5 – REVELATIONS

Quelques jours après ma question, je vois un courriel dans ma boite. Mon père m’a envoyé le lien électronique du site web et le mot de passe. Il a donc développé l’arbre généalogique de son père.

Je crève de curiosité. Gabriel va me parler. Par-delà les décennies, et malgré les réticences de mes proches, je vais enfin pouvoir lever le voile. Y-a-t ’il mystère, d’ailleurs, secrets bien gardés, ou bien le seul fait que la vie, le temps et l’espace m’aient éloigné de ces connaissances ?

J’épelle et clique sur le nom de mon grand-père. Une ribambelle de silhouettes en gris se déroule sous mes yeux sur la page web. Toute une brochette d’individus, une lignée de frères et sœurs. Je comprends non seulement que Gabriel n’était pas fils unique, mais qu’il vient accompagné d’une flopée de parents dont j’ignorais l’existence.

Je n’ai que le temps d’apercevoir ces ombres, comme derrière une porte ouverte, pas le temps de détailler – mon chat miaule qu’il est l’heure de manger. Le présent appelle. J’avale un œuf dur, une pomme. Je croque deux cookies tirés du freezer.
C’est avec fébrilité que je reviens au dossier.

Tout au bout, à droite, la dernière petite silhouette, dernière petite découpe de la guirlande, dernière quille dans la rangée, se trouve Gabriel, mon grand-père. C’est le petit dernier de la famille, le numéro dix.
Le premier sur la branche est un certain Albert, dont je n’ai jamais entendu parler. Puis un Yves, une Ambroisine, puis viennent Louis, Eugène et Louise. Louis, je l’ai connu pour l’avoir rencontré plusieurs fois, lui et sa femme. C’est le seul parent du côté de mon père qui me soit familier.

En regardant les dates je vois que la seconde silhouette, Yves, est mort à 8 ans, qu’Eugène a dû mourir juste après son baptême, et que de toute l’enfilade, la dernière perle du collier est le seul qui aura des enfants.

Le reste de la branche s’est éteinte.
Dans la glace, je vois l’os de ma clavicule en collier, les traits de mon visage. Qu’est-ce qui ressemble à cet ancêtre dont je n’ai jamais vu une seule photo ?
J’essaie de me faire un portrait-robot : selon mes calculs, Gabriel n’est pas de très haute taille. C’est un breton après tout. Je découvre sur une autre page un portrait de son grand-frère Albert, mort à 32 ans. J’ai du mal à y croire. Dans un costume de marin, l’air crâne, un jeune homme pose pour un flash des années vingt, regardant devant lui sans ciller. En cherchant bien, je pourrais y retrouver les traits fins de mon père, un air vif et décidé. Dans le portrait que je me constitue, j’ajoute que Gabriel est Bélier… donc logiquement (et d’après mes recherches) on décèle dans son regard la force du tempérament… ses yeux sont vifs, curieux, en éveil. C’est un visage franc où se lit la sincérité.
Je vois se dessiner une silhouette athlétique et tonique, avec une posture sur le qui-vive, prête à réagir à la moindre alerte… les bras gesticulent, le pied gigote, difficile de rester en place, encore moins de glace face aux évènements. Une démarche assurée, propice à créer la confiance dès le premier échange…

J’ai peut-être tout faux. Mais en étudiant les dates, je vois qu’il est né en 1908 et mort à cinquante-six ans.
Quelle étrange coïncidence – J’ai justement cinquante-six ans.

A suivre…

Consulat Français

Je suis allée chez CVS, la pharmacie pour me faire faire ma photo de passeport. Au vu de toutes mes photos de passeport passées, je ne suis pas optimiste quant aux résultats. En général, ce ne sont pas des photos artistiques et mon ego en prend un coup.
Résignée, je m’assois devant l’écran blanc, sous les néons crus. Ne souriez pas me dis la jeune fille qui fait ce qu’elle peut, en bonne employée.

Je paie mes seize dollars et repars avec dans un étui de papier glacé l’image de mon visage actuel. Plutôt mugshot que portrait. Cruellement j’y détaille tous les défauts : sillon nasogénien dûment accentué par la lumière, le nez clairement en relief, contrastant avec deux yeux sombres enfoncés entre des paupières légèrement gonflées sur le haut, petits sacs sur le bas. J’ai ramené en arrière avec une pince mes cheveux, que j’ai laissé pousser pendant la pandémie. Mais comme dit maman sur Facetime : C’est joli si on te voit de côté.

Le consulat de France à Boston se trouve à côté du jardin central, Boston Common, à proximité des boutiques de luxe (Chanel, Armani, Cartier) qui bordent Newbury St. la shopping street par excellence. J’ai cherché une place de parking mais comme je suis en retard, je me rabats sur un parking payant sous-terrain, qui va me couter la peau des fesses. Mais ce n’est pas souvent que je fais renouveler mon passeport français.

Ça fait plus de vingt ans que ce passeport est périmé. Comme le temps passe vite. En fait, je n’en ai pas besoin, puisque j’ai un passeport américain, mais quelque chose me pousse à le renouveler. Pas de raison tangible cependant.

Contrôle stricte à l’entrée du Consulat. Après avoir montré ma carte d’identité US et prouvé que j’ai bien rendez-vous, je me retrouve au 7ème étage dans une salle d’attente minuscule, sans fenêtre. Il y a une femme assise devant un comptoir entièrement protégé d’une grande vitre. Elle répond aux questions d’un homme qui représente ce que tous les visiteurs ici désirent si ardemment (s’ils ne l’ont pas déjà), la nationalité Française. La femme, âge moyen, essaie de répondre dans son meilleur français mais il est clair qu’elle est américaine. Elle est venue faire une demande de passeport. Elle semble avoir tous les documents nécessaires : acte de mariage, photo, le chèque. Je sens sa nervosité, le trac. Au moment de prendre ses empreintes, l’homme derrière le comptoir s’énerve :
J’ai dit plat, les doigts.
Mais j’essaie…
Et puis ils sont mouillés, tenez, essuyez-vous les mains. –
Il lui passe une serviette en papier par la petite vitre qui coulisse.
Elle s’essuie les mains.
Non, ce sont vos empreintes, que je veux, pas toute la main !

Je sens l’anxiété de cette pauvre femme qui ne désire qu’une chose, le rêve Français !
Elle est si proche du but ! Elle se voyait comme sur les pubs qui décrivent la retraite en France. Ah, la France ! ses marchés, ses paysages, ses quartiers médiévaux, sa lavande en Provence.
Elle doit se coltiner la bureaucratie. Mais finalement, elle a gagné le combat et s’en va.

Je suis seule devant le comptoir vitré.
Vous avez tous vos documents ?
Oui, tout à fait. Sûre de moi, j’ai vérifié que j’avais bien suivi la liste.

Elle date de quand, la photo ?
D’hier.
Ah, ça c’est bien. Parfait.


Il ne m’a pas dévisagée pour voir si c’était vraiment moi. Sur la photo de l’ancien passeport, qu’il regarde, j’avais vingt ans de moins, les cheveux courts qui, ce jour-là, tombaient délicatement en boucles sombres autour de mes traits bien plus lisses.
Mais comme j’aime répéter à qui veut l’entendre ces temps-ci, vieillir n’est pas un privilège donné à tout le monde. Il faut apprécier.

