#20 – LE CAS FABRICE LUCHINI

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Je poursuis la liste de ce que j’aime en France. Et j’en arrive à un de mes acteurs préférés : Fabrice Luchini.

Je dis un de mes acteurs préférés, parce qu’en numéro deux arrive Romain Duris. Je prends Luchini en premier parce qu’il allie au total plus de qualités que je n’en attribue à Duris. Dur de choisir.

Luchini c’est : la littérature, le théâtre français, l’amour de la langue française, la comédie, le jeu, la passion, l’intelligence, la jubilation, la joie, le cinéma. Et j’adore le voir parce que je sais que je vais passer un bon moment. Je sais qu’il va m’amuser, m’interloquer, me faire poser des questions. Et puis m’épater, m’impressionner.

Je l’avais vu d’abord dans Le genou de Claire (Rohmer, 1971), grand garçon blond assez fade et un peu ennuyeux qui parle sans cesse pour ne rien dire. Il était agaçant.

Puis je l’ai remarqué dans La discrète (Christian Vincent, 1990) où il joue un personnage désagréable, assez imbu de sa propre personne pour en devenir captivant. Il faut dire que le film est à mon avis un petit bijou, dans l’idée, la construction, et la bande son.

Puis en 1996, Beaumarchais, L’insolent (Molinaro, 1997). Et là, il montre son vrai tempérament, se révèle plus proche de lui-même, rayonnant. Il a cette préciosité pédante qui lui va comme un gant. C’est là que je comprends et qu’il devient vraiment intéressant, à mes yeux.

Est-ce qu’il y a un autre acteur aussi prétentieux, érudit, intelligent, à la fois séducteur et hilarant? Il n’a rien du machisme ni de la virilité américaines. Tout participe d’un exercice de théâtre : la voix (porteuse de l’émotion), la diction, l’articulation, la gestuelle, la rapidité d’exécution. Le jeu du visage : il est à la fois naturel et affecté. Naturellement affecté. Et comique.

« C’est eff-rayant ! » il dit, les yeux ronds, avec le masque de la surprise. On y croit tout en sachant que c’est pour de rire. On sait qu’il va reprendre sa forme suivante tout aussi rapidement. Un homme caoutchouc, barbapapa.

Au cours de théâtre il a dû étudier toutes les formes d’oiseaux :
Son œil rond et vif, il s’en sert parfaitement. Il en a la maîtrise : il peut faire le coq de basse-cour, se pavanant en jetant des regards dédaigneux ; puis le pigeon, coups d’œil furtifs plus vulnérables, fuyants ; ou bien il se fait aigle, œil perçant. Mais toujours ses yeux trahissent sa rapidité d’esprit. On sent l’engrenage bien huilé. Et jubilatoire. Il maintient le contact avec son auditoire.

Mais il n’y a pas que les yeux. Tout son visage s’anime. Un visage au départ un peu ingrat, qui peut exprimer si rapidement toutes les expressions. Il fait particulièrement bien la perplexité, la bouche en cul de poule, les yeux écarquillés.
Il écarquille donc les yeux, regarde droit devant et articule : « C’est eff-ffray-ant !! »
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il prononce ces mots dans chacun de ses films. Comme un petit caméo. C’est peut-être un porte-bonheur, un talisman, ce «C’est eff-ffray-ant !! » Il peut le dire sur tous les tons : badin, choqué, détaché, contrarié, horrifié, etc.

Très rapidement, il retombe sur ses pieds et a pris une décision. Il sort une tirade de… Racine, Boileau, de la Fontaine, Molière, pour illustrer ses propos. Et il tombe toujours au beau milieu de la cible. Immanquablement Et je me pâme. Il a une justesse de pensée, de ton, et une pertinence ahurissantes dans le fond et la forme.

C’est hallucinant !

Depuis, il apparait souvent dans des films que je vois sans le rechercher : Rien sur Robert (par hasard a Montréal,) Tout ça pour ça (cadeau de ma mère), puis Molière, où mes deux acteurs chouchous sont réunis ; puis récemment Alceste à bicyclette, dans lequel il joue le Misanthrope de Molière transposé au présent.

