VOYAGE

Mon chat fixait un point sur le fauteuil. Je m’approchai pour voir, par curiosité. Je vis que c’était une fourmi noire. Elle s’était immobilisée quelques instants puis avait poursuivi son chemin. En général, quand il y a des fourmis, c’est signe de chaleur dans les jours qui viennent. Et du coup, ça m’a fait chaud au cœur de la voir, elle m’apportait une bonne nouvelle.
Bien sûr j’ai pensé aux infestations qu’on avait eu dans le passé – des fourmis partout. A l’époque, j’étais plus jeune, j’étais prise au dépourvu, je les laissais m’empoisonner la vie sur le comptoir de la cuisine. Tout le monde sait bien que si on en écrase une, tout un bataillon va arriver pour la rapatrier à la caserne et du coup, on n’a rien gagné.
Quelqu’un m’avait recommandé une sorte de piège a fourmi : un rectangle en plastique rempli d’une gelée jaune, qui les attirait, et dont elles ne pouvaient pas s’échapper. L’année précédente j’avais testé l’efficacité de la méthode. L’idée de ce mini-charnier sous mon évier ne me plaisait pas trop, mais d’un autre côté, l’efficacité m’avait surprise. J’avais longtemps laissé-là le petit cimetière portatif, pour éviter de me salir les doigts de gelée mortifère, et de voir tous ces petits cadavres innocents entassés dans la caisse.
Voilà qu’elles étaient revenues, les fourmis. On les appelait “Carpenter ants” ici, fourmis menuisières, ou plutôt, comme le père de Jésus, charpentières. C’étaient de grosses fourmis au corps noir et luisant, bien plus grosses que les fourmis que j’avais pu observer en France. Ce qu’elles construisaient, je me le demandais. Mon appartement avait de belles poutres en bois solide, apparentes à quelques endroits de mon salon. Si elles interféraient avec mes propres poutres, ça allait barder. Si elles construisaient, elles, leurs propres structures, c’était une autre histoire.
Je les imaginais dans un tout petit atelier avec des clous, des marteaux, une scie, produisant de la sciure plus que microscopique.

