Entretien avec Onion Braisé : le chef le plus prometteur de l’année

Photo by Kampus Production on Pexels.com

Onion Braisé, le nouveau chef qui a conquis les critiques du monde entier, et mérité l’appréciation de ses clients, a accepté de nous donner une interview exclusive avant l’ouverture de son premier restaurant à Washington, DC : l’Epluche-légumes,

par VictorHugotte (correspondante AI aux Etats Unis)

Votre restaurant s’appelle l’Epluche-légumes. Sont-ce vos épluchures personnelles que vous souhaitez mettre sur les assiettes de vos clients, ou bien voulez-vous parler des épluchures qui se trouveront dans les poubelles après la visite de votre restaurant ?

Les deux, je pense. Je crois chaque personne a des goûts différents, appris dans son enfance. Je suis convaincu que les épluchures sont à la base de tout système gustatif, et ce, bien avant la naissance, en fait.

Pourquoi votre cuisine est-elle capable d’attirer des gens du monde entier, juste pour manger dans votre restaurant ?

Parce que ma cuisine est vraie, comme moi. Elle est honnête et authentique, très minimaliste. Dans l’assiette, vous trouverez quelques filaments de peau de carotte, quelques yeux de pomme de terre, une queue de courgette. C’est profond dans l’utilisation des produits, on va les rechercher très loin, dans les poubelles, dans les bacs à compost. Nous travaillons avec la nature, c’est très vivant, ça grouille. Dans la technique et dans les saveurs c’est plus processionnel, mais ça a une histoire et ça a quelque chose à communiquer.

Avec le changement de la sphère de la restauration, la figure du chef devient plus influente. Vous sentez-vous responsable ?

Plus responsable que jamais. Je pense qu’il faut utiliser à bon escient les facettes des produits qui ne sont normalement pas considérées ; comme les moutures de café par exemple, les peaux de banane dont on se débarrasse. Je ne comprends pas que les gens ne s’en servent pas pour contribuer à un monde meilleur.

Les jeunes chefs ont-ils pour mission de reconstruire la sphère de la gastronomie ?

C’est nécessaire, et c’est notre mission. J’essaie d’être un modèle. Je ne suis pas parfait, mais je voudrais montrer qu’il est possible de changer l’industrie. Je ne considère pas la reconnaissance des guides comme mon objectif principal.

Avez-vous des réflexions ou des questions qui vous viennent à l’esprit?

Quel est le nouveau luxe ? S’agit-il de homards et de foie gras ? Non. Le luxe est autour de nous et il est temps de le découvrir et de profiter de vos expériences. A l’Epluche-Légumes, nous essayons de créer une énergie particulière. Nous ne voulons pas cacher quelque chose, au contraire, nous voulons que vous soyez au centre de notre monde et que vous le viviez pleinement, en vous amusant. Le client pourra ainsi jouer avec les coquilles d’escargot, les tranches de pain rassis, le gras de jambon, les os de lapin.

Ne pensez-vous pas qu’être honnête et vrai est aussi un nouveau luxe ?
Oui, tout à fait. Plus je cuisine, moins il en reste dans mon assiette, car je crois que c’est aussi une forme d’honnêteté : plus on en met dans l’assiette, moins il reste de vérité et plus il y a de confusion chez le client.

Pour conclure sur une note poétique : y a t’il des souvenirs inoubliables qu’Onion Braisé garde dans son cœur ?

Oui… voyons… il y a par exemple le jour où, enfant, descendant dans la salle à manger d’un B&B en Angleterre, j’ai découvert dans l’assiette une multitude de petites choses jaunes et sèches, un peu comme des croûtes de peau. L’hôtesse m’avait montré comment verser du lait froid au fond pour les faire baigner dedans. Il s’agissait de porter à sa bouche sans les faire tomber des cuillérées de ces paillettes dures nageant dans le liquide blanc. Je me souviens de la texture cartonneuse selon le degré de saturation, et le goût nouveau et étrange de ce qu’ils appelaient Corn Flakes. J’ai souvent essayé de recréer cette expérience unique avec des produits recyclés – chips de pomme de terre égarés, restes de gratins desséchés…

… et les moments où vous finissez le travail au restaurant en vous rattrapant avec la pensée : “Wow, aujourd’hui nous avons fait quelque chose de grand pour le monde”.


Cet interview inquiétant m’a été inspiré specialement pour l’Agenda Ironique de septembre, organisé par Mijo, funambule sur le fil de l’écriture ! Elle nous proposait un texte assaisonné de vocabulaire et d’expressions culinaires et de raconter une première fois.

Trip to Mars

J’avais encore les doigts tout poisseux de barbapapa quand je suis arrivé à la cabane qui proposait un voyage à Mars. C’était très simple. Une cabane avec une porte d’entrée, et une porte de sortie. Et le type derrière le panneau avait l’air sérieux. Pas du tout flashy. Il portait une veste sombre et un chapeau noir. Il me faisait un peu penser à Charlot, mais avec l’air moins triste. La seule décoration sur le mur derrière lui était la peinture d’une jeune femme style années trente, qui chevauchait un croissant de lune, lune qui n’avait pas l’air de rigoler non plus. Ce qu’il y avait, caché derrière ce mur m’intriguait, forcément.
Je me suis dit qu’ils auraient pu mettre des illustrations de Mars, plutôt que la lune, mais peut-être que c’était moins joli. Et puis il y avait les étoiles sur les rideaux, qui unifiaient un peu le tout. Alors j’ai fouillé dans mon portemonnaie et je lui ai donné les 10 cents.

