LOST TEARDROPS

Earrings

Aujourd’hui, deux poèmes pour le prix d’un!
Si je savais le faire, je mettrais les deux en parallèle, un en français, un en anglais. Mais je ne sais pas encore. Ils ne me sont pas venus exactement pareil, ce qui était un exercice intéressant pour moi.

LOST TEARDROPS

Did you happen to see them
The earrings I lost at some point in my life?
Might be in my forties
But I don’t remember exactly

They were a pair of teardrops
(that should have given me a clue)
Two long silver tears on a hook
That I bought a lucky day
At the Galeries Lafayette

They were made for
Shimmering futures
Measured glamour
Overseas adventure
And certain drama

To wear to important events
A college official event
Or in somebody’s bed

I looked in every jewel box I own
In every memory I have
Lifted every one of them
Pillows and sheets and even
Under
The
Bed
(I did see a few monsters among the dust bunnies)

When was the last time I wore them?

Could I have lost them with my youth?
I can’t retrieve it either
Not that I need it
For any specific purpose
But you never know,

So if you happen to find them
Please mail them to me
Care of the woman
At the corner of the street
Although she doesn’t live there  anymore.

*

BOUCLES D’OREILLES GOUTTE D’EAU

Les auriez-vous vues,
les boucles d’oreilles goutte d’eau que j’ai perdues
à un certain moment de ma vie?
peut-être vers la quarantaine
bien que je n’en sois plus si certaine,

de longues larmes d’argent sur crochet or
que j’avais achetées un jour de chance
Aux Galeries Lafayette –

elles étaient faites pour
des futurs scintillants
du glamour mesuré
des aventures à l’étranger
et un certain sens du drame

à porter à des événements importants
événement officiel d’un collège américain
ou dans le lit de quelqu’un ;

la dernière fois que je les ai vues,
la dernière fois que je les ai portées,
était-ce à un bal … oui sûrement,
à une soirée, chez des gens,

Ces gouttes d’eau en argent ;

j’ai regardé dans chacune de mes boîtes à bijoux
Soulevé chaque souvenir
retourné draps et oreillers
et même
sous
le
lit
(où j’ai vu quelques monstres parmi les moutons de poussière)

mais je ne les ai pas trouvées –
les aurais-je perdues avec ma jeunesse?
que ne retrouve pas non plus
ce n’est pas que j’en aie besoin
pour aucune raison spécifique,
mais on ne sait jamais,

donc, si vous les trouviez
merci de les envoyer par courrier
à l’attention de la femme qui habite
au coin de la rue
même s’il me semble bien
qu’elle n’y habite plus ?

FILE CABINET BEHIND DESK

Behind desk

On a piece of paper, in a three-ring binder at work I read:
FILE CABINET BEHIND DESK
It looked like the title of a poem,
(I see them everywhere these days)
Seemingly followed by strophes in iambic pentameter
I loved that it was anchored in our contemporary material world
And I was expecting some witty insights based on everyday life.
But after that catchy title it read:
Boston Consulting Group
Membership French-American Chamber of Commerce
Special Meeting Minutes
City of Boston
City of Boston Planning Board
Company Vehicle files

What a let-down on the part of the author!

HORS-SÉRIE

Aujourd’hui, édition spéciale- un petit break dans la série Ma France.

Ca va vite, les choses qui s’accumulent sur mon bureau: papiers, cahiers, un pot de crayons dont la plupart sont inutilisables (crayon de bois sans mine, Sharpies desséchées) et puis des dossiers, médicaux, école et université pour les filles, factures, assurances…

Et des photos. Une petite pile de photos de famille que ma mère m’envoie de temps en temps. Et comme au temps des appareils à pellicule (dont elles proviennent), il y en a des ratées, mal cadrées, pas flatteuses.
Mais je les garde parce qu’elles sont rares. Et puis hier, je remarque sur ma table un rectangle blanc. Comme je n’arrête pas de nettoyer mon bureau, de jeter à la poubelle avant que ça s’accumoncelle, je le prends et le retourne. Je ne comprends pas : c’est un papier photo lisse et vierge alors que je n’en ai pas chez moi, et de l’autre côté, l’écriture de ma mère :

