CARTE POSTALE

Carte postale de la salle d’attente du département de radiographie d’un petit hôpital de la Nouvelle Angleterre

Je devais revenir pour un diagnostic, ce que je repoussais et repoussais et repoussais encore. Finalement, j’ai cédé. J’ai pris rendez-vous un beau jour dans un accès de productivité. Je n’avais pas vraiment peur, et je ne sentais pas l’urgence non plus, n’empêche que ça me pesait un peu comme une sourde menace, de ne pas avoir fait ce qu’on attendait de moi. J’en ai eu, des biopsies. Même avec anesthésie locale, sur table d’hôpital, il y a vingt ans. Le médecin m’avait dit en mettant les derniers points de suture : « Enjoy ! »
Après ça, je n’ai plus eu l’occasion de me faire ouvrir le sein (il faut bien en parler, ce n’est pas drôle). Heureusement. Mais de temps à autre, il faut revenir, parce qu’ils voient mal quelque chose. Donc je retourne, je me refais écraser les chairs, et puis au final, fausse alerte.

En ce beau matin de Janvier, ciel bleu sans nuages.
Je suis un peu en avance, mais le personnel est là. Dans la salle d’attente bien chauffée, des magazines sur les petites tables entre les chaises.
Je fourre mon sac et ma doudoune dans le petit casier et j’enfile un petit haut de coton vert cru léger et ample, qui s’ouvre sur le devant. Je rejoins une autre dame assise sur une chaise, vêtue du même costume.
La salle d’attente est ensoleillée, avec toute une vitre qui donne sur la neige encore fraîche dehors, et quelques voitures.
Ceci prend l’air d’une mini-aventure dans mon quotidien bien réglé : départ tôt le matin, autoroute, bureau pendant huit heures, autoroute dans le noir, puis maison.
Je jette un coup d’œil sur les magazines. Je n’achète plus de magazines depuis longtemps. Je ne sais plus quand.

People mag, couverture trash, photos de soi-disant stars dont je n’ai jamais entendu parler. Bon, parfois je regarde. Mais quel gâchis de papier, quel gâchis d’énergie pour tout le monde.

Là, je prends Glamour (couverture bof), et tiens, un Pregnancy, pour me replonger dans la jeunesse et les grossesses. Surtout pour voir comment le monde et la mode ont évolué. Il y a tout un art pour mettre en valeur un ventre rond. Pas que mon ventre soit exactement rond, mais c’est pour sortir un peu des clichés : maigre, ou Taille plus. Quand on sort des sentiers battus, il peut y avoir de jolies trouvailles.
… toute une page de nouvelles pompes à lait… des conseils de celles qui sont passés par là, des remarques rassurantes, ou bien le contraire : ”pour moi la péridurale a été bien plus douloureuse que les contractions… » Franchement, est-ce qu’elles ont besoin de toutes ces obsessions avant un accouchement ? Est-ce que donner naissance ne devrait pas être un évènement naturel ? Maintenant que nous pouvons, avec les médias, les magazines, les fabriquant de matériel, de vêtements, de médicaments, on en fait tout un magazine. Oui c’est vrai, moi aussi, je suis passée par là. Est-ce que je n’avais pas envie de tout lire pour être préparée à mort ?
Si. Donc je ne peux rien dire. Mais je suis bien contente d’être une ancienne. Le prochain bébé que je tiendrai dans mes bras sera celui d’une de mes filles. Rien qui me tente côté habillement (des collants jaunes ?), je ne rate rien.

Prochain magazine, Glamour. Non, franchement, ça ne me parle pas. Une fille en robe imprimée de graffiti criards. Le magazine du dessous pas plus attirant, trop de blanc et de doré.
Sur la table d’à-côté, par contre, un magazine Elle version américaine, plus épais, couverture plus sombre. Un peu plus de profondeur.
Je feuillette.
Pas mal.
Maquillages : peau clair, rouge à lèvres rouge vif…. Oui… pas mal, surtout dans le magazine.
Aghrr : une fille, mais je dis bien une fille, l’âge de ma fille, 13 ou 14 ans, assise sur une banquette de voiture, pour vendre une crème anti-rides. Peut-être que le plus vieux truc de marketing marche encore.
Je tourne la page.
Une jeune femme aux cheveux mi- longs, teint pâle, rouge-à lèvres rouge-vif elle aussi dans une chemise ample à rayure (je sais, le truc de la chemise blanche de base Vogue) et un jean. Celle-là retient mon attention. Et puis en m’attardant, mes yeux filent vers le bas. Je lis « La parisienne .» Et voilà ! Pas étonnant, j’avais inconsciemment reconnu mes racines : le teint pâle qui s’assume et ne se cache sous aucun bronzage, les traits de crayon fins et légers, le chic simple et discret, avec l’élégance d’Audrey Hepburn. Je me donne mentalement une petite tape sur le dos pour me féliciter d’avoir passé le test.