Sans sourire, il m’a fait monter les marches et j’ai poussé le rideau comme dans une cabine d’essayage. C’était sombre à l’intérieur. J’ai vu une chaise en bois toute simple aussi, sur le plancher en bois. Il m’a fait asseoir et a tiré un foulard de sa poche. Je me suis dit qu’il ne voulait pas que je voie son système. Je n’ai rien dit. Qu’est-ce que j’aurais pu dire ? Donc il l’a noué, derrière ma tête, et c’est là que j’ai senti quelque chose contre mon nez et que je me suis retrouvée sur un chemin. C’était un chemin de terre, bordé d’une barrière en bois. De l’autre côté, des arbres, des feuillages, c’était tout vert, comme en été. Je marchais le long de la barrière, et au loin comme illuminé par un rayon de soleil l’entrée d’un autre chemin. La bouche de cette entrée me fascinait. Je me disais que c’était peut-être la porte du paradis tellement ça brillait, mais quand j’y suis arrivé j’ai vu que c’était comme la piste cyclable de la petite ville où j’habite. J’étais épaté. Donc j’ai continué à marcher et j’entendais des oiseaux, et ça sentait le désinfectant pour les fossés. Et rien de spécial, sauf quand j’ai vu un banc sur la gauche. Je me suis dit que c’était un bon endroit pour s’asseoir un peu. Ça ressemblait tellement au chemin de bicyclette où je me baladais régulièrement que j’ai voulu me pincer pour savoir si je ne rêvais pas. Mais c’était comme quand on essaie d’ouvrir les yeux quand on rêve, je n’y arrivais pas. Mais c’est là que je les ai vus. Comme vous et moi. Et que j’ai complétement oublié l’opération pincette, Ils étaient trois ou quatre, le chiffon à la main. Des petits hommes verts. Et ils étaient en train d’astiquer ce que j’ai tout de suite reconnu comme étant une soucoupe volante. J’en avais vu dans les films. Ça n’avait rien d’une soucoupe d’ailleurs. Plutôt la forme de deux soucoupes l’une sur l’autre, celle du dessus à l’envers. Et plein de fenêtres entre les deux. Une sorte de grosse pilule creuse. C’était blanc et brillant, et ils astiquaient. Et que je te frotte un hublot, et que je t’astique une patte. Parce qu’il y avait comme des pattes métalliques qui maintenaient la pilule au-dessus du sol.

Eux, les bonshommes, ils n’avaient pas l’air méchant. Ils ne m’avaient pas vu. Leurs tètes étaient vertes comme celles des mantes religieuses, j’observais ça de loin, et leurs corps plutôt petits et très maigres. Je me suis levé pour examiner ça de plus près. Et quand ils m’ont aperçu, ils ont eu un mouvement de recul. Ils montraient de la surprise, plus qu’autre chose. Je n’avais pas peur. Bonjour, je leur ai fait, en levant la main pour montrer ma paume en signe de paix. Ça faisait un peu comme les Indiens d’Amérique. Ils m’ont observé et se sont communiqué entre eux en faisant des sortes de bourdonnements comme les crachotements de la radio entre deux chaines. Je ne comprenais pas. Mais ils m’ont fait signe avec leurs mandibules de m’approcher et de monter les marches de la soucoupe. Comme je n’avais rien à perdre, j’ai obtempéré. Ça brillait, cet engin, comme la lune brille la nuit quand elle est proche de la terre. J’ai donc eu ce privilège de passer la porte et je me suis retrouvé dans une salle des machines, une pièce immense, pleine de manettes. Je me suis dit que ça ressemblait drôlement à ce que j’avais vu au cinéma. Donc ils ne s’étaient pas trompés, dans les films. Peut-être que je n’étais pas le premier à en faire l’expérience. Et puis il parait qu’on a décollé, mais je ne me suis pas rendu compte, je n’ai senti que des vibrations et une sorte de vertige, mais on allait à toute vitesse dans l’immensité de la voie lactée. Enfin ça devait être la voie lactée, je voyais des étoiles, des étoiles !

Et puis je me suis retrouvé étendu dans une sorte de chaise longue en bois. C’était dans une autre pièce que celle où j’étais entré, avec la chaise. En m’asseyant, j’ai vu dans la pénombre le rideau étoilé qui devait être le rideau de sortie que j’avais vu en entrant. J’avais un peu mal à la tête. Je me suis dit que j’avais fait un aller-retour un peu rapide, mais vu le prix que j’avais payé, je ne pouvais pas me plaindre.  Je n’ai pas très bien saisi comment le Charlot s’y était pris pour ce voyage mais je n’avais pas envie d’entrer dans les détails. C’était comme les tours de magie, c’est mieux quand ça garde son mystère.


Ceci concocté pour l’Agenda Ironique, hébergé par l’ornithorynque qui nous proposait un voyage vers Mars.

Quant à moi, mes projets de blog sont beaucoup plus terre à terre. Je travaille dans l’ombre à présent, mais je travaille. Un jour ou l’autre, ce sera prêt.

BAGATELLE

DOmiciliée, heureuse à Azay-le-Rideau
REveillée tôt matin et au piano voici,
MIrabelle travaillant ses gammes pour le gala
FAmilière des spectacles, scènes, coulisses et sous-sols,
SOlos et concerti, audience sur des sofas.

LA sonate de Chopin, joyeuse épidémie
SIgnifie falbalas, échalas et soirées !
DOrures, applaudissements, bouquets et puis dodo.

                        Encore !!!! ..    Champagne et puis dodo.

                        Encore !!!,,,     Doliprane puis dodo.


Voici ma petite composition pour l’Agenda Ironique de Juillet, ici DO RÉ MI FA SOL LA SI DO. L’agenda ironique de juillet 2022.
Il fallait un texte en sept parties, dont chacune devait commencer par une note de musique. J’ai fait fort, non? (si vous voyez l’astuce)  
Merci tout l’Opera !

Annette et la tasse de café

Pour l’Agenda Ironique de Juillet – qui se tient… chez moi ce mois-ci! (voir l’avant-dernier billet). J’ai emprunté et mélangé, comme tout artiste digne de ce nom. Et si vous reconnaissez les références, je vous félicite personnellement.

