W – Winnipeg

Gérard Dicks Pellerin  a-1640xl pc065135Back to my Canada alphabet. You will notice that I jumped to W. W for Winnipeg, and all I know about Winnipeg, I learned from Carol Shields.

This knowledge is very vague, in fact, and the inhabitants are all fictional characters.
I know there are flowering avenues, radio stations, and institutes that research mermaids.
This knowledge comes from a novel published 26 years ago, but classics do not age:

The Republic of Love, by Carol Shields, 1992.

In my opinion, it is not really a love story (I know some may argue) and it has nothing to do with politics in spite of the title.

Each chapter evolves around a week in the lives of two protagonists who do not know each other – Fay McLeod and Tom Avery, alternating. Two very different lives, with the sole common point the fact that they find themselves single. She is doing research on the topic of mermaids, and he works as a night radio show host.

They do meet halfway through the book, but that’s not really the point. The narrative resembles two lines that would meet at the vanishing point of a perspective drawing: the meeting point being very small in the distance. What takes the most space on the image are the other lines.

What matters is the stuff of their lives: Tom Avery’s radio show – there is no better situation in the world of creative writing to have fun with people’s calls. Zany is a word I would use to qualify Carol Shields’ humor. Here is a sample:

“Monday night down at CHOL is survey night. Listeners call in between 1:00 and 2:00 am to answer the question of the week. Tonight’s question is : What do you think about when you’re in the shower? […]
“I feel like a jerk in the shower,” a man says. He has a youthful voice with tenor margins to it.“ I feel dumb or drunk or something. It’s the steam. I’ve got this head of naturally curly hair, but in the shower it gets all slicked down so I look like a nerd. Looks are kind of like a priority, and with me, priorities come first.”
[…] “I study my shower curtains,“ an out of town caller reports. “I’ve got one of those map-of-the –world shower curtains and I would recommend it to any listener. It’s supposed to be accurate, and I’m telling you, the stuff I’ve learned. South America. Africa, too.”

What matters is the way Carol Shields writes, her style. She said that she wrote what she wanted to read but could not find. Hallelujah!

Another mine of good writing fun is the series of people they are going to date, independently. Tom takes us to his meetings at the Newly Single Club (that was way before internet), and we are treated to a parade of characters who are of course more unsuitable and crazier the ones than the next. One top of that, everyone seems to know each other in Winnipeg – they were married before, then divorced, then remarried, all among each other.

But none of this is important. It is all a vehicle for the language itself. It’s not about the plot or the characters at all, but all about the language, the images that appear, images of everyday life, but with a unique point of view, her twist. The language is never easy. A turn of sentence is never commonplace. Carol Shields elevates the mundane and makes us read twice. And yet it’s fun.

Some people die. But there is never too much drama in Carol Shields. Her characters are not two-dimensional, nor exactly wise either, but they do not express the extreme pathos you would find in common literature. This is serious literature after all. Sorry if I gave the wrong impression, but Carol Shields is a literary writer. Hers is a lucid, gentle, even-tempered eye. There is nothing really hip about her, she’s rather old school, old fashioned, with just a touch of class that is so endearing.

Three details I would pick in the book from the top of my head:

1) the character called Onion. (She is the reason why I wanted to write a poem with a leek in it, in a previous blog entry). There is a book based on her writings entitled “Startle and illuminate.” That’s what I mean: I was startled and I smiled (the illumination).

2) Her paragraph about the importance of rituals in the life of the character (the Saturday morning coffee meetings with her father). I realized I was craving routine as well. She made tangible, and validated for me a trait I would otherwise have considered pathetic .

3) She loves words. Let’s pick another passage:

“These rings they had picked at the last minute from Greening’s Jewelers on Graham Avenue. (“I tried to phone you a couple of weeks ago, “ the jeweler said rather crossly, “to tell you they were ready.”) The date engraved on the inside of the two rings could be changed later, but there would be a small charge, of course.
“And thereto I pledge you my troth,” Fay said. He could tell she loved that word “troth,” she said it so lingeringly, its long o sound.”

I would quote the whole book if I could. Every page is another excuse for more fun.
The most excitement I had from reading a book with a comparable mixture of intelligent literature and fun, is probably The Elegance of the Edgehog by Muriel Barbery or Self-Help by Lori Moore.
I have read most of Carol Shields’ many books, but this one is by far my favorite.

” ” “

51N6TFC3F4L__SX305_BO1,204,203,200_Je reviens à mon alphabet du Canada. Vous remarquerez que je suis passée directement au W. W. pour Winnipeg, et tout ce que je sais de Winnipeg, je l’ai appris de Carol Shields.

Ces connaissances sont en fait très vagues et les habitants sont tous des personnages fictifs.
Je sais qu’il y a des avenues fleuries, des stations de radio et des instituts qui font des recherches sur les sirènes.
Ces connaissances proviennent d’un roman publié il y a 26 ans, mais les classiques ne vieillissent pas:

La République de l’amour, par Carol Shields, 1992.

A mon avis ce n’est pas vraiment une histoire d’amour (ça se discute) et cela n’a rien à voir avec la politique malgré le titre.

