DANS LE PARKING DU SUPERMARCHE

Deux jeunes filles viennent vers moi
dans le parking du supermarché, deux employées
sans autre signes particuliers que leurs badge
Staples ? sur la chemise noire
expression neutre, pas de tatouages ni de piercings
Est-ce qu’elles ont besoin d’un chariot ?
Dans le coffre ouvert, Allan cherche nos sacs recyclable

Elles s’approchent et l’une d’elle me dit:
Voulez-vous venir avec nous à l’église Dimanche ?
Comme si on était au bal et qu’elle me demandait cette danse
J’examine de plus près les visages ronds d’adolescentes
qui ont l’âge d’être mes filles
Quelle église ?
la plus grande pointe son badge du menton :
Eglise de Jésus Christ, je lis
et plus petit en dessous (mais je ne veux pas m’approcher trop près)
des saints des derniers jours.

J’avoue que je suis ignare
dans le domaine des dénominations
S’agit-il d’une de ces « églises »
pop-up qui se montent dans des bureaux au hasard
ou d’une ancienne et obscure tradition américaine ?
Quoi qu’il en soit, ces saints du dernier jours m’inquiètent légèrement
Que diable savent-ils de plus, et est-ce que j’ai raté quelque chose ?

Je tente de la rassurer :
Nous allons déjà à l’église tous les dimanches
– Où ça ?   
– A Boston
… il y a de très bons musiciens qui y jouent
les cantates de Bach, vous connaissez ?
Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle nous y allons, bien sûr…

Je m’enfonce plus profondément.
Je ne voudrais pas leur faire faux bon, à ces gamines
les décevoir, les écarter du droit chemin.
Ce que je voudrais leur dire
c’est que je crois que tous les chemins mènent à Dieu
Si c’est ce qu’on cherche.

Allan sort sa tête du coffre et me sauve : Merci, mais c’est bon pour nous
Leurs visages restent neutres, elles hochent la tête
Il y aura un pianiste samedi soir si ça vous intéresse !
Elles ne laissent pas tomber
Elles relancent et tirent encore
leur filet dans le parking du supermarché
Même si  elles pêchent aux convertis.


J’ai depuis fait des recherches sur cette église.
Fascinant !
Mais je maintiens ma position.

Joyeux Noël!

COMMENT SE DEBARRASSER D’UN VIEUX MATELAS (DANS L’ETAT DU MASSACHUSETTS) EN 20 ETAPES

Photo by Jou00e3o Saplak on Pexels.com

Tutoriel / Guide pratique

Cela peut arriver à tout un chacun : on achète un nouveau matelas et il faut bien se débarrasser de l’autre. Ma fille étant partie faire un petit voyage, l’idée m’est venue de lui faire la surprise d’enlever le matelas qui encombrait son intérieur. Au cas où ça vous arriverait, cher lecteur/trice, je partage le mode d’emploi.

  1. D’abord, tirer le matelas, comme on le ferait un cadavre, hors de l’appartement, le faire glisser le long des marches en laissant partout derrière de petits morceaux de matière non-identifiée pour les voisins.
    Puis tirer encore tant bien que mal l’énorme matelas mou qui fait trois fois votre taille et votre poids hors de la maison et le long le trottoir. Vos ongles agrippent le rebord de la couture, prêts à s’arracher. Après plusieurs arrêts pour reprendre son souffle, comme sur le chemin de croix, s’arrêter finalement devant la maison, en se disant que la mairie sera ouverte lundi (on est samedi), Le temps passera vite et personne ne saura rien, ni vu ni connu.
    Savoir qu’il suffira d’obtenir du greffier un autocollant orange ($5) pour la collecte des articles volumineux – comme vous l’avez fait l’année précédente avec votre propre matelas.
    Penser à la joie du moment où vous enlèverez l’enveloppe de nylon jauni et couvert de taches douteuses qui enveloppe le matelas. Se demander s’il provient de générations de magasins d’occasion.
  2. Retirer l’enveloppe de nylon. Admirer la blancheur du matelas défoncé en dessous. Il est maintenant bien plus présentable. Fourrer le « protège-matelas » dans votre poubelle.
  3. Laisser l’énorme matelas avachi contre l’arbre comme si de rien n’était, puis rentrer à la maison.
  4. Vérifier la météo. Constater qu’il y a une alerte au déluge pour le lendemain. Se demander s’il est sage de laisser le matelas dehors. Puis se demander comment le rentrer dans le cabanon, autant de mètres supplémentaires à trainer le matelas.
    Tirer et pousser le matelas dans le cabanon en 1) vous félicitant d’avoir un cabanon et 2) d’avoir eu la présence d’esprit de regarder la météo.
  5. En profiter pour jeter un coup d’œil en passant sur l’ouverture de la mairie Lundi matin pour vous procurer le fameux autocollant.  Se laisser divertir par l’onglet sur le recyclage et l’enlèvement des déchets.
    Ne pas en croire ses yeux : un formulaire annonce que l’enlèvement des matelas est aboli depuis le 22 Novembre de l’année précédente. Constater qu’il n’y a pas d’alternative, pas de conseils autres que : Apportez votre matelas vous-même au centre de recyclage et payez $75.
    Ou bien débrouillez-vous comme vous voudrez.
  6. S’exclamer : « $75 pour se débarrasser d’un matelas ? »
    Se dire que ce matelas taille large ne tiendra jamais ni dans sa voiture, ni sur le toit.
    Se demander comment se défaire du corps en se posant les mêmes questions que se sont posés des tonnes de gens : le jeter dans la rivière ? le couper en petit morceaux ?