Je me suis alors mise à quatre pattes et ai suivi l’insecte qui avait fini de descendre du fauteuil et se dirigeait maintenant vers la cuisine.
Ce qu’elle faisait sur le fauteuil me confondait. Je savais en général qu’elles aimaient le sucre, les friandises. Il se pouvait qu’il y ait un peu de sucre sur le comptoir de la cuisine, mais pas sur le fauteuil. Mais il y avait tant de mystères. Je la suivis donc le long du plancher, à la même vitesse. De temps en temps elle s’arrêtait, levait un avant-bras et se frottait l’oreille, puis repartait. A ce rythme, nous arrivâmes devant l’évier.
Au lieu de grimper le long de la porte du placard, elle se faufila dans l’encoignure de la porte de la poubelle. Pour la suivre, il fallait donc que j’ouvre la porte.
Elle continua sa course puis disparu sous la poubelle. Toujours à quatre pattes, je saisis la poubelle et la posai par terre devant la porte, puis enfonçai ma tête sous la cuvette de l’évier comme le ferait un plombier.
Il faisait sombre sous l’évier, et de fines odeurs d’ordures imbibaient encore les lieux. Je repérai la fourmi qui avait fait du chemin et de dirigeait vers le fond de la cavité, vers la paroi de bois et un tuyau. Je voulais l’appeler, lui dire de m’attendre. J’essayai de me faire plus petite pour entrer plus avant dans le cagibi, mais me cognai ce faisant la tête contre la partie inférieure de la cuvette de l’évier qui dépassait ainsi de dessous le comptoir. C’est alors que je sentis que mon corps rétrécissait. Que mes yeux s’adaptaient de plus en plus à l’obscurité et que ma perception de l’environnement se modifiait également.
Mon guide avait interrompu sa course sur le versant d’un panneau de bois qui laissait passer un tuyau blanc. Je le voyais de plus en plus clairement, il se frottait les mandibules l’une contre l’autre. A mesure que mon minuscule vestibule devenait de plus en plus spacieux, je sentais mon corps continuer de se transformer. Ma taille se creusait, et divisait mon corps en deux, mon torse se séparant de la partie inférieure de mon corps. Certaines parties de mon corps se couvraient d’une carapace solide. Je me rendis compte que j’avais maintenant, comme une fourmi, un thorax et un abdomen. Je ne ressentais pas de douleur. Ma tête était maintenant plus proche du sol et me semblait plus alerte, mes sens beaucoup plus affutés à d’autres sources sensorielles qu’à l’ordinaire. Dans l’antre maintenant énorme, je pouvais clairement discerner le chemin qu’avait pris la fourmi avant moi en dressant mes antennes. Je m’amusai à démêler les subtiles informations qu’elles transmettaient. Je levai aussi mes mandibules et les frottais pour voir. La sensation était satisfaisante, comme se frotter les mains.
En tout cas, je ne voyais pas de construction, pas de bâtisse en bois ou autre matériau, pas de cathédrale de cure-dents comme je l’avais imaginé. Rien que quelques traces de liquide sucré et de vieille confiture desséchée qui me parurent délicieuses. J’aurais voulu m’attarder, mais mon guide cavalait et je devais imiter son rythme.
Je lui demandai son nom grâce à une façon de communiquer que je ne connaissais pas auparavant.
J’entendis sa réponse, que j’eu du mal à saisir – avait-il dit babouche ? ou bien parlait-il de ma nouvelle caboche ? peut-être était-ce une taloche qu’il voulait me donner ? peut-être disait-il que j’étais mal embouché ? ou bien même … moche ?
Je reposai poliment ma question – toujours en ondes, du bout de mes antennes.
« Tambocha, fourmi Tambocha… et pis de pereskia »
Décidemment, je n’y comprenais rien. Voilà qu’il me parlait de la Perestroïka ? mais c’était en Russie, selon mes vagues connaissances… j’étais perdue.
« Vous avez dit « paire de skis » ? »
« Non, grouille un peu, on n’y sera jamais à cette allure. »
« Mais où ? »
« La forêt. On va rebâtir. »
« Ah ! »
Je fis semblant de comprendre. Mon guide cavalait maintenant sur un tuyau dont je n’avais jamais soupçonné l’existence toutes ces années passées dans cet appartement. Comme je ne pouvais pas faire chemin arrière je poursuivi ma course. L’idée me mon chat guettant à la porte du placard m’inquiétait. De plus, la sensation d’avoir autant de pattes si légères était nouvelle et excitante. Je ressenti une démangeaison sur mon abdomen et pu la gratter avec mon choix de six pattes. Ma vision avait diminué, mais j’avais maintenant une paire d’yeux simples sur le sommet de ma tête, qui me permettait une vue détaillée de toutes sortes tuyaux que mon plombier lui-même ne connaissait probablement pas. Mais surtout j’appréciais mes antennes et le monde de sensations qu’elle me donnaient.
Nous naviguions dans un réseau de plomberie qui ne semblait ne jamais finir. Mais je n’avais plus le choix à ce point. Il me fallait aller jusqu’au bout de la course. Tambocha, car tel était son nom, me lançait parfois de courtes phrases. Toujours à propos d’un pays où il fallait rebâtir une forêt.
Nous faisions des petites siestes assez souvent, ce qui me fit oublier le sens des jours et des nuits.
Le réseau des tuyaux se transforma en nature, et nous nous arrêtions souvent pour avaler des sécrétions d’insectes et de petits invertébrés morts ou vivants, des œufs d’insectes, des sucs de plantes et de fruits divers.
Puis je sentis que nous étions sur un bateau. Je crois que nous y étions entrés sur un sac de marchandise en toile de jute. Nous continuâmes à explorer et je suivais mon guide qui semblait connaitre son terrain mieux que moi. Nous fîmes un festin en cuisine – un pot de miel entre autres, et un assortiment de confitures. La cuisine de ce navire était si bien garnie que je regrettais presque mon corps humain, dont je me souvenais de temps en temps, mais de plus en plus rarement.
Et puis un jour, les sacs furent transportés à l’extérieur, et nous aussi. Nous nous retrouvâmes dans une sorte d’entrepôt où nous fîmes une de nos centaines de siestes journalières.
Mon compagnon me réveilla : “Allez, au boulot ! On va faire une avancée”
J’agitais mes antennes d’incrédulité et d’agitation. Je ne savais plus très bien si cette nouvelle lutte était vraiment ce que je souhaitais. Il me semblait intuitivement que cette aventure devait prendre fin et que j’étais arrivée à destination.
J’entrepris de m’aventurer par la porte et arrivai dans une salle. En usant de toutes mes antennes, de tous mes yeux et de toutes les facultés qui me restaient, je compris que nous étions dans une salle de classe. J’entendis assez clairement une voix, comme celle d’une maîtresse d’école. Elle récitait à une classe d’enfants assis à leurs bureaux. Je crus voir, mais très vaguement, les jolis foulards et les madras que portaient les filles:

