Annette et la tasse de café

Pour l’Agenda Ironique de Juillet – qui se tient… chez moi ce mois-ci! (voir l’avant-dernier billet). J’ai emprunté et mélangé, comme tout artiste digne de ce nom. Et si vous reconnaissez les références, je vous félicite personnellement.

Le café est un peu fort ce matin, ahh, le café du café du coin, ils ont mis du reggae à la radio, toum toum, toum toum, elle balance la tête en rythme, comme une pile électrique, comme une vraie mécanique, il n’y a pas mieux que ce café goudron dans la tasse, sans lait, sans sucre, sans filtre, c’est comme ça le matin une page nouvelle, cric crac les engrenages qui se décoincent après la nuit, elle s’est réveillée trop tôt ce matin, elle se tournait et se retournait comme du popcorn, trop chaud, trop froid, elle s’était contournée vers le réveil en se donnant un torticolis, il disait quatre heure et demi, et toutes ces pensées noires qui restaient suspendues dans un ciel d’orage avec cet air lugubre de Scarlatti, do mi la sol, fa mi re, la, sol fa qui déambulait à pas lent en bande sonore, mais slurp, voilà qu’elles étaient toutes parties maintenant ces pensées, slurp, elle prenait soin de faire slurp, comme les japonais qui faisaient slurp en aspirant leurs nouilles de riz, c’était un signe de politesse, et puis faire hhaaaaaaa après, mais pas trop fort, en regardant les gens du coin qui défilaient devant le comptoir, des familles avec des bébés, des hommes, des femmes, des enfants, des ribambelles en short, en robes, en sandales en flip flop, il n’y a rien de mieux que l’été et les robes, les robes en voiles de bateau, en toile de parachute, flap flap qui volent au vent, c’est aujourd’hui qu’elle allait la faire, la robe en lin blanc de ses rêves, elle y arriverait, après toutes ces années, toutes les conditions étaient réunies aujourd’hui, donc à la machine Singer Tchicatchicatchicatchic point droit, point zigzag, le long de la couture, autoroute à toute vitesse, manches longues, manches trois-quart, manches courtes, sans manches, la robe de lin blanc, col rond ou col en V ? slurp, on pourra faire les deux, la robe déclinée en bleu, en jaune moutarde, khaki, en puis en coton, en soie, en jersey ; légère et court vêtue, cotillon simple et souliers plats, Je frappe au numéro un…Je d’mande mamzelle Angèle, la concierge me répond, mais quel métier fait-elle elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets d’dentelle, elle fait des pantalons, des jupes et des jupons, et des gilets d’coton, hahaha, je ne connais pas, ce genre de métier, allez voir à côté… elle chantonne sur un tempo reggae la chanson en entier, passe au numéro deux avec un accent américain pour changer, et puis elle arrête là, mais la machine s’emballe, c’est bien assez d’être petite main, maintenant elle doit penser à sa carrière, à faire du fric, le fwic c’est chic, on dirait que je serais Dior, la nouvelle Coco Chanel, je suis un entrepreneur moi madame,  dit-elle avec conviction et sérieux en son fort intérieur, elle se voit saluer, penchant la tête, modestement mais non, ce n’est rien, c’est juste mon génie! les robes défilent dans sa tête, sur les catwalks de Paris, London, Tokyo, New York, Hourah ! clap clap clap clap clap clap clap clap seulement il faudrait qu’elle sache faire les finitions, parce que jusqu’à présent, il faut avouer, elle s’accommode avec les bords qui s’effilochent, dzouing, les fils qui dépassent et pendouillent, ça ne fait pas professionnel, ça madame, ça fait même un peu sloppy, tiens voilà qu’elle se parle en anglais maintenant, c’est la célébrité soudaine, pourtant il faudra bien qu’elle s’y mette  aux finitions, « des pieds spéciaux pour votre surjeteuse Pfaff ! Couture, découpe, finitions en une seule opération ne sont qu’un aperçu des avantages que vous offre une surjeteuse, » disent les annonces, mais que se passe-t ‘il, la tasse est vide depuis un moment, hélas, il semble qu’elle ait moins envie de se ruer sur la machine, parce qu’il faut bien le dire, l’effet de la caféine s’émousse, ça ne dure pas une éternité, heureusement qu’elle a repéré la porte des toilettes et qu’elle est encore entrouverte, crash, le café a fait son chemin, onze heures du matin et le cerveau crie famine, adieu Dior, Coco, Lanvin, une légère lassitude s’installe, il se pourrait qu’elle fasse une sieste tout à l’heure, ce projet de couture attendra, d’ailleurs elle a senti un plic ploc sur sa main en sortant, pas un temps pour une robe, on verra bien demain.

AGENDA IRONIQUE DE JUILLET!

TSOUIN TSOUIN TSOUIN (sonnent les trompettes de la victoire)

Je reviens de mes (courtes) vacances et je tombe les flip-flops et le chapeau de paille pour vous annoncer le résultat des votes:

1ère place: Une petite sirène, de Lyssamara

Et comme organisateur, vous réclamez tous Iotop!

Merci à tous de votre participation !

Signé : VictorHugotte


L’organisateur?

LES TEXTES – C:EST ICI!!

https://ledessousdesmots.wordpress.com/2021/07/14/le-temps-de-sourire-et-lombre-fait-langage/

https://toutloperaoupresque655890715.com/2021/07/10/plan-plan-rataplan-cest-le-bruit-du-tambour/

https://touslesdrapeaux.xyz/agenda_ironique.html

https://laglobule2.wordpress.com/2021/07/07/journee-bof-mais-pas-trop-agenda-ironique-de-juillet/

https://victorhugotte.com/2021/07/15/annette-et-la-tasse-de-cafe/

Lyssamara participe ici :

https://docs.google.com/document/d/1WN9xrBjtuM3Sxm49YxTMkA4tuH7uldSk9US-gK8XR8I/edit?usp=drivesdk

https://chchshr.wordpress.com/2021/07/24/agent-dart-den-rire-un-homme-a-toper/


Tchachacha, froufrou, splat, et scouic.

Je vous propose d’utiliser onomatopées, répétitions et accumulations pour relater une étape de la vie d’une personne, ou un moment particulier, comme par exemple les préparatifs du matin, ou du soir. Quelques borborygmes seraient aussi les bienvenus.

Vous avez jusqu’au 26 juillet, et puis après on vote. Clap clap clap !

Si vous êtes nouveau ou nouvelle, vous postez votre texte sur votre blog, shlak!, et puis hop, vous copiez-collez le lien dans les commentaires ci-dessous.
Tic toc, tic toc…

SHOTS

The idea to gather
after an event, a party
in the room of a student you don’t know
a scenery you have never seen
and at a very late hour
the later the better
to line up behind a counter
with your new friends
as they get out small glasses
and fill them with alcohol
Tequila (they show you the worm)
the idea being to swallow it down
as quickly as possible
then as many as possible
without enjoying it
and with no specific reason,
is a fascinating concept
and entirely new to me.

