POEMS NO-ONE UNDERSTANDS

Feet up

POEMS NO-ONE UNDERSTANDS 

This is how you do it
Take some abstract words, and the most unknown words
Anticipating blue psithurism
Juxtapose them with a dash at the end of the line ─
creating elevated mystery
That makes your neurons work out like crazy
So that your reader will feel wicked dumb
And think very highly of you ─ They
will think you have reached a level
beyond the understandable.
[insert random word]
Like incumbent hyperspeed
You will try to describe
A non-moment moment
With odd out-of-sync, out-of-reach feelings
That turn upon themselves
Like nelipot smidgeon
(what you didn’t get that?)

*

Je viens de trouver ce poème que j’ai écrit en Janvier dans mon journal, mais que j’avais tellement oublié que j’ai dû faire une recherche sur Google pour m’assurer que j’en étais bien l’auteure. Je le colle ici pour être sûre de ne pas le perdre – il me plait bien.

#26 – La chanson française

Vincent Delerm

Aujourd’hui, un énooooooorme chapitre : la chanson française.

Probablement le plus gros chapitre de ma liste.  Comme il fallait bien commencer quelque-part, j’ai composé un modeste hommage à Vincent Delerm que j’adore.

VINCENT DELERM ET MOI

Il vient avec moi au boulot
Moi au volant lui au piano
On a une relation comme ça
Vincent Delerm et moi
On aime un peu les mêmes chanteurs
Les mêmes chansons, les mêmes coups de coeur
On est sensible de l’épiderme
Moi et Vincent Delerm

Je le laisse faire tout le boulot
Les interviews à la radio
Il me donne des idées de poèmes
C’est une nouvelle forme de tandem
Je l’entends, lui ne m’entend pas
On est un peu pudique comme ça
On forme un couple ultra-moderne
Moi et Vincent Delerm

J’aime ses photos sur Instagram
Pendant que lui travaille ses gammes
On aime tous les deux son papa
Vincent Delerm et moi
On vit nos vies en parallèlle
Parfois on chante Marie-Paule Belle
On a la chanson dans le sang
Moi et Delerm Vincent

Il vient avec moi au boulot
Moi au volant, lui au piano
On a une relation comme ça
Vincent Delerm et moi
On aime un peu les mêmes chanteurs
Les mêmes films et les mêmes coups de coeur
On est sensible de l’épiderme
Moi et Vincent Delerm

Je le laisse faire tout le travail
Tous les concerts et les détails
Et en plus on ne se voit jamais
Mais ça marche quand même on dirait
Je l’entend, lui ne m’entend pas
On est un peu pudique comme ça
On forme un couple ultra-moderne
Moi et Vincent Delerm

*

Ceci dit, j’ai un projet. Celui de m’asseoir au piano et de jouer, à ma façon, un répertoire choisi de … Jean-Louis Aubert, Hugues Aufray, Charles Aznavour, Pierre Bachelet, Daniel Balavoine, Barbara, Alain Bashung, Didier Barbelivien, Guy Béart, Marie-Paule Belle, George Brassens, Michel Berger, Frida Boccara, Angelo Branduardi, Jacques Brel, Patrick Bruel, Francis Cabrel, Jean-Patrick Capdevielle, Alain Chamfort, Philippe Chatel, Robert Charlebois, Louis Chédid, Christophe, Julien Clerc, Charlélie Couture, Hervé Christiani, Etienne Daho, Joe Dassin, Romain Didier, Yves Duteil, Jacques Dutronc, Thomas Dutronc, Léo Ferré, Nino Ferrer, Michel Fugain, Serge Gainsbourg, Jean-Jacques Goldman, Françoise Hardy, Serge Lama, Bernard Lavillier, Herbert Léonard, Marie Laforêt, Daniel Lavoie, Marc Lavoine, Gérard Lenormand, Eddy Mitchell, Yves Montand, Mouloudji, George Moustaki, Claude Nougaro, Pierre Perret, Nicolas Peyrac, Michel Polnareff, Régine, Renaud, Veronique Sanson, Henry Salvador, William Sheller, Yves Simon, Mort Shuman, Alain Souchon, Anne Sylvestre, Diane Tell, Fabienne Thibaut, Charles Trenet, Laurent Voulzy,

J’ai dû en oublier beaucoup, mais ça devrait suffire pour commencer. Et si vous avez des suggestions…

LOST TEARDROPS

Earrings

Aujourd’hui, deux poèmes pour le prix d’un!
Si je savais le faire, je mettrais les deux en parallèle, un en français, un en anglais. Mais je ne sais pas encore. Ils ne me sont pas venus exactement pareil, ce qui était un exercice intéressant pour moi.