Vous avez votre livret de famille ? ou un acte de mariage ? où figure votre nom de femme mariée, parce que là, j’ai seulement votre nom de jeune-fille.

C’est seulement à ce point que j’ai réalisé avec horreur que si j’avais pensé au fait que non, je ne souhaitais pas mon nom de mariée sur mon passeport français, pour la bonne raison que j’étais maintenant divorcée, j’avais oublié que je portais encore ce nom, et que toute ma vie américaine portait encore ce nom, qui était le mien depuis trente-et-un ans.

Là, devant le comptoir, il fallait que je décide, très rapidement, ce que je voulais faire : revenir avec mes preuves de mariage, ou compléter le processus d’obtention d’un passeport à mon nom de jeune-fille.

Toutes les considérations se mélangeaient à toute vitesse : est-ce que je ne ferais pas mieux de garder mon nom de mariée ? mon identité américaine était solidement ancrée avec ce nom. Toute ma vie d’après divorce. Le changer maintenant serait symbolique, un vrai coupage des liens avec l’homme qui avait été mon mari et restait lie à moi comme le père de mes filles.
Mais alors il fallait que je régularise ma situation des deux côtés de l’atlantique. Le même nom dans les deux pays.
J’allais devoir revenir avec les documents de mariage. La poisse.

De l’autre côté, il faudrait que je fasse une demande de changement de nom dans ma vie américaine. Est-ce que les femmes ne faisaient pas déjà cette démarche quand elles se mariaient ? C’était courant. Mais je pensais aussi aux possibilités d’erreur et de confusion dans les différentes organisations et administrations où figurait maintenant mon nom de mariée. J’avais maintenant plus de responsabilités et de possessions qu’une jeune mariée. La liste des organisations que j’allais devoir contacter me semblait interminable. En commençant par le fait que le contrat de divorce ne contenait pas de clause qui mettait noir sur blanc l’éventualité de ce changement de nom.
Je me suis entendu dire : Non, seulement mon nom de jeune-fille sur ce passeport.

L’homme a continué avec ses agrafes, ses dossiers, ses signatures et ses tampons, et ma prise d’empreintes digitales comme si de rien n’était. Je me suis imaginée espionne, avec deux passeports différents pour mieux brouiller les pistes de mes affaires criminelles internationales. Apparemment, s’il avait des doutes sur mes intentions, l’homme derrière le comptoir n’en laissait rien voir.
Prenez rendez-vous en ligne pour la remise du passeport avant qu’il soit prêt, ça vous évitera d’attendre.

Sur le chemin du retour, je mesurais l’étendue du problème. Peut-être que je l’avais voulu inconsciemment, ce pas en avant, ou plutôt cette émancipation à rebours et ce retour à mon identité de naissance.
Peut-être que le vent qui m’avait poussé jusqu’aux Etats Unis changeait de direction. Porter le nom de mon mari ne m’avait pas spécialement porté chance sur le plan de la réalisation personnelle, le développement de mes talents. J’avais été bien plus authentiquement portée par le succès dans ma jeunesse. Etudes, rencontres, quête spirituelle, je me sentais véritablement portée. Qu’est-ce qui m’empêchait de retrouver mes racines ? de replonger dans l’histoire de mes ancêtres et d’y puiser à nouveau la sève qui ne coulait plus aussi bien (me semblait-il) depuis que j’avais coopté une autre branche ?

A suivre…

DU POINT DE VUE DE ROMEO

J’m’appelle Romy. Enfin, c’est Romeo, mais on dit Romy pour faire court. Mes humains ont une chouette de baraque. Parce que là d’où je viens… brrr. J’préfère pas en parler.  Vous n’avez qu’à voir ma queue pour comprendre, enfin ce qu’il en reste. Et ouais, raccourcie, comme mon nom.  Le jour où elle est restée coincée dans le hayon arrière du camion de la poissonnerie du supermarché… j’préfère pas y penser. Taillée en carré. Avec une phalange articulée. Fallait le faire.  Tout ça pour des restes de poissons pourri dans le coin… Bref j’aime mieux rester chez mes humains.  

C’est-à-dire en attendant. J’ai plusieurs points de vue dans la bicoque. En général je me pointe avec ma longue vue pendant des heures. Dans la chambre par exemple, j’ai un bon angle sur le chemin de Crime-cat. Crime-cat c’est le crétin qui habite à côté. Il faut le surveiller celui-là. J’vous raconte : un jour y déboule devant la porte. Devant la porte c’est à dire devant le grillage anti-moustique. Y pouvait pas rentrer. Pas besoin de jumelles pour le voir. Je le sentais à plein nez. Et voilà qu’il se met dans l’idée de rentrer dans MA baraque ! Enfin la baraque de mes humains. On s’était déjà mis une bonne fligornée à distance,

mais il insistait !

Alors voilà qu’il s’attaque à la fenêtre de la salle de bain ! J’ai pas eu le temps de comprendre ce qui se passait et où il était passé qu’il avait crevé le grillage, avait sauté sur les toilettes, puis – alors là je ne sais pas comment – s’était fourré dans le séchoir à linge ! Moi je sifflais comme je pouvais ! Mais il restait là l’idiot. Comme s’il avait trouvé une cachette. Alors je suis allée alerter mes humains. Il n’y avait que la fille mais elle s’est rendu compte de la situation et elle a pris les choses en main. Pas bête. Elle a appelé les pompiers.

Lui, il gésissait là, tranquilos. Enfin je suis pas sûr qu’on dise comme ça. C’était entre gésier, dormir, et gémir. Et puis les pompiers sont arrivés avec leurs grosse bottes. Trois qu’ils étaient ! Moi j’faisais gaffe à ma queue, du coup. Ce qu’il en reste.

Et donc ils l’ont trouvé qui gésissait dans le séchoir au-dessus de la machine à laver. Pas exactement chafouin. Ils l’ont extrudé vite-fait bien fait. Puis ils l’ont remis dehors et il est reparti chez lui.

Mes humains ont réparé l’écran de la fenêtre. Enfin, tout ça me divertit.

Maintenant je l’observe du coin de l’œil. Mais sinon, moi, je m’installe à la fenêtre du salon. Je sais, je suis gâté  – des fenêtre dans chaque pièce, sans compter la porte…. neuf points de vue en tout.  

Donc je disais, je m’installe à la fenêtre du salon avec ma longue vue. Figurativement, la longue vue. Bioniques, mes yeux. Et j’attends là, Pourquoi ? parce que j’ai entendu dire que quand on est perdu le mieux à faire c’est de rester où on est et d’attendre qu’on vienne vous chercher, mais personne ne pensera à venir me chercher ici. 

Un jour j’ai cru voir de loin Kiki le Rouquin, mais c’était pas lui. Des fois j’y pense. J’y rêve. J’me réveille en sursaut. J’me rappelle des bons coups dans le camion du poissonnier avec Mario le Tatoué, Léo le Borgne, Toto l’Pompon. Le bon vieux temps. J’dis pas qu’c’était toujours idéal. Des fois on crevait de faim. Surtout en hiver.