  7. Se dire qu’il y a certainement un tutoriel sur Youtube qui explique quoi faire.
    Effectuer des recherches. Trouver de plus en plus d’articles confirmant que l’enlèvement des matelas est en effet aboli dans l’état du Massachusetts, et seulement dans le Massachusetts. Se sentir montré du doigt par Dieu.
  8. Essayer de penser aux gens qui pourraient vous prêter leur camionnette. Vous n’en connaissez pas.
  9. Penser à l’ironie de la chose : le cadavre que vous trainiez, il faudra effectivement le couper en petits morceaux. Comme Dutroux et Pélagie Rosier dans Les demoiselles de Rochefort.
  10. Se rendre à la quincaillerie et acheter une pince coupante, un cutter géant et des sacs poubelle.
    Visionner d’autres vidéos YouTube comme celui qui montre deux femmes dans un parking avec un cutter et des sacs poubelle, qui ont l’air de ne pas savoir ce qu’elles font.
  11. Fermer YouTube.
  12. Quelques jours de réflexion plus tard, et lors d’une journée ensoleillée, s’approcher à nouveau de la dépouille. Selon les directions glanées ici et là, entamer le pourtour avec le cutter. Se demander si la lame est émoussée, ou si la peau du macchabée est particulièrement épaisse.
    Enlever son manteau dans le cabanon non chauffé.
    Se dire que ça va prendre du temps et brancher le vieux haut-parleur wifi. Penser subitement à Michel Sardou (sans raison aucune) et trouver une chaine de musique française pop des années 80 pour se donner du cœur à l’ouvrage.
    Reprendre la coupe chirurgicale d’autopsie du matelas en compagnie de Michel Sardou (Femme des années 80).
    Trouver très vite que l’anatomie de ce matelas n’est pas du tout la même que celle montrée sur YouTube. Il ne s’agit pas d’un cadavre normal mais d’un mutant. Garder espoir et se dire que l’on a toujours été pleine de ressources.

  13. Enlever avec succès l’épiderme supérieur de la chose et le fourrer dans un premier sac poubelle.
  14. S’armer du coupe-fil et couper les grosses attaches de métal tout en écoutant Catherine Ringer (Andy). Se féliciter d’avoir les bons outils.
  15. Un fois les attaches détachées, entamer la seconde couche épidermique et, en utilisant toute sa force et son poids, décoller la couche de molleton. La fourrer dans le sac poubelle.
  16. Observer que l’organisme du défunt, i.e. son squelette, se compose de 23 rangées de ressorts individuellement emballés dans des tubes de papier-tissu blanc et solide, lesquels sont maintenus ensemble par la couche de fibres molletonnée inférieure et que par conséquent, il faudra couper le long des 23 rangées pour obtenir des bandes qu’il suffira d’enrouler et de déposer dans les sacs poubelle.
  17. Se saisir de la paire de ciseaux de taille industrielle fraichement acquise, se dire que le processus est maintenant enclenché et que si la musique est bonne, l’opération ne devrait prendre que quelques heures.
    Se mettre à la tâche hardiment.

  18. Se débrouiller pour isoler et découper autour de la partie centrale du matelas défoncé, ou tous les ressorts jadis hélicoïdaux sont maintenant en purée et impossible à trier. Fourrer l’ablation dans un sac poubelle.
  19. Après quelques heures de travail acharné, considérer les 10 sacs poubelle qu’il faudra écouler petit à petit dans les collections de déchet hebdomadaire. Eteindre la bande son.

  20. Admirer le travail.

CHARMING CAPE IN GREAT CONDITION

CHARMING CAPE IN GREAT CONDITION

“This lovely, well-maintained home
has been cared for by the same owners for decades”
It’s been on the market for 75 days – I check on it from time to time
hoping to see marked as sold
and not suspended in limbo
the shell of my ex-in-laws’ home
who vacated in favor of assisted living.

It looks like a cookie-cutter box to you, just a house –
The listing description doesn’t mention
the kitchen view of the birdfeeders and their faithful hummingbirds,
the green and gold wallpaper I know so well, still in place,
or the texture of the blinds, the top of the radiator,
my ex-husband’s bedroom, once revisited by young lovers,
old childhood pennants on the walls, baseball cards, vinyl records,
the parents’ bedroom next wall over,
its darkened windows like eyes closed.