LOST TEARDROPS

Did you happen to see them
The earrings I lost at some point in my life?
Might be in my forties
But I don’t remember exactly

They were a pair of teardrops
(that should have given me a clue)
Two long silver tears on a hook
That I bought a lucky day
At the Galeries Lafayette

They were made for
Shimmering futures
Measured glamour
Overseas adventure
And certain drama

To wear to important events
A college official event
Or in somebody’s bed

I looked in every jewel box I own
In every memory I have
Lifted every one of them
Pillows and sheets and even
Under
The
Bed
(I did see a few monsters among the dust bunnies)

When was the last time I wore them?

Could I have lost them with my youth?
I can’t retrieve it either
Not that I need it
For any specific purpose
But you never know,

So if you happen to find them
Please mail them to me
Care of the woman
At the corner of the street
Although she doesn’t live there  anymore.

*

BOUCLES D’OREILLES GOUTTE D’EAU

Les auriez-vous vues,
les boucles d’oreilles goutte d’eau que j’ai perdues
à un certain moment de ma vie?
peut-être vers la quarantaine
bien que je n’en sois plus si certaine,

de longues larmes d’argent sur crochet or
que j’avais achetées un jour de chance
Aux Galeries Lafayette –

elles étaient faites pour
des futurs scintillants
du glamour mesuré
des aventures à l’étranger
et un certain sens du drame

à porter à des événements importants
événement officiel d’un collège américain
ou dans le lit de quelqu’un ;

la dernière fois que je les ai vues,
la dernière fois que je les ai portées,
était-ce à un bal … oui sûrement,
à une soirée, chez des gens,

Ces gouttes d’eau en argent ;

j’ai regardé dans chacune de mes boîtes à bijoux
Soulevé chaque souvenir
retourné draps et oreillers
et même
sous
le
lit
(où j’ai vu quelques monstres parmi les moutons de poussière)

mais je ne les ai pas trouvées –
les aurais-je perdues avec ma jeunesse?
que ne retrouve pas non plus
ce n’est pas que j’en aie besoin
pour aucune raison spécifique,
mais on ne sait jamais,

donc, si vous les trouviez
merci de les envoyer par courrier
à l’attention de la femme qui habite
au coin de la rue
même s’il me semble bien
qu’elle n’y habite plus ?

FILE CABINET BEHIND DESK

Behind desk

On a piece of paper, in a three-ring binder at work I read:
FILE CABINET BEHIND DESK
It looked like the title of a poem,
(I see them everywhere these days)
Seemingly followed by strophes in iambic pentameter
I loved that it was anchored in our contemporary material world
And I was expecting some witty insights based on everyday life.
But after that catchy title it read:
Boston Consulting Group
Membership French-American Chamber of Commerce
Special Meeting Minutes
City of Boston
City of Boston Planning Board
Company Vehicle files

What a let-down on the part of the author!

#3 – LES LIBRAIRIES / PAPETERIE / JOURNAUX

 

Une des choses que j’adore en France sont les librairies-Papeterie-Journaux, ces petites cavernes d’Ali-baba avec leurs jouets et gadgets, les bracelets avec les prénoms dessus en ordre alphabétique, les stylos, les cahiers, les carnets, les crayons. Il y a une odeur unique d’encre, parce que les stylos-plume, on ne les trouve pas ailleurs qu’en France.
En général il y a tout un mur de magazines, la plupart emballés maintenant dans un plastique assez désagréable qui fait du bruit, avec un bidule en plastique fait en Chine ou un supplément sur le sexe ou la nourriture comme « cadeau promotionnel ». Mais tout de même, toutes ces couleurs et toutes ces couvertures prometteuses !
Et en Français !

« Gégé,» je l’ai dégoté dans une petite librairie-papeterie-presse au recoin de la plage à Larmor Plage, entre les seaux, pelles et râteaux, lunettes de soleil et cartes postales. Ce qu’il faisait là, Depardieu en livre, je n’en sais rien. Ca s’est fait comme ça. C’était une bonne surprise. Et je l’ai emporté. Je n’ai pas été déçue.
Et à chaque fois que je vois le livre, je suis automatiquement téléportée à la librairie-papeterie-presse où je l’avais trouvé.

La première chose que je fais quand j’arrive en France c’est me ruer sur la première librairie qui vient. La dernière fois c’était le Virgin Megastore près de l’Opéra. Et là, de butiner de table en table telle une mouche à miel autour de toutes ces couvertures et titres en compétition, pour faire peut-être la découverte de celui qui deviendra un meilleur-ami, un compagnon de route.
Quel émoi quand je reviens. Une vraie fête.

Oui, il y a des librairies indépendantes dans mon coin du monde en Nouvelle Angleterre. Et il reste une grande chaîne aussi. Mais ce n’est pas pareil. La différence est dans le choix des reliures, les couleurs des couvertures, et le fait que les livres sont des bouquins Américain en anglais. J’adore. Mais quand même, le monde des lettres françaises, c’est sucré, chaud, épicé, chaleureux, coloré. Confortable, quoi.