ZZZZZ…

Puis j’me rappelle que j’suis bien planqué. C’est pépère. On m’donne mes croquettes. Y’a d’quoi se ramollir, et c’est pas plus mal. Puis je retourne à mes points de vue.
Mes humains, ils ne savent pas ce que je fais, ce que je guette. Oh, c’est pas Juliette. Non, Depuis mon « opération », j’suis plus l’même de toute façon. Et puis moi c’était plutôt Ginette. Juliette, elle préférait le Frisé, ou Bouboule.
J’pense à tout ça et puis je m’endors à moitié à chaque fois.
Des fois ça pétarade dans le brouillard et je me réveille.

Ah, on en faisait des vertes et des pas mûres avec l’Albinos et la Bigleuse, dans les ruelles avec les poubelles des restaurants, toutes alignées. Qu’est-ce qu’on se gavait ! Puis on se garait du panier à salade, i.e. la fourgonnette des borogoves. Y’avait Max l’échaudé, Pépé la Combine, Jenny Linsky même.

Et puis un beau soir d’automne… oh c’était beau !  tout flivoreux vaguaient les borogoves, les verchons fourgus bourniflaient, et la ruelle sentait bon le déchet de luxe.

Ouais, et ben on y est tous passés. Coup de filet. La raffle, quoi. On s’est retrouvés dans des cages à la SPA. Je revois encore Zoe la Rusée qui faisait moins la fière, et le Beau Momo tout flivoreux lui aussi. Moi, après quelques jours je me suis fait adopter. Je sais pas pour eux. Maintenant, je suis dans une cage dorée. J’peux pas me plaindre. Bouffe à heures fixes. Les humains ont besoin de moi, je vois ça. Pathétiques. Alors je fais c’que j’peux. Je ronronne. Et puis on s’attache.

Mais j’me pose à toutes les fenêtres, on sait jamais si …si Felix la Balafre ou le Voltigeur passaient par là … Les copains, j’vous oublie pas.

Bon, j’chais pas, vous, mais moi j’vais faire un p’tit somme.

* * *

Et voila ma contribution pour l’Agenda Ironique de Septembre se passe ici : https://poesie-de-nature.com/2020/09/02/agenda-ironique-septembre-2020/

DANSER SUR LA PLAGE EN TEMPS DE PANDEMIE : Méditation guidée

DANSER SUR LA PLAGE EN TEMPS DE PANDEMIE

(Méditation enregistrée…)
… Vous prenez une inspiration profonde …
vous expirez profondément… pffffffff
Vous vous sentez détendue… très détendue…

Maintenant, imaginez-vous à la plage … laissez aller le stress…
Pas de panneau pour un parking à 20 dollars de l’heure
Ou un autre “Uniquement pour les résidents, en raison de COVID19”
Il ne fait pas 40 degrés, donc pas besoin de parasol…
Vous ne risquez ni insolation… ni déshydratation… ni coup de soleil…
Cette plage n’est pas peuplée de pêcheurs avec leurs fines cannes à pêche,
Et leurs lignes de nylon invisibles dans lesquelles vous pourriez vous emmêler
Aucun moustique…

Vous êtes seule…

Sur votre peau, une légère senteur de Monoï
Le sable, la mer et le ciel se fondent en couches d’or
Comme dans un tableau de Vettriano
De fait vous êtes cette femme en robe blanche
Oh, et puis, vous laissez tomber la robe !
Dessous vous portez un bikini de déesse!
Assorti à votre corps de déesse comme sculpté dans l’argile,
Vous êtes légère, vous dansez, vous faites la roue,
vous riez, vous courez,
Dans le sable doré, vers l’horizon doré…
Vers le feu du soir
(Vous courez assez loin parce que c’est marée basse)

Vos doigts de pieds touchent l’eau tiède
Vous éclaboussez partout comme un chien fou !
Vous avancez plus avant dans l’eau tiède mais fraîche
et maintenant vous brassez cet or liquide
où vos bras font des paillettes
Rien ne peut vous arrêter!
Vous nagez dans le bonheur!

Vous nagez longtemps!

Maintenant, vous regagnez le rivage, vous ramassez votre robe
Et marchez légèrement vers l’Hôtel des Flots bleus
Perché en haut des dunes

Maintenant, je compte 1..2..3… (claquement de doigts)…
vous vous réveillez
Faites bouger votre doigt, vos orteils… Réintégrez votre corps…
Souvenez-vous en ouvrant les yeux
Que c’est toujours la pandémie, que vous êtes enfermée chez vous
Et que vous n’avez pas besoin de porter votre masque !
Et rappelez-vous que vous pouvez revenir à cette plage
Quand vous le voulez…
Plus tard, à chaque fois que vous sentirez le Monoï,
Vous vous sentirez
Comme vous vous sentez maintenant.

***

Voici ma participation à l’Agenda Ironique d’Août organisé ce mois-ci par Max-Louis Iotop
https://ledessousdesmots.wordpress.com/2020/08/01/agenda-ironique-daout-de-lan-2020/

Il fallait parler de « plage » et placer les mots suivant : flot, argile, perche et Monoi

Photo by Travis Rupert from Pexels

POMMES – #15/20

Dossier Haricots Verts: Pommes -# 15/20

Mes chères filles,

Les soirs où mon père n’était pas là, mes deux frères et moi nous asseyions à la table de la cuisine aux murs orange. Ma mère devant la cuisinière touillait dans deux grandes casseroles.

Dans l’une du riz au lait, et dans l’autre de la compote de pommes.

Le riz au lait était une masse épaisse et gluante de grains moelleux dans une base crémeuse et sucrée. Ma mère cuisait du riz rond intégralement dans le lait, sans le faire bouillir à l’eau au préalable comme dans la plupart des recettes. Cette cuisson demandait presque une heure complète d’attention constante pour que le lait ne s’évapore pas trop vite et que le riz ne colle pas au fond de la casserole. J’aimais regarder comme au dernier moment, elle ajoutait le sucre, et la transformation subtile de la couleur et texture de l’ensemble d’un blanc crème à un ivoire plus soutenu et légèrement plus translucide.
Puis ma mère nous le servait en grosses louches sur une assiette à soupe. Il était si riche que même au goût d’un enfant, il devenait écœurant après les premières cuillerées. A côté, elle nous servait de la compote de pommes maison à la texture acide. Les deux revenaient régulièrement au menu parce que ma mère trouvait dans la combinaison un équilibre de nutrition et d’économie.

La compote de pommes qui cuisait dans la casserole était faite des pommes que nous avions ramenées du jardin de mes grands-parents, à quelques heures de là, en Bretagne. Depuis que nous avions déménagé à Nantes, nous y allions régulièrement. La modeste maison bretonne avait été construite par mon arrière-grand-père sur une butte à la fin d’une rue qui finissait par des bois. Un long escalier en ciment menait à sa porte. La maison était orientée perpendiculairement à la route et faisait face à un jardin fortement incliné vers la route. Il s’y trouvait un banc de pierre ou mon grand-père s’asseyait, une fois à la retraite, pour regarder le monde tourner. C’était le jardin civilisé où mes grands-parents cultivaient des dahlias et d’autres fleurs impressionnantes. Un autre escalier plus court montait vers le jardin du haut, sauvage ou courraient les poules et poussaient quelques arbres fruitiers.