INSOLITES BATISSEURS – Poème d’Aimé Césaire
Tant pis si la forêt se fane en épis de pereskia
tant pis si l’avancée est celle des fourmis Tambocha
tant pis si le drapeau ne se hisse qu’à des hampes
desséchées
tant pis
tant pis si l’eau s’épaissit en latex vénéneux préserve la parole rends fragile l’apparence capte aux décors le secret des racines la résistance ressuscite
autour de quelques fantômes plus vrais que leur allure
insolites bâtisseurs

La Martinique! J’étais en Martinique! Tout prenait sens maintenant. Tout émerveillée de ma découverte je retournai de mes petites pattes vers ce que je comprenais être l’entrepôt de la cantine de l’école. Je vis que mon compagnon de voyage avait déjà mis les voiles, pour ainsi dire.
Je me cachai derrière notre sac de toile familier. Si j’étais devenu fourmi, il était tout aussi possible que je redevienne humain. Je me mis en boule et concentrai mon attention sur la situation présente, ma visite à venir de la Martinique, tous ses paysages, ses nourritures à explorer, une nouvelle culture. Et puis le soleil ! Alors je sentis mes perceptions sensorielles se modifier, mon corps se transformer, grandir, se développer. La métamorphose à rebours s’amorça puis se compléta sans que j’eusse la notion du temps qu’elle prenait. A la fin, le sac derrière lequel je m’étais cachée ne me dissimulait plus qu’à peine. Par bonheur, ni humain ou animal ne s’aperçu de ma présence.
Je me levai, m’étirai et vérifiai que j’avais bien tous mes membres. Mes facultés intellectuelles humaines se désengourdissaient elles aussi. Me revint à l’esprit qu’il allait falloir que je m’explique, qu’il allait me falloir un numéro de téléphone, un compte en banque, et la tête sur les épaules si je voulais qu’on me croie.
En attendant, je sortis par la porte arrière. Il faisait bon dehors. Je vis l’océan au loin, et plus près, ce qui devait être une bananeraie. Je me frottais les yeux. La seule paire qui me restait. La salle de classe continuait de disséquer le poème. Je faisais une pause.

 

black ants

Photo by Syed Rajeeb on Pexels.com

Petites vacances à la suggestion d’  Anna Coquelicot qui nous proposait de traiter des épis de pereskia et des fourmis tambocha, pour l’Agenda Ironique d’Avril.

 

Improvisations – suite 2/4

EnluminureMATIERE A REFLEXION
Entre la play-doh
Qui sent bon la vanille,
Et la pâte à mâcher –
On la triture, on la malaxe
Il y en a de toutes les couleurs –
Et quand on y ajoute la matière grise
On en tire des conclusions
Des constructions, des élucubrations
De toutes les formes
Et de toutes les tailles.
On peut ainsi en faire une table
La table des matières
On l’étire, on la roule en boudins
On la malaxe dans les mains
Puis on pause, elle repose
Comme de la pâte à crêpe.
Des fois ça fermente, ça lève !
Des fois on se voit même dedans !
On peut alors se poser des questions
Ou encore se faire des réflexions
Du genre « T’es gonflée, toi ! »
Et puis après on la laisse tomber
Quand le projet a dûment mûri
On arrête de se prendre la tête
Et la matière alors change de forme
Comme l’a expliqué Descartes
Avec l’exemple de la cire
Alors on passe à autre chose.

J’AI REFUSE L’AVORTEMENT
J’ai refusé tout net
C’était catégorique
Je dirais même emphatique !
Pas de ça chez moi !
J’ai refusé aussi plein d’autre trucs
Sur ma lancée.
Je suis rentrée et j’ai senti, j’ai su
Qu’il fallait préparer une chambre
Et des lingettes, et une table à langer
Et des couches, et du lait en poudre
Et des biberons, et des jouets
Et un couffin et un lit à barreaux
Pas nécessairement dans cet ordre
Bref qu’il fallait que je m’installe
Que je donne mes jours, et mes nuits
Et que c’était le début des ennuis
Qu’il allait falloir travailler
Toute la vie !
Enfin vous voyez ce que je veux dire
J’ai bien vu que je ne pouvais pas
Alors je suis revenue
Sur ma décision, et
J’ai demandé l’avortement.

