FAIRE POUSSER DES POMMES DE TERRE AVEC HENRY DAVID THOREAU

Au pire des cas, me disais-je, de ma chaise dans l’auditorium
Prenant des notes en classe de littérature américaine
Au pire des cas je cultiverais des pommes de terre comme Henry David Thoreau
À côté d’une petite cabane avec un feu de bois.

Dans la classe qui suivait: Anglais des affaires
On nous préparait à un avenir global
Import-export international en termes non-équivoques: f.a.s, f.o.b., c.i.f
Futur codé dans un langage de gagnants et perdants
J’y voyais des quais sales aux mouettes hurlantes
Le tout téléguidé d’un siège-social de verre et d’acier

On nous enjoignait de nous vendre
En brandissant nos CV au-dessus de la foule
Comme les mouettes dans les publicités
Pour les cadres aux Jeux Olympiques du succès!

Combien est-ce que je vaux, déjà?

Au pire des cas il me resterait l’option
de faire comme Thoreau et vivre simplement
En mâchant des légumes-racines
En suçant la moelle de la vie, des vers de terre
En chassant les marmottes si le besoin se faisait sentir
et puis, à l’heure de ma mort, découvrir que, oui, j’avais vécu.

Thoreau fait appel à l’idéalisme des adolescents”
Disait mon professeur, condescendant.
Pragmatiquement,
cela se résumait à combien de pommes de terre
Vous aviez besoin pour vivre.



Je me remémore ici ici les difficultés de la vie d’étudiante, l’angoisse du futur, mêlé à l’idéalisme, le désir d’une vie authentique, les affinités personnelles (pour moi, la littérature). Un moment de la vie tout est possible, mais où on doit jouer les règles du jeu et où la chance joue une grande part.


GROWING POTATOES WITH HENRY DAVID THOREAU

Worst case scenario
I told myself from my seat in the lecture hall
While taking notes in American literature class
I’ll grow potatoes like Henry David Thoreau
Next to a small cabin with a wood fire

In the next class: Commercial English
we are groomed for a future of international imports/export
in no uncertain terms, f.a.s, f.o.b., c.i.f

A future coded in winner-loser language
dirty docks with shrieking seagulls
teleguided from headquarters in steel and glass offices
Where I am meant to compete and sell myself
brandishing my resume above them all
like the seagulls in the commercials
for executives in the Olympics of success!

How much am I worth, already?

If all else fails, I thought, I’ll grow a vegetable garden and earn my living from the soil
chew on roots
and suck the marrow of life
eat worms, chase woodchucks, if necessary
and besides, when I come to die, discover that I have indeed lived.

Thoreau appeals to the idealism of adolescents
my professor said.
Pragmatically,
It boils down to how many potatoes you need to live on.

Illustration: On Walden Pond by Nicholas Santoleri


4 thoughts on “FAIRE POUSSER DES POMMES DE TERRE AVEC HENRY DAVID THOREAU

  1. Bonjour Victor Hugotte !
    J’ai aimé tes mots, tes références à Thoreau, ton ironie et surtout cette partie, que j’ai trouvée particulièrement bien tournée “En mâchant des légumes-racines
    En suçant la moelle de la vie, des vers de terre”. Bref, ravie d’être revenue te lire après des semaines d’absence (trop de travail justement). Belle journée à toi, Sabrina.

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