« J’ai mis du temps à te l’envoyer, mais voilà, c’est fait. J’aime bien cette photo, c’est rare que l’on soit prises toutes les deux. Un petit moment de vie. Je reviens de chez le loueur, et je vais tondre. Tu es très BCBG. Bisous. Maman »

Alors je me souviens. Ma mère m’en avait d’abord parlé plusieurs fois, de cette photo. «Tu verras, tu es très bien ! » Et donc j’avais attendu pendant longtemps, à moitié, en considérant la distance, le courrier-escargot, toutes ces contingences matérielles. Mais comme maman ne me parle pas de choses insignifiantes, j’attendais quand même avec curiosité. Et puis j’avais oublié.

Puis un beau jour la photo est arrivée.

Et là, grosse déception. Maman, elle, est très bien, en effet: jeune et svelte et alerte dans son sweat-shirt des années quatre-vingt, les cheveux blonds et le visage bronzé. Mais moi… moi ! Comme je ne m’aimais pas justement à quinze ans, l’âge ingrat, grasse petite bourgeoise avec une petite queue de cheval tronquée et un nœud parce que c’était ce qui se faisait à l’époque. Pas exactement un moment « Kodak », il n’y a pas vraiment d’échange, j’ai l’air plutôt maussade et maman toute à son affaire, les mains sur la fameuse tondeuse fraîchement louée.
Une photo qui plait à maman peut-être (comme elle dit, on est rarement ensemble sur les photos de l’époque), mais qui me ramène au malaise de l’adolescence où j’essaie tant bien que mal de prendre ma place dans le monde. Bien sûr avec la distance, je vois bien que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J’avais laissé la photo sur mon bureau. Et je réalise, lentement, qu’elle s’est effacée à la lumière. D’elle-même, comme l’encre invisible, comme une impression à rebours, comme un effet spécial dans un film, comme un accident qui causerait l’amnésie pelliculaire.

Fini la tondeuse, maman dans son sweatshirt, moi et mon nœud-nœud.

Faut-il y voir un mauvais signe?
Ou bien signe que ces temps sont bien révolus et que je suis maintenant l’adulte épanouie qui a effacé le vilain petit canard ? Il serait temps.
Je regarde ce carré blanc retourné à l’état originel et je pense à l’impermanence.

Il faut donc tout laisser aller… même les photos que maman trouve importantes.

Je continue à retourner ce carré blanc entre mes mains : quel culot, la lumière, d’avoir tout piqué !
Je m’insurge ! Et puis cette pseudo-science qui fait des promesses bien temporaires. Pourtant je pense à tant d’autres photos bien plus vieilles qui elles, ne se sont pas auto-détruites !

Et quelques heures plus tard apparait sur l’écran de mon téléphone, une autre photo. Un portrait de moi noir et blanc, mais dans une autre vie.

C’est un message de mon amie Béatrice, que j’ai retrouvée l’année dernière alors que nous nous étions perdues de vue depuis plus de vingt-cinq ans. Béatrice est une étrange amie qui apparait un peu comme les anges, puis qui disparait, souvent porteuse de messages. Elle m’ouvre le cœur et les yeux sur d’autres paysages.
Une chanson de l’époque à la radio disait : « Je me demande comment quelqu’un comme toi fait pour être quelqu’un comme toi je ne comprends pas. »
Alors voilà, je ne comprends pas, mais c’est très bien comme ça. Elle embellit les choses, en gros.