Le plus drôle, c’est que quand j’étais encore française, à mon premier retour des Etats unis il y a longtemps, je recherchais plutôt les librairies anglophones. Je prenais l’avenue de l’Opéra, par exemple, et passais pas mal de temps chez Brentanos (disparu depuis), ou au Virgin Megastore des Champs-Elysées. Là, j’y avais acquis une série de John Updike, histoire de maintenir mon niveau d’anglais et de me replonger dans la culture que je venais de quitter. Je me revois dans mon studio, sur mon lit, lisant Couples, m’initiant à cette petite coterie de la Nouvelle Angleterre. J’étais à des lieues de savoir que je passerais une bonne partie de ma vie sur ces lieux géographiques exacts quelques années plus tard.
A la Shakespeare & Company, j’avais déniché un des premiers self-help books, The Road Less Travelled de Scott Peck. Chacun ses intérêts, n’est-ce pas. Les miens sont assez éclectiques. J’assume.

Brentanos

Brentano’s Paris

 

Ce dont je veux parler, ce sont des librairies et des livres qui y sont associés et qui nous y ramènent.

Par exemple The Republic of Love, de Carol Shields, me ramène immanquablement à une belle librairie de Montpellier. Ce livre a fait mes délices au cours des années, quelque-chose dans l’humour un peu biscornu mais rassurant de l’auteur. Et un goût spécial de Winnipeg, au Canada. Je ne m’en suis jamais lassée.

D’un sous-sol de Québec, j’étais ressortie toute heureuse avec Juliette Pomerleau, d’Yves Beauchemin, un de ces amis qui redonnent toujours son sens à la vie (je parle du livre). Et à Montréal, un petit bouquin de Christian Bobin, La grande vie s’est imposé à moi comme ça, au détour une allée. Kindred spirits. Ȃmes-sœurs.

Dans ma bibliothèque personnelle de l’autre côté de l’Atlantique vous trouverez une série de livres d’Arnaud Desjardins qui ont un petit air d’Angers où je faisais mes études. Ils me ramènent à travers le temps et l’espace dans cette jolie ville et ce havre de paix dans une rue dont j’ai oublié le nom, mais pas l’impression.

De ville en ville, d’année en année, je me suis souvent retrouvée au Brookline Booksmith qui avait toujours une sélection qui me plaisait. J’y ai rencontré, entre autres, Stephen McCauley, The Object of my Affection, et Alain de Botton, How Proust can Change your Life. De bons moments.

Mais il fallait à tout prix que je rentre en France, régulièrement. A Paris, je me baladais dans le quartier latin essayant de ne pas louper une minute, une seconde de mon temps, à l’affût du bon livre qui pourrait changer ma vie. Chez Gibert Jeune, Boulevard Saint-Michel, j’avais dégotté une copie des nouvelles de Vladimir Nabokov, traduites en Français, La Vénitienne. Dégustation spéciale.

Et puis il y a les aéroports avec les rayonnages qu’on explore rapidement la carte d’embarquement à la main pour une rencontre de dernière minute.
Ou alors même, ahem… le rayon des bouquins des supermarchés. Je ne suis pas snob. Du Leclerc de Larmor Plage j’ai ramené la vie de Polnareff qui s’ennuyait sur un rayon, sous les néons un peu gris, près des étalages de serviettes de bain. Je n’ai pas été déçue non plus
Qui pourrait résister à l’idée de savoir tous les détails de la vie des chanteurs de son enfance ? J’avoue que j’ai même feuilleté furtivement, sans l’acheter, le bouquin de Michel Delpech en passant dans une autre petite librairie de Lorient qui elle, est bien ancrée dans ma mémoire.

D’ailleurs, j’ai un faible pour les biographies, les autobiographies et les mémoires.
A chaque fois, je crois que je vais y trouver la clé du destin des hommes, celle qui me fera voir enfin comment ça marche, décoder la logique des cieux dans les motifs répétitifs des vies des unes et des autres, et qu’enfin je comprendrai là où je vais (sans lumières).

Truffaut : sa biographie je l’avais dénichée chez Schoenhof’s à Cambridge. Ce que j’en avais appris? que cent fois sur le métier il fallait remettre son ouvrage, toujours remonter en selle après la chute. Voilà pourquoi je suis là, n’est-ce pas ?