INCONTESTABLE ET CONTESTÉ : L’INDICE DES PRIX
Oyez, oyez bonne gens !
Je vous présente ce soir l’indice des prix –
Il va vous faire ce soir une démonstration
De ses acrobaties sur le fil
Des graphiques élastiques
Des statistiques économiques
Sous vos applaudissements, le voici !
Mais quoi ? vous le huez ?
Vous n’aimez pas ses envolées ?
Vertigineuses, ses montagnes russes ?
Eh bien tant pis !
On conteste, on conteste
Il est pourtant incontestable !
Le voiià ! le voici ! l’incontestable
Indice des prix!

COUSTEAU, CONQUERANT DES PROFONDEURS
Assis sur le rebord de son bateau
Hilare sur l’écran de télé
Bonnet rouge sur fond de ciel bleu
Il va bientôt balancer,
en arrière
Plouf dans l’eau
et puis palier par palier
sur fond de bulles arriver
Vingt-milles lieux sous les mers
Jules Vernes des temps modernes

COMMENT RECONNAITRE UNE CRISE CARDIAQUE
Partez en promenade avec des gens, des connaissances
Regardez comme un d’eux porte soudain sa main sur son cœur
Comment il parait affolé
Demandez-vous ce qu’il faut faire
La manœuvre de Heimlich
Ou bien du bouche-à-bouche
Espérez que ce ne soit pas du bouche-à-bouche
Trouvez votre téléphone portable
Appelez les urgences
En attendant les secours, essayez de reconnaitre
La crise cardiaque –
Elle pourrait bien être déguisée –
Alors regardez
S’il y a fausse moustache, ou perruque
Si vous êtes comme moi, vous n’êtes pas sûr
Surtout si vous n’en avez jamais vu
Essayez de vous rappeler vaguement ce que vous savez –
Douleurs à la poitrine
Du mal à respirer
Un bras qui se replie sur le torse
Vous êtes sur la bonne voie
Mais vous n’êtes pas plus avancée
La scène autour de vous change de sens
Tous ces buissons, ces fleurs, ces jolis graviers
Vous semblent futiles et déplacés
La belle journée ensoleillée
Devrait tourner poliment au morne
Ecoutez la sirène des pompiers
Voyez la voiture arriver.
Vous êtes sauvés.

SUR LA ROUTE ARDENTE DE LA MECQUE
Un homme marchait.
Il en croisa un autre,
Et comme il était un peu perdu
De par la chaleur et la soif,
(il portait des vêtements noirs, erreur fatale)
Il voulut se renseigner
Il demanda : « L’Arabie, c’est ou dites ? »
El la réponse fusa,
De derrière un voile,
Accompagnée d’un doigt pointé:
« Par-là, mec. »

(vieille blague immémoriale)
P.S. Ce qui est très satisfaisant dans cette blague courte et pointée, c’est que ce type est en effet sur la bonne voie.

*  *  *

A bientôt pour la suite !

INTERLUDE NOSTALGIQUE

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INTERLUDE NOSTALGIQUE

Je voudrais vivre dans une pub des années soixante dix
Une pub de lessive qui sentirait la lavande
(le travail serait déjà fait, les draps pendraient dans la brise du soir)
Les couleurs technicolor seraient un peu passées,
Un peu fondues
Il y aurait des laitières qui vendraient du yaourt
Dans des clair-obscurs paisibles
Des Mère Denis qui glisseraient sur des tables cirées
Des pâtes Lustucru
De la purée Mousline
Il y aurait des chaussures Eram, tons orange et marron
Que je pourrais acheter avec mes sous d’aujourd’hui
J’aurais des jupes flottantes
Et peut-être même des collants Dim.
Il y aurait des bambins qui courraient le long des couloirs avec des rouleaux de papier toilette
Et des amis dans le salon
Et on boirait peut-être du Nescafé.

Ici et maintenant, le temps presse
Tout le temps
Pas le temps de se reposer dans les lumières feutrées
Du fini
On est assis sur le rebord tranchant du temps

Je ne regarde même plus la télé depuis qu’il y a trois-cent chaines
Et puis on y vend des choses pointues, métalliques
Pour que les choses aillent encore plus vite
Des ordinateurs gris-acier dans des décors aux tons acérés

Avant les choses étaient plus simples
Comme du pain, du vin, du Boursin
Et si on aimait ça, la Ricorée le matin.