Et puis après, haha, Brigitte Macron. On la voit avec son mari, bras dessus, bras-dessous, dans la cour de l’Élysée, comme s’ils allaient acheter une baguette ensemble à la boulangerie du coin.
Elle porte (je détaille parce que c’est important, on est dans un magazine de mode) : un jean, et une sorte de veste. Enfin je vois surtout le jean. Comme elle a de longues jambes… Bon, je ne vais pas copier le style, mais ça me rend toute heureuse de voir ce couple ici dans la salle d’attente du département de radiographie de l’hôpital de ma petite ville de Nouvelle Angleterre.
Voilà. J’avoue. Moi aussi je suis sous le charme de Brigitte Macron. Je la trouve belle. Quelle personnalité ! Quelle allure ! Quel style ! Mais comment fait-elle pour avoir ces cheveux-là, ce teint-là ? Ce sourire !
Je veux vieillir comme elle, si ça peut s’appeler vieillir.
Je commence à lire l’article, en me disant que je vais être obligée de chouraver le magazine si je n’ai pas le temps de finir.
Il y a une télé au mur qui m’empêche de me concentrer sur les paroles de Brigitte. Elle dit : « Non, je ne me sens pas comme une First Lady. C’est un terme américain, ça. D’ailleurs, je ne suis ni la première, ni la dernière. Et puis je ne suis pas une Lady. »
Ça sonne juste. Si j’étais à sa place, je ferais la même chose.

Interruption pour ce pour quoi je suis venue. J’espère que quelqu’un d’autre ne va pas prendre la magazine que je laisse sur la chaise.

Ouch !
Stop breathing.
Breathe
Now turn around

Ouf, le magazine est toujours là à la bonne page.
Elle parle de son mariage, bien sûr. Elle s’émerveille aussi, comme nous.
Ses livres de chevet ? Rimbaud, Baudelaire, et Flaubert : Mme Bovary.
Peut-être qu’elle raconte ça à l’intervieweur pour l’audience Américaine qui reconnaitra facilement ces œuvres ? Peut-être. Enfin, je veux bien la croire. Ça lui va bien, très classique. Ça me va très bien aussi.
Je soupire d’aise. C’est bon quelquefois de se sentir française quand on est dans une salle d’attente pour une mammographie dans un petit hôpital dans une petite ville de la côte Est des Etats-Unis.
Maintenant que j’ai fait une petit tour à l’Elysée, je tourne la page.

Parfois il y a des histoires vécues intéressantes. Celle- là, je ne sais pas si je vais la lire. Le titre attire mon attention tout en me repoussant, mais la présentation noir et blanc m’attire quand même. «”What It’s Like To Pay For Sex For The First Time.”
Oui, au fait. Les hommes ont toujours fait ça. De quoi ça a l’air, de l’autre côté ? Tiens, ça me rappelle quand j’étais mariée (il me semble que j’avais pensé à quelque-chose comme ça.)
Alors je lis.
La fille n’y va pas par quatre chemins.
Elle raconte ça assez vite (ça tient en une page) et elle ne s’embarrasse pas de trop de scrupules. Elle teste pour nous, alors je la suis dans la folle équipée.
Humm. Alors c’est comme ça que ça se passe ?
Deux ou trois détails : oui, ils s’embrassent. A un moment il y a le mot « tendrement. » Et puis quatre orgasmes : trois pour elle et un pour lui. Bon. Et puis après il part comme il était venu. L’expérience lui a quand même coûté mille dollars en tout. Elle dit que ça lui donne un petit secret, un peu plus de confiance en elle.

C’est à ce moment-là qu’on me rappelle pour voir le radiologiste.
La tète encore pleine de ce monde quand même alternatif, où l’expérience traverse des frontières très privées, je me présente en tenant mon petit top vert mal fermé. Vulnérable.

« Alors… ce que nous voyons… ce sont des choses bénignes… il faut revenir dans six mois. »

Bon. Soulagement quand même. Je quitte la salle d’attente ensoleillée, l’Elysée, la chambre expérimentale de la fille aventureuse, et je retourne au bureau et à ma vie quotidienne.
Presque des petites vacances.

* * *

Postcard from the Waiting Room of the Radiography Department of a Small Hospital in New England

I had to come back for a diagnosis, which I had pushed back again and again. I finally gave in and made an appointment one unusually productive day. I was not really scared, and did not feel any urgency, but the idea of not doing what was expected of me hung over me like a threat. I had biopsies in the past. One with local anesthesia, on a surgery table, twenty years ago. “Enjoy! ” the doctor had told me while putting in the last stitches.
After that, I no longer had the opportunity for open-breast surgery. Thankfully. But from time to time I had to come back because they saw something on the mammogram. So I went back, let them squeeze my flesh, and it was a false alarm every time.

Today is a beautiful January morning, blue sky and no cloud.
I’m early, but the staff is already here. In the well-heated waiting room I glimpse magazines on small tables between chairs.
I stuff my bag and my jacket in the narrow locker and put on a loose-fitting bright-green cotton top opening on the front, then join a lady sitting on a chair wearing a matching outfit.
The waiting room is sunny, with windows looking out on the still fresh snow outside, and a few cars.

This feels like a mini-adventure in my well-ordered daily life: early morning departure, highway, office for eight hours straight, highway in the dark, then home.
I take a look at the magazines. I do not buy magazines anymore. I don’t remember when I stopped.

People mag, trashy cover, pictures of so-called stars that I have never heard of. Sometimes I have to settle for it when there’s nothing else. But what a waste of paper, what a waste of energy for everyone, I think very loud.