You see, there is no motive
other than the fact
that one should try anything once
and you have not come all the way
across the globe
to stay in your room

You want to be surrounded
with these fine students
selected promising scholars
thoroughly sorted and tested
the top of the crop
crème de la crème.

You feel warm, warmer
and then somewhat confused
and then so confused
you don’t remember
You were singing
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Because you do not find out
until later
at least after you found yourself
deep into the toilet bowl
of your own dorm
with someone holding your hair.

You will remember darkness outside
the tone of dark wood panels
interesting navy blue curtains
in a cozy home on campus
and the choice company.

You will remember
the scientific curiosity
of those avid young brains
to find out what
something that comes from a bottle
Does to the average human being
In the shortest length of time.

You will always remember
the zeal they showed
to observe another soul
poison itself and deflate like
a birthday balloon
Right in front of your eyes.


SHOTS

L’idée de se rassembler
après un événement, une fête
dans la chambre d’un étudiant que tu ne connais pas
un scène que tu n’as jamais vue
et à une heure très tardive
le plus tard possible le mieux,
de s’aligner derrière un comptoir
avec ces nouveaux amis,

qui sortent des petits verres
et les remplissent d’alcool
Tequila (ils te montrent le ver)
l’idée étant d’avaler le contenu
aussi vite que possible
puis autant que possible
sans en tirer aucun plaisir
et sans raison particulière,
est un concept fascinant
et entièrement nouveau pour toi.

Tu n’as pas d’autre motif
que l’idée qu’on doit essayer tout une fois
et tu n’as pas fait tout ce chemin
autour du monde
pour rester dans ta chambre.

Tu veux être entourée
de ces excellents élèves
prometteurs et sélectionnés
soigneusement triés et testés
top de la promo
crème de la crème.

Tu sens la chaleur, un peu plus
puis tu te sens un peu confuse
et puis si confuse
que tu ne te souviens pas
que tu chantais
Ah tut tut pouet pouet la voilà
La totomobile

Parce que tu l’apprendras plus tard
après que tu t’es trouvée
plongée dans la cuvette des WC
de ton propre dortoir
quelqu’un te tenant les cheveux.

Tu te souviendras juste
de l’obscurité dehors
Des panneaux de bois sombre
De rideaux bleu-marine
D’une maison sur le campus
Et de la compagnie de choix.

Tu te souviendras
De la curiosité scientifique
de ces jeunes cerveaux avides
de savoir ce que ce qui
sort d’une bouteille
Fait à l’être humain moyen
Dans les plus brefs délais.

Tu te souviendras toujours
du zèle qu’ils montraient
A observer une autre âme
s’empoisonner et se dégonfler
comme un ballon d’anniversaire
Devant leurs yeux.


Un autre souvenir de jeunesse pendant mon séjour dans l’Ohio. Je crois bien que c’était la première et la dernière fois que je buvais de la Tequila.

Photo by Isabella Mendes on Pexels.com

FERNANDE

Pour l’Agenda Ironique de Mai, une continuation de La vraie journée des femmes, pondu en Mars dernier. Certains m’avaient demandé une suite, alors la voici ! Français d’abord, et Anglais après.
Les contraintes étaient : un bruit étrange et beau, cyclo-pousse. Île et poirier.

Fernande

Dans le bus pour Boston Fernande portait son sac-à-dos sur les genoux.

Barbara l’avait déposée à la station de bus comme tous les jours depuis deux semaines.
Passe une bonne journée! Fais attention, évite le Marathon il va y avoir foule ! Elles s’étaient fait la bise.

Comme elle est naïve, Barbara, se disait Fernande. Gentille, serviable. Et comme elle est nunuche.

Fernande portait le t-shirt « Nous sommes le courage l’une de l’autre. » Celui que lui avait donné Z.

Le marathon, justement, c’est là qu’elle se rendait. Tous les ans, c’est une foule internationale qui se rencontrait le long des grandes artères de la ville le troisième Lundi d’avril pour courir, ou regarder courir les marathoniens sur 42,195 km.  Ce n’est pas qu’elle compte courir, ni marcher sur les mains, Fernande, ni faire du cyclo-pousse.

« Si ce n’est pas moi, qui le fera ? Et si ce n’est pas maintenant, quand ? »  Se répètait-elle silencieusement.

Quand Barbara lui racontait ses histoires de bureau le soir, par exemple sur son boss et son café, ou le type qui lui faisait des suggestions pas nettes, elle se retenait fort pour ne pas tout lui balancer, quitte à tout faire rater.
Assez récemment, Barbara était rentrée du travail hors d’elle.
Le type de l’informatique passe devant mon bureau et me lance « Smile !  puis il reste là à me regarder. Mais de quoi je me mêle ? Pourquoi je lui sourirais, à ce crétin ? Parce que les femmes sont des potiches ? On ne se connait pas, que je sache.  Et j’ai même des gros doutes sur ses compétences ! Ça fait des semaines que j’attends un programme qu’il doit me donner.
En plus, Barbara avait entendu que le salaire de l’employé était bien trop élevé pour son poste. Et pour que Barbara se mette en colère, il fallait vraiment la pousser. Elle racontait qu’elle était restée bouche-bée un moment puis avait répondu « Et bien, raconte-moi une histoire drôle ! « La réponse n’avait pas plu au responsable informatique, et Barbara s’inquiétait un peu pour son poste, à cause des représailles. Peut-être que son patron en aurait vent.  Mais Fernande l’avait félicitée.  Elle s’était retenue d’exploser « Ma sœur, tu es une super-vulve toi aussi ! Tu ne te rends pas compte comme tu es victime du patriarcat ? Tu ne vois pas comme ils n’ont aucun respect pour nous, comme ils nous prennent pour des courges ?»

Super-vulve, c’est comme ça qu’elles s’appelaient entre elles sur la plateforme Megalia. Megalia, C’était là que Fernande avait rencontré Z. Plus tard, elles étaient passées à Womad, un espace féministe lesbien radical.

Mais ici, il lui fallait en tout temps garder un sang-froid total. Ne laisser aucun doute, tenir Barbara en dehors de tout, pour la protéger, elle et la petite. Tout s’était bien passé depuis le début. Barbara lui avait donné une clé de la porte de la chambre et n’avait sûrement pas le double. Sinon elle aurait compris tout de suite.

La bombe, elle l’avait confectionnée à partir de poudre noire artisanale et de petits objets servant à déchiqueter (billes d’acier, clous, fragments métalliques.). Elle les avait rassemblés petit à petit dans des quincailleries ici et là. Chez Macy’s elle avait acheté une cocotte-minute d’environ six litres. Elle avait ajouté un minuteur de cuisine. Elle avait ramené tout ça dans son sac à dos sans que Barbara ou Tiffany ne se doute de rien. Elle avait pris connaissance du terrain, tracé son itinéraire du jour J.

Depuis le début, elle avait laissé de faux-indices en rentrant le soir. Des tickets du MFA, des reçus de sandwiches et de clam chowder à Faneuil Hall qu’elle laissait trainer sur la table, les meubles.  Elle racontait comme elle avait fait le Duck Tours, comme elle s’est bien amusée. Hahaha. Et les cours d’anglais ? A oui, les cours d’anglais, du tonnerre. Heureusement que Barbara n’avait pas essayé de tester ses progrès. Elle se serait demandé ce à quoi elle passait ses journées.

