle avait confirmé qu’il s’agissait bien d’une peinture de l’époque de Rosa Bonheur, mais ne pouvait pas estimer la taille originale de la scène, ni ce qui se trouvait sur la partie manquante. Ils avaient insisté : Oui, mais l’ombre, as-tu bien analysé l’ombre ? Est-ce que c’est vraiment une ombre, ou est-ce que c’est le vernis qui a viré au gris avec le temps ? Ça changerait tout !

L’ombre ? non, justement. Ce sont bel et bien des pigments ombrifères. La légendaire ombre au tableau !
Perplexes, ils se demandaient comment trouver l’autre morceau. Celui qui, complétant le tout, les rendrait riches, et même peut-être célèbres.
L’enquête qu’ils menaient pendant leur temps libre les conduisit près de Fontainebleau dans la dernière demeure de Rosa Bonheur.

Ils avaient caché le véritable motif de leur visite. La propriétaire du château, croyant qu’elle avait affaire à des admirateurs de l’ancienne propriétaire les laissa examiner le grenier pendant qu’elle faisait visiter le reste du château à des cars de touristes.

Le grenier, ainsi que le reste de la maison, n’avait pas été touché depuis la mort de l’artiste. Celle qui avait vécu toute sa vie dans cette demeure en compagnie de son amie Nathalie Micas, puis de l’américaine Anna Klumpke avait amassé tout un passé en forme d’objets, ce qui faisait du grenier une caverne d’Ali Baba.

Je crois que je l’ai !  Bob tenait dans sa main un rouleau encerclé d’un ruban, qu’il avait péché dans un seau plein de décorations saisonnières, boules de sapin et autres.
Ils en déroulèrent une partie, et notèrent que la couleur correspondait à celle de leur toile, comme un morceau de puzzle un autre. Le même genre de vert foncé qui rend les puzzles difficiles.

Filons, on n’a pas le temps de regarder. Il faut se faire la malle avant qu’elle se doute de quelque chose.

La propriétaire, par bonheur, n’y avait vu que du feu. Elle les salua rapidement alors qu’ils partaient apparemment les mains vides, pendant qu’elle montrait à un groupe de curieux l’armoire où la célèbre artiste avait gardé ses vêtements, ses robes et ses vestes aux riches passementeries.

Dans leur atelier, à l’abris des regards, les deux complices avaient rapproché les deux morceaux. Dans quelques instants, ils allaient savoir ce qui se cachait dans ce rouleau.

Sous la lampe, ils déroulèrent par le bas le morceau de toile, qui ne mesurait qu’un tiers du reste. D’abord, ils virent apparaitre des souliers, genre bottines, puis des robes de femmes à la mode du dernier siècle. Deux robes. Une jaune, et une bleue. Mais alors qu’ils déroulaient plus haut, il se regardèrent, ébahis.

De leurs mains, ils lissaient une toile où se dessinaient deux silhouettes de jeunes femmes avec des têtes, non pas de fille ni de femme, ni même d’humains, ni d’animaux, mais de fleurs. Des fleurs tout à fait reconnaissables. Une jonquille pour la robe bleue, et un coquelicot pour la robe jaune. Les fleurs étaient proportionnées aux robes pour donner une impression très naturelle de têtes et de visages.

Ça alors ! Mais ce sont des jeunes filles en fleur !  On a découvert l’Ombre des Jeunes filles en fleur ! 

Ma parole ! mais tu as raison ! J’ai du mal à y croire !

Ils firent des calculs rapides. Rosa Bonheur était morte en 1899, et Marcel Proust avait publié son fameux roman en 1918. Il n’y avait qu’une explication possible. L’écrivain avait dû rendre visite à l’artiste, chez qui il avait vu cette toile, avant qu’elle-même ne détruise l’œuvre dont elle s’était rendu compte du ridicule. La partie aux vaches, elle, était vendable.

Cependant, la toile entière, fantasque, et même fantastique, avait tant fait impression sur l’écrivain qui s’en était inspiré pour le titre de son chef-d’œuvre littéraire.

Il était temps de sortir de l’ombre et de se faire connaitre du monde de l’art. Pour mieux vendre leur histoire, ils avaient préparé leur phrase d’introductions aux spécialistes :

” Je ne m’attends pas à ce que vous croyiez cette histoire. Est-ce que j’y crois, moi ? “

 *  *  *

Ce mois-ci, Il fallait parler d’ombre et puis glisser ces deux phrases : ” Je ne m’attends pas à ce que vous croyiez cette histoire. Est-ce que j’y crois, moi ? “

Tout est bien esspliqué ici :

Illustration : détail de l’œuvre citée ci-dessous.