It doesn’t mention the downstairs TV den with its couch
where young lovers met and cuddled,
where three sons and I brought back VHS tapes from the video store
like trophies,
it doesn’t mention how we played charades on holidays with relatives,
the smell of griddle pancakes, of fresh blueberry pie,
the Thanksgiving turkeys that always took all day to cook,
later on the high chairs, the rubber duckies in the tub,
the flowers in the yard where my kids dug their roots
the oodles of pictures we took of them there.

Surely every nook and cranny must keep a molecular knowledge
of the loads of love and holiday excitement?

Nobody asked me if I had removed all my memories
before the place was sanitized and put on the market
It was none of my business anyway  – we had split up ten years before
And I am not one overly attached to material things,

But how could this happen so unceremoniously?
Why wasn’t there a pow wow, with rain dances and
deliberations with the gods? Especially Hestia?
I bet she’d have something to say.

I see the house on the website as I would
a newly dead displayed in the funeral parlor.
The owls on the wallpaper going down to the basement must feel bewildered
Don’t let them wonder too long where life has gone.


I needed to emote about the sale of a house that contained my own past, the shock of the discrepancy between the material thing, the walls, and a whole set of vivid memories. Maybe I am not the only one with this experience.

LE NOUVEAU CALENDRIER

Cette année je ne trouve pas le calendrier idéal
ce matin, à la librairie de Newbury St
J’hésite entre La vie secrète des écureuils :
12 scènes magiques d’écureuils agissant comme des humains

Et Voici ma librairie : Douze devantures de librairies du monde
Mais je ne prends ni l’un ni l’autre

L’autre jour au centre commercial,
J’ai scanné avec une molle curiosité les étalages :
les filles de Sports illustrated et les autres maillots de bain
suivies par les Chippendales, les pompiers sexy –
J’essaye de visualiser l’effet sur le mur de ma cuisine

Puis on passe à la section des chatons,
Puis celle des chiots ensommeillés
Puis le calendrier Cabanes d’aisance de jardin  

Décidément, le bon calendrier ne me saute pas aux yeux
Cette année
Dans le passé, j’ai pioché dans la série Destinations :
Photos d’Italie, puis de France
dans un esprit d’inspiration, et pourquoi pas de manifestation
mais le désir m’échappe

Il est important de bien choisir, car tous les mois
et même tous les jours il faudra faire face
aux conséquences d’un achat rapide
et s’exposer à la photo choisie par l’éditeur

Une année j’ai voulu des photos de ballet,
Légèreté aérienne – mais je n’en ai plus envie
il me faut du tangible, du solide

J’avais suivi par des portraits de vaches.
peintures naïves et rassurantes de bovidés tranquilles,
Aux grands yeux doux et limpides
mais cette saison-là est passée aussi

Et si je laissais le coin vide ?
minimalisme : un mur tout blanc
Peut-être que je n’ai pas envie de fixer sur le mur
des projections, des oracles
peut être que je n’ai pas envie de mettre noir sur blanc
les rendez-vous du quotidien, les docteurs
les impôts, les ennuis

Je cherche un calendrier introuvable
avec seulement des moments heureux :
Des voyages, des rencontres en couleur
des jours de joie, des succès, des fêtes
mes enfants comblés, rayonnants
des départs, des déménagements surprise
des plans nouveaux sur la comète

Avec, à la rigueur, un agenda portatif
en finir avec les cases prévisibles sur un mur fixe.

CHANGEMENT DE PERSPECTIVE

Plusieurs fois j’ai observé
le matin en buvant mon café dans le fauteuil près de la fenêtre
une branche qui plonge, puis balance comme un trampoline
et puis cette petite bestiole, un écureuil
qui disparaissait vers le tronc.

Ce n’est pas un nouveau-venu
Je l’ai entendu galoper de temps en temps
tip tip tip tip, le long de la toiture
Je me demandais quelle course il effectuait
à toute allure
transportant de petites graines,
pour une raison ou pour une autre
d’un côté du toit, puis de l’autre

J’avais toujours pensé
que les animaux étaient voués
à lutter en permanence pour subsister
qu’ils passaient leurs courtes vies à guetter
des graines dans la neige
un moustique dans les airs
un mulot dans l’herbe
une proie dans la toile

J’étais désolée pour les pauvres canards
dans les mares gelées, sans manteau
sans doudounes les moineaux

Dans le froid, les éléments
la faim…

Et puis voilà que sur Facebook,
et puis plus tard sur Instagram,
j’ai vu des canards glisser dans la mare, puis regrimper la pente
j’ai vu un pigeon s’installer sur une girouette pour faire un tour de manège
j’ai vu un berger allemand et un poulet jouer à cache-cache

Bref, grâce à Internet, ma perception de l’ordre du monde
est en train de vaciller

Depuis que je l’ai vu plonger
comme un trapéziste sous mes yeux,
la branche oscillant de haut en bas, sous son poids
et lui rebondissant avec, pour disparaître dans les feuillages roux,
et recommencer un peu plus tard,
depuis que j’en ai la preuve,

je n’hésite plus à faire des jeux
sur mon téléphone, moi qui ne jouais jamais,
en essayant de me sentir moins coupable
de perdre mon temps.