Le soir, elle fermait sa chambre a clé, allumait son portable et se connectait avec Z.  
Toute seule, elle ne l’aurait pas fait, Même pas pour faire payer toutes les fois où elle avait entendu la sale chanson de Brassens dans son dos. Ensemble, avec Z sur Zoom, et un tuto sur YouTube elles avaient fabriqué l’engin.

Pendant qu’elles travaillaient, Z lui réexpliquait comme le but était de déstabiliser le patriarcat et que l’idéal était de vivre à distance des hommes, de s’organiser dans la non-mixité.  Z, féministe radicale coréenne originaire de Seoul vivait et étudiait actuellement à Boston. La ville américaine avait été déterminée par le groupe que menait Z comme le meilleur endroit pour se faire entendre à l’échelle mondiale. L’Ile-de-France où vivait Fernande était déjà trop souvent ciblée.
Fernande avait rencontré Z par internet quelques années auparavant. Un jour de colère envers des étudiants qui l’avaient ostracisée et un prof homme qui n’avait pas pris son travail au sérieux, elle était entrée sur un forum ou sa colère avait été validée et des oreilles sympathisantes l’avaient écoutée. Le temps était passé, mais pas la colère. De Forum en Forum, elle s’était radicalisée, jusqu’à ce qu’elle se lie avec Z. A cause de ses compétences en informatique et de son implication évidente dans la cause, Fernande avait été désignée comme agent d’action. Elle s’était d’ailleurs portée volontaire. Dans sa famille, personne ne connaissait son engagement et le prétexte du stage de langues était passé comme sur des roulettes.

Il est temps que les féministes fassent parler d’elles, lui répétait Z.  L’action radicale des femmes est possible et urgente.  Dans ses conversations avec Z, Fernande avait observé la capacité des femmes à s’organiser collectivement, l’importance cruciale qu’elles apportaient à la politique, et leur façon et leur devoir de porter leur lutte politique dans la rue. « Il n’y a pas de poire sans poirier » disait encore Z.

Dans le bus qui la conduisait à Boston, elle sentait le poids de la cocotte-minute sur ses genoux. Quand ils disaient que la place des femmes était à la cuisine… Elle avait préparé un sacré ragoût. Un vrai pot-au-feu. Dehors défilaient les commerces poussiéreux qui bordaient Route 1 et qu’elle voyait tous les matins, et le grillage de l’autre coté qui séparait la route. Devant-elle, une femme somnolait, écouteurs aux oreilles. Dans le siège d’à côté, deux jeunes hommes papotaient :

Eh, tu la connais, celle-là : » Comment est-ce qu’on garde une blonde sous la douche toute la journée? On lui donne un shampooing qui dit « laver, rincer, répéter ».

Hahaha ! Très bon. Et celle-là tu la connais :

Pourquoi la blonde a-t-elle été renvoyée de l’usine M&M?  Elle jetait tous les «W».

C’était mignon, pensait-elle, pas bien méchant.  Mais c’était le début du cancer qui continuait de ronger la population masculine, et même féminine. C’était tout un état d’esprit qu’il fallait changer.

On arrivait dans la ville. Le prochain arrêt la gare des bus de South Station, en plein dans le centre-ville. De là, elle allait prendre le subway pour Boylston Street. Elle connaissait son chemin par coeur.

Dans quelques heures, elle rencontrerait Z pour la première fois. La bombe, elles comptaient la poser à même le sol, près des grilles métalliques séparant la foule des coureurs. Puis elles reprendraient leur chemin respectif, ni vu-ni connu, Z dans la chambre d’étudiante, Fernande chez Barbara. Et puis quelques jours plus tard, la France.

« Sois ambitieuse ! » se répètait-elle. Si tout marchait comme prévu, dans moins d’une heure, on entendrait un bruit étrange et beau.


Fernande

On the bus to Boston Fernande was holding her backpack on her knees. Barbara had dropped her off at the bus station as she had every day for the past two weeks.

Have a nice day! Be careful, avoid the Marathon there will be crowds! They gave each other a peck on the cheek.

How naive she is, Barbara, though Fernande. Kind, helpful. And so simple.

Fernande was wearing the “We are each other’s courage” t-shirt. The one Z. had given him.

The marathon, in fact, was where she was going. Each year an international crowd gathered along the city’s main arteries on the third Monday in April to run, or watch the marathoners run over 42.195 km. She had no plans to run, Fernande, walk on her hands, or ride a pedicab.

“If not me, who will? And if not now, when? She repeated silently to herself.

When Barbara told her her office stories in the evening – for example about her boss and his coffee, or the guy who gave her dirty suggestions, she had to restrain herself not to spill the beans, which would mess everything up.

Fairly recently Barbara came home from work in a fury.

The IT guy walks past my desk and says “Smile!” then he keeps staring at me. Are you kidding me? Why would I smile at him? Because women are here for decoration purposes? We don’t know each other, as far as I am concerned. And I even have big doubts about his skills! I’ve been waiting weeks for a program he has yet to give me.

Besides, Barbara had heard that the employee’s salary was way too high for his position. And for Barbara to get angry, you had to really push her. She said she was speechless for a while and then said, “Tell me a funny story!” “The IT manager was not happy with the response, and Barbara was a little worried for her position, because of retaliation. Maybe the boss would find out. But Fernande congratulated her. She had refrained hard from exclaiming, “Sister, you are a super-vulva too! Don’t you realize that you are a victim of patriarchy? Can’t you see how they have no respect for us, how they think we’re stupid ? “

Super-vulva, that’s what they called each other on the Megalia platform. Megalia was where Fernande met Z. Later they switched to Womad, a radical lesbian feminist space.

But here, she had to keep her composure at all times. Leave no doubt, keep Barbara out of it all, to protect her and the little one. Everything had gone well from the start. Barbara had given her a key to the bedroom door and surely did not have the double.

She had made the bomb from homemade black powder and small objects good for shredding (steel balls, nails, metal fragments.). Little by little she had collected them in hardware stores here and there. At Macy’s she had bought a pressure cooker of about six liters. She had bought a kitchen timer. She had brought all this back in her backpack without Barbara or Tiffany suspecting a thing. She had reconnoitered the terrain, traced her D-day itinerary.

From the beginning, she had left false clues when she came home at night. She had left MFA tickets, receipts for sandwiches and clam chowder at Faneuil Hall lying on the table, the furniture. She told stories of how she had gone on the Duck Tours, how much fun she had had. Hahaha. What about English lessons? Yep, the English lessons, amazing. Luckily Barbara hadn’t tried to test her progress. She would have wondered what she was spending her days on.

In the evening, she locked her room, turned on her cell phone and connected with Z.

On her own, she would not have done it. Not even to make them pay for all the times she had heard Brassens’ dirty song behind her back. Together, with Z. on Zoom, and a tutorial on YouTube they had made the device.