Original : Rosa Bonheur, Une bergère avec une chèvre et deux vaches dans un pré (circa 1842-1845)– The Dahesh Museum of Art, NY

Entretien avec Onion Braisé : le chef le plus prometteur de l’année

Photo by Kampus Production on Pexels.com

Onion Braisé, le nouveau chef qui a conquis les critiques du monde entier, et mérité l’appréciation de ses clients, a accepté de nous donner une interview exclusive avant l’ouverture de son premier restaurant à Washington, DC : l’Epluche-légumes,

par VictorHugotte (correspondante AI aux Etats Unis)

Votre restaurant s’appelle l’Epluche-légumes. Sont-ce vos épluchures personnelles que vous souhaitez mettre sur les assiettes de vos clients, ou bien voulez-vous parler des épluchures qui se trouveront dans les poubelles après la visite de votre restaurant ?

Les deux, je pense. Je crois chaque personne a des goûts différents, appris dans son enfance. Je suis convaincu que les épluchures sont à la base de tout système gustatif, et ce, bien avant la naissance, en fait.

Pourquoi votre cuisine est-elle capable d’attirer des gens du monde entier, juste pour manger dans votre restaurant ?

Parce que ma cuisine est vraie, comme moi. Elle est honnête et authentique, très minimaliste. Dans l’assiette, vous trouverez quelques filaments de peau de carotte, quelques yeux de pomme de terre, une queue de courgette. C’est profond dans l’utilisation des produits, on va les rechercher très loin, dans les poubelles, dans les bacs à compost. Nous travaillons avec la nature, c’est très vivant, ça grouille. Dans la technique et dans les saveurs c’est plus processionnel, mais ça a une histoire et ça a quelque chose à communiquer.

Avec le changement de la sphère de la restauration, la figure du chef devient plus influente. Vous sentez-vous responsable ?

Plus responsable que jamais. Je pense qu’il faut utiliser à bon escient les facettes des produits qui ne sont normalement pas considérées ; comme les moutures de café par exemple, les peaux de banane dont on se débarrasse. Je ne comprends pas que les gens ne s’en servent pas pour contribuer à un monde meilleur.

Les jeunes chefs ont-ils pour mission de reconstruire la sphère de la gastronomie ?

C’est nécessaire, et c’est notre mission. J’essaie d’être un modèle. Je ne suis pas parfait, mais je voudrais montrer qu’il est possible de changer l’industrie. Je ne considère pas la reconnaissance des guides comme mon objectif principal.

Avez-vous des réflexions ou des questions qui vous viennent à l’esprit?

Quel est le nouveau luxe ? S’agit-il de homards et de foie gras ? Non. Le luxe est autour de nous et il est temps de le découvrir et de profiter de vos expériences. A l’Epluche-Légumes, nous essayons de créer une énergie particulière. Nous ne voulons pas cacher quelque chose, au contraire, nous voulons que vous soyez au centre de notre monde et que vous le viviez pleinement, en vous amusant. Le client pourra ainsi jouer avec les coquilles d’escargot, les tranches de pain rassis, le gras de jambon, les os de lapin.

Ne pensez-vous pas qu’être honnête et vrai est aussi un nouveau luxe ?
Oui, tout à fait. Plus je cuisine, moins il en reste dans mon assiette, car je crois que c’est aussi une forme d’honnêteté : plus on en met dans l’assiette, moins il reste de vérité et plus il y a de confusion chez le client.

Pour conclure sur une note poétique : y a t’il des souvenirs inoubliables qu’Onion Braisé garde dans son cœur ?

Oui… voyons… il y a par exemple le jour où, enfant, descendant dans la salle à manger d’un B&B en Angleterre, j’ai découvert dans l’assiette une multitude de petites choses jaunes et sèches, un peu comme des croûtes de peau. L’hôtesse m’avait montré comment verser du lait froid au fond pour les faire baigner dedans. Il s’agissait de porter à sa bouche sans les faire tomber des cuillérées de ces paillettes dures nageant dans le liquide blanc. Je me souviens de la texture cartonneuse selon le degré de saturation, et le goût nouveau et étrange de ce qu’ils appelaient Corn Flakes. J’ai souvent essayé de recréer cette expérience unique avec des produits recyclés – chips de pomme de terre égarés, restes de gratins desséchés…

… et les moments où vous finissez le travail au restaurant en vous rattrapant avec la pensée : “Wow, aujourd’hui nous avons fait quelque chose de grand pour le monde”.