Illustration glanée sur …  tattoosboygirl.com

L’IMAGE FINALE

Mon oncle Roland et moi errons dans les dédales du parking de l’aéroport Charles de Gaulle. Il est venu me chercher (j’arrive de mon exil aux US pour des vacances en famille,) mais il ne sait plus où il a laissé sa voiture.

Si quelqu’un mourait ici d’un infarctus personne ne le saurait ! il resterait là. Mort ! 
Je souris intérieurement. Peut-être même extérieurement. Il râle assez fort pour que les rares passants en ce matin de semaine sachent ce qu’il pense. Depuis dix minutes on cherche sa voiture qu’il pensait avoir garée à cet étage du parking. Elle a été volée ! 

Roland est le demi-frère de mon père. Il n’est plus tout jeune.
Si je raconte cet épisode ici, c’est pour clore le récit de mes retrouvailles virtuelles avec mon grand-père. Mon oncle est la seule personne vivante, à part mon père, qui ait connu ce grand-père et qui pourrait m’évoquer, sinon l’homme, au moins un peu de ce monde passé.

Côte à côte, nous déambulons avec ma valise dans les aires grises et sans âme des parkings silencieux.

Je sens sa détresse qui monte. L’embarras. C’est peut-être aussi l’émotion de rencontrer sa nièce qui l’a distrait.
Je suis patiente, même si le décalage horaire se fait sentir – le vol Boston-Paris se fait toujours la nuit. Je suis partie tard la veille, mais j’ai dormi un peu dans l’avion.

Il a accepté la tâche que lui a proposé mon père, de me conduire de l’aéroport à la gare Montparnasse d’où je prendrai le TGV en direction de la Bretagne.
J’aurais facilement pu prendre la navette de l’aéroport mais mon père a insisté pour contacter son frère, lui confier une mission pour nous mettre en rapport. C’est la débrouille, le système D.

Finalement mon oncle se rend compte qu’il s’était trompé d’étage. On remonte dans l’ascenseur. Après une heure d’errance, gros soulagement.

Maintenant on peut faire la traversée de Paris.

Toutes les rues ont une histoire pour lui. Il me fait visiter une ville de carte postale que lui seul connait. Moi mes repères sont très différents : là où j’ai travaillé, là où j’habitais, mon studio rue des Batignolles, P&G à Neuilly, les quartiers où j’aimais me balader, les stations de métro. Evidemment, il y a aussi le quartier où je suis née, où j’ai grandi.
Mais son Paris à lui est peuplé de nos ancêtres.

C’est là que Rose, ton arrière-grand-mère tenait un atelier de repassage. Ici, ta grand-mère achetait des fournitures de peinture. Elle peignait.

Saint-germain : on allait de bar en bar, la nuit. Le but était de faire le plus de bars possibles.

Les cafés rutilants qu’il me montre sont des théâtres, scène et parterre, où se déroulent les drames et comédies de la vie parisienne. Il y a des étalages d’huitres, d’autres ont des stands de crêpe attenants. Rien de spécial, sauf si on vit comme le reste du monde, ailleurs.

J’aimerais réaliser un film de cette visite, pour moi-même. Parce que ma mémoire est pleine de trous. Pourquoi une telle richesse de passé et d’histoires familiales alors que j’aurai tout oublié dans quelques mois.

Mais bientôt on arrive à la gare Montparnasse. La gare des bretons puisque ses lignes desservent l’ouest de la France. Il y a la gare de l’Est, la garde du Nord, la gare St Lazare, et la gare Montparnasse. Les deux dernières me sont les plus familières.

A l’intérieur, il nous reste un peu de temps. Nous nous installons à une table de café parmi les voyageurs. On parle un peu de tout, mais au milieu de la conversation, il part sur un souvenir. Ça me rappelle ton grand-père Gabriel, je le revois… 
Je ne sais pas quoi dire.  Il me peint l’image du naufrage à la fin d’une vie qui ressemble à une course d’obstacles.

Je vois qu’il les revoit encore, ces images et qu’elles lui font toujours mal.
De plus en plus je comprends que la vie est faite de beauté et de laideur entremêlés, qu’on ne peut pas faire l’économie du malheur, de la maladie, physique et psychologique.
Je voulais remettre les pendules à l’heure, remettre en contexte la vie entière d’un homme, sans garder seulement le pire. Je vois plus clairement maintenant les contrastes, les zones d’ombre et de lumière. Ce jour-là, il me parlait de l’ombre. Je sais que ce n’était que contraste.