Elle m’envoie donc ce portrait où je me vois, toute jeunette, à travers un regard artistique : le sien ou celui de son ami de l’époque. J’avais vingt-quatre ans et j’étais venue leur rendre visite à Bruxelles, de Paris où j’habitais alors. Cette photo, je crois bien ne l’avoir jamais vue avant. Je les trouvais très beaux, elle et son ami anglais. Elle était ambitieuse, avec un style unique, une esthétique qui sortait de l’ordinaire, quelque-chose de cinématographique dans la lumière, les couleurs et les choses dont elle s’entourait.
Sa voix, bien sûr, sa belle voix. Elle mettait autour des gens et des choses une lumière speciale. C’est peut-être pour ça que je la voyais ange. Elle n’a pas changé.

Et du coup, ce qui s’envole, maintenant, ce qui s’efface, c’est la solitude que je ressentais ces jours-ci. J’avais fermé mon cœur et je me sentais toute recroquevillée, à l’étroit dans ma vie quotidienne. Et le voilà qui s’ouvre !

Et cette photo-là a survécu, quand d’autres se sont évaporées. Qui choisit ?

D’un côté, une photo s’efface. De l’autre, un fantôme réapparait. Je m’émerveille.

*

Poème #33 – RITUEL DE LA BOULANGERIE

Boulangerie France

Poème #33 – RITUEL DE LA BOULANGERIE

Elle m’amuse et elle m’agace
Dans son rôle aux répliques immuables
La jeune femme derrière le comptoir
Tablier blanc sur fond de pain frais du matin
“Bonjour messieurs-dames,
Et pour Madame ce sera? »
Avec sa petite rengaine bien rodée
Qu’elle sert à tous les clients

Elle y met toujours le même ton,
Artificiel, chantant, mécanique
Les mêmes trois notes de musique
« Est-ce qu’il y aura autre chose? »

Je rêve de savoir si elle sait d’autres mots
un autre refrain en d’autres circonstances
J’aimerais bien lui demander, par exemple
De le prononcer sur d’autres tons –
Pourriez-vous essayer mielleux, élogieux ?
Moqueur, méprisant, malicieux ?
Changez-moi ça en sol mineur
Ou sur une petite phrase de Chopin
Imaginez-vous parlant au Président
Faites-moi la même chose en Allemand.

« Une baguette Poilâne s’il vous plait »
« Une baguette Poilâne pour Madame
Et avec ceci, ce sera ? »

J’aimerais la secouer un peu
Comme ces prêtres qui répètent la messe
En pilote automatique
Comme s’il n’y croyaient plus

Mais c’est justement ça qui m’agace
C’est qu’elle n’en a jamais douté
De son rôle derrière le comptoir,
Que sa chanson reflète sa foi
Qu’elle est au bon endroit au bon moment
Avec une formule approuvée pour l’usage liturgique

Alors c’est peut-être que je l’envie
D’être bien dans son rôle établi
Je la regarde dans ses yeux bleus
« Non, ce sera tout »
« Ce sera dix euros vingt-cinq. »

Et pour Monsieur, ce sera ? »
A lui de recevoir le pain.

*

J’ai une sorte d’aversion pour les gens qui me semblent faux, hypocrites, trompeurs. Et le manque de naturel de certains commerçants en France, parce qu’ils ont des formules toutes faites sur des mélodies singulières, me fait rire et me provoque. Mais en y pensant bien, je réalise qu’il s’agit peut-être pour eux de rites.
Ma réaction fait sûrement partie du choc culturel à l’envers que l’on ressent quand on revient dans son pays natal.
Ceci-dit, je ne peux dire combien me manquent les boulangeries Françaises, hmmm… le bon pain, les croissants, les viennoiseries. Tout ça, un autre poème.

#20 – LE CAS FABRICE LUCHINI

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Je poursuis la liste de ce que j’aime en France. Et j’en arrive à un de mes acteurs préférés : Fabrice Luchini.

Je dis un de mes acteurs préférés, parce qu’en numéro deux arrive Romain Duris. Je prends Luchini en premier parce qu’il allie au total plus de qualités que je n’en attribue à Duris. Dur de choisir.