Today, I pick up Glamour (OK cover), and Pregnancy mag, to return to my youth and its pregnancies. Mostly to see how the world and fashion have evolved. There is an art to highlight a round belly. Not that my belly is round, but I am tired of the “skinny, or plus size” clichés. When you think outside the box, there can be some nice finds.
… a whole new page of new milk pumps … advice from those who have been there, reassuring remarks, or the opposite: “for me the epidural was much more painful than the contractions …” Frankly, do they need all these obsessions before a delivery ? Should not giving birth be a natural event? Now that we can, with the media, magazines, equipment manufacturers, clothing, pharmaceutical industry, we make it into a magazine. OK, so I too have been there, reading everything to be prepared to death.
So I can’t say anything. But I am very happy to be past this. I think the next baby I hold in my arms will be one of my daughters’. Nothing tempts me on the clothing side (yellow tights?), I do not miss anything.

Next magazine, Glamour. No, frankly, it does not speak to me. A girl in a bright graffiti print dress. The magazine underneath isn’t more attractive, too much white and gold.
On the side table, on the other hand, lies the American version of Elle, thicker, darker cover. A little more depth.
I leaf through.
Not bad.
Makeup: light skin, bright red lipstick …. Yes … not bad, especially in the magazine.
Aghrr: a girl, but I mean a girl the age of my daughter, 13 or 14, sitting on the back of a car, to sell an anti-wrinkle cream. Is the oldest marketing thing still working?
I turn the page.
A young woman with medium-length hair, pale complexion, bright-red lipstick again, in a loose striped shirt (I know, the old Vogue white-shirt staple) and jeans. This one holds my attention. And then lingering, my eyes go down. I read “La Parisienne.” There you are! No wonder, I had unconsciously recognized my roots: the confident pale complexion that hides under no tan, fine and light pencil lines, simple and discreet chic with the elegance of Audrey Hepburn. I mentally give myself a pat on the back at having passed some test.

And then, aha, Brigitte Macron. We see her with her husband, arm in arm, in the courtyard of the Elysée palace, as if they were going to buy a baguette together at the local bakery.
She wears (it’s important because we are in a fashion magazine): jeans, and a kind of jacket. I see mostly the jeans. What long legs … Well, I’m not going to copy the style, but it makes me very happy to see this couple here in the waiting room of the x-ray department of my little town’s hospital in Nouvelle England.
There you have it. I admit. I too am under the spell of Brigitte Macron. I find her beautiful. What personality! What allure! What style! How does she get that hair, that complexion? That smile!
I want to age like her, if that can be called aging.
I start reading, thinking that I will have to steal the magazine if I do not have time to finish.
A blaring TV on the wall prevents me from focusing on Brigitte’s words. She says, “No, I don’t feel like a First Lady. It’s an American expression, isnt’ it? Besides, I am neither the first nor the last. And I’m not a lady. “
It sounds right. If I were in her place, I would do the same.

Interruption for what I came here for. I hope no-one grabs the magazine I leave on the chair.

Ouch!
Stop breathing.
Breathe
Now turn around

Whew, the magazine is still there at the right page when I return.
She talks about her marriage, of course. She marvels, too, like us.

Her bedside books? Rimbaud, Baudelaire, and Flaubert: Madame Bovary.
Maybe she says that for an American audience who will easily recognize these French classics? Perhaps. Yet, I want to believe it. It suits her well, very classic. It suits me very well too.

I sigh with pleasure. It is so good to feel French in the waiting room of a small hospital in a small town on the east coast of the United States waiting for a mammogram.
Now that I have visited the Elysée palace, I turn the page.

Some personal stories are interesting. I don’t know yet if I’m going to read this one. The title catches my attention while pushing me away, but the black and white presentation keeps me reading. “What It’s Like To Pay For Sex For The First Time.”
True enough, men have done just that forever. What does it look like on the other side? It reminds me of when I was married (it seems to me I had a similar thought at some point.)
So I read.
The girl doesn’t beat about the bush.
The story fits on one page and the author does not struggle with too many scruples. She tested for us, so I follow her in the experiment.
Hmm. So is this how it happens?
Two or three details: yes, they kiss. At one point the word “tenderly” appears. And then four orgasms: three for her and one for him. OK. And then he leaves as he came in. The experience cost her a thousand dollars all in all. She says it gives her a little secret, a tad more confidence in herself.

That’s when the radiologist calls me back.

My head still full of alternative worlds where experiences cross very private borders, I step in, clutching my unattached little green top.

So … what we see … these are benign calcifications … just come back in six months.”

Good. Relief after all. I leave behind the sunny waiting room, the Elysée palace, the adventurous girl’s experimental bedroom, and return to the office and my daily life.

Almost a mini-vacation

SI J’ETAIS TOI

L'Etoile

Si j’étais toi, un soir au clair de lune
J’irais à la rivière – j’apporterais deux cruches :
Une de liquide jaune, une de liquide bleu
Et je dénouerais mes cheveux

Je m’agenouillerais sur une planche rouge
Et avec le liquide jaune, baptiserais mon pied droit
J’essaierais tant bien que mal avec l’autre cruche
De protéger ma modestie
Mais il n’y aurait que les étoiles
Pas de loup ni d’agneau en vue
Juste un corbeau malingre sans renard ni fromage.