Recherche de toilettes : Regarde là-bas, ces sanisettes. Il y a un truc pour ne pas payer, je vais te montrer. 
Je ne sais pas si je dois le prendre au sérieux. Pourquoi éviter de payer deux euros pour ces nouvelles installations de toilettes autonettoyantes ? Mais je sens qu’il vit dans un autre monde, celui du passé, à la guerre comme à la guerre, un monde où il faut se jouer de l’adversaire, pour économiser des bouts de ficelle.
On dirait que d’autres petits malins ont déjà forcé la porte de la machine et qu’elle ne ferme plus entièrement.  Ce n’est pas de la délinquance, c’est encore du system D. Pourquoi payer pour pisser ? les hommes, de toute façon, n’ont qu’à trouver un angle sombre et le tour est joué. Mais pas ici quand même.

L’heure du départ approche. Encore sonnée par l’intensité des histoires qu’il m’a racontées, et par ma nuit de voyage, je marche à ses côtés jusqu’à la porte du train. A l’intérieur, j’aperçois des petites lampes sur toutes les tables du wagon restaurant. Une atmosphère confortable, intime s’en échappe.

Avril à Paris, les marronniers sont en fleur, mais il fait tout de même un peu froid. Il me dit « garde cette écharpe, je te la donne. »  J’enroule son écharpe autour du cou. J’ai gardé cette écharpe pendant longtemps.

ACTE X -LE MARCHEUR DU VAL-DE-GRACE

A quoi pense Gabriel pendant son trajet entre le Val-de-Grâce où il travaille, et son foyer, rue Pascal ? Que voit-il, mon grand-père que je n’ai jamais connu ?

Ce n’est pas une longue distance, juste une dizaine de minutes.

Il a le choix de l’itinéraire, selon l’humeur du jour. On peut passer par la rue St. Hippolyte, laide et venteuse, ou la rue Claude Bernard.
Je parie qu’il préférait cette dernière, continuant sur la rue de l’Arbalète, la rue des Lyonnais, le Blvd de Port Royal, puis la fameuse St. Hippolyte à nouveau.

S’il veut l’éviter à tout prix, la rue St. Hippolyte, il peut toujours continuer la rue Claude Bernard et tourner au coin de la rue Pascal. Deux tronçons, angles droits. Moins de rebondissements et de détails sûrement. Moins de dentelles d’architecture, d’ombre et de lumière, de coins et de recoins avec leurs odeurs de pisse. Plus de devantures de magasins. Autant de crottes de chien.

A quoi pense-t-il pendant son trajet quotidien ? au ressac des flots au large des mers d’Islande ? A la rude traversée de l’Allemagne ?

On est 1945, la guerre est finie.  Pense-t-il au jour au jour où il est arrivé rue Pascal ?
Il s’est passé des choses depuis.

Il y avait déjà deux petits gars, mais le plus âgé est parti vivre chez sa grand-mère pour faire un peu de place.

Pense-t-il à sa femme ? Pense-t-il à leur bambin de deux ans qu’il va retrouver chez lui ?

Pas facile d’être père, le sien, il ne l’a pas connu. Les enfants, d’ailleurs, c’est surtout l’affaire des mères. Lui, Gabriel, avec son passé d’orphelin, de Rouletabille, il ne s’est pas gêné pour continuer le combat, celui de la résistance locale. Il serait même reparti faire des siennes dans sa Bretagne natale, selon certains. Histoire de ne pas se faire attraper à nouveau.

C’est peut-être à ça qu’il pense.

Quand on a été bourlingueur, fugitif, qu’on n’a connu qu’une vie de danger et de survie, on a du mal à se faire à la paix des logis, à la veillée des chaumières.  Il y a trop de pensées, de flashbacks. Trop d’énergie inutilisée, les sens constamment en alerte, aiguisés à prévenir l’attaque, à vaincre l’ennemi, ou même juste à faire face aux éléments, la faim, la soif.
La soif, parlons-en.

A la fin de la guerre, il a mis ses talents à bon usage. Il a trouvé du travail à l’hôpital du Val-de-Grâce, comme plombier, chauffagiste.

Les années ont passé, en temps de paix. Après son fils, nait une petite fille. Nous sommes maintenant en 1947.

Ce qu’il ne sait pas, Gabriel, c’est que les dix-sept années à venir sont les seules qui lui restent. Il va falloir les vivre en paix. Il va falloir se faire à l’idée que la France va se remettre, assez vite même.

Il va lui falloir composer avec ses souvenirs, ses traumatismes, ses blessures. Comme beaucoup d’hommes. Ça et vivre une vie tranquille à laquelle il n’a pas été préparé.

Dans les bus, il y a des places pour les invalides. Il y a plein de blague sur les manchots, les culs de jatte. Ça veut encore dire quelque chose.

Ce dont on parle moins, ce sont des blessures à l’âme. Mais personne n’est à l’abri de celles-ci, même en temps de paix.
Alors il y a un problème, celui de la boisson et de ses méfaits qui commencent à prendre le dessus.


