LES THEORIES METAPHYSIQUES DES CHANTEURS

Alain Chamfort

A l’occasion de la sortie du nouvel album d’Alain Chamfort, Le désordre des choses.

Les chanteurs français, je les soupçonne de se passer régulièrement, en groupe, un théme de chanson, comme une proposition dans une groupe d’écriture. Ca se ferait par téléphone, ou par email :
Alors, les gars, on fait tous une chanson sur les croque-morts, hein, mais ne copiez pas sur Brassens !
OK, mec. Ca roule.
Et on obtient des chansons comme celles de Louis Chedid, Crock-mort. J’en ai entendu au moins deux sur le sujet à l’époque, si je me souviens bien. Bizarre.

Cette fois-ci, le thème était : Vos opinions métaphysiques.

Je dis opinions parce que c’est un sujet pour lequel il n’y a pas de vérités objectives et définitive, puisque Siri me dit il y aurait à peu près 4200 religions dans le monde, et 5 religions principales (Hindouisme, New Age spirituality, Bouddhisme, Islam, Christianisme).

J’ai donc téléchargé hier le dernier CD d’Alain Chamfort – parce-que j’aime ses chanson.
Et alors, à la deuxième, chanson, alors que je ne lui avais rien demandé du tout, j’entends :
C’est pas le divin
Ca s’appelle plutôt le hasard
Ca te tombe dessus ou pas, point barre.

Il me donne donc son opinion comme s’il détenait la vérité vraie. Mais de quel droit ?
1) Je me demande si j’aime toujours Alain Chamfort
2) Si je vais effacer la chanson de ma liste juste téléchargée sur mon itune
3) Si je pouvais au moins savoir ce qu’il pense vraiment

Ca me dérange beaucoup, cette vision déprimante des choses. Parce que c’est dit sur un ton très triste et désabusé : « Pas de Dieu le père, non nulle part. » Moi qui l’écoute, je ne crois pas non plus à Dieu le père, ce n’est pas ça qui me dérange.
Ce qui me dérange c’est qu’Alain Chamfort me fasse en quelque sorte la leçon (tout ce que je sais je l’ai appris d’Alain Chamfort ?)
J’ai aussi un peu peur qu’il fasse peur aux populations qui se servent de leur religion comme d’une béquille. Et si on la leur enlève ? Imaginez un individu un peu fragile qui se raccroche à ses prières et sa vision du monde, et qui commence à douter soudainement, après avoir entendu ces mots ?
Je n’ose pas l’imaginer.
Ca me fait trop mal au cœur.

Et moi, me direz-vous ? que sont mes vues sur le sujet ?
Je n’aime pas ceux qui assènent leurs opinions comme des vérités et qui par conséquent dénoncent les autres visions comme fausses.

Et ce n’est pas la première fois que j’entends un chanteur mettre en avant ses idées sur le sujet.
La chanson m’a rappelé celle de Souchon il y a des années. « Et si le ciel était vide… et si en plus y’a personne…»  Une bonne mélodie. Mais la chanson m’avait choquée un peu aussi.
Je suis pour la tolérance.
Je crois que toutes les religions naissent d’une intuition extrêmement subjective, mais qu’une fois organisées pour le collectif, elles deviennent incapables de répondre vraiment à cette aspect universel de la nature humaine. Au mieux, les religions peuvent faciliter les choses, donner aux chercheurs une structure, un lieu de rassemblement, une orientation; au pire, les religions deviennent une voie qui canalise les pires défauts de l’homme l’intolérance, la violence, toutes les formes de domination, de lutte de pouvoir sur la femme, les étrangers, tout ce qui est autre.

Donc que le ciel soit vide, soit. Ce n’est qu’une représentation d’une façon de pensée imagée.

