
BALLADE EN VELO
Vous enfourchez votre vélo et tournez à gauche sur Lions’ Mouth Road.
D’abord il y a les squelettes, que les gens ont sorti de leurs placards
et qu’on retrouve devant chez eux, perchés sur quelque tuyau
ou une balançoire de fortune, fumant nonchalamment une clope,
pour tuer le temps avant Halloween.
Peu de trafic : vous avez réussi à éviter les bus scolaires.
Après le parc des enfants, c’est la nature – Woodsom Farm
qu’y a-t-il de plus beau que la colline en ce lundi matin d’automne ?
Imaginez la pub des petits pois Cassegrain, mais encore mieux,
parce que c’est en total sound surround ; parce que le soleil s’est levé
et filtre, phosphorescent, à travers le feuillage or, mandarine et vermillon
des arbres qui bordent la route
Sous vos roues, des confettis brillants ressortent sur l’asphalte.
A gauche, c’est une colline encore verte, comme dessinée
par un artiste naïf tant les courbes sont douces et idéales ;
des nappes de lumière ou d’ombre se relaient au passage des nuages.
L’air est vif et des petits oiseaux pointus dont vous ne connaissez pas le nom
s’envolent et jouent à cache-cache par paires au-dessus des fossés ;
plus loin des croassements, sifflements et glouglous de créatures invisibles.
Eblouie, vous pédalez dans ce matin de rêve
en vous disant que sûrement, il doit y avoir une ombre au tableau,
puisque sur cette terre, il faut des contrastes,
pour donner du relief.
Quand vous allumerez l’écran tout à l‘heure, vous savez que s’échapperont
toutes les menaces possibles de la boite de Pandora.
Mais en attendant, l’ombre au tableau, c’est juste l’effort du pédalage,
du cœur qui pompe, et le nez qui coule
alors que vous avez oublié de mettre un mouchoir dans votre poche.
BIKE RIDE
You hop on your bike and turn left onto Lions’ Mouth Road.
First come the skeletons—brought out of the closet by the locals
and found sitting outside their homes, perched on a pipe
or a makeshift swing, casually smoking a cigarette
to kill time before Halloween.
Traffic is light; you’ve managed to dodge the school buses.
Past the playground, it’s pure nature—Woodsom Farm.
What could be more beautiful than that hill on this autumn Monday morning?
Picture the Cassegrain peas commercial, but even better,
because it’s in total surround-sound; because the sun has risen
and filters, phosphorescent, through the gold, orange, and vermilion foliage
of the trees lining the road.
Beneath your wheels, bright confetti stand out against the asphalt.
To the left lies a hill that is still green—looking as if drawn
by a naïve artist, its curves so gentle and perfect;
patches of light and shadow take turns shifting as the clouds pass by.
The air is crisp, and small, sharp-looking birds—whose names you don’t know—
take flight, playing hide-and-seek in pairs above the ditches;
further off you hear croaks, whistles and gurglings of unseen creatures.
Dazzled, you pedal through this dreamlike morning,
thinking there must surely be a fly in the ointment somewhere—
after all, this world requires contrasts
to give things depth.
You know that later, when you switch on your screen,
every conceivable threat will spill out of Pandora’s box.
But in the meantime, the only downside is the effort of pedaling,
the heart pumping, and a runny nose
when you’ve forgotten to put a tissue in your pocket.
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