Photo : Robert Doisneau – Boules de neige au Pont des Arts – PARIS – 1945

ACTE IX – LE FUGITIF DE LA RUE VAVIN

Nous sommes en 1942 sous l’occupation allemande.
Gabriel vient d’arriver à Paris, après sa fuite du camp de Haute Silésie. Il s’est réfugié chez sa sœur, dans une petite rue de Paris, pas loin d’une petite boutique de repassage.

Je dis petite rue parce qu’il ne s’agit pas des grands boulevards, mais d’une de ces petites rues dans l’ombre desquelles il est facile de se cacher. Et une petite boutique parce le commerce consiste en une ou deux pièces où une ou deux ouvrières pressent le linge derrière le comptoir.

C’est important, cette boutique de repassage. Ce n’est pas une blanchisserie exactement, on y repasse seulement le linge. Nous sommes toujours pendant la guerre, et qui sont les clients ? sûrement les plus fortunés. Ça se trouve rue Vavin, dans le 6e. Pour situer, la rue débute en face d’une entrée du jardin du Luxembourg et se termine boulevard du Montparnasse. C’est le quartier Notre Dame des Champs.

Il se trouve qu’Ambroisine visite ce commerce. Elle entend les ouvrières, ou bien même la patronne, qui s’appelle Rose, parler des rafles des juifs, et des résistants qui se risquent à cacher des âmes. Ambroisine, sent qu’elle ne va pas pouvoir abriter Gabriel pendant longtemps. Même s’il n’est pas juif, il est tout de même prisonnier de guerre évadé.

Mise en confiance par le discours des femmes de la boutique, elle s’enhardit à parler du fugitif. Est-ce qu’une d’elles pourrait le cacher ? Rose propose à Ambroisine de l’envoyer chez sa propre fille, Henriette, qui travaille aussi à la boutique.
A moins que ce soit Henriette qui se soit proposée d’elle-même.

Henriette habite à 25 minutes à pied de la rue Vavin, au 35 rue Pascal.

Le jour arrive où les menaces le forcent à décamper – on entend de plus en plus parler de rafles, d’arrestations, de dénonciations. Il faut faire vite. Il sort de sa cachette et descend dans la rue pour faire son chemin, ni vu ni connu, par les rues où grouillent les soldats.

Arrivé à l’adresse, il se rend compte qu’il ne connait ni l’étage ni l’appartement.  Pas de téléphone portable à l’époque. Il n’y a pas d’autre solution que de frapper aux portes. Il tente sa chance. « Je cherche une locataire du nom d’Henriette. »
La persistance le récompense, il frappe finalement à la bonne porte.

De quoi a-t-il l’air, à 34 ans, après sa vie héroïque ? Comme les héros des jeux vidéo de nos jours, il a abattu des obstacles à répétition, et s’est relevé toujours, pour continuer la bataille.

Il est douteux qu’il porte un uniforme. Est-il rasé ou porte-il une barbe de trois jours ?
La jeune femme qui lui ouvre la porte n’a qu’un an de moins que lui. Divorcée, elle vit avec ses deux fils d’une dizaine d’années. Elle l’invite en vérifiant autour d’elle qu’il n’y a pas eu de témoins.

La porte se referme.  

*  *  *

Illustration: vue de la rue Vavin de nos jours

Mon grand-père vs. Olivier Messiaen

Faisons une interruption dans la narration de la vie de mon ancêtre, et posons-nous une question : quel est le point commun entre mon grand-père et Olivier Messiaen ?
A part la cravate, à première vue, aucun.
Or, si vous m’avez bien suivie, vous en connaissez un, de point commun.
Ils sont nés la même année, 1908.
L’autre, et je le découvre plus tard, c’est qu’ils se font faire prisonnier par les nazis et se retrouvent dans des camps de Haute Silésie. De là à savoir s’il s’agit d’un seul et même camp, je ne sais pas et ne le saurai jamais.

Je sais que cette comparaison de vies saugrenue n’est pas charitable pour mon aïeul. Mais les destins me fascinent. Je considère ceci comme une étude scientifique.

Donc les nouveau-nés voient le jour en l’an 1908. Gabriel au mois de Mars et Olivier au mois de Décembre.
A priori, si les hommes naissent égaux, ces deux bébés le sont.

C’est là que les choses divergent. Olivier est le premier enfant d’un professeur d’anglais et intellectuel Catholique, et d’une mère poétesse nommée Cécile Sauvage. Il est très tôt influencé par les poèmes de sa mère, et l’œuvre de Shakespeare, que traduit son père.

Gabriel lui, est l’enfant numéro dix ou onze d’un ouvrier et d’une femme au foyer issus de la campagne agricole bretonne.

En 1914 alors que Gabriel vient de perdre son père, celui d’Olivier est mobilisé et la mère emmène ses deux jeunes fils à Grenoble pour vivre avec leur oncle. Le jeune Olivier Messiaen s’amuse à mettre en scène Shakespeare devant son petit frère. Il acquiert une foi catholique qui ne le quittera plus.