Luchini c’est : la littérature, le théâtre français, l’amour de la langue française, la comédie, le jeu, la passion, l’intelligence, la jubilation, la joie, le cinéma. Et j’adore le voir parce que je sais que je vais passer un bon moment. Je sais qu’il va m’amuser, m’interloquer, me faire poser des questions. Et puis m’épater, m’impressionner.

Je l’avais vu d’abord dans Le genou de Claire (Rohmer, 1971), grand garçon blond assez fade et un peu ennuyeux qui parle sans cesse pour ne rien dire. Il était agaçant.

Puis je l’ai remarqué dans La discrète (Christian Vincent, 1990) où il joue un personnage désagréable, assez imbu de sa propre personne pour en devenir captivant. Il faut dire que le film est à mon avis un petit bijou, dans l’idée, la construction, et la bande son.

Puis en 1996, Beaumarchais, L’insolent (Molinaro, 1997). Et là, il montre son vrai tempérament, se révèle plus proche de lui-même, rayonnant. Il a cette préciosité pédante qui lui va comme un gant. C’est là que je comprends et qu’il devient vraiment intéressant, à mes yeux.

Est-ce qu’il y a un autre acteur aussi prétentieux, érudit, intelligent, à la fois séducteur et hilarant? Il n’a rien du machisme ni de la virilité américaines. Tout participe d’un exercice de théâtre : la voix (porteuse de l’émotion), la diction, l’articulation, la gestuelle, la rapidité d’exécution. Le jeu du visage : il est à la fois naturel et affecté. Naturellement affecté. Et comique.

« C’est eff-rayant ! » il dit, les yeux ronds, avec le masque de la surprise. On y croit tout en sachant que c’est pour de rire. On sait qu’il va reprendre sa forme suivante tout aussi rapidement. Un homme caoutchouc, barbapapa.

Au cours de théâtre il a dû étudier toutes les formes d’oiseaux :
Son œil rond et vif, il s’en sert parfaitement. Il en a la maîtrise : il peut faire le coq de basse-cour, se pavanant en jetant des regards dédaigneux ; puis le pigeon, coups d’œil furtifs plus vulnérables, fuyants ; ou bien il se fait aigle, œil perçant. Mais toujours ses yeux trahissent sa rapidité d’esprit. On sent l’engrenage bien huilé. Et jubilatoire. Il maintient le contact avec son auditoire.

Mais il n’y a pas que les yeux. Tout son visage s’anime. Un visage au départ un peu ingrat, qui peut exprimer si rapidement toutes les expressions. Il fait particulièrement bien la perplexité, la bouche en cul de poule, les yeux écarquillés.
Il écarquille donc les yeux, regarde droit devant et articule : « C’est eff-ffray-ant !! »
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il prononce ces mots dans chacun de ses films. Comme un petit caméo. C’est peut-être un porte-bonheur, un talisman, ce «C’est eff-ffray-ant !! » Il peut le dire sur tous les tons : badin, choqué, détaché, contrarié, horrifié, etc.

Très rapidement, il retombe sur ses pieds et a pris une décision. Il sort une tirade de… Racine, Boileau, de la Fontaine, Molière, pour illustrer ses propos. Et il tombe toujours au beau milieu de la cible. Immanquablement Et je me pâme. Il a une justesse de pensée, de ton, et une pertinence ahurissantes dans le fond et la forme.

C’est hallucinant !

Depuis, il apparait souvent dans des films que je vois sans le rechercher : Rien sur Robert (par hasard a Montréal,) Tout ça pour ça (cadeau de ma mère), puis Molière, où mes deux acteurs chouchous sont réunis ; puis récemment Alceste à bicyclette, dans lequel il joue le Misanthrope de Molière transposé au présent.

Il a l’air d’avoir absorbé les classiques comme s’il en était l’auteur. Il se met au niveau d’un inconscient collectif qui nous rapproche tous de vérités universelles qu’il peut documenter, en vers.
Alors on ne peut que se retrouver.