Je n’y pense pas souvent, mais je les ai revues sur YouTube, ces pubs, et ça m’a fait l’effet détente d’une séance de massage + un bain Obao. J’aurais bien aimé, mais je n’ai pas pu les caser : les petits pois Cassegrain, les Fingers de Cadbury, les crackers Belin, le Crunch…

* * *

NOSTALGIC INTERLUDE

I would like to live in a seventies commercial
that sells lavender-scented detergent
(The work would already be done, sheets hanging in the evening breeze)
Technicolor tones would be slightly faded,
A little hazy
There would be dairy women selling yoghurt
In peaceful chiaroscuro
Mother Denis slipping on polished tables
Lustucru pasta
Mousline purée
There would be Eram shoes in orange and brown tones
Which I would buy with my current money
I would wear floating skirts
And maybe even Dim tights.
There would be toddlers running along corridors with toilet paper rolls
And friends in the living room
And we might be drinking Nescafe.

Here and now, time is pressing
All the time
No time to rest in the soft-focus
of the finished
We sit on the sharp edge of time

I do not even watch TV anymore with its three-hundred channels
Where they sell hard, metallic things
For things to go even faster,
Cutting-edge computers in steel-gray decors.

Before, things were simpler
Like bread, wine and Boursin
And if we liked that, Ricorée in the morning.

These commercials are probably not known to English speakers, although I don’t know. There could be equivalents. I don’t think about this very often but saw some again on YouTube, and the effect was that of a relaxing massage. I would have liked, but I could not fit them: Cassegrain peas, Cadbury Fingers, Belin crackers, Crunch chocolate bars …

Illustration : Vermeer, La laitière. Rijksmuseum, Amesterdam

POKER FACE

Poker face

POKER FACE

This morning, when putting on one of my boots
I felt something stuck inside
it was one of my cat’s toys
A bird that chirps

I pulled it out from the bottom,
and a feather fell out
On the floor

My cat was looking down at me
From the top of his perch
With a poker face.

Not a giggle
Not a smile
So I wondered
If it was really him

It may have been an accident
(like life on earth)
Or my daughter
But she is not here

Who else ?

It had to be him
Maybe he was laughing inside
About his fine joke
hahaha!

Or maybe it was a small gift to me
How to know for sure?
Cats only have one expression

In the absence of certainty
I told him I enjoyed his gift
And I also laughed out loud
For good measure.

He was still looking down at me
From the top of his perch
With a poker face

To thank him,
I went to get the catnip
Like every morning

Also…
I can’t wait till he finds tomorrow
This little poem I leave here for him!!

* * *

POKER FACE

Ce matin j’ai trouvé dans une de mes bottes
Coincé au fond
Un des jouets de mon chat,
Un petit oiseau qui faisait cuicui

Je l’en ai sorti et une plume est tombée
Sur le plancher

Mon chat me regardait
Du haut de son perchoir
avec un regard impassible

Pas un sourire
Pas un hahaha !
Alors je me suis demandée
Si c’était vraiment lui
Ou si c’était un accident
(comme la vie sur la terre)

Ou bien encore ma fille ?
Mais elle n’est pas là

Qui d’autre ?

Ça devait être lui
Peut-être qu’il riait à l’intérieur
De sa bonne plaisanterie

Ou peut-être que c’était un petit cadeau surprise
Comment savoir à coup sûr?
Les chats n’ont qu’une seule expression

En l’absence de certitude
Je lui ai dit que j’appréciais son cadeau
Et j’ai bien rigolé
Pour la bonne mesure.

Il m’observait toujours
du haut de son perchoir
Sans rire ni sourire

Alors pour le remercier,
Je suis allée chercher l’herbe à chat
(Comme tous les matins)

Et puis…

La tête qu’il va faire
quand il va trouver
Ce petit poème que je laisse ici pour lui!!