Le café est un peu fort ce matin, ahh, le café du café du coin, ils ont mis du reggae à la radio, toum toum, toum toum, elle balance la tête en rythme, comme une pile électrique, comme une vraie mécanique, il n’y a pas mieux que ce café goudron dans la tasse, sans lait, sans sucre, sans filtre, c’est comme ça le matin une page nouvelle, cric crac les engrenages qui se décoincent après la nuit, elle s’est réveillée trop tôt ce matin, elle se tournait et se retournait comme du popcorn, trop chaud, trop froid, elle s’était contournée vers le réveil en se donnant un torticolis, il disait quatre heure et demi, et toutes ces pensées noires qui restaient suspendues dans un ciel d’orage avec cet air lugubre de Scarlatti, do mi la sol, fa mi re, la, sol fa qui déambulait à pas lent en bande sonore, mais slurp, voilà qu’elles étaient toutes parties maintenant ces pensées, slurp, elle prenait soin de faire slurp, comme les japonais qui faisaient slurp en aspirant leurs nouilles de riz, c’était un signe de politesse, et puis faire hhaaaaaaa après, mais pas trop fort, en regardant les gens du coin qui défilaient devant le comptoir, des familles avec des bébés, des hommes, des femmes, des enfants, des ribambelles en short, en robes, en sandales en flip flop, il n’y a rien de mieux que l’été et les robes, les robes en voiles de bateau, en toile de parachute, flap flap qui volent au vent, c’est aujourd’hui qu’elle allait la faire, la robe en lin blanc de ses rêves, elle y arriverait, après toutes ces années, toutes les conditions étaient réunies aujourd’hui, donc à la machine Singer Tchicatchicatchicatchic point droit, point zigzag, le long de la couture, autoroute à toute vitesse, manches longues, manches trois-quart, manches courtes, sans manches, la robe de lin blanc, col rond ou col en V ? slurp, on pourra faire les deux, la robe déclinée en bleu, en jaune moutarde, khaki, en puis en coton, en soie, en jersey ; légère et court vêtue, cotillon simple et souliers plats, Je frappe au numéro un…Je d’mande mamzelle Angèle, la concierge me répond, mais quel métier fait-elle elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets d’dentelle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets d’coton, hahaha, je ne connais pas, ce genre de métier, allez voir à côté… elle chantonne sur un tempo reggae la chanson en entier, passe au numéro deux avec un accent américain pour changer, et puis elle arrête là, mais la machine s’emballe, c’est bien assez d’être petite main, maintenant elle doit penser à sa carrière, à faire du fric, le fwic c’est chic, on dirait que je serais Dior, la nouvelle Coco Chanel, je suis un entrepreneur moi madame,  dit-elle avec conviction et sérieux en son fort intérieur, elle se voit saluer, penchant la tête, modestement mais non, ce n’est rien, c’est juste mon génie! les robes défilent dans sa tête, sur les catwalks de Paris, London, Tokyo, New York, Hourah ! clap clap clap clap clap clap clap clap seulement il faudrait qu’elle sache faire les finitions, parce que jusqu’à présent, il faut avouer, elle s’accommode avec les bords qui s’effilochent, dzouing, les fils qui dépassent et pendouillent, ça ne fait pas professionnel, ça madame, ça fait même un peu sloppy, tiens voilà qu’elle se parle en anglais maintenant, c’est la célébrité soudaine, pourtant il faudra bien qu’elle s’y mette  aux finitions, « des pieds spéciaux pour votre surjeteuse Pfaff ! Couture, découpe, finitions en une seule opération ne sont qu’un aperçu des avantages que vous offre une surjeteuse, » disent les annonces, mais que se passe-t ‘il, la tasse est vide depuis un moment, hélas, il semble qu’elle ait moins envie de se ruer sur la machine, parce qu’il faut bien le dire, l’effet de la caféine s’émousse, ça ne dure pas une éternité, heureusement qu’elle a repéré la porte des toilettes et qu’elle est encore entrouverte, crash, le café a fait son chemin, onze heures du matin et le cerveau crie famine, adieu Dior, Coco, Lanvin, une légère lassitude s’installe, il se pourrait qu’elle fasse une sieste tout à l’heure, ce projet de couture attendra, d’ailleurs elle a senti un plic ploc sur sa main en sortant, pas un temps pour une robe, on verra bien demain.

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET!

TSOUIN TSOUIN TSOUIN (sonnent les trompettes de la victoire)

Je reviens de mes (courtes) vacances et je tombe les flip-flops et le chapeau de paille pour vous annoncer le résultat des votes:

1ère place: Une petite sirène, de Lyssamara

Et comme organisateur, vous réclamez tous Iotop!

Merci à tous de votre participation !

Signé : VictorHugotte


L’organisateur?

LES TEXTES – C:EST ICI!!

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/07/14/le-temps-de-sourire-et-lombre-fait-langage/

https://toutloperaoupresque655890715.com/2021/07/10/plan-plan-rataplan-cest-le-bruit-du-tambour/

https://touslesdrapeaux.xyz/agenda_ironique.html

https://laglobule2.wordpress.com/2021/07/07/journee-bof-mais-pas-trop-agenda-ironique-de-juillet/

https://victorhugotte.com/2021/07/15/annette-et-la-tasse-de-cafe/

Lyssamara participe ici :

https://docs.google.com/document/d/1WN9xrBjtuM3Sxm49YxTMkA4tuH7uldSk9US-gK8XR8I/edit?usp=drivesdk

https://chchshr.wordpress.com/2021/07/24/agent-dart-den-rire-un-homme-a-toper/


Tchachacha, froufrou, splat, et scouic.

Je vous propose d’utiliser onomatopées, répétitions et accumulations pour relater une étape de la vie d’une personne, ou un moment particulier, comme par exemple les préparatifs du matin, ou du soir. Quelques borborygmes seraient aussi les bienvenus.