Ces pommes venaient de ce jardin du haut aux touffes indisciplinées d’herbes drues que picoraient les poules et qui n’avaient jamais vu de jardinier. Leur goût était celui du vieil arbre abîmé qui poussait tout près de la haie qui séparait le jardin de mes grands-parents de celui du voisin. Déjà véreuses sur l’arbre, elles avaient rarement la chance de mûrir avant de tomber au sol, en partie à cause du temps notoirement pluvieux de Bretagne, en partie à cause de la mauvaise terre, fertilisée uniquement par les cailloux et la fiente des poulets, et aussi en partie à cause de la race douteuse de l’arbre sur lequel elles poussaient. À l’automne, avec un zèle qui m’intriguait, ma mère rassemblait celle qui étaient tombées de notre côté de la haie, piquées, meurtries, percées par les oiseaux ou à moitié pourries, tant qu’elles n’étaient pas trop fermentées. Elle prenait également celles d’un vert jaunâtre un peu plus clair qui étaient encore pendues à l’arbre. Nous chargions la voiture de sacs entiers de ces fruits douteux qu’on ne trouverait dans aucun supermarché, au goût fade et acide qui correspondait à leur couleur. C’étaient des pommes de toute les manières, et pour rien au monde ma mère ne les laisserait se perdre.

De retour dans notre cuisine, elle en épluchait une douzaine à la fois, les coupait en morceaux et les faisait cuire dans une grande casserole avec un peu d’eau jusqu’à ce que leur chair se dissolve en une bouillie brun clair. Elle ajoutait alors environ un verre de sucre pour l’adoucir. La cuisson ne faisait pas grand-chose pour en améliorer le goût et le résultat était principalement aussi acide que le fruit cru. La compote était grossière, pleine de morceaux inégaux, et presque brune selon le degré de maturité des pommes. Plus les pommes étaient vertes, plus la compote était foncée. Le sucre ajouté à la fin fonçait encore plus sa teinte.

J’avalais cette compote, pourtant, avec un mélange d’admiration pour la débrouillardise déterminée de ma mère, et une sorte de tristesse liée au caractère de l’endroit tel que je le voyais. Dans cette compote je goûtais ma perception de l’acidité inutile des rapports de voisinage, des ragots de ma grand-mère, la douleur du suicide de mon oncle, et l’image des personnages qui hantaient le voisinage. Il y avait Marcel, le fils handicapé-mental de la femme qui habitait de l’autre côté de la haie, un petit bonhomme maigre au visage pincé sous sa casquette, qui s’enfuyait régulièrement sur ses jambes chétives couvertes de pantalons à carreaux, marionnette rigide mais étonnamment agile, dans le champ de l’autre côté de la route, jusqu’à ce que sa mère, Simone, commence son appel du Muezzin :  Mar-cel, Mar-cel avec l’accent épais de cette partie rurale de la Bretagne. Et il y avait Gérard, l’idiot du village qui poussait son ventre en avant sur la route en sifflant, passant tous les jours devant la maison de mes grands-parents à la même heure, comme un rappel quotidien du sinistre et de la folie de la vie. Il y avait également les enfants des maisons nouvellement construites plus loin, de l’autre côté de la route, machant du chewing-gum, faisant vrombir leurs cyclomoteurs en passant devant la maison dans leurs jeans serrés. Les commentaires de ma grand-mère que ces enfants mal-élevés n’arriveraient pas à grand-chose dans la vie.

Il existait, en contraste, un autre type de compote, celui qui remplissait les chaussons aux pommes. Cette compote à la couleur claire et uniforme avait une consistance veloutée et lisse qui fondait sur la langue. Trop bonne pour être honnête, elle avait l’acidité précise des pommes idéales, le même goût, aussi parfait qu’artificiel qu’on trouvait dans le jus de pomme en bouteille. Elle s’échappait du chausson tiède et croustillant, ou des pommés tout juste sortis du four que ma grand-mère achetait pour nous : deux dalles de pâté feuilletée, le dessus taillé en un treillis astucieux et glacé de gelée d’abricot. Elle jaillissait, exquise et satinée de dessous les tranches parfaites de la tarte aux pommes à la pâte beurrée.

On trouvait ce type de compote en boîtes de conserve dans les supermarchés. Elle était servie dans les cafétérias des écoles dans de petits ramequins individuels, accompagnée de quelques galettes ou de sablés au beurre.

Ma mère, qui n’y voyait rien de la misère que j’y décelais, préférait bien sûr et de loin le fruit de ce glanage providentiel dans le jardin de son enfance, terrain familier et chéri. De plus sa génération, grandie pendant et après la guerre avait appris à ne rien se laisser gåcher, à apprécier ce qu’offrait gratuitement la nature. Ainsi nous allions cueillir des mûres, ramasser les chåtaignes, ou les coques à la plage, qu’on ramenait par seaux entier. C’était autant de gagné sur le reste monde.

De nos jours, je fais un dessert proche de la compote de ma mère. Tout en étant complètement différent. Pour mon Apple crisp, j’utilise des pommes du supermarché, des pommes sans bagage émotionnel, des fruits parfaitement calibrés qui n’enverront personne voir le psy. Nous avons aussi souvent cueilli des pommes a la ferme locale, mais le seul bagage émotionnel pour mes enfants sera probablement le souvenir de beaux après-midis d’été passés dans les vergers. Mais qu’en sais-je.

J’achète un mélange de farine, sucre et flocons d’avoine. Je combine avec cinq cuillères à soupe de beurre pour obtenir un mélange friable, puis je saupoudre le tout sur les tranches de pommes. Ici, les MacIntosh et les Cortland sont les plus parfumées, mais je suis toujours curieuse des résultats d’autres types. De temps en temps, j’ajoute des noix hachées au mélange de farine, ou je glisse une banane tranchée parmi les pommes. Tout fruit fonctionne. Sauf les tomates.

Illustration: The graphicsfairy.com

LE COCHON – #14/20

Dossier Haricots Verts : Le Cochon – #14/20

Mes chères filles,

Bien avant l’apparition du supermarché au coin du village, il y avait la Coop, minuscule épicerie selon les normes actuelles, mais qui à l’époque était le centre du village. Avec la Poste.
Les autres boutiques, boulangerie, poissonnerie, boucherie, charcuterie, fruits et légumes s’alignaient le long de la rue principale en boucle. La vie sociale du village se passait dans ces magasins, les échanges de nouvelles, les commérages avec les rencontres de connaissances. C’était un petit village où tout le monde se connaissait.

Le matin, ma grand-mère prenait quelques filets ficelles qui s’élargissaient lorsqu’ils étaient remplis de sacs de papier, et s’élançait sur la route du village pour faire le tour des magasins.

Il aurait été plus logique de suivre la route principale, la rue Marx Dormoy qui montait jusqu’à la l’entrée du village qui culminait par une église pittoresque, puis descendait brusquement vers la place du bureau de poste, point central. Mais ma grand-mère préférait prendre un chemin de terre qui commençait en face de la maison et coupait à travers un bois jusqu’à une autre route. En été, le chemin disparaissait sous la végétation. En vacances, parfois je l’accompagnais avec un peu d’inquiétude : sous les arbres, à côté du lavoir, se trouvait un trou rempli d’eau noire, une source naturelle entourée d’un cadre de bois. Le lavoir lui-même était un grand bassin où ma grand-mère et les femmes du village venaient laver leur linge. Son eau était bleutée, opalescente de savon de Marseille – ce lavoir ne me faisait pas peur. Mais le petit bassin de la source était d’un noir profond, sa surface une scène où jouaient araignées, lucioles et libellules, et je croyais que des fées et autres êtres magiques y habitaient. Trainant autour, mine de rien, pendant que ma grand-mère battait et frottait les draps sur sa boîte à savon en bois avec les autres femmes, jetant des cailloux pour voir, je savais que si je tombais dans cette fosse noire sans fond, les êtres maléfiques ne me laisseraient pas remonter.