Je comprends que ce que Souchon veut faire ici : dénoncer les abus de pouvoir, la violence au nom d’une croyance : « Tant de compassions et tant de revolvers »
Mais quand il dit : Tant de torpeurs, de musiques antalgiques, tant d’anti-douleurs dans de jolis cantiques » je ne suis pas d’accord.
Je pense que les musiques sacrées, les cantiques magnifiques, qui viennent de cette part intérieure de l’homme n’ont pas grand-chose à faire avec des noms variés de Dieu.
Elles sont une expression tout à fait utile et nécessaire de ce que nous avons en nous. Elles inspirent. Et nous relient à une autre dimension.
Dimension qui n’est pas accessible à tout le monde apparement. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas réelle.
Les aveugles pourraient affirmer que la vision est une vue de l’esprit. Ils n’ont pas tort, mais ce n’est pas la vérité pour tout le monde.
Et puis, si on n’aime pas le chocolat. Ce n’est pas une raison pour en dégouter les autres.

Et qu’est-ce qu’il y a de mal à envisager un anti-douleur ? Est-ce qu’il serait plus virtueux de souffrir, de désespérer dans le néant? Est-ce qu’il y aurait quelque-chose de « cool » à souffrir le plus possible ? J’ai entendu des Cantates de Bach qui m’ont tout de même donné un petit goût d’ailleurs et d’autre chose.
Je plains ceux qui se ferment aux chants sacrés.

Aucun rapport avec un dieu le père qui serait au ciel, un Deus Ex Machina. Encore que si ça parle à certains, pourquoi pas ?

Et puis passons maintenant à Cabrel, qui avait participé au forum il y a quelques années, avec Des roses et des orties :
« Vers quel monde, sous quel règne et à quels juges sont-nous promis ? »
Références a certaines religions.

On est lourd, tremblant comme des flammes de bougies
On hésite à chaque carrefour
Dans les discours que l’on a apprit
Mais puisqu’on est lourd
Lourd d’amour et de poésie
Voilà la sortie de secours.

Je préfère de beaucoup ce langage. Cabrel n’impose pas ses vérités, il se pose des questions. Et il ne ferme pas la porte sur une pièce noire pleine de monstres, il laisse la porte ouverte.
Et surtout, il laisse sa part à cette intuition infiniment personnelle qui n’a rien à voir avec les religions organisées, ou un Dieu le père dans le ciel – l’amour et la poésie. Voilà la sortie de secours.

Je ne sais pas d’où Chamfort sort ces idées noires – parce qu’elles me semblent noire. Ne vous y trompez pas, je suis tout à fait d’accord avec le désordre des choses, des bouquets d’atomes qui explosent, des répulsions et des symbioses. Mais quand il parle d’étincelle : la seule étincelle, c’est le hasard. Je sens comme une petite bougie qui s’éteint, et comme un goût de Je ne suis pas d’accord. Je crois à la lumière. C’est peut-être juste une question de langage. Je crois qu’il loupe quelque-chose d’important.
Dans tous les cas, Cabrel est le gagnant du concours.


METAPHYSICS THEORIES OF FRENCH SINGERS
on the occasion of the release of Alain Chamfort’s new album of, The disorder of things.

I suspect French singers to meet regularly as a group, and agree on a song theme, like on a prompt in a writing group. It would be done by phone, or by email:
OK, guys, we’re all doing a song about an undertaker, OK? but without copying Brassens!
Ok dude. OK.
And we get a series of songs like Louis Chedid’s Crock-mort. I heard at least two on the subject at the time, and found it odd.

This time, the theme was: Your religious or metaphysical opinions.

I say opinions because it is not a subject with any objective and definitive truths, since Siri tells me there are about 4200 religions in the world, and 5 main religions (Hinduism, New Age spirituality, Buddhism , Islam, Christianity).

Yesterday I downloaded Alain Chamfort’s lastest album – because I like his songs.
And then, on the second track, without any prompt on my part, he tells me:
It’s not the divine
Rather It’s called chance
It falls on you or not, period.

He gives me his opinion as if he held the truth. By what right?