Cet interview inquiétant m’a été inspiré specialement pour l’Agenda Ironique de septembre, organisé par Mijo, funambule sur le fil de l’écriture ! Elle nous proposait un texte assaisonné de vocabulaire et d’expressions culinaires et de raconter une première fois.

BAGATELLE

DOmiciliée, heureuse à Azay-le-Rideau
REveillée tôt matin et au piano voici,
MIrabelle travaillant ses gammes pour le gala
FAmilière des spectacles, scènes, coulisses et sous-sols,
SOlos et concerti, audience sur des sofas.

LA sonate de Chopin, joyeuse épidémie
SIgnifie falbalas, échalas et soirées !
DOrures, applaudissements, bouquets et puis dodo.

                        Encore !!!! ..    Champagne et puis dodo.

                        Encore !!!,,,     Doliprane puis dodo.


Voici ma petite composition pour l’Agenda Ironique de Juillet, ici DO RÉ MI FA SOL LA SI DO. L’agenda ironique de juillet 2022.
Il fallait un texte en sept parties, dont chacune devait commencer par une note de musique. J’ai fait fort, non? (si vous voyez l’astuce)  
Merci tout l’Opera !

POEM ABOUT A WALK-IN CLOSET / GARDE ROBE

Aucun rapport avec ma série précédente. Qui pourrait bien être finie, parce que je crois que j’ai mis la touche finale au tableau. Mais rien n’est sûr.  le petit joyau qui suit en français et en anglais m’a été inspiré quand ma fille cherchait un appartement.

POEM ABOUT A WALK-IN CLOSET
The apartment came with a walk-in closet
so they walked in
for a stroll
They stuffed their noses in the clothes
hanging in there
she went straight to the “go-to pants”
which had her name written all over them
tripped on the shoes lying around,
Did you have a good trip? He joked
it was a mixed bag, in there
organized and disorganized
with recessed lights and no windows
and then they never walked out
Because there is no such thing as a walk-out closet

There was also a walk-in bathtub
but they did not get a chance to visit.

J’ai joué sur le sens littéral d’expressions familières qui n’ont pas d’équivalent en Français (que je sache). Alors je vous propose un exemple de très mauvaise traduction, pour les vraiment curieux, et un anglicisme assorti : « Ca ne fait pas de sens ».


POÈME SUR UN GARDE-ROBE

L’appartement était équipé d’une pièce garde-robe
alors ils sont entrés
pour jeter un coup d’œil
Ils ont fourré leur nez dans les vêtements
accrochés là
elle est allée directement au « pantalon de prédilection »
qui avait son nom écrit partout
trébuché sur les chaussures qui traînaient,
Est-ce que tu as fait un bon voyage? il a plaisanté
c’était un sac de mélange, là-dedans
organisé et désorganisé
avec des lumières encastrées et pas de fenêtres
et puis ils ne sont jamais sortis
Parce qu’il n’y a pas de garde-robe « sortie »
Il y avait aussi une baignoire à l’italienne
mais ils n’ont pas eu l’occasion de visiter.

STORY OF THE BOY WHO WENT TO NEPAL/HISTOIRE …

STORY OF THE BOY WHO WENT TO NEPAL

Once upon a time there was a boy in that college
The most beautiful boy on campus
As beautiful as the silhouette
of Jim Morrison painted in black light
in the basement of Old Kenyon,
where parties took place
And where I met the boy
Whose name I can’t remember.

He wore a t-shirt that read
“Sinfully delicious” on the back

He came one day to see me
and we talked and we talked
I don’t remember what about
but he was just as beautiful
in my room as he had been out
And then I didn’t see much of him anymore.

When I left the campus at the end of the school year
Someone who knew him told me that the boy
was planning to fly on a plane to France
And I had a glimmer of hope
That it might be for me!

Imagine the lights glowing
Of that Boeing 737 on the tarmac
at night, in the fog,
on the right and left-side wings!
All that for me!