Mais lors des courses du matin, je tenais la main de ma grand-mère et nous sortions de l’autre côté du fourré avec des chaussures mouillées de rosée et des semelles boueuses. Nous suivions ensuite une longue route incurvée autour du bas de la colline, et atterrissions au même point central, la place de la poste.

Ma grand-mère commençait sa ronde par la boulangerie, la poissonnerie, la boucherie, puis le magasin de fruits de Mme C., qui vivait parmi des caisses en bois de bananes, de pêches et de melons. Elle savait tout ce qu’il y avait à savoir sur leur origine et leur qualité.

Mme C. nous racontait qu’une tarentule égarée, une créature à fourrure s’était glissée un jour hors d’une de ces caisses remorquées dans des cargos de partout dans le monde.

Elle nous racontait qu’afin de perdre du poids, elle était allée faire une cure de fruits pendant une semaine. Elle croyait fermement aux vertus détoxifiantes des fruits et qu’elle bénéficierait là de toute leur valeur nutritive dans des conditions optimales. C’était très logique pour un marchand de fruits. Mais quand elle était revenue, elle avait constaté qu’elle avait pris quelques kilos.

Après cet arrêt, nous grimpions la colline pour entamer le chemin du retour. Un peu plus haut se trouvait la charcuterie de Mme B. flanquée du magasin de lingerie et dentelles.

Annoncées par le carillon de la porte, nous pénétrions dans une puissante senteur d’ail et de poivre blanc provenant de la mortadelle et du saucisson à l’ail, prolongé par l’odeur plus forte de l’andouille fumée de Guémené, et suivi du gras poivré de rillettes et des autres épices utilisées dans les pâtés et terrines.

Mme B. apparaissait de derrière une porte en verre granulé, aussi dodue et rose qu’un petit cochon elle-même, souriante, manches retroussées et tablier blanc soigné. « Et qu’est-ce que ce sera aujourd’hui ? » demandait-elle de sa voix au couinement unique.

« Auriez-vous de la mortadelle ? » Elle regardait sur ses étagères et parfois disparaissait à nouveau derrière la porte de verre granulé. Comme elle souriait toujours, elle me semblait la plus heureuse des femmes, un peu comme Cendrillon dans son château. Attendant près de la blonde glamour des chips Flodor, j’imaginais derrière la porte un royaume féerique tout en rose, des chaudrons bouillonnant de mélanges parfumés, un monde plein de pots de rillettes, jambons, et saucisses géantes en préparation. Un atelier magique où tout était en devenir, d’un rose lisse, frais et fondant.

Elle réapparaissait avec les morceaux de charcuterie et coupait des tranches qu’elle empilait sur une feuille de papier glissant à l’intérieur, et rose à l’extérieur, imprimé au nom du magasin.

J’ai souvent essayé d’identifier l’ingrédient qui rendait cette charcuterie plus fraîche, un peu plus acidulée que toutes les autres. J’ai pensé que c’était du poivre blanc, puis du poivre noir. Mais j’ai dû abandonner. Elle avait la combinaison magique.

* * *

Un jour, en rentrant à la maison mon père avait annoncé qu’il avait acheté un demi-cochon. Achat impulsif qui n’était pas explicable, sauf par le fait que son travail de vendeur de voiture le menait de ferme en ferme en Bretagne, et qu’il était régulièrement confronté à ce genre de réalité.

J’attendais de voir une bête tranchée en deux : un demi-museau, un œil, une moitié de tout, jusqu’à la légendaire queue bouclée. Finalement, après quelques semaines, la livraison était arrivée, mais au lieu de la coupe latérale, ce qui sortait du coffre était en morceaux emballés dans des sacs en plastique et des feuilles d’aluminium. Les paquets étaient allés directement au congélateur. Mais le plaisir avait commencé peu de temps après.

Mon père nous avait brièvement raconté la cérémonie du meurtre, les couinements atroces dans la cour de la ferme. Il avait décrit le sang de l’animal fraîchement abattu versé dans un chaudron et porté à ébullition sans attendre, l’ajout d’oignons, d’épices et de morceaux de graisse selon la recette locale, comment le sang coagulait, épaississait progressivement en une substance crémeuse noire qu’on versait dans un boyau noirci. Le produit fini avait la circonférence d’un poignet humain. Pour la première fois, j’avais été confrontée à la dure réalité des origines de la délicatesse familière du boudin.

Il y avait des morceaux faciles, comme les rôtis, côtelettes, qui ne demandaient pas beaucoup de travail, mais il y avait d’autres morceaux qui devaient être transformés en saucisses, pâtés, et autres charcuteries. Bien sûr, la tåche avait été impartie à ma mère. Elle avait relevé le défi avec son sens du devoir habituel mélangé à la curiosité et l’inquiétude. Mais à ce stade de sa vie, elle avait assez développé son intérêt et ses compétences en cuisine pour ne pas être complètement débordée.

Le robot culinaire qu’elle utilisait pour râper les carottes et trancher les concombres ne faisant pas le poids, il avait été relevé de ses fonctions et remplacé par un broyeur de viande en métal lourd bien vissé à notre table de cuisine. Ma mère avait appris à y enfiler des morceaux de porc, et de son bec sortaient des rubans roses qu’elle mélangeait avec de la graisse, de l’ail et des épices pour en faire des saucisses.

Rapidement, nous avions constaté que tous les morceaux de viande étaient plus ou moins couverts d’une graisse tenace d’un jaune légèrement teinté d’un vert étrange mais défini. Cette graisse avait commencé à infiltrer les surfaces et comptoirs de la cuisine, les appareils, jusqu’aux murs, au fur et à mesure que pâtés et terrines apparaissaient sur la table. Presque tous les jours, ma mère calculait, selon des recettes, les proportions de foie, de rognons, de viande et de graisse qu’elle mettait dans la machine. Comme une scientifique acharnée, elle essayait de nouvelles combinaisons, de nouvelles températures de cuisson, pour améliorer ses résultats. L’un après l’autre, elle sortait du four des terrines, des påtés que nous comparions l’un à l’autre. Bref, pendant des mois nous avions mangé beaucoup de porc.

Les résultats de ma mère, bien que respectables à bien des égards, n’étaient pas spectaculaires. Ils n’avaient rien de la douceur rose, la fraîcheur fondante des produits de charcuteries. Nos saucisses maison étaient plutôt sèches et grises, et les pâtés et terrines, similaires mélanges friables certes parfumés de diverses combinaisons d’ail et d’épices, mélanges de thym et de sauge, ajout de cognac, de feuilles du laurier de notre jardin, ne ressemblaient pas vraiment à ce qui sortait des étagères réfrigérées de Mme B.