Alors je resterais là un moment
Le genou presque dans l’eau douce
Et je penserais que je suis bien petite
Là, sous les étoiles
Mais je prendrais quand même toute la place sur l’image
Et là je comprendrais que tout est à sa place

Alors je prendrais la cruche de liquide bleu
Que je verserais sur mon corps
En signe de conclusion
et ainsi de bleu vêtue
Je deviendrais invisible dans l’aube bleue
Et peut-être imbue d’autres pouvoirs singuliers
Que je ne connaitrais pas encore

Et avec mes cruches vides
Je rentrerais à la maison.

 

Superwoman_(Earth_11)_001*

Et voila ma contribution à l’Agenda Ironique de Janvier.

AGENDA IRONIQUE 2018

UNE PLUIE D’ETOILES, ET DE CONSEILS
Bonne année à tous !
L’AGENDA IRONIQUE de Janvier 2018 a voyagé jusqu’à chez moi (c’est-à-dire très loin) cette année. Pour l’occasion, et pour fêter ça, j’ai sorti mon turban, ma boule de cristal et mon vieux paquet de cartes.
Et voilà ce que j’ai pêché pour vous : l’Arcane XVII : l’Etoile.

L'Etoile
Vous n’y connaissez rien en Tarot ? Moi non-plus. Alors bonne occasion d’imaginer ce que veut bien vous dire cette jeune femme blonde au brushing assez réussi, agenouillée sous une pluie d’étoiles multicolores et peut-être filantes.
Elle vous donne dix conseils pour la nouvelle année. Vos dix bonnes résolutions en quelque sorte.
Peut-être de boire plus d’eau ? (la main droite) ou de vin rouge ? (la main gauche).
A vous de nous dire tout ça sous forme de poème à forme fixe ou non.
Il devra commencer par : Si j’étais toi…

Comme d’hab, les textes devront être publiés sur vos blogs respectifs, en indiquant qu’ils participent à l’Agenda Ironique du mois de Janvier, et leurs liens envoyés en commentaire du présent article.
Vous avez jusqu’à 24 pour envoyer les textes.
Votes du 25 au 30.

Proclamation des résultats le 31 Janvier.
Je vois… je vois… une année qui commence en beauté et en joie, ma boule de cristal ne ment pas !

H – HOSPITALITE

CHANTAL DES GRANDS FROIDS

Il ne suffisait pas d’aller
Jusqu’au Carré Saint Louis !
Là-haut à Montréal
Voilà qu’elle nous parlait
De son Abitibi, Chantal du B&B
« Vous connaissez la Gaspésie ? »
Nous avait-elle dit alors
La Gaspésie ? Gasp !
J’y voyais les grands froids
Et des traineaux de chiens
De plaines encore plus froides
Que le Paradis blanc
Des nouvelles frontières
Où l’on n’a qu’à s’éteindre
Slowly pris par la glace
Euthanasiés de froid
Glaçons de larmes aux yeux
Les mains dans des mitaines
Tricotées par kanuks
Des tribus des Micmacs
De contrées plus arctiques
Au nord du Nanavut

Mettez-donc votre tuque !
Votre quoi ? Votre tuque !
Chantal nous répondait
Quasi du tac au tac
Venant de Gaspésie
Prouvant qu’on ne mourrait
Et que même on naissait !
Là en Abitibi
Peut-être dans un igloo
Mais qu’elle s’était quand même
Ramenée ici-bas,
Là au carré Saint louis
Avec son mari, Prof d’histoire érudit
A l’UQUAM à côté
A qui elle chuchotait
La nuit sur l’oreiller
Des histoires de grands froids
De grands chiens aux yeux bleus

Elle nous parla mitaines
Et puis d’Abitibi (l’os des tibias des chiens
Morts de froid la nuit)
Et des tuques tricotées
Par les aborigènes
Des aurores boréales
Qui ne m’attiraient guère
Chantal des grands froids.

***

Les grands froids commencent en Nouvelle Angleterre. Par coïncidence, je voulais parler de l’hospitalité des Montréalais. Peut-être parce qu’ils passent la majeure partie de l’année à l’intérieur, au chaud, ils ont un sens de l’hospitalité. Un sens de la décoration intérieure aussi. Quelque chose de chaleureux qu’on ne trouve pas dans les pays où l’on passe le temps à l’extérieur.
Il s’agit ici de Chantal, qui tenait un B&B (peut-être encore) avec son mari.
Tuque : bonnet de laine.

G – Grec: Le goût des Baklavas de Montréal

Vous ne savez pas quel goût il a, mon Canada

Vous ne savez pas le goût des bleuets, des rôties

Sur le menu loufoque à Sherbrooke

Etudié pour la première fois

Après plusieurs jours d’auto-stop

Dans des camions d’Hostess Twinkies

Ou avec des  preachers  commerciaux.

Il a le goût de l’aventure

De la jeunesse

Et aussi et surtout,

Le goût du Baklava

Que nous avions acheté

Avec les pièces qui nous restaient

Dans le petit restaurant Grec

De la rue St. Denis, Ste Catherine, ou avenue Papineau

Qui en avait des ronds, des carrés

Des triangulaires, des aux noix ou aux pistaches

Bref, le Baklava qui nous avait fait

Eclater de rire

de bonheur

A tout ce miel,

Toute cette richesse

Que nous portions encore en nous à cette époque.

Evidemment il y a toujours des Grecs à Montréal

Mais il n’y aura plus jamais nous.

