NATATION / SWIMMING 101

NATATION pour débutants

L’été avant mon départ, sur la plage, j’avais parcouru le catalogue que j’avais reçu par la poste, une liste impressionnante de cours de premier cycle disponibles au collège américain où j’avais été invité, et je m’émerveillais des cours fascinants, inouïs en France:

Théâtre ; Écriture créative ; Danse ; Histoire de la musique ; Poésie

J’avais l’impression d’avoir gagné à la loterie.

Dans l’euphorie de cette offre, j’avais naturellement commencé à choisir sur l’étalage les saveurs que je choisirais. Ma propre éducation française était basée sur une politique pragmatique, la loi de l’offre et de la demande. L’éducation était gratuite, assurée par le gouvernement, et les étudiants étaient dirigés vers ce que nous appelions des débouchés et il n’y avait pas beaucoup de marge de manœuvre en cours de route. L’enseignement était divisé en filières et, bien que ce soit possible, il n’était pas encouragé de changer de voie ou de s’arrêter en route.

À moins de suivre une formation spécifique en théâtre, danse ou musique, il y avait peu de chances de pouvoir accéder à de telles classes. Et pour moi, la notion d’écriture créative était enchanteresse. Les cours de littérature étaient consacrés à l’étude des grands écrivains. Le fait que l’art d’écrire puisse être enseigné à de jeunes étudiants, et encouragé dans une classe était une idée très étrangère.

J’avais commencé à rêver théâtre! costumes, scène, lumières, sans parler des œuvres dans lesquelles nous allions nous immerger!

Bien sûr. J’allais prendre écriture créative. Avec un accompagnement de danse, s’il vous plaît.

Ce serait comme le Club Med, avec plus de culture.

Quelques jours après mon arrivée au collège, l’heure était venue de visiter le bureau du Registrar pour m’inscrire aux cours. Selon le contrat, je devais enseigner quelques classes, travailler dans le laboratoire de langues, organiser la table française, animer un dortoir français (il n’y en avait pas à Kenyon) et suivre trois cours. Très excitée, j’étais entrée et avais proposé mes choix: Théâtre, Écriture créative, Danse.

Whoa, whoa! Calmez-vous! l’homme avait dit. Tous ces cours sont déjà pris. Vous êtes assistante avec une bourse ici, pas étudiante de premier cycle à temps plein.

J’avais oublié que je n’étais pas une vraie étudiante à cette université américaine où l’on étudiait les sciences humaines pour avoir une éducation équilibrée et complète.

Il m’expliqua que ces classes, que j’avais naïvement sélectionnées, avaient toutes été prises par des étudiants légitimes qui avaient choisi leurs majors et leurs mineurs il y a longtemps selon la procédure formelle. Et voyons ce qui restait disponible pour moi…:

Littérature française? Allemand ?

Vous pouvez prendre Littérature américaine au deuxième semestre et Aérobic si vous le souhaitez. La seule autre option est… Natation 101. Un cours pour débutants.

Apprendre à nager? Mais je sais nager!

Ou bien je le pensais. Mais je devais admettre que tout ce que je savais, je l’avais appris avec une bouée à la plage quand j’avais six ans.

Maintenant vraiment déçue, je me demandai lequel de ces cours ennuyeux me rappellerait le moins mes seize dernières années de scolarité française. Je faisais de l’allemand depuis le lycée et j’avais atteint un niveau acceptable, et j’étais depuis longtemps casée dans la « filière littéraire », où j’étudiais l’écriture des autres. J’envisageai l’aérobic (j’avais toujours été fidèle à Veronique et Davina dans mon salon), mais quand on m’avait dit qu’il s’agissait de faire du jogging en groupe sur des pistes de course poussiéreuses, je m’étais rabattue sur la natation, car j’aimais être dans l’eau et cela n’impliquait pas d’écrire des devoirs. J’avais ajouté allemand et littérature française par devoir. Ces sujets ne seraient pas trop difficiles et ne feraient pas concurrence à mes autres responsabilités. En contraste avec les gâteries du début, tout ceci était aussi excitant que petit-pois et carottes dans mon assiette.

C’est ainsi qu’à huit heures du matin, alors que tout le campus dormait, je me retrouvai face au paysage bleu chatoyant de la piscine olympique de Kenyon College. Le premier jour, surprise, j’avais aussi été confrontée au fait que personne d’autre ne s’était inscrit à ce cours pour débutants. Personne à part moi. J’étais seule. Le professeur qui entraînait l’équipe de natation réputée dans des classes avancées était mon entraîneur personnel.

Chaque matin, dans mon maillot de bain athlétique bleu marine, je descendais l’échelle de métal et sentais la fraîcheur de l’eau sur mes orteils, mes genoux, mes cuisses, ma taille, dernier frisson et je m’étirais le long d’un couloir vide.

Au lieu de l’agitation théâtrale, des jeux d’écriture, des exercices à la barre, ou des créations poétiques, j’affrontai l’espace vide et silencieux, le calme méditatif du petit matin, l’étrange intimité forcée avec l’entraîneur. Mais ne vous méprenez pas, il n’y eu pas d’épiphanie. Juste à réfléchir. Oubliées les sucreries du départ, ou même un plat d’accompagnement de pois et de carottes. C’était une grosse et belle carotte, fraîche et crue qu’on me donnait. Une parfaite carotte Zen.