Mais nous étions près de Lorient, alors allons-y, dans les petites ruelles qui s’approchent du port, près du mur du rempart, au fond. Là, par hasard, j’ai poussé la porte d’une librairie improbable. Esotérique. Catholique. Branchée spi, quoi. Et j’ai passé quelques très bons quarts d’heure entourée de noms dont beaucoup m’étaient familiers. Mais surtout, j’en suis ressortie avec une très belle rencontre, celle d’Eric Edelmann, Mangalam : Un parcours auprès d’Arnaud Desjardins. Délices de la lecture, des voyages, des enseignements. Je ne vois rien de mieux qu’accompagner les autres dans leurs aventures et partager leurs périples. Et je n’oublie pas (au cas où il me lirait) les écrits de mon vieux pote Gilles Farcet, mon étoile du Nord. Les siens, j’en ai re-acheté sur Amazon.

Maintenant il y a Amazon, à travers le monde. Là, on perd cette couche de souvenirs sensoriels supplémentaire. Mais on peut aller droit au but.

Voilà donc un tout petit tour de ma bibliothèque. Eclectique, mais rassurez-vous, ce n’est pas tout. Et ce n’était pas le sujet.

439 latest picks

HORS-SÉRIE

Aujourd’hui, édition spéciale- un petit break dans la série Ma France.

Ca va vite, les choses qui s’accumulent sur mon bureau: papiers, cahiers, un pot de crayons dont la plupart sont inutilisables (crayon de bois sans mine, Sharpies desséchées) et puis des dossiers, médicaux, école et université pour les filles, factures, assurances…

Et des photos. Une petite pile de photos de famille que ma mère m’envoie de temps en temps. Et comme au temps des appareils à pellicule (dont elles proviennent), il y en a des ratées, mal cadrées, pas flatteuses.
Mais je les garde parce qu’elles sont rares. Et puis hier, je remarque sur ma table un rectangle blanc. Comme je n’arrête pas de nettoyer mon bureau, de jeter à la poubelle avant que ça s’accumoncelle, je le prends et le retourne. Je ne comprends pas : c’est un papier photo lisse et vierge alors que je n’en ai pas chez moi, et de l’autre côté, l’écriture de ma mère :

« J’ai mis du temps à te l’envoyer, mais voilà, c’est fait. J’aime bien cette photo, c’est rare que l’on soit prises toutes les deux. Un petit moment de vie. Je reviens de chez le loueur, et je vais tondre. Tu es très BCBG. Bisous. Maman »

Alors je me souviens. Ma mère m’en avait d’abord parlé plusieurs fois, de cette photo. «Tu verras, tu es très bien ! » Et donc j’avais attendu pendant longtemps, à moitié, en considérant la distance, le courrier-escargot, toutes ces contingences matérielles. Mais comme maman ne me parle pas de choses insignifiantes, j’attendais quand même avec curiosité. Et puis j’avais oublié.

Puis un beau jour la photo est arrivée.

Et là, grosse déception. Maman, elle, est très bien, en effet: jeune et svelte et alerte dans son sweat-shirt des années quatre-vingt, les cheveux blonds et le visage bronzé. Mais moi… moi ! Comme je ne m’aimais pas justement à quinze ans, l’âge ingrat, grasse petite bourgeoise avec une petite queue de cheval tronquée et un nœud parce que c’était ce qui se faisait à l’époque. Pas exactement un moment « Kodak », il n’y a pas vraiment d’échange, j’ai l’air plutôt maussade et maman toute à son affaire, les mains sur la fameuse tondeuse fraîchement louée.
Une photo qui plait à maman peut-être (comme elle dit, on est rarement ensemble sur les photos de l’époque), mais qui me ramène au malaise de l’adolescence où j’essaie tant bien que mal de prendre ma place dans le monde. Bien sûr avec la distance, je vois bien que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J’avais laissé la photo sur mon bureau. Et je réalise, lentement, qu’elle s’est effacée à la lumière. D’elle-même, comme l’encre invisible, comme une impression à rebours, comme un effet spécial dans un film, comme un accident qui causerait l’amnésie pelliculaire.

Fini la tondeuse, maman dans son sweatshirt, moi et mon nœud-nœud.

Faut-il y voir un mauvais signe?
Ou bien signe que ces temps sont bien révolus et que je suis maintenant l’adulte épanouie qui a effacé le vilain petit canard ? Il serait temps.
Je regarde ce carré blanc retourné à l’état originel et je pense à l’impermanence.

Il faut donc tout laisser aller… même les photos que maman trouve importantes.

Je continue à retourner ce carré blanc entre mes mains : quel culot, la lumière, d’avoir tout piqué !
Je m’insurge ! Et puis cette pseudo-science qui fait des promesses bien temporaires. Pourtant je pense à tant d’autres photos bien plus vieilles qui elles, ne se sont pas auto-détruites !

Et quelques heures plus tard apparait sur l’écran de mon téléphone, une autre photo. Un portrait de moi noir et blanc, mais dans une autre vie.