Il a l’air d’avoir absorbé les classiques comme s’il en était l’auteur. Il se met au niveau d’un inconscient collectif qui nous rapproche tous de vérités universelles qu’il peut documenter, en vers.
Alors on ne peut que se retrouver.

Au cours des années, il s’est construit un personnage. De plus en plus, il joue Luchini. Sur qui s’est-il basé au départ ? est-ce qu’il a découvert, tôt dans ses études tardives des classiques, un personnage qui lui plaisait ? qui le mettait à l’aise, en confiance ? qu’il aurait cultivé ?
On pourrait tous essayer de jouer un Fabrice Luchini. Facile à imiter. Mais lui, qui est son modèle ?

J’adore son trajet impossible, impensable. Son histoire de début en garçon de coiffeur.
Je le vois solitaire, mais satisfait en lui-même. Comblé, même, par la vie. Curieux, plein de ressources et de rebondissements. Jamais désespéré.

Au cours des années, ce personnage devient de plus en plus libertin, séducteur, un personnage truculent, qui aime choquer. Il se place de plus en plus dans la séduction et la comédie. Peut-être qu’il en arrive à une caricature de Luchini, comme Marilyn Monroe finissait par devenir une caricature de Marilyn Monroe. Et ça n’a pas l’air de lui déplaire.
Mais on ne s’en lasse pas parce qu’il a toujours cette étincelle d’intelligence et d’intérêt véritable, un tout petit supplément d’âme.

#18 – LE CINEMA FRANÇAIS

Ce qui me manque, ce n’est peut-être pas la France, mais Ma France. Celle de mon expérience personnelle, une France idéale.
Je me suis installée aux US.
S’installer, ça veut dire chercher du travail, avoir des enfants, les élever, puis continuer à travailler, à vivre au rythme des saisons, s’imbiber de la culture, des mœurs, de l’environnement, des medias locaux. Je suis revenue en France souvent, presque chaque annnée. Et à chaque fois j’ai noté un changement, à chaque fois je me sentais un peu plus éloignée, étrangère – petit à petit il y avait des mots nouveaux, des expressions. Moi qui avais grandi avec la langue familière de mon époque, je n’arrivais pas a me faire à « grave, meuf, teuf » Je n’arrivais pas à rattraper ce qui se passait en musique, en livres.
Puis il y a eu l’internet. Ces vingt dernières années j’ai pu me tenir au courant plus facilement, garder contact avec ma famille. De plus en plus je peux mettre un pied dans la culture française : regarder des films, acheter et télécharger des albums, garder contact sur Facebook, retrouver des connaissances perdues, visiter la FNAC, faire du shopping à la Redoute.
Aujourd’hui je peux regarder des films français instantanément sur Netflix, Amazon, ou YouTube.

Et quand je fais des projets de vacances en France, je me rends compte que ce n’est pas vraiment que j’aie envie d’aller voir le lac d’Annecy, mais plutôt de visiter le lac d’Annecy dans Le Genou de Claire, d’Eric Rohmer. Je ne veux pas voir le lac d’Annecy comme il est maintenant, mais comme il est dans le film.
Bien sûr, je n’empièterais pas sur l’histoire, je côtoierais les personnages en me faisant invisible. Mais j’aurais tout loisir de m’asseoir sur un banc ou une chaise longue et de me contempler la mode de l’époque, les robes, les coiffures. Il y aurait les journaux, les nouvelles, les chansons de l’époque à la radio.
J’aimerais visiter la France des films de Rohmer : vivre quelques jours dans la villa de La Collectioneuse, en Provence. Je me vois tout à fait dans une des chambres, ou sur la terrasse en pierre, avant d’aller faire un tour en ville. Sinon, le vignoble en Ardèche, de Conte d’Automne.