Romeo 3

 

POEME D’EXILE AVEC FLEURS ET POIREAUX

POEME D’EXILE AVEC FLEURS ET POIREAUX

Je voulais écrire un poème
Avec des fleurs dedans
Parce que ça fait toujours joli
Mais pourquoi pas des poireaux ?
Personne n’écrit des poèmes avec des poireaux,
Qui dépassent du cabas de la ménagère
Avec un tube de dentifrice
Voilà ce qu’elle m’a dit
La ménagère de cinquante ans avec son cabas à roulettes
Et elle s’est éloignée
Pour s’en retourner dans ce temps-là
Au temps de la ménagère moyenne.

J’ai une pensée émue pour celle qui
Ne s’offrait jamais de roses
Mais toujours des poireaux poilus
Qu’est-ce qu’elle aurait fait de roses
Dans la soupe ?
Elle tournait toujours autour des cinquante ans
Elle est partie, avec le temps
Avec tout ce qui disparaît
Comme certaines chaussettes dans les séchoirs du monde.

La dernière fois que je l’ai aperçue
C’était dans un livre de français pour étrangers
Datant de 1950, dessin à l’encre noir sur blanc
Ou à la radio, où l’on se moquait d’elle
Où est-elle passée ?
Aved ses poireaux dans son cabas
Elle était peut-être concierge, en plus.

Vous la voyez, elle va passer encore une fois
La ménagère et ses poireaux
Elle va tourner au coin de la rue
Elle a disparu.

 

* * *

POEME OF EXILE WITH FLOWERS AND LEEKS

I wanted to write a poem
With flowers in it
Because it always looks pretty
But why not leeks?
Nobody writes poems with leeks
Sticking out of the housewife’s bag
With a tube of toothpaste
That’s what she told me
The fifty-year-old housewife with her shopper tote on wheels
As she walked away
To return to that time
The time of the average housewife

I have a special thought for she, who
Never bought herself roses
But always hairy leeks
What would she have done with roses
In the soup?
She always flirted with fifty
She went away with time
With all that disappears
Like odd socks in the driers of the world.

The last time I saw her
Was in a French language book
Dated 1950, drawing in black and white ink
Or on the radio, where she was made fun of
Where did she go?
With her leeks and her tote
She may well have been a concierge too.

See her, she is passing by again
Our housewife and her leeks
She’s turning around the corner
She disappeared.

Agenda Ironique de Janvier- Recap

 

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Mes amis, je vois des étoiles, des étoiles, des étoiles!
Voici venue l’heure de récapituler les contributions qui constellent ces jours-ci la toile astrale de nos blogs. Les autres ont, je le rappelle, jusqu’au 24 Janvier pour participer – donc j’attends patiemment. Il s’agit d’écrire un poème commençant par “Si j’étais toi” et compilant les dix bons conseils donnés par l’Étoile:

 

L'Etoile

Vous verrez que certains d’entre vous ont utilisé l’Arcane de l’Etoile par différents illustrateurs. Un vrai régal ! :

Valentyne, sur La Jument Verte : https://lajumentverte.wordpress.com/2018/01/14/si-jetais-toi/

Iotop, sur Le dessous des mots : https://ledessousdesmots.wordpress.com/2018/01/05/si-jetais-toi/

Plimpszeste: https://palimpzeste.wordpress.com/2018/01/06/larcane-xvii-letoile/

Laurence Délis, sur Palette d’expressions: https://palettedexpressions.wordpress.com/2018/01/06/comme-des-poussieres-qui-nourrissent-lame/

L’Atelier sous les feuilles: https://lateliersouslesfeuilles.wordpress.com/2018/01/08/la-bonne-etoile/

Cléa Cassia : Les dix étoiles du si j’étais toi – M.é.a.n.d.r.e.s.

Ecri’Turbulente: https://ecriturbulente.com/2018/01/14/message-interstellaire-pour-lagenda-ironique/

La Licorne, sur Filigrane : https://filigrane1234.blogspot.fr/2018/01/une-etoile-la-haut.html

Manuraanana : https://manuraanana.wordpress.com/2018/01/14/agenda-ironique-2018/

 

Si j’en oublie, dites-le moi!

Merci de nous faire lire !

B – Blé du Canada

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BLÉ DU CANADA

Nantes – du bureau de ma chambre
Vue imprenable sur
La page du bouquin à étudier
Le Bac à l’horizon.