While they worked, Z explained to her how the goal was to destabilize patriarchy and that the ideal was to live at a distance from men, to organize a single-sex community. Z. was a Korean radical feminist from Seoul who currently lived and studied in Boston, which had been determined by the group Z. led as the best place to be heard on a global scale. The Ile-de-France where Fernande lived was already too often targeted.

Fernande had met Z. on the internet a few years earlier. One day of intense anger with students who had ostracized her and a male teacher who did not take her job seriously, she had signed in a forum where her anger had been validated and sympathetic ears had listened to her.

Time had passed, but not the anger. From Forum to Forum, she had become radicalized, until she bonded with Z. Because of her computer skills and her obvious implication in the cause, Fernande had been appointed as agent of action. In truth, she had volunteered. In her family, nobody knew of her commitment and the pretext of the language course had raised no question.

It is time for feminists to be heard, Z told her. Radical action by women is possible and urgent. In her conversations with Z, Fernande had observed the ability of women to organize collectively, the crucial importance they placed in politics, and their way and duty to take their political struggle to the streets. “There is no pear without a pear tree,” said Z.

On the bus that took her to Boston, she felt the weight of the pressure cooker on her lap. They said the place of a women was in the kitchen… She had made a hell of a stew. Outside she watched the dusty shops that lined Route 1 pass by, the same she saw every morning, and the fence on the other side that separated the road. In front of her, a woman dozed, earphones in her ears. In the next seat, two young men were chatting:

Hey, you know that one, “How do you keep a blonde in the shower all day?
Give her a shampoo that says “wash, rinse, repeat”.

Hahaha! Very good. How about this one:

Why was the blonde fired from the M&M factory?
She was throwing away all the “W’s”.

They thought it was hilarious. It was cute, she thought, not too bad. But it was the onset of a cancer that continued to plague the male population, and even women. It was a whole state of mind that needed to be changed.

They were arriving in the city. Next stop would be South Station, right in the city center. From there she would take the subway to Boylston Street. She knew her way by heart.

In a few hours, she would meet Z. for the first time. They intended to place the bomb right on the ground, near the metal grids separating the crowd from the runners. Then they would resume their respective paths, incognito, Z to her student room, Fernande to Barbara’s. And then a few days later, France.

“Be ambitious! She repeated to herself. If everything went as planned, in less than an hour there would be a strange and beautiful noise.

LA VRAIE JOURNÉE DES FEMMES

Pour l’Agenda Ironique de Mars, nous abordons le Féminisme radical. (Haussement de sourcil de mes lecteurs/lectrices.) Je propose donc ici une tranche de vie qui aborde mes réflexions philosophiques et presque métaphysiques sur le sujet, avec des chiasmes et des anaphores.

Pour les détails de la commande, voici l’adresse : https ://josephinelanesem.com/2021/02/28/nous-sommes-le-courage-lune-de-lautre/

La vraie journée des femmes

Vendredi 8h. Barbara se gara à l’arrêt de l’autocar qui transportait les voyageurs de l’aéroport. Elle avait eu peur d’être en retard. « La ponctualité est la politesse des rois », était un des dictons qui forgeaient sa personnalité. Le déplacement inhabituel à la gare après avoir déposé sa fille à l’école et avant le trajet pour le travail la déstabilisait.

Elle attendait une personne qu’elle n’avait jamais vue. La nièce d’une amie française, une des rares qu’elle avait gardées depuis qu’elle avait fait sa vie aux États-Unis. « Ma nièce s’est inscrite à un programme linguistique pour son cursus universitaire » avait écrit Valérie.  Elle a besoin d’une famille d’accueil. J’ai pensé à toi. »

Barbara avait dit oui. La compagnie de la jeune fille lui ferait du bien, ainsi qu’à Tiffany, six ans, qui était fille unique depuis que son frère était parti faire ses études. Elle pourrait loger dans une pièce jamais finie faute de temps. Elle avait eu le projet d’en faire une chambre d’amis, centre de méditation, puis studio de danse, atelier de peinture pour Tiffany, salle de gym, atelier de couture, puis re-centre de méditation. Mais la pièce avait surtout été au cours des années un débarras

« And today is Women’s day… » annonça une voix à la radio. Barbara eut une pensée pour les suffragettes qui avaient précédé sa génération : elle leur devait le droit de vote, son compte en banque, sans parler de la propriété de sa maison. Elle pensa aussi à la quasi-nouveauté des femmes au volant et eu envie d’allumer un cigare.

Finalement, une jeune-fille apparu de derrière le bus, très jeune, cheveux noirs mi-longs, visage ovale rappelant Valérie. Elle repéra Barbara et pris sa valise.   

A cause du nom, Barbara s’était attendue à une robe de fermière, des sabots remplis de paille. « Fernande ? »  Mais la jeune-fille était très moderne, et portait les mêmes vêtements que les filles qu’elle voyait autour d’elle. Jean troué, débardeur à fines bretelles.

« Fernande, Je dois travailler, alors je vais vous déposer à la maison, vous pouvez faire comme chez vous et visiter un peu si vous voulez et nous parlerons ce soir ? » Barbara aurait vraiment dû prendre toute la journée de congé, elle le savait, et montrer à la fille qu’elle était la bienvenue. Elle donnait mauvaise impression mais ne pouvait pas faire autrement. De congés pas assez, et trop d’emploi du temps.

« Vous devez être fatiguée, avec le décalage horaire ?» La fille regardait à travers les vitres de la voiture. « Pas trop. » répondit Fernande « Je ne savais pas que ça serait comme ça. Il n’y a pas de gratte-ciel. » Barbara avait décrit sa situation géographique à son amie, mais peut-être qu’elle n’avait pas bien compris.

« Ah oui, ici c’est la cambrousse. Quand vous irez à Boston Vous en verrez, des gratte-ciels. » Elle arrêta la voiture et donna les clés à la fille. « Installez-vous. Je serai de retour ce soir. » La fille regardait la maison et Barbara ne savait pas si elle avait l’air déçue. Peut-être qu’elle s’était attendue à une maison plus luxueuse.

À 10 h, Barbara glissa sa carte dans le compteur de l’entreprise, s’assis à son bureau et alluma l’ordinateur. Première chose : préparer du café pour le patron. Le geste avait pris beaucoup plus d’importance dans son rôle qu’elle ne l’aurait pensé lors de son entretien d’embauche une décennie auparavant, l’employée qui partait lui avait dit « Je le fais par plaisir ! Il est si gentil, il a tant fait pour moi. Je lui apporte du café à 8h00 quand il arrive et un autre un peu plus tard. » Barbara avait hoché la tête avec enthousiasme à chaque détail de la description du poste. Après six mois de chômage elle était soulagée au-delà des mots. Le travail n’était pas idéal, ni le long trajet avec péage, mais elle avait un emploi.

Bientôt, Johnny, le garçon d’entrepôt faisait son entrée en souriant niaisement, balançant les hanches, parodiant un acte de strip-tease, s’approchant de son bureau, puis s’y accoudant comme à un bar. «Puis-je avoir les clés de la camionnette ? » Tous les vendredis depuis dix ans, il répétait le même acte. Tous les vendredis depuis dix ans, Barbara ne savait comment réagir à la farce qui la mettait mal à l’aise. D’un côté, elle appréciait son jeu comique. D’un autre côté, elle ne voulait pas encourager de familiarité indue, ni de fausses idées. Elle se tourna vers le tiroir en réprimant un sourire et lui donna la clé du fourgon.