C’est un message de mon amie Béatrice, que j’ai retrouvée l’année dernière alors que nous nous étions perdues de vue depuis plus de vingt-cinq ans. Béatrice est une étrange amie qui apparait un peu comme les anges, puis qui disparait, souvent porteuse de messages. Elle m’ouvre le cœur et les yeux sur d’autres paysages.
Une chanson de l’époque à la radio disait : « Je me demande comment quelqu’un comme toi fait pour être quelqu’un comme toi je ne comprends pas. »
Alors voilà, je ne comprends pas, mais c’est très bien comme ça. Elle embellit les choses, en gros.

Elle m’envoie donc ce portrait où je me vois, toute jeunette, à travers un regard artistique : le sien ou celui de son ami de l’époque. J’avais vingt-quatre ans et j’étais venue leur rendre visite à Bruxelles, de Paris où j’habitais alors. Cette photo, je crois bien ne l’avoir jamais vue avant. Je les trouvais très beaux, elle et son ami anglais. Elle était ambitieuse, avec un style unique, une esthétique qui sortait de l’ordinaire, quelque-chose de cinématographique dans la lumière, les couleurs et les choses dont elle s’entourait.
Sa voix, bien sûr, sa belle voix. Elle mettait autour des gens et des choses une lumière speciale. C’est peut-être pour ça que je la voyais ange. Elle n’a pas changé.

Et du coup, ce qui s’envole, maintenant, ce qui s’efface, c’est la solitude que je ressentais ces jours-ci. J’avais fermé mon cœur et je me sentais toute recroquevillée, à l’étroit dans ma vie quotidienne. Et le voilà qui s’ouvre !

Et cette photo-là a survécu, quand d’autres se sont évaporées. Qui choisit ?

D’un côté, une photo s’efface. De l’autre, un fantôme réapparait. Je m’émerveille.

*

Poème #33 – RITUEL DE LA BOULANGERIE

Boulangerie France

Poème #33 – RITUEL DE LA BOULANGERIE

Elle m’amuse et elle m’agace
Dans son rôle aux répliques immuables
La jeune femme derrière le comptoir
Tablier blanc sur fond de pain frais du matin
“Bonjour messieurs-dames,
Et pour Madame ce sera? »
Avec sa petite rengaine bien rodée
Qu’elle sert à tous les clients

Elle y met toujours le même ton,
Artificiel, chantant, mécanique
Les mêmes trois notes de musique
« Est-ce qu’il y aura autre chose? »

Je rêve de savoir si elle sait d’autres mots
un autre refrain en d’autres circonstances
J’aimerais bien lui demander, par exemple
De le prononcer sur d’autres tons –
Pourriez-vous essayer mielleux, élogieux ?
Moqueur, méprisant, malicieux ?
Changez-moi ça en sol mineur
Ou sur une petite phrase de Chopin
Imaginez-vous parlant au Président
Faites-moi la même chose en Allemand.

« Une baguette Poilâne s’il vous plait »
« Une baguette Poilâne pour Madame
Et avec ceci, ce sera ? »

J’aimerais la secouer un peu
Comme ces prêtres qui répètent la messe
En pilote automatique
Comme s’il n’y croyaient plus

Mais c’est justement ça qui m’agace
C’est qu’elle n’en a jamais douté
De son rôle derrière le comptoir,
Que sa chanson reflète sa foi
Qu’elle est au bon endroit au bon moment
Avec une formule approuvée pour l’usage liturgique

Alors c’est peut-être que je l’envie
D’être bien dans son rôle établi
Je la regarde dans ses yeux bleus
« Non, ce sera tout »
« Ce sera dix euros vingt-cinq. »

Et pour Monsieur, ce sera ? »
A lui de recevoir le pain.

*

J’ai une sorte d’aversion pour les gens qui me semblent faux, hypocrites, trompeurs. Et le manque de naturel de certains commerçants en France, parce qu’ils ont des formules toutes faites sur des mélodies singulières, me fait rire et me provoque. Mais en y pensant bien, je réalise qu’il s’agit peut-être pour eux de rites.
Ma réaction fait sûrement partie du choc culturel à l’envers que l’on ressent quand on revient dans son pays natal.
Ceci-dit, je ne peux dire combien me manquent les boulangeries Françaises, hmmm… le bon pain, les croissants, les viennoiseries. Tout ça, un autre poème.

#20 – LE CAS FABRICE LUCHINI

10359003-fabrice-luchini-se-sent-de-centre-droit

Je poursuis la liste de ce que j’aime en France. Et j’en arrive à un de mes acteurs préférés : Fabrice Luchini.

Je dis un de mes acteurs préférés, parce qu’en numéro deux arrive Romain Duris. Je prends Luchini en premier parce qu’il allie au total plus de qualités que je n’en attribue à Duris. Dur de choisir.