J’ai appris dans cette classe beaucoup plus que j’aurais cru. Bientôt, je traversai la piscine en dos crawlé, en nage indienne, en brasse, en respirant correctement. Ces leçons étaient précieuses et bienvenues. J’étais une équipe de natation à moi toute seule, en compétition avec moi-même, gagnant tout le temps. Mon entraîneur croyait en moi, m’encourageant quand je faisais bien. Et je faisais toujours mieux que ceux qui n’étaient pas là.

Il y avait aussi un étrange plaisir dans ces circonstances qui avaient fait traverser l’océan à cette Française pour qu’elle se retrouve seule dans une piscine olympique.

J’avais été remis à ma place et j’avais reçu le cadeau du silence du grand bain en récompense.

Retour à moi-même

Seule.


SWIMMING 101

The summer before my departure, on the beach, I had been perusing the catalogue I had received in the mail, a dizzying list of undergraduate courses available at the American college I had been invited to, and marveled at the fascinating classes, unheard of in France:
Theatre
Creative writing; Dance; History of Music; Poetry…
I felt I had won the lottery.

Still giddy from this offer, I naturally went on choosing on the candy rack what flavors I would pick. My own French education was based on pragmatic politics, the law of supply and demand. Education was free, provided by the government, and students were channeled towards what we called débouchés (professional outlets) and there was not much wiggle room along the way. Most branches of education were divided in filières (sectors) and though it was possible, it was not encouraged to change paths or to take time off.
Unless you were following a specific training in Theatre, Dance, or music, there was little chance you could access such classes. And to me the notion of Creative writing was enchanting. Literature classes were dedicated to the study of the great writers. The fact that the art of writing could be taught to young students and encouraged in a class was a very foreign idea.

I started dreaming of Theatre! the costumes, the stage, the lights, the literate works we were going to immerse ourselves in!
Of course. creative writing. And a side-dish of dance, please.
It would be like Club med, with more culture.

                After a few days following my arrival at the college I was advised to visit the Registrar’s office to sign up for classes. According to the contract, I was expected to teach, work in the language lab, organize the French table, animate a French dorm (there was none where at Kenyon) and take three classes. Very excited, I stepped in office and laid down my choices: Theatre, Creative writing, Dance.

“Whoa, whoa! Hold your horses!” the man said. All those classes are already taken, young miss. You are a Teaching Assistant on a scholarship here, not an undergraduate full-time student. “

I had forgotten that I was not a real student at this American Liberal Arts College, where you studied humanities to become a well-rounded citizen.
He explained to me that those classes I had cherry-picked, starry-eyed, belonged to legitimate students who had chosen their majors and minors a long time ago according to the formal procedure. And let’s see what was available for me:

How about French literature? Or what about German (still open)? 
You could do American literature second semester, and Aerobics if you want.  The only other option is… Swimming 101. A beginner’s class.

Learn how to swim? But I know how to swim!
or I thought I did. But I had to admit that all I knew I had learned with an floatie at the beach when I was six.

Now really disappointed, I considered which of those boring classes would be the least reminiscent of my sixteen past years of French schooling. I had been taking German since high-school and had reached an acceptable level, and had long been cast in the literary filière, where I had been studying other people’s writing.  I considered Aerobics, but when I was told in consisted in group jogging along dusty racetracks, I fell back on Swimming, since I liked being in water and it did not involve writing papers. I added German, and French literature because I had to. The subjects would not be too challenging and therefore would not compete with my other requirements. In contrast with the candy store of the beginning, this was as exciting as peas and carrots on my plate.

This is how at eight in the morning, while the whole campus was asleep, I found myself facing the shimmering blue landscape of the Olympic-size swimming pool of Kenyon College. And on the first day, surprise, I also faced the fact that no-one else has signed for this beginner’s class but me. I was The only student. The professor who trained the award-winning Swim Team in advanced classes became my personal trainer.

Every morning, In my navy-blue athletic swimsuit, I climbed down the metal ladder and felt the cool wetness on my toes, my knees, my thighs, my waist, last shiver and there I was, stretching my length along an empty lane.

Instead of theatrical excitement, playful writing games, leotards and barre exercises, or swoon-worthy poetic creations, I faced the empty silent space, the meditative quiet in the earl morning, the odd forced intimacy with the professional trainer. Yet don’t get me wrong, there was no epiphany.  Just sobering down. Forget candy, or even a side dish of peas and carrots. This was a big, fat, beautiful, fresh, raw carrot I was given here. A perfect Zen carrot.

I did learn a lot more than I thought I would. Soon I was crossing the pool in a backstroke, sidestroke, breaststroke, breathing properly. Those lessons were precious and welcome.  I was a swim-team all by myself, competing with myself, winning all the time. My coach believed in me, cheering me when I did well. And I always did better than anyone who was not there.

There was also an odd pleasure in the circumstances that made this French girl cross the ocean to find herself alone in an Olympic-side pool.

I had been put back in my place and been given the gift of the silence of swimming as a reward.
Back to myself.
Alone.

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