Vous avez jusqu’au 26 juillet, et puis après on vote. Clap clap clap !

Si vous êtes nouveau ou nouvelle, vous postez votre texte sur votre blog, shlak!, et puis hop, vous copiez-collez le lien dans les commentaires ci-dessous.
Tic toc, tic toc…

SHOTS

The idea to gather
after an event, a party
in the room of a student you don’t know
a scenery you have never seen
and at a very late hour
the later the better
to line up behind a counter
with your new friends
as they get out small glasses
and fill them with alcohol
Tequila (they show you the worm)
the idea being to swallow it down
as quickly as possible
then as many as possible
without enjoying it
and with no specific reason,
is a fascinating concept
and entirely new to me.

You see, there is no motive
other than the fact
that one should try anything once
and you have not come all the way
across the globe
to stay in your room

You want to be surrounded
with these fine students
selected promising scholars
thoroughly sorted and tested
the top of the crop
crème de la crème.

You feel warm, warmer
and then somewhat confused
and then so confused
you don’t remember
You were singing
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Because you do not find out
until later
at least after you found yourself
deep into the toilet bowl
of your own dorm
with someone holding your hair.

You will remember darkness outside
the tone of dark wood panels
interesting navy blue curtains
in a cozy home on campus
and the choice company.

You will remember
the scientific curiosity
of those avid young brains
to find out what
something that comes from a bottle
Does to the average human being
In the shortest length of time.

You will always remember
the zeal they showed
to observe another soul
poison itself and deflate like
a birthday balloon
Right in front of your eyes.


SHOTS

L’idée de se rassembler
après un événement, une fête
dans la chambre d’un étudiant que tu ne connais pas
un scène que tu n’as jamais vue
et à une heure très tardive
le plus tard possible le mieux,
de s’aligner derrière un comptoir
avec ces nouveaux amis,

qui sortent des petits verres
et les remplissent d’alcool
Tequila (ils te montrent le ver)
l’idée étant d’avaler le contenu
aussi vite que possible
puis autant que possible
sans en tirer aucun plaisir
et sans raison particulière,
est un concept fascinant
et entièrement nouveau pour toi.

Tu n’as pas d’autre motif
que l’idée qu’on doit essayer tout une fois
et tu n’as pas fait tout ce chemin
autour du monde
pour rester dans ta chambre.

Tu veux être entourée
de ces excellents élèves
prometteurs et sélectionnés
soigneusement triés et testés
top de la promo
crème de la crème.

Tu sens la chaleur, un peu plus
puis tu te sens un peu confuse
et puis si confuse
que tu ne te souviens pas
que tu chantais
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Parce que tu l’apprendras plus tard
après que tu t’es trouvée
plongée dans la cuvette des WC
de ton propre dortoir
quelqu’un te tenant les cheveux.

Tu te souviendras juste
de l’obscurité dehors
Des panneaux de bois sombre
De rideaux bleu-marine
D’une maison sur le campus
Et de la compagnie de choix.

Tu te souviendras
De la curiosité scientifique
de ces jeunes cerveaux avides
de savoir ce que ce qui
sort d’une bouteille
Fait à l’être humain moyen
Dans les plus brefs délais.

Tu te souviendras toujours
du zèle qu’ils montraient
A observer une autre âme
s’empoisonner et se dégonfler
comme un ballon d’anniversaire
Devant leurs yeux.


Un autre souvenir de jeunesse pendant mon séjour dans l’Ohio. Je crois bien que c’était la première et la dernière fois que je buvais de la Tequila.

Photo by Isabella Mendes on Pexels.com

FERNANDE

Pour l’Agenda Ironique de Mai, une continuation de La vraie journée des femmes, pondu en Mars dernier. Certains m’avaient demandé une suite, alors la voici ! Français d’abord, et Anglais après.
Les contraintes étaient : un bruit étrange et beau, cyclo-pousse. Île et poirier.

Fernande

Dans le bus pour Boston Fernande portait son sac-à-dos sur les genoux.

Barbara l’avait déposée à la station de bus comme tous les jours depuis deux semaines.
Passe une bonne journée! Fais attention, évite le Marathon il va y avoir foule ! Elles s’étaient fait la bise.

Comme elle est naïve, Barbara, se disait Fernande. Gentille, serviable. Et comme elle est nunuche.

Fernande portait le t-shirt « Nous sommes le courage l’une de l’autre. » Celui que lui avait donné Z.

Le marathon, justement, c’est là qu’elle se rendait. Tous les ans, c’est une foule internationale qui se rencontrait le long des grandes artères de la ville le troisième Lundi d’avril pour courir, ou regarder courir les marathoniens sur 42,195 km.  Ce n’est pas qu’elle compte courir, ni marcher sur les mains, Fernande, ni faire du cyclo-pousse.

« Si ce n’est pas moi, qui le fera ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? »  Se répètait-elle silencieusement.

Quand Barbara lui racontait ses histoires de bureau le soir, par exemple sur son boss et son café, ou le type qui lui faisait des suggestions pas nettes, elle se retenait fort pour ne pas tout lui balancer, quitte à tout faire rater.
Assez récemment, Barbara était rentrée du travail hors d’elle.
Le type de l’informatique passe devant mon bureau et me lance « Smile !  puis il reste là à me regarder. Mais de quoi je me mêle ? Pourquoi je lui sourirais, à ce crétin ? Parce que les femmes sont des potiches ? On ne se connait pas, que je sache.  Et j’ai même des gros doutes sur ses compétences ! Ça fait des semaines que j’attends un programme qu’il doit me donner.
En plus, Barbara avait entendu que le salaire de l’employé était bien trop élevé pour son poste. Et pour que Barbara se mette en colère, il fallait vraiment la pousser. Elle racontait qu’elle était restée bouche-bée un moment puis avait répondu « Et bien, raconte-moi une histoire drôle ! « La réponse n’avait pas plu au responsable informatique, et Barbara s’inquiétait un peu pour son poste, à cause des représailles. Peut-être que son patron en aurait vent.  Mais Fernande l’avait félicitée.  Elle s’était retenue d’exploser « Ma sœur, tu es une super-vulve toi aussi ! Tu ne te rends pas compte comme tu es victime du patriarcat ? Tu ne vois pas comme ils n’ont aucun respect pour nous, comme ils nous prennent pour des courges ?»