En fait, il n’y a qu’avoir une idée et y penser un peu pour qu’elle se réalise un jour. Quelqu’un n’a-t-il pas rêvé des avions, du micro-onde, de l’internet, du téléphone-appareil-photo-email-texting-music-player-instantané et international? Pourquoi pas des visites en films ?

J’achèterais des tickets pour le Paris des films de Truffaut. Je m’immiscerais dans des scènes de Baisers Volés, de l’Amour en Fuite. J’irais faire coucou à Pierre Richard dans Le grand blond avec une chaussure noire ; j’irais visiter le Paris des films de Belmondo.
Je me gondolerais dans la France des comédies avec Louis de Funès. On entendrait bien-sûr  les thèmes principaux de la bande-son de temps en temps.

Il suffirait de choisir un film, d’acheter un ticket, et de se faire télé-transporter pour quelques jours, quelques semaines.

Je crois que je tiens une super-idée.

Poème #1 : LA DOUCEUR ANGEVINE

Je ne vous avais pas dit dans quel ordre j’allais aller. Alors aujourd’hui la surprise, c’est que c’est le #1 ! Ordre d’importance ? alphabétique ? chronologique ? Rien de cela. Juste l’ordre abstrait et arbitraire de mes pensées.
Je pense souvent à la douceur de l’air en France, pays tempéré, surtout après les durs mois d’hiver en Nouvelle Angleterre.
Je repense aussi quelquefois au saut en parachute que j’ai fait en tandem un soir d’été.

LA DOUCEUR ANGEVINE

L’herbe est plus verte de l’autre côté,
L’air y est plus doux

Qu’est-ce que la douceur Angevine ?
C’est quand les anges descendent
Comme en parachute
A travers la chantilly tiède
De l’air du soir tombant
A travers les couchers de soleil
Avec les champs en carrés dorés
En bas autour d’Angers
Et qu’ils vous touchent en passant
De leurs ailes marshmallow
Et vous croyez que c’est la brise
Mais ces caresses tempérées
Ce sont leurs voiles de coton qui flottent.

Oh j’ai voulu m’évader
Briser le moule de ce cocon
Tenter ma chance et respirer
L’herbe est toujours plus verte de l’autre côté.

Et j’ai trouvé les extrêmes,
Emmitouflée, la peau brulée
Cabin-fever et air conditionné
Ah je les avais bien cherchés
Et maintenant je vois clairement :
L’air est plus doux
L’herbe est plus verte de l’autre côté.

(voir Joachim du Bellay, Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage (tiré des Regrets – 1558)

Liste #21 – LISTE POETICO-ANTHROPOLOGIQUE D’ODEURS ET PARFUMS

Comme Colette nous parlait des lilas en bouton, mon esprit a continué sur cette lancée. Et mon esprit, comme le vôtre peut-être, aime catégoriser, trier, analyser, triturer. Je partage avec vous ces listes non-exhaustives. Parce que oui, certaines odeurs sont typiquement françaises, d’autres typiquement américaines, et d’autres m’ont surprises parce qu’elles étaient pratiquement identiques.

ODEURS TYPIQUEMENT FRANÇAISES :
Odeurs de cigarette dans la rue, les restaurants, les cafés
Odeurs des rôtisseries dans les rues le matin
Odeurs de boulangeries, le pain frais,
La Brioche Dorée et les relents de viennoiseries chaudes soufflés dans la rue
Les odeurs des pharmacies : camphre, menthol ?
Les bibliothèques, le plastique utilisé pour couvrir les livres, les pages usées comme savonnées
L’odeur des librairies-papeteries qui vendent des journaux, des livres et des fournitures scolaires : odeur d’encre
Les cafés, les odeurs de café et vapeurs d’alcool
Les gens qui passent et portent du parfum
Odeur des gens qui ne mettent pas de déodorant
Odeurs de supermarchés, les différents rayons
Odeurs de marchés en plein air : les melons, les fraises, les fromages, la paella