Quelle est la foi du petit Gabriel ? avec une sœur portant le nom féminisé de Saint Ambroise, on pourrait penser que ses parents étaient catholiques. Surtout si on considère que la Bretagne est, en général, catholique. A quoi joue-t-il avec sa sœur Louise de deux ans son ainée, ou son frère Louis ? Ont-ils entendu parler de Shakespeare ?

Olivier commence ses leçons de piano, après avoir fait l’apprentissage de l’instrument en autodidacte. Il avait donc accès à un piano.
En 1918, son père revient de la guerre, et la famille déménage pour Nantes (on se rapproche de la bretagne.) Le jeune Olivier, âgé de dix ans, continue néanmoins à suivre des cours de musique. Son professeur d’harmonie lui fournit la partition de l’opéra Pelléas et Mélisande de Debussy, qui est pour Messiaen une révélation. L’année suivante, son père obtient un poste de professeur au lycée Charlemagne à Paris, et la famille déménage à nouveau.

Pendant que Gabriel devient complètement orphelin a onze ans, le père d’Olivier devient professeur au lycée Charlemagne à Paris. Le petit garçon entre au Conservatoire national de musique et de déclamation à Paris, pour étudier le piano et les percussions, l’improvisation, l’orgue, la composition et l’orchestration.

Gabriel, lui, reste dans la petite ville bretonne de Guingamp, jusqu’à ce que l’aventure l’appelle à se présenter comme apprenti mousse.

Olivier effectue de brillantes études. En 1924, à l’âge de 15 ans, il obtient un second prix d’harmonie.

A 15 ans, Gabriel, qui a laissé tomber les goélettes et l’Islande, fait une formation sur les chantiers.

A 18 ans, en parallèle, les deux garçons perdent un être cher : Gabriel son frère ainé, Albert ; et Olivier sa mère.

A 24 ans, Olivier se marie avec Claire Justine Delboos.
La vie de Gabriel n’est pas documentée, mais on ne parle pas mariage.

En 1939, sans se connaitre, Gabriel et Olivier Messiaen sont mobilisés par l’armée française, puis se font prendre par les Nazis.
Sans se connaitre (mais ce n’est pas vérifié), les deux passent plusieurs mois en Haute Silésie. Olivier se retrouve dans le stalag VIII-A à Görlitz, avant d’être libéré en mars 1941.  Il compose durant sa réclusion son Quatuor pour la fin du Temps. La première est donnée dans le camp le 15 janvier 1941 par un groupe de musiciens prisonniers.

Gabriel, de son côté, comme nous l’avons vu, ne cherche qu’à s’évader. Il y réussi et retourne à Paris.

Que se passe-t’il par la suite ?

Après la guerre, Olivier Messiaen qui a enseigné à l’École normale de musique de Paris et à la Schola Cantorum et à la même époque participe à la fondation du groupe Jeune France. Il rencontre et travaille avec une jeune femme qu’il épousera plus tard, Yvonne Loriod.

Sans vouloir empiéter sur les chapitres à venir, nous savons déjà que Gabriel s’éteint à cinquante-six ans, alors qu’Olivier voyage, se produit comme pianiste avec Yvonne Loriod, et enseigne dans divers pays : Argentine, Bulgarie, Canada, États-Unis, Finlande, Hongrie, Italie, Japon.

Il meurt à quatre-vingt-trois ans.

Deux vies, deux destins, qui par moment semblent se rapprocher dans le temps et l’espace.
Deux coupes très différentes, mais également pleines.

Ce que j’en déduit : rare sont ceux qui cumulent les gènes, le talent, la chance de devenir un grand compositeur. Il y a de quoi s’émerveiller devant le jeu de hasard d’une naissance, son hérédité et son milieu, puis les événements de la vie qui font le reste. Mon étude prenant fin, nous allons reprendre le récit.

ACTE VIII – L’AVENTURE BAT SON PLEIN

En septembre 1939, toujours rien sur la chronologie de mon grand-père, mais la date évoque quelque chose. Toutes les chronologies des Français de cette génération portent les mêmes évènements marquants.
Cette génération qui a vécu la première guerre mondiale, la grippe espagnole, puis une crise économique qui monte, va maintenant se coltiner une deuxième guerre mondiale. Comme s’ils en avaient besoin.

Nous avions laissé Gabriel, à peine sorti de l’adolescence, sur les chantiers de construction à réparer les dégâts de la première guerre. Lui-même aurait eu à réparer une enfance rude – de nos jours on lui aurait assigné une bon(ne) thérapeute (quid de la mort de ses parents, de ses frères et sœurs, la grippe espagnole, la guerre). mais on est bien loin, à l’époque, des préoccupations de bien-être psychologiques actuelles. Et puis tout le monde était dans le même sac.