Luchini c’est : la littérature, le théâtre français, l’amour de la langue française, la comédie, le jeu, la passion, l’intelligence, la jubilation, la joie, le cinéma. Et j’adore le voir parce que je sais que je vais passer un bon moment. Je sais qu’il va m’amuser, m’interloquer, me faire poser des questions. Et puis m’épater, m’impressionner.

Je l’avais vu d’abord dans Le genou de Claire (Rohmer, 1971), grand garçon blond assez fade et un peu ennuyeux qui parle sans cesse pour ne rien dire. Il était agaçant.

Puis je l’ai remarqué dans La discrète (Christian Vincent, 1990) où il joue un personnage désagréable, assez imbu de sa propre personne pour en devenir captivant. Il faut dire que le film est à mon avis un petit bijou, dans l’idée, la construction, et la bande son.

Puis en 1996, Beaumarchais, L’insolent (Molinaro, 1997). Et là, il montre son vrai tempérament, se révèle plus proche de lui-même, rayonnant. Il a cette préciosité pédante qui lui va comme un gant. C’est là que je comprends et qu’il devient vraiment intéressant, à mes yeux.

Est-ce qu’il y a un autre acteur aussi prétentieux, érudit, intelligent, à la fois séducteur et hilarant? Il n’a rien du machisme ni de la virilité américaines. Tout participe d’un exercice de théâtre : la voix (porteuse de l’émotion), la diction, l’articulation, la gestuelle, la rapidité d’exécution. Le jeu du visage : il est à la fois naturel et affecté. Naturellement affecté. Et comique.

« C’est eff-rayant ! » il dit, les yeux ronds, avec le masque de la surprise. On y croit tout en sachant que c’est pour de rire. On sait qu’il va reprendre sa forme suivante tout aussi rapidement. Un homme caoutchouc, barbapapa.

Au cours de théâtre il a dû étudier toutes les formes d’oiseaux :
Son œil rond et vif, il s’en sert parfaitement. Il en a la maîtrise : il peut faire le coq de basse-cour, se pavanant en jetant des regards dédaigneux ; puis le pigeon, coups d’œil furtifs plus vulnérables, fuyants ; ou bien il se fait aigle, œil perçant. Mais toujours ses yeux trahissent sa rapidité d’esprit. On sent l’engrenage bien huilé. Et jubilatoire. Il maintient le contact avec son auditoire.

Mais il n’y a pas que les yeux. Tout son visage s’anime. Un visage au départ un peu ingrat, qui peut exprimer si rapidement toutes les expressions. Il fait particulièrement bien la perplexité, la bouche en cul de poule, les yeux écarquillés.
Il écarquille donc les yeux, regarde droit devant et articule : « C’est eff-ffray-ant !! »
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il prononce ces mots dans chacun de ses films. Comme un petit caméo. C’est peut-être un porte-bonheur, un talisman, ce «C’est eff-ffray-ant !! » Il peut le dire sur tous les tons : badin, choqué, détaché, contrarié, horrifié, etc.

Très rapidement, il retombe sur ses pieds et a pris une décision. Il sort une tirade de… Racine, Boileau, de la Fontaine, Molière, pour illustrer ses propos. Et il tombe toujours au beau milieu de la cible. Immanquablement Et je me pâme. Il a une justesse de pensée, de ton, et une pertinence ahurissantes dans le fond et la forme.

C’est hallucinant !

Depuis, il apparait souvent dans des films que je vois sans le rechercher : Rien sur Robert (par hasard a Montréal,) Tout ça pour ça (cadeau de ma mère), puis Molière, où mes deux acteurs chouchous sont réunis ; puis récemment Alceste à bicyclette, dans lequel il joue le Misanthrope de Molière transposé au présent.

Il a l’air d’avoir absorbé les classiques comme s’il en était l’auteur. Il se met au niveau d’un inconscient collectif qui nous rapproche tous de vérités universelles qu’il peut documenter, en vers.
Alors on ne peut que se retrouver.

Au cours des années, il s’est construit un personnage. De plus en plus, il joue Luchini. Sur qui s’est-il basé au départ ? est-ce qu’il a découvert, tôt dans ses études tardives des classiques, un personnage qui lui plaisait ? qui le mettait à l’aise, en confiance ? qu’il aurait cultivé ?
On pourrait tous essayer de jouer un Fabrice Luchini. Facile à imiter. Mais lui, qui est son modèle ?

J’adore son trajet impossible, impensable. Son histoire de début en garçon de coiffeur.
Je le vois solitaire, mais satisfait en lui-même. Comblé, même, par la vie. Curieux, plein de ressources et de rebondissements. Jamais désespéré.

Au cours des années, ce personnage devient de plus en plus libertin, séducteur, un personnage truculent, qui aime choquer. Il se place de plus en plus dans la séduction et la comédie. Peut-être qu’il en arrive à une caricature de Luchini, comme Marilyn Monroe finissait par devenir une caricature de Marilyn Monroe. Et ça n’a pas l’air de lui déplaire.
Mais on ne s’en lasse pas parce qu’il a toujours cette étincelle d’intelligence et d’intérêt véritable, un tout petit supplément d’âme.