* * *

ODEURS ETONNAMMENT SIMILAIRES SUR LES DEUX CONTINENTS :
Odeurs de la mer, l’embrun les jours de gros temps, la vase à marée basse,
Les odeurs d’iode et de goémon
Le cirage, le chocolat, le poisson, l’eau de javel
Le muguet, les jacinthes, les lilas en bouton ou en fleur, les roses
Le miel
Les douces odeurs d’évaporation des lacs les jours de chaleur
Odeur chez les marchands de pneus de voiture
Odeur des aiguilles de pin chauffées par le soleil
Odeur de chez un cordonnier (si on en trouve encore un)

* * *

ODEURS TYPIQUEMENT AMERICAINES :
Quand on entre dans un Wal-mart
Le parfum de chez Abercrombie & Fitch (prenez un masque à gaz et une torche à l’entrée)
Odeur puissante du café dans un Starbucks
Skin-So-Soft anti-moustique
La cannelle
Les nourritures frites : poisson, poulet, fruits de mer, et « fried dough .»

Pharmacie

Voyage #29 – A BORD DU TGV

TGV

Ah, c’est bien trop sombre, tout ce que j’écris, récemment. Il est temps de s’aérer un peu, de regarder les choses autrement. Un petit voyage en train nous ferait du bien.

Je voudrais parler des voyages en train en France.
Il ne s’agit pas de la destination.
Il y a un passage dans une œuvre de Colette, La vagabonde, où elle décrit un voyage en train, et elle voit finalement des mimosas par la fenêtre.
Ah, les mimosas !

Mimosa

 

Mais je me suis complètement trompée! elle parlait de lilas en bouton, ce parfum amer du lilas avant la fleur, qui mêle la térébenthine et l’amande

 

LILAS-EN-BOUTONS-2

Oh, allez, un petit coup de Colette :
La tête me tourne un peu, depuis Avignon. Les pays de brume ont fondu là-bas, derrière les rideaux de cyprès que le mistral penche. Le soyeux bruissement des longs roseaux est entré, ce jour-là, par la glace baissée du wagon, en même temps qu’une odeur de miel, de sapin, de bourgeon vernis, de lilas en bouton, ce parfum amer du lilas avant la fleur, qui mêle la térébenthine et l’amande. L’ombre des cerisiers est violette sur la terre rougeâtre, qui déjà se fendille de soif. Sur les routes blanches que le train coupe ou longe, une poussière crayeuse roule en tourbillons bas et poudre les buissons…Le murmure d’une fièvre agréable bourdonne sans cesse à mes oreilles, comme celui d’un essaim lointain…

Mais nous, nous sommes dans un TGV où nous venons juste de poser nos bagages. Très important, de poser ses bagages, littéralement et figurativement, le temps du trajet.
Dans le train on est en transition, un no-man’s land. Les pensées peuvent courir et on n’a rien à faire de spécial.

Il y en a des trains, aux Etats Unis, alors qu’est-ce qui me manque ? Il faut savoir que ce n’est pas du tout la même chose. Les trains Américains n’ont jamais fait l’objet d’innovation, parce que la société est surtout et toujours basée sur les transports en voiture individuelle. C’est assez rare de prendre le train, aux USA.

Donc je pense parfois aux cabines bien feutrées des TGV, aux banquettes habillées de textiles précieux de créateurs. Je vois de l’orange, du gris. Des cabines boudoirs.

Et la suffocation qu’on connait quand on entre par mégarde dans une cabine fumeur, puanteur épaisse des rejets de poumons malades infiltrant les textiles teintés de couleurs maintenant deux fois plus sombres.

Mais sortons vite de ce compartiment nauséabond, où les pauvres français croyaient profiter d’un privilège.

Donc nous sommes confortablement installés sur une banquette anatomiquement étudiée, devant une tablette dépliante.
Ou bien dans le couloir, accoudé au rebord de la fenêtre.