Au cours des années, il s’est construit un personnage. De plus en plus, il joue Luchini. Sur qui s’est-il basé au départ ? est-ce qu’il a découvert, tôt dans ses études tardives des classiques, un personnage qui lui plaisait ? qui le mettait à l’aise, en confiance ? qu’il aurait cultivé ?
On pourrait tous essayer de jouer un Fabrice Luchini. Facile à imiter. Mais lui, qui est son modèle ?

J’adore son trajet impossible, impensable. Son histoire de début en garçon de coiffeur.
Je le vois solitaire, mais satisfait en lui-même. Comblé, même, par la vie. Curieux, plein de ressources et de rebondissements. Jamais désespéré.

Au cours des années, ce personnage devient de plus en plus libertin, séducteur, un personnage truculent, qui aime choquer. Il se place de plus en plus dans la séduction et la comédie. Peut-être qu’il en arrive à une caricature de Luchini, comme Marilyn Monroe finissait par devenir une caricature de Marilyn Monroe. Et ça n’a pas l’air de lui déplaire.
Mais on ne s’en lasse pas parce qu’il a toujours cette étincelle d’intelligence et d’intérêt véritable, un tout petit supplément d’âme.

#18 – LE CINEMA FRANÇAIS

Ce qui me manque, ce n’est peut-être pas la France, mais Ma France. Celle de mon expérience personnelle, une France idéale.
Je me suis installée aux US.
S’installer, ça veut dire chercher du travail, avoir des enfants, les élever, puis continuer à travailler, à vivre au rythme des saisons, s’imbiber de la culture, des mœurs, de l’environnement, des medias locaux. Je suis revenue en France souvent, presque chaque annnée. Et à chaque fois j’ai noté un changement, à chaque fois je me sentais un peu plus éloignée, étrangère – petit à petit il y avait des mots nouveaux, des expressions. Moi qui avais grandi avec la langue familière de mon époque, je n’arrivais pas a me faire à « grave, meuf, teuf » Je n’arrivais pas à rattraper ce qui se passait en musique, en livres.
Puis il y a eu l’internet. Ces vingt dernières années j’ai pu me tenir au courant plus facilement, garder contact avec ma famille. De plus en plus je peux mettre un pied dans la culture française : regarder des films, acheter et télécharger des albums, garder contact sur Facebook, retrouver des connaissances perdues, visiter la FNAC, faire du shopping à la Redoute.
Aujourd’hui je peux regarder des films français instantanément sur Netflix, Amazon, ou YouTube.

Et quand je fais des projets de vacances en France, je me rends compte que ce n’est pas vraiment que j’aie envie d’aller voir le lac d’Annecy, mais plutôt de visiter le lac d’Annecy dans Le Genou de Claire, d’Eric Rohmer. Je ne veux pas voir le lac d’Annecy comme il est maintenant, mais comme il est dans le film.
Bien sûr, je n’empièterais pas sur l’histoire, je côtoierais les personnages en me faisant invisible. Mais j’aurais tout loisir de m’asseoir sur un banc ou une chaise longue et de me contempler la mode de l’époque, les robes, les coiffures. Il y aurait les journaux, les nouvelles, les chansons de l’époque à la radio.
J’aimerais visiter la France des films de Rohmer : vivre quelques jours dans la villa de La Collectioneuse, en Provence. Je me vois tout à fait dans une des chambres, ou sur la terrasse en pierre, avant d’aller faire un tour en ville. Sinon, le vignoble en Ardèche, de Conte d’Automne.

En fait, il n’y a qu’avoir une idée et y penser un peu pour qu’elle se réalise un jour. Quelqu’un n’a-t-il pas rêvé des avions, du micro-onde, de l’internet, du téléphone-appareil-photo-email-texting-music-player-instantané et international? Pourquoi pas des visites en films ?

J’achèterais des tickets pour le Paris des films de Truffaut. Je m’immiscerais dans des scènes de Baisers Volés, de l’Amour en Fuite. J’irais faire coucou à Pierre Richard dans Le grand blond avec une chaussure noire ; j’irais visiter le Paris des films de Belmondo.
Je me gondolerais dans la France des comédies avec Louis de Funès. On entendrait bien-sûr  les thèmes principaux de la bande-son de temps en temps.