Poem #2: EDITH PIAF VS. AMERICAN CLOTHES SIZES

Poem #2: EDITH PIAF VS. AMERICAN CLOTHES SIZES

In the country of the melting pot
Where Asian women wear a size Petite
And Viking’s daughters wear Women’s
Edith Piaf’s types are at a loss.

To find a dress made for their hips
To don a fitting pair of pants
Flattering their hair and skin and shape
French women have to shop in France.

*

Dear reader,

I am reverting to English today. As you know by now, this blog is Franco-American, which makes either language appropriate.
And here, we are touching to #2 on my list of things French I care about. This is a sensitive and exciting subject: I am talking about clothes. #1 was the weather, and you will see that this is not completely unrelated.
And before I touch the core meaning of this post, or its meat and bones, a quick note about the inspiration for the form: Allan sent me this morning a very cute poem by Nabokov (translated by his son), a writer we share a fondness for. The poem was about a grapefruit, which, on the opposite, I am not especially fond of. But I found the form of the poem so cute and witty and whimsical that I thought I could, in a sense, play with him at having fun with words. Here is the inspiring poem:

TO THE GRAPEFRUIT

Resplendent fruit, so weighty and so glossy
Exactly like a full blown moon you shine
Hermetic vessel of unsweet ambrosia
And aromatic coolness of white wine.

The lemon is the pride of Syracuse
Mignon yields to the orange’s delight
But you alone are fit to quench the Muse
When, thirsty, she has come down from her heights.

Grapefruit

My lines sound like a little ditty next to the master’s verses, but enough self-flagellation, and back to clothing. I have to admit that although I find perfectly fine clothes in the US, It is always a treat to shop in France. Unfortunately, I don’t get to go back very often, and when I go, it is too often “les soldes,” or sales, which means I get to glean a long time after the harvest. But, when I am lucky and land at the right time, I find such a relief in finding clothes that are made for the typical French body. Because yes, there is such a thing as the Average French woman, with the typical French body type. I am one of them!  I call it the size Edith Piaf – something in the ratio of shoulder to hips to waist, which is unmistakably French. And most designers realize that the majority of French women have light skin and brown to dark hair, and design clothes in colors that flatter those features. And I know that when I try on my size, it will most likely fit me.

I hesitated to add to this poem another stanza. Something along the lines that French clothes are temperate like French weather (I am not talking about high fashion, those luxury brands which represent France abroad, but what you find in everyday common stores) : no extreme in length or shortness; moderate colors, softened hues, nothing too harsh or gaudy. No ostentatious excesses. Not too “rock”, too sophisticated or soporific designs. Not too simple or too sexy. Elegance is usually subtle, chic more than shocking, achieving an apparently accidental nonchalance. The cut flatters a temperate silhouette, nor too tall or too short, with curves following the woman’s curves to show off the woman inside. And so on and so forth.
But I wanted to keep the poem short and to the point.

You will understand that spring is finally here, and that I am dying to shop for new clothes. On my vision board: I am shopping for clothes in France.

And here is an interesting article about the Average French woman’s type: http://www.femina.fr/Mode/Tendances/A-quoi-ressemble-la-femme-francaise-moyenne-849471
 

#28 – POÉME POUR LES DEFENSEURS DE LA LANGUE BRETONNE

POEME POUR LES DEFENSEURS DE LA LANGUE BRETONNE

Si on utilise Google Earth
Si on fait une descente pointée
Vers la terre au bout d’un pays
Au bord de l’océan atlantique
Un coin qui ressemble à un nez
On arrive, en décélérant, en Bretagne.

Partout dans le monde les gens
Lèvent le poing et se font entendre
Pour des causes diverses
En Bretagne certains se battront jusqu’au bout
Avec l’entêtement sacré des Bretons
Pour défendre leur identité.

Je suis née à Paris
De deux parents aux racines bretonnes
Que portons-nous dans notre ADN ?
Pour certaines races, c’est très visible
Une couleur de peau, une texture de cheveux
Des yeux bridés
Chez les bretons on observe
Quelque-chose de robuste et tenace
Comme le genêt qui pousse le long des
Côte rocheuses de l’Atlantique.

Vers vingt ans je suis partie
Pour devenir citoyenne de l’univers
Mais quand je retourne en Bretagne
Je sens mes racines se réveiller
Ces racines solides et puissantes, rouge sang.