On se laisse bercer par le rythme rapide de la voiture sur les rails, qui oscille plus ou moins. Et de temps à autre, on sursaute à la collision sonore avec un autre train, qui semble passer en coup de vent, justement, avec un bref coup de corne accompagnateur. Un petit choc assourdi qui nous bloque les oreilles momentanément.
Puis retour au paysage qui passe à vitesse rapide pour qu’on n’aie pas trop le temps de s’ennuyer.

Sinon, on peut toujours tanguer de wagon en wagon vers le wagon restaurant. On décoince porte après porte dans une explosion feutrée puis on atteint l’Eldorado. On achète des trucs qu’on n’achèterait pas normalement et on les ramène en essayant de ne rien renverser ni de se blottir par accident dans les bras d’un autre passager se tenant innocemment dans le couloir.

On peut passer beaucoup de temps, dans le train, si on va du nord au sud, ou de Paris à la Bretagne, trajet qui m’est plus familier.
Voilà ce dont j’ai envie : être bercée dans ce no-man’s land entre deux destinations, deux épisodes de ma vie, débarrassée des bagages, libérée des demandes. Avec des vacances au bout, peut-être. Des vacances comme dans La Collectioneuse, d’Eric Rohmer, que je viens de voir. Ahhh !
Je sais que j’avais dit que je ne parlais pas de la destination, mais comme nous en approchons…

Poème #27: RAP DE LA DLF*

 

Ceux qui font des commentaires
Sur YouTube
Moi je leur mettrais 0/20
En orthographe
Et en grammaire
Par exemple je leur dirais
On ne dit pas C mais C’est
Autres exemples :
« Et lui WOW, il en voulais !!! »
« J’ai toujours aimer cet homme.
(en parlant de Balavoine)

Il faut le faire !
C’est même extrême
Est-ce que c’est par défi ?
C’est tout de même recherché
Il y a de la créativité !

Môa, Monsieur, j’ai appris à écrire
Au porte-plume Sergent Major
Avec un buvard
L’ écriture puis la grammaire
Les phrases et le vocabulaire.

Mais je ne suis pas pète-sec
Je voudrais juste un français correct

Il leur faudrait faire un boot-camp
Avec plume et encrier
A faire des pleins et les déliés
Elles sont parties, I-E-S !
Toutes ces lettres cachées dans la langue parlée
Et que l’on n’entend pas.
Ils s’étaient perdus !

Et pas le droit d’écrire au stylo à bille !

Je me revois en CM2
Le prof faisant les cents pas
Nous calculant fébrilement les accords
Sur le papier.
La course contre la montre

Moi qui n’ai jamais parlé un langage très châtié
J’avais appris les règles
Avant de les transgresser

Les défenseurs de la langue Française.
Dénoncent la dérive du tout-anglais
Les anglicismes, Ils n’ont pas tort.
Mais si c’était seulement l’anglais !

Oh je n’ai rien contre l’anglais
J’ai fait des études d’anglais
Je le maitrise
Et après près de trente ans à parler anglais
J’ai toujours gardé mon accent.

Je n’ai pas dit adieu à la langue française
Je ne suis pas une traitresse
Je suis partie pour insidieusement infiltrer
Les pays étrangers,
Pour propager notre langue
Et il m’a fallu pour ça
Oui, apprendre l’autre, celle de Shakespeare
Mais l’ennemi ce n’est pas l’anglais

Ce qui ne va pas c’est la dégradation de tous les côtés
Une sorte de charabia transformé
La langue des textos, les mots tronqués
Une sorte d’esperanto désespéré
Un vocabulaire qui vient d’on ne sait où
Une orthographe basée
Sur un système phonétique simplifié
qui reflète le laisser-aller.

Ce n’est pas l’anglais, le vrai ennemi
C’est le rejet (tout naturel) des conventions
Comme Brassens l’avait fait
Le besoin de différentiation
Comme le verlan autrefois
Le besoin d’un patois nouveau
Pour bluffer les vieux schnocks
Pour choquer les instituteurs
Pour s’imposer, quoi
Un code secret pour appartenir
A un groupe exclusif (de nuls)

J’aime les gens qui se battent
Pour la langue Française
Comme les Québécois

Battons nous ! Contre quoi ?
Les anglicismes !
Les néologismes !
Les grandes migrations des peuples !
L’évolution naturelle !
Les envahisseurs !
Attila le Hun !