Super-vulve, c’est comme ça qu’elles s’appelaient entre elles sur la plateforme Megalia. Megalia, C’était là que Fernande avait rencontré Z. Plus tard, elles étaient passées à Womad, un espace féministe lesbien radical.

Mais ici, il lui fallait en tout temps garder un sang-froid total. Ne laisser aucun doute, tenir Barbara en dehors de tout, pour la protéger, elle et la petite. Tout s’était bien passé depuis le début. Barbara lui avait donné une clé de la porte de la chambre et n’avait sûrement pas le double. Sinon elle aurait compris tout de suite.

La bombe, elle l’avait confectionnée à partir de poudre noire artisanale et de petits objets servant à déchiqueter (billes d’acier, clous, fragments métalliques.). Elle les avait rassemblés petit à petit dans des quincailleries ici et là. Chez Macy’s elle avait acheté une cocotte-minute d’environ six litres. Elle avait ajouté un minuteur de cuisine. Elle avait ramené tout ça dans son sac à dos sans que Barbara ou Tiffany ne se doute de rien. Elle avait pris connaissance du terrain, tracé son itinéraire du jour J.

Depuis le début, elle avait laissé de faux-indices en rentrant le soir. Des tickets du MFA, des reçus de sandwiches et de clam chowder à Faneuil Hall qu’elle laissait trainer sur la table, les meubles.  Elle racontait comme elle avait fait le Duck Tours, comme elle s’est bien amusée. Hahaha. Et les cours d’anglais ? A oui, les cours d’anglais, du tonnerre. Heureusement que Barbara n’avait pas essayé de tester ses progrès. Elle se serait demandé ce à quoi elle passait ses journées.

Le soir, elle fermait sa chambre a clé, allumait son portable et se connectait avec Z.  
Toute seule, elle ne l’aurait pas fait, Même pas pour faire payer toutes les fois où elle avait entendu la sale chanson de Brassens dans son dos. Ensemble, avec Z sur Zoom, et un tuto sur YouTube elles avaient fabriqué l’engin.

Pendant qu’elles travaillaient, Z lui réexpliquait comme le but était de déstabiliser le patriarcat et que l’idéal était de vivre à distance des hommes, de s’organiser dans la non-mixité.  Z, féministe radicale coréenne originaire de Seoul vivait et étudiait actuellement à Boston. La ville américaine avait été déterminée par le groupe que menait Z comme le meilleur endroit pour se faire entendre à l’échelle mondiale. L’Ile-de-France où vivait Fernande était déjà trop souvent ciblée.
Fernande avait rencontré Z par internet quelques années auparavant. Un jour de colère envers des étudiants qui l’avaient ostracisée et un prof homme qui n’avait pas pris son travail au sérieux, elle était entrée sur un forum ou sa colère avait été validée et des oreilles sympathisantes l’avaient écoutée. Le temps était passé, mais pas la colère. De Forum en Forum, elle s’était radicalisée, jusqu’à ce qu’elle se lie avec Z. A cause de ses compétences en informatique et de son implication évidente dans la cause, Fernande avait été désignée comme agent d’action. Elle s’était d’ailleurs portée volontaire. Dans sa famille, personne ne connaissait son engagement et le prétexte du stage de langues était passé comme sur des roulettes.

Il est temps que les féministes fassent parler d’elles, lui répétait Z.  L’action radicale des femmes est possible et urgente.  Dans ses conversations avec Z, Fernande avait observé la capacité des femmes à s’organiser collectivement, l’importance cruciale qu’elles apportaient à la politique, et leur façon et leur devoir de porter leur lutte politique dans la rue. « Il n’y a pas de poire sans poirier » disait encore Z.

Dans le bus qui la conduisait à Boston, elle sentait le poids de la cocotte-minute sur ses genoux. Quand ils disaient que la place des femmes était à la cuisine… Elle avait préparé un sacré ragoût. Un vrai pot-au-feu. Dehors défilaient les commerces poussiéreux qui bordaient Route 1 et qu’elle voyait tous les matins, et le grillage de l’autre coté qui séparait la route. Devant-elle, une femme somnolait, écouteurs aux oreilles. Dans le siège d’à côté, deux jeunes hommes papotaient :

Eh, tu la connais, celle-là : » Comment est-ce qu’on garde une blonde sous la douche toute la journée? On lui donne un shampooing qui dit « laver, rincer, répéter ».

Hahaha ! Très bon. Et celle-là tu la connais :

Pourquoi la blonde a-t-elle été renvoyée de l’usine M&M?  Elle jetait tous les «W».

C’était mignon, pensait-elle, pas bien méchant.  Mais c’était le début du cancer qui continuait de ronger la population masculine, et même féminine. C’était tout un état d’esprit qu’il fallait changer.

On arrivait dans la ville. Le prochain arrêt la gare des bus de South Station, en plein dans le centre-ville. De là, elle allait prendre le subway pour Boylston Street. Elle connaissait son chemin par coeur.

Dans quelques heures, elle rencontrerait Z pour la première fois. La bombe, elles comptaient la poser à même le sol, près des grilles métalliques séparant la foule des coureurs. Puis elles reprendraient leur chemin respectif, ni vu-ni connu, Z dans la chambre d’étudiante, Fernande chez Barbara. Et puis quelques jours plus tard, la France.