Ma mère avait relevé le défi, mais nous étions tous surtout soulagés lorsque la source intarissable des morceaux enrobées d’aluminium que nous allions pêcher dans le congélateur avait commencé à diminuer, puis s’était tue.

Illustration: https://thegraphicsfairy.com/vintage-pig-image/

VOYAGE

Mon chat fixait un point sur le fauteuil. Je m’approchai pour voir, par curiosité. Je vis que c’était une fourmi noire. Elle s’était immobilisée quelques instants puis avait poursuivi son chemin. En général, quand il y a des fourmis, c’est signe de chaleur dans les jours qui viennent. Et du coup, ça m’a fait chaud au cœur de la voir, elle m’apportait une bonne nouvelle.
Bien sûr j’ai pensé aux infestations qu’on avait eu dans le passé – des fourmis partout. A l’époque, j’étais plus jeune, j’étais prise au dépourvu, je les laissais m’empoisonner la vie sur le comptoir de la cuisine. Tout le monde sait bien que si on en écrase une, tout un bataillon va arriver pour la rapatrier à la caserne et du coup, on n’a rien gagné.
Quelqu’un m’avait recommandé une sorte de piège a fourmi : un rectangle en plastique rempli d’une gelée jaune, qui les attirait, et dont elles ne pouvaient pas s’échapper. L’année précédente j’avais testé l’efficacité de la méthode. L’idée de ce mini-charnier sous mon évier ne me plaisait pas trop, mais d’un autre côté, l’efficacité m’avait surprise. J’avais longtemps laissé-là le petit cimetière portatif, pour éviter de me salir les doigts de gelée mortifère, et de voir tous ces petits cadavres innocents entassés dans la caisse.
Voilà qu’elles étaient revenues, les fourmis. On les appelait “Carpenter ants” ici, fourmis menuisières, ou plutôt, comme le père de Jésus, charpentières. C’étaient de grosses fourmis au corps noir et luisant, bien plus grosses que les fourmis que j’avais pu observer en France. Ce qu’elles construisaient, je me le demandais. Mon appartement avait de belles poutres en bois solide, apparentes à quelques endroits de mon salon. Si elles interféraient avec mes propres poutres, ça allait barder. Si elles construisaient, elles, leurs propres structures, c’était une autre histoire.
Je les imaginais dans un tout petit atelier avec des clous, des marteaux, une scie, produisant de la sciure plus que microscopique.

Je me suis alors mise à quatre pattes et ai suivi l’insecte qui avait fini de descendre du fauteuil et se dirigeait maintenant vers la cuisine.
Ce qu’elle faisait sur le fauteuil me confondait. Je savais en général qu’elles aimaient le sucre, les friandises. Il se pouvait qu’il y ait un peu de sucre sur le comptoir de la cuisine, mais pas sur le fauteuil. Mais il y avait tant de mystères. Je la suivis donc le long du plancher, à la même vitesse. De temps en temps elle s’arrêtait, levait un avant-bras et se frottait l’oreille, puis repartait. A ce rythme, nous arrivâmes devant l’évier.
Au lieu de grimper le long de la porte du placard, elle se faufila dans l’encoignure de la porte de la poubelle. Pour la suivre, il fallait donc que j’ouvre la porte.
Elle continua sa course puis disparu sous la poubelle. Toujours à quatre pattes, je saisis la poubelle et la posai par terre devant la porte, puis enfonçai ma tête sous la cuvette de l’évier comme le ferait un plombier.
Il faisait sombre sous l’évier, et de fines odeurs d’ordures imbibaient encore les lieux. Je repérai la fourmi qui avait fait du chemin et de dirigeait vers le fond de la cavité, vers la paroi de bois et un tuyau. Je voulais l’appeler, lui dire de m’attendre. J’essayai de me faire plus petite pour entrer plus avant dans le cagibi, mais me cognai ce faisant la tête contre la partie inférieure de la cuvette de l’évier qui dépassait ainsi de dessous le comptoir. C’est alors que je sentis que mon corps rétrécissait. Que mes yeux s’adaptaient de plus en plus à l’obscurité et que ma perception de l’environnement se modifiait également.
Mon guide avait interrompu sa course sur le versant d’un panneau de bois qui laissait passer un tuyau blanc. Je le voyais de plus en plus clairement, il se frottait les mandibules l’une contre l’autre. A mesure que mon minuscule vestibule devenait de plus en plus spacieux, je sentais mon corps continuer de se transformer. Ma taille se creusait, et divisait mon corps en deux, mon torse se séparant de la partie inférieure de mon corps. Certaines parties de mon corps se couvraient d’une carapace solide. Je me rendis compte que j’avais maintenant, comme une fourmi, un thorax et un abdomen. Je ne ressentais pas de douleur. Ma tête était maintenant plus proche du sol et me semblait plus alerte, mes sens beaucoup plus affutés à d’autres sources sensorielles qu’à l’ordinaire. Dans l’antre maintenant énorme, je pouvais clairement discerner le chemin qu’avait pris la fourmi avant moi en dressant mes antennes. Je m’amusai à démêler les subtiles informations qu’elles transmettaient. Je levai aussi mes mandibules et les frottais pour voir. La sensation était satisfaisante, comme se frotter les mains.
En tout cas, je ne voyais pas de construction, pas de bâtisse en bois ou autre matériau, pas de cathédrale de cure-dents comme je l’avais imaginé. Rien que quelques traces de liquide sucré et de vieille confiture desséchée qui me parurent délicieuses. J’aurais voulu m’attarder, mais mon guide cavalait et je devais imiter son rythme.
Je lui demandai son nom grâce à une façon de communiquer que je ne connaissais pas auparavant.
J’entendis sa réponse, que j’eu du mal à saisir – avait-il dit babouche ? ou bien parlait-il de ma nouvelle caboche ? peut-être était-ce une taloche qu’il voulait me donner ? peut-être disait-il que j’étais mal embouché ? ou bien même … moche ?
Je reposai poliment ma question – toujours en ondes, du bout de mes antennes.
« Tambocha, fourmi Tambocha… et pis de pereskia »
Décidemment, je n’y comprenais rien. Voilà qu’il me parlait de la Perestroïka ? mais c’était en Russie, selon mes vagues connaissances… j’étais perdue.
« Vous avez dit « paire de skis » ? »
« Non, grouille un peu, on n’y sera jamais à cette allure. »
« Mais où ? »
« La forêt. On va rebâtir. »
« Ah ! »
Je fis semblant de comprendre. Mon guide cavalait maintenant sur un tuyau dont je n’avais jamais soupçonné l’existence toutes ces années passées dans cet appartement. Comme je ne pouvais pas faire chemin arrière je poursuivi ma course. L’idée me mon chat guettant à la porte du placard m’inquiétait. De plus, la sensation d’avoir autant de pattes si légères était nouvelle et excitante. Je ressenti une démangeaison sur mon abdomen et pu la gratter avec mon choix de six pattes. Ma vision avait diminué, mais j’avais maintenant une paire d’yeux simples sur le sommet de ma tête, qui me permettait une vue détaillée de toutes sortes tuyaux que mon plombier lui-même ne connaissait probablement pas. Mais surtout j’appréciais mes antennes et le monde de sensations qu’elle me donnaient.
Nous naviguions dans un réseau de plomberie qui ne semblait ne jamais finir. Mais je n’avais plus le choix à ce point. Il me fallait aller jusqu’au bout de la course. Tambocha, car tel était son nom, me lançait parfois de courtes phrases. Toujours à propos d’un pays où il fallait rebâtir une forêt.
Nous faisions des petites siestes assez souvent, ce qui me fit oublier le sens des jours et des nuits.
Le réseau des tuyaux se transforma en nature, et nous nous arrêtions souvent pour avaler des sécrétions d’insectes et de petits invertébrés morts ou vivants, des œufs d’insectes, des sucs de plantes et de fruits divers.
Puis je sentis que nous étions sur un bateau. Je crois que nous y étions entrés sur un sac de marchandise en toile de jute. Nous continuâmes à explorer et je suivais mon guide qui semblait connaitre son terrain mieux que moi. Nous fîmes un festin en cuisine – un pot de miel entre autres, et un assortiment de confitures. La cuisine de ce navire était si bien garnie que je regrettais presque mon corps humain, dont je me souvenais de temps en temps, mais de plus en plus rarement.
Et puis un jour, les sacs furent transportés à l’extérieur, et nous aussi. Nous nous retrouvâmes dans une sorte d’entrepôt où nous fîmes une de nos centaines de siestes journalières.
Mon compagnon me réveilla : “Allez, au boulot ! On va faire une avancée”
J’agitais mes antennes d’incrédulité et d’agitation. Je ne savais plus très bien si cette nouvelle lutte était vraiment ce que je souhaitais. Il me semblait intuitivement que cette aventure devait prendre fin et que j’étais arrivée à destination.
J’entrepris de m’aventurer par la porte et arrivai dans une salle. En usant de toutes mes antennes, de tous mes yeux et de toutes les facultés qui me restaient, je compris que nous étions dans une salle de classe. J’entendis assez clairement une voix, comme celle d’une maîtresse d’école. Elle récitait à une classe d’enfants assis à leurs bureaux. Je crus voir, mais très vaguement, les jolis foulards et les madras que portaient les filles:

INSOLITES BATISSEURS – Poème d’Aimé Césaire
Tant pis si la forêt se fane en épis de pereskia
tant pis si l’avancée est celle des fourmis Tambocha
tant pis si le drapeau ne se hisse qu’à des hampes
desséchées
tant pis
tant pis si l’eau s’épaissit en latex vénéneux préserve la parole rends fragile l’apparence capte aux décors le secret des racines la résistance ressuscite
autour de quelques fantômes plus vrais que leur allure
insolites bâtisseurs

La Martinique! J’étais en Martinique! Tout prenait sens maintenant. Tout émerveillée de ma découverte je retournai de mes petites pattes vers ce que je comprenais être l’entrepôt de la cantine de l’école. Je vis que mon compagnon de voyage avait déjà mis les voiles, pour ainsi dire.
Je me cachai derrière notre sac de toile familier. Si j’étais devenu fourmi, il était tout aussi possible que je redevienne humain. Je me mis en boule et concentrai mon attention sur la situation présente, ma visite à venir de la Martinique, tous ses paysages, ses nourritures à explorer, une nouvelle culture. Et puis le soleil ! Alors je sentis mes perceptions sensorielles se modifier, mon corps se transformer, grandir, se développer. La métamorphose à rebours s’amorça puis se compléta sans que j’eusse la notion du temps qu’elle prenait. A la fin, le sac derrière lequel je m’étais cachée ne me dissimulait plus qu’à peine. Par bonheur, ni humain ou animal ne s’aperçu de ma présence.
Je me levai, m’étirai et vérifiai que j’avais bien tous mes membres. Mes facultés intellectuelles humaines se désengourdissaient elles aussi. Me revint à l’esprit qu’il allait falloir que je m’explique, qu’il allait me falloir un numéro de téléphone, un compte en banque, et la tête sur les épaules si je voulais qu’on me croie.
En attendant, je sortis par la porte arrière. Il faisait bon dehors. Je vis l’océan au loin, et plus près, ce qui devait être une bananeraie. Je me frottais les yeux. La seule paire qui me restait. La salle de classe continuait de disséquer le poème. Je faisais une pause.

 

black ants

Photo by Syed Rajeeb on Pexels.com

Petites vacances à la suggestion d’  Anna Coquelicot qui nous proposait de traiter des épis de pereskia et des fourmis tambocha, pour l’Agenda Ironique d’Avril.

 

Improvisations – suite 2/4

EnluminureMATIERE A REFLEXION
Entre la play-doh
Qui sent bon la vanille,
Et la pâte à mâcher –
On la triture, on la malaxe
Il y en a de toutes les couleurs –
Et quand on y ajoute la matière grise
On en tire des conclusions
Des constructions, des élucubrations
De toutes les formes
Et de toutes les tailles.
On peut ainsi en faire une table
La table des matières
On l’étire, on la roule en boudins
On la malaxe dans les mains
Puis on pause, elle repose
Comme de la pâte à crêpe.
Des fois ça fermente, ça lève !
Des fois on se voit même dedans !
On peut alors se poser des questions
Ou encore se faire des réflexions
Du genre « T’es gonflée, toi ! »
Et puis après on la laisse tomber
Quand le projet a dûment mûri
On arrête de se prendre la tête
Et la matière alors change de forme
Comme l’a expliqué Descartes
Avec l’exemple de la cire
Alors on passe à autre chose.

J’AI REFUSE L’AVORTEMENT
J’ai refusé tout net
C’était catégorique
Je dirais même emphatique !
Pas de ça chez moi !
J’ai refusé aussi plein d’autre trucs
Sur ma lancée.
Je suis rentrée et j’ai senti, j’ai su
Qu’il fallait préparer une chambre
Et des lingettes, et une table à langer
Et des couches, et du lait en poudre
Et des biberons, et des jouets
Et un couffin et un lit à barreaux
Pas nécessairement dans cet ordre
Bref qu’il fallait que je m’installe
Que je donne mes jours, et mes nuits
Et que c’était le début des ennuis
Qu’il allait falloir travailler
Toute la vie !
Enfin vous voyez ce que je veux dire
J’ai bien vu que je ne pouvais pas
Alors je suis revenue
Sur ma décision, et
J’ai demandé l’avortement.

INCONTESTABLE ET CONTESTÉ : L’INDICE DES PRIX
Oyez, oyez bonne gens !
Je vous présente ce soir l’indice des prix –
Il va vous faire ce soir une démonstration
De ses acrobaties sur le fil
Des graphiques élastiques
Des statistiques économiques
Sous vos applaudissements, le voici !
Mais quoi ? vous le huez ?
Vous n’aimez pas ses envolées ?
Vertigineuses, ses montagnes russes ?
Eh bien tant pis !
On conteste, on conteste
Il est pourtant incontestable !
Le voiià ! le voici ! l’incontestable
Indice des prix!