F – Les Filles du Roy

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The Arrival of the French Girls at Quebec, Charles William Jefferys [Public domain], via Wikimedia Commons

Cette semaine, mon billet sous forme de pitch de film:

“Si vous êtes comme moi, vous aimeriez bien tout savoir sur Les filles du Roy, ces filles et jeune-femmes françaises qui, sous le règne de Louis XIV, ont traversé l’atlantique pour se marier avec les colons déjà installés et ainsi peupler le Québec.
Vous aimeriez voir ce film sous forme de romance bien ficelée, sur grand-écran, avec un énorme budget et des recherches historiques pointues pour recréer les costumes, les paysages et les conditions de vie réelles.

Si ce film existe déjà, alors corrigez- moi.
Sinon, il faudrait le créer.

C’est vrai, nous nous posons sûrement les mêmes questions :
Quel âge avaient-elles ?
D’où venaient-elles ? Orphelinats, hôpitaux ?
Quel était l’état d’esprit de ces femmes?
Partaient-elles contre leur gré ?
Pourquoi étaient-elles prête à laisser leur pays derrière elles ? Qu’espéraient-elles ? Cherchaient-elles l’aventure ? L’amour ?
Avaient-elles un choix ?
Avaient-elles perdu tout espoir en France ?
Peut-être était-ce une motivation matérielle ? La dot offerte par Louis XIV?
Avaient-elles peur ?
Savaient-elle qu’il fait froid au Québec et que ce n’était pas Paris ? Etaient-elles préparées ?

Toutes questions auxquelles je n’ai pas trouvé de réponse satisfaisante malgré mes propres recherches (relativement) intensives.
Ensuite, à l’arrivée, qui étaient ces hommes qui les attendaient ?
D’où venaient-ils ?
Quel était leur état d’esprit, qu’attendaient-ils ?
Etaient-ils endurcis par les difficultés de leur propre voyage, par la colonisation d’un nouveau pays, le labeur de la terre, en plus du climat rigoureux du Québec ?
Faut-il les imaginer abrutis par l’alcool ou héroïques? capables de tendresse et de délicatesse envers une femme ?
Etaient-ils attirés par l’idée de fonder une famille ou plutôt poussés au mariage par convoitise de cette fameuse dot royale? En quoi consistait-elle ?

Comment se rencontraient-ils ? Speed-dating ? bals?
A quoi tout ça ressemblait-il?
Et ensuite, la vie de ces femmes à l’arrivée.
Leurs espérances étaient-elles satisfaites ?
S’adaptaient-elles ? Trouvaient-elles le bonheur ?
Il faudrait voir tout ça.

Voici donc ma proposition de film :

Titre du film : LES FILLES DU ROY
Genre : Long métrage, Film historique Franco-Canadien à grand budget
Casting: équivalents français actuels d’Isabelle Adjani, Juliette Binoche, et Sophie Marceau
Lieu de tournage : Versailles, Paris et province de 1663 à 1673 ; Montréal à la même époque.

Personnages principaux :
Perrine : fille du Roy, orpheline
Jeanne : fille du Roy
Madeleine : fille du Roy
Marguerite Bourgeoys : Fondatrice des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame

Thème : Les destins fictif (ou romancés) de trois Françaises recrutées tout comme un millier de jeune filles pour peupler la Nouvelle France, basé sur un fait historique du 17e siècle.

Synopsis : En 1663 trois orphelines sont appelée sous Louis XIV à joindre le nombre des filles envoyées au Québec pour se marier avec les colons et fonder des familles. L’histoire suit les trois jeunes filles pendant 1) leur recrutement, leurs hésitations à l’idée d’un déracinement et d’une situation forcée dans un nouvel environnement, et la vision d’une vie différente ;
2) les 21 jours de la traversée en mer pendant lesquels elles se rencontrent et forment des amitiés ;
3) leur découverte de la Nouvelle France, sa géographie, ses habitants, et surtout les colons français. Leur hébergement dans l’ordre créé par Marguerite Bourgeoys. Les soirées organisées pour que les filles et hommes à marier se rencontrent.
Des couples commencent à se faire.
Et là, paf ! super-idylle de star !
Happy ending !

Le box- office explose !”

Qu’en pensez-vous ?
L’auriez-vous fait, le voyage ?

Je joins un lien avec plein d’info sur le sujet historique :
http://ssjb.com/filles-du-roy-et-meres-de-tout-un-peuple/
et un autre
http://www.migrations.fr/700fillesroy.htm

Objets trouvés

Collage surrealiste

 

 

 

 

 

 

Une boite de méli-mélo a été retrouvée
Ce matin à la cafeteria (quel fatras !)
Nous saurions gré au propriétaire de bien venir la chercher
Certains objets bizarres ont été identifiés
Vous n’êtes pas sans savoir que la direction
S’oppose au désordre : nous cherchons l’ordre avant toute chose.

Nous avons des suspicions quant à qui a laissé ces trucs
Nous ne voulons pas pointer du doigt
Il serait bien qu’il se désignasse lui-même
Nous croyons reconnaitre son melon et sa pipe
Mais au fait, s’agit-il bien d’une pipe ?