« Sois ambitieuse ! » se répètait-elle. Si tout marchait comme prévu, dans moins d’une heure, on entendrait un bruit étrange et beau.


Fernande

On the bus to Boston Fernande was holding her backpack on her knees. Barbara had dropped her off at the bus station as she had every day for the past two weeks.

Have a nice day! Be careful, avoid the Marathon there will be crowds! They gave each other a peck on the cheek.

How naive she is, Barbara, though Fernande. Kind, helpful. And so simple.

Fernande was wearing the “We are each other’s courage” t-shirt. The one Z. had given him.

The marathon, in fact, was where she was going. Each year an international crowd gathered along the city’s main arteries on the third Monday in April to run, or watch the marathoners run over 42.195 km. She had no plans to run, Fernande, walk on her hands, or ride a pedicab.

“If not me, who will? And if not now, when? She repeated silently to herself.

When Barbara told her her office stories in the evening – for example about her boss and his coffee, or the guy who gave her dirty suggestions, she had to restrain herself not to spill the beans, which would mess everything up.

Fairly recently Barbara came home from work in a fury.

The IT guy walks past my desk and says “Smile!” then he keeps staring at me. Are you kidding me? Why would I smile at him? Because women are here for decoration purposes? We don’t know each other, as far as I am concerned. And I even have big doubts about his skills! I’ve been waiting weeks for a program he has yet to give me.

Besides, Barbara had heard that the employee’s salary was way too high for his position. And for Barbara to get angry, you had to really push her. She said she was speechless for a while and then said, “Tell me a funny story!” “The IT manager was not happy with the response, and Barbara was a little worried for her position, because of retaliation. Maybe the boss would find out. But Fernande congratulated her. She had refrained hard from exclaiming, “Sister, you are a super-vulva too! Don’t you realize that you are a victim of patriarchy? Can’t you see how they have no respect for us, how they think we’re stupid ? “

Super-vulva, that’s what they called each other on the Megalia platform. Megalia was where Fernande met Z. Later they switched to Womad, a radical lesbian feminist space.

But here, she had to keep her composure at all times. Leave no doubt, keep Barbara out of it all, to protect her and the little one. Everything had gone well from the start. Barbara had given her a key to the bedroom door and surely did not have the double.

She had made the bomb from homemade black powder and small objects good for shredding (steel balls, nails, metal fragments.). Little by little she had collected them in hardware stores here and there. At Macy’s she had bought a pressure cooker of about six liters. She had bought a kitchen timer. She had brought all this back in her backpack without Barbara or Tiffany suspecting a thing. She had reconnoitered the terrain, traced her D-day itinerary.

From the beginning, she had left false clues when she came home at night. She had left MFA tickets, receipts for sandwiches and clam chowder at Faneuil Hall lying on the table, the furniture. She told stories of how she had gone on the Duck Tours, how much fun she had had. Hahaha. What about English lessons? Yep, the English lessons, amazing. Luckily Barbara hadn’t tried to test her progress. She would have wondered what she was spending her days on.

In the evening, she locked her room, turned on her cell phone and connected with Z.

On her own, she would not have done it. Not even to make them pay for all the times she had heard Brassens’ dirty song behind her back. Together, with Z. on Zoom, and a tutorial on YouTube they had made the device.

While they worked, Z explained to her how the goal was to destabilize patriarchy and that the ideal was to live at a distance from men, to organize a single-sex community. Z. was a Korean radical feminist from Seoul who currently lived and studied in Boston, which had been determined by the group Z. led as the best place to be heard on a global scale. The Ile-de-France where Fernande lived was already too often targeted.

Fernande had met Z. on the internet a few years earlier. One day of intense anger with students who had ostracized her and a male teacher who did not take her job seriously, she had signed in a forum where her anger had been validated and sympathetic ears had listened to her.

Time had passed, but not the anger. From Forum to Forum, she had become radicalized, until she bonded with Z. Because of her computer skills and her obvious implication in the cause, Fernande had been appointed as agent of action. In truth, she had volunteered. In her family, nobody knew of her commitment and the pretext of the language course had raised no question.

It is time for feminists to be heard, Z told her. Radical action by women is possible and urgent. In her conversations with Z, Fernande had observed the ability of women to organize collectively, the crucial importance they placed in politics, and their way and duty to take their political struggle to the streets. “There is no pear without a pear tree,” said Z.

On the bus that took her to Boston, she felt the weight of the pressure cooker on her lap. They said the place of a women was in the kitchen… She had made a hell of a stew. Outside she watched the dusty shops that lined Route 1 pass by, the same she saw every morning, and the fence on the other side that separated the road. In front of her, a woman dozed, earphones in her ears. In the next seat, two young men were chatting:

Hey, you know that one, “How do you keep a blonde in the shower all day?
Give her a shampoo that says “wash, rinse, repeat”.

Hahaha! Very good. How about this one:

Why was the blonde fired from the M&M factory?
She was throwing away all the “W’s”.

They thought it was hilarious. It was cute, she thought, not too bad. But it was the onset of a cancer that continued to plague the male population, and even women. It was a whole state of mind that needed to be changed.

They were arriving in the city. Next stop would be South Station, right in the city center. From there she would take the subway to Boylston Street. She knew her way by heart.

In a few hours, she would meet Z. for the first time. They intended to place the bomb right on the ground, near the metal grids separating the crowd from the runners. Then they would resume their respective paths, incognito, Z to her student room, Fernande to Barbara’s. And then a few days later, France.

“Be ambitious! She repeated to herself. If everything went as planned, in less than an hour there would be a strange and beautiful noise.

LA VRAIE JOURNÉE DES FEMMES

Pour l’Agenda Ironique de Mars, nous abordons le Féminisme radical. (Haussement de sourcil de mes lecteurs/lectrices.) Je propose donc ici une tranche de vie qui aborde mes réflexions philosophiques et presque métaphysiques sur le sujet, avec des chiasmes et des anaphores.