And then I forgot all about him,
as I never bumped into him in Paris
or anywhere else either

Until one day someone who knew him told me
that when he had indeed landed in Paris
the City of Lights
He took a look around himself
then caught another plane
this time to Nepal

To this day I am still wondering
If he took his “Sinfully Delicious”
T-shirt to Nepal,
And if he turned around because
He didn’t see me at the airport,
I will never know.


HISTOIRE DU GARÇON QUI EST PARTI AU NÉPAL

Il était une fois un garçon dans ce collège
Le plus beau garçon du campus
Aussi beau que la silhouette
de Jim Morrison peinte au sous-sol
du Vieux Kenyon, où se déroulaient les fêtes,
L’endroit même où j’ai rencontré le garçon
Dont je ne me souviens plus du nom.

Il portait un t-shirt qui disait :
” Délicieux comme un péché” au dos

Ce garçon est venu un jour me voir
et nous avons parlé et parlé
Je ne me souviens pas de quoi
mais il était tout aussi beau
dans ma chambre qu’il l’était au dehors
Et puis je l’ai perdu de vu.

Quand j’ai quitté le campus à la fin de l’année scolaire
Quelqu’un qui le connaissait m’a dit que le garçon
prévoyait de prendre l’avion pour la France
Et j’ai eu une lueur d’espoir
Que ce soit pour moi !

Imaginez les lumières qui brillent
De ce Boeing 737 sur le tarmac
la nuit, dans le brouillard,
sur les ailes droite et gauche !

Tout ca pour moi!
Et puis je n’y ai plus pensé
Car je ne l’ai jamais croisé à Paris
ni nulle part ailleurs.

Jusqu’au jour où quelqu’un qui le connaissait m’a dit
que quand il avait débarqué à Paris
la Ville des Lumières
Il avait regardé autour de lui
Puis avais pris un autre avion
pour le Népal

A ce jour je me demande encore
S’il avait emmené son T-shirt
“Sinfully Delicious” au Népal
Et s’il avait fait demi-tour parce que
Il ne m’avait pas vu à l’aéroport
Je ne saurai jamais.


On approche de la fin de ma collection de poèmes basés sur les souvenirs de mon année d’assistanat aux Etats-Unis, souvenirs de jeunesse dans lesquels je me suis replongée pendant le confinement. Je crois qu’il en reste quelques-uns dans le sac, un ou deux, pas plus.

Annette et la tasse de café

Pour l’Agenda Ironique de Juillet – qui se tient… chez moi ce mois-ci! (voir l’avant-dernier billet). J’ai emprunté et mélangé, comme tout artiste digne de ce nom. Et si vous reconnaissez les références, je vous félicite personnellement.