Il suffirait de choisir un film, d’acheter un ticket, et de se faire télé-transporter pour quelques jours, quelques semaines.

Je crois que je tiens une super-idée.

Poème #1 : LA DOUCEUR ANGEVINE

Je ne vous avais pas dit dans quel ordre j’allais aller. Alors aujourd’hui la surprise, c’est que c’est le #1 ! Ordre d’importance ? alphabétique ? chronologique ? Rien de cela. Juste l’ordre abstrait et arbitraire de mes pensées.
Je pense souvent à la douceur de l’air en France, pays tempéré, surtout après les durs mois d’hiver en Nouvelle Angleterre.
Je repense aussi quelquefois au saut en parachute que j’ai fait en tandem un soir d’été.

LA DOUCEUR ANGEVINE

L’herbe est plus verte de l’autre côté,
L’air y est plus doux

Qu’est-ce que la douceur Angevine ?
C’est quand les anges descendent
Comme en parachute
A travers la chantilly tiède
De l’air du soir tombant
A travers les couchers de soleil
Avec les champs en carrés dorés
En bas autour d’Angers
Et qu’ils vous touchent en passant
De leurs ailes marshmallow
Et vous croyez que c’est la brise
Mais ces caresses tempérées
Ce sont leurs voiles de coton qui flottent.

Oh j’ai voulu m’évader
Briser le moule de ce cocon
Tenter ma chance et respirer
L’herbe est toujours plus verte de l’autre côté.

Et j’ai trouvé les extrêmes,
Emmitouflée, la peau brulée
Cabin-fever et air conditionné
Ah je les avais bien cherchés
Et maintenant je vois clairement :
L’air est plus doux
L’herbe est plus verte de l’autre côté.

(voir Joachim du Bellay, Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage (tiré des Regrets – 1558)

Liste #21 – LISTE POETICO-ANTHROPOLOGIQUE D’ODEURS ET PARFUMS

Comme Colette nous parlait des lilas en bouton, mon esprit a continué sur cette lancée. Et mon esprit, comme le vôtre peut-être, aime catégoriser, trier, analyser, triturer. Je partage avec vous ces listes non-exhaustives. Parce que oui, certaines odeurs sont typiquement françaises, d’autres typiquement américaines, et d’autres m’ont surprises parce qu’elles étaient pratiquement identiques.

ODEURS TYPIQUEMENT FRANÇAISES :
Odeurs de cigarette dans la rue, les restaurants, les cafés
Odeurs des rôtisseries dans les rues le matin
Odeurs de boulangeries, le pain frais,
La Brioche Dorée et les relents de viennoiseries chaudes soufflés dans la rue
Les odeurs des pharmacies : camphre, menthol ?
Les bibliothèques, le plastique utilisé pour couvrir les livres, les pages usées comme savonnées
L’odeur des librairies-papeteries qui vendent des journaux, des livres et des fournitures scolaires : odeur d’encre
Les cafés, les odeurs de café et vapeurs d’alcool
Les gens qui passent et portent du parfum
Odeur des gens qui ne mettent pas de déodorant
Odeurs de supermarchés, les différents rayons
Odeurs de marchés en plein air : les melons, les fraises, les fromages, la paella

* * *

ODEURS ETONNAMMENT SIMILAIRES SUR LES DEUX CONTINENTS :
Odeurs de la mer, l’embrun les jours de gros temps, la vase à marée basse,
Les odeurs d’iode et de goémon
Le cirage, le chocolat, le poisson, l’eau de javel
Le muguet, les jacinthes, les lilas en bouton ou en fleur, les roses
Le miel
Les douces odeurs d’évaporation des lacs les jours de chaleur
Odeur chez les marchands de pneus de voiture
Odeur des aiguilles de pin chauffées par le soleil
Odeur de chez un cordonnier (si on en trouve encore un)

* * *

ODEURS TYPIQUEMENT AMERICAINES :
Quand on entre dans un Wal-mart
Le parfum de chez Abercrombie & Fitch (prenez un masque à gaz et une torche à l’entrée)
Odeur puissante du café dans un Starbucks
Skin-So-Soft anti-moustique
La cannelle
Les nourritures frites : poisson, poulet, fruits de mer, et « fried dough .»