1) I wonder if I still love Alain Chamfort
2) If I’m going to erase the song from my list just downloaded on my iIune
3) If I could at least know what he really thinks

It bothers me, this depressing view of things. Because it is said in a very sad and disillusioned tone: “…No God the father anywhere.”
I do not believe in “God the father” either, and that’s not what bothers me.
What bothers me is that I feel Alain Chamfort wants to teach me a lesson (all I know I learned from Alain Chamfort?)
I’m also worried that these words might scare people who use their religion as a crutch. What if we take it away? Imagine a rather fragile individual who clings to his prayers and his vision of the world, and who suddenly begins to doubt, after hearing these words whispered by the singer?
I do not dare to imagine it.
It breaks my heart too much.

And me? I hear you asking. What are my views on the subject?

I do not like those who assert their opinions as truths and therefore denounce other visions as false.

And this is not the first time I hear a singer put forward his ideas on the subject.
The song reminds me of another one by Alain Souchon years ago. “And if the sky was empty … and if there was no one…” A good melody. But the song had shocked me a little too.
I am for tolerance.
I believe that all religions are born of an extremely subjective intuition, but once organized for the collective, religions become incapable of truly responding to this universal aspect of human nature. At best, religions can make things easier, give researchers a structure, a place to gather, an orientation; and at worst, religions become a path that channels men’s worst faults intolerance, violence, all forms of domination, power struggle over women, foreigners, etc.

The sky may be empty? So be it. This is just a representation of a pictorial way of thinking.

I understand what Souchon wants to do here: denounce abuse of power, violence in the name of a belief: “So much compassion and so many revolvers
But when he says: So much torpor, analgesic music, so much pain-relief in these pretty anthems, I do not agree.
I think that sacred music, magnificent songs we know, come from the deepest part of man and do not have much to do with the various names of God.
They are a very useful and necessary expression of what we have in us. They inspire. And they connect us to another dimension.
Dimension that is not accessible to everyone apparently. Which does not mean that it is not real.
The blind could say that vision is a view of the mind. They are not wrong, but that’s not the truth for everyone.
And also, if we do not like chocolate. This is not a reason to disgust others.

And what is wrong with considering a pain-killer? Is it more virtuous to suffer, to despair in nothingness? Is there something “cool” about suffering as much as possible? I heard some Bach cantatas that gave me a little taste of something else.
I pity those who close themselves to sacred songs.

This is not related with the idea of a God the father who would be in heaven, a Deus Ex Machina. Although if the idea speaks to some, why not?

And now let’s move on to Francis Cabrel, who attended the forum a few years ago, with Des Roses et des Orties (Roses and Nettles):
“To which world, under which kingdom and which judges are we promised? “
References to certain religions.

We are heavy, shaking like candle flames
We hesitate at each crossroads
In the speeches we learned
But since we are heavy
Heavy with love and poetry
Here is the emergency exit.

I much prefer this language. Cabrel does not impose his truth, he asks questions. And he does not shut the door on a dark room full of monsters, he leaves the door open.
And above all, he leaves its part to this infinitely personal intuition that has nothing to do with organized religions, or a God the Father in heaven – love and poetry. That’s the emergency exit.

I do not know where Chamfort gets his dark thoughts – because they seem black to me. Make no mistake, I totally agree with the disorder of things, bunches of exploding atoms, repulsions and symbiosis. But when he speaks of a spark, the only spark is chance. I feel like a little candle going out, and like a taste of I do not agree. I believe in light. It may be just a question of language. I think he misses something important.
Or I misunderstood the song.
In any case, Cabrel wins the contest.

2 thoughts on “LES THEORIES METAPHYSIQUES DES CHANTEURS

  1. En même temps, la liberté de penser, elle est là non ? Et fort heureusement. L’opinion est une façon d’être au monde. J’avais totalement adhéré à la chanson de Souchon. Oui, oui, parce que c’est aussi conforme à mes idées et j’aime en voir un miroir dans un chanteur que j’apprécie énormément entre autres pour sa laïcité absolue. Comme Brassens.

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    • Oui, Anne – Tout à fait pour la liberté de penser ! Comme je vis assez loin, j’essaie de rester en contact avec la France et sa tradition de chansons. J’avais un peu envie de m’amuser ici, avec ces noms que tout le monde connait en France, et ce qui passe dans le conscient et l’inconscient collectif des Français.

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