Le café est un peu fort ce matin, ahh, le café du café du coin, ils ont mis du reggae à la radio, toum toum, toum toum, elle balance la tête en rythme, comme une pile électrique, comme une vraie mécanique, il n’y a pas mieux que ce café goudron dans la tasse, sans lait, sans sucre, sans filtre, c’est comme ça le matin une page nouvelle, cric crac les engrenages qui se décoincent après la nuit, elle s’est réveillée trop tôt ce matin, elle se tournait et se retournait comme du popcorn, trop chaud, trop froid, elle s’était contournée vers le réveil en se donnant un torticolis, il disait quatre heure et demi, et toutes ces pensées noires qui restaient suspendues dans un ciel d’orage avec cet air lugubre de Scarlatti, do mi la sol, fa mi re, la, sol fa qui déambulait à pas lent en bande sonore, mais slurp, voilà qu’elles étaient toutes parties maintenant ces pensées, slurp, elle prenait soin de faire slurp, comme les japonais qui faisaient slurp en aspirant leurs nouilles de riz, c’était un signe de politesse, et puis faire hhaaaaaaa après, mais pas trop fort, en regardant les gens du coin qui défilaient devant le comptoir, des familles avec des bébés, des hommes, des femmes, des enfants, des ribambelles en short, en robes, en sandales en flip flop, il n’y a rien de mieux que l’été et les robes, les robes en voiles de bateau, en toile de parachute, flap flap qui volent au vent, c’est aujourd’hui qu’elle allait la faire, la robe en lin blanc de ses rêves, elle y arriverait, après toutes ces années, toutes les conditions étaient réunies aujourd’hui, donc à la machine Singer Tchicatchicatchicatchic point droit, point zigzag, le long de la couture, autoroute à toute vitesse, manches longues, manches trois-quart, manches courtes, sans manches, la robe de lin blanc, col rond ou col en V ? slurp, on pourra faire les deux, la robe déclinée en bleu, en jaune moutarde, khaki, en puis en coton, en soie, en jersey ; légère et court vêtue, cotillon simple et souliers plats, Je frappe au numéro un…Je d’mande mamzelle Angèle, la concierge me répond, mais quel métier fait-elle elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets d’dentelle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets d’coton, hahaha, je ne connais pas, ce genre de métier, allez voir à côté… elle chantonne sur un tempo reggae la chanson en entier, passe au numéro deux avec un accent américain pour changer, et puis elle arrête là, mais la machine s’emballe, c’est bien assez d’être petite main, maintenant elle doit penser à sa carrière, à faire du fric, le fwic c’est chic, on dirait que je serais Dior, la nouvelle Coco Chanel, je suis un entrepreneur moi madame,  dit-elle avec conviction et sérieux en son fort intérieur, elle se voit saluer, penchant la tête, modestement mais non, ce n’est rien, c’est juste mon génie! les robes défilent dans sa tête, sur les catwalks de Paris, London, Tokyo, New York, Hourah ! clap clap clap clap clap clap clap clap seulement il faudrait qu’elle sache faire les finitions, parce que jusqu’à présent, il faut avouer, elle s’accommode avec les bords qui s’effilochent, dzouing, les fils qui dépassent et pendouillent, ça ne fait pas professionnel, ça madame, ça fait même un peu sloppy, tiens voilà qu’elle se parle en anglais maintenant, c’est la célébrité soudaine, pourtant il faudra bien qu’elle s’y mette  aux finitions, « des pieds spéciaux pour votre surjeteuse Pfaff ! Couture, découpe, finitions en une seule opération ne sont qu’un aperçu des avantages que vous offre une surjeteuse, » disent les annonces, mais que se passe-t ‘il, la tasse est vide depuis un moment, hélas, il semble qu’elle ait moins envie de se ruer sur la machine, parce qu’il faut bien le dire, l’effet de la caféine s’émousse, ça ne dure pas une éternité, heureusement qu’elle a repéré la porte des toilettes et qu’elle est encore entrouverte, crash, le café a fait son chemin, onze heures du matin et le cerveau crie famine, adieu Dior, Coco, Lanvin, une légère lassitude s’installe, il se pourrait qu’elle fasse une sieste tout à l’heure, ce projet de couture attendra, d’ailleurs elle a senti un plic ploc sur sa main en sortant, pas un temps pour une robe, on verra bien demain.

GO ASK ALICE/FUMER AVEC ALICE

GO ASK ALICE

While certainly frightening
The experiment in Janice’s bedroom in the Old Kenyon building
Where the Ghost of old Kenyon was lurking already
Was necessary and instructive.

Janice was wearing a Salvation Army shirt
With yellow pineapples against a blue background.
She flashed white teeth as she smiled
And laughed softly as if the whole thing
Was not a matter of becoming stupid,
As in stupefying your brain
Your already underused mind
But instead, performing a sacramental rite
Or opening some kind of door
That had been locked before
Maybe for some good reason.

I wanted to be brave
So I thought I would try
Stepping to the other side of the mirror
And into another room
To rummage where it was none of my business
And what on earth would I find there?
I’d never really been the sort
to go where I was not supposed to go, especially
if it involved alarming paraphernalia

To add another layer of smoky flavor
She started playing on her CD player
A song that disturbed the heck out of me
Called Go ask Alice
Who was that Alice?
The voice I heard was that of a far-out creature
with floating sleeves stirring a pot of shroom and newt

So I did smoke with them that day
and I know
you are curious to find out what happened.

The first time, I was told, you feel nothing
Like nettles or poison Ivy you feel nothing at first
But after a while, together we stepped out of the room
The three of us and we visited a class
While floating a few centimeters above the floor
And the professor’s voice came through a haze
Oddly nothing was sturdy and things were drifting.

The day after, I put my conventional clothes back on
As well as my sensible shoes
And went back to studying with my regular half-brain.

I found I still do not share the preoccupation
With visiting otherworldly realms to access some knowledge
While messing up with the old cranks and pullies
When I have scarcely begun visiting this perfectly fine world
Thank you very much.

^ ^ ^

FUMER AVEC ALICE

Bien que certainement effrayante
l’expérience dans la chambre de Janice dans le bâtiment Old Kenyon
où le fantôme du vieux Kenyon se baladait déjà
était nécessaire et instructive.

