LE COURS DE TRADUCTION SIMULTANEE

Ce que j’ai retenu le plus de ce cours était le prof, dont j’avais entendu dire qu’elle était folle de son corps. On se retrouvait dans une petite classe aux murs ni crème ni jaune, coquille d’œuf. La table et les chaises de résine et de métal tubulaire en désordre. Lumière néon au plafond trop forte, classe informelle où je me sentais déjà dépassée.

Je passais trop de temps à essayer d’examiner et mettre en images l’expression: Folle de son corps. L’information venait de source sûre. A peine plus âgée que nous, la jeune femme n’était pas très grande, les cheveux longs, bruns, elle se perchait sur un des bureaux, les jambes pendantes, bien trop nonchalante pour le sujet et le niveau de ses élèves. Surtout moi.

Le cours était censé nous préparer à des emplois de traduction simultanés comme on en voit à la télé : assemblées parlementaires ou conférences de spécialistes et représentants des principaux pays mondiaux. Les participants regardent un podium et écoutent au casque le discours traduit par des interprètes dans des cabines aux fenêtres de verre au-dessus de l’assemblée. Il y avait aussi ces interprètes qui accompagnaient des dignitaires ou accompagnent des voyages.  

A mon avis, elle s’en fichait un peu de nous, du cours. Elle avait fait ses preuves. Elle participait à des conférences sur les Artificial flavors et flavor enhancers. Et puis ce qui se passait avant et après ces sessions me paraissait fascinant et chaotique.

Un des problèmes était que moi, je ne faisais rien de simultané. Je devais prendre le temps de faire les choses. Je les faisais, mais ça prenait plus de temps.

Déjà, Ils étaient passés à la conversation suivante.

A l’ONU, j’aurais exprimé la nouvelle loi bien après les coups d’Etats.

Le principe du cours, c’était de comprendre qu’il s’agissait de rechercher tout le vocabulaire dont on aurait besoin avant la fameuse conférence. Puis d’exercer ce muscle du cerveau qui permettait de créer des voies parallèles entre deux ou trois langues.

Chez moi, ce muscle restait atrophié. Je m’installais confortablement dans une langue ou dans une autre, mais les ponts entre les deux étaient un peu rouillés. D’ailleurs, plus tard, après quelques années de vie aux Etats Unis, il m’arrivait de ne plus savoir si je parlais Anglais ou Français.  J’en avais une idée quand je voyais la tête de mon interlocuteur interloqué. C’était la mauvaise langue.

Rêvez-vous en Anglais ou en Français ? me demandait-on souvent.
Ni l’un ni l’autre. Je rêve en images. Rares sont les rêves en mots.

Donc je ne suis jamais devenue interprète. Au final, pour moi, c’est une chose à la fois. Comme le dit l’Ecclésiaste :

A time for French and a Time for English

A time to hear, a time to take it in,

and a time to translate.


Dans ma série de souvenirs universitaires franco-américains intitulée (la série) pompeusement : ACADEMIA

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