Nous aurions bien commenté sur le sens de cette débauche
Mais ce n’est pas la place dans ce mémo.
Disons seulement que c’est un beau désordre
On pourrait même dire que les choses ont été placées artistiquement
Le couvre-chef au milieu… La perspective…

Nous n’avons pu nous empêcher, entre nous,
D’analyser le contenu, de pencher la tête sur ce tas
De nous gratter la gourde, et le genou
Et d’en tirer des conclusions : d’abord cette nymphe à poil ?
Et la pipe qui flotte ?

Nous avons pensé ceci :
Pipe : symbole de l’intellectuel de gauche
Pomme : symbole de Maurice Chevalier
Et puis nous avons séché.

Finalement nous avons fait appel à un critique d’art
(Certes certifié dans l’art de la Renaissance)
qui nous a bien confirmé qu’il s’agirait
De La boite dont sortiraient Tous les maux de l’humanité
Sous forme de ces symbolibelots en forme d’allégorie.
Il faudrait y voir :
La fainéantise – sur son canapé (prétendant ne pas avoir de pieds pour ne pas avoir à marcher)
La peur – que le ciel vous tombe sur la poire (le melon)
L’addiction (la pipe)
Les lumières atténuées de la raison et de la vérité (Le lampadaire, tout petit petit, au loin)
Le manque de maturité (la pomme : même pour une Granny Smith, elle est verte)
L’indécision, (le pépin qui ne sait pas s’il est dedans ou dehors)
Et l’anarchisme (les bottes prêtes à écraser le feu rouge).

En partant, au pas de la porte, il (le critique) nous a balancé cette phrase sibylline :
« Nom d’une pipe en boite, il ne faut plus prendre les parapluies pour des sirènes !»
Il avait l’air bien énervé.

Alors, nous avons tout remballé,
La pomme, les pompes, la pipe, les ombres. Le luminaire.
Le parapluie, le galure et la feignasse.
Prière au coupable que ce message concerne
De venir récupérer la boite sans délais.

Signé : La direction

C’était dur mais je l’ai fait : ma réponse au concours de l’Agenda Ironique de ce mois-ci.

 

D – CELINE DION

Tim Hortons Monreal

Nous avions sauté la lettre D ? Pas si vite.

Considérations variées sur le thème de Céline Dion.

Visite de la basilique Notre Dame à Montréal
En cherchant en ligne un hôtel à Montréal, j’avais remarqué qu’ils affichaient tous une photo de la Basilique Notre Dame de Montréal à la fin des photos des chambres.
Je n’avais jamais pensé auparavant à visiter la cathédrale. La religion Catholique, je ne suis ni pour, ni contre, bien au contraire. J’ai grandi dedans. Mais je me suis retrouvée adulte sans dénomination précise.
Les images m’ont donné envie de visiter cette basilique.
Je me suis donc rendue à Place d’Armes. Dehors une magnifique façade sur un espace imposant.
Dedans, une magnifique nef, lumière atténuée filtrant à travers de beaux vitraux compliqués ; sur les murs, des scènes bibliques; la voûte un ciel bleu-nuit couvert d’étoiles d’or (chacune une feuille d’or pur). Et surtout devant, admirable point focal : une lumineuse source de bleu céleste sur laquelle se profilent des dentelles de bois, comme un palais à étages composé de niches encadrant des statues représentant des scènes telles que le couronnement de la vierge.

Et c’est à ce moment que la guide qui s’adresse au groupe remarque que « c’est dans cette basilique que Céline Dion a célébré son mariage en 1994. »
Reconfiguration des données comme le ferait mon GPS. Les références changent soudain de registre.
Céline Dion ? Tiens ? Ah, mais oui. Rêve de petite fille. Conte de fées. Bien sûr.
Soudain, les lumières savamment installées derrière les statues, tous les fastes et les dorures et les étoiles au ciel, me donnent l’impression étrange que je me trouve à Las Vegas. Je m’attends à voir les trapézistes du Cirque du Soleil débouler dans le ciel étoilé.

Céline Dion en voiture
Je n’écoute pas beaucoup les chansons de Céline Dion mais j’en connais car il y a eu des moments où il était difficile de l’éviter. Un peu avant Titanic. Des chansons qui passaient à la radio à Boston. Je ne sais pas exactement où je les entendais, peut-être dans les magasins que je traversais sur le chemin de mon travail d’intérimaire, à pieds dans les vieilles rues de Boston.

Plus tard, au volant d’une voiture, j’ai acquis un CD de ses chansons hyper-produites, aux arrangements somptueux comme on dit. Pourquoi ? Parce que j’avais envie de confort. Parce qu’écouter un CD de Céline Dion, c’est une ballade dans un autre monde (que le mien) – le temps d’une chanson, on a trois piscines dehors, un palace de trente pièces et des studios d’enregistrement calfeutrés à l’intérieur. On se sent un peu seul, mais sans plus aucun soucis matériel. On baigne dans des canapés profonds et moelleux, et dans la piscine.
Mais il fait bon en sortir, parce que je changerais la décoration assez rapidement. Tous ces murs sombres repeints en tons clairs par exemple. Enfin tout à revoir.
Je la vendrais même, la demeure, je rachèterais autre-chose. A Paris.
Ca fait du bien de changer d’univers, de sentir la sécurité, la chaleur du luxe. C’est bon de sentir l’opulence. La richesse donne un sentiment d’expansion. C’est difficile à rendre avec une guitare acoustique, ou un seul piano.
C’est juste qu’au bout d’un moment, je trouve ça kitsch, ces paroles qui manquent un peu de profondeur, et puis tout le reste.
C’est bien aussi de ne pas avoir trop d’attaches matérielles.