COUSTEAU, CONQUERANT DES PROFONDEURS
Assis sur le rebord de son bateau
Hilare sur l’écran de télé
Bonnet rouge sur fond de ciel bleu
Il va bientôt balancer,
en arrière
Plouf dans l’eau
et puis palier par palier
sur fond de bulles arriver
Vingt-milles lieux sous les mers
Jules Vernes des temps modernes

COMMENT RECONNAITRE UNE CRISE CARDIAQUE
Partez en promenade avec des gens, des connaissances
Regardez comme un d’eux porte soudain sa main sur son cœur
Comment il parait affolé
Demandez-vous ce qu’il faut faire
La manœuvre de Heimlich
Ou bien du bouche-à-bouche
Espérez que ce ne soit pas du bouche-à-bouche
Trouvez votre téléphone portable
Appelez les urgences
En attendant les secours, essayez de reconnaitre
La crise cardiaque –
Elle pourrait bien être déguisée –
Alors regardez
S’il y a fausse moustache, ou perruque
Si vous êtes comme moi, vous n’êtes pas sûr
Surtout si vous n’en avez jamais vu
Essayez de vous rappeler vaguement ce que vous savez –
Douleurs à la poitrine
Du mal à respirer
Un bras qui se replie sur le torse
Vous êtes sur la bonne voie
Mais vous n’êtes pas plus avancée
La scène autour de vous change de sens
Tous ces buissons, ces fleurs, ces jolis graviers
Vous semblent futiles et déplacés
La belle journée ensoleillée
Devrait tourner poliment au morne
Ecoutez la sirène des pompiers
Voyez la voiture arriver.
Vous êtes sauvés.

SUR LA ROUTE ARDENTE DE LA MECQUE
Un homme marchait.
Il en croisa un autre,
Et comme il était un peu perdu
De par la chaleur et la soif,
(il portait des vêtements noirs, erreur fatale)
Il voulut se renseigner
Il demanda : « L’Arabie, c’est ou dites ? »
El la réponse fusa,
De derrière un voile,
Accompagnée d’un doigt pointé:
« Par-là, mec. »

(vieille blague immémoriale)
P.S. Ce qui est très satisfaisant dans cette blague courte et pointée, c’est que ce type est en effet sur la bonne voie.

*  *  *

A bientôt pour la suite !

INTERLUDE NOSTALGIQUE

300px-Johannes_Vermeer_-_Het_melkmeisje_-_Google_Art_Project

INTERLUDE NOSTALGIQUE

Je voudrais vivre dans une pub des années soixante dix
Une pub de lessive qui sentirait la lavande
(le travail serait déjà fait, les draps pendraient dans la brise du soir)
Les couleurs technicolor seraient un peu passées,
Un peu fondues
Il y aurait des laitières qui vendraient du yaourt
Dans des clair-obscurs paisibles
Des Mère Denis qui glisseraient sur des tables cirées
Des pâtes Lustucru
De la purée Mousline
Il y aurait des chaussures Eram, tons orange et marron
Que je pourrais acheter avec mes sous d’aujourd’hui
J’aurais des jupes flottantes
Et peut-être même des collants Dim.
Il y aurait des bambins qui courraient le long des couloirs avec des rouleaux de papier toilette
Et des amis dans le salon
Et on boirait peut-être du Nescafé.

Ici et maintenant, le temps presse
Tout le temps
Pas le temps de se reposer dans les lumières feutrées
Du fini
On est assis sur le rebord tranchant du temps

Je ne regarde même plus la télé depuis qu’il y a trois-cent chaines
Et puis on y vend des choses pointues, métalliques
Pour que les choses aillent encore plus vite
Des ordinateurs gris-acier dans des décors aux tons acérés

Avant les choses étaient plus simples
Comme du pain, du vin, du Boursin
Et si on aimait ça, la Ricorée le matin.

Je n’y pense pas souvent, mais je les ai revues sur YouTube, ces pubs, et ça m’a fait l’effet détente d’une séance de massage + un bain Obao. J’aurais bien aimé, mais je n’ai pas pu les caser : les petits pois Cassegrain, les Fingers de Cadbury, les crackers Belin, le Crunch…

* * *

NOSTALGIC INTERLUDE

I would like to live in a seventies commercial
that sells lavender-scented detergent
(The work would already be done, sheets hanging in the evening breeze)
Technicolor tones would be slightly faded,
A little hazy
There would be dairy women selling yoghurt
In peaceful chiaroscuro
Mother Denis slipping on polished tables
Lustucru pasta
Mousline purée
There would be Eram shoes in orange and brown tones
Which I would buy with my current money
I would wear floating skirts
And maybe even Dim tights.
There would be toddlers running along corridors with toilet paper rolls
And friends in the living room
And we might be drinking Nescafe.

Here and now, time is pressing
All the time
No time to rest in the soft-focus
of the finished
We sit on the sharp edge of time

I do not even watch TV anymore with its three-hundred channels
Where they sell hard, metallic things
For things to go even faster,
Cutting-edge computers in steel-gray decors.

Before, things were simpler
Like bread, wine and Boursin
And if we liked that, Ricorée in the morning.

These commercials are probably not known to English speakers, although I don’t know. There could be equivalents. I don’t think about this very often but saw some again on YouTube, and the effect was that of a relaxing massage. I would have liked, but I could not fit them: Cassegrain peas, Cadbury Fingers, Belin crackers, Crunch chocolate bars …

Illustration : Vermeer, La laitière. Rijksmuseum, Amesterdam

POKER FACE

Poker face

POKER FACE

This morning, when putting on one of my boots
I felt something stuck inside
it was one of my cat’s toys
A bird that chirps

I pulled it out from the bottom,
and a feather fell out
On the floor

My cat was looking down at me
From the top of his perch
With a poker face.

Not a giggle
Not a smile
So I wondered
If it was really him

It may have been an accident
(like life on earth)
Or my daughter
But she is not here

Who else ?

It had to be him
Maybe he was laughing inside
About his fine joke
hahaha!

Or maybe it was a small gift to me
How to know for sure?
Cats only have one expression

In the absence of certainty
I told him I enjoyed his gift
And I also laughed out loud
For good measure.

He was still looking down at me
From the top of his perch
With a poker face

To thank him,
I went to get the catnip
Like every morning

Also…
I can’t wait till he finds tomorrow
This little poem I leave here for him!!

* * *

POKER FACE

Ce matin j’ai trouvé dans une de mes bottes
Coincé au fond
Un des jouets de mon chat,
Un petit oiseau qui faisait cuicui

Je l’en ai sorti et une plume est tombée
Sur le plancher

Mon chat me regardait
Du haut de son perchoir
avec un regard impassible

Pas un sourire
Pas un hahaha !
Alors je me suis demandée
Si c’était vraiment lui
Ou si c’était un accident
(comme la vie sur la terre)

Ou bien encore ma fille ?
Mais elle n’est pas là

Qui d’autre ?

Ça devait être lui
Peut-être qu’il riait à l’intérieur
De sa bonne plaisanterie

Ou peut-être que c’était un petit cadeau surprise
Comment savoir à coup sûr?
Les chats n’ont qu’une seule expression

En l’absence de certitude
Je lui ai dit que j’appréciais son cadeau
Et j’ai bien rigolé
Pour la bonne mesure.

Il m’observait toujours
du haut de son perchoir
Sans rire ni sourire

Alors pour le remercier,
Je suis allée chercher l’herbe à chat
(Comme tous les matins)

Et puis…

La tête qu’il va faire
quand il va trouver
Ce petit poème que je laisse ici pour lui!!

Romeo 3