Le directeur du marketing était en visite ce jour-là et passa l’après-midi à discuter de nouveaux projets. Au milieu de l’après-midi, ils l’appelèrent et, sans la regarder, l’envoyèrent acheter des piles, d’une taille spéciale. Barbara récupéra les clés de la voiture de société et se mit à la recherche de la pile. Après trois tentatives, elle trouva l’objet dans une pharmacie déserte à l’éclairage glauque puis retourna au bureau.

À 16 h 30, elle verrouilla ses armoires et pointa à l’horloge. Elle prit la route de la maison, puis s’arrêta pour prendre Tiffany chez sa gardienne. Elle fit un autre arrêt à l’épicerie pour acheter de la dinde hachée. Elle ferait une boite de Hamburger Helper. Avec des brocolis à la vapeur. Elle avait oublié de demander à Fernande si elle avait des allergies alimentaires.

« Bienvenue en Amérique ! TGIF ! » s’exclama Barbara en ouvrant la porte. La fille sorti de la salle de bain, les cheveux enveloppés dans une serviette, le corps également enroulé dans une serviette. “Voici Tiffany. Je vois que vous avez trouvé les serviettes ! Bravo. Nous dînerons dans 30mn.”

La jeune fille l’interrompit : : “Est-ce que je pourrais me coucher maintenant ? Il est presque minuit en France.” 

Même si elle avait attendu avec impatience la visite, Barbara sentit que Fernande avait raison. Elle se mit à chercher des draps et emmena la fille à sa chambre. « Voici votre palais. Vous y serez tranquille. » Barbara poussa le vélo, le radiateur d’appoint, l’humidificateur, une boîte de livres qu’elle avait l’intention de donner, et deux caisses de vêtements d’hivers. Une fois dégagé, le lit apparu. La fille avait l’air déconcertée mais Barbara essaya de ne pas s’en apercevoir. « C’est confortable, tu verras. Je peux te dire tu ? Je dors ici de temps en temps.»

21h30 – Comme d’habitude, une fois couchée, Barbara prit son livre sur sa table de chevet ; comme d’habitude, épuisée, elle sentit ses yeux se fermer, et comme d’habitude, elle sentit le sommeil l’emmener, loin, très loin.

Samedi 7h00.

Le soleil poignarda Barbara dans l’œil. Samedi… Glorieux week-end ! Elle aurait enfin le temps de nettoyer la litière du chat, de faire la lessive. Elle se rendrait à la meilleure boulangerie pour leurs baguettes françaises et leur pain aux olives. Encore une fois elle n’allait pas pouvoir visiter la salle de sport. Les trois séances hebdomadaires qu’elle avait réussi à coincer dans son emploi du temps ne se matérialisaient pas. Et pourtant elle passait toute la journée sur une chaise, ce qui était une recette de désastre, comme chacun savait. Mais c’était ce que son employeur voulait, et pour ce quoi il la payait. Barbara repoussa la pensée comme un sacrifice mineur et temporaire.

Fernande était assise était à la table en train de tricoter quand Barbara sortit de sa chambre. « Je me suis levée très tôt. Je ne voulais pas te réveiller. »

« C’est le décalage horaire des premiers jours. Qu’est-ce que tu tricotes ? »

Elle plaça un muffin aux myrtilles devant la fille. Fernande avait bien dormi, elle tricotait un bikini avec le portrait de Che Guevara. Elle était prête à s’attaquer à ses cours. Barbara avait un peu espéré que la jeune fille aiderait à s’occuper de Tiffany de temps en temps, mais il s’avérait que les cours d’Anglais étaient quotidiens.

« Eh bien, je te déposerai à l’arrêt de bus le matin et je viendrai te chercher le soir. » Comme elle entamait son muffin, elle commença une liste sur un carnet : « Freedom Trail, Museum of Fine Arts, Faneuil Hall, Duck tours »

« Qu’est-ce que c’est les tours canard? »

« C’est une flottille de véhicules de guerre amphibiens maintenant utilisés pour les visites touristiques. On arrive par la route et on descend dans la rivière Charles. Ça éclabousse un peu. Tu devrais aussi aller voir un ballet au Boston Opera Ballet ou aux Boston Pops. … Tiffany et moi ne passons pas beaucoup de temps à Boston. Tu devrais en profiter. » 

La fille avait pris la liste. « Merci. »

En descendant la poubelle sous l’escalier, Barbara avait calculé qu’elles auraient le temps de déjeuner avant le cours de danse de Tiffany.

14h00 – Pendant la leçon de piano de Tiffany, Barbara et Fernande avaient longé la rue bordée de boutiques, typique de la Nouvelle-Angleterre. Elles s’étaient arrêtées à la librairie locale. Au travail, Barbara rêvait toujours de longues heures de loisirs, de lecture à sa guise. Elle espérait toujours, jamais elle ne pouvait.

Mais l’heure était passée. Il était temps de rentrer.

17h30 – Penchée au-dessus de la table, Barbara déchiffra l’écriture en cursive sur le col du t-shirt qu’elle pliait. « Riez des règles ! Laissez-vous rêver ! » C’était son propre t-shirt et elle n’avait jamais remarqué ces mots sur le col. Elle avait empilé le linge juste sorti du séchoir sur la table de la cuisine pour faciliter le pliage. Un autre t-shirt qu’elle ne connaissait pas disait : « Nous sommes le courage l’une de l’autre ». « Il est chouette, ton t-shirt ! » lança-t-elle par-dessus son épaule Fernande qui regardait l’écran de télé à côté de Tiffany sur le canapé. La fille ne l’entendit pas.

Pour le dîner, elles mangeraient des restes, si elles avaient faim. Barbara pensa aussi qu’elle devrait trouver un compagnon. Quelqu’un de gentil qui l’aiderait. Elle s’imagina comme la statuette qu’elle avait vu dans une boutique Hallmark, une fille à tête de chat buvant un martini, mi-allongée sur un canapé.

« Nous ne sommes pas des fleurs, nous sommes un incendie ! » surgit alors dans sa tête comme un autre slogan potentiel de t-shirt. C’est vrai, elle leur montrerait à tous de quoi elles étaient faites, elle, Tiffany et Fernande, levant le poing. Elles exploseraient comme un baton de dynamite dans Tom et Jerry, et mettraient le feu partout !

Surprise par sa propre conflagration, ayant un peu perdu l’équilibre, Barbara se remis au pliage et emmena le panier à l’étage dans la chambre de Tiffany.

 ——-

Rien de très radical ici. Je vous ai bien eu ! Je n’ai pas de théories, sauf que je suis moins pour la division des hommes et des femmes, que la coopération des gens en général.

Note : Fernande. Barbara et Tiffany sont des personnages de fiction, tout comme cette histoire.  