Pour les détails de la commande, voici l’adresse : https ://josephinelanesem.com/2021/02/28/nous-sommes-le-courage-lune-de-lautre/

La vraie journée des femmes

Vendredi 8h. Barbara se gara à l’arrêt de l’autocar qui transportait les voyageurs de l’aéroport. Elle avait eu peur d’être en retard. « La ponctualité est la politesse des rois », était un des dictons qui forgeaient sa personnalité. Le déplacement inhabituel à la gare après avoir déposé sa fille à l’école et avant le trajet pour le travail la déstabilisait.

Elle attendait une personne qu’elle n’avait jamais vue. La nièce d’une amie française, une des rares qu’elle avait gardées depuis qu’elle avait fait sa vie aux États-Unis. « Ma nièce s’est inscrite à un programme linguistique pour son cursus universitaire » avait écrit Valérie.  Elle a besoin d’une famille d’accueil. J’ai pensé à toi. »

Barbara avait dit oui. La compagnie de la jeune fille lui ferait du bien, ainsi qu’à Tiffany, six ans, qui était fille unique depuis que son frère était parti faire ses études. Elle pourrait loger dans une pièce jamais finie faute de temps. Elle avait eu le projet d’en faire une chambre d’amis, centre de méditation, puis studio de danse, atelier de peinture pour Tiffany, salle de gym, atelier de couture, puis re-centre de méditation. Mais la pièce avait surtout été au cours des années un débarras

« And today is Women’s day… » annonça une voix à la radio. Barbara eut une pensée pour les suffragettes qui avaient précédé sa génération : elle leur devait le droit de vote, son compte en banque, sans parler de la propriété de sa maison. Elle pensa aussi à la quasi-nouveauté des femmes au volant et eu envie d’allumer un cigare.

Finalement, une jeune-fille apparu de derrière le bus, très jeune, cheveux noirs mi-longs, visage ovale rappelant Valérie. Elle repéra Barbara et pris sa valise.   

A cause du nom, Barbara s’était attendue à une robe de fermière, des sabots remplis de paille. « Fernande ? »  Mais la jeune-fille était très moderne, et portait les mêmes vêtements que les filles qu’elle voyait autour d’elle. Jean troué, débardeur à fines bretelles.

« Fernande, Je dois travailler, alors je vais vous déposer à la maison, vous pouvez faire comme chez vous et visiter un peu si vous voulez et nous parlerons ce soir ? » Barbara aurait vraiment dû prendre toute la journée de congé, elle le savait, et montrer à la fille qu’elle était la bienvenue. Elle donnait mauvaise impression mais ne pouvait pas faire autrement. De congés pas assez, et trop d’emploi du temps.

« Vous devez être fatiguée, avec le décalage horaire ?» La fille regardait à travers les vitres de la voiture. « Pas trop. » répondit Fernande « Je ne savais pas que ça serait comme ça. Il n’y a pas de gratte-ciel. » Barbara avait décrit sa situation géographique à son amie, mais peut-être qu’elle n’avait pas bien compris.

« Ah oui, ici c’est la cambrousse. Quand vous irez à Boston Vous en verrez, des gratte-ciels. » Elle arrêta la voiture et donna les clés à la fille. « Installez-vous. Je serai de retour ce soir. » La fille regardait la maison et Barbara ne savait pas si elle avait l’air déçue. Peut-être qu’elle s’était attendue à une maison plus luxueuse.

À 10 h, Barbara glissa sa carte dans le compteur de l’entreprise, s’assis à son bureau et alluma l’ordinateur. Première chose : préparer du café pour le patron. Le geste avait pris beaucoup plus d’importance dans son rôle qu’elle ne l’aurait pensé lors de son entretien d’embauche une décennie auparavant, l’employée qui partait lui avait dit « Je le fais par plaisir ! Il est si gentil, il a tant fait pour moi. Je lui apporte du café à 8h00 quand il arrive et un autre un peu plus tard. » Barbara avait hoché la tête avec enthousiasme à chaque détail de la description du poste. Après six mois de chômage elle était soulagée au-delà des mots. Le travail n’était pas idéal, ni le long trajet avec péage, mais elle avait un emploi.

Bientôt, Johnny, le garçon d’entrepôt faisait son entrée en souriant niaisement, balançant les hanches, parodiant un acte de strip-tease, s’approchant de son bureau, puis s’y accoudant comme à un bar. «Puis-je avoir les clés de la camionnette ? » Tous les vendredis depuis dix ans, il répétait le même acte. Tous les vendredis depuis dix ans, Barbara ne savait comment réagir à la farce qui la mettait mal à l’aise. D’un côté, elle appréciait son jeu comique. D’un autre côté, elle ne voulait pas encourager de familiarité indue, ni de fausses idées. Elle se tourna vers le tiroir en réprimant un sourire et lui donna la clé du fourgon.

Le directeur du marketing était en visite ce jour-là et passa l’après-midi à discuter de nouveaux projets. Au milieu de l’après-midi, ils l’appelèrent et, sans la regarder, l’envoyèrent acheter des piles, d’une taille spéciale. Barbara récupéra les clés de la voiture de société et se mit à la recherche de la pile. Après trois tentatives, elle trouva l’objet dans une pharmacie déserte à l’éclairage glauque puis retourna au bureau.

À 16 h 30, elle verrouilla ses armoires et pointa à l’horloge. Elle prit la route de la maison, puis s’arrêta pour prendre Tiffany chez sa gardienne. Elle fit un autre arrêt à l’épicerie pour acheter de la dinde hachée. Elle ferait une boite de Hamburger Helper. Avec des brocolis à la vapeur. Elle avait oublié de demander à Fernande si elle avait des allergies alimentaires.

