POEME #27 : la voix féminine

ulysse

Cela va faire bientôt trente ans que j’ai mis les pieds pour la première fois sur le continent Américain. Trente ans. Et donc autant de temps passé loin de ma terre natale.
Donc en quelque sorte je n’ai pas encore trente ans, en année Américaines.

Je rêve souvent de prendre ma retraite en France. Je me vois à Angers (ville où j’ai fait mes études et que je trouve idéale) trottinant de théâtre en concert dans la douceur angevine, petite vieille à la recherche du temps perdu – vous êtes en bonne compagnie littéraire, vous allez voir !
Parfois je pense comme Joachim :

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
Quand reverrai-je, hélas ! de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m’est une province et beaucoup davantage ?
Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux :
Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine,
Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin,
Plus mon petit Liré que le mont Palatin,
Et plus que l’air marin la douceur Angevine.

Joachim DU BELLAY (1522-1560) tiré des Regrets – 1558

Alors pour patienter, parce que je n’y suis pas encore, j’ai composé un inventaire à la Prévert. Un inventaire des choses qui me manquent, ou des choses typiquement françaises qui ne me manquent pas spécialement mais auxquelles je pense parfois, des choses idéalisées.
Pour chaque élément de cette liste, je me suis dit que j’allais écrire poème ou un essai. Et pour la langue aussi, on verra bien.

Je commence avec le #27.

femme-fatale

POEME #27 : la voix féminine

Je l’avais oubliée et je me souviens
Quand je rentre en France
De sa présence désincarnée

Elle vous guette à la radio
A Charles de Gaulle ou à Orly :
« Le vol en provenance de Dubrovnik
Vient d’atterrir porte vingt-sept… »
Ou dans les grands-magasins
« au rayon maroquinerie »

On l’imagine Miss France en robe du soir
Dior, Lanvin, vaporeuse,
Chignon crêpé sophistiqué
Elle nous annonce que ce sont les soldes
Aux Galeries Farfouillette
Ou que le train va entrer en gare.

Elle fait son intéressante
Avec des effets de voix
Une voix un peu plus qu’ « agréable »
On se demanderait presque où elle veut en venir !
Mais je vous assure qu’elle est fidèle
La Femme Fatale des français,
On connait bien leur réputation
A ces French lovers…
Elle ne va pas chercher ailleurs.

Qu’irait–elle faire aux Etat-Unis
Au pays des poursuites judiciaires
Pour harcèlement sexuel
Et des féministes endurcies
Elle ne trouverait pas sa place
Cette blonde ingénue
On lui dirait d’aller se rhabiller,
Allez !

 

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