Illustration: Boston Duck Tours

DRAGONS DE FEVRIER

(ma contribution à l’Agenda Ironique de Février, voir ci-bas pour les détails)

Dragons de Février,” disait l’horoscope : ”Vous aimeriez bien vous emparer de l’objet de votre convoitise… » Puff poursuivi sa lecture, accroché par l’amorce. Etendu sur son lit de mousse dans sa grotte, près du feu, il se pencha plus près du magazine. En effet, l’objet de sa convoitise, ces temps-ci, était un objet précis – un fromage au lait de buffle bien méphitique qu’il avait vu (et senti) à l’étalage d’un fromager le jour précédent lors de sa visite en ville. La porte était entrouverte, il avait capté des fumets plus que savoureux.

 « Mais un moins que-rien entend vous en contester la jouissance… » Puff était bluffé. Comment était-il possible qu’un « Monsieur Saturne » autoproclamé puisse si précisément refléter sa situation du moment ? L’astrologie était pour lui le baragouin d’une moulinette à farce. On allait nous faire avaler que les étoiles influençaient les évènements de nos vies ? Que tous les dragons nés en Février, par exemple, montraient des caractéristiques similaires ? En haut de la colonne l’auteur disait : « Le Dragon porte un arc et tire ses flèches. Il sait où il va et se montre combatif ! Sur sa monture, il avance dans la vie, a de l’ambition et défend sa liberté. L’élément feu lui donne toute l’énergie nécessaire afin de relever les défis ! Sociable, le Dragon possède beaucoup d’humour. » 

Pas faux. Mais Il n’était pas astro-sensible, Puff. Plutôt sceptique. Ceci-dit, il se trouvait que l’objet en question était en effet, protégé dans la vitrine par un gros oiseau noir, genre pie ou corbeau. Donc un moins que rien, normalement, pour un dragon.  Il n’avait pas osé s’en approcher. L’oiseau dans la vitrine le regardait comme s’il allait lui crever les yeux.

« Mais, ami Dragon, mercure rétrograde pendant tout le mois (c’est à dire qu’il circule dans la direction opposée à la planète terre) se traduit par un blocage à tous les niveaux, et vous n’avez aucun goût pour la force brute !»

En plein dans le mille ! Puff se remémorait la veille – la queue entre les pattes, au lieu de sortir la grande artillerie, il s’en était retourné piteusement, honteux de sa veulerie. Un simple corbeau empaillé ! D’une certaine manière, ceci expliquait celà.  C’était la faute à mercure. C’était rassurant. Sa bravoure légendaire n’était nullement remise en cause – mais cette réaction simplement causée par l’alignement sournois des étoiles !  

Et de surcroit, ça voulait dire que le mois prochain, les planètes auraient tourné, et avec elles l’obstacle.

« Mercure rétrograde n’a rien de négatif. Contrairement aux croyances, cette période offre surtout l’occasion de réfléchir pour mieux appréhender l’avenir et repartir de bon pied ! »

A la lecture de ces mots de la fin, Puff éprouva un énorme soulagement, et en lâcha deux petits ronds de fumée de plaisir. Souvent, on ne savait plus trop. De joie, il se mit à chantonner en remuant la queue : « Quand on arrive en ville… Tout l’monde change de trottoir…”  sa chanson-thème des bons jours. Il piocha délicatement deux petites crottes de biche dans le petit sac de papier qu’il avait à ses côtés, agita les pieds dans la vase, et reprit sa lecture.

Ce mois-ci, l’Agenda Ironique se passe chez Frog, ici : https://frogsblog7.wordpress.com/2021/02/02/hydres-et-chimeres-agenda-ironique-de-fevrier/

“Un temps pour lancer des pierres…”

Aujourd’hui, une nouvelle (donc fiction) pour l’Agenda Ironique de Novembre (voir détails plus bas).

« Un temps pour lancer des pierres… »

Un peu déroutée d’être sans emploi, à la maison, je fouillais Facebook sur mon portable, en chaussons, mon chat sur les genoux. J’avais d’abord jeté un coup d’œil aux anciens collègues, mais sans grand intérêt. Puis je me suis mise à penser plus loin. Les gens importants de ma vie, qu’étaient-ils devenus? Ceux que j’avais connu, qu’avaient-ils fait de leurs vies ? J’ai vécu la moitié de ma vie en expat, loin de mon pays, et je n’ai pas gardé d’amis d’enfance, ni d’université. Comment c’est arrivé, je n’en sais rien. Il semble que la trajectoire prévue de mon destin ait cafouillé à un moment. J’ai construit ma vie ailleurs.

Certains visages et certains noms revenaient en mémoire – qu’avaient-fait Isabelle, ma copine d’université, ou Hélène que j’avais rencontré en Angleterre… Et puis j’ai poussé encore plus loin. Pourquoi pas Olivia ? Olivia si jolie, du Cm1-Cm2. Je revoyais un joli visage rond et des couettes de cheveux châtain, lisses et brillants. A la sortie de l’école, sur le chemin du retour, elle m’enseignait des mots d’espagnol. Sa mère était espagnole. Olivia m’avait invitée chez elle, j’avais vu la magnifique maison dans le centre-ville, avec une verrière donnant sur un beau jardin vert. Toutes les deux rêvions de danse classique et avions passé l’après-midi à faire des pas de danse dans le jardin d’hiver.

Pendant que je revoyais ces images, le moteur de recherche avait trouvé trois noms, mais je l’avais reconnue. A travers les trois décades qui nous séparaient dans le temps, les traits de la petite fille d’alors apparaissait sur une photo, à peine changés. Comme si les yeux de l’enfance avaient déjà entrevu l’adulte.  Sur fond de posters marketing, elle se tenait debout, entourée d’homme et de femmes en costumes et tailleurs d’affaires. Souriant comme une fleur épanouie. Aucune information sur sa vie de famille, je ne trouvais d’elle que des détails concernant sa carrière, Directrice d’une division d’une grande ville. Un poste important. Ah, je le savais bien, qu’elle irait loin. Cent amis, sur Facebook. Sauf que là, je la rattrapais, j’en avais 111.

Mais ce que je voulais savoir, c’était ce qu’était devenue Anna… Anna… Anna Podoton. La troisième roue du carrosse.

Je vénérais Olivia, éblouie par son père médecin, sa mère si belle à l’accent dansant, sa maison, et sa vie enchantée. J’étais arrivée dans une nouvelle ville, nouvelle école, désorientée, déboussolée, et puis j’avais rencontré Olivia. Nous marchions et bavardions ensemble jusqu’à ce que nos chemins se séparent à ma station de bus. Elle continuait sa route à pied. Tous les jours elle m’apprenait de nouveaux mots, nous échangions de nouveaux pas de danse.

Puis Anna était arrivée. D’une autre école. Comme elle venait de bretagne, elle et moi avions des points communs, des bribes de chansons, des noms de village. Olivia et moi avions accueilli la nouvelle-venue dans nos jeux.