Pharmacie

Voyage #29 – A BORD DU TGV

TGV

Ah, c’est bien trop sombre, tout ce que j’écris, récemment. Il est temps de s’aérer un peu, de regarder les choses autrement. Un petit voyage en train nous ferait du bien.

Je voudrais parler des voyages en train en France.
Il ne s’agit pas de la destination.
Il y a un passage dans une œuvre de Colette, La vagabonde, où elle décrit un voyage en train, et elle voit finalement des mimosas par la fenêtre.
Ah, les mimosas !

Mimosa

 

Mais je me suis complètement trompée! elle parlait de lilas en bouton, ce parfum amer du lilas avant la fleur, qui mêle la térébenthine et l’amande

 

LILAS-EN-BOUTONS-2

Oh, allez, un petit coup de Colette :
La tête me tourne un peu, depuis Avignon. Les pays de brume ont fondu là-bas, derrière les rideaux de cyprès que le mistral penche. Le soyeux bruissement des longs roseaux est entré, ce jour-là, par la glace baissée du wagon, en même temps qu’une odeur de miel, de sapin, de bourgeon vernis, de lilas en bouton, ce parfum amer du lilas avant la fleur, qui mêle la térébenthine et l’amande. L’ombre des cerisiers est violette sur la terre rougeâtre, qui déjà se fendille de soif. Sur les routes blanches que le train coupe ou longe, une poussière crayeuse roule en tourbillons bas et poudre les buissons…Le murmure d’une fièvre agréable bourdonne sans cesse à mes oreilles, comme celui d’un essaim lointain…

Mais nous, nous sommes dans un TGV où nous venons juste de poser nos bagages. Très important, de poser ses bagages, littéralement et figurativement, le temps du trajet.
Dans le train on est en transition, un no-man’s land. Les pensées peuvent courir et on n’a rien à faire de spécial.

Il y en a des trains, aux Etats Unis, alors qu’est-ce qui me manque ? Il faut savoir que ce n’est pas du tout la même chose. Les trains Américains n’ont jamais fait l’objet d’innovation, parce que la société est surtout et toujours basée sur les transports en voiture individuelle. C’est assez rare de prendre le train, aux USA.

Donc je pense parfois aux cabines bien feutrées des TGV, aux banquettes habillées de textiles précieux de créateurs. Je vois de l’orange, du gris. Des cabines boudoirs.

Et la suffocation qu’on connait quand on entre par mégarde dans une cabine fumeur, puanteur épaisse des rejets de poumons malades infiltrant les textiles teintés de couleurs maintenant deux fois plus sombres.

Mais sortons vite de ce compartiment nauséabond, où les pauvres français croyaient profiter d’un privilège.

Donc nous sommes confortablement installés sur une banquette anatomiquement étudiée, devant une tablette dépliante.
Ou bien dans le couloir, accoudé au rebord de la fenêtre.

On se laisse bercer par le rythme rapide de la voiture sur les rails, qui oscille plus ou moins. Et de temps à autre, on sursaute à la collision sonore avec un autre train, qui semble passer en coup de vent, justement, avec un bref coup de corne accompagnateur. Un petit choc assourdi qui nous bloque les oreilles momentanément.
Puis retour au paysage qui passe à vitesse rapide pour qu’on n’aie pas trop le temps de s’ennuyer.

Sinon, on peut toujours tanguer de wagon en wagon vers le wagon restaurant. On décoince porte après porte dans une explosion feutrée puis on atteint l’Eldorado. On achète des trucs qu’on n’achèterait pas normalement et on les ramène en essayant de ne rien renverser ni de se blottir par accident dans les bras d’un autre passager se tenant innocemment dans le couloir.

