LES PICKPOCKETS EN FRANCE

Deux poèmes pour le prix d’un !
En français d’abord puis un autre en anglais. Lequel préférez-vous ?

LES PICKPOCKETS EN FRANCE

Cours de français de 18 h 30
au centre d’éducation pour adultes.
Genoux et pieds d’âge mûr sagement aligné
sous les bureaux en stratifié et tubes d’acier
gravés des initiales et de l’ennui de collégiens.

À un moment donné, après la leçon sur l’imparfait,
mes élèves grisonnantes se tournent l’une vers l’autre
et échangent des regards complices ;
l’une d’elles lève la main, et dans son meilleur français demande :
« Peut-on parler des pickpockets ? »

« Des pickpockets ? » bégayé-je, perdant le mien.
Je pense au jardin paisible de mes parents,
les ciels ouverts de ma terre natale,
le soleil sur les vagues de la rade de Lorient,
un goéland fondant sur une patelle.

Faisant fi de l’enseignante stupéfaite,
elles passent à l’anglais et hochent la tête,
Évoquant les manœuvres récentes et sournoises
-dignes d’Oliver Twist, des malfrats
et partageant des conseils sur les nouveaux sacs résistants aux coups de cutter.

J’avais oublié leur point de vue de touristes,
côtoyant l’ennemi en pays étranger
où elles pratiquent la langue avec peine
et traînent leurs sacs bananes
au milieu de la foule dans les catacombes ou au pied de la tour Eiffel.


LES PICK-POCKETS

It’s the 6 :30 pm French class
at the Adult Education center.
Mature knees and feet lined up
under the laminate and tubular steel desks
carved with initials and boredom of middle-school kids

At some point after the Imparfait lesson
my white-hair pupils turn to each other
and exchange excited glances.
One raises her hand :
On peut parler des pick-pockets?

Pickpockets? I stutter, losing my French
My France is my parents’ serene garden
the open skies of my homeland
the sun on the waves in la Rade de Lorient
I picture a seagull swooping down to a limpet

Bypassing the stunned teacher
they blurt out in English and nod to each other
exposing the latest-known, treacherous
Oliver Twist-like maneuvers
and sharing advice on new slash-proof bags.

I forgot that as tourists
they rub elbows with crafty thieves
work hard to practice the language
and trudge with their fanny packs
in the catacombs or the crowds beneath the Eiffel Tower.


Photo #1 : Photo by Mathias Reding on Pexels.com
Photo #2 : Photo by David Levinson on Pexels.com

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