Mais les choses n’étaient plus très claires dans ma mémoire. Si je revoyais le visage rond d’Olivia, je ne retrouvais pas bien celui d’Anna. Je me souvenais que ce visage était plus dur, si l’on peut parler de dureté à l’âge de dix ans, mais peut-être que certains traits existent déjà dans l’enfance. Puis les choses avaient commencé à changer. Peu à peu j’avais vu les deux filles se rapprocher.

Je ne m’étais pas rendue compte comme ces souvenirs étaient restés si clairs et vivides. Mon anniversaire. Olivia et Anna dans le salon de ma maison de banlieue. Tout heureuse, j’étais fière de leur montrer ma dinette et ses petites tasses délicates. J’avais demandé à maman d’acheter une brioche pour l’occasion. La grande porte-fenêtre était ouverte sur des arbres printaniers. Puis l’image d’Anna écrasant sa brioche dans la tasse de thé, salissant la table d’un air dégouté, gâchant tout. J’avais réalisé avec horreur que l’amitié que j’avais cru trouver en elle n’était que mépris. Oh, je n’avais pas tout de suite compris.

Au cours des jours qui suivirent, j’avais continué à sortir de l’école avec Olivia, et nos jeux en trio avaient continué dans la cour de récréation. Comment peut-on accepter ou anticiper la perte de l’innocence ? Je n’avais pas vu les choses venir. Je n’avais que dix ans.

Mais qu’étais devenue Anna ? Mes recherches sur FaceBook n’aboutissaient pas. J’avais déroulé la liste des amis d’Olivia mais n’avais vu de familier que le nom d’une autre petite fille de l’école avec qui j’avais aussi été amie, mais certainement pas avec la même ferveur. Je me rappelais certains détails – l’appartement du centre-ville où Sabine vivait, sombre et humide, les toilettes qui sentaient la pisse, et surtout, l’image de sa mère. Certaines femmes de ces années-là, tout juste autorisées à porter le pantalon, s’étaient mises à une mode de porter ces pantalons si serrés à l’entrejambe qu’ils faisaient voir toutes sortes de plis, mais devaient aussi être si inconfortables que celles qui les portaient semblaient avoir le même sourire pincé en forme de grimace. Je me rappelais d’elle au fourneau, nous faisant crêpes au citron. Mais je ne m’étais pas attardée sur le profil de Sabine, qui souriait sur sa photo, entourée d’enfants et d’un homme au regard satisfait.

Je voulais savoir ce qui était arrivé à Anna. Son nom n’apparaissait nulle-part.

Un soir, comme nous étions sorties des murs de l’école, elles avaient commencé à se séparer de moi et à accélérer le pas. J’avais essayé de les rattraper quand j’avais vu Anna se baisser comme pour ramasser quelque chose. Puis juste après, elle s’était retournée et m’avait lancé une pierre. J’avais vite compris qu’une sorte de guerre avait commencé. Anna et Olivia s’était maintenant mises à me lancer des pierres. Olivia, si douce, si gentille. J’étais restée en arrière.

Mon laptop sur les genoux, je revivais le moment. La tristesse et la surprise, l’incompréhension. Si je n’avais jamais su la raison du geste des deux filles, j’avais compris que j’avais perdu à jamais l’amitié d’Olivia. Et que le monde était cruel. Et que les amitiés étaient faibles et que la trahison était aussi banale que les Chocos BN dans les cours de récré.

Un popup sur l’écran n’arrêtait pas d’interrompre ma recherche et de bloquer ma vue: « Bretzel liquide ! » Accueillant presque la distraction de mes sombres souvenirs, je jetai un coup d’œil sur le produit qu’on essayait de me vendre. « A base de notre blé le plus blond et de fraiche levure, notre bière brassée soigneusement en petite quantités dans notre belle Alsace n’est autre qu’un délicieux Bretzel liquide ! Venez le déguster ! » Je ne bois pas de bière, mais je concevais pendant quelques secondes le concept de pain liquide. Un souvenir de Bretzel acheté au comptoir d’une camionnette à la gare de Bruxelles revint à ma mémoire et à mes papilles, sa texture moelleuse sous la peau lisse et brune, le craquant du gros sel.

Après l’épisode, j’avais erré seule, désolée, dans la cour à l’heure de la récré. Plus tard j’avais tenté une amitié avec Sabine, mais sans succès. Puis le temps avait passé. Par la suite, je n’avais jamais eu beaucoup d’amies.

J’allais laisser-là ma recherche, futile somme toute. Peut-être Anna était-elle devenue chirurgienne, sous le nom de son mari, fouillant dans les corps avec un scalpel, ou même dans les cerveaux. Peut-être avait-elle disparu à l’autre bout du monde fuyant la police. Comment pouvait-on disparaitre à l’heure des réseaux sociaux ?

C’est alors qu’apparut un nouveau résultat. Avis de décès : Anna Podoton, archéologue. Selon toute apparences, il semble que l’archéologue, qui faisait des fouilles dans une carrière de Loire Atlantique, ait été victime d’une avalanche de pierres accidentelle. Assommée par les premières pierres, elle n’aurait pas survécu à l’averse qui aurait suivi. Son corps a été retrouvé enseveli sous un amas de pierres.

L’annonce datait de quelques années auparavant. Anna n’avait laissé derrière elle qu’un chien.

FIN

« Ceci est une œuvre de fiction. Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé serait purement fortuite»

*************

Ce texte est ma contribution à l’AGENDA IRONIQUE de Novembre, qui se tient ici :

Il fallait, comme contrainte, faire un (ou plusieurs) anapodotons, ainsi que d’employer l’expression « Bretzel liquide ». Et puis bien sur s’inspirer du thème « Un temps pour chaque chose », comme il est dit dans l’Ecclésiaste III.


And now for my anglophone readers:

A Time to Throw Stones…

Unused to be unemployed, homebound, I was browsing Facebook on my laptop, in slippers, with my cat in my lap. I had looked up some colleagues first, but without much interest. Then I started to think further down le line. The important people in my life, what had become of them? Those I had known, what had they done with their lives? I have lived half my life as an expat, far from my country, and I have not kept any childhood or college friends. How this happened, I do not know. It seems that the intended course of my fate had screwed up at one point. I had made my life elsewhere.

Faces and names came to mind – what about Isabelle, my college friend, or Helene, who I had met in England… And then I pushed it even further. How about Olivia? Olivia so pretty, from Elementary school. I saw a pretty round face and chestnut brown pig tails, smooth and shiny. When we left school on our way home, she taught me Spanish words. His mother was from Spain. Olivia had invited me to her home. I had seen the beautiful house in the city center, with a glass veranda overlooking a beautiful green garden. We both loved ballet and spent the afternoon dancing in the winter garden.

While I was reviewing these images, the search engine churned out three names, but I recognized her. Throughout the three decades that separated us in time, the features of the little girl appeared in a photo, hardly changed. As if the eyes of childhood had already caught a glimpse of the adult. She stood, against a backdrop of marketing posters, flanked by men and women in business suits. Smiling like a blooming flower. No information about her family life, I could only find details of her career, Director of some division in a big city. An important position. Ah, I knew she would go far. She had a hundred friends, on Facebook. I caught up with her on that field, I had 111.