Chaque chapitre évolue autour d’une semaine dans la vie de deux protagonistes qui ne se connaissent pas – Fay McLeod et Tom Avery, en alternance. Deux vies très différentes, avec pour seul point commun le fait qu’elles se retrouvent célibataires au même moment. Elle fait des recherches sur le thème des sirènes et lui a une émission de radio nocturne.

Ils se rencontrent à mi-chemin du livre, mais ce n’est pas vraiment le but. Le récit ressemble à deux lignes qui se rencontrent au point de fuite d’un dessin en perspective: le point de rencontre est très petit, au loin. Ce qui prend le plus d’espace sur l’image sont les autres lignes.

Ce qui compte, c’est le contenu de leur vie: Tom Avery anime une émission de radio – pas de meilleur moyen dans le monde de l’écriture créative pour s’amuser avec les questions de l’audience.  Voici un exemple:

“Lundi soir au CHOL est la nuit du sondage. Les auditeurs appellent entre 1h00 et 2h00 du matin pour répondre à la question de la semaine. La question de ce soir est: À quoi pensez-vous lorsque vous êtes sous la douche? […]
“Je me sens comme un abruti sous la douche”, dit un homme. Il a une voix jeune avec des marges de ténor. “Je me sens bête ou bourré ou quelque chose. C’est la vapeur. J’ai les cheveux naturellement bouclés, mais sous la douche, tout est lissé et j’ai l’air d’un ballot. Mon apparence est comme une priorité, et avec moi, les priorités viennent en premier. “
[…] “J’étudie mon rideau de douche”, rapporte un auditeur hors de la ville. “J’ai un de ces rideaux de douche avec la carte du monde et je le recommanderais à n’importe quel auditeur. C’est censé être exact, et je ne vous raconte pas ce que j’ai appris ! L’Amérique du sud. L’Afrique aussi. “

Ce qui compte, c’est la façon dont Carol Shields écrit, son style. Elle dit quelque part qu’elle a écrit ce qu’elle aurait voulu lire mais n’a pas pu trouver. Alléluia!

Une autre mine de plaisir à écrire est la série de personnes qu’ils vont rencontrer, indépendamment. Tom nous emmène à ses réunions du Club des Nouveaux Célibataires (c’était bien avant Internet), et nous avons droit à un défilé de personnages plus inadaptés les uns que les autres bien sûr . À cet égard, tout le monde semble se connaître à Winnipeg – ils se sont mariés , puis ont divorcés, puis se sont remariés, tous les uns avec les autres.

Mais rien de tout cela n’est important. C’est juste un véhicule pour le language lui-même. Il ne s’agit pas de l’intrigue ou des personnages, mais du language, des images qui apparaissent, des images de la vie quotidienne, avec un point de vue unique. Un style jamais facile. Un tour de phrase n’est jamais banal. Carol Shields élève le quotidien et nous fait lire deux fois. Et en plus c’est amusant.

Certaines personnes meurent. Mais il n’y a jamais trop de drame dans Carol Shields. Ses personnages ne sont ni bidimensionnels, ni exactement sages non plus, mais ils n’expriment pas le pathos extrême qu’on trouve dans la littérature générale. C’est de la littérature sérieuse après tout. J’ai peut-être donné la fausse impression, mais Carol Shields est un écrivain littéraire. Son œil est lucide, doux, et tempéré. Il n’y a rien de vraiment branché chez elle, elle est plutôt vieille école, un peu démodée, avec juste une touche de classe si attachante.

Trois détails que je choisirais au hasard:

1) Le personnage appelé Oignon. (Elle est la raison pour laquelle je voulais écrire un poème avec un poireau dedans, dans un blog précédent). Des proches ont écrit sur elle un livre intitulé “Startle and illuminate” basé sur ses écrits. C’est ce dont je parle: je suis surprise et je souris (l’illumination).

2) Son paragraphe sur l’importance des rituels dans la vie du personnage (les rencontres du samedi matin avec son père). J’ai réalisé que j’avais aussi envie de routines. Elle a rendu tangible et validé pour moi un trait que j’aurais autrement considéré comme pathétique.

3) Elle aime les mots. Choisissons un autre passage:

Ces bagues qu’ils étaient allés chercher à la dernière minute chez Greening’s Jewellers, avenue Graham. (“J’ai essayé de vous téléphoner il y a quelques semaines”, dit le bijoutier d’un ton un peu vexé, “pour vous dire qu’ils étaient prêts.”) La date gravée à l’intérieur des deux anneaux pourrait être changée plus tard, mais il y aurait un petite supplément, bien sûr.
“Et à mon tour, je te donne ma confiance (troth)”, a déclaré Fay. Il voyait bien dire qu’elle aimait beaucoup ce mot “troth”, elle l’avait dit en faisant trainer le « o ». “

Je citerais tout le livre si je le pouvais. Chaque page est une autre excuse pour plus de fun.
Un mélange comparable de littérature intelligente et d’humour, je ne l’ai trouvé que dans L’élégance du Hérisson de Muriel Barbery ou Self-Help de Lori Moore.
Parmi les livres de Carol Shields (je les ai tous lus) c’est de loin mon préféré.

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