Je me propose de la défendre à moi toute seule,
avec ce blog et mes poèmes.

 

DLF : Défense de la langue française (DLF) est une association française dont l’objectif est la défense et le rayonnement de la langue française au niveau national et international.

POEME #11 : Les cafés parisiens

Icicles

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme les soldats en temps de guerre
Je rêve au temps des cafés Parisiens
Vous vous souvenez ?
On posait pour une prise de vue
Figurants en costume de naguère
Au milieu du théâtre
Action ! la chanson du moment,
Le tablier blanc du serveur , un déca s’il vous plait
Et un express ! clang clang, pssschhh !!

On descendait
le
petit
escalier
en colimaçon
Le distributeur de Durex sur le mur ocre au fond
évoquait des scènes aussi louches
que l’air vicié.

On remontait vite prendre l’air
Dans la grande salle l’air de rien
Une autre histoire à la sono
Et on regardait les gens dehors
Les autres figurants non-payés
Passant à l’ombre des arbres sous cages
Ah, les temps chauds et rutilants.

II –

Reflets renvoyés par les icebergs des rues
Eclats de glace du soleil du printemps
Qui vous rentrent dans l’œil
Comme des couteaux de bouchers
Ahuris.

Tout blesse
Quand on sort agressé par les aiguilles du froid
Qui transpercent les manteaux
Jusqu’à la peau fragile
On se recroqueville sur la banquette gelée de la voiture.

 

Ca commence comme une carte postale du fond de mon petit village américain au mois de mars, sans un café en vue, et ça finit à Paris. Ca peut vous sembler étrange, cette nostalgie, question de perspective.

 

 

Article #22: Victor Hugo

Victor Hugo

Dans la liste de mes éléments Français : Victor Hugo.

Voici le premier homme à s’introduire dans ces pages (vous avez dû croiser brièvement George Sand, Colette et Anaïs Nin). Ce qui me manque : le mot Victor Hugo, la force tranquille qu’il représente, la somme de toutes les peines, les douleurs, les bonheurs de la vie, l’amour et la folie, transcrits et offerts pour nous en poèmes, en romans et histoires.

Pêle-mêle, dans ma vie, il y a Cosette, Jean Valjean, et Javert ; le couvent et leurs vies protégées là.

Cosette

J’ai lu et relu Cosette pendant mon enfance, le passage où il lui prend la main avec le seau, le passage où il lui achète la poupée, où il s’évade avec elle et s’installe dans une petite chambre, d’abord. C’était un petit livre cartonné de la collection Lecture et Loisir, même pas abrégé, et juste la première partie des Misérables, qui commençait avec le vile Thénardier dans le champ de bataille la nuit.

Puis il y a le poème , que j’ai fait travailler à mes étudiants de Français.

Demain des l'aube

Par quelle sorte de drame inouï faut-il que sa fille ainée Léopoldine meure le jour de son mariage ? Est-ce que ce n’est pas un coup du sort si dramatique qu’il aurait pu l’écrire lui-même ? plus étrange que la fiction ?

Et puis l’histoire d’Adèle H.(Adèle, la cinquième fille de Victor Hugo) qui pour moi est associé au visage d’Isabelle Adjani dans le film de François Truffaut, sa beauté quand elle ère dans les rues d’Halifax en Nouvelle Ecosse, folle, à la recherche de son amour impossible .

Adele H.

Mes filles ont aimé le film fabuleux, Les Misérables, et en connaissent toutes les chansons. Mais plus que Fantine, ou Cosette, c’est Eponine, qu’elles ont remarqué et qu’elles aiment. Eponine qui aime Marius.  La même Eponine de chez les Thénardier qui maltraitaient Cosette ! Comment avoir de la sympathie pour elle !?