Encore plus loin, terra-incognita
A laquelle on ne pense pas.
Le Bac ou la mort

Mais sur la table du petit déjeuner à la maison
Juste avant les jours d’examen
Soleil de Juin sur arbres en fleur
Il y a du Miel Crémeux du Canada

Ni miel mille-fleurs passe-partout
Ni miel de pin granuleux et amer
Mais un miel doux comme du beurre doux,
Avec un léger goût de vanille

J’imagine ces abeilles du Canada
Grosses et grasses commères
Potinant comme des concierges
Sur de douces fleurs aux tons pastel

On a vu aussi au supermarché
L’arrivée du pain en tranches blanches
Blé du Canada !
Dans lesquelles on entrevoyait
De vastes étendues moelleuses et pâles
Des hectares d’un grain plus tendre
Et plus généreux que le nôtre

Programme du Bac :
La Chine, l’URSS
Le Canada : grand producteur de blé
Après ? On parlait d’horizon bouché.
Certains sont très sérieux quand ils ont dix-huit ans.

Mais… un jour, on est libéré.
On croit à peine qu’on est sorti de cet entonnoir
Epiant une lumière au loin
De vastes étendues blondes
Sur le poster du Canada dans la cuisine de notre studio.

Droit devant, les grandes plaines libres !

Et puis un jour on y est, au Canada
Et c’est drôle, mais plus on s’approche
De l’horizon des espaces vides
Plus il s’éloigne
Devant, devant…

*

Dans l’alphabet de mon Canada: B pour Blé

Ma première année d’université, pour décorer mon studio, j’avais demandé des posters dans une agence de voyages. Tout à fait par hasard, j’avais hérité d’une image du Canada. Un paysage de champ de blé uniformément jaune sous un ciel uniformément bleu.
Le poster trônait dans ma cuisine. Ce n’est pas comme si je rêvais d’y aller. Qu’est-ce que j’aurais fait dans un grand champ de blé ? Je n’étais pas un corbeau!
Mais je voyageais malgré moi.
Je n’ai pas retrouvé l’image du poster, mais ça ressemblait à ça.

#13 – EXPOSÉ SUR LA FRANCE

 

#13 – EXPOSÉ SUR LA FRANCE
PAR ÉCOLIERS EXTRA-TERRESTRES DÉSORDONNÉS

Nord, sud, est, ouest
On a entendu des cigales à St. Guilhem le désert
On danse dans des petits bals du 14 juillet à Pérols la nuit
Il y a des champs de blé à Metz en été
Et des hortensias près du Mt. St. Michel
Du sable et du crachin à Noirmoutier en novembre
Et des coques dans la vase à La Baule
Des marrons à Redon
Et au nord ?
Des villes fantômes dans le brouillard
Des plages et des villages déserts
Au sud, ça sent la sarriette, le romarin et les anti-moustiques
A l’est il y a de la choucroute, des tartes flambées et des bretzels
Et à l’ouest, des cris de mouettes et des mats de bateaux
Un peu partout on y attrape des piqûres de moustique et des coups de soleil
Et en Provence faites attention,
Les pêches et les abricots mûrs vous dégoulinent sur le menton.

*

Un aspect français qui me manque est la diversité des régions de France, le caractère unique de chaque région, le fait d’être si facilement et si rapidement dépaysé d’une ville à l’autre. L’uniformisation nationale, et maintenant globale, n’a pas prise sur toute nature ou culture. En plus, j’ai des souvenirs précis que je voulais mettre noir sur blanc.

#6 – L’ESTHETIQUE PARTOUT !

ODE A LA FRANCE

Un air d’accordéon ténu
Fragile comme un stéréotype
Toucherait délicatement
De son harmonie mystérieuse
Un peuple au style nostalgique
Et au plaisir démocratique

Joie de vivre, l’odeur du métro
Eau de toilette pour intimistes
Parfumerait naturellement
Des habitants aux yeux brillants
Aux vêtements chics et raffinés
Et aux luxueux maquillages

Dans des chansons tendres et moqueuses
Dans la campagne de bon ton
Règneraient beauté ingénieuse
Esprit spontané et badin
De ce pays de mon enfance
Aux couleurs et au goût de la France

Je rêve d’un pays pétillant
Où le subtil champagne fin
Comme un je ne sais quoi privé
Aurait un air intelligent
Spontané gai et élégant
De la France et de ses frontières.