Ziggy
A chaque fois que je traînais dans les rues de Montréal à la tombée du jour, en passant devant les magasins un peu louches de vêtements de soirée (jupes trop courtes, velours vermillon, cuir, grosses fermetures éclair, talons hauts, cuissardes imitation cuir) je pensais à Ziggy. Celui de la chanson.

A chaque-fois, je me posais des questions :
Pourquoi la fille se jetait sur lui dans la rue ?
D’abord, qu’est-ce qu’elle faisait, seule, dans la rue à quatre heures du matin ?
Une des danseuses exotiques de la rue Sainte-Catherine ? Mais ces filles-là ne se jettent pas sur les gens dans la rue, que je sache.
Et lui, Ziggy, ça ne le dérangeait pas que cette inconnue désaxée (que j’imaginais échevelée et vêtue des vêtements achetés dans les magasins locaux comme ces cuissardes en skaï lacées,) l’attaque de cette façon ? Il trouvait ça normal. Peut-être qu’il avait l’habitude. Blasé. Une de plus, une de moins… Ou bien il était très, très patient. Il venait de passer une excellente soirée à méditer dans un centre Zen, et il était plein de compassion et de sagesse qu’il pouvait déverser sur cette pauvre âme perdue.
Il l’invitait à prendre un café. Pas du tout recommandé au milieu de la nuit, et surtout pas pour les troubles de l’humeur. Mais passons outre.
« On s’est raconté nos vies. On a ri, on a pleuré. » Là, je ne vois rien de mal : session de thérapie improvisée. C’est cathartique. Il très possible que la paix se rétablisse d’elle-même par la suite. Mais après… il l’emmène danser ? j’espère que ce n’est pas la même nuit ! C’est l’effet de la caféine. Enfin, là on n’est pas sûr. Il y a un peu d’ambiguïté.
Lui avait l’air d’avoir une vie assez rangée, dans sa boutique de disque. Pas trop survolté, tout au moins pendant la journée. Son influence allait peut-être la calmer. Sauf qu’elle s’était maintenant trouvé un autre problème que la solitude : elle était amoureuse d’un homosexuel qui ne l’aimerait jamais. Le genre de fille qui a toujours un problème. Et puis il aurait fallu qu’elle prenne ses responsabilités. Dire « ce n’est pas de ma faute » c’est trop facile.

Enfin, je ne suis ni thérapeute ni mamie rabat-joie. Je regarde ça d’un peu loin d’un regard magnanime.
Voilà. Donc quand je traîne dans les rues de Montréal et que je me demande si je vais tomber sur Ziggy dans un Tim Hortons, je regarde aussi si je vais voir Céline Dion un peu décoiffée en face de lui, remuant son café avec sa petite cuillère. Peut-être que je suis un peu jalouse, parce que moi qui dors si bien, je manquerais sûrement quelque-chose.

Billet d’humeur : La Faute de l’abbé Mouret et Jeanne Moreau

 

Jeanne Moreau nous a quittés le 31 Juillet 2017 à l’âge de 89 ans.
Sa femme de ménage l’a trouvée morte au petit matin dans un fauteuil, chez elle, seule.

Commentaires sur YouTube : « Une telle star du cinéma, mourir seule, abandonnée de tous, sans famille, si c’est pas triste, quand même ! »

Deux ou trois choses que je sais d’elle :

Titres ou paroles de ses chansons :
On dit que je ne suis pas sage
Pas la bague au doigt
Et je fais l’amour, la nuit comme le jour

Ses films :
Les liaisons dangereuses
Jules et Jim

Son livre préféré :
La faute de l’abbé Mouret, d’Emile Zola
Qu’elle a lu à l’âge de sept ans.

Ce que j’en comprends ? C’est simple. Jeanne Moreau ne voulait pas être Albine. Albine qui meurt étouffée par les fleurs du jardin du Paradis terrestre.
Alors que Serge Mouret, lui, a continué à vivre, avec la mort d’Albine sur la conscience, même s’il avait l’approbation du clergé. Et probablement un contrat sacré avec son Dieu.

Mais seulement après avoir cédé à Albine et au jardin, comme s’il était tout à fait innocent, oubliant de façon très commode sa relation spéciale avec la sainte Vierge, ou simplement dans l’ignorance totale du genre humain et de la loi de la dualité en ce qui concerne les sexes. Une oie blanche, l’abbé Mouret. Et puis soudainement, on lui apprend que non, le jardin terrestre, c’est un péché !
Alors, grande découverte ! Et il parait se repentir de quelque-chose. On ne sait pas quoi, puisqu’il n’avait pas prémédité sa faute, puisqu’il était ignorant !

La pauvre Albine, elle, ne comprend pas non plus. Elle reste là, seule, dans le froid.

Tous les deux, donc, vivent un calvaire séparés l’un de l’autre, au nom d’un Dieu bizarre et pervers. Pervers et cruel.

Et comme elle avait mis toute sa vie dans son amour pour Serge Mouret, elle en meurt. Dans une savoureuse scène où Zola la montre empilant dans une chapelle les herbes odorantes cueillies dans son jardin pour en faire un somptueux lit mortuaire. Elle meurt asphyxiée par leurs parfums.