Victor Hugo me rappelle les années oé j’enseignais le Français à mes jeunes étudiants universitaires américains. Comme il est doux de se retrouver dans sa patrie linguistique et littéraire et d’offrir ses morceaux choisis, de ne présenter que les joyaux à ses élèves. Comme il était gratifiant d’être l’ambassadrice du patrimoine français, tout en dissimulant le moins beau, les facettes moins reluisantes. Pourquoi est-ce que je n’enseigne plus ? Dieu seul le sait – en gros, le besoin d’indépendance financière.

Et aussi, Victor Hugo représente une vie bien vécue, finie. Non seulement Il aurait donc survécu à toutes les vicissitudes de sa vie, mais aussi il les aurait surmontées en les distillant en une œuvre énorme ! Voilà qui aide à relativiser mes propres malheurs et angoisses : la thérapie Victor Hugo.

Dans une petite librairie de livres d’occasion à Amherst, je regardais le rayon des livres en Français. Sûrement des dons de profs de U. Mass. Et j’ai mis la main par hasard sur une biographie de Victor Hugo et de ses amours. J’ai juste parcouru les pages. J’aurais pu l’acheter mais j’ai hésité trop longtemps parce que j’ai déjà trop de livres.
Mais il y a cette page qui me reste à l’esprit, qui dit que Victor Hugo avait une petite porte secrète dans son bureau par laquelle il sortait pour aller voir ses maitresses, ses amoureuses, ni vu ni connu. On ne peut pas plus romantique. Cet homme, écrivain si solide et sérieux, se glissant dans des petits conduits pour rejoindre des amours secrètes ! c’est tout de même fascinant !
Un amant insatiable, disent les biographies françaises, un amoureux infatigable. Voilà la joie de vivre à la Française, l’affirmation de la vie, de ses bonheurs, sans rechigner devant les drames et les horreurs pour le contraste.
Une inspiration : donc moi aussi, je pourrais me relever de mes drames, après tout ?!

POEME #30 – Les statues dans les parcs

Deesse

Statues blanches perchoir à pigeons
Marbres crottés, gestes cassés
Qui servent à faire rêver les enfants
A les faire regarder en l’air
Elles m’apprenaient l’anatomie
Sujet de fantasmes rêveurs
Les corps en fleur des jeunes nymphes
Bras ronds gracieux chargés de poires
Comme une leçon de belles choses lisses

L’amour, la trahison, la jeunesse
L’olympe parmi nous dans la ville
Acteurs absurdes et effrayants de drames étranges
Jouant leurs mythes le soir tombé
Feuilles de vigne et grappes de raisin figées
Juste devant nos bouches-bée, absorbés.

J’ai gagné avec l’âge la pensée analytique
Et les yeux bioniques
Qui percent les couches de connaissances
Science, histoire, histoire de l’art
Et la douceur des anges mythiques
Aux boucles toujours souples m’appelle
Bientôt, bientôt ! Tu viendras jouer avec nous
Dans le panthéon là-haut !


Dans l’inventaire des choses que j’aime en France, et qui me manquent, il y a « Les statues dans les parcs. » Il y en a ici bien sûr, mais surtout dans les musées. Et j’ai des souvenirs d’enfance à Paris, et à Nantes, des nourritures d’impression que j’emporterai avec moi dans la tombe, la vision de ces magnifiques beautés, leurs valeur artistique leurs références antiques, toute cette richesse mise à la disposition de tout le monde. Je suis toujours un peu triste de ne pas avoir offert cette richesse quotidienne à mes enfants, pour fertiliser leurs imaginations.

Poeme #14 : le mot Plaisir

la-soupe-aux-choux

« Qu’est-ce que c’est que le…plaisir? Je ne sais pas, moi ! Mais quelle question! Le plaisir c’est…le plaisir! C’est comme la soupe, comme le pinard ! »
René Fallet, La Soupe aux choux, Denoël, Paris, 22 janvier 1980

Les références littéraires changent de registre. Mais me sont aussi chères.