Louis XIV shoe

Quand professeurs et spécialistes, et peut-être aussi les habitants des autres planètes, décortiqueront mon œuvre posthume, ils se poseront sûrement beaucoup de questions sur ce poème. Hélas, je ne serai pas là pour les aider. Mais sans doute verront-ils une vague ressemblance avec la fameuse Ode de Ronsard, Mignonne, allons voir si la rose ? Et oui, voici mon ode à la France. Du vin nouveau dans de vieilles bouteilles.
L’idée générale était que la France est unique pour son esthétique omniprésente et particulière. Il y a une esthétique Japonaise évidente, ou Chinoise, ou Mexicaine. L’esthétique Française, elle aussi, se reflète absolument partout : dans les rues piétonnières, les fleurs qui les décorent, dans les jardins. Partout, et je dis bien partout, de la Bretagne à l’Alsace, du Nord au Languedoc Roussillon, l’esthétique contemporaine joint l’esthétique du passé et se mêle à l’architecture et toutes les autres formes d’art visuel ; ainsi qu’à la musique, la gastronomie, la littérature, et le cinéma bien sûr. Ce sens se voit immédiatement dans l’apparence des Français, leurs vêtements, et même parfois leurs sites web.
Il fallait le dire.
Je le fais.

#26 – La chanson française

Vincent Delerm

Aujourd’hui, un énooooooorme chapitre : la chanson française.

Probablement le plus gros chapitre de ma liste.  Comme il fallait bien commencer quelque-part, j’ai composé un modeste hommage à Vincent Delerm que j’adore.

VINCENT DELERM ET MOI

Il vient avec moi au boulot
Moi au volant lui au piano
On a une relation comme ça
Vincent Delerm et moi
On aime un peu les mêmes chanteurs
Les mêmes chansons, les mêmes coups de coeur
On est sensible de l’épiderme
Moi et Vincent Delerm

Je le laisse faire tout le boulot
Les interviews à la radio
Il me donne des idées de poèmes
C’est une nouvelle forme de tandem
Je l’entends, lui ne m’entend pas
On est un peu pudique comme ça
On forme un couple ultra-moderne
Moi et Vincent Delerm

J’aime ses photos sur Instagram
Pendant que lui travaille ses gammes
On aime tous les deux son papa
Vincent Delerm et moi
On vit nos vies en parallèlle
Parfois on chante Marie-Paule Belle
On a la chanson dans le sang
Moi et Delerm Vincent

Il vient avec moi au boulot
Moi au volant, lui au piano
On a une relation comme ça
Vincent Delerm et moi
On aime un peu les mêmes chanteurs
Les mêmes films et les mêmes coups de coeur
On est sensible de l’épiderme
Moi et Vincent Delerm

Je le laisse faire tout le travail
Tous les concerts et les détails
Et en plus on ne se voit jamais
Mais ça marche quand même on dirait
Je l’entend, lui ne m’entend pas
On est un peu pudique comme ça
On forme un couple ultra-moderne
Moi et Vincent Delerm

*

Ceci dit, j’ai un projet. Celui de m’asseoir au piano et de jouer, à ma façon, un répertoire choisi de … Jean-Louis Aubert, Hugues Aufray, Charles Aznavour, Pierre Bachelet, Daniel Balavoine, Barbara, Alain Bashung, Didier Barbelivien, Guy Béart, Marie-Paule Belle, George Brassens, Michel Berger, Frida Boccara, Angelo Branduardi, Jacques Brel, Patrick Bruel, Francis Cabrel, Jean-Patrick Capdevielle, Alain Chamfort, Philippe Chatel, Robert Charlebois, Louis Chédid, Christophe, Julien Clerc, Charlélie Couture, Hervé Christiani, Etienne Daho, Joe Dassin, Romain Didier, Yves Duteil, Jacques Dutronc, Thomas Dutronc, Léo Ferré, Nino Ferrer, Michel Fugain, Serge Gainsbourg, Jean-Jacques Goldman, Françoise Hardy, Serge Lama, Bernard Lavillier, Herbert Léonard, Marie Laforêt, Daniel Lavoie, Marc Lavoine, Gérard Lenormand, Eddy Mitchell, Yves Montand, Mouloudji, George Moustaki, Claude Nougaro, Pierre Perret, Nicolas Peyrac, Michel Polnareff, Régine, Renaud, Veronique Sanson, Henry Salvador, William Sheller, Yves Simon, Mort Shuman, Alain Souchon, Anne Sylvestre, Diane Tell, Fabienne Thibaut, Charles Trenet, Laurent Voulzy,

J’ai dû en oublier beaucoup, mais ça devrait suffire pour commencer. Et si vous avez des suggestions…