Reader’s Digest

Reader’s Digest

Ma fille me dit: ‘Je suis allée chez une copine hier, et sa petite sœur regardait la télé. Et bien je ne connaissais aucune des émissions !! »
Elle vient d’avoir quatorze ans, et je me rends compte qu’elle a déjà des souvenirs d’enfance, des nourritures d’impression qui ont fait une partie de son éducation.
« Ah oui. Toi, c’était Dora l’exploratrice, Blues Clues, Teletubbies… tu te souviens ? » l’évocation des émissions de télé de l’enfance sont toujours une source de bons souvenirs.
Elle sourit. « C’est moche, ce qu’il y a maintenant. Je n’aimerais pas regarder ça. »
Je pense sans le dire qu’à l’époque de ma fille, il y avait une émission que je trouvais particulièrement désagréable, un dessin animé aux personnages très laids, aux voix criardes et agressives. Enfin peut-être que j’arrivais toujours au mauvais moment, là où ils se tapent sur la figure et cassent tout. Une histoire d’enfants, intitulée Rugrats – ou Razmokets en France je crois.
Je ne sais pas pourquoi mes deux filles aimaient regarder ce programme.

Je considère l’idée de ce qui nous a formés, génération sans vidéos et sans internet.
A ce moment-là, ma mémoire ne se tourne pas vers ce que j’ai pu voir avant mes six ans à Paris, ni après, à Nantes chez mes parents. Mais plutôt vers ce que je trouvais à lire chez mes grands-parents.
Mon frère et moi passions souvent nos vacances chez eux en Bretagne, la maison où ma mère avait grandi.

Et donc je me revois sur le cozy, entre sept et dix ans à dévorer la collection de Reader’s Digest de mon Grand-père. Pourquoi cette lecture ? parce qu’il n’y avait pas grand-chose d’autre à lire pour un esprit curieux. L’enfant est un espion avec un esprit éponge. Donc dans un village perdu de Bretagne, je me familiarise sans le savoir avec la culture qui deviendra celle dans laquelle je baignerai la majeure partie de ma vie adulte : la culture américaine. Pendant que ma grand-mère fait des crêpes dans la cuisine et que la Simca 1000 de mon grand-père dort dans son garage, je me plonge dans des histoires de découvertes scientifiques médicales avant-gardistes, des résumés de livres étranges vite oubliés avec des illustrations dessinées représentant des américains chapeautés aux bonnes têtes de GI, et des blagues sexistes sur le thème de l’incapacité des femmes à conduire ou à changer un pneu, et donc de leur dépendance aux hommes. Et beaucoup d’autres blagues que je ne comprends pas.

L’autre source de nourritures intellectuelles se trouve dans un sac contenant une pile de Modes de Paris, près de la fenêtre. Un monde très différent avec des photos de mode prises le long des quais de la Seine. Des silhouettes fines aux chaussures pointues, nez pointus, chignons pointus, carreaux imprimés, puis les courbes des jupes, des joues, d’un mollet. Dans ces revues je gobe ce qu’endurent les parisiennes pour garder la ligne, les régimes détaillés dans lequel la baguette est rationnée en tronçons mesurés. Une tranche de jambon par-ci, un yaourt nature par là. Jambon de Paris et champignons de Paris bien sûr. Cette incursion dans la vie des parisiennes m’ouvre une fenêtre sur une possible vie future, une idée de la discipline requise pour être â la mode. Le cerveau de l’enfant est un espion éponge. Je me repais aussi des blagues d’Arthur et Zoe qui me laissent également perplexe.

Il y a aussi, mais on en a vite fait le tour, quelques recueils des Vieilles dames de Jacques Faizant qui trainent un peu partout dans la maison –les dames aux jambes fil de fer sous des corps de tonneau, et des maris aux barbiches blanches qui regardent toujours leurs chaussures. Ils sont très différents de mes propres grands-parents. J’avale sans questions.

Il y a aussi l’Almanach Vermot, avec ses blagues et ses contrepèteries qui m’agaçent quand je ne les comprends pas. C’est à dire la plupart du temps. Et puis ces histoires de lunes et de carottes à planter ne m’attirent guère. Et je me demande pourquoi s’occuper des cycles de la lune quand mon grand-père ne jardine pas, que je sache.

Voilà donc les premières impression, fenêtres sur le monde que reçoit mon cerveau, qui se crée son conditionnement personnel. Bien sûr, et heureusement, j’ai plein de vrais livres dans ma vraie maison. Peut-être une prochaine note : les livres de l’enfance.
Maintenant je suis curieuse du futur, de ce qu’il adviendra de ceux qui ont grandi avec les Razmokets. Peut-être pas pire que moi.

Et vous, quelles lectures bizarres avez-vous eues ?

 

Photos recueillies sur https://fr.shopping.rakuten.com

10 thoughts on “Reader’s Digest

  1. L’incontournable Reader’s Digest, en effet…… Mémé, elle, collectionnait Historia. J’étais abonnée à “La Semaine de Suzette” et un peu plus tôt aux BD de Sylvain et Sylvette.
    Ceci dit j’avais une bibliothèque O.C.B. juste en face de chez moi, et j’y puisais trois à quatre livres par quinzaine…. je n’étais pas privée de lecture ! quel bonheur ! j’ai maintenant plus de mal à lire, le net m’a phagocytée 😦

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    • Sylvain et Sylvette et leurs sabots! Et le net, un couteau à double tranchant.
      En ce moment, je collectionne les livres pour le jour où j’aurai le temps de les lire. (Pas de la faute à l’internet, mais à mon gagne-pain.)

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      • Merci Victorugotte ; oui, ces heures de lectures volées aux siestes et au heures chaudes, ennui mêlé de curiosité et du besoin, plus fort que tout, de lire et d’absorber…. absorber quoi ? Sylvain et Sylvette, moi aussi, et Tout l’Univers (une encyclopédie, je crois) et l’Almanach Vermot et 50 millions de consommateurs et le Catalogue de Manufrance, et enfin la revue de l’Unesco 🙂
        (cerveau éponge, je gobais sans question)

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  2. la culture me poursuivait puisque l’un des postes que j’ai occupés était assistante de Direction à Encyclopaedia Uniersalis dans une Agence de Marseille………… support papier uniquement à l’époque (Mathusalem était encore jeune homme 😀 )

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  3. Il y a plein de lectures bien sûr, mais à lire ton billet, c’est un souvenir particulier qui me revient. Celui de la lecture de l’Os à Moelle de Pierre Dac, que mon père lisait quelquefois à voix haute, au moment du café. Et les rires de mes frangins à côté de moi… 🙂

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