Janice portait une chemise de thrift shop
Avec des ananas jaunes sur fond bleu.
Elle montrait ses dents blanches quand elle souriait
Et riait bêtement
comme s’Il ne s’agissait pas de devenir stupide,
De liquéfier un cerveau humain déjà sous-utilisé
Mais d’accomplir un sacrement
D’ouvrir une sorte de porte
Verrouillée auparavant
Sûrement pour une bonne raison.

Je voulais être courageuse
Alors j’ai accepté d’essayer
De passer de l’autre côté du miroir
Et dans une autre pièce
Pour fouiller là où ce n’était pas mes affaires
Et que diable y trouverais-je?
Je n’ai jamais vraiment été du genre
A aller là où je n’étais pas censée aller,
Surtout s’il fallait pour cela tout un attirail inquiétant

Pour ajouter une autre couche d’arôme fumée
Elle a mis sur son lecteur CD
Une chanson étrange et bizarre
Appelée Go Ask Alice
Qui donc était cette Alice?
La voix que j’entendais m’évoquait une créature lointaine
Aux manches flottantes touillant dans un chaudron
De champignons et de triton

Donc j’ai fumé avec eux ce jour-là
Et je sais
Que vous êtes curieux de savoir ce qui s’est passé.

La première fois, dit-on, on ne ressent rien
Comme les orties ou le poison Ivy,
On ne ressent rien au départ

Mais après un moment, nous sommes sortis
Tous les trois et avons visité une classe
Flottant à quelques centimètres du sol
Avec la voix du professeur qui traversait la brume
C’était assez étrange que rien ne soit solide et que les choses dérivent.

Le lendemain, j’ai continué à porter mes vêtements conventionnels
Et mes chaussures sensées et je suis retournée
Etudier avec mon demi-cerveau habituel.

J’ai trouvé que je ne partage pas la préoccupation des autres
A visiter d’autres royaumes
Pour accéder à certaines connaissances
En passant outre les vieilles manivelles et poulies

Et en flottant comme des zombies.
Alors que je viens juste de commencer
A visiter ce monde tout à fait correct.


If a reader asks, I am aware that there is a big difference with this cannabis-smoking experience and the psychedelic LSD experience of the song. But I am not the one who played the song and set up the atmosphere!

Si un lecteur se le demande, je suis bien consciente qu’il y a une grande différence entre cette expérience de fumer du cannabis et l’expérience psychédélique de LSD de la chanson. Mais ce n’est pas moi qui ai joué la chanson et créé l’ambiance !

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET!

TSOUIN TSOUIN TSOUIN (sonnent les trompettes de la victoire)

Je reviens de mes (courtes) vacances et je tombe les flip-flops et le chapeau de paille pour vous annoncer le résultat des votes:

1ère place: Une petite sirène, de Lyssamara

Et comme organisateur, vous réclamez tous Iotop!

Merci à tous de votre participation !

Signé : VictorHugotte


L’organisateur?

LES TEXTES – C:EST ICI!!

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/07/14/le-temps-de-sourire-et-lombre-fait-langage/

https://toutloperaoupresque655890715.com/2021/07/10/plan-plan-rataplan-cest-le-bruit-du-tambour/

https://touslesdrapeaux.xyz/agenda_ironique.html

https://laglobule2.wordpress.com/2021/07/07/journee-bof-mais-pas-trop-agenda-ironique-de-juillet/

https://victorhugotte.com/2021/07/15/annette-et-la-tasse-de-cafe/

Lyssamara participe ici :

https://docs.google.com/document/d/1WN9xrBjtuM3Sxm49YxTMkA4tuH7uldSk9US-gK8XR8I/edit?usp=drivesdk

https://chchshr.wordpress.com/2021/07/24/agent-dart-den-rire-un-homme-a-toper/


Tchachacha, froufrou, splat, et scouic.

Je vous propose d’utiliser onomatopées, répétitions et accumulations pour relater une étape de la vie d’une personne, ou un moment particulier, comme par exemple les préparatifs du matin, ou du soir. Quelques borborygmes seraient aussi les bienvenus.

Vous avez jusqu’au 26 juillet, et puis après on vote. Clap clap clap !

Si vous êtes nouveau ou nouvelle, vous postez votre texte sur votre blog, shlak!, et puis hop, vous copiez-collez le lien dans les commentaires ci-dessous.
Tic toc, tic toc…