Dans le film La soupe aux choux, (je n’ai pas lu le livre) la Denrée est un martien qui vient de la planète OXO où le plaisir n’existe pas. Alors le Glaude le lui explique à grand renfort de soupe aux choux maison, et de vin rouge.

Il faudrait étudier l’usage du mot Plaisir dans la langue française, comparé à Pleasure aux USA. Dans mon pays d’adoption j’y pense beaucoup moins, au plaisir. Je pense à mes responsabilités, au boulot. Les français trouvent du plaisir partout : plaisir d’amour, de manger, de voir, de sentir, de toucher, d’entendre, de tous les cinq sens, constamment. On est bombardé de plaisirs. C’est le pays du plaisir, la principale motivation. Il n’y a qu’en France que je pense au plaisir, c’est à dire le mot lui-même, et je me prends à défroncer les sourcils.
La première gorgée de bière, tiens, et autres plaisirs minuscules, par exemple, je ne vois pas d’équivalent aux Etats Unis. Typiquement Français. D’ailleurs les revues américaines ont été assez mauvaises : pas assez d’action.

Voici donc dans ma liste des choses de Ma France, le poème #14:

Poème #14

C’est pour moi un grand plaisir
Que dis-je un immense plaisir
De vous annoncer
Que le mot « plaisir »
Est le mot le plus fréquent de la langue française*
Et que par conséquent
Les francophones sont condamnés
Au plaisir à perpétuité.

On rentre en France et on nous refile des lunettes roses à la douane
Avec la langue française
On voit tout d’un autre œil
On en soupirerait d’aise.

Ce n’est pas qu’il n’y a pas de plaisir ailleurs, mais ils portent d’autres noms.
Les expressions anglophones parlent de joy, happiness, delight ou bliss,
pleasure est le moins usité, on s’en sort avec: my pleasure, please,
On a des plaisirs coupables, on mélange plaisir et affaires,
Mais les affaires avant tout.
On est un peu réticent au mot, sans doute des traces de puritanisme.

“Allez, au plaisir !”
“Ah mais oui, ça me fait plaisir !”

Ca me fait sursauter à chaque fois.

Laissez-moi rêver que la France est une partie de plaisir !
Je sais, vous allez me dire que les choses ont changé
Que tout fout le camp, que tout va mal :
l’éducation, l’immigration, l’économie,
Sale temps pour les mouches !

Vous allez aussi me dire que ce ne sont que formules de politesse
Que le mot plaisir, comme amour, est galvaudé, qu’il a perdu son sens premier
N’empêche que soudain, quand on entend « au plaisir ! »
Ca fait rêver.
je ne sais pas, moi… au plaisir de courir les pieds nus dans la rosée ! par exemple.

On ressort d’une boutique avec un petit paquet orné d’une étiquette autocollante
Sur laquelle il est écrit :
« Plaisir d’offrir »
Un rappel nécessaire au cas où on aurait oublié !
Auto-satisfaction, double gratification.

On n’en sort plus:
Les petits plaisirs
Les malins plaisirs
On fait durer le plaisir !

Comment y échapper ? difficile de la contourner
Cette injonction à la jouissance,
Ce rappel constant à l’hédonisme par défaut
On en oublierait son compte en banque,
son ordinateur et ses mots de passe,
et sa semaine de vacance annuelle.

En Français on se fait plaisir
Selon son bon plaisir,
Des menus plaisirs,
Ou même des plaisirs minuscules

Sans en attendre rien, mais pour le plaisir
Il sourit à une fille dans la rue
Et se dit qu’elle est belle !

Plaisir d’amour, toujours plaisir
Et … mourir de plaisir !

Est-ce pour ça que les français sont grognons ?
Peut-être qu’on devient insensible à la longue.
Que ça devient comme un droit. Comme la sécurité sociale.
La mentalité d’assisté. L’obligation au Plaisir.

Mais ahhh, quand on y revient, dans ce bain de plaisir,
C’est là qu’on se demande vraiment ce qu’on attendait.

Un vrai plaisir !

*statistiques subjectives