Entendu ailleurs : Jeanne Moreau dit « J’ai aimé, j’ai été aimée, maintenant je me repose. »

Parce que Jeanne Moreau a vécu, elle, au contraire d’Albine. Elle a vécu dans son jardin, à écosser les petits pois, parfois même.

Sans avoir à être dépendante d’un seul homme pour son bonheur, au cas où Serge Mouret se serait réincarné pour son bénéfice.
La leçon était apprise.

Si Jeanne Moreau est morte seule, c’est la faute de l’Abbé Mouret.

*

Ce billet d’humeur répond à une proposition d’écriture offerte par le blog Agenda ironique.
Je venais justement de relire La faute de l’abbé Mouret pour comprendre un peu Jeanne Moreau, qui avait raconté dans une interview que ce livre l’avait libérée.
A la vue du sujet, mon sang n’a fait qu’un tour et ce billet s’est écrit de lui-même.

E – EXPO 67

 

 

EXPO 67
Je voulais écrire un poème sur l’Expo 67 à Montréal
Poème qui aurait donné une idée de la foule ces jours-là
De la portée de l’effort : 62 nations représentées
Un portrait animé
De prouesses architecturales futuristes et colorées
A l’instar de la tour Eiffel, ou de l’aiguille spatiale de Seattle.

Escortée d’une hôtesse britannique
Vêtue d’une minijupe Mary Quant épurée
Sous un ciel bleu pastel parfait
J’aurais offert une visite guidée de la biosphère,
Ainsi qu’un aperçu des 90 pavillons
Et de leurs thèmes respectifs.

Mais sous un bourdonnement lancinant de haut-parleurs et de fanfare
Menant à une surcharge sensorielle
Qui m’aurait donné envie de rentrer chez moi et de me cacher
De l’avancement du monde tel qu’il était en 1967
J’aurais dû faire mon chemin à travers les foules,
A la recherche d’informations pertinentes pour ce poème –
Qui aurait fait allusion au thème principal
“L’homme et son monde” en petites touches et suggestions,

J’aurais aimé entre-autre offrir un aperçu
De Jackie Kennedy de dos
Et faire mention de la gaffe de Charles de Gaulle
A propos du Québec libre
Pour donner au lecteur une idée de l’énergie folle,
De l’excitation, optimisme en ébullition
Des découvertes scientifiques
Nouvelles vrilles de technologie tendues vers le ciel
Comme le germe impérieux d’une gousse d’ail dans mon frigo

Et Montréal dévoilant timidement sa grandeur au monde –

Mais j’ai été submergée par la quantité de travail qu’il aurait fallu abattre,
Les connaissances techniques et scientifiques et le vocabulaire à acquérir
Et un seul poème n’aurait pas été suffisant.

Alors je me suis juste mise là, comme Waldo dans la foule
Visiteuse parmi les 50306648 visiteurs
Là, sur le monorail rouge de La Ronde
Voyez, je vous fais signe de loin.

*

 E-EXPO 67

I wanted to write a poem about “Expo 67” in Montreal
Poem that would have given an idea of the crowd,
The scope of the efforts of 62 nations represented
A lively and exciting poem
With colorful futuristic architectural feats
Matching the Eiffel Tower, or the Seattle Space Needle.

Escorted by a British hostess
Wearing a clean-cut Mary Quant miniskirt
Under a perfect pastel blue sky
I would have offered a guided tour of the biosphere
As well as an overview of the 90 pavilions
And their respective themes

The throbbing buzz of loudspeakers and fanfare
Leading to a sensory overload
Would have made me want to go home and hide
From the advancement of the world then in 1967
While I made my way through the crowds
In search of relevant information for this poem –
Which would have referred to the main theme of
“Man and His World” in small touches and suggestions

I wanted among other things to provide a glimpse
Of Jackie Kennedy from the back
And mention Charles de Gaulle’s blunder
About free Quebec!
To give the reader an idea of the crazy new energy
the excitement, optimism, effervescence
Scientific discoveries and new shoots full of hope
New technology tendrils stretched to the sky
Like the imperious germ of a clove of garlic in my fridge

And Montreal shyly revealing its greatness to the world

But I was overwhelmed by the amount of work involved,
what with the acute technical and scientific knowledge and vocabulary
And one poem would not have been enough

So I just put myself there, like Waldo in the crowd
One of the 50306648 visitors
Riding the red monorail of La Ronde
Waving to you from a distance.

*

I discovered there had been a Montreal 1967 International and Universal Exposition while visiting the Montreal History Center a few years ago, the same way I accidentally learned about the 1962 Seattle World Fair (Exposition Universelle) while visiting the Seattle Space Needle last year. Similarly, and strangely enough, I (ahem) only found out that the Eiffel Tower was a byproduct of the Exposition Universelle of 1889 in Paris, while I worked for a translation company in Boston. I missed all the other World Fairs since.
What planet do I come from? I don’t even know.

Here is a fun video I found on YouTube: https://youtu.be/DEly-bm5eU0

Reconnaissance à Carnets Paresseux pour son idée. Plagia de ma part ? j’espère que non. Emprunt admiratif, hommage respectueux plutôt. Peut-être qu’il existe déjà un genre anti-pièce, où l’auteur met son léger blocage à jour pour en tirer profit.