« Bienvenue en Amérique ! TGIF ! » s’exclama Barbara en ouvrant la porte. La fille sorti de la salle de bain, les cheveux enveloppés dans une serviette, le corps également enroulé dans une serviette. “Voici Tiffany. Je vois que vous avez trouvé les serviettes ! Bravo. Nous dînerons dans 30mn.”

La jeune fille l’interrompit : : “Est-ce que je pourrais me coucher maintenant ? Il est presque minuit en France.” 

Même si elle avait attendu avec impatience la visite, Barbara sentit que Fernande avait raison. Elle se mit à chercher des draps et emmena la fille à sa chambre. « Voici votre palais. Vous y serez tranquille. » Barbara poussa le vélo, le radiateur d’appoint, l’humidificateur, une boîte de livres qu’elle avait l’intention de donner, et deux caisses de vêtements d’hivers. Une fois dégagé, le lit apparu. La fille avait l’air déconcertée mais Barbara essaya de ne pas s’en apercevoir. « C’est confortable, tu verras. Je peux te dire tu ? Je dors ici de temps en temps.»

21h30 – Comme d’habitude, une fois couchée, Barbara prit son livre sur sa table de chevet ; comme d’habitude, épuisée, elle sentit ses yeux se fermer, et comme d’habitude, elle sentit le sommeil l’emmener, loin, très loin.

Samedi 7h00.

Le soleil poignarda Barbara dans l’œil. Samedi… Glorieux week-end ! Elle aurait enfin le temps de nettoyer la litière du chat, de faire la lessive. Elle se rendrait à la meilleure boulangerie pour leurs baguettes françaises et leur pain aux olives. Encore une fois elle n’allait pas pouvoir visiter la salle de sport. Les trois séances hebdomadaires qu’elle avait réussi à coincer dans son emploi du temps ne se matérialisaient pas. Et pourtant elle passait toute la journée sur une chaise, ce qui était une recette de désastre, comme chacun savait. Mais c’était ce que son employeur voulait, et pour ce quoi il la payait. Barbara repoussa la pensée comme un sacrifice mineur et temporaire.

Fernande était assise était à la table en train de tricoter quand Barbara sortit de sa chambre. « Je me suis levée très tôt. Je ne voulais pas te réveiller. »

« C’est le décalage horaire des premiers jours. Qu’est-ce que tu tricotes ? »

Elle plaça un muffin aux myrtilles devant la fille. Fernande avait bien dormi, elle tricotait un bikini avec le portrait de Che Guevara. Elle était prête à s’attaquer à ses cours. Barbara avait un peu espéré que la jeune fille aiderait à s’occuper de Tiffany de temps en temps, mais il s’avérait que les cours d’Anglais étaient quotidiens.

« Eh bien, je te déposerai à l’arrêt de bus le matin et je viendrai te chercher le soir. » Comme elle entamait son muffin, elle commença une liste sur un carnet : « Freedom Trail, Museum of Fine Arts, Faneuil Hall, Duck tours »

« Qu’est-ce que c’est les tours canard? »

« C’est une flottille de véhicules de guerre amphibiens maintenant utilisés pour les visites touristiques. On arrive par la route et on descend dans la rivière Charles. Ça éclabousse un peu. Tu devrais aussi aller voir un ballet au Boston Opera Ballet ou aux Boston Pops. … Tiffany et moi ne passons pas beaucoup de temps à Boston. Tu devrais en profiter. » 

La fille avait pris la liste. « Merci. »

En descendant la poubelle sous l’escalier, Barbara avait calculé qu’elles auraient le temps de déjeuner avant le cours de danse de Tiffany.

14h00 – Pendant la leçon de piano de Tiffany, Barbara et Fernande avaient longé la rue bordée de boutiques, typique de la Nouvelle-Angleterre. Elles s’étaient arrêtées à la librairie locale. Au travail, Barbara rêvait toujours de longues heures de loisirs, de lecture à sa guise. Elle espérait toujours, jamais elle ne pouvait.

Mais l’heure était passée. Il était temps de rentrer.

17h30 – Penchée au-dessus de la table, Barbara déchiffra l’écriture en cursive sur le col du t-shirt qu’elle pliait. « Riez des règles ! Laissez-vous rêver ! » C’était son propre t-shirt et elle n’avait jamais remarqué ces mots sur le col. Elle avait empilé le linge juste sorti du séchoir sur la table de la cuisine pour faciliter le pliage. Un autre t-shirt qu’elle ne connaissait pas disait : « Nous sommes le courage l’une de l’autre ». « Il est chouette, ton t-shirt ! » lança-t-elle par-dessus son épaule Fernande qui regardait l’écran de télé à côté de Tiffany sur le canapé. La fille ne l’entendit pas.

Pour le dîner, elles mangeraient des restes, si elles avaient faim. Barbara pensa aussi qu’elle devrait trouver un compagnon. Quelqu’un de gentil qui l’aiderait. Elle s’imagina comme la statuette qu’elle avait vu dans une boutique Hallmark, une fille à tête de chat buvant un martini, mi-allongée sur un canapé.

« Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie ! » surgit alors dans sa tête comme un autre slogan potentiel de t-shirt. C’est vrai, elle leur montrerait à tous de quoi elles étaient faites, elle, Tiffany et Fernande, levant le poing. Elles exploseraient comme un baton de dynamite dans Tom et Jerry, et mettraient le feu partout !

Surprise par sa propre conflagration, ayant un peu perdu l’équilibre, Barbara se remis au pliage et emmena le panier à l’étage dans la chambre de Tiffany.

 ——-

Rien de très radical ici. Je vous ai bien eu ! Je n’ai pas de théories, sauf que je suis moins pour la division des hommes et des femmes, que la coopération des gens en général.

Note : Fernande. Barbara et Tiffany sont des personnages de fiction, tout comme cette histoire.  

Illustration: Boston Duck Tours