But what I wanted to know was what happened to Anna… Anna… Anna Podoton. The third wheel of the coach.

I worshiped Olivia, dazzled by her doctor father, her beautiful mother with the singing accent, her house, and her enchanted life. I had arrived in a new city, new school, confused, lost, and then I had met Olivia. We walked and chatted together until our paths parted at my bus station. She continued her journey on foot. Every day she taught me new words, we exchanged new dance steps.

Then Anna had arrived. From another school. As she came from Brittany, she and I had things in common, bits of songs, village names. Olivia and I had welcomed the newcomer in our games.

But things started to cloud up in my memory. If I saw clearly Olivia’s round face, I couldn’t quite see Anna’s. I remembered her face was harder, if you can speak of hardness at the age of ten, but maybe some features already exist in childhood. Then things started to change. Gradually I saw the two girls getting closer.

I hadn’t realized how vivid my memories were. My birthday. Olivia and Anna in the living room of my suburban house. Giddy with joy, I was proud to show them my dinette and its delicate tea cups. I had asked my mom to buy a brioche for the occasion. The large French window was open to spring trees. Then the image of Anna crushing her brioche in the teacup, smearing the table with disgust, ruining everything. I had realized with horror that the friendship I thought I had found was nothing but contempt. Oh, I didn’t get it right away.

Over the next few days, I had continued to walk out of school with Olivia, and the trio games continued on the playground. How can we accept or anticipate the loss of innocence? I hadn’t seen it coming. I was only ten years old.

What had become of Anna? My FaceBook research was unsuccessful. I had scrolled down Olivia’s list of friends but had only seen the name of another little girl with whom I had been friends, but certainly not with the same fervor. I remembered certain details – the downtown apartment where Sabine lived, dark and damp, the toilets smelling of piss, and most importantly, the image of her mother. Some women in those years, barely allowed to wear pants, had started to wear them so tight in the crotch that they showed all kinds of creases, but those pants also had to be so uncomfortable that their wearer had the same wince-like smile. I remembered her at the stove making us lemon pancakes. But I did not dwell on Sabine’s profile. She was smiling in the picture, surrounded by children and a man with a satisfied look.

I wanted to know what had happened to Anna. Her name did not come up.

One evening, as we had come out of the school walls, they had started to separate from me and walk faster. I had tried to catch up with them when I saw Anna bend down to pick up something. Then right after, she turned and threw a stone at me. I quickly realized that some kind of war had started. Anna and Olivia were now throwing stones at me. Olivia, so sweet, so kind. I had stayed behind.

My laptop on my knees, I relived the moment. Sadness and surprise, incomprehension. If I had never known the reason for the two girls’ actions, I understood that I had lost Olivia’s friendship forever. And that the world was cruel. And that friendships were weak and betrayal was as common as mid-afternoon snacks on the playgrounds.

A popup on the screen kept interrupting my search and blocking my view: “Liquid pretzel!” Almost welcoming the distraction from my dark memories, I clicked on the product they were trying to sell me. “Made of our lightest wheat and fresh yeast, our beer carefully brewed in small quantities in beautiful Alsace is practically a delicious liquid pretzel! Come and taste it!”  I don’t drink beer, but I was considering the concept of liquid bread for a few seconds. The memory of a pretzel bought from a van at the Brussels train station came back to my memory and taste buds, its soft texture under the smooth brown surface, the crunch of coarse salt.

I was going to stop my futile research there. Perhaps Anna had become a surgeon, wearing her husband’s name, rummaging through bodies with a scalpel, or even into brains. Perhaps she had disappeared halfway around the world fleeing the police. How could we disappear in this age of social media?

It was then that a new result appeared. Obituary: Anna Podoton, archaeologist. In all appearances, it seems that the archaeologist, who was excavating a quarry in Loire Atlantique, was the victim of an accidental avalanche of stones. Stunned by the first stones, she would not have survived the downpour that followed. His body was found buried under a pile of stones.

The announcement was made a few years ago. Anna had left a dog behind.

THE END

 “This is a work of fiction. Any similarity to actual persons, living or dead, or actual events, is purely coincidental.”

AGENDA IRONIQUE d’OCTOBRE

AGENDA IRONIQUE D’OCTOBRE 2020

LES RESULTATS?

Comme d’habitude, je n’irai pas par quatre chemins. Selon les votes, la gloire du mois revient indubitablement à :  Laurence Délis.

Et le prochain hôte est désigné comme étant : en ex-aequo Verojardine, Laurence Délis, Tout l’opéra ou presque, et Carnets Paresseux. Comment faire ? Je vous laisse décider 

* * *

t sans transition, nous passons à Octobre. Le temps passe vite.
Je viens de retrouver dans un tiroir de mon bureau un petit jeu de carte mexicain. Comment ces cartes ont-elles atterri là ? je ne sais pas. Ce qu’elles veulent dire? Je ne sais pas non plus. Alors j’en ai tiré quatre, et je vous propose ce qui suit:

Ecrivez une histoire (ou poème ou autre) dans laquelle votre personnage se dirige en huit différentes étapes, vers la source d’une forte odeur. Cette histoire devra intégrer les quatre éléments suivants :

Règles du jeu pour les nouveaux qui souhaiteraient participer : postez votre œuvre sur votre propre blog, puis copiez-collez le lien en commentaire de cette page-ci, en bas. La date limite est le 26 Octobre 2020, et le vote pour le texte préferé suivra. On votera aussi, séparément, pour le prochain gentil-organizateur.

P.S. : L’Agenda Ironique, comme son nom l’indique, a quelque chose à voir avec le temps qui passe, le calendrier, et puis une touche d’ironie si possible.

Illustrations: GALLO de Don Clemente PASATIEMPOS GALLO, S.A.


Oyez oyez, Bonnes gens !!

C’est l’heure de la recap finale de l’Agenda autumnal :

Emmanuel Glais nous propose :
https://emmanuelglais.blogspot.com/2020/10/matutinal-et-bien-habille.html

moi-mëme, pour vous servir :
https://victorhugotte.com/2020/10/07/maitre-renard-et-le-corbeau/

un épisode du feuilleton du fameux Onésime! de Gibulène :
https://laglobule2.wordpress.com/2020/10/07/onesime-et-le-mexique-agenda-ironique-doctobre-2020/

Tout l’opera ou presque nous emmène en tournée interactive musicale et mondiale à découvrir ici : https://toutloperaoupresque655890715.com/2020/10/20/un-voyage-en-huit-etapes/

Verojardine nous fait planer et bourdonner ici :  
https://poesie-de-nature.com/2020/10/25/pourtant-ca-sent-bon/

La plume fragile nous fait carrément un cours magistral en dégottant les origines du malin : https://professorramos.blog/2019/07/24/el-catrin-the-man-in-many-forms/

Laurence Délis nous propose une très belle renaissance :
https://palettedexpressions.wordpress.com/2020/10/26/comme-une-renaissance/

et pour clore le tout 

Carnets Paresseux nous évoque l’odeur de la pluie au Mexique : https://carnetsparesseux.wordpress.com/2020/10/26/lodeur-de-la-pluie-au-mexique/