On peut passer beaucoup de temps, dans le train, si on va du nord au sud, ou de Paris à la Bretagne, trajet qui m’est plus familier.
Voilà ce dont j’ai envie : être bercée dans ce no-man’s land entre deux destinations, deux épisodes de ma vie, débarrassée des bagages, libérée des demandes. Avec des vacances au bout, peut-être. Des vacances comme dans La Collectioneuse, d’Eric Rohmer, que je viens de voir. Ahhh !
Je sais que j’avais dit que je ne parlais pas de la destination, mais comme nous en approchons…

Poème #27: RAP DE LA DLF*

 

Ceux qui font des commentaires
Sur YouTube
Moi je leur mettrais 0/20
En orthographe
Et en grammaire
Par exemple je leur dirais
On ne dit pas C mais C’est
Autres exemples :
« Et lui WOW, il en voulais !!! »
« J’ai toujours aimer cet homme.
(en parlant de Balavoine)

Il faut le faire !
C’est même extrême
Est-ce que c’est par défi ?
C’est tout de même recherché
Il y a de la créativité !

Môa, Monsieur, j’ai appris à écrire
Au porte-plume Sergent Major
Avec un buvard
L’ écriture puis la grammaire
Les phrases et le vocabulaire.

Mais je ne suis pas pète-sec
Je voudrais juste un français correct

Il leur faudrait faire un boot-camp
Avec plume et encrier
A faire des pleins et les déliés
Elles sont parties, I-E-S !
Toutes ces lettres cachées dans la langue parlée
Et que l’on n’entend pas.
Ils s’étaient perdus !

Et pas le droit d’écrire au stylo à bille !

Je me revois en CM2
Le prof faisant les cents pas
Nous calculant fébrilement les accords
Sur le papier.
La course contre la montre

Moi qui n’ai jamais parlé un langage très châtié
J’avais appris les règles
Avant de les transgresser

Les défenseurs de la langue Française.
Dénoncent la dérive du tout-anglais
Les anglicismes, Ils n’ont pas tort.
Mais si c’était seulement l’anglais !

Oh je n’ai rien contre l’anglais
J’ai fait des études d’anglais
Je le maitrise
Et après près de trente ans à parler anglais
J’ai toujours gardé mon accent.

Je n’ai pas dit adieu à la langue française
Je ne suis pas une traitresse
Je suis partie pour insidieusement infiltrer
Les pays étrangers,
Pour propager notre langue
Et il m’a fallu pour ça
Oui, apprendre l’autre, celle de Shakespeare
Mais l’ennemi ce n’est pas l’anglais

Ce qui ne va pas c’est la dégradation de tous les côtés
Une sorte de charabia transformé
La langue des textos, les mots tronqués
Une sorte d’esperanto désespéré
Un vocabulaire qui vient d’on ne sait où
Une orthographe basée
Sur un système phonétique simplifié
qui reflète le laisser-aller.

Ce n’est pas l’anglais, le vrai ennemi
C’est le rejet (tout naturel) des conventions
Comme Brassens l’avait fait
Le besoin de différentiation
Comme le verlan autrefois
Le besoin d’un patois nouveau
Pour bluffer les vieux schnocks
Pour choquer les instituteurs
Pour s’imposer, quoi
Un code secret pour appartenir
A un groupe exclusif (de nuls)

J’aime les gens qui se battent
Pour la langue Française
Comme les Québécois

Battons nous ! Contre quoi ?
Les anglicismes !
Les néologismes !
Les grandes migrations des peuples !
L’évolution naturelle !
Les envahisseurs !
Attila le Hun !

Je me propose de la défendre à moi toute seule,
avec ce blog et mes poèmes.

 

DLF : Défense de la langue française (DLF) est une association française dont l’objectif est la défense et le rayonnement de la langue française au niveau national et international.