Ça passe par les petits villages parfois désertés
Aux maisons de pierre trop basses pour nos tailles actuelles
Aux hortensias sur fond de ciel gris
Ça passe par l’odeur des crêpes de blé noir, du cidre fermier

Ça passe par la musique bretonne,
Une culture musicale si riche
Que ceux qui ne s’y sont jamais penchés en auraient le vertige.
J’ai grandi bercée par les chansons paillardes de La suite Armoricaine
Sur le disque d’Allan Stivell, sans en comprendre un mot,
Les noces bretonnes au biniou, et les belles chansons de Gilles Servat
La jument de Michao des Tri-Yann à l’école à Paris.
Mon père prenait des cours de breton : Kenavo, Piou eo ?
Je savais compter jusqu’à cinq. A six ans, je trouvais ça bien
Cette identité-étiquette à coller sur ma figure
Pour pouvoir être intéressante à la récré.

Il nous ramenait de ses cours
des Traou-Mad précieux en boîte
des crêpes dentelle couchées dans du papier doré
Mais la vraie Bretagne était chez les parents de ma mère
Dans le Morbihan, où nous allions pour les vacances.

Et pour ceux qui ne savent pas
Le Morbihan, le Finistère, les Côtes d’Armor, et l’Ille-et-Vilaine sont aussi
Disparates dans leurs particularités et leur identité
Que la Mauritanie, l’Ethiopie et le Congo en Afrique
Chacun tenant dur comme fer à leurs différences de dialecte
Leur prononciation, leurs variations dans le gâteau breton
Ou les crêpes.

Il y a les bretons pêcheurs et les bretons cultivateurs.
Mes grands-parents n’étaient plus ni l’un ni l’autre
Bien qu’ils habitassent plutôt près de la mer
Mais quand ma grand-mère sortait le bon beurre breton
Ou nous faisait ses crêpes de sarrasin, nous savions
Sans erreur où et qui nous étions.
Mon grand-père nous montrait les champs où poussait le blé noir
Le blé du pauvre.
Ma grand-mère parlait breton aux vieilles en coiffe.
Je grandissais un pied dans la culture Parisienne
Et l’autre dans la force crue de la Bretagne

A Paris, je me voulais bretonne, pour me différencier de l’uniformité
En Bretagne j’étais parisienne pour me démarquer de l’accent
Rustre qui me gênait,
Et de la rusticité de certaines choses primaires.
La musique même venait des viscères
Une veine au pouls battant si fort
De la vie animale qui primait.

En Bretagne il y avait les fest-noz
Les costumes et les jolies coiffes de dentelle.
Et puis il y avait un vent celtique
Je lisais et relisais les Contes et légendes de Bretagne
Qui parlaient des superstitions, des Korrigans et de l’Ankou
Et Le cheval D’orgueil, qui retraçait la vie d’une famille.
Mais ce n’était pas toujours beau, la Bretagne
Pas toujours reluisant – il y avait parfois la pauvreté
Et l’alcoolisme assez visible
La Bretagne c’était aussi certaines rues tristes
Du village de mes grands-parents
Sous le crachin et une sorte de désespoir tranquille.
Les vieilles chaumières de pierre n’étaient pas toujours restaurées
Ni décorées
La Bretagne à l’état brut était brute
Et si ça avait son charme un petit moment
J’avais hâte de rentrer à Paris
Ou à Nantes, plus tard
Dans des contrées plus civilisées.

Et puis les choses ont changé
Avec le temps, les enfants de la ferme
Où nous allions chercher du lait dans les bidons de fer
Les pieds en sabot de bois dans le purin et la boue
Sont « montés à Paris »
Ont fait de hautes études et tenu des postes à responsabilité.

Tout comme en Irlande, où le gaélique était enseigné dans les écoles
Ils ont ouvert des écoles bilingues pour leurs enfants
Bien longtemps après que le gouvernement
Les ont forcés à devenir français, standardisés, uniformisés
Ils prenaient leur revanche. Le breton revenait en beauté
Par la grande porte.

Et le tourisme s’est développé, et le monde entier raffole maintenant des crêpes
De blé noir et de froment, au bon beurre de Bretagne
Ils viennent en masse voir les peintures de Gauguin à Douarnenez
Aux concerts des Tri-Yann, de Dan Ar Braz
Ils affluent de tous les coins du monde pour le festival de musique Celtique
Ils achètent des cartes postales Mam’Goudig prouvant qu’ils étaient bien là
Parmi les phares breton, le far breton, avec leurs cirés jaunes dans le crachin
Ils ramènent chez eux des boîtes de galettes bretonnes, de caramels au beurre salé
Et la recette du Kouign-amann.

Alors si je n’ai pas les yeux bridés, et si ma peau est aussi blanche que n’importe quel caucasien
L’ADN ne trompe pas et vous dira que je suis bretonne pur beurre.
Tout le passé des bretons et leur présent, j’ai ça en moi.
Et je dédie ce poème aux défenseurs de la langue bretonne.