Donc si on avait cru à un répit pour le petit gars, il ne dure pas longtemps. A la fleur de l’âge, juste 32 ans, Gabriel est recruté par l’armée, pour la seconde guerre mondiale.

S’ensuivent huit mois de “drôle de guerre”, une période sans combat. A partir du 10 mai 1940, avec une “guerre-éclair”, les forces allemandes s’emparent de la Belgique, du Luxembourg et des Pays-Bas, puis s’attaquent à la France.

Comme il n’a pas froid aux yeux et qu’il est courageux, comme on l’a vu, le jeune breton se sent peut-être dans son élément. L’armée, il connait : la marine avec son frère Albert (au vu d’une photo en costume avec béret marqué à l’insigne certaine), puis les bateaux de pêche.
Mais il se retrouve dans l’armée de terre.

Selon mes sources aussi sures que secrètes, cinq millions d’hommes sont mobilisés, dont la moitié seulement est combattante : 2 274 000 hommes aux armées, 2 224 000 hommes à l’intérieur, dont 700 000 servent de main-d’œuvre à l’industrie (affectés spéciaux), 300 000 restent à l’instruction, 250 000 restent chez eux pour les besoins de l’agriculture, 650 000 sont affectés aux services et 150 000 à des postes divers. La mobilisation se passera sans heurts ; les hommes sont plutôt résignés ; il n’y aura que 3 700 réfractaires. Au cours de la période suivante, la drôle de guerre, les désertions sont restées peu nombreuses.

Mais, rebondissement inattendu, les combats à peine commencés, Gabriel est fait prisonnier.

Comment est-ce possible ? La légende est qu’avec un camarade, ils se servaient d’une mitrailleuse sensée bloquer une route par laquelle les avant-gardes allemandes devaient passer. Mais coup du sort, cette mitrailleuse Hotchkiss s’enraye après quelques tirs.

Pourquoi ? les munitions n’étaient pas compatibles.

Où? dans l’Yonne. Pour situer, Auxerre est la plus grande ville de l’Yonne, à deux heures de route au sud-est de Paris.

Avec de nombreux autres prisonniers de guerre, Gabriel est affecté à une ferme en Haute Silésie, une région historique située principalement où se trouve actuellement la Pologne, avec des bouts en Tchécoslovaquie.

Dans ces camps, la majorité des prisonniers étaient utilisés comme main-d’œuvre dans des Arbeitskommandos qui alimentaient comme travailleurs gratuits la région silésienne, ils étaient employés notamment dans l’agriculture et dans les mines.

Mais Gabriel n’allait pas en rester là.

En 1941, il s’évade, tout simplement.

Comment fait-on pour s’évader ? Était-il seul ? accompagné ? A-t-il creusé un tunnel ? Sauté un mur de barbelés ? De toutes les manières, il a dû faire preuve de courage, d’ingéniosité, d’espoir, de ténacité.  Les détails de cette évasion sont évaporés à jamais.
Sur un site, je lis des histoires. Dans une d’elle, les « fermiers » sont assez libres pour se procurer des cartes des environs. Quand on arrive à se faufiler au dehors, il faut survivre au retour, à la marche, sans argent, sans nourriture, dans la peur d’être retrouvé et puni. Une vie de parano sans la maladie psychologique.

Pour récapituler, au risque de me répéter, après son enfance difficile, la vie sur les bateaux, la mort qui frappe la famille au hasard, avec insistance, Gabriel n’a fait que vivre toujours entre la vie et la mort. Il n’a jamais vécu la paix. La lutte n’est jamais finie.

Comment sort-on de cette vie de combat-fuite permanent, cette vie sans famille, sans maison, sans repos, sans paix, sans fortune ni espérance de fortune.
A cette époque, pendant ce temps, d’autres hommes ont fait des études, se sont tenus à l’écart des champs de bataille, ont vécu dans le confort physique, en compagnie de leurs familles, ou parmi les leurs. Ils ont lutté pour leurs espoirs, mais dans une sécurité plus ou moins stable.
Gabriel, lui ne connait pas le repos.

Pendant ce temps, sa sœur Ambroisine et son frère Louis, vivent des vies plus posées dans la région parisienne.

Et c’est justement chez Ambroisine, sa sœur, que mon grand-père va se réfugier et se cacher, au terme d’un long périple à travers l’Allemagne puis la France. Les détails manquent. Comment a-t-il trouvé son adresse ? Combien de temps ce voyage lui a-t-il pris ? dans quelles conditions a-t-il pu se cacher des soldats ?

D’ailleurs ce n’est que des « on dit » cette histoire qu’il se cachait chez sa sœur Ambroisine. Les vraies informations ont à jamais disparu.

En 1942, la guerre bat son plein. Gabriel a maintenant 34 ans.

Illustration : Liste officielle … des prisonniers de guerre français : d’après les renseignements fournis par l’autorité militaire allemande : nom, date et lieu de naissance, unité / Centre national d’information sur les prisonniers de guerre – BnF